Mars 2017

A Asnières, un premier dessin printanier



Le 16 mars, le printemps éclatait déjà un peu partout, avec une sorte d’insouciance qui faisait oublier la morosité propre à l’hiver.
 

 

Dessiner dans les rues, c’est accepter de se mettre au diapason des saisons, ce carrousel qui ne cesse de tournoyer sur lui-même. Il faut tout à la fois anticiper le passage à la nouvelle saison et se réjouir, jour après jour, des perspectives qu’elle ouvre. Et de ce point de vue, l’avènement du printemps est source d’authentiques réjouissances autant que de jouissances.
Le printemps : on le sent venir, à partir de la mi-janvier, à partir du moment où l’allongement des jours devient patents. A la mi-février, quelques arbres, sans doute déboussolés, s’affolent avant leurs congénères et offrent de chétives fleurs. Puis début mars, la fébrilité de la sève se laisse percevoir plus intensément, jusqu’au jour où, soudain, les bourgeons éclatent soudainement et frénétiquement. 


Coloris vifs

Quelle joie pour les yeux : tout à coup, des nuages verts commencent à « taguer » le paysage alors que les cerisiers et prunus maquillent de rose les jardins et les parcs : une ouate très ardue à interpréter avec des crayons ou de la peinture car une telle couleur se nuance de mauve, d’orange et de bleu très clair. Un cerisier rose ne l’est jamais tout à fait, donc ! Et il faut laisser à l’œil le temps de s’imprégner de ces teintes vives et en même temps subtiles qui, par la suite, vont se dissoudre dans l’abondance de vert qu’apportera l’été.

Ce premier dessin printanier, je l’ai fait hors de Paris, à la suite d’une consultation chez un médecin à Asnières. Au pied du superbe hôtel de ville d’Asnières, un spectacle fascinant : des enfants jouaient sur l’esplanade reconvertie, récemment, en une aire de détente et de jeux. Au gré de leurs cris et de leurs railleries, j’ai pu dessiner, en toute quiétude,  ces arbres en fleur avec, au second plan, les portes majestueuses d'un hôtel de ville comptant parmi les plus élégants en Ile de France.

Je retouche rarement mes dessins après-coup, mais il me faut avouer que cette fois-ci j’ai ajouté, le lendemain, des petites taches faites au feutre alors que j’avais choisi de recourir à des crayons de couleur. Un feutre rose, un autre mauve, un autre encore brun pour faire ressortir certaines branches…

Yann Le Houelleur 

RUE DES ABBESSES - Impossible de ne pas entamer le printemps sans passer par Montmartre qui, le soir, bourdonne d’une vie plutôt insouciante et allègre, voire fraternelle. Les terrasses des cafés, le long de la rue Lepic et des Abbesses affichent complet. Avec le retour des beaux jours, c’est tout un quartier qui se met à revivre… (Dessin fait le 10 mars 2017, en soirée, sous une marquise, et j'étais tranquille, détendu, passant inaperçu...)

Sur les grands boulevards, une rencontre extraordinaire

Dans un monde toujours plus dur, peut-être faut-il faire confiance avant tout à la vie et aux autres, surtout quand on revendique le statut d’artiste. Une fois de plus, j’ai fait une très belle rencontre alors que je dessinais. Stéphane, passionné d’art, m’a sauvé la vie ce soir-là et il m’a redonné l’espoir alors que j’étais si fatigué…

 

10 mars 2017



Pourquoi donc, certains jours, l’irrésistible envie nous prend-elle de nous installer quelque part, comme si nous étions en embuscade dans l’attente du destin ? En pareilles circonstances, il faut obéir à ce que nous appelons l’intuition, pour autant que nous soyons prêts à intercepter un événement favorable.

La rencontre faite ce vendredi 10 mars, au croisement de la rue Rougemont et du boulevard Poissonnière, mérite l’adjectif «extraordinaire». Totalement imprévue.

Après un goûter associatif, rue Bergère, débouchant sur les grands boulevards, je repérais un duo très parisien : le pylône, couronnée de rouge, de l’entrée du métro «Grands Boulevards» et une colonne Morris en train de pivoter sur elle-même. Les branches des arbres, encore nues en cette fin d’hiver, semblaient prolonger, haut dans le ciel, de tels repères verticaux.

Vingt minutes s’écoulèrent. Le dessin commençait à prendre forme. Un inconnu m’aborda soudain. Vêtu avec décontraction, il portait sous le bras des cadres et des cartons à dessin. « C’est sympa ce que vous faites. Vous les vendez vos esquisses ? » Il ne fit pas mystère de son nom : Stéphane.

Loyer à acquitter

Notre conversation prit vite une tournure intense et franche, dans le plus vif respect mutuel. Stéphane précisa, d’emblée, qu’il venait de l’hôtel Drouot, où il avait acquis de très beaux dessins à des prix dérisoires : 5 euros la pièce ! « Je prendrais bien un lot de vos dessins, mais il me faudrait une offre très abordable. A vous de jouer. »

Rien à cacher : les semaines précédentes, je n’avais pas vendu suffisamment de dessins pour conserver un équilibre financier vertueux. Il me manquait même de l’argent pour acquitter une partie de mon loyer. Pourquoi dissimuler de telles contraintes ? Dans cette France déliquescente où le train de vie de tout un pan de la population dégringole, des millions de gens vivent la corde au cou.

Caverne d’Ali Baba

Stéphane m’invita à la visite éclair des locaux qu’occupe la société dont il est l’un des actionnaires, spécialisée notamment dans la vente d’objets d’art. Dans une rue étroite débouchant sur les grands boulevards, il ouvrit une porte plutôt majestueuse donnant sur une arrière cour, et un escalier nous conduisit à une double salle encombrée d’objets de toute sorte : caisses, ordinateurs, enseignes de boutiques, sculptures ainsi que de très nombreux cartons à dessin.
En plein Paris, une caverne d’Ali baba comme je n’aurais jamais osé en imaginer.

Le maître des lieux était bien décidé à tenir sa promesse. Il me demanda de choisir plusieurs dessins, qu’il se proposait de revendre en fonction des opportunités, et quelques minutes plus tard il retirait quelques billets d’un distributeur. La douceur de cette nuit qui annonçait le printemps ne me paraissait que plus magique. « J’ai eu le coup de cœur pour ce que vous faites et pour qui vous êtes », affirma Stéphane. « J’ai senti que vous êtes un artiste authentique.»

Artiste à Beaubourg
 
Stéphane est un garçon à part, comme on aimerait en croiser bien davantage dans les rues de Paris. Il défend l’art en le rendant accessible au grand public, certes avec des prix très modiques mais n’est-ce pas, d’une certaine manière, la seule solution pour aider des artistes à survivre? Cet hiver, m’a-t-il conté, il a décidé d’abriter sous son toit un artiste de l’Europe de l’Est dont il avait apprécié les œuvres grand format exposées sur le parvis de Beaubourg.
« Il ne m’a posé aucun problème, il ne m’a pas déçu. »
 
Simple mais tellement fructueuse, La philosophie de vie de Stéphane : faire confiance aux autres, répandre la générosité autour de lui, car c’est la garantie d’une protection contre le mauvais sort, le gage d’un bonheur durable, l’assurance d’un rapport sain avec la société. Quand on se montre bienveillant avec les autres, on récolte largement ce qu’on a pu semer … 
 

Yann Le Houelleur 

QUAI DE MONTEBELLO – Sans pour avoir un style épatant, ce maisons n’en sont pas moins belles, surtout en hiver quand elles se laissent observer intégralement. Le café, tout en vas, est encore peu fréquenté car les touristes ne reviennent sur les quais que peu à peu. Il est facile d’imaginer à quel point les occupants des appartements, ici même, ont de la chance : vue sur la cathédrale. (25 février 2017)
PLACE MAURICE CHEVALIER - Parmi les petites places les plus avenantes de Paris : celle portant le nom de Maurice Chevalier, près de la place de Menilmontant. On s’y sent vite très à l’aise, surtout si on prend un café à la terrasse de La Pétanque tenue par AL, un patron de bar servant des clients de toutes les classes sociales depuis vingt ans. A gauche (et il faudra bien la dessiner un jour) se dresse fièrement la tour de Notre Dame de la Croix. (Dessin fait le 1er mars 2017)

Il n’y a pas que des artistes invisibles… heureusement !

Dessin fait avec des feutres à la terrasse d’un café. Format A4. Si vous désirez acheter l’original de ce croquis, c’est 35 euros.

En toute modestie, je fais partie d’un cercle d’artistes rares, et cela me comble de joie : dessiner sous les yeux de passants, d’inconnus, et vendre des dessins à un public peu familiarisé avec le marché de l’art. Voilà, en partie, comment je survis et comment je peux acquérir du matériel pour continuer à travailler .

 

4 mars 2017


  

Très curieux, ce moment passé à la terrasse d’un café le long de la rue du Grenier Saint-Lazare, qui relie le boulevard Sébastopol et la rue Beaubourg. Le ciel pleurait à chaudes larmes… en l’occurrence le froid avait cessé de sévir mais l’hiver tenait encore à nous infliger des tourments
Entre deux métros, entre deux courses à faire, rien de tel qu’un dessin rapide : cet endroit est un régal pour les yeux, avec des cheminées se chevauchant sur des toits persillés de mansardes, un paysage typiquement parisien.

Je disposais d’une demi-heure pour un tel dessin. Tout à la fin, un inconnu m’aborda. «J’aime voir les artistes travailler hors de leurs chambres et leurs ateliers. J’aimerais avoir les moyens d’être un mécène. » L’homme qui me tint ces propos avait quelque chose d’insolite : mal habillé, d’un aspect négligé, une tête barbue enfoncée dans un bonnet, un air un peu évaporé. Je lui demandais s’il n’était pas SDF, ce qu’il démentit d’emblée.

Souvent, à l’instar de ce passant, les gens me disent que je suis à leurs yeux une exception car ils ne rencontrent jamais d’artistes travaillant dans les rues, ou si peu.

Beaucoup d’artistes disent souffrir (en général), se démenant pour séduire des acheteurs, convaincus de mener un combat par avance perdu. Sans doute cette morosité est-elle la facture qu’ils acquittent pour avoir accepté de se couper de la société, d’agir dans une sorte d’obscurité mi timide mi arrogante. Une partie de la « classe artistique » a été prise en otage (car elle n’a pas suffisamment protesté) par des esprits malins, des galeristes qui ont trouvé le moyen de se faire du blé en recourant à tous les stratagèmes imaginables, au profit de quelques artistes qui s’en sortent plus ou moins bien alors que tant de leurs confrères vivotent.
 

Fins de mois difficiles
 
C’est la raison pour laquelle je m’étais élevé, en décembre dernier, lors de l’assemblée générale de la Maison des Artistes. contre un spécialiste des dispositifs fiscaux en faveur du secteur artistique. Pourquoi n’existe-t-il pas, entre autres injustices, d’organisme concédant du crédit destinés aux artistes qui ont tant de mal à boucler leurs fin de mois parce qu’il ne sont pas insérés dans les circuits officiels ?

Il fallait faire comprendre à ce monsieur comme aux responsables de la MDA que les vrais artistes, ce sont ceux qui, incapables d’obtenir des appuis en haut lieu, défendent une conception plus accessible de la pratique artistique en se contentant de toucher un public ignoré par tant de donneurs de leçons et d’organisateurs d’événements se sucrant allégrement au passage.

Ces artistes, tout au moins nombre d’entre eux, permettent à des amateurs d’art d’acquérir des dessins, des gravures, des tableaux à des prix moindres et leur font prendre goût à la constitution d’un patrimoine artistique personnel. Ils méritent d’être encouragés alors que certains artistes fortunés n’ont aucun mal à s’offrir des frais d’inscription à une de ces expos où l’on jette souvent tant de poudre aux yeux du public avec des œuvres de grand format proposées à des prix exorbitants.

Je me souviens avoir été applaudi par une partie de la salle, ce jour-là…


Château gothique

Cette intervention, assez culottée il est vrai, m’est revenue ce samedi 4 mars lorsque j’ai vendu un dessin à une personne que j’avais rencontrée le long des quais de Seine l’an dernier tout en croquant la cathédrale. Plusieurs mois se sont écoulés, et ce passant m’a appelé pour me demander de passer chez lui avec un éventail de dessins afin d’en choisir un. Il a fini par donner sa préférence au dessin suivant : une paire de tourelles perpétuant le souvenir d’un château médiéval rue des Archives…
 
«Détail» remarquable : ce monsieur habitant une grande ville dans le 93 dispose de moyens financier réduits, et il a tenu, quand même, à acquérir un dessin pour égayer l’un de ses murs enduits de blanc. Je lui ai concédé un bon prix, évidemment, car je ne veux mettre à l’écart aucun intéressé. Et en plus, il m’a fait très plaisir en me disant : « J’ai conscience, en faisant un tel achat, d’aider un artiste… » Voilà qui est touchant. 

Yann Le Houelleur

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

14.06 | 14:36

Né à Belleville et aimant ton travail : https://www.flickr.com/photos/patpardon/collections/72157627544273902/

...
14.06 | 14:27

Je découvre ce blog grâce à flickr.com/photos/110805203@N04/. Toutes mes félicitions pour ton excellent travail, sincère et aussi précis qu'évanescent.

...
10.06 | 16:00

Un réel plaisir d'avoir fait ta rencontre Yann et encore merci de m'avoir laisser immortaliser ce moment ;)
A la prochaine... et un grand bravo pour ta galerie!

...
03.06 | 01:08

Merci à vous Yann pour parler avec moi sur le Pont Saint Louis autours Napoléon et votre avis de Paris. Je ne t'oublierai jamais!

...
Vous aimez cette page