Août 2016

En attendant Renoir…

Dessin fait vers 21 h, sur un nouveau bloc. Au premier plan, le pont de la Tournelle et au fond le pont Sully. Volontairement, j'ai éclairci le ciel comme si c'était un croquis élaboré par un après-midi estival... Oui, je l'avoue, j'aime bien dessiner la nuit et imaginer qu'il fait encore jour. Couleurs, donc, parfois en trompe l'œil.

Le long des berges, le soir venu, il fait bon se détendre entre amis tout en regardant glisser les bateaux. Le plus long d’entre eux (une centaine de mètres) est le Renoir, voué aux croisières.

  

21 août 2016


 

Après le vol de mon petit carnet de dessins (lire l’article daté du 20 août 2016), l’idée de tout laisser tomber s’est immiscée en moi. Pourquoi faudrait-il ainsi s’énerver pour gagner si peu au bout du compte? Pourquoi ne pas cesser de me prendre au sérieux ainsi que "tout le monde" l’exige de moi comme de tant d’autres et laisser mon imagination vagabonder, se substituer à la si dure réalité du monde?

Qu’on me pardonne: mais plus j’en fais, plus j’essaie de m’en sortir et plus je prends des coups. Un ami, Didier Arthaud, dont je parlais dans une chronique antérieure (18 août), m’a garanti que je dois rendre grâce à qui de droit pour être nanti d’un don et d’un caractère en acier trempé me permettant d’affronter les vicissitudes de la vie mieux que d’autres… car autour de nous, tant d’individus se fissurent, s'écroulent, se laissent déborder par le venin coulant en leur tréfonds.

Mais comme je lui ai expliqué, tant de «défavorisés» s’en tirent mieux que les anonymes se refusant à mendier sans cesse des faveurs. Ils font en sorte d'éviter les retours de bâton, basculent dans une sorte de folie narcissique, et la société française, si shotée à l'assistanat (lequel permet de contrôler et museler les masses, comme dans tout régime mâtiné de totalitarisme), les y encourage même. Par contre, quand on cherche de l'aide auprès de certains organismes pour se déployer professionnellement, on recueille de sérieuses vexations et même son lot d'humiliations, un comble! Je pourrais écrire un livre, avec tout ce que j'ai déjà enduré.
 

Grappes de noctambules

Alors, ce dimanche, le cœur encore lourd, en partie anéanti, je suis allé prendre le pouls d’une belle nuit mi estivale mi automnale sur les berges en contrebas du quai de la Tournelle. Les cracheurs de feu n’y sévissent plus. Mais il y a toujours des grappes de noctambules pique-niquant au bord de l’eau hélés par des vendeurs de bière à la sauvette agissant impunément. (Les policiers qui patrouillent ferment les yeux.)

Nombre des ces noctambules sont indifférents à un tel spectacle: un ballet incessant de vedettes, de péniches et de bateaux de grande ampleur tel le Renoir et ses 78 cabines. Il parcourt la Seine avec à son bord des touristes se régalant des paysages normands et franciliens.

Cet été, je le voyais s’aventurer sur ces eaux bien avant la tombée de la nuit. Maintenant, quand ce colosse d’une longueur de cent mètres, passe sous le pont Saint Louis, négociant un virage critique avant de se faufiler sous le pont de la Tournelle puis sous le pont Sully, il fait déjà nuit depuis longtemps.
Les lumières qui suintent à travers les baies de ce navire à deux ponts éclairent, soudain, les quais et elles font même apparaître les contours des gros pavés tapissant toute une partie des berges.

                                                                                                              Yann Le Houelleur 

ILE SAINT-LOUIS - Voilà un endroit bien parisien par son architecture et son atmosphère: la rue Jean de Bellay et (à gauche) celle de la rue Saint-Louis en l’Ile. Paris tel que les étrangers l’imaginent: des touristes et des riverains élégants, une certaine légèreté d’esprit, de la convivialité et de l’art (musiciens, peintres, etc.) tout autour du pont… (Dessin commencé le 1er août et terminé le 19 août)
Dessin fait, en réalité, un jour après «le drame», à l’extrémité du pont de l’Archevêché, côté quai de la Tournelle. Les arbres offusquant toute un pan de la cathédrale commencent à jaunir.

Pendant une séance de «crayonnage», un bloc m’a été volé, comprenant des croquis très spontanés (certains non scannés) fait pendant l’été. Le soir, sur le pont Saint-Louis, la cathédrale poignardait, de sa flèche, des nuages menaçants… et je la sentais tourner autour de moi, la main invisible de ce maudit vent!

 


20 août 2016

(texte dédié à Luc et Christophe, les animateurs du site http://www.store-us.net avec mes remerciements pour leur appui si bienveillant)


 

Samedi soir, après un après midi entrecoupé d’averses et d’éclaircies:  déjà la fin de l’été.

Un été qui se terminait fort mal puisqu’un bloc de dessin copieusement rempli (parmi les plus belles esquisses faite pendant l’été, d’une spontanéité désarmante) m’a été volé alors que je dessinais (sur un autre bloc). La plus horrible adversité que puisse endurer un dessinateur. Quelques jours auparavant, une voiture avait manqué de me broyer un genou.
Vue de l’extrémité du pont Saint Louis, côté Ile de la Cité, la cathédrale était d’autant plus étincelante que des nuages d’un mauve crasseux se cristallisaient autour de son élégant pourtour: assurément, un orage menaçait.

Oui, il me fallait tourner la page d’un été en clair-amer. Un été sans évasion autre (et c’est déjà pas mal !) que des échappées belles dans Paris.

Soudain, je l’ai perçue à nouveau, cette main invisible, vindicative et sans pitié qui me poursuit partout quand je dessine: le vent. Elle me fait très peur. Au printemps dernier, elle avait confisqué plusieurs dessins et les avait précipités dans la Seine.

Peut-être est-ce elle qui venait de me subtiliser mon bloc de dessin A4 dans une chemise en plastique disparue quelques quarts d’heure auparavant. Le bloc comprenait plusieurs de mes meilleurs dessins faits pendant le mois d’août.
En tout cas, la main invisible préparait un mauvais coup, à nouveau, ce samedi soir aux abords de la cathédrale. Un dessin se détacha de l’un des cartons me servant de cimaises, en l’occurrence posé contre un muret.


Une jeune femme en plein chagrin d’amour 

J’avais pris soin, pourtant, de bien attacher les dessins et esquisses offerts aux regards des passants avec des pincettes en métal made in Taiwan.
C’est alors qu’une jeune femme d’une douceur exquise surgit. Elle m’offrit son aide pour remettre les dessins dans leurs cartons car inexorablement le vent allait redoubler de violence et la flèche surplombant Notre Dame ne manquerait pas de poignarder les nuages, ourdissant une averse pour signifier la fin de l’été.

La jeune femme, plutôt belle, habitant du côté de Saint-Germain en Laye, avait les yeux mouillés de tristesse. Des larmes de pluie… Elle me confia qu’elle venait de «rompre». Pages d’amour qui tel mon bloc a dessin se voyaient emportées par des spirales de vents.
Coïncidence de deux destins contrariés unissant, de manière éphémère, une jeune fille au printemps de sa vie et un artiste à l’automne de son existence.

Alors qu’elle m’aidait à «replier bagages», je tentais d’apaiser son chagrin avec des mots évidemment si faciles. «Dites-vous qu’avec le temps les douleurs s’oublient et réveillez-vous demain en vous persuadant qu’une autre vie, qu’une autre personne commencent. Ce qui vous fait souffrir, il faut imaginer que dans quelques temps il n’en restera que des reliques en vous. D’ici là, d’autres choses auront fait de vous une personne dans une autre vie, avec des choses nouvelles…»

Même chose pour mon bloc à dessin. Ce dimanche, mon cœur est tourmenté, d’autant plus déchiré que je n’ai cessé, ces derniers mois, d’arracher de mes carnets à dessin des feuilles intensément crayonnées et colorées pour les vendre à des prix symboliques dans un but évident de survie. Je vais les refaire, ces croquis volatilisés.


Savoir faire abstraction

Il me faudra beaucoup d’énergie, et cette énergie où la puiserai-je sinon dans une sorte de folie domptée, car je ne crois pas dans la création zen, je ne pense pas qu’on puisse être un artiste stérilisé, formaté, édulcoré accumulant ses prétendues œuvres (je déteste ce mot, si prétentieux) dans une tour d’ivoire? Il faut se frotter à la réalité, vivre des exaltations et des turpitudes, oser la vie, la défier, se ramasser, se relever, trouver le salut dans une tornade de coups de crayon, de coups de pinceaux, et renaître sans cesse au gré de ces dessins et peintures qui s’en vont, qui sont une partie de nous et dont il faut apprendre à faire abstraction parce qu’en définitive l’artiste est la preuve même que rien en ce monde ne nous appartient, sinon quelques espoirs, en particulier l’illusion de ne pas trop souffrir avant de nous en aller ailleurs.

                                                                                                              Yann Le Houelleur 

 

P.S.: Me voyant dessiner la cathédrale, des curieux, très opportunément, m’ont dit que je lui faisais de gros yeux assez effarants tout en reproduisant les baies de son chevet. Quant aux arcs boutant, ils peuvent s’assimiler, avec un brin d’imagination, aux tentacules d’un gros insecte fouillant le sol. Douteuses interprétations, affreuses comparaisons, j’en conviens, alors qu’il s’agit d’une église en réalité si belle et si délicatement ciselée. Mais je me demande si Notre Dame n’a pas été bâtie sur un lieu quelque peu maudit quand je songe aux vents d’une violence inouïe balayant en tous sens le pont Saint-Louis et l’Ile Saint Louis. Malgré les apparences, malgré le prestige des lieux, c’est un territoire hostile. Pas une âme ne survivrait sans toutes ces belles constructions où il faut se réfugier quand se déchaînent de mini typhons et s’abattent de brutales averses… Puisse Notre Dame nous protéger de tous ces mauvais esprit rôdant.

 

Beaubourg: dialogue entre une église et une bicyclette

 

La plus grande roue d’une bicyclette ancrée dans le bassin de la fontaine Stravinsky fait écho à la rosace insérée dans la baie principale de Saint Merri.

 


 18 08 2016


 

Un ami, Didier (merci pour l’invitation !) me convie à prendre une consommation à la terrasse d’un café sur le plateau de Beaubourg. Pourquoi ne pas choisir une terrasse dans un décor enchanteur, dans cet espace très contrasté et parfois anxiogène à cause de la foule sur le parvis du centre culturel? Par chance, une musique apaisante (qui change de l’accordéon joué sur les ponts de Paris) se fait entendre au pied de la si belle façade latérale de Saint Merri façonnée sous la Renaissance.

La fontaine Stravinsky et ses «sculptures» fantasmagoriques entrecroisant leurs jets d’eau argentés. (Impossible de reproduire ces jets autrement qu’en bleu sur le dessin, une schématisation j’en conviens trop facile… mais pour les gens, en général, l’eau est bleue…)

Pendant notre discussion à la terrasse de l’un des nombreux cafés cote à cote le long du bassin où s’éparpillent ces créatures ludiques et bariolées issues pour la plupart de l’esprit fécond de Niki de Saint Phale, dont un oiseau de feu imposant, mon regard se détournait sans cesse (pas très poli de ma part) de celui de Didier. (Entre parenthèses, nous évoquions des sujets complexes tels que l’assistanat, l’aide aux plus démunis, l’atonie économique pénalisant maintes entreprises…)

Sa raison d’être 

Cette église mi gothique, mi Renaissance, je l’ai dessinée à plusieurs reprises, avec bien sûr le bassin symphonique à ses pieds. Mais soudain, je me suis aperçu que la rosace insérée dans la baie principale (au dessus d’une petite porte rouge) avait pour écho un quatuor de roues formant une bicyclette, tout au bout du miroir d’eau. Pas de doute: la plus grande de ces roues dialoguait, telle était sa raison d’être, avec la rosace. Les rayons de la première allaient de pair avec les lobes et pétales de la seconde.

Je n’y avais jamais pensé, comment se fait-il qu’on soit aveugle à ce point tout en croyant voir les choses? Les pages du grand livre des siècles se tournent et la roue du monde elle aussi ne cesse de tourner. L’été aussi allait se détourner de nous, bientôt, à en juger par les nuages qui s’amoncelaient au-dessus de l’ample toit de Saint Merri. A un certain moment survint une averse fugace, mais un parasol nous protégeait.

Yann Le Houelleur 

 

PLACE LARUE, DANS LE 5ème - Il faut bien se résoudre à l’escalader, la Montagne Sainte Geneviève, par la rue portant son nom, si escarpée! Avant d’admirer la silhouette effilée du clocher de Saint-Etienne du Mont, une halte s’impose à la place Larue. S’y dresse une porte fort belle, dans un mur hachuré de refends… Elle constitua jadis l’entrée de Polytechnique, une grande école qui a déménagé à Palaiseau, dans l’Essonne. Ce dessin est à peine une esquisse, ce mardi 16 août, faite à la terrasse de l’Annexe, café appartenant au même propriétaire que le Petit Café (juste à côté). Ladite equisse a quand même exigé 2 heures d’attention! Plusieurs cerisiers du Japon suscitent un ruissellement de feuilles d’un vert sombre qui s’allie à la couleur même de l’imposante porte… hélas toujours fermée.

Sources de poésie dans la ville

A proximité d’une fontaine Wallace, rencontre avec deux «résistants» qui se refusent à adhérer à la vacuité de l’époque. A leur manière, ils font chacun de la poésie, ils enchantent la vie… Ali et Philippe.


16 août 2016 


 
L’important, quand je dessine, ce n'est pas le résultat des balafres de crayon(s) commises sur une feuille de papier mais les personnes rencontrées dans la rue. Nombre d’entre elles m’ouvrent des portes quant à la compréhension du monde et elles agrémentent d’optimisme la lucidité avec laquelle je décortique le monde.
Même si les dérives de la technologie et la tyrannie de la pub associée au marketing condamnent tant de nos contemporains à «une vie de chtarbé» il existe des résistants, tout autour de nous, qui se refusent à prôner la crétinerie.

Ali et Philippe s’apparente à un tel cercle de privilégiés. (Car c’est un privilège que de vivre en accord avec sa conscience.) Ce mardi 16 août, je dessinais une fontaine Wallace, rue de la Bûcherie, quand survint un inconnu gambadant tout en s’appuyant sur des béquilles : Ali. Fort curieusement, il me demanda si l’eau de la fontaine était potable. Un «truc» pour discuter avec moi? Atteint depuis la naissance d’une maladie indélébile, Ali montre l’exemple en disant que sa vie est une grâce.

Besoin d'amour

Franchise déroutante: «J’ai eu la chance d’avoir été beaucoup aimé mais je me suis aperçu que mon besoin d’amour était perçu par les autres comme une fêlure dans laquelle il s’engouffrait.» Ali dessine sans arrêt  - des arbres, des maisons, des silhouettes -  sur un carnet, avec des stylos feutre.

C’est alors qu’un ami dont le chemin passait par la rue de la Bûcherie le reconnut: Philippe Rovere. ( son site: http://www.philipperovere.fr ) Un mec d’apparence timide, vêtu simplement, et dont je me rendis compte qu’il s’est raccroché à la vie grâce à un talent fructueux. Tout porte à croire qu’il a connu une descente aux enfers. Il n’exerce plus son métier d’ingénieur, s’étant reconverti dans la poésie. Philippe a édité un petit ouvrage intitulé «Impromptu de Poésie».

Trois cent exemplaires, chacun vendu 10 euros. Un régal que son style concis, précis, fécond. De la profondeur sans chichi superflu. Par exemple, ce poème, «Le Cadeau»/
(…) A toutes ces choses que l’on consomme et consume / Sans sens et sans cesse, cadeaux qu’on accumule / Et qui fabriquent nos détresses / Et qui pourrissent nos tendresses / Et qui finissent pas faire de nos cœurs d’ordinaire béatitude / De fades et froides et tristes usines à solitudes.»

LE PONT MARIE – Un moment de détente (laborieux, toutefois), en plein pont… de l’Ascension. Voici, précisément, le pont Marie vue des berges à proximité de Sully-Morland. Ce jour-là, il y avait peu de monde à Paris Plage (cette opération a-t-elle encore une utilité ?) et j’ai pu dessiner en toute quiétude sous le regard de nombreux CRS et de policiers qui ne cessaient de patrouiller. (14 08 2016)
PARIS XXème - Dévalant (ou remontant) cette rue, Saint-Blaise, on peut se demander : «Cet endroit est-il vraiment à Paris?» L’église, tout au fond, est d’aspect champêtre… Saint Germain de Charonne. A gauche, le restaurant Le Magnolia dont les stores en partie orange apporte une note d’allégresse supplémentaire à la rue St-Blaise. (Dessin fait le 9 août 2016. Format A3. Stylos feutre et crayons de couleur.)

Un accident évité de peu. Merci Saint Germain!

 

Quelques heures après une visite de la délicieuse église de Charonne, une voiture a failli amocher sérieusement le dessinateur assis sur le trottoir. Un miracle de s’en sortir avec seulement des écorchures. Non loin de là, avant la tombée de la nuit, un autre dessin. Bel immeuble rose face à une maison d’aspect provincial.
 

 

9 août 2016

 



C’est peut-être avec l’idée d’échapper à la mort que les artistes chevauchent leur inspiration et la laissent se débrider avec toute la fougue requise. Mais il arrive que le malheur rôde et qu’il nous frôle de près. Ce mardi, j’aurais pu basculer dans la débâcle en quelques fractions de seconde. Assis sur un trottoir, j’avais entrepris une course contre la montre crayons en main, face à la rue Saint Blaise qui doucement rejoint Saint Germain de Charonne tout en décrivant des méandres. J’étais allé visiter cette délicieuse église, réouverte au public après des travaux de rénovation de longue haleine. Saint Germain m’aurait-il accordé sa protection ? (Cet évêque qui détint les clefs de Paris consacra sa vie secourir les pauvres…)

Effectivement, à 20 h 30 une voiture me frôla de si près que j’en ai presque eu le genou broyé. Mon carton à dessin, posé à terre, a sans doute contribué à me sauver. Comment ai-je pu si bien m’en sortir? «A peine» de grosses écorchures. Mais une peur bleue que j’ai essayé de surmonter en entreprenant une esquisse après avoir traversé la place de la Réunion.
 

Apprenti couvreur, en Bretagne

 
Non loin de ce rond-point, au croisement de la rue des Vignoles et de la rue de Buzenval un immeuble plutôt singulier étire ses façades d’un rose de barbe à papa dans les fêtes foraines… Il semble d’autant plus haut qu’il est étroit : de la belle architecture datant de 1905.

Face à l’immeuble s’étale de tout son long une maison plus âgée faisant un étage, dont le rez-de-chaussée comporte un restaurant signalé par des stores rouges. Elle a un petit air provincial, cette maison badigeonnée d’ocre, et en ce mois d’août le resto est fermé. Soudain, un jeune homme s’approcha de moi, et s’exclama : «Comme je vous plains, il fait froid ce soir… »

Kilian a cru que j’étais un SDF en train de passer le temps. Mais je l’ai vite rassuré : «J’ai un toit sous lequel dormir. J’aime dessiner tard en soirée.» Merci à ce jeune homme, de surcroît breton, dont le frère vit à la Porte de Vincennes et auquel il rend visite. Nous avons longuement parlé de la Bretagne, qu’il décrit comme sinistrée avec tant de jeunes sans trop d’avenir. Mais lui, Kiian, a un futur métier qui devrait lui permettre de vivre dignement : couvreur. Il suit sa première année d’apprentissage (deux ans en tout). Cela m’a fait plaisir de découvrir un jeune qui se lance dans la vie avec foi ; et je me suis souvenu des propos si pertinent qu’un «senior» m’avait tenus rue des Abbesses un mois plus tôt: «Les jeunes ont tellement plus de choses à nous apprendre que les vieux…»

Yann Le Houelleur


P.S. : Mes remerciements à «Coco», la jeune femme qui est venue me réconforter après l’incident survenu tout en dessinant. Elle a été si gentille… et je la connaissais puisque nous nous sommes connu dans une association (Basiliade). Heureuse coïncidence.

Les vraies couleurs de Paris sont aussi ici…

Ce dessin a été fait en une heure et demie assis à même le trottoir, boulevard Magenta. Format A3 et crayons de couleur, principalement Luminance de Caran d’Ache.


Pourquoi ai-je passé tant d’heures cet été sur les quais aux abords de la cathédrale alors qu’il y a de si vibrantes «choses» à dessiner à quelques stations de métro de Châtelet les Halles? Propice à l’inspiration: le tronçon aérien du métro à Barbès Rochechouart l'est assurément.

 

8 août 2016



Loin des quais de Seine, plutôt loin de la Conciergerie et de l’Ile Saint Louis, voilà un endroit dont l’interprétation avec des crayons de couleurs m’a procuré un certain bonheur : Barbes Rochechouart. Non pas que j’apprécie l’atmosphère un peu tendue de cet endroit où des trafiquants en tout genre opèrent sans vergogne. (Et les policiers chargés de faire cesser les abus, où sont-ils ? Je ne les ai pas vus.) Non pas que j’apprécie les déferlements de bagnoles…

Mais voici tout de même un beau paysage. Le pont du métro zébrant de bleu-argent toute la contrée, avec au second plan de belles façades ocres qu’occultent en partie des touffes d’arbres. Tout en dessinant, j’ai réalisé que les «barreaux» du pont forment en réalité une suite ininterrompue de «N». N comme Napoléon? Supposition plausible si le métro avait été construit sous le règne de l’Empire, ce qui ne fut pas le cas…

Le reste est ignoré

En vérité, les dessinateurs qui vendent  - si péniblement -  leurs œuvres le long des quais ne retranscrivent que le profil de Paris le plus en vogue auprès des touristes : Notre-Dame, la Tour Eiffel, le Moulin Rouge. Le reste est ignoré, et c’est pourtant dans ces quartiers à plusieurs stations de métro de Châtelet les Halles que vibrent les couleurs de Paris. Mieux encore: on y perçoit l’âme de Paris pas encore tout à fait asphyxiée par la fièvre bobo.

Plutôt que de vendre (sporadiquement) des dessins à proximité de la cathédrale, je ferais mieux de m’éterniser dans des endroits tels que Barbès Rochechouart tout aussi propices, sinon davantage, à l’inspiration. Et l’idée m’a effleuré que je pourrais inciter les passants à participer à cette aventure en écrivant sur une pancarte à mes côté : «Merci d’aider l’artiste à survivre». Je pense qu’au bout d’une journée passée dans les rues je recueillerais de quoi manger sans avoir l’impression de m’être prostitué ou d’avoir fait la manche… Pourquoi pas?

Impossible de croquer sans mordre dans la pomme des aspirations les plus légitimes…

Yann Le Houelleur 

Quai de la Tournelle, cet hôtel particulier fut défiguré par un fabricant d’absinthe

(Il arrive que l’auteur de ces dessins élabore deux versions successives d’un même endroit afin de voir à quel point l’inspiration et l’humeur du jour modifient la manière d’interpréter et influent sur l’aspect graphique… Ce jour, 7 août 2016, recours à des stylos feutres avant d’utiliser du pastel gras, alors que l’avant veille le dessinateur s’était contenté de crayons de couleur…)


Assurément l’une des plus belles demeures du quartier latin, face au pont de l’Archevêché. Sa porte cochère ne s’ouvre jamais… Un certain mystère flotte ici même.

 
7 août 2016


 
«Napoléon Bonaparte a bien habité cette maison, n’est-ce pas?» Alors que prenait forme un dessin estival upplémentaire, un passant posa cette question comme si j’étais sensé connaître une telle demeure. Non, l’empereur n’a jamais occupé la si belle demeure au 55-57 quai de la Tournelle. Assurément, cet hôtel particulier parmi les plus imposants de Paris est fort méconnu (en général) du public, divergeant sur ce point de maints hôtels situés dans le Marais. Pourtant, sa construction (sous sa forme actuelle) remonte au règne de Louis XIV, à l’instar de tant de joyaux architecturaux situés sur la rive droite.

S’il est appelé Hôtel de Nesmond, c’est en raison de François Théodore de Nesmond, président du Parlement de Paris, qui le fit réaménager en 1643. Le nom de cette famille est gravé sur le cartouche au dessous du fronton gratifiant la porte cochère, laquelle ne s’ouvre presque jamais. L’hôtel particulier macère dans un certain mystère. Il ne garde plus aucune trace de l’époque (à cheval sur les 19ème et 20ème siècle) où il abrita une entreprise vouée à la fabrication d’absinthe et de liqueurs. Distillerie, bureaux, entrepôts…
Une horloge occupait alors le fronton. «L’enceinte» séparant la cour d’honneur du quai ainsi que les façades étaient tapissées d’inscriptions signalant les spécialités élaborées par la maison, entre autres l’absinthe Joanne.

La prohibition de la «fée verte» en 1915 signa l’arrêt de mort de l’entreprise et l’un des bâtiments (selon le site «Des usines à Paris», http://lafabriquedeparis.blogspot.fr) fut transformé en garage.
Tant d’activités, on s’en doute, ne manquèrent pas de défigurer l’hôtel particulier entre autres injures la toiture fut en partie démolie pour installer un étage supplémentaire.

Reste à savoir qui vit derrière les superbes fenêtres rythmant la façade. Le soir, elles ne sont jamais éclairées Quel privilège de posséder un appartement en ces lieux… Et il est fortement conseillé aux amateurs d’architecture de s’intéresser à l’enfilade de bâtiments le long de la rue des Bernadins d’aspect plutôt médiéval…


Yann Le Houelleur

Pour le plaisir des yeux

Témoignage troublant recueilli tout en dessinant le café Louis-Philippe : «Depuis que j’ai une seconde vie je m’aperçois qu’au cours de la première je n’ai pas prêté suffisamment d’attention aux choses.» En fait, Roland vient de recevoir un nouveau coeur.

 

 29 juillet 2016


 

Rue des Barres, à proximité de la Seine, un café perpétue la mémoire d’une époque déjà lointaine: le Louis Philippe. Inauguré en 1810, il abrite, en terrasse, ses clients sous des stores roses pâle où le nom de ce souverain se décline en lettres élégantes, d’un vert turquoise éclatant. Des géraniums égaient les fenêtres au premier étage.

Tandis que je dessinais ce café, un inconnu me salua et me demanda s’il pouvait m’observer sans pour autant m’importuner. L’intuition me vint qu’il avait des choses à confier. «Moi aussi, je me promène dans Paris pour le plaisir des yeux. En réalité, je reviens de loin et depuis que j’ai une seconde vie je m’aperçois qu’au cours de la première je n’ai pas prêté suffisamment d’attention aux choses.» Cet homme de 50 ans (que nous appellerons Roland) a subi une greffe du cœur à la suite de complications dues à la consommation effrénée de drogue. Il lui fallait, dit-il, conjurer des angoisses enracinées dans son enfance. Roland reproche à ses parents de ne pas l’avoir suffisamment aimé.

Ce qui est troublant, dans son témoignage: il exerce une profession artistique. Or, les artistes, tout au moins bon nombre d’entre eux, croient aider le public à mieux comprendre la vie alors qu’eux-mêmes voient si peu, voient si mal.
J’en parle en connaissance de cause: souvent, quand je dessine, je ne m’aperçois de certains détails qu’après de longues minutes de «décryptage». J’aurais pu m’en rendre compte d’avance et ils se sont dérobés à mon premier coup d’œil.
Sans doute les ai-je perçu inconsciemment, mais toujours est-il que je dois veiller à éduquer mon regard, moi qui suis sensé «bien regarder».

Nos villes sont pleines de gens qui ne prennent jamais le temps de les scruter, de se poser des questions sur les édifices et les constructions qui les entourent. Que que soient notre métier et notre culture, nous avons tous tendance à être blasés et désenchantés.

Un tournant à négocier: début août…

La nuit tombe de plus en plus vite sur le pont Saint-Louis où les musiciens continuent à faire moisson de pièces de monnaie. En contrebas défilent des bateaux de toute sorte…

 1er août 2016


 

 

Pourquoi l’avoir tant dessiné, ce tronçon de la Seine, entre les ponts Saint Louis et la Tournelle ? Parce qu’il englobe tout ce qui fait d’un rêve une réalité. Paris dans toute sa quintessence, nouant telle une gerbe ce qu’il a récolté au fil des siècles.

C’est ici, aussi, que l’on prend conscience à quel point la Seine est la veine nourricière de la capitale. Tout au long de la journée et même tard le soir des péniches et des bateaux dit «mouche», mais aussi des canots, se faufilent sous les ponts. Depuis le pont Saint Louis, l’on peut s’extasier devant la trajectoire superbe que décrivent ces bateaux quand ils négocient, sans hésitation aucune et avec précision, leur virage. Comment certains ne se fracassent-ils pas contre les berges en raison d’un vent et d’un courant trop forts? Par la grâce de leur mobilité, ils contribuent au charme de Paris. Et tout cela va si vite…
 


Août, c’est un tournant qu’esquisse l’été: à 21 h 30, les artistes se produisant sur le pont St Louis sont déjà presque des fantômes tant la nuit s’habitue à tomber rapidement. Déjà lointain, le souvenir de ces soirées brûlantes d’envie, quand il faisait jour encore à 22 h 30. Et puis, la lumière change, un rien plus ouatée avec certains soirs de très légères brumes conférant aux rives de la Seine un rien de mystère.

Malgré tout, malgré en premier lieu une actualité oppressante, une bonne dose d’insouciance régit sur ce pont. Les musiciens s’y installent comme en terrain conquis et ne versent pas de taxes à la ville qui prend soin d’entretenir cette scène perpétuelle. Les dessinateurs, les caricaturistes se plaignent du manque de propension des passants à dépenser, mais les sébiles des musiciens continuent à se remplir à vue d’œil, les petites rivières formant les grands fleuves… 


Yann Le Houelleur

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Commentaires

14.06 | 12:36

Né à Belleville et aimant ton travail : https://www.flickr.com/photos/patpardon/collections/72157627544273902/

...
14.06 | 12:27

Je découvre ce blog grâce à flickr.com/photos/110805203@N04/. Toutes mes félicitions pour ton excellent travail, sincère et aussi précis qu'évanescent.

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10.06 | 14:00

Un réel plaisir d'avoir fait ta rencontre Yann et encore merci de m'avoir laisser immortaliser ce moment ;)
A la prochaine... et un grand bravo pour ta galerie!

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02.06 | 23:08

Merci à vous Yann pour parler avec moi sur le Pont Saint Louis autours Napoléon et votre avis de Paris. Je ne t'oublierai jamais!

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