Juin 2017

LE LOUVRE – Ce devrait être un endroit paisible, mais pas tant que ça. Trop de vendeurs à la sauvette, trop de monde aussi, trop de voitures et de cars offusquant la vue, mais aussi trop de mini-tempêtes de sable… Parfois, on se croirait en plein désert ! Bref, pas facile de dessiner ici même. (24 juin 2017)

Voilà pourquoi l’art n’a pas de prix...

Cette photo a été prise par une touriste venue des Philippine, Lenie Solis, qui m’a surpris en train de dessiner sur le pont des Arts, un dimanche. Merci, Lenie… Vous avez tenu votre promesse : me transmettre vos photos par le biais d’un courriel. Super !

« Yann, tu les vends trop bon marché tes dessins », me disent certains. Mais je ne peux forcer les intéressés à payer davantage qu’ils ne le veulent et de toute manière la vraie valeur de ce que je fais réside dans la lumière, l’énergie jetées au milieu d’un monde si morose.

 

 25 juin 2017


 
Il arrive souvent que certain de mes amis m’offusquent, sans même en avoir l’intention, en me disant : « Tes dessins, tu les vends trop bon marché. Tu te sous-estimes ». Mais je me dis qu’au fond, ils ne connaissent rien à l’art, outre ce qu’ils voient dans les musées, et s’ils passaient plusieurs journées avec moi, ils comprendraient…

Mes dessins, je pourrais imaginer qu’ils sont d’une qualité telle que je m’estime en droit de les vendre chacun plusieurs centaines d’euros. Je plaisante : quand on part à la rencontre d’un marché, qu’on veut vendre pour jouer son rôle d’artiste pleinement, on subit, où qu’on soit, la loi du marché. Et la vérité, dans les rues où je dessine, est la suivante : d’une part j’ai besoin d’argent pour (sur)vivre et payer un matériel onéreux (tout comme mes contributions sociales) ; d’autre part les intéressés ont dans la tête un prix qu’ils se sont fixé et au-delà duquel ils ne désirent pas aller.
 


Souvent, des jeunes


J’en profite pour dire que les acheteurs de mes dessins, souvent, sont des personnes jeunes, et dont je sais qu’ils ont peu d’argent. Et puis, quand un inconnu aime un dessin, qu’il est à l'étroit financièrement, je me contente d’une somme très symbolique, car telle est la part de générosité que je tiens à témoigner, qui me vaut par ailleurs un bonheur incontestable.

Un autre aspect dans l’existence d’un artiste, tout au moins « dans mon cas » : l’art peut s’avérer aussi un écheveau de liens sociaux tissés au gré des rencontres. Ceci, on ne peut le faire comprendre à presque personne, surtout à nos dirigeants qui souvent considèrent la pratique artistique comme entièrement gratuite ou qui l'estiment en fonction du cercle des galeristes et agents culturels complices d'un système mortifère. (Faut-il en dire plus?)

Une respiration

Hélas, je me suis heurté à nombre d’artistes cons comme la lune, mais ils ne constituent qu’une partie de la nébuleuse artistique, alors je me fous de savoir s’ils me méprisent ou pas.
Ce que je découvre de plus en plus est que les artistes, quand ils se donnent à fond dans leur activité, sont des personnages nantis d’une certaine considération parce qu’au fond ils constituent une respiration, un lieu d’échanges dans une société tellement bloquée. J’ai un plaisir fou à voir partir des dessins, même si je les ai engendrés et que cela m'inspire une sorte de déchirement.

En réalité, mes dessins, je le sais, font plaisir, sont une source de joie, voire de lumière, et cela me plait énormément. Et puis, derrière chacune de mes créations, il y a un moment, souvent une série de contacts (quand les gens, me voyant, viennent me parler, me poser des questions) très intenses qui enrichissent mon être, mon âme. Je me rends compte que si je me contentais de dessiner entre quatre murs, coupé du monde, je rendrais estropiée ma vocation d’artiste.

Voilà ce que j’avais à cœur de dire. Et le cœur, pour moi, gouverne ou pas le monde.
 

Y. Le Houelleur 

RUE DES ARCHIVES – Voici un dessin comme j’aime les faire. Spontané, coloré, avec une certaine part d’inconnu puisque la rue, tout au bout à droite, est à peine suggérée. (15 juin 2017)

Une capitale toujours plus joyeuse et colorée

La Seine, bordée de monuments prestigieux, est une mise en scène où ces acteurs de pierre, de verre et d’ardoise nous racontent les desseins, les rêves des rois de France. Ceux-ci n’ont eux de cesse d’agrandir et d’embellir leurs trésors architecturaux.

PAR YANN LE HOUELLEUR

10 juin 2017


 
Paris est toujours une fête. Un jaillissement permanent d’exclamations, de cris d’enthousiasmes, de coups de cœur témoignés à haute voix. La nuit, la magie s’instaure plus que jamais. Quand les bateaux mouches ornés de grappes de touristes passent sous les ponts, des cris, effectivement, mais aussi des applaudissements se mettent à résonner.
Voguer sur la Seine et y voir défiler un chapelet de monuments prestigieux constamment « remis à neuf », éclatant de blancheur dès le crépuscule : quel ravissement, peut-être même une sorte d’orgasme pour les yeux… !

Le Louvre et la cathédrale

Soudain, la ville n’est plus cette somme d’agressions constantes qui gâchent nos journée, entre autres le bruit, la foule, la saleté, la pollution, mais une mise en scène très élaborée où se vivent d’exaltantes aventures. On y raconte l’histoire d’un pays, l’histoire de sa capitale où les rois, les puissants n’ont eu de cesse d’embellir, d’agrandir leurs trésors architecturaux, en particulier le Louvre s’étendant de tout son long avec ses toits majestueux semés de tourelles et persillés de mansardes. Tout comme la cathédrale dont les arcs boutant se cramponnent à son île et dont les tours, mais aussi le chevet, font les gros yeux.
Une rencontre, soudain, m’est revenue en mémoire. Un an auparavant, dessinant une entrée de métro, station Palais Royal, un architecte m’avait dit : « La France doit tant à ses rois qui ont voulu de grandes choses pour elles et qui avaient le souci de la beauté déployée grâce aux meilleurs architectes, aux plus grands artistes ».

Franchement, je pense que Paris est unique par sa vie nocturne », me fit remarquer me fit remarquer Timothée, un jeune homme habitant une ville attenante à Marseille, en train de profiter d’une soirée le long de la Seine. «Je ne pensais pas qu’il y avait autant de monuments illuminés et de monde une fois la nuit tombée. C’est bien différent à Marseille… »
 

Echappée belle à Vaux le Vicomte


17 juin 2017


 

Quelle splendeur et quelle histoire prodigieuse quelle celle de Vaux le Vicomte, château conçu par des génies : Le Vaux, le Nôtre, le Brun.

J'apprécie non seulement la majesté d'un jardin de 33 hectares mais aussi les enseignements que l’on peut tirer de la débâcle de Nicolas Fouquet, financier hors pair et mécène dispendieux, dont Jean-Baptiste Colbert épiait les moindres agissements pour contribuer à sa descente aux enfers. Nous en avons eu des Fouquet(s) tout au long de notre histoire de France… et je me demande si notre nouveau président de la République n’est pas un écureuil lui aussi !!! Il nous vaudra bien des noises plutôt que des noisettes.

Ce jour-là, après avoir visite les somptueux appartements du château, où les écureuils (animal figurant sur le blason de Fouquet) sont pléthores, je n’avais pas le temps de fignoler. Il me fallait à peine rendre l’aspect faussement flamboyant de ce château qu’en vérité je trouve un peu trop lourd, un château aux proportions (retours de bâtiments, ressauts, etc.) assez bizarres. Je préfère de loin Maison Laffitte.

Donc, une impression davantage qu’un dessin d’architecture, sous un soleil de plomb. J’étais assis à la terrasse d’une buvette le long de l’une des nombreuses allées quadrillant le parc.

(Excursion effectué avec le CCPG, une association à Gennevilliers)

De jeunes artistes qui croient en leur étoile, rencontrés sur le Pont des Arts

Face à une extrémité du Pont des Arts se dresse l’Institut de France, merveille architecturale si bien illuminée la nuit, et que j’ai dessiné à plusieurs reprises aussi bien le jour qu’en soirée. (Dessin A3 fait avec des crayons de couleur)


Adèle, Rémi, Simon… ils sont beaux et réconfortants, les jeunes, quand ils veulent concrétiser leurs rêves !


16 juin 2017


 

Les mythes ont la vie dure : le pont des Amours existe toujours… tout au moins dans l’esprit de touristes qui n’ont pas encore appris que les cadenas sont bannis sur le pont des Arts. Souvent, quand je dessine, des touristes m’interpellent : « Mais il est où le pont de l’Amour ? »

Je suis amené à leur raconter cette curieuse histoire d’un pont qui sous le poids des cadenas menaçait de s’écouler et qu’il a fallu restaurer. Aujourd’hui, il s’avère impossible de laisser, à cet endroit, une trace de son passage à Paris. (A moins d’accrocher un cadenas aux réverbères) 

La mairie de Paris aurait bien pu faire un effort pour imaginer une solution pérenne de nature à satisfaire les amoureux issus de tous les horizons. Par exemple, installer aux deux extrémités du pont des cabanes dédiées à la vente de petits cadenas aisément démontables par la suite. Quel manque d’imagination administrative !

Papillon de nuit

Par contre, il est toujours possible de dessiner sur ce pont ! Et j’en profite passablement, d’autant plus que des contacts fructueux s’y nouent inexorablement. Un mercredi tard le soir, tel un papillon de nuit arrimé à un réverbère, je dessinais la splendide façade de l’Institut de France lorsque deux jeunes gens s’adressèrent à moi, Adèle et Rémi.
« Nous aussi, nous dessinons… montrez-nous ce que vous faites. »
Leurs cheminements respectifs montrent qu’on peut faire des études dans la filière artistique sans pour autant s’attendre à grossier les rangs de Pôle Emploi. 

Remi s’est spécialisé dans la peinture sur porcelaine, embauché par la manufacture de Sèvres. Selon lui, les carnets de commandes sont pleins. Adèle a étudié à l’Institut Nationale supérieure des Arts Appliqués et des métiers d’art. Elle cherche à effectuer un stage dans une entreprise de l’envergure de Daum.
 
 «Il se passe toujours quelque chose sur le pont des Arts », m’avait certifié Claude Boher. Sur youtube, ce retraité insère des vidéos aspirant à présenter des personnages contribuant à l’atmosphère si particulière dont se pare ce pont.

Poèmes d’Aragon

Deux jours plus tard, un jeune homme, vraisemblablement d’origine asiatique, m’observa attentivement alors que je pliais bagage après avoir dessiné, une fois de plus, l’Institut de France. Il était 23 h 30. Son nom : Simon. Il pourrait fort bien, lui aussi, tenter sa chance sur le pont des Arts. Mais il préfère l’univers du métro pour y exercer une activité singulière : il récite des poèmes, notamment d’Aragon, dans les rames de certaines lignes, à des heures plutôt creuses.

Je lui ai dit qu’il était courageux d’étoffer, ainsi, ses revenus. Lucide, il m’a répondu : « Mais non, ce sont les gens qui sont courageux d’aller tous les jours au boulot ».
Simon paraît « timide », mot qu’il récuse, se voulant avant tout réservé. C’est à l’issue de cours dans une école formant des comédiens qu’il a choisi le métro pour scène, n’éprouvant aucune crainte à s’exprimer en présence du public. Et à chaque fois, assure-t-il, des sous tombent dans le chapeau qu’il tend aux passagers après sa prestation…

Face à la Pyramide du Louvre, au milieu des vendeurs à la sauvette

 

Très aimablement, un policier m’a demandé de cacher mes dessins exposés dans un lieu d’exception. Mais comme les ventes de tours Eiffel miniatures avaient repris de plus belle, j’ai oublié de telles consignes. Pourquoi un honnête artiste dont les dessins enchantent les touristes ne pourraient-il ainsi proposer des dessins quant tant de trafics s’exacerbent à ciel ouvert ?

 

11 juin 2017


 

Jamais je n’ai fait mystère de mes convictions. L’assistanat est une plaie bien française que j’abhorre, à laquelle peu de politiciens et d’élus se sont attaqués. Il est un alibi, de surcroît, pour accepter une société où règne sous-emploi.

Il ne m’est pas agréable de me donner en exemple. Mais si je suis devenu dessinateur, si je sévis dans l’espace public, c’est précisément par horreur de l’assistanat. Chômeur je fus et comme mes revenus découlant de mes activités artistiques s’avèrent limités, je suis considéré ainsi, encore…
 
Mais j’aurais pu macérer dans un coin de banlieue. Voir les jours défiler, tous égaux, confit dans la médiocrité, accusant la société des maux les plus divers, solution de facilité. Accepter, de surcroît, de voir des élus tenter d’acheter mon vote en échange d’octroi d’une bouée de sauvetage, car l’assistanat découle d’une conception délétère d’échanges de faveur.

Non, j’ai préféré prendre mon courage à deux mains, tenter à ma manière de réenchanter le monde… et si je vends des dessins dans les rues c’est autant par plaisir de connaître des gens de tous horizons que par instinct de survie. Aussi, je n’accepterai jamais d’être inquiété, par qui que ce soit, quand je suis dans la rue, en train de dessiner tout en proposant, aux intéressés, des dessins à fort modeste prix. En fait, le saviez-vous, il n’existe aucune autorisation pour ce genre de «commerce » : à la mairie de Paris, il n’a pas été répondu à une demande que j’avais présentée dans ce sens. Quel manque de politesse ! Voilà ce qui s’appelle créer des emplois…

Tolérance et bienveillance

Voilà qui m’amène à mentionner un épisode récent. Je m’étais installé (une fois de plus) face au somptueux duo Pyramide et Le Louvre, un après-midi où régnait une chaleur épouvantable. Tout autour de moi : ces grands blacks qui par dizaines harcèlent les touristes avec des grappes de tours Eiffel miniatures à un euro pièce.
Etourdissant trafic à ciel ouvert que les autorités semblent tolérer avec bienveillance, d’autant plus scandaleux qu’il concurrence les commerçants de la rue de Rivoli écrasés, comme tant de vaches à lait en France, de taxes et d’impôts. Leurs stocks de Tours Eiffel, ils les planquent dans les buissons à proximité… peu discrètement en définitive.


 « Je devinais… »

Soudain, un policier en patrouille, en vélo, m’a dit : « Monsieur, vous savez que vous ne pouvez pas rester ici ainsi à vendre vos dessins ». Un policier par ailleurs d’une extrême courtoisie. Je lui ai répondu : « Monsieur l’agent, pourquoi m’interdirait-on ceci alors que tous ces immigrés ont le droit de faire ce qu’ils veulent, livrés à un trafic éhonté ? » Fort aimablement, il m’a répondu : « Je devinais ce que vous alliez répondre ».

Il m’a invité à ranger dans mes cartons mes dessins ainsi exposés et à me contenter de poursuivre mon croquis. J’ai obtempéré pendant quelques minutes. Puis voyant les vendeurs à la sauvette revenir comme si de rien n’était, j’ai remis mes cartons tapissés de dessins en évidence. Sans la moindre honte. On peut m’inquiéter, me convoquer, m’infliger des amendes : personne ne m’interdira de vivre de ce que je fais, honnêtement, dans mon pays.

Yann Le Houelleur

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Commentaires

04.06 | 18:44

Merci Yann de confier vos créations à notre petit Atelier W
Vos dessins suscitent beaucoup d'engouement...
J'espère que l'émoi se transformera vite en achat ;-

...
31.05 | 09:18

Toujours aussi beau de te suivre dans Paris au gré de tes dessins et des saisons qui se succèdent sur le papier, de l'été à l'hiver. Mais il y fait toujours bon

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27.05 | 22:02

Quel plaisir de voir que ça va mieux sur le Pont des Arts mon cher Yann ! Toujours de superbes dessins et - en général- de belles histoires !

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21.05 | 18:24

Un bel esprit humaniste pour guider tes mains à reproduire ce que tu vois et ressent je t'invite si ça te branche https://www.flickr.com/photos/patpardon/339

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