Décembre 2016

Le plein de soleil et de couleurs pour les fêtes !!!

Voici la couverture de " Paris en tous sens ", édition n° 5 qui sera diffusée - électroniquement - dans quelques jours... '

A l’occasion des fêtes de Noël, je tiens à vous faire une surprise, à vous tous qui suivez mon parcours (un peu chaotique, vous le savez) de dessinateur et qui m'encourager à poursuivre dans la même voie...

 

Bonjour ( ou peut-être même Bonsoir ! ) 

Un cocktail de soleil et de couleurs vives : ainsi se présente le recueil « Paris en tous Sens » en cours de finalisation. Il réunit cinquante dessins récents dont certains, vraiment, sont proposés à des prix d’ami. Vous pourrez en offrir à vos parents, amis, connaissances ou - pourquoi pas? - à vous-même. 

Je suis très heureux de voir cette initiative se concrétiser. Un tel recueil a exigé des nuits blanches… rivé à mon ordinateur. Quant aux dessins, la plupart élaborés uniquement avec des crayons, ils représentent des centaines d’heures de travail, Ils ont tous été réalisés en plein air. (« Sur le motif », disaient les impressionnistes).

Pour moi, dessiner c’est communiquer la joie et le plaisir de se sentir en vie, être apte à appréhender et apprivoiser les choses comme elles viennent, prêt à ouvrir ses oreilles et son coeur à des inconnus désireux d'exprimer parfois des sentiments très personnels. 

Dans quelques jours, je transmettrai aux personnes figurant parmi mes « contacts e.mail » un exemplaire de ce recueil " Paris en tous Sens ". 

Merci d’y vouer l’attention requise et merci aussi de votre confiance.

Mon rêve, évidemment, serait de voir «partir» ces dessins par dizaines, chacun d’entre eux étant sensé communiquer cette joie que j’éprouve à dessiner. 

Et je ne m'en cache pas: je vis en grande partie du fruit de mon travail. Ces dessins, s'ils se vendent bien, me permettront de passer un super Noël... et ce sera l'occasion de renouveler, étoffer mon matériel de dessin. 

Avec mes meilleures pensées à Toutes et à Tous.

Yann

 

P.S : Si vous désirez me contacter, d’ores et déjà pour vous assurer que les dessins correspondant à votre attente seront disponible, voici mon e.mail : chaudslesmots@yahoo.fr ou parisdessins-drawings@outlook.fr

 

Paris, si belle, court le risque de perdre son esprit

Un grand «Merci» aux serveurs et à la patronne du Monaco où j’ai monopolisé une table pendant trois heures pour y faire deux dessins alors qu’un froid coriace sévissait dehors. Ce dessin est un format A3 et volontairement il présente un aspect inachevé.

Alors que je dessinais dans le 9ème arrondissement, la chance me fut donnée d’être assis à une table voisine de celle d’un haut fonctionnaire à la tête d’un organisme culturel. Nous avons partagé une vision assez semblable de Paris, en proie à certains dangers…

 

29 novembre 2016 


 

« Nous en avons de la chance d’être à Paris, n’est-ce pas? Regardez, cet immeuble juste en face avec une aussi élégante façade : ce fut jadis le siège du Parti communiste… » Cet inconnu qui m’adressa aimablement la parole, alors que je dessinais sur la terrasse (vitrée et chauffée) du café Le Monaco, avait l’air d’en savoir des choses !

En fait, sans m’en douter le moins du monde, j’étais assis à côté d’un haut fonctionnaire qui dirige une division de la Drac, la Direction Régionale des Affaires Culturelles. Enarque, issu de la même promotion qu’Emmanuel Macron, il avait commandé un hamburger frites tandis que j’en étais à mon premier café.

Ce fonctionnaire de premier plan choisit souvent un tel établissement pour s’y restaurer à midi. En l’occurrence, le Monaco où l’on a une vue imprenable sur la place Kossuth. Un carrefour imposant par son envergure : l’interminable rue de Châteaudun (800 mètres) croise la rue du Faubourg Montmartre, elle aussi plutôt longue. S’y greffent deux autres voies : la rue le Pelletier et la rue de Maubeuge, laquelle fait près d’un kilomètre et demi.

Ce quartier n’a aucune teneur touristique mais pour un dessinateur féru de perspectives et d’ordonnancements de façades haussmanniennes un tel paysage est pain béni !

Tensions 

Avant que je ne prenne un second café, avant que je ne me lance dans un second dessin (celui ci dessus), nous eûmes une discussion féconde sur Paris et son actuelle transformation.

La capitale est toujours très aimée des touristes, notamment parce que les autorités veillent scrupuleusement à entretenir voire embellir ses monuments.
Mais une évolution assez pernicieuse se fait sentir, depuis quelques temps : l’esprit de Paris se fissure, se volatilise et la convivialité semble se rigidifier, les bonnes habitudes se perdent. Cela fait de certains endroits, même beaux, des espaces sans saveur, certains asphyxiés par l’abondance de commerces aux couleurs d’une mondialisation (les marques, les griffes) prétentieuse et ostentatoire.

Mon interlocuteur a évoqué le mot « tensions » pour évoquer la propension qu''ont les commerces à dénaturer voire défigurer des façades qui nécessitant des mesures de conservation.
Comment y faire face? Entre autres exemples de ces tensions: la place Vendôme et le Marais. Quant au viaduc des Arts, le long de l'avenue Daumesnil dans le 12ème, il s'est avéré beaucoup plus haut de gamme dans son concept que prévu. Cela a contribué à l'évolution de tout un quartier qui s'avère de moins en moins populaire...

De toute évidence, le risque d’un dérapage se fait sentir dans le développement de Paris où les artisans, les petits commerçants sont chassés sous la pression d’une flambée des prix de l’immobilier.

Les Abbesses

Curieusement, cette vision d’une ville peu à peu vidée de sa substance m’avait effleuré alors que je dessinais, quelques jours plus tôt, à la place des Abbesses, à Montmartre. Joli et attachant endroit. Non seulement, des commerces de toute sorte y subsistent mais l’on y rencontre, encore, des Parisiens pur sucre, certains plutôt âgés.

Ces autochtones prennent le temps de discuter entre eux. Ils renseignent volontiers les touristes sur le parcours à suivre pour rejoindre le Sacré Chœur ou Pigalle. Et à côté de l’édicule du métro de style nouille, si fameux, tournoie un manège qui enchante les enfants.

Rares sont les endroits où je sens vibrer, comme ici, un réel esprit parisien. Et je crains que la palette de ces espaces urbains ayant du cachet et de l’esprit ne s’étiole dangereusement au cours des prochaines années.

Yann Le Houelleur

L’histoire de cet édicule Guimard mérite vraiment d’être contée

L’entrée du métro Abbesses exerce une fascination sur les touristes. Ils imaginent qu’elle a « de tout temps » contribué au charme de la place. Mais ce chef d’œuvre de l’art nouveau provient en réalité de la rue de Lobau, au pied de l’hôtel de ville.


26 novembre 2016


 

Il est fascinant de constater à quel point certains éléments du patrimoine, laissant plutôt indifférents les Parisiens, excitent l’imaginaire des touristes. L’édicule de l’entrée de métro des Abbesses donne lieu à de grands rassemblements, tout autour. Avant de gravir les rues escarpées de la Butte pour rejoindre le Sacré Chœur, ces groupes de touristes reçoivent quelques informations au sujet de l’œuvre d’Hector Guimard.

Cet édicule, aussi célèbre que la tour Eiffel ou l’Arc de Triomphe, fait partie d’une famille de 160 entrées de métro commandées à l’architecte Guimard par la Compagnie du chemin de fer Métropolitain de Paris. Entre 1900 et 1922, les habitants de la capitale virent ainsi jaillir et fleurir d’aussi étranges créations métalliques. Beaucoup de Parisiens furent choqués par une telle audace et ils vouèrent Guimard aux gémonies. Plusieurs d’entre eux y décelèrent même de la pornographie.

La moitié de ces entrées sont encore visibles, et l’entrée du métro Abbesses est la plus belle, la plus sophistiquée restante.

Un froid mordant

Il est vrai que pour un dessinateur et un peintre cette entrée est une friandise irrésistible, délicieuse à interpréter, d’autant plus que les branches des arbres jaillissant à l’arrière plan semblent prolonger les barrettes métalliques vertes hachurant le toit de l’édicule. Gracile, fantasque, élancée et toutefois bien proportionnée, cette entrée a des lignes sinueuses et ondulées qui incitent tout naturellement l’artiste à s’éclater !

J’ai pris mon pied, une fois, de plus, en dessinant l’édicule Guimard un jour où sévissait pourtant un froid mordant. Un riverain m’a fait observer que c’est «le métro le plus profond de Paris». Or, de nombreux touristes m’ont posé des questions et je n’étais pas à l’aise pour y répondre. Ils voulaient savoir, entre autres «détails», l’année de la construction…

A cause d’un parking…

Je me suis aperçu que je ne savais pas grand-chose.
C’est pourquoi, de retour à la maison, j’ai entrepris quelques recherches sur google. Je suis tombé sur un mémoire, datant de 2004, rédigé par Emilie Dominey, alors étudiante à l’Ecole du Louvre. Quelle ne fut par ma surprise en apprenant que l’édicule du métro Abbesses était situé jadis à la station de métro Hôtel de Ville.

L’installation d’un parking, rue de Lobau, le rendit indésirable en ces lieux. Sa démolition fut envisagée. Fort heureusement, il fut transféré, en 1974, à la place des Abbesses. Et bien des touristes continuent à croire qu’il a été construit pour embellir la délicieuse place des Abbesses !

Yann Le Houelleur

PLACE DE CLICHY - Rien ne reflète davantage, sans doute, l’esprit et l’évolution de la capitale que la Place de Clichy. Un peu tous les styles architecturaux s’y côtoient, des cafés de toute sorte ouvrent leurs portes et il y a un attroupement de symboles bien parisiens tels qu’entrées de métro de style Guimard, colonnes Morris, kiosques à journaux. (Dessin fait le 19 novembre 2016)

La place Blanche, un endroit haut en couleurs !

Le Moulin rouge ne peut que susciter l’inspiration, attirant des touristes qui mitraillent, avec leur appareil photo, ses ailes émaillées de jaune et même d’or quand vient la nuit.

 

19 novembre 2016


 


L’amende que m’a infligée la Mairie de Paris pour dépôts d’ordures alors que je dessinais au Pont Saint-Louis ne m’empêchera pas de continuer à «œuvrer» en compagnie de quelques dessins offerts aux yeux du public. Si quelqu’un m’en achète un, tant mieux. Si des inconnus m’encouragent, si d’autres encore se rendent compte qu’il existe toujours des artistes créant au milieu du monde et non pas forcément dans ces tours d’ivoire que sont (souvent) les ateliers : c’est tant mieux ; déjà ça de gagné !

Ce samedi 19 novembre, l’imprévisible soleil d’automne s’était extirpé de sa paresse coutumière pour remodeler plus joyeusement la ville. Mais il n’avait pas chassé, pour autant, un froid acide, qu’un vent vindicatif éparpillait partout, même dans les têtes je pense.
Jamais de ma vie, dessinant dans les rues, je n’ai été aussi peu abordé par les touristes et les passants, alors que je m’étais perché sur la rotonde au milieu de la place Blanche. Mais au fait, pourquoi a-t-on appelé ainsi une place que surplombe le plus rouge des «monuments» parisiens, à savoir le Moulin Rouge?

D’énormes bus

Même aux portes de l’hiver, il y a pléthore de touristes venant photographier la célèbre tourelle et ses ailes. Il faut attendre la fin de l'après-midi, 17 heures, pour que celles-ci commencent à tournoyer, émaillées alors de jaunes et d’or, un spectacle si féérique.
Seul ennui: d’énormes bus, aussi costauds que des avions, stationnent à intervalles régulier devant le hall d’entrée du Moulin Rouge, ce qui ne facilite pas le travail du dessinateur !

Mais pourquoi, ici même, faudrait-il se limiter à dessiner ce haut lieu du french cancan ? Cette place est une aubaine pour les artistes. Quelle que soit la direction vers laquelle on «tourne» les yeux, il y a des fragments de paysage intéressants à dessiner. En particulier le décollage de la rue Lepic, écrasée par de vieux immeubles dont tout un pan est aveugle, sorte de muraille ocre au pied de laquelle s’égrènent des magasins et des commerces de bouche.

A la place Blanche, une atmosphère si parisienne: il y a quantité de réverbères, de colonne Morris et une entrée de métro de style Guimard qui méritent de se voir croqués… en automne comme en toute saison.

Y. Le Houelleur 

A Clichy, des immeubles de très belle facture

Format A3 – crayons de couleur et un peu d’aquarelle; Si vous désirez acquérir ce dessin: 70 euros.

Fatigué par un été à Paris, désireux de butiner des paysages pleins de hiatus aux architectures contrastées, me voilà en train de redécouvrir les charmes de la banlieue. Clichy fait partie de ces villes qui méritent le détour…

 

9 novembre 2016


Pour un dessinateur féru de façades belles et moins belles, la banlieue est une mine d’or en termes d’inspiration autant que Paris. Sinon davantage. Dans maintes communes jouxtant la capitale, l’éclectisme est foisonnant. Ou plutôt y trouve-t-on un paysage du hiatus où se côtoient des bâtiments issus d’époques successives. Tel est le cas de Clichy-la-Garenne. Coincée entre le 17ème arrondissement et la Seine, cette ville comprend 60.000 habitants répartis dans des quartiers d’une étourdissante diversité.

Tout comme ses voisines Levallois et Asnières, Clichy est une ville à n’en point douter splendide par la qualité d’immeubles que lui ont légué le style haussmannien puis l’art nouveau.

Quand on emprunte le boulevard Jean Jaurès, en provenance de Gennevilliers (voie à sens unique), on peut se sentir à Paris déjà tant certains immeubles se distinguent pas leur majesté et leur élégance. Ils sont gratifiés de coupoles de grande envergure percées de mansardes évoquant des fleurs, éventuellement des clochettes.

En été, ces «détails» risquent de passer inaperçu en raison de la touffeur des feuillages qui forment une voûte par-dessus le boulevard. Des troncs d’arbres légèrement sinueux raturent la perspective des façades dont les fenêtres dévoilent des contours ondulés. Les architectes se sont amusés à froisser, à faire gondoler ces immeubles doués d’une imperceptible mouvance.

Qu’il doit faire bon vivre, se restaurer, se reposer dans de tels appartements, malgré le tintamarre que font les voitures aux heures de pointe !

En deux heures

Je me suis dit, en définitive, que Paris me fatiguait un peu à force d’y dessiner toujours un peu aux mêmes endroits, et qu’il ne fallait pas l’oublier, cette banlieue prodigue en curiosité.

Epuisé par un été bourré de coups de théâtre, je me retire de la scène parisienne pendant quelques semaines. Et les cafés où il est possible de dessiner tranquillement ne manquent pas. Ce dessin, je l’ai fait en deux heures, ajoutant un zeste d’aquarelle.

Dans le café où j’ai pris place, il faisait chaud alors qu’un vent vindicatif sévissait, achevant de dénuder les arbres qui bientôt seraient réduits à leur plus simple expression : un tronc, des branches. A 17 heures déjà il faisait nuit et il ne me restait qu’à plier bagages après avoir payé ma consommation : deux euros pour un café… Un tout petit investissement pour reproduire de si grands immeubles…

Y. Le Houelleur 

 

La cathédrale s’avère magnifique mais que la mairie de Paris est stupide !

Format A4 – stylo feutre noir pour l'esquisse puis crayons de couleur. Si vous désirez acquérir ce dessin: 40 euros.


Malgré le froid, malgré une atmosphère un peu délétère dans les rues, je suis retourné admirer Notre-Dame. Le cœur un peu serré, à vrai dire, car la dernière fois je me suis vu infliger une amende. Et la mairie de Paris, malgré la promesse (écrite) d’un abandon de la procédure, me somme de verser 68 euros. Hallucinant!


 

11 novembre 2016


 

En vue d’une hypothétique exposition dans un lieu prestigieux, une médiatrice culturelle m’a fait part de cette exigence comptant pour la sélection des candidats : faire visiter son atelier…

Ah ! Toujours la même histoire. A savoir, sans atelier, pas de peintre, pas d’artiste.

Devrais-je en rougir de honte ? Non, je ne dispose pas d’un atelier. Car dessiner entre quatre murs me fait horreur. Mon atelier est à ciel ouvert. C’est dans la rue, parmi les passants, que je puise mon inspiration, que l’envie  - telle une sève indomptable - monte en moi : dessiner, à la fois pour me relier aux autres et pour oublier cette condition de mortel qui est nôtre.

Le pont Saint Louis

Alors, ce vendredi, à la faveur d’une clémence céleste, j’ai pris la place à une extrémité du Pont Saint Louis. Au début, il faisait presque doux, comme si l’été avait fait son retour sur « Seine ». Le chevet de la cathédrale était d’autant plus majestueux que certains arbres à ses pieds étaient déjà dégarnis, ce qui laissait entrevoir, parfaitement, le déploiement des arcs-boutants. Rien ne m’enchante plus que de croquer Notre Dame en hiver, quand ses dimensions véritables se font enfin jour.

Toutefois, les feuillages qui bénéficiaient d’un sursis offraient des couleurs somptueuses, entre autres un jaune étoilé d’ocre qui évoquait l’or.
Mais très peu de passant et de touristes vinrent me voir. Les dessins exposés à mes côtés ne trouvèrent guère preneur. Trop froid, déjà, pour que les gens osent s’arrêter.

Du 4 au 21 octobre

La fois dernière, quand je m’étais installé à cet endroit, des agents de la Mairie m’avait infligé une amende dont le motif était… «Dépôt ou abandon d’ordures, de déchets, de matériaux ou d’objets hors des emplacements autorisés». Mais oui… j’ai reçu cette contravention le 21 octobre, et les faits remontent au 4 du même mois. Après un mail rédigé par mes soins, un service de la Mairie de Paris avait pourtant garanti : « Pour cette fois, il ne sera pas donné suite à la contravention. »  Peine perdue en ce qui me concerne. L’avis d’infraction a tout de même été posté, et me voilà pris au piège de cette mairie de Paris qui décidément paraît bien compliquée et même injuste.
Sur le pont Saint Louis se produisent des artistes qui, eux, ne sont presque jamais inquiétés. Aux abords du Carrousel du Louvre s’affairent des hordes de blacks harcelant les touristes, une grappe de tours Eiffel miniatures à la main vendues deux euros pièce. Un peu partout des familles de Roumains mendient et installent leur matelas sur la chaussée en toute impunité. Etc. Et voilà que je paye, en quelque sorte, pour tout ce monde qui, lui, échappe aux foudres de la Mairie. 

Ville trop souvent sale

Le plus incroyable est que je sois verbalisé pour… dépôt d’ordures. Mais sans doute la plus grande victime de la stupidité de la Mairie de Paris est-elle le Tourisme lui-même. Paris perd ses touristes par dizaines de milliers.

Devinez pourquoi : ville souvent trop sale, peu de lieux d’accueil voués au touristes et destinés à les renseigner (pendant que je dessine, je fais souvent ce job, gratuitement, et je suis un Français chic !), coût de la vie démesurément élevé, sans oublier tous ces Roumains et autres étrangers qui donnent de Paris une image assez contraire à celles que nombre de visiteurs ont en tête lorsqu’ils débarquent dans la capitale, réputée pour l’élégance et la classe de ses habitants.

Mon amende est aussi la résultante de toute cette mauvaise gestion du tourisme à Paris, mesquinerie administrative d’autant plus méprisable que je déclare mes dessins à qui de droit.

Yann Le Houelleur

 

LEVALLOIS PERRET – A proximité de la mairie (si connue, hélas pour des scandales dignes d’une république bananière) voici un immeuble d’inspiration haussmannienne plutôt sobre. Les fenêtres produisent un jeu de reflets toujours mouvant. Ce dessin de format A3 a été fait assis à la table d’un café, à la mi-journée. (8 novembre 2016)

Et tourne le manège des saisons, le long de l'avenue de Villiers…

Format A3 – crayons de couleur. Si vous désirez acquérir ce dessin: 70 euros

Dessin teinté de nostalgie, à la terrasse d’une brasserie, le long d’une avenue bordée de superbes immeubles haussmanniens. Sous les parures chatoyantes de l’automne croupit une indéfectible cruauté, celle de l’être confronté à la solitude de la vie, en quête d’espérances auxquelles se raccrocher. 



5 novembre 2016



Qu’ils sont loin, déjà, ces moments magiques égrenés sur les ponts de Paris pendant tout l'été. Au fond du cœur, j’en garde l’ineffable chaleur. Tant d’échanges, tant de sympathies mutuelles écloses, tant de sourires ravis au vol, tant d’encouragements reçus continuent de vivre en moi. Le plus dur, c’est de rompre ainsi avec son public, de se replier dans un certain silence, de chercher à prolonger le chemin par d’autres perspectives, d’autres détours.

Sous les parures chatoyantes de l’automne croupit une indéfectible cruauté, celle de l’être confronté à la solitude de la vie, en quête d’espérances auxquelles se raccrocher.
Alors, revoilà la mauvaise saison. Me revoilà donc assez souvent, en train de «zoner» sur les terrasses des beaux quartiers pour me laisser subjuguer, une fois de plus, par les façades élégantes de l’ère haussmannienne. A leur pied, il y a toujours des gourmandises pour les yeux telles ces colonnes Morris dont les affiches jettent comme une flaque de couleur revigorante dans l’océan parisien de gris et d’ocre.

Une pépinière à bobos

Parmi les endroits qui m’inspirent le plus dans la capitale : l’avenue de Villiers, longue de 1,7 kilomètres, en particulier le carrefour où la rue du Rocher la rejoint tout comme  - de l’autre côté, celui des Batignolles -  la rue de Lévis, parmi les plus commerçantes de Paris. Je ne saurais me montrer exagérément enthousiaste face à un quartier aussi agréable mais devenu une pépinière à bobos, à tel point que les grandes marques, symboles de la société de consommation, ont colonisé la rue de Lévis, dont les commerces de bouche s’essoufflent. Entre autres causes, la flambée des loyers.

Toujours est-il que j’ai passé trois heures paisibles (et laborieuses) à la terrasse de la brasserie où je m’étais assis. L’envie m’avait pris de «produire» un dessin voué à transcrire l’atmosphère automnale le long des boulevards parisiens, avec cette nostalgie que nous inocule la décrépitude progressive de l’automne.

Vers 17 heures, la lumière commença à se raréfier… C’était l’heure à laquelle, certains jours en été, j’apparaissait sur les ponts. Qu’il est dur de s’habituer au manège des saisons…

Y. Le Houelleur

 

SAINT-DENIS – Voilà une ville passionnante à découvrir. Outre la basilique royale, hélas entourée de bâtiments hideux, Saint-Denis possède de beaux immeubles, certains un peu fanés, et des coins de rues attachants. Une ville qui à n’en point douter à du caractère. Le dessinateur, fatigué de se pointer tous les jours (ou presque) à Paris, ne va pas tarder à parcourir la banlieue pour y faire le plein d’inspiration pendant l'hiver. (Dessin fait le 31 octobre 2016)

Le splendide héritage de la bourgeoisie financière

Format A4 – crayons de couleur. Si vous désirez acquérir ce dessin: 40 euros.

Le côté droit de ce dessin restitue un fragment d'un magnifique immeuble bâti à la fin du 19ème siècle, abritant une filiale de BNP-Paribas. Voilà un beau coin de rue, avec toutes sortes de styles architecturaux: la rue Bergère et la rue Rougemont.


25 octobre 2016


 

Il est des coins de rue, à Paris, qui intriguent par leur configuration et la variété des styles architecturaux. Le long de la rue Bergère, dans le 9ème arrondissement, un bâtiment imposant, s’inspirant de la Renaissance, brandit tout à la fois un fronton gigantesque (correspondant à l’entrée principale) surmonté d’un clocheton et une coupole truffée de mansardes. Il héberge une filiale de la banque BNP-Paribas.

Des immeubles d’un tout autre style, post-haussmanniens, font face à ce chef d’œuvre architectural à l’endroit même où la rue Rougement rejoint la rue Bergère. Intéressant carrefour, très animé en soirée grâce à la cohabitation de deux cafés-restaurants, le Bistro de la Banque et le Dellac.
C’est assis à la terrasse du Bistro que je me décidai à élaborer un croquis, malgré un froid plutôt coriace: la morsure de l’hiver commençait à se faire sentir et il fallait m’habituer, à nouveau, à dessiner en plein air dans des conditions quelque peu hostiles.


Toute puissance 

Autre curiosité quant à l’architecture : un immeuble, au bout de la rue Bergère, d’une époque plus tardive, l’entre deux guerres, avec des taches sanguines éparses, en l’occurrence l’usage de la brique.

Après avoir passé moins d’une heure à faire ce dessin, je rapportai ma tasse de café au barman, et il régnait une voluptueuse chaleur à l’intérieur. C’est alors qu’un monsieur d’une soixantaine d'années à la mine joviale me donna quelques explications…
Le bâtiment occupé par BNP-Paribas « est typique de l’époque où la bourgeoisie financière voulait témoigner sa toute puissance par des réalisations audacieuses ».

Effectivement, l’ancêtre de BNP-Paribas, à savoir le Comptoir national d’escompte de Paris, fit appel à l’architecte Edouard Corroyer pour concevoir son siège. Au dessus de l’entrée, un homme en position assise, entouré de deux lions, brandit un sceptre. En réalité, une allégorie des cinq continents.

En tout cas, voilà un coin de Paris  - il n’est pas le seul dans ce cas -  à avoir échappé à la « monoculture des immeubles haussmanniens », laquelle a reconfiguré des quartiers entiers d’ailleurs fort prestigieux: alentours de l'Opéra, Boulevard Saint-Michel, Bd Raspail, etc.


Constructions très innovantes

Ce monsieur jovial se définit comme « un écrivain et un consultant ». Très cultivé, il s’appelle François et il m’a parlé d’un architecte peu connu mais qui a contribué à embellir Paris : Jacques Ignace Hittorf, dont les réalisations remontent précisément à cette époque où triomphait la bourgeoisie financière.

Né à Cologne, il a « donné » à Paris une série impressionnante d’églises, de gare et d’édifices commandés par la royauté puis par le Second Empire. « Il a même redessiné le Bois de Boulogne en fin de carrière » ajouta François qui se souvient, en particulier, de deux édifices imaginés par Hittorf: le Cirque d’Hiver et la gare du Nord. « Ce furent des constructions très innovantes ».

Autres réalisations signées Hittorf : la place de la Concorde, l’église Saint-Vincent-de-Paul, la mairie du 1er arrondissement et le beffroi de l’église voisine (Saint-Germain-de l’Auxerrois) ainsi que tant d’autres…

Y. Le Houelleur

NOTRE-DAME VUE DU PONT LOUIS-PHILIPPE - Il fallait en profiter : la flamboyance de l’automne, ce jour-là, semblait avoir atteint son apogée. La crinière des arbres, le long des quais de Seine, allait du jaune citron au brun-rouille. La cathédrale venait de se délester d’un voile de brume qui avait gommé ses tours jumelles pendant toute la matinée. Il était 15 h, un moment délicieux à dessiner et à discuter avec quelques passants plus curieux que d’autres. (26 octobre 2016)

Le retour de la pluie… place Saint Michel

(Dessin format A5 – crayons de couleur Caran d’Ache Luminance)

Maintenant, de plus en plus, il faudra dessiner à l’abri des averses et de l’humidité, à la terrasse des cafés. Le soleil sera dans mon cœur, j’espère, et dans mes plumiers.

24 octobre 2016



L’automne est aussi magique que tragique. Certains matins, un brouillard dense semble nous bâillonner durablement ; soudain le soleil se met à déchiqueter ce voile et une illusion de printemps nous redonne du bonheur. Un bel assortiment de couleurs nous est proposé par les arbres qui se maquillent allègrement.

Mais il suffit de quelques minutes pour que le ciel s’encombre de nuages et qu’une averse éclate. Ce fut le cas alors que je dessinais le Pont Neuf, une fois de plus, depuis le Pont des Arts qu’empruntent de si nombreux touristes et Parisiens. Il me fallut remettre dans leur carton mes dessins sans hésitation aucune, sous perdre d’en voir plusieurs défigurés.

Comme la pluie s’annonçait interminable, je me dirigeais vers la place Saint-Michel, toujours aussi belle.  Au printemps, j’y avais fait des dessins qui avaient bien plu, fasciné que j’étais par des immeubles haussmanniens entre lesquels se faufile la rue de la Huchette vouée à la restauration rapide. Immeubles parmi les plus saisissants de Paris, avec des toitures monumentales évoquant des coques de navires renversées. Au bas de celui à gauche : la brasserie Le Départ. A gauche : Gibert Jeune.

Coupole écaillée

Au milieu d’un décor empirique et même chaotique  - signalisation en tout sens, réverbères, motos mal stationnées, etc. – un kiosque a journaux et sa fameuse coupole écaillée prend ses aises. Il faut bien entendu lui accorder une importance toute particulière dans les dessins que je vais élaborer, assis à la terrasse (bien protégée contre la pluie) de La Rive Gauche, un restaurant assez exigu appartenant au même propriétaire que la Fontaine Saint Michel.

«Vous voilà de retour ! » s’exclama Maxime, derrière le comptoir, alors que la pluie redoublait de force, tambourinant sur le store jaune par ailleurs troué… Ici comme ailleurs, les incivilités battent leur plein ; des locataires, au dessus, du bar, balancent leurs mégots dans la rue. Certains s’écrasent sur le store, l'amochant, mettant presque le feu !


« Prenez votre temps ! »

Cette averse me rappela des jours pénibles, en avril, quand je guettait le printemps. La pluie et le vent unissaient leurs maléfices pour gâcher nos journées. Aussi, j’avais fait de la place Saint Michel un lieu de prédilection, prêt à me réfugier dans un café en cas d’averse. De surcroît, à la Rive Gauche, une bonne ambiance règne. «Prenez votre temps !» m’a garanti Maxime auquel je présentais mes excuses compte tenu de mes scrupules… j’avais étalé mes crayons sur la table, comme en terrain conquis, et je fis trois dessins.

Les deux cafés pris à cette occasion coûtèrent au total 2,50 euros. Oserai-je les répercuter dans le prix du dessin si je le vends? Il faut vendre bon marché de nos jours…

Et le pire, quand je regagnai ma banlieue : je me rendis compte qu’un petit malin avait volé (mais où donc? ) mon petit appareil photo. Ce n’était plus des gouttes de pluie qui me perturbaient mais des larmes dans le cœur : pourquoi faut-il travailler autant, gagner si peu et au bout du chemin recevoir tant d’infortunes ? Injuste.

Y. Le Houelleur

PRES DU METRO PYRAMIDES – Quoi de plus parisien que ce café dont la terrasse se déploie sur les trottoirs de deux rues, celle de l’Echelle et celle de Saint Honoré? Et chaque fois qu’un réverbère se hausse du col à proximité, le dessinateur se fait un plaisir de l’inclure dans son croquis. (8 octobre 2016)

L’art n’est pas un long fleuve tranquille

( Dessin format A5 – stylos feutre et crayons de couleur )

Pour beaucoup, les artistes sont des gens peu sérieux, des bouffons, des rêveurs impénitents. Mais bon nombre d’entre eux sont en réalité des guerriers. Sylvie, que j’ai connue lors d’une séance de dessin avenue de l’Opéra, m’a lu des extraits d’un roman, « L’Effroi » forts troublants : «La musique ment. Elle n’est pas une maîtresse qui vous accueille mais un boxeur qui vous défie».

 

23 octobre 2016




Il suffit que je m’asseye quelque part, un bout de trottoir ou une terrasse de restaurant, pour qu’inéluctablement je devienne une personnalité dévisagée par maints inconnus. On me prend en photo. On me de demande la marque de mes crayons. Ou alors je me laisse embarquer dans d’interminables conversations me détournant du dessin en cours. Je ne laisse jamais indifférent. Curieux, pas vrai ?
Début septembre, je passais un après-midi à l’avenue de l’Opéra toujours bouillonnante de monde, touristes ou hommes d’affaires.

Une âme aventurière 

Une femme vint me parler : elle voulait en savoir davantage sur ma manière de travailler. Elle se rendait à une agence de tourisme pour un voyage en Sicile, qu’elle désirait entreprendre avec sa maman fort âgée.
Plutôt bavarde, mais jamais «encombrante» car d’une délicatesse exquise, Sylvie me promit, à son retour de Sicile, de m’appeler afin d’acheter un dessin.
Promesse fut tenue, le 20 octobre. Ce fut au Saint-Régis, un café-restaurant en l’Ile Saint-Louis dont j’ai dessiné, si souvent, la terrasse exiguë protégée par un trio de stores qui au gré des heures changent de coloris : blancs, jaunes pâle ou légèrement roses.
Chose curieuse, Sylvie a l’âme aussi aventurière que moi, une propension à l’évasion toutefois assortie d’un solide sens des réalités. Alors que j’ai passé tant d’années au Brésil, elle a vécu plusieurs mois, jadis, à Durango, capitale d’un Etat du Mexique. Elle y a donné des cours de français. Le Mexique se rappelle volontiers à elle puisque plusieurs ressortissants de ce pays ont sollicité son hospitalité lorsqu’ils ont séjourné à Paris.

Prodigue en encouragements

Nous avons discuté à bâtons rompus tout en savourant un chocolat chaud revigorant. Sylvie fait partie de ces êtres si rares qui veillent à ne jamais blesser leur interlocuteur, prodigues en encouragements et solidaires par expérience autant que par conviction. «Au fond, vous avez beaucoup de douceur en vous», m’a-t-elle garanti. 

C’est à la fois juste et faux. Non, je ne suis pas toujours doux mais par certains côtés brutal et rugueux. Car il faut bien voir que se consacrer à l’art, une activité réputée délassante, s’apparente à un combat. L’artiste doit aller jusqu’au bout de lui-même et prendre des coups en permanence. Une fois qu’il a choisi d’en faire un gagne-pain, fut-il modeste, il s’aperçoit avoir hébergé dans son cœur une bête sauvage apte à le dévorer. Il croyait avoir conquis la liberté et le voilà purgeant une peine éternelle dans une prison dorée où il lui est interdit de trop rêver puisque les artistes sont aussi des commerçants qui doivent (tout au moins certains) aller à la rencontre d’acheteurs.

L’Effroi

Très curieusement, Sylvie s’était déplacée avec, dans son sac à main, un livre intitulé l’Effoi (publié par Gallimard), signé François Garde. Celui-ci est avant tout un haut fonctionnaire. Dans cet ouvrage, il est question de musique. Sylvie me lut un passage :
« (…) J’ai découvert que la musique ment et il faut mentir pour elle. (…)  Elle n’est pas une maîtresse qui vous accueille mais un boxeur qui vous défie. Non pas une alliée mais un adversaire. Non pas un havre mais une traversée hantée par les tempêtes. Tout concert est un duel. La musique n’est pas apaisement mais intranquillité. »

Ces mots m’ont fait l’effet d’un électrochoc : si vrai…et l’on peut remplacer, dans le texte, musicien par dessinateur et tout autant par peintre.

Yann Le Houelleur

Paris, la reine des capitales, doit tant à ses rois…

(Dessin format A4 – crayons de couleur Caran d’Ache Luminance)

(18 octobre 2016)


 

Il est des endroits où Paris foisonne de magie, des lieux que maints touristes étrangers ont rêvé de s’approprier, yeux écarquillés au maximum et appareil photo en extase, pendant toute une vie ou presque. Depuis le Pont des Arts, la vue sur son voisin le Pont Neuf est d’une beauté à couper le souffle, surtout quand le soleil remodèle à sa guise les piles, les arches, les demi-lunes de ce chef d’œuvre voulu par la Royauté.
En aval du pont, du côté de l'hôtel de ville, une coche fut faite au 16ème siècle dans le ciel de Paris par des architectes tout aussi talentueux : la tour Saint Jacques domine de sa masse légère un flot de toitures généreuses par leur envergure. 

Une mini cour des miracles

La royauté? C’est assurément ce que la France a produit de meilleur. Que serait Paris sans les choix faits, les décisions prises par des monarques éclairés qui savaient conjuguer la vision politique et la majesté artistique? La fascination qu’exerce la Ville Lumière sur des milliards de personnes se nourrit de tous ces rêves de grandeur et de beauté durablement concrétisés. Les architectes contemporains, dont certains ont défiguré la capitale, ne sont rien, ou si peu, à côté de leurs prédécesseurs, désolé de le dire ainsi…

Les étrangers viennent chercher à Paris la gloire, le luxe, des frissons historiques et artistiques et quand ils débarquent sur le pont des Arts, entre autres sites, ils découvrent une mini cour des miracles. On y vend tout et n’importe quoi. Mais les ponts, à l’origine, n’étaient-ils pas des zones commerçantes? Toujours est-il que ça fait désordre et qu’on peut sentir à fleur de peau combien la France s’est paupérisée et a accueilli sur son territoire des gens amenés à survivre plongés dans l’économie prétendument souterraine.

Cet après-midi là, un agent de la Mairie s’approcha de moi, fort gentiment, alors que je dessinais, appuyé à la rambarde d’un pont jadis croulant sous «les cadenas de l’amour». Il était sur le point de m’infliger une contravention car lorsque je dessine j’expose quelques dessins… que je déclare à la Maison des Artistes. Ce fut pour moi bouleversant que de l’entendre dire: « Non, je ne vais pas inquiéter un monsieur qui fait de belles choses comme ça… C’est vraiment de l’art… Bravo, continuez à nous faire rêver. »

A cause de la mondialisation 

Un monsieur fort distingué qui se trouvait à ses côtés, économiste à la retraite, renchérit : « Oui, cela nous change de toute la camelote que l’on vend dans les environs, et de tous ces Roumains et autres pour lesquels tout semble permis. Paris est vraiment victime des excès de la mondialisation, et comment y faire pour y échapper? »

Une dizaine de jours auparavant, j’avais failli écoper une amende salée sur un autre pont. La mairie de Paris m’a fait savoir, très aimablement, que je dois clarifier ma situation. Mais cela prendra du temps, et je découvre combien sous prétexte d’être tolérante et hospitalière la France est injuste à l’encontre de ceux qui déploient des projets à long terme, en particulier dans le domaine artistique.

L’agent de la Mairie m’a confié que les amendes ne peuvent être soumises qu’à des personnes solvables… Autrement dit, un Français comme moi, en mesure de payer par carte de crédit, est plus facile à blâmer qu’un sans papier (pour ne pas dire autre chose : il est si facile de passer pour un raciste aux yeux d’une élite médiatique bien pensante…).
 

Somptueuse place des Vosges

Mais revenons-en à la royauté. Combien de fois, alors que je dessinais dans Paris, des touristes m’ont demandé : « Où est-il le Pont Neuf » ?» Et moi, le petit Français qui aime tant sa capitale je me faisais un plaisir de leur expliquer que le commanditaire de ce chef d’œuvre fut Henri III, à une époque où la royauté désirait embellir Paris et la rendre plus confortable. Ensuite, je leur racontais que son successeur Henri IV, dont la statue se dresse au milieu du pont, ordonna la construction de la place des Vosges, cet emplacement somptueux dont il ne vit pas même la réalisation finale, assassiné avant l’inauguration de ce "complexe immobilier" en plein Marais.

Yann Le Houelleur

Jadis, les impressionnistes se réunissaient au café Gerbois (qui depuis a fermé ses portes). Les arts sont toujours bien vivants, place de Clichy, notamment à la brasserie Wepler, où les conversations vont bon train en matière d’art et de culture.

 

15 octobre 2016 



Bouillonnante, bruyante et envoûtante par le charme que dégagent ses composantes si parisiennes : la place de Clichy est un condensé de tout ce que Paris offre de meilleur. Place de Clichy, les réverbères abondent. Ampoules en suspension entre terre et ciel. Un ciel copieusement tutoyé en ces lieux d'autant plus qu'une «cohorte» de colonnes Morris se dressent, balafrées de couleurs vives (du jaune citron, du rouge grenadine, etc.). Devenus à leur tour des supports publicitaires hauts en couleurs, les kiosques à journaux se laissent aller à cette exubérance.

Au début du boulevard de Clichy, une paire d’yeux oranges épient (ou protègent?) les passants, fixés au sommet de grandes barres ondulées. Voici une entrée de métro caractéristique de l’art nouveau. Le mot «Métropolitain» se détache sur un cartouche d’un jaune vif.
Hier, sur les quais, un couple de Danois a emporté un dessin de la place fait à la terrasse de la brasserie Wepler en 2012. Un pincement au cœur que de se séparer d’un croquis auquel j’étais attaché, mais quand on a besoin de sous pour acquérir de nouveaux crayons il ne faut pas hésiter…
 

Serveurs en tablier noir

Tant pis, après tout : le dessin est parti mais la place de Clichy est toujours là, et il suffit de retourner au Wepler pour me délecter des charmes de ce carrefour où par ailleurs s’élèvent des immeubles incarnant des époques diverses. Toujours aussi accueillante la brasserie, avec ses serveurs en tablier noir d’une politesse exquise, aux petits soins pour les clients.
La belle époque reste bien vivante, au Wepler. Et les clients, d’une manière générale, tricotent des conversations enrichissantes pour qui sait tendre les oreilles. Quel ne fut pas mon étonnement d’entendre, à la table à côté de la mienne, une discussion à bâtons rompu sur l’évolution de l’art et de la culture. Cette phrase m’a enthousiasmé, tellement sensée: «Les grands musées se mordent les doigts de n’avoir su attirer des visiteurs issus des classes populaires.»

Efforts démesurés

Mes voisins s’appelaient Caroline et Michel. Au bout d’une heure, Caroline s’esquiva et je ne pouvais me retenir de féliciter Michel pour le moment très instructif qu’ils m’avaient fait vivre, car ont une vision de la culture proche de la mienne. Et c’est ainsi que je fis la connaissance d’un personnage attachant, un de ces «semeurs de pratiques artistique» dont les médias parlent si peu mais qui mériteraient des encouragements permanents puisqu’ils mettent, de leur propre gré, la culture à la portée des classes sociales les moins enclines à fréquenter les musées. 

Moyennant des efforts relevant de l’entêtement pour obtenir des subventions et des financements, Michel et quelques amis ont réussi pendant quinze ans à développer un projet intitulé Danschural. Si j’ai bien compris, le cœur du projet est la promotion de la danse vue à travers la photographie. Le projet a collectionné les étapes en Ile de France, avec un détour à Berlin. Bien sûr, comme les subventions de l’Etat et des collectivités locales aux initiatives culturelles se flétrissent, les responsables de Danschural cherchent un mode de fonctionnement mieux adapté aux exigences de l’époque. Un site sera bientôt en ligne, et il arrive que Michel dorme deux heures par nuit. Toujours en éveil, les artistes…
 

Adieu, beaux jours… et à bientôt !

Dessin format A4 fait assis sur le trottoir – crayons couleurs Caran d’Ache Luminance

Superbe après-midi automnal, dans un endroit éblouissant par sa beauté et son atmosphère: l'Ile Saint-Louis. Illusion d’un été éternel. La morsure du froid, vers 18 heures, n’en fut que plus cruelle.

12 octobre 2016 


 

Sur ce pont, le monde tout entier défile… dans une atmosphère décontractée et pacifique. Le pont Saint-Louis condense tout ce qui fait le charme de la capitale: la Seine, la belle architecture (pas exclusivement haussmannienne), les arts, principalement la musique, et l’art de vivre.

Ce mercredi, vers 15 heures, des musiciens semblaient faire un dernier tour de scène après une série ininterrompue de journées magnifiques, soleil doré sur tranches de rêveries… Sans doute la dernière gorgée de lumière avant la potion amère de l’hiver. Je les voyais, les artistes, aux aguets avant que la place ne se libère sur le pont car un seul groupe, en général, se produit tout au milieu.

Le synthétiseur est un fléau qui permet aux uns et aux autres de monopoliser un espace en écartant d’emblée toute une concurrence. Même chose en ce qui concerne les vendeurs de tableaux et d’aquarelle qui, au début (ou à la fin, selon d’où l’on vient) du pont de l’Archevêché, semblent avoir pris racine, indéboulonnables. Moi, je ne m’estime pas propriétaire de mon bout de trottoir, et je change assez fréquemment d’endroit.

Et puis, quand on reste au même endroit, le risque est grand d’en épuiser la quintessence de sorte que la routine détruit toute créativité. L’idéal ce serait de se promener, ainsi, dans tout Paris, de surprendre les touristes et les amateurs de dessins aux endroits les plus inattendus, mais est-ce possible sans se voir, un jour ou l’autre, soumis à une amende?

Coup de coeur

Ce mercredi, donc, il me fallait absolument prendre congé (pour un certain temps) du pont Saint Louis. Coup de bol: alors que je croquais, deux dessins furent achetés, à des prix si modiques que les mentionner me vaudrait des moqueries. J’entends déjà le refrain de toujours : «Mais Yann, tu te dévalorises… » Hélas, peu de mes amis comprennent que je n’oblige personne à acquérir un dessin et que les personnes désireuses d’en emporter un n’avaient pas «budgété» une dépense en la matière. Elles éprouvent un coup de cœur, et ce seul élan suffit à m’encourager, à me rassurer : la sensibilité à l’art est bien plus vaste au sein de la population qu’on ne le dit d’ordinaire.

Même les enfants, ai-je eu le plaisir de le mentionner sur ce site et ailleurs, apprécient les beaux dessins, les belles peintures…
Je plains les artistes qui pour les raisons les plus diverses ne vendent jamais ou se refusent de vendre à des prix trop modestes. C’est une énergie formidable qui m’est inoculée quand on m’achète un dessin à 20 ou 30 euros. Un bonheur qui n’a pas de prix. Une déclaration d’amour à l’art, un baiser sur les joues multicolores de Paris.
 

Vitesse déconcertante


J’ai laissé filer des tas des dessins comme autant de feuilles emportées par le vent (de l’inspiration) en automne. J’aurais pu me refuser à les voir partir. Qu’importe, au printemps prochain mon arbre intérieur s’écaillera de feuilles nouvelles car pendant tout l’hiver je ne cesserai d’observer Paris sous toutes ses coutures… Paris en tout sens!
 

En tout cas, la nuit est tombée à une vitesse déconcertante. Vers 16 h 30, déjà, le soleil n’était plus chaud et un froid mordant s’installait aux abords du pont. Les réverbères émergeaient d’une sorte de gaze verdâtre, comme si la Seine s’était convertie en marais. Plus aucun musicien sur le pont à 18 h. Peu de consommateurs à la terrasse des cafés. Les derniers passants pressaient le pas.

Yann Le Houelleur
  

AVENUE DE L’OPERA – Réputée chic et touristique, l’Avenue de l’Opéra semble incarner une certaine solitude. Les passants, les visiteurs étrangers y défilent telles des étoiles filantes, ne s’y arrêtant que rarement. Solitude, également, des voitures qui s’y précipitent comme des cheveux fous en ordre dispersé. Cette colonne Morris aussi est livrée à elle-même ; noyée dans une mosaïque de façades et fenêtres où elle a du mal à s’intégrer, du mal à se faire entendre, elle qui est vouée à proclamer des spectacles et des événements culturels. (Dessin fait le 8 octobre 2016)

Laissez travailler les artistes !

Tristesse et colère (je présume) bien compréhensibles : voilà ce que m’inspire une incivilité que je suis censé avoir commis à l’extrémité d’un pont bien parisien. Je n’ai pas été maltraité mais pourquoi ai-je été la cible d’un contrôle un soir alors que je ne fais de mal à personne et que je déclare mes dessins?

 

4 octobre 2016


 

Voilà bien ce qu’un artiste n’ose jamais imaginer, même dans la plus abstraite des inspirations: accosté par des policiers, amené à fournir sa carte d’identité dûment passée au fichier. La peur au ventre, dans l’éventualité d’une confiscation de ses affaires.

Il fallait bien que le bel été coulé sur les bords de la Seine se termine par une écorchure. Car rien, décidément, ne saurait constituer une réussite parfaite. Tout se paye au prix fort, même la satisfaction d’avoir accompli un beau travail.

Ce soir, un mardi, j’avais dessiné dans Paris, profitant de l’exceptionnelle lumière d’un automne à la veille de son apogée. Illusion d’un été sur le retour. Et retour, en soirée, au pont Saint Louis où j’expose, à l’une des extrémités, quelques dessins tout en dessinant. 


Un peu cassants mais fort courtois


Et des acquéreurs de dessins, il s’en présente rarement, surtout quand le froid fait sentir son imminente morsure. Je regardais la cathédrale quand une dizaine d’hommes et de femmes, en provenant du square Jean XXIII (dont ils franchirent les grilles en sautant par-dessus) m’encerclèrent. «Vous avez une autorisation de vendre?» Ils portaient un brassard «Mairie de Paris» et je ne saurais nier qu’ils furent d’une grande courtoisie, un peu cassants mais par agressifs du tout. Je ne leur en veux absolument pas.
A la clef : une contravention…

Merci à la Maison des Artistes d’avoir réagi par la suite. Je m’enorgueillis d’adhérer à cette association et je déplore que tant d’artistes relativisent tant la pertinence de son existence.

Je me sentais d’autant plus «autorisé par la tolérance» des pouvoirs publics dont bénéficie le pont Saint Louis que j’honore mes cotisations à la Maison des Artistes (il s’agit de la partie de cette organisation sous l’égide de plusieurs ministères) et que je déclare mes ventes de dessins, ayant toujours été opposé au travail au noir.


l’Art n’a pas de prix

Mais aucun artiste oeuvrant sur le pont Saint-Louis et dans les environs, qu’il soit musiciens ou «plasticien» ne saurait entreprendre des démarches de demande de patente, car au fond nous touchons un problème de fond: l’art n’a pas de prix et dans la rue les éventuels intéressés ne jurent que par des tarifs bas voire symbolique. Cet été, pour payer mon matériel de dessin, il m’est arrivé de vendre de jolis dessins 20 euros pièce, des originaux bien sûr. Et je n’ai jamais eu l’impression de «me chier dessus» comme disent certains de mes confrères horrifiés par un telle modicité de mes prétendus tarifs. Les personnes versent ce qu’elles peuvent payer. Personne n’est vraiment riche aujourd’hui. Point.

Mais grâce à cette éthique toute personnelle, j’ai pu renouveler mon matériel, m’acheter les meilleurs crayons, dessiner pendant tout l’été, constituer un stock de croquis étoffé, rencontrer énormément de monde, donner de Paris une image positive, car lorsqu’on est Américain (entre autres nationalités) on n’imagine pas Paris sans un peintre au coin d’une rue ou à proximité d’un pont.


Du bonheur avec des crayons de couleurs


Alors, ce mardi, j’ai été blessé, très sévèrement, par ce qui m’est arrivé. J’en ai pleuré toute une nuit, me suis demandé si je retournerai dans la rue… Ai repris mon courage à deux mains et je me suis dit que personne, oui personne, ne m’empêchera de trouver ma voie, de survivre, de donner du bonheur avec des crayons de couleur, surtout dans un pays pourri comme le nôtre par la mondialisation sauvage en cour où l’on dénombre cinq millions de chômeurs.

Et puis, ce soir là j’ai payé pour les autres, sur le pont Saint Louis. Parce que je veille tard, même quand sévit le froid. Parce qu’aucun des musiciens n’avait été inquiété.

Si la Mairie de Paris veut aider ces artistes, qu’elle veut encourager les artistes se produisant et produisant dans la rue, je me permets de lui faire une suggestion que ses cadres auront à cœur d’analyser je présume. Il faut aider ces personnes à légaliser leur situation, à résoudre cette équation presque insoluble à laquelle 99 % d’artistes se heurtent: compenser des investissements souvent prohibitifs dans le développement de leur talent et l’acquisition de matériel par des gains raisonnables…)
 
Je n’ai aucunement l’impression d’avoir commis, ce soir-là, ainsi que me l’ont dit (gentiment, je le répète) une incivilité. Parce que si la pratique artistique est une incivilité, alors où allons-nous… Dans mon mes si humbles dessins, je mets mon cœur, mon énergie, mon désir d’aller à la rencontre d’autrui, et même mon amour pour cette ville, Paris, à nulle autre comparable.

Alors, Mesdames, Messieurs les élus, les responsables d’administrations et d'organismes sous la tutelle de ceux-ci, laissez travailler les artistes et travaillez pour un monde meilleur où l’art devienne accessible au plus grand nombre…

Yann Le Houelleur

Dessin format A3 fait à la terrasse du Saint Régis –Pastels à la cire et crayons de couleur.

En ce dernier jour de septembre, plus moyen de dessiner sur le pavé mouillé de pluie. Alors, il était temps de renouer avec la tradition des dessins d’hiver faits dans les cafés. En l’occurrence, le Saint-Régis, sur l’Ile Saint Louis, si fréquenté par des Américains vraiment amoureux de Paris.

 
30 septembre 2016



Il fallait bien l’enterrer un jour: l’été s’est éteint tout à la fin de septembre. Une étoffe grisâtre l’a recouvert et des larmes de pluie ont taquiné puis carrément éprouvé la foule  - touristes et autochtones -  sur le pont Saint-Louis. Des parapluies se sont mis à fleurir.

Ce pont semblait un passage obligé entre l’été et l’hiver. Seul un accordéoniste, originaire de l’Europe de l’Est, faisait chavirer (un peu) le cœur des passants. Sa bravoure est un garant de survie alors que les groupes de musiciens se produisant sur le pont au printemps et en hiver sont effarouchés par la moindre goutte de pluie.

Mais qu’il fasse soleil ou qu’il pleuve, l’Ile Saint Louis est toujours un bijou dont les Américains, en particulier, recueillent les éclats. Ils aiment Paris en toute saison, heureux tout simplement de savourer une salade subtilement assaisonnée au Saint-Régis, l’un des trois restaurants donnant sur la place située à l’intersection du Quai de Bourbon, du quai d’Orléans et de la rue Jean du Bellay.
 

Recrudescence de la pluie 

Ce vendredi soir, la langue la plus parlée sur l’île était donc l’anglais. J’étais l’un des seuls consommateurs français assis à la terrasse du Saint Régis où la recrudescence de la pluie m’avait incité à me réfugier. En réalité, la rue Saint Louis-en-l’Ile, si chic, regorge d’hôtels et d’appartements loués par leurs propriétaires accueillant ces vagues d’Américains si sympathiques. Ils ont le sourire facile, d’une éducation exquise, d’une élégance jamais démentie. Je les aime, rien de plus normal puisque les dessins que je vends partent presque tous aux Etats-Unis. Ainsi, une partie de mon cœur bat dans maints Etats de ce pays, que ce soit à New York, à Washington, à São Francisco, à Détroit, etc.

Avec des crayons à la cire (made by Caran d’Ache) achetés, l’avant-veille, au BHV, je cédais au plaisir de dessiner la brasserie alsacienne de l’autre côté de la rue du Bellay. Au premier étage, des cascades de végétation s’échappant de bac à fleurs dégringolent sur les stores rougeoyants protégeant la terrasse de ce restaurant. Une atmosphère, en fait, très parisienne: des réverbères font une procession le long du trottoir et des pavés laissent transpirer un étrange mélange de couleur : mauve, rose, jaune…


Coïncidence: Gennevilliers


  «C’est sympa ce que vous faites, si différents par rapport aux autres peintres !» Le jeune homme, qui venait de commander une bière à une table voisine, se présenta comme un artiste lui aussi. Et quand je lui précisais que j’habitais en réalité à Gennevilliers, il n’en crut d’abord pas un mot. Lui aussi s’était installé dans cette commune, grâce à l’appui d’un ancien directeur de l’école Manet. Mohamed organise, entre autres activités, des événements artistiques.
Nous tombâmes d’accord sur une évidence: l’art est épuisant, exigeant une grande discipline de travail et ne nourrissant que très peu son homme. Mais si les artistes sont tellement aimés par la population en général c’est parce qu’ils ont de la magie entre les doigts, qu’ils font (tout au moins certains) rêver. 

Je pense avoir trop parlé  - l’avoir saoulé, même -  en présence de Mohamed car lorsqu’on me permet d’exprimer mon attachement à une forme d’«art populaire, je me montre intarissable. Art populaire: quelle en est la signification? Des productions accessibles au plus grand nombre, qui n’excluent pas les intéressés à l’étroit dans leur finance.

De ce point de vue, les galeries d’art, répandant partout la même bouillie picturale sur des toiles de grand format, je ne peux que m’en méfier. Pourquoi se montrer prétentieux quand on peut enchanter les gens bien plus humblement?

Avenue de l’Opéra, un comédien chinois très enthousiaste


Pendant que je dessinais, dans cette avenue si chic et cosmopolite, Wang se pencha sur ma « mini exposition à même le trottoir » et il s’extasia. Ce comédien vivant à Paris m’invita à le rejoindre, le soir même, dans une galerie d’art au Châtelet où avait lieu un vernissage. Je n’ai jamais rencontré autant de Chinois de ma vie!

 

 

(29 octobre 2016)




Il arrive que rien n’arrive, en apparence, pendant des jours. J’ai beau accrocher mes dessins les plus toniques quant aux couleurs à de grands cartons adossés à un pan de mur: rien ne se vend, et les passants restent absorbés par leurs préoccupations, aveugles à ce qui se passe sur leur chemin.
Avenue de l’Opéra, en ce début d’automne, il n’y a plus beaucoup de touristes. Le froid parfois acide qui sévit, dispersé par un vent narquois, n’incite personne à s’arrêter, à prendre le temps de voir. Cela ne m’empêche pas de tenter la chance. Et au moins puis-je exercer un métier à titre bénévole : guide touristique. On me demande tout et n’importe quoi : «Où est le pont Neuf ? » « Comment fait-on pour se rendre aux Galeries Lafayettes ».

En compagnie d’une jolie femme 

Mais quand je suis dans la rue, il y a toujours un lot de consolation les jours où rien ne se vend : je dessine et j’étoffe ainsi mes stocks au cas où un jour les ventes exploseraient. Si je ne repars pas à la maison avec de quoi survivre, j’ai au moins dans mes affaires un dessin de plus. Peut-être le meilleur de tous, car je me rends compte de la qualité de mon travail longtemps après avoir réalisé un dessin.

Mais ce jeudi, une rencontre absolument géniale survint, avenue de l’Opéra. Un Chinois, tête enfoncée dans un canotier, se pencha sur mes croquis de rue avec un énorme sourire, applaudissant, s’extasiant. Il était accompagné d’une très jolie femme, elle aussi chinoise, A ma grande surprise, il s’exprimait dans un français parfait. «C’est fou ce qu’il y a de talent en France!», s’exclama-t-il. Son nom : Wang. Il se présenta comme artiste et comédien. Il m’invita à un vernissage, le soir même, dans une galerie située quai de la Mégisserie. «Je vous ferais rencontrer plein de gens qui aimeront votre travail».

Art &Culture Orient & Occident 

Sur le coup de 20 h 30, après une séance chez le dentiste, je découvrais cette galerie, Centre Artasia Paris. Un artiste y exposait des toiles géantes sur lesquelles une déferlante d’huile s’était figée en vagues et tourbillons hyper colorés, tant il avait forcé sur le relief. Le regard était happé par ces créations pour la plupart abstraites dont je ne savais trop que penser.
Les trois quarts des personnes conviées étaient des Chinois, plusieurs d’entre eux établis à Paris depuis longtemps, dont une femme, Louise, se consacrant à une association, Art & Culture Orient & Occident après avoir tenu une galerie d’art dans le 6ème arrondissement
Je perçus que nombre d’entre avaient fui la Chine pour des raisons politiques. Wang lui-même avait participé aux manifestations de la place Tian’anmen, qui se soldèrent par des milliers de morts. Depuis, il n’est pas retourné dans son pays mais la France semble vraiment être devenue son pays tant il s’y sent à l’aise, brassant un réseau de contacts tous azimuts. Il a eu un coup de cœur pour mes dessins et il aimerait m’aider à mieux les faire connaître : «Vous pourriez gagner de l’argent avec votre art.» Pourquoi pas ? Ce ne sont pas les Français qui m’aident le plus, c’est clair, personne n’était prophète en son pays, ici comme ailleurs.

Merci à vous, Wang!

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Commentaires

14.06 | 12:36

Né à Belleville et aimant ton travail : https://www.flickr.com/photos/patpardon/collections/72157627544273902/

...
14.06 | 12:27

Je découvre ce blog grâce à flickr.com/photos/110805203@N04/. Toutes mes félicitions pour ton excellent travail, sincère et aussi précis qu'évanescent.

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10.06 | 14:00

Un réel plaisir d'avoir fait ta rencontre Yann et encore merci de m'avoir laisser immortaliser ce moment ;)
A la prochaine... et un grand bravo pour ta galerie!

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02.06 | 23:08

Merci à vous Yann pour parler avec moi sur le Pont Saint Louis autours Napoléon et votre avis de Paris. Je ne t'oublierai jamais!

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