Avril 2017

RUE DES ARCHIVES - Curieux, ce dessin… un peu dans le flou, un peu fou. Mais oui, l’ivresse du printemps, cette sensation de regain de vie et cette illusion d’allégresse pour toujours qu’il nous inocule dans les veines… (Dessin fait le 21 avril 2017)

Paris, sous des traits plus frais que jamais

 

Balade assortie de pauses dessins, d’une rive à une autre de la Seine. Une petite dizaine d’étudiants chinois et sud-coréens m’ont suivi pendant deux heures et demie, et ils ont élaboré de fort beaux croquis.

 

27 avril 2017



Le risque est immense pour un artiste de tomber dans la redondance. Finir par s’imiter lui-même à perpétuité. Manquer, soudain, de cette fraîcheur qui est l’élixir de toute expression probante. Telle est la réflexion que m’a inspirée une balade menée tambour battant pendant deux heures. Départ : métro Saint Paulo. Destination : le quai de la Tournelle. En fait, j’ai emmené, dans mon sillage, une petite dizaine de jeunes gens chinois et sud-coréens suivant des études dans un institut voué aux métiers du luxe à Paris, balade à laquelle participait l’un de leurs enseignants, Gérardo Bricout, par ailleurs responsable de l’association OOK. Le thème de cette flânerie était « D’une rive à une autre, en passant par l’Ile-Saint-Louis ».


Cette découverte d’un pan de Paris et de son histoire était entrelardée de pauses (dix à quinze minutes) dédiées au dessin. Il s’agissait de restituer, sur des feuilles de papier de petit format, des endroits bien parisiens tels les maisons à colombages de la rue François Miron, le Pont Marie et la cathédrale.

Spontanéité et fraîcheur


A la fin, nous avons pris une boisson chaude dans un café face au pont de l’Archevêché et chaque dessin, montré à l’ensemble des participants, a fait l’objet d’une courte discussion entre nous tous. Ainsi sont apparus plusieurs petits bijoux, des croquis et esquisses d’une spontanéité, d’une fraîcheur, d’une franchise désarmantes qui m’ont impressionné au point de m’inspirer la réflexion suivante : aurais-je fini par dessiner mal à force de trop dessiner ? Comment se mettre dans la peau d’une personne interprétant la première fois un endroit ? Car c’est le premier regard, assurément, qui fait la richesse d’une rencontre et dont on garde l’intensité ancrée en soi.

Certains parmi ces élèves (tous parlent fort bien le français) ont relevé qu’ils avaient voulu donner une coloration toute parisienne à leur dessin. Ils avaient donc capté et retranscrit la joie de vivre qu’inspire notre capitale aux étrangers, avec l’infini plaisir de voir se mélanger l’exubérance des arbres et l’élégance parfois trop statique de tant de monuments et édifices.

La cathédrale, plus spécifiquement, a enchanté les étudiants chinois et sud-coréens dont certains l’ont représentée plantée au milieu d’un jaillissement de végétation avec un minimum de traits, mais quelle pertinence ceux-ci avaient-ils !
 

Mon rêve : avoir suffisamment d’inconscience pour oublier Paris sous ses traits actuels, ceux que j’ai toujours pétri avec enthousiasme, et en décrire les ponts, les monuments, les portes, les églises et les hôtels particuliers fort d'une une audace pleine d’insolence. Il faudrait bouder Paris, pendant un certain temps, séjourner au bout du monde et y revenir plein d’appétit artistique…

Yann Le Houelleur

 

PLACE VICTOR HUGO – A égale distance de l’Arc de Triomphe et de la Tour Eiffel, la place Victor Hugo demeure chic… et cependant submergée par une circulation automobile qui offusque maints de ses charmes. Entre autres cette entrée de métro (la ligne 2) de style nouille assortie d’un kiosque à journaux comme on les aime… et comme Mme le Maire de Paris (faut-il le rappeler) aurait souhaiter les décapiter… (Dessin fait le 08 04 2017)

« La création » du Pont Neuf filmée en direct…

 

Sur le Pont des Arts, une rencontre surprenante avec Claude Boher qui a réalisé plusieurs dizaines de vidéos mettant en exergue des artistes travaillant dans ce cadre unique. Grâce à lui, vous pouvez assister à l’élaboration d’un dessin du Pont Neuf, un documentaire assorti de commentaires en toute franchise.

 

 

Lien de la vidéo réalisée par M. Claude Boher :https://www.youtube.com/watch?v=TnAw4rKPyM4&feature=youtu.be

 

14 avril 2017


 

Toujours riant, toujours insouciant, et surtout se déployant dans un paysage urbain à nul autre comparable : le Pont des Arts accueille sur ses lattes en bois des artistes de tout poil, aussi bien des musiciens que des peintres. Une salle de spectacle, une galerie de tableaux à ciel ouvert, avec en aval le si beau Pont Neuf scindé par le Vert Galant.

C’est là que j’aime à prendre le soleil tout en dessinant, la tête tournée vers le pont Neuf qui m’inspire toujours des dessins aux couleurs toniques.

Le 14 avril survint une rencontre inattendue. Un monsieur (72 printemps et si jeune d'esprit) s’adressa à moi en ces termes : « Bonjour, puis-je vous filmer ? » D’abord, je pensais avoir à faire à un illuminé, mais l’inconnu, en l’occurrence Claude Boher, avait toute sa tête… et beaucoup de cœur. Il a choisi de raconter le ponts des Arts au jour le jour à travers des « vidéo intégrales » consacrées chacune à un artiste s’y produisant. En tout, plus de 120 vidéos insérées sur youtube que Claude Boher a élaboré avec brio car il sait de toute évidence mettre à l’aise les acteurs de ses vidéos ! « J’aime le Pont des Arts car chaque jour il s’y passe au moins une histoire… »
 

« C’est marrant comme je fais »

Il m’a surpris en plein milieu d’un dessin  - un de plus – du Pont Neuf et pendant 22 minutes Claude Boher a capté l’évolution de cette création menée tambour battant, les métamorphoses des traits pris dans un tourbillon de tonalités vives. Croyez-moi, ce n’est pas chose facile que de dessiner ainsi « épié » par une caméra tout en s’efforçant de faire des commentaires sensés.

En liminaire, ce dialogue révélateur de l’état d’esprit dans lequel j’aime à travailler :

(moi) « C’est marrant comme je fais… »

(Claude Boher) « Il ne faut pas être trop précis… »

(moi) : « Tout à fait. Il faut oublier qu’on est devant un sujet et y aller… »

(plus loin) « En même, temps, vous m’obligez à être rapide, à ne pas trop me concentrer sur les choses, à les faire ressortir d’une autre manière. Parfois, la déconcentration est ce qu’il y a de mieux. »

Soit dit en passant, l’on entend, autour de nous, des sons variés : bateaux passant sous le pont, exclamations de touristes émerveillés par la splendeur des lieux, ainsi qu’un accordéoniste adossé à un réverbère un peu plus loin. 


De la magie pure

Regardant (sans narcissisme) cette vidéo de but en blanc, j’ai été conforté dans l’idée que le dessin, c’est de la magie pure. Parfois, je me demande par quel miracle je peux tirer, visuellement, le nectar des paysages, les interpréter avec certains excès qui ne déroutent toutefois pas, bien au contraire, les personnes y jetant un coup d’œil.

Quel homme sympathique, cordial et de surcroît débordant d’humour, Monsieur Boher ! Il habite à Prades, sous préfecture des Pyrénées Orientales, et il possède un pied à terre à Paris, à deux pas du pont des Arts où il s’est fait maints amis parmi les artistes : Maurice Lode, artiste spécialisé dans l’estampage ; les musiciens Manuela de Sevilla et Micha… et tant d’autres !

Mais le plus curieux restait à venir…

Une fois le dessin et la vidéo terminés, je lui remis ma carte de visite. Voyant mon nom, il réagit au quart de tour : « Mais vous avez le même nom qu’un père préfet au collège jésuite du Cauzou à Toulouse. Son érudition et son intelligence restent ancrées dans ma mémoire.» Ce religieux, c’est mon oncle Robert. En somme, Claude Boher a été l’un de ses élèves !

Comment se fait-il que dans une ville comme Paris j’ai pu rencontrer, ainsi, un homme qui a connu mon oncle dont la gentillesse a contribué à enchanter mon enfance ? Sacrée coïncidence me laissant à penser que la vie défile entre nos doigts tel un fil entraînant des événements déjà programmés depuis longtemps…

Y. Le Houelleur

Place aux toits, place de l’Opéra !

Dessin format A4 fait avec des feutres et puis quelques crayons de couleur, certains aquarellables


 

Dessiner les toits de Paris, cela permet aussi d’oublier les déchets qui jonchent la chaussée. La capitale est en état de débordement perpétuel !

 

6 avril 2017



Miracle printanier : à 18 heures, une illusion de jour naissant se fait pressante. L’envie de recommencer une vie, à l’heure où tant de Parisiens regagnent leur domicile, comme en témoignent les bus de la Ratp collés les uns aux autres à travers les grandes artères parisiennes. Mais place de l’Opéra, des autobus rouges et jaunes à deux étages, pris d’assaut par les touristes, défilent aussi à intervalles réguliers.
 
Pour maints visiteurs étrangers, effectivement, la journée est encore longue, pleine de beaux paysages à découvrir, de surprises à butiner, de rencontres inopinées à faire. Mais je ne vais quand même pas les infliger à mon dessin, ces bus à deux étages : ils troubleraient le cours de mes songes surfant sur les toits aux reflets subtils, lesquels oscillent entre le mauve et le bleu sombre, persillés de mansardes, certains s’apparentant à des coupoles.
 
Face à l’Opéra Garnier se déploient des immeubles haussmanniens parmi les plus majestueux de la capitale, certains striés de colonnades qui leur confèrent un air solennel. Mais les passants, pendant que je dessinais assis sur les marches de l’Opéra, se contentaient d’écouter un musicien qui interprétait des chansons datant de l’ère hippie avec l’aide d’un amplificateur. De tels airs réchauffaient le cœur alors que se levait un vent aigre, comme un relent d’hiver gorgé de rancune.

Ce soir là, un mercredi, j'avais donc les yeux rivés sur «mes» toits. J'essayais d’oublier l’accumulation de canettes de soda vides et de papiers plus ou moins gras jonchant le parvis de l’Opéra : hélas, les poubelles de Paris s’avèrent insuffisantes pour satisfaire tant de besoins de consommation. Par ailleurs, beaucoup de gens n’ont aucun respect pour l’environnement, fût-il urbain. Paris mériterait davantage de respect et de bienveillance.

Y. Le H. 

PLACE JULES JOFFRIN - Un moment, encore un, de bonheur à dessiner dans les rues. Cette fois-ci, au pied de la mairie du 18ème, avant un vernissage d’une expo de photos faites par des « gens précaires ». Un grand "Bravo " à l’association OOK et son chef d’orchestre Gerardo Bricout ! En fait, elle suffirait à inspirer plusieurs dessins, la place Jules Joffrin, tant elle brasse de styles en matière d’architecture et même d’individus… (3 avril 2017)
DANS LE MARAIS - Grâce à une porte monumentale donnant sur la rue des Francs-Bourgeois, on débarque avec délice dans cette cour d’honneur aux pelouses semées d’ifs méticuleusement taillés en cônes. Tout au fond, un bâtiment d’une grande classe : l’hôtel de Soubise, propriété des Archives nationales, témoignant le goût de la belle architecture cultivé pendant le grand siècle… (28 avril 2017)

Aux abords de la cathédrale, une rencontre peu ordinaire

Alors que je dessinais le chevet de Notre Dame, « posté » à une extrémité du Pont Saint Louis, un touriste libanais vint me tenir des propos surprenants concernant… une candidate à la présidentielle.
Vrai de vrai.
 

28 mars 2017


 

(Texte dédié à un Argentin qui a eu l'audace, devant plusieurs amis, de me traiter de "facho" et de "raciste", lui qui profite si intelligemment (!) des largesses de la France. Je n'en dirai pas davantage... Si j'avais du temps à perdre et si j'avais un bon avocat à portée de la main, je lui intenterais un procès pour avoir sali, gratuitement et sans me connaître, mon nom.)



Ce n’est pas une obsession, ni même une addiction, mais c’est un réel plaisir : dessiner la cathédrale « par derrière ». Je m’inspire de Notre Dame tout en proposant des dessins, épinglés à plusieurs cartons à mes côtés.

 «Quelle chance tu as d’être Français», pensais-je tout en dessinant, face à cette église monumentale dont la partie supérieure des vitraux, en fait un cercle, évoque des yeux exorbités observant les passants. Effectivement, dans quel pays pourrait-on pratiquer, ainsi, une activité artistique en pleine rue sans être (en principe) importuné et agressé, dans une atmosphère paisible que viennent savourer des touristes en provenance de tous les continents ?

« Le symbole de votre liberté »
 

Une rencontre fort troublante acheva de me conforter dans l’idée que j’étais un chanceux. Un monsieur, de toute évidence (par son physique) originaire du Moyen-Orient vint me féliciter : « Vous faites bien de la dessiner, la cathédrale, car vous le savez elle est le symbole de votre liberté… »

Accompagné par un couple d’amis, ce passant précisa qu’il habitait au Liban où, affirmait-il, les chrétiens sont la cible de malveillances de la part des musulmans. «Plusieurs de nos églises ont été incendiées et nous redoutons le pire.» Non, je n’invente rien : ce Libanais, spontanément, me dit que s’il était Français, il voterait pour Marine Le Pen : «Elle a compris ce que tant d’autres ne veulent pas voir. Cette femme est un rempart contre la barbarie, la garante d’un maintien de la grandeur de la France. » 

De tels propos m’ont fait prendre conscience des balivernes mais aussi des manipulations, fondées sur le mensonge, dont regorgent les médias, enclins à décrire si aisément les « gens du FN » comme des racistes, des intolérants, des revanchards. Puissent les journalistes interviewer davantage d’étrangers tels ce Libanais et nous faire part de leur point de vue sur la déliquescence de la France exposée aux plus grands dangers, entre autres une perte progressive de ses repères identitaires et le sacrifice des maintes traditions sur l’autel de cette religion dogmatique qu’est devenue la mondialisation…

Le touriste libanais était si heureux de me voir dessiner Notre-Dame qu’il manifesta le désir d’emporter, dans son pays, cette esquisse loin d’être terminée. Il m’aurait bien fallu encore une heure et demie de concentration pour terminer mon croquis. Il me donna vingt euros, et s’en alla avec ce souvenir de Paris sous le bras.

Le lendemain, je retournais sur le Pont Saint-Louis et pendant trois heures je refis le même dessin, dont voici le résultat.

Yann Le Houelleur
 

 

 

L’école buissonnière, avenue de la Motte Piquet

Une jeune femme, devenue malade à force de tenir tête aux enfants de sa classe, s’est assise à côté de moi, me regardant dessiner des immeubles haussmanniens avant de me faire part de son ras le bol.

 

(27 mars 2017)


 

Dessiner dans la rue, c’est toujours, en principe, « jouer sur deux tableaux ». Le plaisir de pouvoir interpréter des perspectives et des vibrations urbaines, mais aussi le goût des rencontres et une certaine prise de risque. Un dessinateur, visible de presque tout le monde, ne peut qu’attirer des inconnus de toute extraction.

En définitive, que de touchantes rencontres accumulées au fil des dessins ! Par exemple, celle faite alors que je m’étais assis sur un trottoir dans le 15ème arrondissement, avenue de la Motte-Piquet. Celle-ci comprend quelques beaux immeubles haussmanniens gratifiés de coupoles. Le soleil tapait fort, ce jour là, et j’étais bien dans mon coin, en pleine concentration, lorsqu’une jeune femme vint m’observer. « Vous permettez que je m’asseye à côté de vous pour voir comment vous vous y prenez pour dessiner ? »
 

Elle était menue, frêle, plutôt timide et de toute évidence déprimée. Elle finit, assez vite, par me dire qu’elle se remettait d’une épouvantable situation. Anne-Sophie, son nom, n’en pouvait plus de se voir obligée de faire le gendarme dans la classe d’une école du 13ème arrondissement qui lui avait été confiée. Comme beaucoup d’instituteurs recrutés en vertu de statuts plus ou moins bidon, elle n’avait pas les capacités nécessaires pour « tenir » une vingtaine d’enfants dont un bon nombre perturbait les cours, turbulents et irrespectueux. «Certains arrivent en classe épuisés, n’ayant pas bien dormi à cause d’heures interminables passées devant la télévision, et leurs parents ne comprennent absolument pas la gravité de la situation, à tel point que je me fais accuser de ne pas prendre soin de leurs gosses qu’ils devraient éduquer eux-mêmes… » !


Trois mois de salaire en retard 

Quand elle a trop bataillé contre ces enfants pétris de mauvaises ondes, Anne-Sophie se fait mettre tout naturellement en congé via son médecin, et elle dit avoir des maux de tête violents ainsi que ressentir une sorte de surdité due à tant de tapage fait par les élèves. Elle n’en peut plus d’enseigner, d’autant plus, relève-t-elle, que l’Education nationale lui doit trois mois de salaire non versé… en attendant, elle se débrouille avec les moyens du bord.

Elle n’a plus envie d’enseigner, elle qui a fait des études en science politique et qui s’apprête à découvrir le Mexique après avoir passé, voici quelques années, plusieurs mois au Brésil. Tout naturellement, après avoir terminé ce croquis plutôt joyeux, je l’ai invitée à prendre une boisson à la terrasse d’un restaurant.

Je crois que cela lui a remonté le moral, et je suis toujours surpris quand des jeunes gens viennent se confier, ainsi, à un inconnu, un vieux bonhomme comme moi !

BOULEVARD SAINT GERMAIN, PRES PLACE MAUBERT - Voilà le genre d’esquisses dont les touristes nord-américains, si sensibles aux chocs des couleurs, raffolent. Mais j’avoue que j’étais perché (par la joie d’avoir vendu des dessins sur les trottoirs, tout simplement) quand je l’ai fait, ce dessin. Après, je suis allé voir le Panthéon de près. Une poire pour la soif avant de gravir la montagne Sainte Geneviève. Si je pouvais faire un dessin comme ça par jour, je serais au bord de la félicité… mais il faut être dans un état un peu autre pour commettre de telles écorchures sur papier !!! (Dessin fait le 26 mars 2017)

A Asnières, un premier dessin printanier



Le 16 mars, le printemps éclatait déjà un peu partout, avec une sorte d’insouciance qui faisait oublier la morosité propre à l’hiver.
 

 

Dessiner dans les rues, c’est accepter de se mettre au diapason des saisons, ce carrousel qui ne cesse de tournoyer sur lui-même. Il faut tout à la fois anticiper le passage à la nouvelle saison et se réjouir, jour après jour, des perspectives qu’elle ouvre. Et de ce point de vue, l’avènement du printemps est source d’authentiques réjouissances autant que de jouissances.
Le printemps : on le sent venir, à partir de la mi-janvier, à partir du moment où l’allongement des jours devient patents. A la mi-février, quelques arbres, sans doute déboussolés, s’affolent avant leurs congénères et offrent de chétives fleurs. Puis début mars, la fébrilité de la sève se laisse percevoir plus intensément, jusqu’au jour où, soudain, les bourgeons éclatent soudainement et frénétiquement. 


Coloris vifs

Quelle joie pour les yeux : tout à coup, des nuages verts commencent à « taguer » le paysage alors que les cerisiers et prunus maquillent de rose les jardins et les parcs : une ouate très ardue à interpréter avec des crayons ou de la peinture car une telle couleur se nuance de mauve, d’orange et de bleu très clair. Un cerisier rose ne l’est jamais tout à fait, donc ! Et il faut laisser à l’œil le temps de s’imprégner de ces teintes vives et en même temps subtiles qui, par la suite, vont se dissoudre dans l’abondance de vert qu’apportera l’été.

Ce premier dessin printanier, je l’ai fait hors de Paris, à la suite d’une consultation chez un médecin à Asnières. Au pied du superbe hôtel de ville d’Asnières, un spectacle fascinant : des enfants jouaient sur l’esplanade reconvertie, récemment, en une aire de détente et de jeux. Au gré de leurs cris et de leurs railleries, j’ai pu dessiner, en toute quiétude,  ces arbres en fleur avec, au second plan, les portes majestueuses d'un hôtel de ville comptant parmi les plus élégants en Ile de France.

Je retouche rarement mes dessins après-coup, mais il me faut avouer que cette fois-ci j’ai ajouté, le lendemain, des petites taches faites au feutre alors que j’avais choisi de recourir à des crayons de couleur. Un feutre rose, un autre mauve, un autre encore brun pour faire ressortir certaines branches…

Yann Le Houelleur 

RUE DES ABBESSES - Impossible de ne pas entamer le printemps sans passer par Montmartre qui, le soir, bourdonne d’une vie plutôt insouciante et allègre, voire fraternelle. Les terrasses des cafés, le long de la rue Lepic et des Abbesses affichent complet. Avec le retour des beaux jours, c’est tout un quartier qui se met à revivre… (Dessin fait le 10 mars 2017, en soirée, sous une marquise, et j'étais tranquille, détendu, passant inaperçu...)

Sur les grands boulevards, une rencontre extraordinaire

Dans un monde toujours plus dur, peut-être faut-il faire confiance avant tout à la vie et aux autres, surtout quand on revendique le statut d’artiste. Une fois de plus, j’ai fait une très belle rencontre alors que je dessinais. Stéphane, passionné d’art, m’a sauvé la vie ce soir-là et il m’a redonné l’espoir alors que j’étais si fatigué…

 

10 mars 2017



Pourquoi donc, certains jours, l’irrésistible envie nous prend-elle de nous installer quelque part, comme si nous étions en embuscade dans l’attente du destin ? En pareilles circonstances, il faut obéir à ce que nous appelons l’intuition, pour autant que nous soyons prêts à intercepter un événement favorable.

La rencontre faite ce vendredi 10 mars, au croisement de la rue Rougemont et du boulevard Poissonnière, mérite l’adjectif «extraordinaire». Totalement imprévue.

Après un goûter associatif, rue Bergère, débouchant sur les grands boulevards, je repérais un duo très parisien : le pylône, couronnée de rouge, de l’entrée du métro «Grands Boulevards» et une colonne Morris en train de pivoter sur elle-même. Les branches des arbres, encore nues en cette fin d’hiver, semblaient prolonger, haut dans le ciel, de tels repères verticaux.

Vingt minutes s’écoulèrent. Le dessin commençait à prendre forme. Un inconnu m’aborda soudain. Vêtu avec décontraction, il portait sous le bras des cadres et des cartons à dessin. « C’est sympa ce que vous faites. Vous les vendez vos esquisses ? » Il ne fit pas mystère de son nom : Stéphane.

Loyer à acquitter

Notre conversation prit vite une tournure intense et franche, dans le plus vif respect mutuel. Stéphane précisa, d’emblée, qu’il venait de l’hôtel Drouot, où il avait acquis de très beaux dessins à des prix dérisoires : 5 euros la pièce ! « Je prendrais bien un lot de vos dessins, mais il me faudrait une offre très abordable. A vous de jouer. »

Rien à cacher : les semaines précédentes, je n’avais pas vendu suffisamment de dessins pour conserver un équilibre financier vertueux. Il me manquait même de l’argent pour acquitter une partie de mon loyer. Pourquoi dissimuler de telles contraintes ? Dans cette France déliquescente où le train de vie de tout un pan de la population dégringole, des millions de gens vivent la corde au cou.

Caverne d’Ali Baba

Stéphane m’invita à la visite éclair des locaux qu’occupe la société dont il est l’un des actionnaires, spécialisée notamment dans la vente d’objets d’art. Dans une rue étroite débouchant sur les grands boulevards, il ouvrit une porte plutôt majestueuse donnant sur une arrière cour, et un escalier nous conduisit à une double salle encombrée d’objets de toute sorte : caisses, ordinateurs, enseignes de boutiques, sculptures ainsi que de très nombreux cartons à dessin.
En plein Paris, une caverne d’Ali baba comme je n’aurais jamais osé en imaginer.

Le maître des lieux était bien décidé à tenir sa promesse. Il me demanda de choisir plusieurs dessins, qu’il se proposait de revendre en fonction des opportunités, et quelques minutes plus tard il retirait quelques billets d’un distributeur. La douceur de cette nuit qui annonçait le printemps ne me paraissait que plus magique. « J’ai eu le coup de cœur pour ce que vous faites et pour qui vous êtes », affirma Stéphane. « J’ai senti que vous êtes un artiste authentique.»

Artiste à Beaubourg
 
Stéphane est un garçon à part, comme on aimerait en croiser bien davantage dans les rues de Paris. Il défend l’art en le rendant accessible au grand public, certes avec des prix très modiques mais n’est-ce pas, d’une certaine manière, la seule solution pour aider des artistes à survivre? Cet hiver, m’a-t-il conté, il a décidé d’abriter sous son toit un artiste de l’Europe de l’Est dont il avait apprécié les œuvres grand format exposées sur le parvis de Beaubourg.
« Il ne m’a posé aucun problème, il ne m’a pas déçu. »
 
Simple mais tellement fructueuse, La philosophie de vie de Stéphane : faire confiance aux autres, répandre la générosité autour de lui, car c’est la garantie d’une protection contre le mauvais sort, le gage d’un bonheur durable, l’assurance d’un rapport sain avec la société. Quand on se montre bienveillant avec les autres, on récolte largement ce qu’on a pu semer … 
 

Yann Le Houelleur 

QUAI DE MONTEBELLO – Sans pour avoir un style épatant, ce maisons n’en sont pas moins belles, surtout en hiver quand elles se laissent observer intégralement. Le café, tout en vas, est encore peu fréquenté car les touristes ne reviennent sur les quais que peu à peu. Il est facile d’imaginer à quel point les occupants des appartements, ici même, ont de la chance : vue sur la cathédrale. (25 février 2017)
PLACE MAURICE CHEVALIER - Parmi les petites places les plus avenantes de Paris : celle portant le nom de Maurice Chevalier, près de la place de Menilmontant. On s’y sent vite très à l’aise, surtout si on prend un café à la terrasse de La Pétanque tenue par AL, un patron de bar servant des clients de toutes les classes sociales depuis vingt ans. A gauche (et il faudra bien la dessiner un jour) se dresse fièrement la tour de Notre Dame de la Croix. (Dessin fait le 1er mars 2017)

Il n’y a pas que des artistes invisibles… heureusement !

Dessin fait avec des feutres à la terrasse d’un café. Format A4. Si vous désirez acheter l’original de ce croquis, c’est 35 euros.

En toute modestie, je fais partie d’un cercle d’artistes rares, et cela me comble de joie : dessiner sous les yeux de passants, d’inconnus, et vendre des dessins à un public peu familiarisé avec le marché de l’art. Voilà, en partie, comment je survis et comment je peux acquérir du matériel pour continuer à travailler .

 

4 mars 2017


  

Très curieux, ce moment passé à la terrasse d’un café le long de la rue du Grenier Saint-Lazare, qui relie le boulevard Sébastopol et la rue Beaubourg. Le ciel pleurait à chaudes larmes… en l’occurrence le froid avait cessé de sévir mais l’hiver tenait encore à nous infliger des tourments
Entre deux métros, entre deux courses à faire, rien de tel qu’un dessin rapide : cet endroit est un régal pour les yeux, avec des cheminées se chevauchant sur des toits persillés de mansardes, un paysage typiquement parisien.

Je disposais d’une demi-heure pour un tel dessin. Tout à la fin, un inconnu m’aborda. «J’aime voir les artistes travailler hors de leurs chambres et leurs ateliers. J’aimerais avoir les moyens d’être un mécène. » L’homme qui me tint ces propos avait quelque chose d’insolite : mal habillé, d’un aspect négligé, une tête barbue enfoncée dans un bonnet, un air un peu évaporé. Je lui demandais s’il n’était pas SDF, ce qu’il démentit d’emblée.

Souvent, à l’instar de ce passant, les gens me disent que je suis à leurs yeux une exception car ils ne rencontrent jamais d’artistes travaillant dans les rues, ou si peu.

Beaucoup d’artistes disent souffrir (en général), se démenant pour séduire des acheteurs, convaincus de mener un combat par avance perdu. Sans doute cette morosité est-elle la facture qu’ils acquittent pour avoir accepté de se couper de la société, d’agir dans une sorte d’obscurité mi timide mi arrogante. Une partie de la « classe artistique » a été prise en otage (car elle n’a pas suffisamment protesté) par des esprits malins, des galeristes qui ont trouvé le moyen de se faire du blé en recourant à tous les stratagèmes imaginables, au profit de quelques artistes qui s’en sortent plus ou moins bien alors que tant de leurs confrères vivotent.
 

Fins de mois difficiles
 
C’est la raison pour laquelle je m’étais élevé, en décembre dernier, lors de l’assemblée générale de la Maison des Artistes. contre un spécialiste des dispositifs fiscaux en faveur du secteur artistique. Pourquoi n’existe-t-il pas, entre autres injustices, d’organisme concédant du crédit destinés aux artistes qui ont tant de mal à boucler leurs fin de mois parce qu’il ne sont pas insérés dans les circuits officiels ?

Il fallait faire comprendre à ce monsieur comme aux responsables de la MDA que les vrais artistes, ce sont ceux qui, incapables d’obtenir des appuis en haut lieu, défendent une conception plus accessible de la pratique artistique en se contentant de toucher un public ignoré par tant de donneurs de leçons et d’organisateurs d’événements se sucrant allégrement au passage.

Ces artistes, tout au moins nombre d’entre eux, permettent à des amateurs d’art d’acquérir des dessins, des gravures, des tableaux à des prix moindres et leur font prendre goût à la constitution d’un patrimoine artistique personnel. Ils méritent d’être encouragés alors que certains artistes fortunés n’ont aucun mal à s’offrir des frais d’inscription à une de ces expos où l’on jette souvent tant de poudre aux yeux du public avec des œuvres de grand format proposées à des prix exorbitants.

Je me souviens avoir été applaudi par une partie de la salle, ce jour-là…


Château gothique

Cette intervention, assez culottée il est vrai, m’est revenue ce samedi 4 mars lorsque j’ai vendu un dessin à une personne que j’avais rencontrée le long des quais de Seine l’an dernier tout en croquant la cathédrale. Plusieurs mois se sont écoulés, et ce passant m’a appelé pour me demander de passer chez lui avec un éventail de dessins afin d’en choisir un. Il a fini par donner sa préférence au dessin suivant : une paire de tourelles perpétuant le souvenir d’un château médiéval rue des Archives…
 
«Détail» remarquable : ce monsieur habitant une grande ville dans le 93 dispose de moyens financier réduits, et il a tenu, quand même, à acquérir un dessin pour égayer l’un de ses murs enduits de blanc. Je lui ai concédé un bon prix, évidemment, car je ne veux mettre à l’écart aucun intéressé. Et en plus, il m’a fait très plaisir en me disant : « J’ai conscience, en faisant un tel achat, d’aider un artiste… » Voilà qui est touchant. 

Yann Le Houelleur

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Claude BOHER | Réponse 28.04.2017 12.27

Bonjour Yann, j'aurais aimé être là avec vous pour filmer cette rencontre avec les étudiants et suivre l'élaboration des créations de cette journée. Amitiés.

Tarrius Alain | Réponse 16.04.2017 09.40

le trait de dessin prend le regard, l'aspire entre façades -toujours solidaires de barrières arborées- et lui fait parcourir ces admirables toits. Poésie ...

Albert Mauerhofer,Zürich | Réponse 05.04.2017 15.31

Jan,come toujours des Dessins fantastique!
Salutations artistique.
Albert de Zürich

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Commentaires

28.04 | 12:27

Bonjour Yann, j'aurais aimé être là avec vous pour filmer cette rencontre avec les étudiants et suivre l'élaboration des créations de cette journée. Amitiés.

...
19.04 | 19:27

les arbres qui sauvent les murs,

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16.04 | 09:40

le trait de dessin prend le regard, l'aspire entre façades -toujours solidaires de barrières arborées- et lui fait parcourir ces admirables toits. Poésie ...

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05.04 | 15:31

Jan,come toujours des Dessins fantastique!
Salutations artistique.
Albert de Zürich

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