Août 2019

La place de Clichy vue du Wepler

Voilà le dessin, fait en une demi-heure (un record) à l’une des tables du Wepler, à la tombée de la nuit. Une course contre la montre qui s’est plutôt bien terminée. Et j’ai pu mieux connaître, discutant avec Samuel, un jeune serveur, puis avec le maître de salle, l’univers de la restauration. Il faut offrir non seulement d’excellents produits, mais il fait avoir de la classe en présence d’une clientèle exigeante. Ce moment de quiétude artistique dans une existence devenue anxiogène ces temps-ci, je le raconte dans l’article ci-dessous. Le Wepler est une maison accueillante, qui traite aussi bien le consommateur se contentant d’un simple café que celui débouchant une bouteille de champagne. On y est servi, toujours, avec le sourire. La classe, avant tout !

Ce qu’il y a d’assez amusant, tout de même, dans mon travail, c’est que même dessinant la nuit, je reconstitue, me fiant à une certaine mémoire, les couleurs du jour. Rien ne servirait de se contenter de reproduire des réverbères cerclés de jaune et des lampes diffusant des teintes ouatées au fond d’une salle de restaurant ! Ces dessins sont donc, en quelque sorte, des interprétations les conduisant à être des demi-vérités, ou alors des demi-mensonges. Mais de toute manière, ils ont été fait sur place, et non à partir d’une photo.

Après le « drame estival », coups de crayon dans de belles brasseries

Parmi les établissements où le dessinateur aime à puiser son inspiration, observant les immeubles à la ronde : le bistrot d’Edgar, non loin de l'Opéra, et cette brasserie de renom, jadis fréquentée par des artistes devenus légendaires, le Wepler.
La place de Clichy n’a rien perdu de sa superbe. Et son établissement le plus prestigieux est un modèle d’élégance, de classe, d’hospitalité à la française. Bravo !!!

18 août 2019


 

Ca y est : après un traumatisme subi dans les couloirs du tentaculaire métro, qui m’a valu la perte de tant de dessins (par miracle tous scannées), après avoir passé des journée à sentir les larmes de l’écoeurement dévaler mes joues, un soupçon d’énergie revient.

La crainte principale, en plein cœur de la douleur, c’était de voir se tarir la source de l’inspiration. Mais s’il y eut des torrents de larmes au cours des jours précédents, ce samedi c’est au tour du ciel de pleurer. Aucun rayon de soleil pour essuyer les larmes célestes. Je désire faire un dessin. Où aller ?

Hier, ce fut le bistrot d’Edmond, un resto à la fois élégant et familial où les serveurs sont aux petits soins pour les consommateurs, quels que soient leurs moyens financiers. Après que les salariés de Lavrut, magasin spécialisé dans le matériel pour artistes, m’aient réservé un accueil chaleureuxm’offrant même des crayons pour me consoler, je fis une pause dans ce bistrot. Il s’agit d’une brasserie très fréquentée par les publicitaires et hommes de com’ comportant une terrasse donnant tout à la fois sur une place délicieuse plantée d’arbres de toutes essences déroulent leurs tresses vertes et sur la rue du 24 septembre.

Chez Edmond, je retrouve souvent un serveur qui m’a pris en amitié, Rubens, un Hondurien criblé de tatouages, gueule de mannequin, d’une virilité qui s’accompagne d’une grande douceur. Il me prend dans ses bras, me donne une tape sur le dos en signe d’encouragement, et m’incite au calme. « Dessine, c’est tout, sens toi libre. » Son sourire est irrésistible, quoiqu’un peu mystérieux, parce que de tels sourires peuvent masquer aussi bien des douleurs intimes. « Je suis très famille », m’a-t-il glissé à l’oreille, sous entendant qu’il avait déjà perdu du monde.
A 22 heures, écarquillant les yeux, j’ai pu m’inventer des yeux de chat et dessiner en perspective tout un pan de cette rue du 24 septembre où des cariatides encadrent encore des portes qui ont en partie rétréci, signe de plus que notre patrimoine historique est en réalité si mal protégé. Et comble de chance : un photographe, appréciant mon dessin, m’a offert un diabo menthe.

La légende du Wepler

Le lendemain, même scénario de désolation. Le décès de l’été se confirme, avec un ciel toujours plus chargé de nuages se fissurant à tout moment. Encore des larmes de très haut. Alors, je choisis un tout autre établissement, où j’ai déjà tant dessiné, parce que ses fenêtres sont tournées vers une place parmi les plus emblématiques de Paris : celle de Clichy. Architecture hétéroclite avec, entre autres curiosités, un immeuble quelque peu présomptueux qui s’assimile même au Bahaus, dont certaines fenêtres, rondes comme les hublots d’un paquebot, me rappelle un bel immeuble situé le long de la rue du Faubourg du Temple. Mais s’il est un immeuble que j’affectionne particulièrement, c’est bien celui, plus simple, plus austère, crépi d’ocre et vêtu d’une jupe rougeoyante. En réalité, cette jupe ce sont les stores, gratifiés d’un W en or, de cette brasserie légendaire qu’est le Wepler.
Combien de fois ne l’ai-je fait ce dessin, réfugié dans un Starbuck, de l’autre côté de la place, dont les portes ont fermé, soudain, au printemps. Il est vrai que des Roms et toutes sortes de clochards peu sympathiques pourrissaient l’ambiance.

Mais j’ai beaucoup dessiné, aussi, la place de Clichy assis sur la terrasse aussi bien qu’à l’intérieur du Wepler. L’artiste à la bourse sèche comme une figue que je suis n’a pas de quoi se payer davantage qu’un café. Et à chaque fois, les serveurs m’ont traité avec une gentillesse qui mérite d’être soulignée, allant même jusqu’à me demander si j’étais satisfait de l’accueil.
Il serait fastidieux de décrire l’histoire de cette brasserie située place de Clichy depuis 1832  par le couple Wepler. A l’époque, la place de Clichy était l’un des rendez vous de prédilection des artistes, comme en témoignent de belles peintures murales contribuant à l’atmosphère particulière dans laquelle baigne la grande salle du Wepler où des lampes imitant la pleine lune diffuse une lumière à la fois abondante et voluptueuse s’effritant sur des bancs de cuir rouge. L’art déco dans toute sa splendeur !

Artistes de prestige

La liste des peintres et écrivains qui ont fréquenté le Wepler est longue comme mon bras. Citons, entre autres, Boris Vian, Céline, Francis Jammes, Stéphane Mallarmé, André Breton, Max Jacob. Quant à ce prince de la couleur que fut Pierre Bonnard, il avait peint la place de Clichy à maintes reprises, installé devant la devanture du Wepler.
D’ailleurs, le Wepler, à l’instar des Deux Magots, attribue chaque année un prix littéraire.

Tous les serveurs de cette brasserie prestigieuse se disent fiers de travailler dans un espace hanté par le souvenir de tant de créateurs. Et c’est sans doute la raison pour laquelle mon encombrante présence ne les a ni inquiété ni irrité. Pourtant, j’en ai fait un « beau foutoir » installé, à la limite du sans gêne, sur une table en salle destinée normalement à quatre personnes. Je disposais d’une demi-heure, avant l’évanouissement des derniers filaments de lumière dans le ciel, pour interpréter cette place.

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Ne vous faites aucun souci, Monsieur.
Ici, vous êtes chez vous  (Samuel, serveur au Wepler)

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J’ai tout étalé sur la table : crayons, bâtons de cire, stylo feutres… Pour autant, je n’ai pas oublié de présenter au serveur chargé du secteur, Samuel, mes excuses. « Ne vous faites aucun souci, Monsieur. Vous êtes chez vous ». Je l’observais, du coin de l’œil, en train de servir un couple, dans un recoin de la salle, en train de déguster des plats de choix. J’admirais sa patience, sa gentillesse, sa délicatesse. Samuel a été embauché en CDI voici quelques mois, sans pour avoir un diplôme d’une école hôtelière. Et j’adore ceux qui réussissent sans passer par le crible des grandes écoles. Samuel a un superbe avenir devant lui, la chance de sa vie.

Honneur à la France !

Tout en croquant à une vitesse effrénée « ma » place, je me disais que c’est ça la France, telle qu’on la rêve à l’étranger : des endroits confortables, hospitaliers, aménagés avec soin, où l’on est accueilli, d’emblée, avec une amitié presque désintéressée car la plaisir de celui qui sert réside dans le bonheur qu’éprouve ses convives. Des brasseries comme le Wepler, moi qui suis un nationaliste convaincu, font honneur à la France, notamment parce qu’ils emploient des professionnels qui ont, en premier lieu, une parfaite éducation.
Merci Rubens ! Merci Samuel ! Vous avez la chance de côtoyer le vaste monde, tous les jours (un peu comme moi, quand je vends mes dessins sur les trottoirs), en prenant soin d’étrangers qui attendent de vous, avant tout, un beau sourire et dont vous incarnez ce qu’ils recherchent le plus : la classe, la bonne éducation française.

Le groupe Joulie

Avant de reprendre le métro, j’ai discuté le coup avec le chef de salle, un certain Philippe, un monsieur de 58 ans qui en paraît bien moins, d’une imperturbable courtoisie. Il m’a appris, et je l’ai vérifié sur plusieurs sites Internet, que le Wepler est tombé dans la corbeille d’un groupe comptant parmi les premiers à Paris dans le secteur de la restauration. A savoir la famille Joulie, dont l’épopée a démarré en 1989 quand Gérard, le patriarche, aujourd’hui secondé par ses deux fils Christophe et Alexandre, a mis la main sur un pub « rénové de fond en comble » (selon le Point) pour inaugurer le Congrès Auteuil. Au fil des années, cette famille d’Aveyronnais, qui s’est refusée à ouvrir son capital à d’autres investisseurs, a multiplié les acquisitions de brasseries, possédant actuellement un éventail de quatorze établissements, peut-être davantage même. Le Wepler et le Bouillon Montparnasse sont ses dernières « prises ».

Avec, toujours, cette « obsesssion », pardon… cette vocation : redonner leur lustre d’antan aux brasseries pour préserver un esprit, une atmosphère, une hospitalité, de manière à mettre, de suite, les consommateurs à l’aise. On imagine l’envergure des capitaux nécessaires lorsqu’il est question de rénover une brassserie, d’embaucher un personnel des plus compétents, de verser des taxes démentielles pour avoir droit à une terrasse. Sans oublier un approvisionnement auprès des meilleurs fournisseurs d’aliments en tout genre et de bonnes bouteilles. Il faut avoir les reins solides, et beaucoup d’entregent, pour gérer des affaires aussi complexes.

Je me suis excusé auprès de Monsieur Philippe : « Pardon pour avoir infligé un tel désordre alors que je me suis contenté d’un simple café ». Quelle belle réponse que la sienne : «  Même avec un café, vous êtes un client important. Pour nous, il n’y a pas de différence entre les consommateurs aisés et les autres. Tous sont traités avec le même respect ».
Respect, oui. Et davantage encore : chaleur humaine.

J’y retournerai souvent, au Wepler, cet hiver, quand le froid trop acéré m’empêchera de travailler sur les trottoirs. Et peut-être un jour serai je en mesure de sabler le champagne… après la parution de mon premier livre, un bébé que je porte en moi depuis si longtemps, une gestation sans fin.

Yann Le Houelleur

Un drame, irréparable, en plein été

A la suite de la perte d’un sac plein de dessin dans le métro, le dessinateur a accusé un choc émotionnel qui s’est traduit par un épuisement dont il se remet peu à peu. SVP, j’ai besoin de votre aide pour continuer mes projets. J’ai besoin de votre amitié. Car je me sens encore très faible et j’ai perdu gros.


15 août 2019


 

L’été était si beau… Le plein de rencontres. L’impression de vivre dans un tourbillon de complicités cosmopolite. L’Illusion d’écrire une belle histoire dans un monde où rôdent psychopathes et détraqués de toute sorte.

Bref, la pleine forme… mais peu à peu, m’étais-je aperçu, je tirais sur la corde. Un peu comme si le terreau sur lequel poussait et se déployait l’inspiration s’épuisait et que les racines de la démarches artistique avaient de moins en moins de ressources où puise leur perpétuelle renaissance.

Et puis, un soir, je ne sais pourquoi, dans le métro, une panique s’empara de moi. Je me trompais de ligne, ne savais plus où j’étais, me retrouvais à l’autre bout de Paris, deux sacs pleins de matériel de travail de dessins sommairement pendus à mes épaules. Soudain, je m’aperçus que l’un d’eux avait disparu. Il fallait me raisonner, me précipiter vers un guichet RATP, déployer des efforts surhumains pour m’exprimer… Alerte perte d’un colis déclenchée ; deux jours de délai avec envoi d’un e.mail. Deux jours plus tard, un texto m’était transmis, m’annonçant que « votre bien n’a pas été retrouvé sur le réseau de la RATP. Pour plus d’information, veuillez-vous adressez au service de la Préfecture.
Il ne me restait plus qu’à prendre un taxi pour rejoindre ma banlieue.

Bouffées d'angoisse

Pendant deux jours, j’ai été dans l’incapacité de me lever, sauf pour aller aux wc. Des bouffées d’angoisse s’échappaient de ma poitrine en feu. Des torrents de larmes dévalaient mes joues. Front brûlant, respiration malaisée, l’impression d’étouffer.

Le vieux bonhomme que je suis était comme un enfant dans l’attente de sa maman qui viendrait lui donner, comme ce fut le cas plusieurs décades auparavant, une revigorante purée ou une compote à base de bananes et pommes écrasées.
Heureusement que mon colocataire, auquel j’ai sauvé (pour de vrai) la vie deux mois auparavant, m’a aidé, réconforté, évité le pire car un médecin, me voyant dans cet état, a voulu m’envoyer dans une unité de psychiatrie, un hôpital très loin de Paris…

Non, il fallait considérer qu’un certain été était mort. Donner le temps au temps. Oublier, quelques jours, cette précarité gluante qui me colle à la peau et qui me force à travailleur deux fois, trois fois plus que la normale, de peur de retomber dans les affres de ce que j’ai connu : la rue, les nuits passées chez les uns et les autres.

Jamais je ne pensais qu’un pareil choc pouvait me réduire à néant, tel un typon.

Les médecins que j’ai vu ont fait ce diagnostic : « Vous êtes dans un état d’épuisement avancé. Vous avez besoin de repos, de sommeil, ne vous sentez pas coupable de céder à une certaine paresse. Cela peut durer quelques jours, voire plus d’une semaine. Tout dépend de nombreux facteurs qui nous échappent ».

Mais pourquoi la vie est-elle si injuste avec certains, qui luttent pour survivre ? Je n’ai jamais fait de mal à personne, jamais eu recours aux armes de la vengeance, toujours vécu selon les critères de la bienveillance. Autour de moi pullulent les profiteurs en tout genre, ceux qui dévorent, carnivores, leurs congénères pour s’arroger une part de vanité ou de richesse supplémentaires.

Quand on prend une telle volée en pleine gueule, il est inévitable que sa vie repasse, par fragments souvent épars, une sorte de roman feuilleton dont on revit les étapes tout en se disant : « Mais comment ai-je pu me remettre de tels drames par la passé ? »

Je ne puis m’empêcher de penser à tout ce que j’ai vécu au Brésil, les très fécondes années de ma vie. La fondation, outre mes fonctions de correspondant de presse, d’un journal, Franc-Parler, qui a duré dix ans. J’avais obtenu, moyennant d’épuisantes négociations, des fonds de plusieurs institutions, dont l’Alliance Française. Mais par jalousie, des compatriotes puissants ont piétiné mon beau projet. Ils ont fait pression sur les autorités diplomatiques, m’ont éclaboussé de calomnie : le journal est décédé dix ans après une parution mensuelle non stop.

Que de temps pour remonter la pente !

Endetté, ne pouvant plus acquitter mes factures, je me suis retrouvé à Paris, à 50 ans, sans rien, sans argent, sans domicile. Il m’a fallu des mois pour remonter la pente et découvrir qu’au fond, si j’avais dû choisir une autre vie, je n’aurais pas embrassé les tristes tropiques en qualité de journaliste mais j’aurais démarré une vie humble de dessinateur dans les rue de cette ville, Paris, dont je n’ai plus besoin de sortir, tant elle est belle, multiple, virevoltante…

Séduisante, certes, mais un brin cruelle quand on constate que les ouvriers, les artisans, les gens humbles n’y ont plus leur place, « déportés » vers de lointaines banlieues. Même les socialos n’ont pas sur freiner cette époustouflante gentrification qui s’est traduite par le naufrage d’une ville qui a perdu son esprit : ah, la fameuse gouaille parisienne !

La biodiversité humaine, cela existe aussi.

Oui, mes amis, aujourd’hui, je suis encore sous le choc. Je n’ai pas envie de renoncer à cette vie d’artiste de rue qui m’a permis de rencontrer tant de personnes, d’amasser des souvenirs, des impressions, des émotions de toutes sortes. Mais pendant quelques jours encore, je m’abstiendrai de mettre en ventre des dessins dans les rues de Paname, je me serrerai la ceinture comme jamais pour survivre, j’oscillerai entre la nostalgie, sa part de venin, et l’espoir de me reconstruire peu à peu.

Je vais m’éclipser un peu des réseaux sociaux, par pudeur, parce que, pour l’instant, tout exige des efforts décuplés tant je suis encore fatigué.

Mais j’ai besoin de votre aide, vous qui suivez avec patience et bienveillance mes « aventures.

Les Invalides

QU’EN PENSEZ-VOUS ?
D’ici quelques mois, j’envisage de sortir un petit fascicule numérique que je mettrai en vente, où chaque dessin reproduit sera accompagné d’un texte emprunté à ceux « stockés » sur mon blog. Je suis trop angoissé par l’avenir, par l’âge qui avance, par les retournements de situation, et puis, quand je dessine dans les rues, il m’arrive souvent de recueillir des témoignages bouleversants ; émanant de personnes qui sont en quête de la première paire d’oreille disponible à laquelle confier leur souffrance. Et moi qui suis un hyper sensible, incapable de ne pas me sentir, à mon modeste échelon, responsable de tout ce qui rend l’avenir si incertain sur cette terre, je garde ces propos en moi, telle une montagne de déchets (mots excessifs) qui alourdit mes pensées.

Laissez-moi le temps de reprendre l’essentiel de mes forces. Ce dessin des Invalides, fait hier malgré les morsures de la fraîcheur vespérale annonçant l’automne, c’est l’un des tout premiers après le drame que j’ai connu. Il m’a demandé beaucoup d’efforts, car j’étais « out » et pendant trois jours je m’étais posé la question : « Serai-je capable de dessiner à nouveau ? ». Je voulais me tester, savoir si j’étais capable de résumer, en quelques traits, l’un des plus beaux monuments de Paris, généré par les architectes, géniaux, du roi Soleil.


Un havre de paix, cet hôpital !

Auparavant, j’étais allé me régénérer dans un… hôpital, Laennec-Necker, mais en tant que visiteur puisqu’on peut y entrer comme dans un moulin, prendre une boisson et une pâtisserie dans un tea room qui dispose d’une terrasse donnant sur le « Vieux Laennec ».

Pas de doute : il s’agit d’une architecture d’inspiration religieuse, la cour étant conçue tel un monastère. Par son obsolescence, les nuances de ses vieilles pierres grignotées par l’humidité en hiver, les réparations successives faites avec des bouts de ficelle (pas d’argent pour restaurer comme il convient un si séduisant bâtiment), la façade principale est un chef d’œuvre en pleine déliquescence. Elle date de la fin du 18ème siècle. Deux étages offrent leurs fenêtres, hautes et étroites, quadrillées de petits carreaux, soutenus par des arches qu’offusquent des ifs répartis à travers des pelouses où se dispersent des bancs accueillant les patients désireux de se reposer. Un havre de paix, où la complicité entre une belle architecture et une végétation entretenue avec amour contribue à atténuer les souffrances de ceux dont la maladie est devenue le lot quotidien.

Merci de votre soutien à tous. Et peut être à bientôt.


Yann

« J’ai vendu un caleçon ayant appartenu à Hitler »

Curieuse (et embarrassante) rencontre faite à proximité des Deux Magots. Un commissaire priseur américain, sans doute pas mytho, m’a révélé son métier : il vend aux enchères des objets ayant appartenu au Führer. Et il prétend que le cercle de collectionneurs est (hélas) étoffé…


6 août 2019


 

La Tour Eiffel, le Louvre, l’Arc de Triomphe, la cathédrale (à l’époque où le feu ne l’avait pas encore mutilée), la Sainte Chapelle, la basilique du Sacré Cœur, le Moulin Rouge : les étrangers qui veulent se forger une idée de la magnificence de Paris ne manquent jamais ces monuments, incontournables. Ils observent parfois un « agenda de visites touristiques » très contraignant.

A cela s’ajoute, bien entendu, deux brasseries cote à cote devenues légendaires : les Deux Magots et le Café de Flore. Ces deux établissements font rêver, et toute une mise en scène bien rôdée se déroule, jour après jour, afin de contribuer à conquérir le cœur d’une clientèle exigeante. C’est vraiment Paris, ici : les serveurs portent un tablier blanc qui laissent entrevoir un pantalon impeccablement repassé, d’un noir scintillant. Ils sont aux petits soins pour leurs clients, toujours souriants. J’ai entendu dire que ces professionnels étaient recrutés par un cabinet spécialisé en vertu de critères très sévères.

Ils tolèrent ma présence, sur le parvis. Certains d’eux, notamment Camille (qui m’a déjà acheté un dessin représentant… les Deux Magots) font un détour pour prendre de mes nouvelles, tandis qu’une jeune femme se tient à proximité de la terrasse, renseignant, si nécessaire, les uns et les autres.

Ni les Saoudiens, ni les Qatariens

J’aime m’arrêter ici-même. Je me sens bien, sous la protection du clocher de Saint Germain si ancien, quelque peu pataud. Mais qu’on ne se fasse pas d’illusion : les (rares) acheteurs ne sont pas les Sadoudiens ou Qatariens réputés avoir les poches pleines de billets. Non, ce sont plutôt des Américains, parfois des Asiatiques.

A chaque fois, je fais des rencontres intéressantes. Tel cet Américain de 62 ans qui est venu me demander depuis combien de temps je dessinais, dans un français parfait. Prétexte pour entamer une discussion fort inédite. « Il y a beaucoup de fous dans ce quartier, pas vrai ? » Il prononça ces mots alors qu’un monsieur âgé entamait un rite accompli chaque jouir peu avant la tombée de la nuit. Coiffé d’un chapeau melon, plutôt bien habillé, il traîne une valise et vide toute une canette de bière, observant d’un regard consterné les consommateurs. Puis il s’approche d’eux et se met à raconter des histoires salaces, multipliant les insultes, s’esclaffant de rire, un rire grinçant. Apparemment, il ne gêne personne. Des serveurs lui serrent même, parfois, la main. Il ne demande aucun argent. S’agit-il d’un SDF ?

« Vous ne devinerez jamais »

Revenons à « mon » Américain. D’abord, il me fit quelques constats sur la droite en train de prendre le dessus dans les urnes un peu partout en Europe. Puis il révéla son métier : commissaire priseur. Et il me posa cette question : « Vous ne devinerez jamais ce qui me permet de vivre confortablement… »

Eh bien, figurez-vous, cet Américain s’est spécialisé dans la vente… d’objets ayant appartenu à Hitler. C’est ainsi qu’il a vendu une fortune, outre un téléphone utilisé par le Führer, un caleçon que celui-ci portait. « Et vous n’avez pas idée du nombre de gens, dans le monde, qui cherchent à s’approprier un objet ou un vêtement qu’a possédé ce dictateur. C’est de la folie ! »

Comme il avait un rendez-vous, il s’est excusé de prendre congé de moi aussi rapidement. Il a regardé attentivement mes dessins, m’a demandé leur prix. Je croyais qu’il allait en choisir un. « On se reverra un jour, soyez certain », me dit-il. Dommage qu’un commissaire priseur vendant si cher les slips d’Hitler n’ait pas les moyens, apparemment, de se payer un dessin de format A4 élaboré par un modeste artiste français…

Yann Le Houelleur

 

Marcos, gérant d’un commerce de luxe très cool et hospitalier

A proximité de l’église de la Madeleine, le responsable d’une boutique Kenzo ne s’est pas offusqué de ma présence avec mes habituels cartons à dessins appuyés aux murs et vitrines. D’une grande bienveillance, de jeune homme de 31 ans m’a même acheté un dessin représentant l’Opéra, à quelque pas de là…


3 août 2019


 

Pour être franc, cette église me déplait à cause de sa rigueur architecturale. En principe, je ne suis pas fan du style néoclassique. Les colonnes de la Madeleine, au nombre de 52, sont d’une lourdeur et d’une banalité affligeantes, ne correspondant pas du tout à l’idée qu’on se fait de Paris. Mais il fallait bien qu’un jour je me décide à dessiner cette église dont la construction s’est étalée sur plus de 80 ans. Le chantier fut mis entre parenthèses pendant la Révolution française, et c’est à Napoléon 1er que l’on doit la poursuite de travaux.

Toujours est-il que ce quartier s’avère plutôt sympathique, quadrillé par des avenues spacieuses que surplombent des immeubles cossus, certains carrément Art nouveau.
Quelques beaux arbres m’incitèrent à faire ce dessin qui devait, nécessairement, transmettre une certaine joie de vivre, même si cette année, tout comme les précédentes, je ne pouvais partir en vacances et que des nuages gris obscurcissaient mon ciel intérieur.

Je pris place à l’intersection entre le boulevard de la Madeleine et la petite rue Duphot. Et selon la tradition, je plaçais quelques cartons à dessins, tapissés de croquis format A4, autour de moi. Or, je n’avais pas remarqué que je les avais posés, en vérité, contre un bout de vitrine d’un magasin Kenzo se signalant par des mannequins dont la tête se résume à une spirale d’un matériau coloré.


"Il sont chouettes, vos dessins:"


Soudain, un grand jeune homme se précipita vers moi. Sans aucun doute, redoutais-je déjà, j’aurais à subir des remontrances, car les responsables des commerces d’articles de griffe n’aiment pas voir un artiste en apparence pauvre « mettre du bordel » à proximité. Or, cet inconnu se montra d’emblée affable et me garantit : « Ils sont chouettes vos dessins. Vous pouvez rester ici, cela ne me gêne absolument pas ». C’est bien la première fois que semblable hospitalité m’était accordée dans de telles circonstances.

Marc Renier, le jeune homme en question, gérant de cette boutique, émit même le vœu d’acquérir un dessin, et je ne pouvais que lui accorder une réduction pour le remercier de sa gentillesse. Son choix se porta sur un croquis de l’Opéra avec, au premier plan, le fameux café de la Paix avec ses stores d’un vert sombre. Un dessin par ailleurs dépouillé, d’une grande spontanéité, réalisé trois semaines plus tôt.

Et voilà ce jeune homme de 31 ans traversant le boulevard pour aller chercher un billet au distributeur d’une agence de la CIC ! Quand il revint, je lui témoignais mon ignorance sur le commerce de luxe. Je pensais, naïvement, qu’une boutique affichant des prix aussi élevés (un pantalon genre training peut revenir à 300 euros !) ne recevait des visiteurs qu’au compte-goutte. « Pas du tout, me précisa Marcos. Nous avons 600 passages par jour et je travaille au sein d’une équipe de 25 personnes dont les salaires sont plutôt alléchants. » Il faut en vendre, des pantalons et accessoires de mode, pour garantir un salaire à un tel nombre d’employés !

Ce qui est assez curieux, c’est que ce grand jeune homme, élégant et très amical, avait été élevé dans une famille d’agriculteurs. Passer de l’agriculture à la haute couture : quel parcours !


Contraste saisissant


En réalité, le soir venu, pour essayer de vendre mes dessins, il m’arrive parfois de m’installer devant des boutiques de luxe. Le contraste est saisissant : un petit dessinateur usant ses jeans sur des pavés que foulent des gens nanti d’un excellent pouvoir d’achat… Et mes dessins sont carrément bradés car tous mes acheteurs exigent des décomptes. Si la mode a un prix, l’art ne semble pas en avoir.

Plus rien, à mon âge, ne me choque. Par contre, c’est ce genre de contraste qui m’amuse  et me motive, même, dans une grande ville où, comme partout ailleurs, tant de personnes parviennent à survivre grâce à des articles vendus à de tout petit prix.

Chaque nuit, où que je sois, je vois ainsi défiler, à la terrasse des grandes brasseries, des vendeurs de fleurs, de colliers parfumés, etc. Et même des dealers cachant, dans leur bouche, des sachets de cocaïne, dont certains serveurs sont les clients les plus fidèles. Vrai de vrai !

Yann Le Houelleur                                       

 

Versailles : deux après-midi inoubliables en compagnie de policiers

Il s’agit en réalité d’un dessin de très grand format (réalisé avec des crayons et quelques ajouts d’encre de Chine ainsi que de feutres). Voici une partie du dessin : en réalité la porte majestueuse de l’Hôtel de Police et notamment ses belles colonnes.

Grâce à ce croquis (en réalité, un extrait d’un dessin de grand format), j’ai eu la chance de découvrir le fonctionnement de la Police nationale, si méconnue du grand public. Policier : une belle profession, en vérité. D’autant plus que ces hommes et ces femmes partagent, dans un esprit de camaraderie indéniable, des compétences très diverses.

 

2 août 2019



Il est de bon ton, dans toute une partie de la sphère médiatique, de parler mal de la police. 

La moindre bavure, le moindre dérapage s’assimile à une étincelle suivie d’un incendie aux rebondissements imprévisibles. Evidemment, je ne m’associerai pas à ces critiques excessives qui jettent l’opprobre sur une belle profession.

L’occasion m’a été donnée de mieux connaître la police grâce à une personne, dont je ne dévoilerai pas l’identité, qui m’a invité à dessiner l’entrée, majestueuse, de l’Hôtel de Police de Versailles. Il s’agit d’un commissariat très particulier, à commencer par son architecture.

Deux colonnes encadrent le porche où se faufilent, dans le sillage des calèches d’antan, les voitures bleu-blanc-rouge de la Police Nationale, stationnant dans « la cour d’honneur ». Elles s’en vont quadriller les rues pour des missions de surveillance.
Plus haut, dans une niche délimitée par une arche élégamment tracée, deux grâces  - qui se tournent le dos -  sont adossées à un blason gratifié de trois fleurs de lys qui soutient une couronne.

L’actuel hôtel de Police abrita, initialement, de splendides écuries construites par l’architecte Ledoux pour la Comtesse du Barry, ravissante, qui possédait un pavillon où logeait son personnel. Cette dame, dont le nom avait été Jeanne Bécu, prit la succession de la marquise de Pompadour en qualité de… maîtresse du roi Louis XV. Elle aimait à s’entourer d’artistes. Parmi ceux dont elle fut le mécène : les peintres Jean-Honoré Fragonard et Jean-Baptiste Greuze.

(Pour ceux qui s’intéressent à l’architecture, et sur la foi d’informations recueillies sur Wikipédia, il convient de préciser que Ledoux fut l’un des créateurs majeurs du style néoclassique, s’inspirant des temples du Paestum, se dressant dans le sud de l’Italie. Il a conçu des bâtiments tels que l’Hôtel d’Hallwyll, dans le Marais (possédant des similitudes avec l’Hôtel de Police de Versailles), la rotonde de Chartres au parc Monceaux, ainsi que les salines royales d’Arc et Senans, tout comme le pavillon, à Louveciennes, où vivait la comtesse du Barry.


« Les effectifs baissent »


Voilà un bel endroit, assurément, où bat le cœur d’un commissariat couvrant un territoire de grande envergure sur lequel veillent quelque 300 policiers. Tel est, tout au moins, le chiffre que m’a cité l’un d’entre eux alors que je dessinais cet hôtel magnifique. Il ajouta, non sans un certain écoeurement : « Les effectifs baissent irrémédiablement à cause de la consigne de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ».

Sans chercher à verser dans la flatterie, je dirais volontiers que ces hommes et ces femmes sont aussi attachants que cet bel hôtel qui, soit dit en passant, mériterait un bon ravalement de façade. Tout en croquant ce pan d’histoire, j’observais le va et vient de ces professionnels. Une « chose » m’a surprise, me condamnant à proclamer ma naïveté : un esprit de camaraderie et même davantage sans doute : une vraie famille. Il est vrai que l’avènement des vacances contribuait à la bonne humeur générale. Ainsi, certains policiers, accompagnés de leurs bambins, passaient dire un « au revoir » à leurs collègues amenés à prendre leurs vacances ultérieurement.

En tout cas, tous m’ont réservé un accueil royal, à tel point que j’ai eu les honneurs d’un policier chargé de la communication et des réseaux sociaux (si j’ai bien compris). Fort poliment, il m’a demandé la permission de me prendre en photo.

Après deux après-midi consacrés à ce dessin, je me sentais presque intégré à cette équipe qui m’avait accordé son hospitalité, à tel point qu’un policier chargé de faire la garde, mitraillette en bandoulière, me signala qu’un distributeur de boissons fraîches était à la disposition du personnel comme du public dans la salle d’attente à gauche, au rez de chaussée. Et la canette de coca cola ne coûte qu’un euro, deux fois moins que celles délivrées par les distributeurs sur les quais de certaines stations de métro.


Biologiste embauchée à la police scientifique


Ce que je n’avais pas compris, jusqu’à ce jour, moi qui suis un simple dessinateur au courant de si peu de choses, c’est que la police constitue, en réalité, une constellation de professions et de compétences d’une diversité étourdissante. Une dame, hyper souriante, qui est venue me féliciter alors que le dessin commençait à peine à prendre forme, m’a raconté qu’avant d’entrer dans la corporation elle avait été biologiste… et elle faisait partie de la police scientifique ». Les spécialistes tels que cette femme, on les a beaucoup vu en train d’œuvrer lors d’attentats   - entre autres à Strasbourg, en décembre 2018 -  sur les écrans de nos télévisions, tout de blanc vêtu. Mais il est évident qu’ils interviennent lors de très nombreuses affaires ne connaissant pas un tel retentissement. Elle a ajouté : « Ce qui me plaît, dans la police, c’est justement de fréquenter des professionnels de tous les horizons avec, pour certains, des parcours assez inattendus ».

 

Epidémie de suicides

J’y retournerais bien volontiers, à l’hôtel de Police de Versailles. Non pas à la suite d’une interpellation pour vente à la sauvette dans les rues des grandes villes (je plaisante… on me connaît bien) mais tout simplement parce que j’ai eu l’impression, de manière si fugace, de faire partie d’une belle et grande famille. J’y ai rencontré des gens simples, cordiaux, francs, attentionnés…

Toutefois, ne manquerai je pas d’ajouter, nombre de ces hommes et de ces femmes se plaignent d’être soumis à des cadences de travail toujours plus contraignantes et de ne pas avoir l’occasion de bosser dans de meilleures conditions, se sentant parfois découragés.

Il ne faut pas oublier que la police est ébranlée par un fléau dont les médias se font assez fréquemment l’écho : le nombre croissant de suicides au sein de la corporation. (De janvier à la fin juillet 2019, 43 policiers avaient mis fin à leurs jours.) Quel gâchis, quand on songe que ces hommes et ces femmes ont épousé leur profession motivés, pour la plupart, par un idéal : être au service de la population…

Yann Le Houelleur

Le pont des Arts : beaucoup de photographes, trop peu d’artistes

Kevin Guillaume a donné à l’artiste l’autorisation de publier, sur son blog, cette photo si belle par sa luminosité et le contraste entre maintes couleurs.

C’est un jeune professionnel de la finance, Kevin Guillaume, qui a pris cette photo. Une semaine plus tard, je l’ai rencontré dans un bistrot, près de l’Opéra, et reconnaissant mon style en voyant le croquis que j’était en train d’exécuter, il me l’a montrée sur l’écran de son portable !

Samedi 27 juillet 2019


C’est assurément mon « coin » préféré à Paris. Ici même foisonne une atmosphère de bonheur voire d’insouciance. Depuis ce qui fut jadis « le pont aux cadenas de l’amour », l’on peut apprécier une vue magnifique sur le Pont Neuf dont il est notoire qu’il s’avère en réalité le plus vieux pont de Paris. Le pont des Arts relie le Louvre à l’Institut de France… ce qui nous ramène au Grand Siècle. Toute la journée, des bateaux mouches et des bateaux d’envergure bien supérieure, certains témoignant un design audacieux, sillonnent la Seine et quand ils passent sous la passerelle, les passager ont pour habitude d’applaudir. Le principal embarcadère  se trouve en contrebas de la « miette d’île » situé à la jonction des deux tronçons du pont, accessible par des escaliers qui s’évadent d’une place où se dresse une statue d’Henri VI juché sur un cheval.

Je me rends souvent au Pont des Arts pour dessiner son illustre voisin et ces huit arche, mais je n’en choisi qu’une partie car il est vraiment trop long, le Pont Neuf, pour occuper une feuille de format A4.

Au début, les agents de la Mairie me tracassaient passablement. Maintenant, fait-il admettre, ils ne me persécutent plus vraiment, comme si la tolérance à l’égard des artistes de rue avait un peu augmenté… mais attention : la campagne électorale approche. En tout cas, il est regrettable que si peu d’artistes, dans la capitale, dessinent et peigne sur le vif étant donné que le contact avec les touristes et les passants donne lieu, souvent, à de très belles conversations.

Semer le bonheur

Bien évidemment, je laisse les touristes et autres personnes empruntant le Pont des Arts me prendre en photo. Que serait notre ville, berceau de l’art, si tous les professionnels du crayon et du pinceau étaient expulsés et jetés au cachot ? Je me suis souvent posé la question : « Pourquoi mes confrères, en général, sont-ils si peu courageux et méprisent-ils ceux qui ont peu d’argent pour acheter leurs œuvres ? Avec moi, c’est différent. L’important, c’est de rendre heureux celui qui acquiert un dessin, même si en définitive les bénéfices sont misérables. Mais cela crée un cash flow qui me permet d’acheter un matériel de travail inexorablement onéreux. De surcroît, quand on dessine dans l’espace public, il faut du très bon matériel car les crayons, les bâtons de cire, et même les feutres s’abîment vite en fonction des oscillations trop brusque des températures.

En tout cas, un grand « MERCI » à Kevin Guillaume, un jeune professionnel de la finance qui m’a pris en photo alors qu’il se promenant avec sa belle famille venue de Russie. Il m’a pris en photo discrètement, sans me signaler sa présence, ce qui est tout à fait normal… Mais une semaine plus tard, ainsi que je le raconte dans l’article qui précède, j’ai rencontré Kevin sur la terrasse du bistrot d’Edmond, juste à côté de la station de métro 4 septembre.

Et il m’a montré, sur son portable, cette photo fort sympathique. Il me l’a aussitôt transmise sur mon e.mail. Incroyable coïncidence que cette rencontre. Merci Kevin !!! Si vous voulez un dessin, je vous l’offrirai volontiers pour vous remercier de m’avoir offert cette photo que je peux publier à volonté.

Yann Le Houelleur

Ma photo en train de dessiner… sur le portable de mon voisin, au café d’Edmond

Dessin fait en deux heures et demie sur la terrasse du Bistrot d’Edmond, dans le 2ème arrondissement. Crayons, pastel gras, encre de Chine, etc. Format A4

Jamais ne n’aurais pu imaginer une telle rencontre. Kevin, un banquier assis à côté de moi en compagnie d’un ami joaillier, venait de me reconnaître : une semaine plus tôt, il m’avait photographier en train de dessiner le Pont Neuf, accompagné de sa belle mère russe, sur le Pont des Arts. Hallucinant, pas vrai ? Voici le courriel que je lui ai transmis ce dimanche 28 juillet 2019.

Le bistrot d’Edmond, à la terrasse duquel j’ai fait ce dessin et cette rencontre, se trouve juste à côté de la bouche de métro Quatre Septembre, à carrefour de la rue Monsigny et de la rue du Quatre Septembre. J’y suis toujours accueilli les bras ouverts, malgré le désordre qu’occasionne un artiste tel que moi muni de tant de matériel.)

 

Bonjour Kevin! 

(courriel transmis tôt le matin, le 28 juillet 2019)

Quelle heureuse coïncidence: samedi soir, quand je dessinais tout un pan d’immeubles haussmanniens, rue du 4 Septembre, j’eus la surprise de me voir apparaître sur l’écran de votre portable ma « propre » personne, vue de dos. Cela paraît bien irréaliste et me fait prendre conscience que pour être un peu « décalé » dans ce cadre si parisien, je n’en suis pas moins mitraillé par toutes sortes d’inconnus…

Et parfois, je finis par savoir qui sont ces inconnus, quand par exemple je les vois s’asseoir, avec la complicité du plus pur hasard, à la table d’à côté, à la terrasse d’une brasserie où j’ai choisi de faire un dessin supplémentaire. Et oui, je ne suis pas toujours scotché à la rambarde du Pont Neuf, soyez en certain.

En tout cas, je désirais vous remercier de m’avoir montré sur votre portable puis transmis  - miracle de la high tech -  une si amusante photo alors que j’avançais dans l’élaboration de ce dessin mettant en exergue l’élégance de ces immeubles haussmanniens qui s’emboîtent les uns dans les autres, reconnaissables  - tout simplement, à leurs balcons filants.

Un artiste « dit » parfois la moitié de la vérité : cette rangée de bâtiments que vous m’avez découvert en train de croquer a été interprétée après que le soleil se effacé et que les premiers réverbères se soient mis à scintiller. Mais j’ai chois, en définitive, les couleurs du jour.

Je vous remercie de votre bienveillance. Je vous transmets, comme promis, un exemplaire de la revue « Paris en tous sens » remontant aux dernières fêtes de fin d’années, ainsi qu’un scan du dessin des immeubles de style haussmannien…

Avec mes meilleurs sentiments. N’oubliez pas de transmettre à Yann, le talentueux joaillier avec lequel vous discutiez, mes meilleures pensées, lui qui contribue, à sa manière, à la réputation de la France par la qualité même de son travail.

Yann Le Houelleur

P.S. 1. -  Je me permets, et vous m’avez donné votre feu vert, de publier cette photo sur mon blog. J’aimerais écrire des tas d’histoires vraies qui se produisent mais hélas il fait trop chaud pour que je puisse donner le feu vert à mon inspiration qui reste à l’arrêt, pour l’instant.
P.S. 2 – Parmi les serveurs les plus sympathique et adorant leur métier que je connais à Paris, il y a Rubens, un très beau garçon au sourire spontané, d’une gentillesse exquise. Il m’a offert le panaché que j’avais commandé, le payant de sa poche. De tout cœur, merci !

 

Deux jeunes SDF font le pont

Chaque matin, quand ils se réveillent, Richard et Nathan ont devant leurs yeux l’un des plus beaux pont au monde. Mais resteront-ils longtemps encore dans cet abri de fortune ?

 

18 juillet 2019


Il arrive parfois que des touristes, ne se sentant pas trop capables de choisir un dessin à leur convenance, me soumettent la proposition suivante : « Remettez-nous un dessin fait dans le quartier de Paris que vous préférez ». Rien de plus difficile que de s’incliner devant une telle suggestion car Paris s’avère une ville aux facettes innombrables qu’on peut apprécier voire chérir conjointement. 

Entre parenthèses, certains endroits me déplaisent, telle la place des Abbesses où une bande de jeunes désoeuvrés pourrissent l’atmosphère. Dimanche dernier, l’un d’entre eux s’est planté devant moi et avec un aplomb stupéfiant il m’a dit : « Si tu veux continuer à travailler tranquille, tu me donnes de l’argent… » C’est ainsi que les petites racailles finissent par prendre le contrôle de places et de rues entières. 


Concept révolutionnaire

S’il est un endroit pour lequel j’aurai toujours un faible, c’est bien le pont des Arts et la vue dont on peut jouir sur le pont Neuf considéré en, vérité comme le plus vieux pont de Paris. En tous cas, son concept se voulait révolutionnaire : aucune frange de maisons n’y fut jamais construire car naguère les ponts s’apparentait à des boulevards suspendus…

En général, j’aime surprendre le pont Neuf quelques quarts d’heures avant qu’il ne soit effacé par la nuit triomphante. D’un jaune satiné, il se laisse repeindre de toutes les couleurs, finissant par acquérir une patine saumon un peu terne. En termes picturaux, ce pont a besoin d’être dessiné sous un jour joyeux : de toute manière, il baigne dans une atmosphère euphorique et même insouciante. Sur les bateaux qui défilent sous les arches, la foule des touristes applaudit chaque fois qu’un nouveau monument surgit

Alors, vous imaginez : vous réveiller face à l’un des plus élégants ponts au monde… C’est précisément ce qui arrive, tous les matins, à Richard et Nathan. J’ai fait la connaissance de Richard un jour, pas si lointain, où il m’a rapporté des crayons tombés sur l’ancien chemin de halage longeant la Seine. Car il est très malaisé de dessiner ce magnifique monument tant le vent, assez souvent, taquine les passants. Je dois même fixer, sur la rambarde, trop étroite, du pont des Arts mon bloc de papier et les trousses à crayons. Il faut éviter, au maximum, que mes crayons ne tombent entre les lattes du pont des Arts.

Aucune allocation

Richard et Nathan vivent tout deux dans un renflement au dessus d’un muret, tout à l’extrémité du pont  - côté Institut de France -  bien protégés, se glissant la nuit venue dans leurs sacs de couchage. Curieusement, personne n’importune ces SDF qui prétendent ne pas avoir droit, encore, à des allocations, tel le RSA, octroyé   - je peux me tromper -  aux plus de 26 ans.

Alors, quand un ou plusieurs crayons dégringolent sous les yeux de ces deux mecs très cool, Richard s’empresse de les recueillir et gravissant les marches d’un escalier escarpé, il me les donne, non sans répondre à quelques questions sur les raisons qui l’ont amené à vivre dans rue. Il dit souffrir psychiquement après une enfance pas trop à sa convenance. Il n’a fait aucune étude… et c’est vraiment inquiétant quand on approche les trente ans.

Ce samedi-là, je lui ai demandé ce qui lui ferait plaisir. D’une modestie épatante, il m’a répondu : « Un litre de Ice tea ou du coca cola, cela me plairait bien. »

Son vœu sera exaucé bientôt…

                                                                                                                   Yann Le Houelleur

CLICHY - Il est décidément très hospitalier, le square s’étalant le long de l’immense place des Martyrs de l’Occupation à Clichy. Un kiosque à musique se dresse au milieu de marronniers qui procurent une fraîcheur amicale tout au long de l’été. Sur les bancs en bois, des personnes de toutes strates sociales. s’asseyent pour lire, se reposer ou discuter le coup entre elles, dont de nombreux jeunes. (Dessin fait le 1er juillet 2017) °

Clichy, une ville du Grand Paris qui a bien changé…

Bain de fraîcheur sous l’abondante chevelure de marronniers : il y avait beaucoup de monde, ce vendredi soir, veille des grandes vacances, à la terrasse du Jardin de la Garenne à Clichy.

 

5 juillet 2019


 


Alors que je dessinais la façade de ce restaurant plutôt haut de gamme, une petite fille, Rose, me bombarda de questions. Les enfants adorent le dessin, bien évidemment ! Elle se permit même de soulever la manche de mon tee shirt pour admirer un tatouage que je me fis faire au Brésil, vingt ans auparavant, représentant un dragon stylisé. J’étais plutôt gêné car les enfants, ne sachant pas faire la différence entre le mal et le bien, doivent apprendre à se méfier des inconnus… risquant de tomber, un jour, sur des personnes mal intentionnées.

Quand je rencontre des gosses, admiratifs quant à mes dessins, j’essaie toujours de maintenir une certaine distance, mais ils me prennent tous pour un copain et ont tout naturellement le tutoiement facile.

Tout le monde n’a pas la chance de partir en vacances… Cette année, comme les autres, je resterai en Ile-de-France.
Toutefois, il y a suffisamment de curiosités, de villes à découvrir autour de Paris pour ne pas regretter d’être dans l’incapacité financière de prendre le grand large.

Ce vendredi en début de soirée, la terrasse du Jardin de la Garenne, sur la place des Martyrs de l’Occupation à Clichy, était noire de monde. Les serveurs couraient en tous sens pour prendre les commandes et pour servir les clients. Je me suis contenté d’un simple diabolo menthe, repérant une table laissée vacante, et je me suis mis à dessiner ce restaurant qui a fait sa mue récemment, se hissant au rang des meilleures brasseries parisiennes.


Une mue très réussie

Auparavant, ce resto s’appelait « Garçon » et il « exhibait » un store rouge framboise très criard. Ce store a été éclipsé par un autre d’un jaune pâle virant à l’ocre selon la luminosité. Les boiseries extérieures qui encadrent les baies vitrées ont été peintes dans un vert pâle plutôt discret et apaisant pour les yeux. Une mue très réussie, qui correspond  - en quelque sorte -  à l’évolution de Clichy quant à sa population.

Jadis, cette ville de 60.000 habitants coincée entre Paris et la Seine avait plutôt mauvaise réputation. Mais avec l’émergence du Grand Paris, elle semble avoir beaucoup évolué, dans le bon sens, d’autant plus que la mairie a changé de couleur politique après toutes sortes de scandales liés au trafic d’influence et à la corruption. Bref, un sang nouveau s’est mis à irriguer la ville. Non pas sans certains risques : les petits commerçants, d’après certains témoignages que j’ai recueillis, ont du mal à survivre, asphyxiés par la multiplication d’enseignes influentes et administrées par des groupes avec pléthore de cash.

Quand on prend la ligne 13 du métro, dorénavant on voit beaucoup de cadres, en costume cravate, descendre à la station « Mairie de Clichy ».
Ce n’était pas le cas il y a une dizaine d’années, lorsque j’ai pris mes quartiers dans une ville située de l’autre côté du fleuve, Gennevilliers. Clichy possède un superbe atout : de beaux immeubles se dressent, parmi des maisons plus sobres, le long de la rue de Paris et de l’avenue Jean Jaurès, inspiré par les courants haussmanniens et art nouveau.

Le Jardin de la Garenne est ainsi devenu l’un de points de rencontre de ces nouveaux habitants qui fuient la hausse vertigineuse des loyers à Paris pour s’approprier des logements plus abordables dans les villes mitoyennes, en particulier Clichy, pour ce qui est du 92, mais aussi, depuis un certain temps, Gennevilliers où des immeubles assez luxueux, des tours même, poussent tels des champignons.


Vacances à Cuba

Alors que je dessinais, une petite fille très fébrile et curieuse, échappant un peu à la surveillance de ses parents, vint toucher mes crayons et me poser plein de questions, la plupart sensées. Rose, dont la sœur était plus tranquille, me fit une confidence : elle s’apprêtait à partir en vacances, avec ses parents, à Cuba. A 21 heures, la petite famille était en train de passer au dessert, une tarte tatin.

Sa maman, s’exprimant d’une voie très douce, à son tour me posa quelques questions. Puis elle mentionna que son mari et elle s’étaient installés à Clichy dix ans auparavant après avoir habité à …Paris, ajoutant que la vie y était devenue trop chère.


D’ailleurs, consultant un site spécialisé (http://www.journaldunet.com/management/ville/clichy/ville-92024/temoignages) j’ai pu me rendre compte, à travers des commentaires émis par maints internautes, que Clichy compte parmi les villes de la banlieue parisienne où il fait vraiment bon vivre. (Ce n’est plus tout à fait le cas, hélas, à Gennevilliers, ville en proie à une spéculation immobilière effarante, une sorte de nouveau Levallois Perret…) Parmi les témoignages que j’ai ainsi glanés : « Mon appartement voit sa valeur augmenter régulièrement. Mon avis global est donc plutôt positif pour qui ne peut pas acheter à Paris. (…) « Clichy est une ville agréable à vivre et qui a le vent en poupe avec l'arrivée du TGi porte de Clichy » D’autres internautes font valoir que la ville comporte encore une mixité sociale de bon aloi, avec un brassage de nationalité bien équilibré.                               

Je regardais tous ces consommateurs, autour de moi, venus prendre le frais sous des arbres aux feuillages abondants qui atténuaient une étouffante chaleur frôlant la canicule. Ils avaient l’air heureux, beaucoup d’entre eux, effectivement, évoquaient leurs vacances. La plupart d’entre eux étaient bien habillés, mais sans prétention aucune. Une ambiance bon enfant.
Aucune jalousie de ma part : j’aime voir les gens heureux. Cela me rend heureux moi-même.


Pas d’argent pour…

Plus loin, de l’autre côté du square de la place des Martyrs où jaillit un très beau kiosque à musique, l’ambiance était assez différente. Assis ou carrément vautré sur les bancs, des jeunes gens échangeaient des propos d’une voix trop haute, certains se chamaillaient même. Ils n’avaient sans doute pas d’argent pour se payer un diabolo menthe. Mais eux aussi étaient en quête de la fraîcheur vespérale et du bonheur.

Alors que la nuit tombait rapidement, que le soleil barbouillait d’un jaune vif les façades d’immeubles élégants, j’en ai profité pour faire un autre dessin, bien différent… La coupole d’un magnifique immeuble, rue Martre, émergeant tel un navire sur un océan de feuilles d’un vert plein de nuances…

 Yann Le Houelleur

Rue Monsigny, une belle rencontre sur la terrasse d’un bistrot

Chaque fois que je passe dans le quartier pour renouveler mon matériel de travail chez Lavrut, je m’arrête au bistrot d’Edmond pour y dessiner un très bel immeuble haussmannien qui remporte un succès fou parmi mes acheteurs.

 

4 juillet 2019



C’est un peu un mystère pour moi. Chaque fois que je dessine cet immeuble séparant la rue Choiseul et la rue Monsigny, je vois partir mon croquis dans les jours qui suivent. Il doit correspondre à l’image que les touristes étrangers se font de l’élégance des immeubles haussmanniens, à la fois robustes et souples. Mais ce qui fait le succès d’un tel dessin, je crois, c’est la présence au pied de l’immeuble d’un arbre plutôt touffu et de lampadaires tout comme les tonalités joyeuses d’un magasin Nicolas.

Or, cette fois-ci, je m’y suis pris de telle manière que j’ai délaissé, au profit d’un cadrage serré, les derniers étages et un toit caréné entrecoupé de fenêtres hautes qui semblent indiquer la présence d’ateliers d’artistes.

Quoi qu’il en soit, je ne manque jamais de dessiner cet immeuble lorsque je passe dans le quartier pour renouveler mon matériel de travail, chez Lavrut, une boutique très pittoresque enfouie dans le passage Choiseul. Après avoir fait une moisson de crayons d’excellente qualité, je m’assieds à la terrasse d’un restaurant dont j’ai fini par connaître tous les serveurs, le bistrot d’Edmond. Les serveurs sont affables et attentionnés, en particulier Rubens, le seul Nicaraguayen qu’il me soit donné de connaître à Paris, au sourire charmeur.

Je suis donc toujours bien accueilli au Bistrot d’Edmond. Aucune réflexion ne m’est adressée quant au chaos que j’engendre sur la table et autour de moi, maniant une quantité effroyable de crayons qui font tâche d’huile sur les autres tables…


 « Vous ne me génez pas du tout » 

Mais ce jeudi soir, j’ai démarré mon dessin à une heure incompatible avec une telle invasion. En effet, il était 18 h et le rituel du happy hour commençait à battre son plein. Par politesse, je ne pouvais prendre une table alors qu’à chaque fois je me contente d’un café.

Après une telle boisson prise au comptoir, je décidai de m’asseoir carrément sur le trottoir. Mais la terrasse du bistrot d’Edmond ne tarda pas à saturer et les serveurs installèrent quelques tables et chaises supplémentaires qui occultèrent en partie les cartons à dessins que j’avais mis cote à cote le long d’un mur, en l’occurrence un autre restaurant en cours de restauration.

Un couple de jeunes, accompagné de la maman de l’époux, Martin (un avocat), me présenta ses excuses : « Nous vous gênons probablement, Monsieur. » Sage comme une image, un bébé observait sa famille confortablement installé dans sa poussette.

C’était tout le contraire : j’apprécie de dessiner avec du monde autour de moi. Cela me stimule, me force à me concentrer et me permet aussi, parfois, d’entendre des conversations intéressantes.
Tout en interprétant le bel immeuble avec mes crayons, je pensais aux endroits où je me devais de me rendre avant la mi juillet, afin de présenter une toute nouvelle collection de dessins… La Tour Eiffel, le Moulin Rouge, le Sacré Chœur, l’Arc de Triomphe, Le Louvre, le Palais Royal, la place des Vosges, les Deux Magots et le Café de Flore, etc.
Je suis sans doute le seul artiste à Paris trimballant avec lui autant de crayons prêts à’emploi.
 

Croquis en noir et blanc

A peine avais-je fini par terminer le croquis du bel immeuble, le père du bébé repéra, posé à terre, un croquis en noir et blanc – avec quelques touches de couleur presque imperceptibles -  exécuté en 2012. D’un format de poche, ce croquis représentait la rue des Archives avec, à droite, le bâtiment circulaire du BHV et tout au fond les tours de Notre Dame surplombant la place de l’Hôtel de Ville. « Je vous le prendrais volontiers, s’exclama, Martin, assis à côté de sa maman, une femme qui témoigne beaucoup de classe.
Martin se montra généreux : un billet de vingt euros pour un si petit dessin. 

La veille, dans le 6ème, j’avais accepté de céder deux beaux dessins A4 barbouillés de couleurs vives à un couple de touristes turcs qui disaient avoir peu de sous dans leur poche et qui me remirent la même somme.

Il faisait très chaud, sur le trottoir de la rue Monsigny. 21 heures approchait : il me restait suffisamment de temps pour plier bagages et aller croquer, à un rythme soutenu, l’Opéra juste avant que la nuit ne soit complètement tombée. Une véritable course contre la montre.
Mais quelle chance : boulevard des Capucines, il y avait  - outre une intense circulation automobile -  un petit vent rafraîchissant et quelques gouttes furent même lâchées par un nuage invisible.

Yann Le Houelleur 

 

Clichy, une halte rafraîchissante entre Gennevilliers et Paris

26 Juin 2019


 


Qand il ne se sent pas le courage de pousse le bouchon de l’inspiration jusqu’à Paris, le Dessinateur de Paris en tous Sens s’arrête à Clichy, savourant une atmosphère déjà bien différente de celle régnant dans sa ville, en réalité Gennevilliers.

Clichy a perdu sa réputation jadis bien maussade de cité dortoir aux mains principalement d’une certaine communauté. Cette ville aux portes de la capitale « se boboïse, accueillant des ménages parisiens qui n’ont plus les moyens de vivre dans une ville devenue prohibitive par les prix qu’affichent les magasins. Les restaurant se refont une beauté pour accueillir une clientèle plus chic.µ

Et le long du boulevard Jean Jaurès comme le long de la rue de Paris, de splendides immeubles datant des années 30. Ici même, la rue de Paris. Selon un éboueur qui m’a parlé pendant qie je dessinais sous un marronnier, le nouveau maire de Clichy vit dans l’appartement situé au 3ème étage, un balcon garni d’une élégante balustrade en fer forgé.

BOULEVARD DE MAGENTA – Par un jour de forte chaleur, presque la canicule, j’ai fait ce dessin assis sur le trottoir du Bd de Magenta. Me voyant ainsi croquer, le tenancier du restaurant est venu m’offrir un sandwiche, un cadeau revigorant. Pas facile de dessiner dans ce quartier : des flots de voitures, une pollution record et beaucoup de monde, entre autres des clochards qui demandent tout et n’importe quoi aux passants. (21 juin 2019)

Soirées rafraîchissantes sur le pont des Arts

L’été, quand le soleil se met à dégringoler, des centaines de touristes venus de tous les continents et des Parisiens viennent savourer une atmosphère singulière sur le pont des Arts. ils observant le va et vient des bateaux mouche et des péniches le long de la Seine…

 

27 juin 2019


 

 

Abdel, un peintre talentueux qui expose ses œuvres dans l’espace public, n’en revenait pas, ce mercredi 27 juin. « Il n’y avait presque personne sur le pont des Arts lorsque je suis arrivé vers 15 heures, mis à part des joueurs de bonneteau et des vendeurs de bouteilles d’eau… »

La canicule frappait fort, comme elle devait le faire les jours suivants. Pas grand monde dans les rues à cause de cette chaleur anxiogène et suffocante. Toutefois, selon Abel, des policiers firent irruption sur le pont afin d’expulser ces escrocs que sont les joueurs de bonneteau tout comme les vendeurs d’eau à la sauvette. « J’ai été surpris que les flics me laissent tranquille. Ils m’ont bien regardé mais ils n’ont pas fait de même avec moi. »

Courageusement, Abdel a donc attendu, toute la journée, sans succès hélas, que des passants s’intéressent à lui.

Rares pendant la journée, les touristes et même les Parisiens ne s’aventurent sur les ponts, quand sévit la canicule, qu’au moment du crépuscule. Ils viennent alors chercher cette fraîcheur providentielle que leur procure la Seine. Soudain, quand 20 heures s’affichent à l’horloge bien visible sous la coupole de l’Institut de France, ces badauds surgissent de partout et font une halte prolongée sur le pont des Arts. Ils viennent profiter d’une atmosphère unique . D’abord, le va et vient de bateaux et de péniches se faufilant sous les ponts. Ensuite, la belle architecture de l’Institut comme, sur l’autre rive, du Louvre.

C’est carrément une joie de vivre qui s’empare des lieux, des personnes issues de tous les pays communiant dans un même besoin de fraîcheur et de beauté. Certains se mettent même à pique-niquer sur les lattes du pont.
 

Des petits malins…

Moi aussi, à cette saison, j’aime fréquenter le pont des Arts le soir, où j’ai des conversations avec toutes sortes d’inconnus. Certains me considèrent, entre autres compétences, comme un guide touristique et ils me demandent, notamment, quel trajet emprunter pour rejoindre la cathédrale ou la tour Eiffel.

Plus surprenant encore : un grand nombre de touristes s’inquiètent de savoir s’ils sont bien sur « le pont aux cadenas de l’amour ». Mais oui, c’est là que plusieurs années auparavant s’amassaient des grappes de cadenas qui finirent par endommager le pont à cause d’un poids toujours croissant. Aujourd’hui, il n’y a presque plus de cadenas, sauf quelques-uns accrochés par des « petits malins » à des réverbères.

Et pourtant, il semble que des guides et catalogues touristiques continuent à inciter les touristes à venir immortaliser leurs amours un cadenas à la main… On a beau être en mesure de tout savoir grâce à l’Internet, il y a quand même des infos périmées qui ont la vie dure ! 

Yann Le Houelleur

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Chris Deese | Réponse 17.07.2019 20.08

Do you have WhatsApp we met 2 weeks ago. Thanks!!

Chris Deese 18.07.2019 04.10

You can send me your email address too. Thanks

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Commentaires

18.07 | 04:10

You can send me your email address too. Thanks

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17.07 | 20:08

Do you have WhatsApp we met 2 weeks ago. Thanks!!

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16.04 | 11:31

C'est à côté de notre dame de Paris que nous avions passez un moment à bavarder, il me semble même que ce soir là, elle était même votre modèle...
Une pensée.

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22.10 | 23:40

Bonjour on c'est parle pour venir dessiner la devanture de ma boutique
Merci et bravo pour votre talent
Votre travail me fait penser à dessins Tobiasse
Cecile

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