Octobre 2018

Iñaki Péna a présenté un programme mêlant musique folk et écologie sur l’antenne de Radio, mis à l’écart à cause de son franc-parler. Ce fut une chance que de le rencontrer en pleine rue, la nuit, accompagné d’une amie. Un Basque très chaleureux qui regarde évoluer le monde avec beaucoup d’humanisme.

 

20 octobre 2018


 

 

Souvent, et je ne cesserai de le répéter, je déclare que si je dessine dans les rues de Paris, c’est autant par amour de cette ville, de l’art que par envie de rencontrer des personnes qui m’apportent beaucoup par leur chaleur humaine. Car dans ce monde de plus en plus désincarné humainement, il y a encore des foyers de partage d’idées et de compréhension entre les peuples.

C’est pour ça que les intimidations répétées des agents de la municipalité de Paris ne m’incommodent aucunement : ces fonctionnaires ne sauront jamais le plaisir que peut constituer le déploiement d’un travail fondé sur l’art de la rue.

Par ma condition d’ancien journaliste devenu trop vieux pour continuer dans cette profession, par la maladie de longue durée dont je suis sensé pâtir, par les problèmes sociaux douloureux dont j’ai souffert, j’aurais pu rester confiner dans un HLM au fin fond d’une banlieue, à me plaindre d’être une victime du chômage et du système. Mais un artiste se doit d’être un guerrier, d’afficher une discipline à toute épreuve, de vouloir transmettre des valeurs, de semer la générosité, et si je suis dans la rue, tout au moins d’un point de vue artistique, parce que tel est le destin que j’ai voulu épouser pour échapper au pire.


Je suis dans la rue parce que si j’étais chez moi, à me gaver de programmes télévisés comme en sont réduits à le faire tant de personnes précaires, je n’aurais pas eu la chance, par exemple, de rencontrer un soir dans le quartier de Saint Germain un gars tel que Iñaki Péna. Accompagné d’une charmante femme, Joana, elle aussi espagnole, ce Basque m’a touché par une certaine exubérance, une volubilité enthousiaste et par son humanisme. Il a eu le coup de cœur pour un dessin que j’étais en train d’entamer, celui d’un restaurant qui ressemble à un navire toutes voiles  - plutôt tous stores -  déployés. « Tu dessine drôlement bien. Tu arrives à donner un air de folie à tes sujets et à les sortir de leur immobilisme. 

Mais qui est donc ce Basque jovial et plein d’humour établi à Madrid qui déclare n’avoir aucune épouse, aucun enfant dans sa vie, et qui en quelques minutes s’est imposé comme un ami pour toujours ?

Curieusement, lui aussi un journaliste, mais un journaliste resté ancré dans sa profession malgré la cinquantaine. Moi aussi je fus journaliste, mais tel un célèbre ex-ministre j’ai abandonné d’autant plus volontiers cette profession que j’en avais assez de me mentir à moi-même tous les jours en ayant la certitude que je ne mentionnais qu’une petite partie de la vérité et en grande partie des mensonges… manipulé par mes rédactions plus aptes à la censure qu’à la liberté d’expression.


Iñaki est jouraliste à la Radio télévision espagnole, l’équivalent du groupe France Télévision. Un homme pétri de conviction, aimant exprimer sa vision quant à l’évolution de notre société, et qui animait un programme intitulé Trebede dans la trame des programmes de la Radio 3, en début d’après-midi.

Or, les Espagnols sont très attachés à ce média magique qu’est la radio, bénéficiant d’audiences supérieures à celles en France. Avec son ami Joana, il venait de visiter plusieurs pays européens, dont la merveilleuse Suisse. Et il s’étonnait de ne pas être en mesure de discuter, à Paris, avec un « vrai Français ». Aussi, grand fut son bonheur de me trouver sur son chemin. Nous avons échanger pendant une heure. Discussion passionnante, qui m’a permis de mieux connaître son pays où , affirme-t-il, la classe politique est discréditée à tout jamais, surtout après avoir laissé se développer un chômage atteignant plus de 20 % de le population active. « La corruption a atteint la limite du tolérable », m’a-t-il garanti. Je lui ai expliqué qu’en France, la corruption bat son plein également mais souvent, en raison du poids historique de notre histoire, en particulier la monarchie, elle se manifeste en grande partie de manière morale et intellectuelle. Le pouvoir achète les gens en leur offrant des titres, des distinctions, des médailles… (Si l’on m’en proposait, je refuserais !)
Toujours est-il qu’Iñaki a été mis au placard de son émission Trebeclé. (Traduction en français : trépied).

En fait, il présentait un canevas de musiques traditionnelles et populaires espagnoles constituant une trame sur laquelle il greffait des commentaires liés à l’écologie. La direction du groupe de communication public a estimé qu’il en disait et faisait trop, le reléguant à une mission de directeur de rédaction et non plus de présentateur, pour autant que j’ai bien compris car ma maîtrise de l’espagnol est loi d’être parfaite.


Ensemble, nous avons parlé de la France, de l’Espagne, de l’Europe. Et j’ai découvert que dans son pays, comme dans le mien, se développe la même ségrégation qu’en France. Des villes telles que Madrid et Barcelone repoussent toujours davantage leurs habitants vers les banlieues, car leur centre est pris d’assaut par des investisseurs dans la pierre et dans l’immobilier. Les classes aisées qui s’installent au cœur des métropoles expulsent vers des cités plus ou moins lointaines des milliers de ménages incapables de faire face à la flambée de l’immobilier. C’est l’une des faces les plus sombres et perverses du capitalisme sauvage qui s’exacerbe, un capitalisme dévergondé prenant en réalité la tournure d’une guerre civile sociale où les plus faibles financièrement sont expurgés des centres de décisions. Ces hommes et femmes déracinés sont pris financièrement sous l’aile d’Etat qui tout en les aidant à survivre étouffent leur esprit critique et leur liberté d’expression. Mais quand ces pans entiers de la population ouvriront les yeux, l’heure de la révolte et de la guerre civile  - oui, osons ce mot – aura sonné.

Ce qui m’effraie le plus, aujourd’hui, c’est une forme nouvelle, extrêmement perverse, de ségrégation sociale et intellectuelle, résultant de la volonté d’une élite de s’accrocher toujours davantage à sa boulimie de pouvoir et de luxuriance. Une élite décadente, ne sachant plus montrer l’exemple, devenue par certains aspects grotesque et indécente.

Yann Le Houelleur

 

MONTMARTRE – Toujours aussi pétillant de vie, le métro Abbesses, où se pressent tant de touristes. C’est l’un des seuls édicules conçu par l’architecte Guimard encore visible sur le réseau de métro parisien. Tant d’autres ont été détruits… Et il est vrai qu’il est splendide ! (Dessin fait le 21 octobre 2018)
RUE MAZARINE - Paris foisonne de belles portes, à la fois humbles et majestueuses. Plusieurs amis m’encouragent à en dessiner davantage. Il faudra que le dessinateur profite de l’hiver pour en constituer toute une collection quand il dessinera - à cause du froid - à travers les baies vitrées de restaurants ou même sur les terrasses. (14 octobre 2018)

Place Saint Opportune : Mario, SDF, dort dans des voitures…

AVANT DE VOUS CONFIER CE TEMOIGNAGE, CHER(E)S AMI(E)S, j’aimerais vous annoncer que je vais continuer à dessiner dans les rues de Paris, voire en banlieue aussi, pendant tout l’hiver.
Si je crayonne, ainsi, en plein air, c’est également parce que je fais des rencontres avec « la vraie vie », la vie des gens tels qu’ils sont. Mon devoir est de dire ce que je vois et ce que j’entends autant que de partager avec vous les dessins que j’élabore.
Bientôt, parce que j’ai besoin d’argent pour continuer « la mission » qui est mienne, je proposerai 10 dessins à 40 euros chacun afin de constituer un petit portefeuille destiné à m’aider à travailler dans des « conditions raisonnables » cet hiver… je vous en reparlerai bientôt.
Merci à toutes celles et tous ceux qui m’apportent leur aide et me donnent envie de persévérer… Ma vie est épuisante mais passionnante.

 

18 octobre 2018


 

Place Sainte Opportune, située entre la rue de Rivoli et Les Halles : un édicule de métro dans le plus pur style Guimard déploie son armature verte hérissée de fléchettes, à côté d’un kiosque à journaux coiffé d’un chapeau écaillé… C’est une fort jolie place, paisible, où se côtoient plusieurs restaurants, dont le Café Vigouroux.

Alors que se raréfie la lumière du jour, vers 19 h, je tente un dessin. Maintenant, même si le soleil brille intensément l’après-midi, les soirées s’annoncent fraîches et un petit vent aigre signale le débarquement prochain de l’hiver.

Ce jeudi soir, un homme m’observe : vêtu proprement, avec des baskets blanches et un visage plutôt fripé encadré par une chevelure blanche. Il a l’air d’avoir du temps. « Vous en faites, de jolis dessins. Vous allez dans tous les quartiers de Paris ? »
Il y a quelque chose de bizarre dans sa manière de s’exprimer : une grande lassitude, tout au moins.

Je m’en doutais : Mario vit dans la rue. Et il m’explique sa trajectoire, faite de conquêtes puis… marquée par une chute à tous points de vue, en particulier sa santé. Il relève son blouson : « Vous voyez, j’ai une poche car mon estomac est déglingué. J’ai passé plusieurs semaines à l’hôpital où on m’a volté tous mes documents, de sorte que je n’ai plus de papiers officiels à montrer à l’administration. »

Par ces mots, Mario veut dire qu’il ne peut demander aucune allocation à la CAF, n’obtenir aucune aide…

Très cruelle, et même honteuse, une telle situation dans un pays réputé riche : ce monsieur de 58 ans n’a d’autre solution, depuis deux semaines, que de repérer chaque nuit une voiture dont une portière n’a pas été fermée. « Je dors dans les voitures, jusqu’à ce qu’on me réveille ». Et chaque soir, Mario s’approprie ainsi une « chambre » différente.


Opération de com’

Madame Hidalgo, maire de Paris, aurait décidé, ressassent les médias, d’accueillir les SDF dans son hôtel de ville et dans des bâtiments publics. Mario, qui ne possède aucun smartphone, n’a pas appris cette info… Ce qu’il voudrait, c’est savoir à qui s’adresser quand on n’a pas de toit, quand on est de surcroît un « sans papier français » et qu’on est atteint d’une maladie grave. Puissent les autorités aider des Français comme lui, de manière prioritaire, plutôt que d’annoncer des mesures destinées à « faire avant tout de la com » et à redorer le blason d’une mairie devenue haïssable par la grande majorité de la population.
Et le monde associatif, qu’en pense-t-il, Mario ? « Quand on est s’adresse à une association, on nous envoie consulter une autre association, qui nous renvoie vers une autre encore, et ainsi de suite. »

Au passage, Mario égratigne certains immigrés qui, eux, savent fort bien se débrouiller ou bénéficient d’une meilleure volonté de la part des pouvoirs publics. Cela, oui, il faut oser le dire !

 

Existence indigne

Quant à notre « magic president », il avait déclaré que plus aucun citoyen ne devrait dormir dans la rue…  Comment peut-on, exerçant des mandats politiques, manipuler l’opinion publique avec des sujets aussi graves ? Car, faut-il le rappeler, Mario, comme tant d’autres, est aux portes du troisième âge et il n’a pas un toit à lui, il mène une existence indigne dans un pays où l’on continue à dépenser sans compter pour tant de farandoles.

« Oui, j’ai peur de l’hiver qui arrive. Je suis encore un SDF débutant », plaide Mario, d’une voie étonnamment paisible, comme résigné. Et moi, qui cherche à m’habituer au retour du froid en dessinant dans la rue comme si c’était encore l’été, j’ai honte de penser que j’ai beaucoup de chance par rapport à cet homme si malmené par la société. Ce soir, je dormirai en banlieue, au chaud. Je pourrai écrire ce que je veux, ce que je pense. Je pourrai me faire un café si l’envie m’en prend.

Au fait, me voyant dessiner, un passant a mis (cela arrive assez souvent) quelques pièces de monnaie dans un de mes plumiers. « Tenez, Mario, prenez donc ceci, ça vous fera toujours un peu de sou pour prendre au moins un café dans un resto du coin… » Il me remercie longuement. Cette nuit, pendant que je posterai ce message sur « fb », Mario sera en train de dormir dans une voiture…

Yann Le Houelleur

Une rue pavée de bonnes intentions

En fin d’après-midi, je dessinais cette voie pavée, Saint Julien le Pauvre, lorsqu’une dame vint me proposer une boisson. Ce fut un café, qu’elle me servit avec beaucoup de gentillesse. Belle rencontre, une fois de plus…

 

15 octobre 2018


 


Il faudra vraiment que je consacre tout un article à ces personnes merveilleuses qui, me voyant dessiner, imaginant parfois que je vis à la rue, m’offrent « un peu de tout ». Récemment, un mercredi puis un vendredi, aux alentours du boulevard Saint Germain, deux équipes de jeunes maraudeurs se sont penchés sur moi en train de dessiner, tels des anges gardiens. Ils m’ont offert de quoi me restaurer. Et toujours ce café chaud, extrait d’un thermos, qui procure tant de réconfort.

S’il y a une bonne nouvelle à annoncer, c’est bien celle-ci ; le désir de générosité existe chez beaucoup de jeunes, qui essaient, selon leurs possibilités et contraintes, de semer de la chaleur humaine autour d’eux. Certains y passent des nuits entières. Nombre de ces maraudeurs agissent hors de toute association, payant de leur poche les vivres ainsi distribués.

A chaque fois, je leur fais savoir : « Mais vous savez, je ne vis pas à la rue même si j’y travaille. Je ne voudrais pas que votre geste si beau envers moi soit au détriment d’autres personnes qui en ont davantage besoin… »

Dimanche, ce fut une autre rencontre, avec une personne bienveillante. Je dessinais rue Saint Julien le Pauvre, une rue étroite et pavée se faufilant entre le parc Viviani (dans le 5ème arrondissement, face à Notre Dame) et une rangée de maisons anciennes, certaines bombant le torse. Charmante et même poignante rue, éclairée la nuit par des lanternes perchées au second ou au troisième étage.

Un vent aigrelet commençait à souffler, après une journée gorgée de soleil. Soudain, une dame à l'élégance sobre s’exclama : « Ils sont beaux vos dessins. Je peux vous offrir quelque chose à boire ? »
Juste à côté fonctionne, à toute vapeur, un bar attenant à la librairie Shakespeare, qui appartient en réalité à celle-ci, inaugurée dans le courant 2017.
 « Un simple café suffira », lui fis-je savoir. Theresa me précisa ses origines, alors que j’observais son joli visage illuminé par de grands yeux noirs un peu bridés. Elle est née aux Philippines un pays qu’hélas je ne connais pas. 


Friandises


Cinq minutes plus tard, cette dame si délicate m’apportait un plateau comportant une tasse de café, un verre d’eau, et une petite friandise moelleuse. Cela me fit énormément plaisir, et il était ‘normal » que je sollicite son e mail pour la remercier de sa gentillesse.

Le lendemain, je découvrais un message d’une douceur très automnale sur ma boite mail. « C'était une plaisir d'avoir discuter avec vous hier. Est-ce possible de me garder le dessin de Pavée de  Saint Julien le Pauvre? Je vous appelle quand je peux être dispo....bien sur, je vais vous payer.... Merci. Sincèrement.>

La vie, à l’instar de la rue Saint Julien le Pauvre, est pavée de gestes d’une grande richesse de cœur, qui surgissent, comme ça, par hasard, sur notre chemin. Ce sont des encouragements à croire que le monde pourrait aller beaucoup mieux si les gens retrouvaient des valeurs un peu délaissées : la gentillesse, la bienveillance, la compassion, la disponibilité d’écoute… et surtout, la générosité car il est toujours possible, quelles que soient nos capacités matérielles, d’apporter un rayon de soleil à autrui.

Yann Le Houelleur

Les coups de colères automnaux ne vont pas tarder à redoubler d’intensité et les terrasses ces cafés vont se vide peu à peu. On parlera moins anglais dans Paris : baisse du flux des touristes. Cela m’attriste. Alor, pour fêter la fin d’une vraiment belle saison, voici ce croquis de restos dans une rue du 6ème que j’affectionne particulièrement. (13 octobre 2016)
L’ARC DE TRIOMPHE - Un classique de plus : numéro un de mes ventes cet été… l’Arc de Triomphe, que je suis allé refaire sur place à chaque fois, mais il est vrai que ce monument commence à m’écoeurer un peu. Je pourrais tout aussi bien le faire chez moi mais il est certain qu’il ne prendrait pas vie de la même manière. Je le cadre toujours, sur place, d’une drôle de manière, tellement il est volumineux et plutôt indescriptible par son architecture quelque peu alambiquée ou alors carrément « pompier ». (8 octobre 2018)

Merci, les jeunes, pour vos encouragements !

Souvent, quand je dessine dans la rue, des adolescents et des jeunes gens viennent discuter avec moi et me redonnent le moral en se montrant admiratifs devant mes si modestes dessins.

 

9 octobre 2018 


 

Cela m’enchante et me trouble : parmi les inconnus qui viennent me parler quand je dessine dans les rues de Paris, nombreux sont jeunes, très jeunes même. Et ils sont souvent les plus enclins à me féliciter, m’encourager. Cela est très stimulant, parce que je me rends compte à quel point le nombre des années nous séparant (ils ont quinze, dix-huit, vingt ou vingt-cinq ans) n’a aucune importance. Je n’imaginais jamais que je puisse ainsi discuter d’égal à égal, un jour, avec des jeunes qui ont compris beaucoup de choses quant à la vie et à l’essence même de celle-ci. La jeunesse, alors, est bel et bien un état d’esprit, et non une simple question d’âge.

Ce fut le cas le lundi 8 octobre, alors que la nuit tombait à la place Charles de Gaule Etoile, accordant à l’Arc de Triomphe le droit, pour quelques minutes encore, de scintiller, avec sa carapace marbrée d’orange et de jaune. Il me fallait absolument détenir, dans mon stock ambulant de dessins, un croquis supplémentaire de l’Arc de Triomphe dont les touristes raffolent, s’enivrant de sa majesté et de la part d’histoire de France qu’il incarne.


« Cela doit vous coûter cher »


Je fus abordé par un groupe d’adolescents très respectueux et doués d’une culture déjà étoffée. Ils me dirent combien ils apprécient l’art et je les voyais admiratifs devant mon travail. « C’est vous, Monsieur, qui avez fait tout ça ? » Ils étaient si sensibles à l’art que l’un d’entre eux, David Rodrigues, ajouta : « Cela doit vous coûter cher d’avoir du matériel comme celui-ci », observant mes trousses à crayons, mes boîtes pleines de bâtons de pastel gras, etc.

Ils admettaient avoir la chance d’être nés dans des familles instruites : de leurs parents, ils avaient appris à s’intéresser aux « choses qui élèvent l’esprit ». Ils ne furent pas du tout surpris quand le « vieux bonhomme » que je suis leur donna un conseil, un tout petit conseil : « Dans la vie, cherchez à vous lier à des gens qui vous poussent vers le haut, qui vous aident à vous dépasser vous-même ».

J’en sais quelque chose depuis que je vis en France : dans la banlieue où je réside, j’ai observé que maintes personnes, jalouses et frustrées, ne pensent qu’à entraîner autrui dans une sorte de spirale vers le bas…

Merci à ces jeunes qui me donnent un surcroît de force pour continuer à dessiner dans les rues. Ils sont formidables : j’aimerais avoir leur âge pour envisager une longue carrière en qualité d’artiste, moi qui ai si peu d’années maintenant devant moi…

Yann Le Houelleur

NOTRE DAME ET LE PETIT PONT - Un classique du genre, je le sais trop bien. Ce dessin, je l’ai fait plusieurs fois, tout comme la Tour Eiffel et l’Arc de Triomphe, mais à chaque fois le résultat s'avère différent. Et cette fois-ci, il faisait un peu plus froid que d’habitude. Un vent aigrelet s’était mis à souffler. Alors que la nuit s’empressait de tomber, la cathédrale gardait encore en ses pierres et sculpture les éclaboussures de jaune et d’orange dont un beau soleil automnal l’avait gratifié. (Dessins fait le 5 octobre 2018)

 

Merci à tous ceux et à toutes celles qui m’ont permis de vivre un été 2018 exceptionnel par la qualité des dessins élaborés et des contacts noués dans les rues de Paris. Cet automne et par la suite cet hiver je compte continuer à dessiner intensément à l’air libre… et plusieurs initiatives et projets vous seront bientôt communiqués par le biais du site «parisentoussens»

 

8 octobre 2018



Combien de fois n’ai-je pas expliqué aux touristes de tous pays que le prestigieux Pont Neuf n’était pas si nouveau que cela… puisqu’il est sensé être le plus ancien des ponts de Paris « encore debout » !

Et ce pont, tout naturellement, j’aime le dessiner, en particulier son tronçon côté rive gauche comportant quatre arches. Mais je le fais toujours depuis le pont des Arts. Or, ce samedi l’idée me vint de l’interpréter avec mes crayons Luminance depuis le pont Saint Michel. Il fallait faire un dernier dessin aussi réussi que possible pour célébrer le dernier jour de grand soleil avant l’arrivée décisive de l’automne.

Lorsque je commençais mon dessin, un soleil amical chauffait mes épaules, puis au fur et à mesure qu’il prenait forme un petit vent aigre se mit à souffler, annonçant que la page de l’été allait se tourner.

Sur les ponts, et partout autour, il y avait un monde fou. Chacun savait que le lendemain la pluie débarquerait et que nous embarquerions alors dans la mauvaise saison.

Un couple d’Australiens vint me parler : « C’est devenu si rare de voir des artistes comme vous à Paris. Que se passe-t-il dans cette ville ? On ne trouve que des peintures imprimées en Chine… » En réalité, ils avaient cherché des aquarellistes et ils tombèrent sur un humble dessinateur en ma personne. Ainsi, ce furent deux dessins qui partirent au bout du monde, dont un représentant ce monument mythique qu’est le Moulin Rouge.


Ce que je les aime, ces Australiens, tout comme les Américains, sensibles à la présence d’artistes à Paris, même quand il en reste si peu. Evidemment, chaque fois qu’on me demande pourquoi l’art de rue a disparu, je dois la vérité à mes interlocuteurs : la ville de Paris a tué les artistes à l’air libre car administrée par une bande d’incultes pour lesquels la seule forme d’art respectable est la foison de boutiques prétentieuse gravitant autour du BHV… aux portes de l’hôtel de ville. Les produits vendus dans ces magasins, en fait des vêtements et accessoires de luxe, sont la forme d’art la plus compréhensible pour des esprits si étriqués et surtout corrompus… 


Aux Etats-Unis, c’est mieux semble-t-il !

Une corruption intellectuelle. Ah, qu’ils doivent être succulent, les cocktails et vernissages où certaines de nos édiles sont conviées, baisant la main d’artistes et industriels renommés qui par leur avidité contribuent à tuer l’art authentique !

Et pendant ce temps là, la plupart des artistes, vivant dans la précarité, restent chez eux, sans jamais oser protester, percevant des aides de l’Etat qui sont autant d’incitations à fermer leur gueule.

On marche sur la tête, dans le pays de Arts où tant de peintres ont illuminé de leur génie l’histoire du monde. Je n’aimerais pas discuter culture avec Mme Hidalgo ou ses conseillers : j’imagine l’aridité de la conversation, le manque total de générosité, d’esprit dans les propos… Il manque des gens vraiment cultivés aux plus hauts postes de l’Etat !

J’écris d’autant plus volontiers cela après avoir discuté, tout en dessinant, rue des Abbesses avec un homme de 50 ans qui a vécu longtemps aux Etats-Unis où il a goûté le respect que l’on voue aux artistes bien davantage qu’en France. « La bas, quand on repère un vrai talent, on lui donne les moyens de se développer, de prospérer », m’a expliqué Marc. Oui, cela me rappelle une conversation avec un chef d’entreprise qui m’avait offert, en août, une paire de chaussures tout en me voyant dessiner et en prenant l’un de mes croquis… « Si vous étiez assis sur un trottoir de New York, vous gagneriez beaucoup plus qu’ici à Paris. Peut-être même deviendriez vous riche. »


D’ailleurs, en France, dès qu’un artiste s’inscrit auprès d’une certaine Maison administrant la sécurité sociale des artistes et auteurs, il se voit criblé de cotisations, de taxes, et s’il n’est pas capable de les acquitter entièrement, on le punit en le jetant dans les griffes de l’URSSAF. Et les courriers rédigés par ladite Maison sont bien entendu aussi comminatoires que possible, occasion toute trouvée pour souligner qu’en France les administrations, en général, ne savent pas s’adresser à leurs « obligés » autrement que par le biais de formules souvent très contestables et relevant d’une mauvaise éducation. Il n’y a guère, me semble-t-il, que Pôle Emploi qui sait s’adresser avec respect à ceux dont il a en charge le destin.

Oui, qu’il fait bon de vivre dans le pays des arts où l’art des mauvaises manières est si bien mis en œuvre.


Des personnes formidables

Ceci dit, malgré tous les ennuis qu’on me fait si souvent, malgré les agents Sécurité et Prévention de la Mairie de Paris qui de temps en temps m’adressent des menaces voilées, je continuerai à dessiner pendant tout l’hiver parce qu’un artiste n’est pas un oiseau qu’on met dans une cage en le cajolant. C’est quelqu’un qui part au combat, qui affronte la vie, qui nourrit son esprit des conversations avec les gens croisés sur sa route, les gens de bien cela s’entend. Et plus je dessine dans les rues, plus je rencontre des personnes formidables, désireuses de ne pas se couler dans le moule toujours plus asphyxiant de la pensée unique. Beaucoup d’entre eux ne regardent presque jamais la télévision, dégustent la culture autrement qu’à travers le petit écran, aiment passer leur temps à discuter dans les cafés, sur les pavés, dans tous les endroits où il y a de la vie et de l’énergie revigorante.

Ceci dit, sachez que les touristes sont de plus en plus nombreux à trouver horripilant la place du Tertre. Certains, même, disent carrément que « c’est devenu de la merde ». Et pendant toute la belle saison écoulée, j’ai rencontré des peintres affiliés à cette place qui ne s’y rendent plus très souvent car ils en ont marres des persécutions administratives dont ils font l’objet.

Yann Le Houelleur

 

LE LOUVRE – Cela peut vous choquer, mais je n’aime que modérément les façades du Louvre, trop chargées, trop « pompier ». Un ensemble certes monumental mais d’un aspect tristounet certains jours de grisaille. Il manque de la couleur, il manque des arbres ! Heureusement que la Pyramide met un peu de reflets bleutés et orangés au milieu de ce camaïeu d’ocre et de beige. Repérant ce dessin, des touristes norvégiens l’ont acheté… Il ne me reste presque plus de dessin représentant le Louvre et je serai amené à y retourner !!! (Dessin fait le 27 septembre 2018)

Ce vent d’automne qui sème l’angoisse dans nos cœurs… et qui rend plus criantes encore les inégalités sociales

Une soirée, passée dans une rue très animée du 6ème arrondissement : le froid s’installe et pendant que des jeunes gens, pleins d’avenir, se régalent à la terrasse des cafés, les SDF et les gens précaires se résignent à passer un hiver d’enfer…

 

( Plusieurs de mes amis sur ce réseau social disent qu’ils aiment, outre mes modestes dessins, mes articles où je mélange toujours expériences personnelles et considérations diverses sur l’évolution de la société. Alors, je continue cette série d’articles, estimant  - entre autres motivations -  qu’il faut inciter les citoyens à (re)prendre goût à l’écriture. Il m’est souvent dur de faire un dessin sans l’accompagner d’un texte. Je rêve du jour où, avant de mourir, la possibilité me sera offerte de publier un livre mariant croquis et textes pleins de ressentis. )

 

(Texte rédigé le 23 septembre 2018)

Il est arrivé, maussade et vindicatif : le vent d’automne ! Rendez-vous inexorable avec la dure réalité de cette ronde des saisons qui malgré le réchauffement climatique continue à régir nos vies.

Dans une rue du quartier de Saint Germain très animée en soirée, les restaurants et bars, en ce second jour d’automne, avaient baissé à nouveau leurs stores et certains offraient même à leurs clients des « spots » de chauffage. Malgré le retour brusque du froid, les terrasses affichaient complet, et des rires fusaient de partout. Comme chaque samedi soir, la clientèle, bien davantage qu’en semaine, était constituée en majorité de jeunes gens.


Par contre, il y en avait qui riaient beaucoup moins, dans cette rue si « fashion » où défilent des jeunes filles et des jeunes garçons d’une beauté encore non flétrie par les adversités de la vie… un champ de fleurs en plein épanouissement.
En l’occurrence, les SDF, roms y compris, qui pour les raisons les plus diverses doivent envisager une existence sans mur aucun pour les isoler du monde.

Souvent, ils viennent me voir, me parler et tout naturellement me demander des sous pour s’acheter des canettes de bière. Il arrive que certains d’entre eux pètent les plombs et se mettent à montrer du doigt les consommateurs sur le trottoir d’en face, allant jusqu’à les interpeller. Les serveurs des restaurants les connaissent tous et parfois leur lancent quelques avertissements, mais toujours de manière nuancée, sans violence aucune.

 

Pascal, sans aucune pièce d’identité

Parmi ces SDF, j’ai noué une certaine amitié avec un gars de 42 ans que tous, dans la rue, apprécient pour sa gentillesse, même s’il offre parfois de lui une image pitoyable, baignant dans l’alcool du matin au soir.
Riverains et serveurs connaissent la vie de Pascal, qui a passé plusieurs années en taule. Il m’a confié ne plus avoir aucune pièce d’identité et ne recevoir aucune prestation sociale. A cause du retour inopiné du froid, il va devoir se remettre à dormir dans des parkings, tout comme tant de ses amis, car ces «habitants de la rue» forment une petite famille au rythme des querelles et réconciliations récurrentes.

Tout en dessinant, sous le store d’une boulangerie resté baissé (étrange !), je discutais avec Pascal, plus bourré que jamais après avoir été placé en garde à vue… A la suite d’une soirée trop arrosée, il s’était introduit avec un pote dans ladite boulangerie et y avait commis quelques déplorables dégâts.

Il dit n’avoir jamais connu ses parents, confié à une famille qui le maltraitait, un début de vie augurant du pire pour la suite. Des bagarres de toutes sortes lui ont laissé des cicatrices un peu partout. C’est un tueur en puissance, capable de frapper fort quand on le pousse hors de ses gonds, mais un tueur gentil en quête de chaleur humaine. Un soir, quand il m’a vu abordé par des « Agents Prévention et Sécurité » de la mairie de Paris, il s’est fait fort de devenir, comme il le dit le plus sérieusement du monde, mon « garde du corps ». Et comme il adore mes dessins (« Toi, t’as de l’or dans les mains, mec ! ») il veille sur moi, de près ou de loin, me demandant si sa présence ne me gêne pas.

 

Une humanité renaissante

Lors de l’avènement de l’hiver, je pense souvent à ce fossé que crée le froid entre «gens normaux» et démunis, Je retrouve en moi toute une humanité un peu évanouie dans l’insouciance de l’été. Et je plains, entre parenthèses, tous ceux qui souffrent (à l’image de notre pitoyable président de la République) d’un manque de sensibilité sociale dans cette France où personne ne devrait se voir condamné à dormir dans des parkings, des endroits sordides, chier sur les trottoirs, faire la manche dans le métro, etc. (Et je vois de plus en plus de personnes âgés tendant la sébile dans les couloirs du métro où elles côtoient des Roms ô combien mieux organisés et plus riches qu’elles…)

Comment un pays considéré comme l’un des plus riches au monde a-t-il pu en arriver à ce désastre : des citoyens n’osant pas réclamer les allocations auxquelles ils ont droit, des entrepreneurs ruinés ou des travailleurs pauvres dormant dans leur voiture, des citoyens se glissant dans la peau de mendiants… ? Et pendant ce temps-là, des gens très haut placés abusent de leurs prérogatives pour saigner davantage encore le peuple, exigent une répression administrative accrue alors qu’ils pillent allègrement les coffres publics.


Ce pays mérite un réveil des consciences en vue d’une vraie révolution. (Un comble, d’écrire ceci, quand on a comme moi des convictions politiques ancrées à droite !!! ) Et la révolution, ce serait que les gens parlent à cœur ouvert de leurs problèmes au lieu d’être obligés de tricher, d’agir sous l’empire de la malice afin de s’en sortir. Et il faudrait en finir avec ce cynisme de la classe dirigeante qui consiste, comme au temps de la royauté, d’acheter ses sujets avec des faveurs parfois mesquines qui ont pour but avant tout de les condamner au silence et à la soumission voire l’humiliation.

Bref, ce samedi, alors que toute une volée de jeunes gens dépensaient des fortunes en buvant des cocktails dans des restaurants aux noms alléchants, je me contentais moi-même de tablettes de chocolat pour me réchauffer le sang et j’allais, à la demande de Pascal, lui acheter (avec un billet de dix euros qu’il me remit) une bouteille de ponch chez Carrefour. Malgré un vent aigre et méchant, malgré des gouttes de pluie qui s’écrasaient grossièrement sur le pavé, je dessinais sans lunettes, devinant une perspective très parisienne avec des maisons bâties de manière empirique et des stores de restaurant zébrés de couleurs vives…


Arc de Triomphe

Et soudain, des Américains apparurent. « C’est combien, le dessin ? » « Vingt euros, promotion d’automne … » Ils choisirent un Arc de Triomphe, enchantés d’avoir rencontré un artiste donnant un surcroît de gaieté à cette rue. A un moment, ils hésitèrent : deux dessins pour trente euros, conditions fixée par eux. Mais à Paris, sur les trottoirs, l’argent devient si rare… semble-t-il ! 

Vingt euros, mes amis, cela ne tombe pas du ciel ! C’est toujours ça de gagné. Un encouragement ! Un pied de nez en tout cas aux agents de Mme Hidalgo qui m’ont fait vivre des misères à tant de reprises, méprisant les artistes de rue, en vertu d’une mairie soi-disant socialiste qui à l’instar des macronistes vénère avant tout le fric, surtout le fric jeté par les fenêtres.

Peut-être l’automne sera-t-il suffisamment clément, par la suite, pour me permettre de vendre encore plein de dessins et de survivre…

En tout cas, ce soir-là, je pensais que malgré ma vie si dure, une condition que partagent tant de Français, j’avais la chance de pouvoir dormir dans un appartement, certes en banlieue mais aux portes de Paris. C’est d’ailleurs à Gennevilliers, sous l’égide des Républicains, que j’ai pu réaliser l’une des expositions les plus exaltantes et féconde de ma courte carrière d’artiste.

Chance immense. Chance que tous devraient avoir. Beaucoup de passants me demande si je dors dans la rue : mais non, j’ai un toit sur la tête, et quand le vent souffle trop fort il n’éparpillent pas aux quatre coins du monde mes blocs à dessins empilés dans une armoire…

 

Yann Le Houelleur

 

P.S. : Merci à un ami peintre sur ce site, Jérémie, dont j’ai fait la connaissance il y a un an à Saint-Germain des Prés en dessinant sur un trottoir. Sa vie d’artiste authentique l’amène à vivre, lui aussi, parmi les passants et à accumuler toutes sortes d’expériences bonnes et mauvaises. Et du talent, il en a à revendre. Il se propose de faire un appel à contributions auprès d’amis pour m’aider à passer un hiver moins frugal. Bientôt, sur ce site, je proposerai « les dessins non vendus » de l’été à ceux qui désirent me donner un coup de pouce.

Qu’il faisait bon, cet été, d’assister au coucher du soleil aux abords de la cathédrale, dessinant accoudé à la balustrade du Petit Pont… et quasiment tous mes dessins de Notre Dame sont partis, à tel point que je n’ose plus en refaire car chaque fois que j’expose un tel croquis il saute aux yeux des passants !
Le lundi et le mardi, quand bon nombre de touristes débarquent à Paris, il règne une ambiance fébrile en ces lieux où soudain se mélangent toutes les langues : en effet, j’ai observé que Notre Dame était avec la Tour Eiffel le premier des monuments que les visiteurs étrangers aspiraient à découvrir. Ainsi, quand je me trouvais sur le Petit Pont, maints touristes me demandaient : « Où faut il prendre le métro pour se rendre à la Tour Eiffel ? »
L’un des grands avantages, quand on dessine et expose ses dessins dans les rues de Paris est que l’on reçoit des critiques souvent constructives. Ainsi ne crée-t-on pas cloîtré dans une tour d’ivoire où tout serait merveilleux. En juillet, il me fut donné de faire la connaissance d’un haut fonctionnaire au ministère de la Culture, Jean-François. Il me donna un conseil qui fit mouche : « Intégrez dans vos dessins des personnages qui communiquent entre eux… » Judicieux conseil dont je me suis souvent inspiré, notamment en dessinant les terrasses de si nombreux cafés. En l’occurrence, ici même, un bistrot situé dans la Cour du Commerce Saint André, ravissant passage semé de gros pavés reliant le boulevard Saint-Germain et la rue Saint André des Arts. J’ai commencé par reproduire les consommateurs attablés, qui n’ont prêté aucune attention à l’espion artistique que j’étais…

Le froid s’installe, le style change…

Après les couleurs toniques sous un soleil de plomb, voici des dessins plus nuancés, plus doux et sans doute un peu trop bâclé car lorsque le froid mord la peau il faut faire vite.

 

 

25 septembre 2018


 

Cet été, ai-je observé, certains de mes dessins étaient saturés de couleurs trop vives. Me revient en mémoire un croquis du Moulin Rouge qui se métamorphosa en peinture, tant je m’étais efforcé d’ajouter des couches successives d’encre de Chine. Je me mis à détester cette interprétation du Moulin qu’une passante jugea parfaite, achetant le dessin.

En fait, ce jour-là, régnait une canicule infernale. Et presque tous mes dessins faits en pleine chaleur se mirent à avoir un point commun : une agressivité exacerbée quant aux couleurs. Cette évidence s’imposait : hostile, une telle chaleur m’obligeait à m’accrocher à mon travail, et de peur de sombrer dans une certaine somnolence je réagissais par un désir furieux de recourir à des couleurs salvatrices. Une sorte d’instinct de survie.


Librairie Shakespeare


Maintenant, en ce début d’automne, le style de mes dessins commence à changer, exactement comme l’an dernier à pareille époque. En raison du froid qui menace, toujours plus tenace, il faut réapprendre à dessiner plus vite, à ne pas m’attarder sur les détails, essayant plus que jamais de dégager une impression davantage qu’une description.

Ce dessin de la cathédrale, vu de la Librairie Shakespeare, est plutôt révélateur quant à une telle évolution.

Dessiner dans le froid ne me fait pas peur : il faut à peine m’y habituer peu à peu et constater que je ne vois plus aucun dessinateur et peintre s’aventurer dans les rues de la capitale. Cela doit faire le bonheur de l’équipe municipale qui a tant « œuvré » en faveur de l’éradication des artistes de rue.

A ce propos, un agent « Prévention et Sécurité «  qui m’avait menacé de m’infliger une amende au cas où il me reverrait dans les rues en train de dessiner avec des croquis à mes côtés n’a pas tenu parole… je ne l’ai pas revu, et de toute manière je me serais refusé à lui dévoiler mon identité.

 

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Commentaires

06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

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21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

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18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

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30.12 | 10:55

Solidarité avec toi Yann ! Paris sans les artistes de rue n'est plus Paris ! Simona a tout à fait raison !

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