Février 2018

LE PONT NEUF – Le climat sinistre me laisser fort peu l’occasion de dessiner en plein air les ponts enjambant la Seine. Alors, mieux vaut se contenter, pour croquer le Pont Neuf, de faire un petit séjour au Louvre, bien au chaud. En fait, pour obtenir cet angle du pont, je me suis réfugié dans une salle dont les fenêtres transpercent la colonnade du Louvre, datant du règne de Louis XIV. (15 février 2018)

Une journée de chien, malgré le retour du soleil

La cathédrale vue du Petit Pont

Sur le parvis de Notre Dame, des policiers m’ont demandé d’aller ailleurs. Sur le parapet du petit pont, un vent sournois a emporté deux dessins, les confiant à la Seine. Les touristes faisaient la gueule, malgré un soleil exceptionnel. Puis au restaurant Notre Dame, un serveur grossier m’a invité à prendre la porte parce que j’avais dessiné pendant une heure en me contentant de prendre un café. Manque trop fréquent de courtoisie et obsession du profit : la France n’est vraiment plus ce qu’elle fut.

 

11 février 2018



Voilà ce qu’on appelle « une journée de chien » !

La neige en a remis une couche, hier vendredi. Toute une partie de la France est en convalescence après avoir vécu un « enfer blanc ». Sous la caresse d’un soleil d’une éphémère bienveillance, des morceaux de glace dégringolent des toits ou plutôt donnent naissance à des cascades qui s’abattent sur les passants.

Faille d’un espoir ouverte dans le rempart de l’hiver : ces quelques rayons de soleil, nous les méritons bien. Ils nous incitent à tenir bon jusqu'à l’avènement de l’hiver, dans un mois.

Aujourd’hui, je peux retourner dans la rue. Envie d’interpréter la cathédrale muni de mon habituel bouquet de crayons. Face à Notre Dame, tout au fond du parvis, je fais l’objet d’une attention toute particulière d’un couple de jeunes Allemands qui veulent acheter un dessin. Maintenant, je rehausse les prix et je dis « 25 euros », mais je sais que les touristes, inéluctablement, demandent à ce que le prix soit rabaissé à 20 euros.
C’est bon ainsi, d’autant plus que le garçon, Nico, fête son anniversaire ce jour. Il s’offre un cadeau : une fontaine Wallace dessinée au mois d’août dernier devant la librairie Shakespeare, sur l'autre rive de la Seine, un endroit si charmant. « I like your colours », me dit-il.

Quelques minutes après, une patrouille de la police nationale, me repérant, s’adresse à moi sèchement mais poliment : « S’il vous plait, mettez-vous ailleurs un peu plus loin ». Alors, je vais poser mes cartons à dessins contre le parapet du Petit Pont, les yeux toujours tournés vers la cathédrale, et je dessine ce si prestigieux édifice avec les eaux opales de la Seine tressées de spirales. Effectivement, un vent méchant sévit. 

La perte d’une échauguette gothique

Un couple d’Allemands passe, flashant sur quelques dessins. Je leur propose de consulter tout un lot d’autres croquis stockés dans mon sac à dos. Je les pose sur le parapet, posant toutefois des plumiers à crayons par-dessus ces piles de dessins pour éviter que le vent ne les entraîne en contrebas. Mais celui-ci est sournois, mal intentionné, de toute évidence l’agent du diable. Il réussit à m’en arracher deux, qu’il plaque contre la Seine. Que faire en un tel cas ? L’un des dessins ainsi subtilisés était un noir et blanc représentant une échauguette gothique le long de la rue des Franc-Bourgeois.

En définitive, ces Allemands saisissent un prétexte pour ne rien acheter du tout. Vie d’artiste, vie de chien. Cependant, ils me proposent d’aller m’acheter un café à emporter dans un restaurant, le Notre Dame, au croisement du quai Saint Michel et de la rue du Petit Pont.

Une heure plus tard, je termine mon dessin. Un artiste d’origine algérienne, talentueux et très courtois, qui fait des peintures à l’huile d’un format minuscule tout au bout du pont me déclare ne rien avoir vendu. Les gens, ces temps-ci, sont timorés, peu souriants, trop exigeants.

Le froid qui s’exacerbe commence à mordre mes doigts. Je vais me réchauffer à l’intérieur du resto Notre Dame, prenant place à une petite table ronde, décidé à faire un second dessin de la cathédrale tranchée par un arbre aux branches torturée planté le long des quais. Le soir tombe vite, mais je feins qu’il fait encore jour.

 

Echanges de propos grossiers au resto Notre Dame

A mes côtés, une dame d’origine néerlandaise m’adresse un clin d’œil complice. « Vous dessinez vite et bien.» Mais au bout d’une heure, un serveur rogue et grossier m’incite à partir. « Ca fait déjà quatre heures que vous êtes là », lance-t-il avec une mauvaise foi évidente sur un ton abrupt.

J’ai compris : il considère que je monopolise la place et que surtout je n’ai pas consommé suffisamment. C’est précisément le genre de propos que je ne supporte pas. Je lui répond : «Vous vous comportez comme un épicier minable. Vous traitez vos clients à l’aune de ce qu’ils dépensent. Vous êtes bien les représentants d’une France macroniste devenue, par certains côtés, obsédée par l’argent, le profit et ce qui vous plait c’est de plumer les touristes. »

Les gens, dans la salle, prêtent attention à mes protestations. Et c’est tant mieux : lorsqu’on s’estime maltraité, il faut le dire et le faire savoir.
La dame à mes côtés, me recommande d’être plus zen. « Je suis bouddhiste et je ne prête pas d’attention à ce type de comportement. De toute manière, beaucoup de serveurs sont ainsi. » Je lui répond, non sans me faire excuser pour une certaine insolence, que je ne suis pas bouddhiste car pour moi une telle tolérance vis-à-vis de la grossièreté et des poltrons s’apparente à la lâcheté. « Je suis Français, Madame, et je considère que la politesse est la marque d’une certaine culture. »
« Je vis à Paris depuis 50 ans et la France s’est beaucoup améliorée », estime cette aimable femme tout en se disant attachée à la mondialisation.

Hélas, je me souviens d’une France où les gens n’étaient pas aussi stressés qu’aujourd’hui, où l’on prenait davantage le temps de vivre et d’écouter, une France, bien avant l’élection de Macron, où la pression exercée sur les citoyens était moindre. Et surtout, une France où l’on parlait le français plus correctement qu’aujourd’hui et où les fautes d’orthographe, conséquence d’une déliquescence de la culture, ne pullulaient pas autant qu’à l’heure de la tyrannie du numérique.

Mais j’ai quitté cette dame en bons termes. Même si nous n’étions pas d’accord, une courtoisie et un respect mutuel s’étaient tissés entre nous. 

Yann Le Houelleur

LA PYRAMIDE DU LOUVRE – Un ami médecin, Jérome F., m’a suggéré d’entreprendre une virée dans Paris sous la neige… et d’en profiter pour élaborer des dessins en noir et blanc. Mais ce jeudi 8 février, il restait bien peu de blanc sur les toitures du Louvre. Un soleil occasionnel avait fait fondre cette carapace immaculée qui avait transfiguré la capitale et fait la vie dure à ses habitants ! Hélas, je n’arrive plus souvent à dessiner en noir et blanc. Inéluctablement, j’ai cédé à la tentation de recourir à des couleurs… et c’est mieux ainsi, je crois, même si je n’ai pas tenu ma promesse !
LE MARAIS – C’est amusant de dessiner des paysages saupoudrés de neige, même s’il est difficile de rester longuement dans la rue à cause d’un froid coriace qui ankylose les doigts. Les arbres peuplant le square au pied de l’église des Blancs Manteaux faisaient jaillir leurs branches en partie gommées par la neige. Hélas, quand j’ai fait ce dessin, le toit de l’église tout comme les toits des maisons n’étaient plus qu’émaillés, ici et là, de taches blanche. La neige s’était mise à fondre trop vite. (7 février 2018)

Ces amis de passage qui habitent pour toujours dans mon cœur

Une fois de plus, tout en dessinant, le privilège m’a été donné de nouer une amitié avec un étranger de passage à Paris. Ce policier libanais, de confession musulmane, m’a invité, le soir même, à boire une bière le long des Grands boulevards. Nous avons parlé de nos pays respectifs.

 

 

3 février 2018


 

Ce soir-là, autant que la veille et le lendemain, le froid avait la rage. Il mordait les jambes des passants autant que le nez et les doigts. Une humidité poisseuse semblant sourdre le long des trottoirs. Paris s’apprêtait à vivre une page glaciaire de son histoire.

Mais à la terrasse du Rouge Bis, l’ambiance est toujours plaisante, quelle que soit l’humeur de la météo. De ses ailes ornées de petites croix jaunes s’insérant entre les hachures rougeoyantes, le Moulin domine la place Blanche et alentours. Pour beaucoup de gens, cette salle de spectacle incarne une joie de vivre à la française. Quant à la place Blanche, elle est toujours noire de monde, principalement des touristes.

Alors, j’aime séjourner sur cette terrasse de café pour y dessiner le Moulin, ses ailes, sa fresque au-dessus du hall d’entrée, les réverbères tout autour et une colonne Morris protégée par des arbres élancés.
 

« On peut boire de l’alcool »

C’était un samedi. Une myriade de touristes passaient par là après avoir dégringolé la rue Lepic. Mais sur la terrasse, seul un homme avait pris place, à une distance d’environ deux mètres de moi. Il m’observait. L’idée m’avait effleuré que c’était un policier.
Avec un accent dont je ne parvenais pas à déceler la provenance, il me demanda s’il pouvait m’acheter un dessin du Moulin Rouge. Bien sûr que oui ! « Je suis Libanais », me dit-il en esquissant un sourire bienveillant. Alors, je lui demandais son prénom. « Je m’appelle Mohamed ».

Je m’autorisai à lui faire une réflexion qu’il aurait pu juger mal placée. « Vous êtes certainement musulman et cependant vous étiez en train de boire du vin. Ce n’est donc pas contradictoire ? » Je rencontre, souvent, tant de musulmans rigoureux dans l’observation ce certains commandements que j’ai de la peine à imaginer une pratique moins « castratrice » de cette religion. « Evidemment, on peut avoir la foi comme moi et boire de l’alcool pour son plaisir, jouir de la vie comme bon nous semble», ajouta mon interlocuteur.

Mohamed occupe un poste important au sein de la police à Beyrouth. Criminologue, il revenait d’un congrès à Zurich et il en profitait pour découvrir, en deux jours à peine, la capitale française.
Sa gentillesse était telle qu’il m’invita à le rejoindre à son hôtel, dans la Cité Bergère, sur le coup de 21 heures, pour prendre un verre  - encore un ! – le long des Grands boulevards.


Jeunesse volubile 

Alors, je filais vers son hôtel, curieusement appelé « Les Arts » ; pour souscrire à ma promesse de poursuivre notre conversation entamée face au Moulin Rouge. Les pubs et brasseries, le long du boulevard Poissonnière, débordaient d’une jeunesse quelque peu dorée et volubile qui avait les moyens de se distraire. Je me souviens qu’au printemps 2016, dessinant aux abords de la cathédrale, j’avais été abordé par un Algérien en voyage d’affaires à Paris qui m’avait fait cette remarque : «  On voit que la France est riche car la plupart des passants sont très bien habillés avec des vêtements de marque… »

Comment voyait-il la France, quant à lui, Mohamed ? « Vous avez la chance d’avoir des moyens de transports très performants qui vous permettent d’aller n’importe où en quelques minutes. A Beyrouth, c’est tellement différent ; nous sommes très en retard. Nous n’avons pas de métro et pas de lignes de bus financées par la municipalité. C’est pour ça que nous utilisons beaucoup la voiture. J’en ai une, moi-même. »
Soit dit en passant, Mohamed a deux enfants ainsi qu’un chat au pelage cendré dont il se plait à montrer la photo. « C’est un chartreux », ajouta-t-il avec un brin de fierté.

Malgré tout, la vie au Liban, comme dans tant de pays, est plutôt âpre et il faut compenser l’absence d’un Etat fort dans toutes sorte de domaines par un sens de la solidarité accru. « Nous qui avons la foi, nous nous serrons les coudes, nous sommes comme une grande famille au sein de laquelle nous veillons à nos frère en permanence. »

Quand j’ai quitté Mohamed, après avoir bavardé avec lui pendant une heure et demie, j’ai éprouvé un sentiment de mélancolie. Je rencontre tant de gens avec lesquels je partage, grâce à mes modestes dessins, des moments très forts empreints de sincérité. Mais ils sont de passage à Paris, et ce qui aurait pu être une longue amitié finit par se dissiper dans le labyrinthe des jours s’écoulant à toute vitesse, de sorte qu’après des adieux émus, après aussi  - souvent -  un échange de courriels, je finis par perdre, en quelque sorte, leur trace.
 
Cependant, ils restent des amis pour la vie. Ils m’ont appris des choses formidables. Ils m’ont inoculé une énergie rayonnante. Ils habitent pour toujours dans mon cœur.

Yann Le Houelleur

RUE SAINT-ANTOINE - C’une une bien jolie « maison » que l’hôtel de Sully. Ses façades à la fois raffinées et sobres par leurs proportions enchantent les touristes. Toutefois l’hôtel de Sully donne du fil à retordre à ceux qui veulent le dessiner. Les refends qui strient la façade abondent et alourdissent ses proportions. Mais il faut ne pas les reproduire trop rapidement et surtout pas trop fidèlement : commet toujours ma simplicité et l’authenticité sont payantes (25 janvier 2018)

Sur les traces de Wad08

Tel était le surnom d’une SDF qui vendait des tableaux dans une gare. Myriam lui avait acheté une toile qui ne la quitte jamais. Et un soir d’hiver, en 2018, elle est tombée sur un dessinateur, dans un quartier chic de Paris dont la présence lui a rappelé cette lointaine rencontre. Nous sommes devenus amis.

 

mi-janvier 2018



Voilà un fort beau carrefour, si parisien par son esthétique. Un immeuble haussmannien vêtu d’une mini jupe rouge, en réalité le store d’un restaurant. Ici se croisent la rue Saint Honoré et la rue du Pont Neuf, laquelle mène aux Halles avec, tout au fond, l’église Saint Eustache.
Un tel endroit ne peut que titiller l’inspiration d’un dessinateur soucieux de capter « l’esprit de Paris ».

Ce soir-là, la pluie observait une trêve bienvenue après nous avoir empoisonné la vie pendant plusieurs semaines… Un vent glissait le long des rues, toutefois assez timoré. Alors, je songeais à ces soirées merveilleuses, pleines de rencontres inopinées, l’été et l’automne derniers… Ce soir, l’illusion de pouvoir les revivre frémissait dans ma tête.

Je posais quelques cartons à dessins contre des bornes le long d’un trottoir, et je commençais à faire ce dessin… si parisien. Soudain, une dame, très souriante, interrompit sa trajectoire en vélo pour observer une telle « exposition » a ciel ouvert. « Ils sont beaux, vos dessins. Vous les vendez combien ? »

Cette dame, dont je ne saurais dévoiler le nom (appelons-là Myriam) fit son choix et elle m’invita à prendre un café à la terrasse du restaurant le Paradis du Fruit, juste à côté. Elle vient d'entamer sa retraite après avoir parcouru le monde à bord de long-courriers, heureuse de se mettre à cultiver pour de vrai sa passion. Elle prend des cours de dessin ici et là, participer à des ateliers, chercher sa voie à travers la magie du trait et des couleurs.

 

Avant de prendre le train

Elle m’expliqua la raison pour laquelle elle avait craqué pour mes dessins. Ma présence, sur ce trottoir, lui rappelait une rencontre qu’elle avait faite dans une gare avec une SDF qui vendait sur place quelques toiles. Elle s’appelait Wak08, son nom d’artiste, et Myriam ne l’a jamais revue. Juste avant de monter dans un train, l’hôtesse de l’air avait acheté  - 30 euros – une peinture qui depuis la suit partout. Celle d’une femme, vue de dos, face à la mer et regardant les étoiles.

D’ailleurs, cette rencontre l’avait tant bouleversée qu’elle s’était trompée de train et elle avait filé vers une toute autre destination…

Quelle femme généreuse et chaleureuse ! Elle avait d’abord cru que j’étais moi-même SDF. Cela se produit assez souvent. Je vis dans un appartement en colocation dans la proche banlieue mais il est vrai que je suis souvent dans la rue, parce que la hantise m’habite de passer mes journées entre quatre murs et que la rue est pour moi une aventure, un collier de rencontres dont j’enfile les perles, par surprise, au fil des jours.

Myriam me fit l’honneur de m’inviter à dîner. La conversation fut passionnante. Et comme j’ai l’habitude de la dire souvent : le monde est moins moche qu’on ne le dit dans les médias, machines à effrayer les gens pour le plus grand bonheur des annonceurs qui font leur beurre sur les frustrations du peuple. Dans les rues de Paris, je rencontre tellement de gens merveilleux (pas toujours, quand même !) que j’ai du monde une vision toute autre… En définitive, il faut toujours faire confiance à ce hasard plus ou moins voulu et mérité qui sait se montrer prodigue en cadeaux de toute sorte.

Yann Le Houelleur

MONTMARTRE – Dessiner la basilique est toujours un exercice ardu car son architecture est plutôt hallucinante. De surcroît, les rondes de policiers sont fréquentes, et parfois ils me demandent de ne pas exposer mes dessins, mais toujours avec une grande courtoisie. Ce jour-là, l’un d’entre eux m’a dit : « Nous savons, c’est absurde de penser qu’à Montmartre, patrie des artistes, les musiciens n’ont même pas le droit de se produire en public… » Merci pour la compréhension ! (24 janvier 2018)

Un rayon de soleil humain au milieu de tant de grisaille

 

Place Sainte Opportune, le dessinateur s’est vu offrir un café par l’un des associés se consacrant au renouveau d’un établissement fort sympathique, le Café Vigouroux. Il faisait un froid de canard sur la terrasse où je m’étais installé pour croquer cette charmante place toujours pleine de monde.
 

23 janvier 2018


 

L’hiver, déjà, paraît interminable. Rien n’est plus cruel que de vivre sans le soleil. Or, depuis deux mois, la cuirasse d’un gris métallique enveloppant le ciel se laisse difficilement perforer par le soleil. Quand celui-ci réussit « une percée », ce n’est que pour un très court instant. Pas la permission, par le «temps de réchauffer l’air…

Ce matin  ( un mardi), les nuages cédèrent la place à de vastes étendues d’orange et de jaune. Il allait faire beau toute la journée, avais-je la naïveté de penser, et il était temps de filer jusqu’à la place Charles-de-Gaulle Etoile pour dessiner l’Arc de Triomphe sur un papier Canson format A4. Il ne me reste plus de croquis mettant en exergue les proportions monumentales de cet Arc. De même, plus aucune Tour Eiffel.


Des trombes d’eau


Mais à peine avais-je débarqué sur la place de l’Etoile quand des trombes d’eau se mirent à dégringoler. Il me fallut rebrousser chemin et grâce à la ligne 1 du métro me retrouver à Châtelet. Or, dans les environs s’épanouit une
 
jolie place.

La Place Saint Opportune. A deux pas des Halles, elle mélange allègrement plusieurs époques architecturales : des maisons d’une étonnante simplicité donnant une idée du Paris d’autrefois et des immeubles haussmanniens. La place Sainte Opportune, en outre, a pour curiosité, fort appréciée des touristes, de posséder un édicule d’une station de métro rappelant la saga de l’Art Nouveau. Sur un cartouche jaune se détache, en vert, un mot suranné : «Métropolitain ».
 

Une certaine nostalgie

Plusieurs cafés-restaurants se disputent une clientèle qui se fait plus rare en hiver, à tel point que j’étais le seul assis sur la terrasse du Café Vigouroux. Simple quant à la décoration et accueillant, cet établissement a été repris par un tandem, Matthieu et Louis-Antoine. Entre parenthèses, celui-ci exerce une activité complémentaire : guide touristique, connaissant les rues de Paris comme sa poche.

Pour mieux dessiner l’édicule et les maisons tout autour, mieux valait m’installer sur la terrasse, mais ce fut assez pénible car un vent narquois soufflait et un froid humide allait de pair. J’ai dû m’accrocher pour faire ce petit dessin qui exprime une certaine nostalgie féconde en hiver. Vers 17 h, Matthieu, habituellement au comptoir, vint me voir. Il me dit :
« Vous n’avez pas l’air en bonne forme. Il vous faudrait aller à l’intérieur. En tout cas, votre deuxième café c’est moi qui vous l’offre. »

Ce geste, cette marque d’attention, plutôt rare, je l’ai beaucoup apprécié. Merci Matthieu d’avoir perçu qu’un artiste, surtout en hiver, mérite un petit coup de pouce ! Cette journée qui avait si mal commencé se termina par un rayon de soleil humain. La café Vigouroux : j’y retournerai souvent, quelle que soit la saison, pour le plaisir de prendre une boisson chaude dans une atmosphère amicale et parce que la place Sainte Opportune dégage un charme tout particulier exacerbant l’inspiration pour un dessinateur tel que moi.

Yann Le Houelleur

 

Cafés gracieusement offerts tout en dessinant. Merci !

A la brasserie de la Pépinière comme au Royal Trinité, le café a été offert au dessinateur « par la maison ». Ce sont deux établissements à la fois chics et feutrés situés dans un décor magnifique… le Paris haussmannien, tout en majesté.

 

 

11 et 18 janvier 2018


 

 

Janvier : le pire des mois (en ce qui me concerne). Un soleil très parcimonieux, bâillonné par un ciel perclus de nuages sales. Hostilité à tous points de vie : lumière livide, jours étriqués, mines renfrognées dans le métro et même dans les grands magasins. Pour l’artiste de rue que je suis, janvier est un défi : déployer une patience infinie dans l’attente de jours plus cléments. Jongler avec toute sortes de stratagèmes pour contourner la fatalité de ventes moindres puisqu’il m’est impossible (exceptées quelques rares après-midi ensoleillés) de proposer mes dessins aux passants dans la rue tout en dessinant. L’alternative est de produire énormément de dessins en vie du retour de la belle saison.
Objectif : 200 dessins pendant tout l’hiver 2017/2018.
Et pour ce faire, il est nécessaire de faire de longues pauses dans toutes sortes de cafés et brasseries.
Evidemment, quand je me sens trop encombrant, avec mes crayons étalés sur « ma » table, je commande un second café. 

« Merci pour votre mail » 

Mais le 11 janvier, une belle surprise m’attendait à la terrasse de La Pépinière, portant le nom de l’une des nombreuses voies convergeant vers la place des Augustins. En fait, cet établissement occupe le rez de chaussée du bâtiment majestueux qui abrite le Cercle national des Armées. La serveuse qui prit ma commande, me voyant dessiner, m’annonça qu’elle payerait de sa poche mon café. « Ne vous faites pas de souci, je le déduirai de mes recettes personnelles », me rassura-t-elle alors que je m’inquiétais des conséquences que pouvait avoir sa générosité. Le soir même, je prenais soin de la remercier par le biais d’un courriel, et voici la merveilleuse réponse qu’elle m’adressa : « (…) Ma gentillesse  à votre égard est le fruit de ce que dégage votre personne à savoir la bonté et la sincérité. Merci pour votre mail. Revenez quand vous voulez. »

L’envie m’était venue de dessiner un immeuble d’aspect un peu sévère, strié de colonnes discrètes, qui se dresse entre la rue de la Pépinière et un tronçon du boulevard Malesherbes. L’immeuble est ourlé en sa partie inférieure d’un store d’un rouge si vif qu’il suffirait à égayer à lui seul la place des Augustin. Tout simplement le Saint Augustin, une brasserie qui fait concurrence à la Brasserie de la Pépinière.
Connaissant bien leurs goûts, je suis sûr que les touristes vont adorer ce dessin qui reflète le charme, l’atmosphère, les couleurs de Paris…

(ce texte continue en "page" suivante)

Cafés gracieusement offerts tout en dessinant. Merci ! (suite)

 

18 janvier 2018 



S’il y a un autre endroit, parmi tant d’autres, que j’apprécie, c’est bien la Place d’Estienne d’Orves, que surplombe l’église de la Sainte Trinité de Paris. Soit dit en passant, cette église monumentale fut conçue par Théodore Ballu, architecte qui fut très sollicité par le baron Haussmann dans le cadre de la reconfiguration de Paris sous le troisième empire. Ici aussi, plusieurs brasseries se disputent une clientèle nécessairement abondante puisque la place d’Estiennes d’Orves se situe à proximité de rues fécondes en théâtres et salles de spectacles.

Ce jour là aussi, le café me fut offert alors que je venais de conclure un dessin bien au chaud dans une brasserie joliment aménagée, le Royal Trinité. Ce qui avait retenu mon attention : le store rouge d’une autre brasserie, sur le trottoir opposé de la rue de la Chaussée d’Antin, contrastant avec le rose un peu fané de robustes immeubles haussmanniens le long de la rue Saint Lazare, tous coiffés de gros bulbes, plus précisément de coupoles qui chatouillent le ciel.


Fresques signées Catherine Feff

Un monsieur, qui m’avait observé à plusieurs reprises, en train de croquer m’adressa un grand sourire puis me dit : « C’est moi qui vous paye le café ! » Il ajouta : « Je suis le directeur du Royal Trinité » . Un geste vraiment touchant. Puis il m’entraîna à l’autre extrémité de cette gigantesque brasserie pour me faire découvrir une double peinture murale élaborée par Catherine Feff, toutes deux sur le thème de l’Opéra. Il se dégage de ces œuvres géantes une somptueuse légèreté, une sorte d’insouciance comme en procure si aisément Paris, ville faîte pour rêver.

Détail croustillant : Catherine Feff a d’abord été (tout comme l’auteur de cet article) journaliste, également diplômée du Centre de Formation des Journalistes. Et elle a bien fait de quitter la nébuleuse journalistique pour se consacrer à des œuvres gigantesques. Catherine Feff excelle dans les domaines des murs peints, des fresques géantes et elle a été pionnière dans les bâches peintes figuratives habillant les bâtiments en cours de restauration qui sont en réalité des supports publicitaires éphémères. Cela l’a amené à réaliser, de même, des toiles événementielles. Ainsi a-t-elle habillé, entre autres monuments et bâtiments, l’Arc de Triomphe, le Palais des Congrès et le Palais des Congrès.

Yann Le Houelleur

METRO ABBESSES – Cela fait du bien de dessiner encerclé par le froid. Il faut agir vite, aller à l’essentiel, comme ici face à l’édicule du métro des Abbesses, connu dans le monde entier, survivant d’une époque déjà lointaine. Pour dire la vérité, j’ai retouché (ce qui est rare) ce dessin entre quatre murs, ajoutant un peu d’aquarelle et de pastel à l’huile. (9 janvier 2018)

Interviews exclusives sur le Pont des Arts au sujet de la traque aux artistes

Mesdames, Messieurs,

Cher(e)s Ami(e)s, 

A la demande d’un monsieur   - son vrai nom est Claude Boher -   passionné de vidéo, qui se passionne pour l’atmosphère régnant sur le pont des Arts et les personnes qui s’y succèdent et même parfois y travaillent, j’ai accordé une interview en plusieurs partie mise en ligne récemment sur youtube.

Voici les liens et (au cas où cela ne fonctionnerait pas) le titre pour recherche sur youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=gOjCKgTRoQE – [1] Yann Le Houelleur artiste dessinateur harcelé par les agents de la mairie de Paris

https://www.youtube.com/watch?v=7ZnrmvGAXSA - [2] Yann Le Houelleur artiste dessinateur martyrisé par les agents de la mairie de Paris  


Je vous invite à consulter ces vidéos, et plus particulièrement la deuxième : un témoignage accablant et indispensable, je crois, afin de mieux comprendre comment nos autorités sont en train de tuer ce qu’il convient d’appeler « l’art de rue ».  

Pourquoi la Mairie de Paris voue-t-elle un mépris certain aux artistes de rue, donnant le champ libre à ses agents Sécurité et Prévention pour les incommoder… et cela va jusqu’à leur infliger des amendes ?

J’ai vécu cette traque aux artistes de rue, ou tout au moins le manque de respect à leur égard imputable à la Mairie de Paris. Et j’ai décidé de dénoncer ceci, d’en parler, d’analyser les causes d’une telle absurdité. 

On assiste donc à une mise à mort de l’art de rue, de l’art populaire, sous la pression de lobbyings qui cherchent à faire de la pratique artistique un commerce des plus lucratifs. Et ce qui me révolte le plus, c’est une lâcheté assez répandue parmi les artistes qui préfèrent « la fermer » par peur d’incommoder un pouvoir auquel ils doivent des « retours de faveurs ».

Eh bien cela suffit ! Si tant d’artistes par confort personnel ou par peur bleue se taisent, se coulent dans le moule du conformisme voulu par les politiciens, ministère de la Culture y compris (lequel n’a même pas répondu à un courrier que je lui ai adressé, tout comme la Mairie de Paris), je dis ce que j’ai sur le cœur.

Je suis un artiste déclaré, j’acquitte des cotisations et comme je le dis dans la seconde partie de cette série d’entretiens accordée à Claude Boher, « j’ai le droit de dessiner où je veux, où l’inspiration me mène et au milieu du public ».

Je vous remercie de faire connaître au plus grand nombre de vos amis l’existence de cette vidéo.

Et bientôt j’écrirai une lettre ouverte à Mme Hidalgo, maire de Paris, pour lui dire à quel point l’ineptie (en général) et la grossièreté de ses agents Sécurité et Prévention m’écoeure et me sidère.

Avec mes meilleurs sentiments.
 

                                                                                                                   Yann Le Houelleur

Nous avons tant de choses à apprendre des Suisses…


 

Rue des Martyrs, par un temps épouvantable, une chaleureuse discussion à la terrasse d’un café : Tona et son mari Alain revenaient d’un séjour en Bretagne. Ces Helvètes me parlèrent de leur canton, le Jura : moins de 70.000 habitants. La Suisse n’a pas peur d’une démocratie fondée sur l’infiniment petit, contrairement à la France où les communes sont obligées de se regrouper pour former des territoires aspirant à avoir une masse critique importante.

 

 


3 janvier 2018


 


Impossible d’aller dessiner au pied du jardin que domine la basilique du Sacré Cœur, ainsi que j’en avais l’intention, à cause d’un temps saumâtre, lugubre. Rafales de vent, pluie glaciale… Alors, j’ai descendu la rue des Martyrs. Aux abords de la place Lino Ventura, bien au dessous de l’avenue Trudaine, j’ai découvert la terrasse d’un nouveau café, Le Ventura.

De l’autre côté de la rue, un magasin se plaît à faire jaillir des couleurs vives, une sorte de mosaïque baignant dans une lumière dorée et veloutée. C’est un primeur. La façade de cette maison faisant à peine trois étages est sympathique quoique simple. Sur la gauche, un arbre l’occulte en partie, projetant de toutes parts ses branches dénudées en cette saison. 

Alors que je démarrais mon dessin, profitant des dernières lueurs du jour, une femme m’aborda, me posa des questions. « Vous avez appris à dessiner où ? » J’imaginais avoir à faire à une autochtone souffrant de solitude et en quête d’un inconnu à qui parler. Parviendrais-je à le terminer, ce dessin ? Une demi-heure plus tard, cette dame revint, accompagné d’un monsieur  - son mari -  et elle me proposa un verre… gentillesse que j’acceptais volontiers, en l’occurrence du vin blanc pétillant. 


Esprit aventurier


L’accent de cette personne me disait quelque chose, vaguement ? « N’êtes-vous pas suisse ? » J’avais visé juste. Mais ce que je n’aurais jamais imaginé, c’était de me trouver en compagnie d’un couple habitant un canton dont je n’avais pas encore entendu parler. (J’avoue mon inculture). Le Jura, le plus jeune des cantons suisses, dont les citoyens sont francophones. Ainsi la chance me fut-elle donnée de discuter avec Tona et Alain, qui me parlèrent non seulement de leur canton mais aussi de leur esprit aventurier puisqu’ils partent fréquemment en excursion, dans des endroits tels que la Bretagne dont ils revenaient, faisant escale à Paris avant de reprendre le TGV.


L’infiniment petit

Je leur fis part de mon admiration pour la Suisse, ce pays qui sait vivre à contre courant du monde tout en étant pleinement inséré dans la mondialisation. En France, le gouvernement Macron veut poursuivre la destruction du concept même des communes et des mairies pour les regrouper dans de nouveaux territoires, des intercommunalités affichant tous des populations aussi importantes que possible. C’est la volonté, perverse, d’éloigner les citoyens de leurs élus, les laissant aux mains d’une administration touffue et opaque. Les Suisses, eux, n’hésitent pas à conserver une démocratie fondée sur la cohabitation entre des territoires s’apparentant à « l’infiniment petit ». Et ce pays fonctionne à merveille, malgré sa myriade de langues, de cultures, de traditions. Un exemple pour le monde !

 

Une discrétion rare

Tona et son mari habitent Délemont, chef lieu de ce tout petit canton. « Nous avons 40.000 habitants », m’ont-il expliqué. Grâce à des recherches sur l’Internet, j’ai appris qu’en réalité les Jurassiens sont au nombre de 68.000. Pas très grave, cette différence. L’important, c’est de se pencher sur la vitalité, la viabilité, la richesse de cette démocratie unique en son genre qu’est la Suisse. Par ailleurs, il est toujours agréable de rencontrer des Suisses, d’une courtoisie, d’un niveau culturel, et en même temps d’une discrétion rare. Une sorte de modestie qui flirte avec une certaine grandeur d’esprit.

Merci, Tona et Alain de m’avoir tenu ainsi compagnie. Et merci d’avoir voulu emporter dans vos valises un dessin : mon premier croquis vendu en 2018, parti fort heureusement… dans le Jura suisse !!!

AVENUE DE L’OPERA - Par un jour de pluie ininterrompue, l’envie me prit, une fois de plus (car j’aime sa similitude avec les paquebots) de dessiner cet immeuble superbe. Bien sûr, je m’étais réfugié dans un café. Aucun arbre, l’aurez-vous noté, dans ce quartier si chic de Paris. Cela rend d’autant plus frappante la si belle architecture haussmannienne. (27 décembre 2017)

Tombé dans une sympathique Marmite, en ce 1er janvier 2018 …

Le restaurant « Les Artistes » vu de la terrasse de « La Marmite ». Format A4 - Crayons de couleur avec un peu de pastel à l'huile.

Une pluie diluvienne a dissuadé le dessinateur de se rendre aux abords de la basilique du Sacré Cœur. Alors, le premier croquis de l’année 2018 a été fait à la terrasse de la Marmite, un restaurant où les serveurs m’ont accueilli avec beaucoup de gentillesse. Antony, un jeune serveur, m’a parlé de cet esprit de Paris qui tend à disparaître et que mes dessins aspirent à capter.

 

 

 

1er janvier 2018


 

Elle commence de manière singulière cette année 2018 ! Un oncle, survivant d’une lignée de 12 frères et sœurs, me claque son portable au nez quand je lui présente mes vœux… Peut-être, le pauvre, le fait-il depuis le ciel, déjà… En tout cas, ce ciel est vindicatif, sinon féroce. De ma fenêtre, dans mon HLM en proche banlieue (à Gennevilliers), je scrute l’horizon, si riche en attractions touristiques puisque j’embrasse tout à la fois la butte Montmartre et la Tour Eiffel avec cette nouveauté déconcertante (entre les deux) qu’est la tour abritant le Palais de Justice.

Le ciel charrie d’épais nuages obscurs, dont un soleil fort timide, soudain, tente de démêler la pelote. Une éclaircie durable viendrait-elle mettre un peu de réjouissance dans cet hiver qui semble interminable ?
Sac à dos, cartons à dessin sous le bras, je file vers la plus proche station de métro. Cette ligne 13 qui en définitive porte bonheur puisqu’elle me permet, en quelques minutes, de gagner la place de Clichy et Montmartre.

 

Terrasse de café sympa

J’irais bien dessiner à l’entrée du parc en pente que surplombe la basilique, où il y a pléthore de touristes. Mais parvenu à la station de métro, le long de la ligne 2, des gouttes de pluies, glaciales, me rendent conscient de ma propension à cultiver les illusions. Alors, il ne me reste plus qu’à trouver une terrasse de café sympa où faire un dessin en toute quiétude.
C’est dans la Marmite que je tombe ! Eh oui, joli nom pour un restaurant quand on est un artiste ne consommant que des cafés… Situé tout à la fin du boulevard de Clichy, quand celui-ci s’apprête à devenir le boulevard de Rochechouart, ce restaurant s’avère accueillant, à en juger par la gentillesse et la bienveillance des serveurs qui tolèrent le désordre dans lequel je suis amené à travailler puisque j’étale mes plumiers à crayons sur au moins deux tables !

Des rafales de vent balancent quelques crachats de pluie sur mon carnet à dessin. Mais il faut s’accrocher pour ce premier croquis 2018. Soudain, un jeune homme, Antony, d’aspect élancé et mince, m’adresse des compliments qui me vont droit au cœur. « Ils sont beaux, vos dessins ! Vous avez un sacré talent. C’est très rare de rencontrer des artistes comme vous dans les rues. Autrefois, il y en avait passablement du côté de la cathédrale et on n’en voit plus beaucoup… » Je lui explique qu’hélas les autorités, à Paris, vont jusqu’à incommoder voire persécuter les artistes comme moi.


Tribunal de Police 

Antony est l’un des serveurs de la Marmite. Il n’arrive pas à comprendre (car sans doute à son âge on ne saisit pas encore à quel point le monde est parfois d’une méchanceté et complexité massacrantes) pourquoi les pouvoirs publics vont jusqu’à faire en sorte qu’un artiste aussi innocent que moi soit déféré au Tribunal. En l’occurrence, le Tribunal de Police, dont les magistrats, en octobre dernier, m’ont relaxé.

Antony pense que Paris est en train de perdre tout un pan ce qui en faisait l’esprit. Et je suis enchanté qu’un jeune homme tel que lui comprenne que c’est son esprit, et pas seulement ses monuments, qui font de Paris la capitale exceptionnelle qu’elle avait vocation à être.

La lucidité et un certain sens de la polémique me conduiraient à ajouter qu’hélas nos gouvernants et dirigeants, devenus les otages d’occultes puissances de l’Argent, ligotés par les comploteurs façonnant la mondialisation, ne sont plus en mesure d’avoir le moindre trait d’esprit. Ils sont fades, médiocres, et si souvent vulgaires.

En tout cas, merci à Antony et à ses collègues de m’avoir si bien accueillis à la terrasse de cette élégante et spirituelle Marmite. J’y retournerai, sans aucun doute, d’autant plus qu’en face se déploie la terrasse d’un café dont le nom est… les Artistes.

Yann Le Houelleur

LA PLACE COLETTE : Un soir, au tournant de l’année, une solitude glaciale s’empare de la place Colette, comme de tant d’autre lieux parisiens. Plus aucune feuille aux arbres, dont les branches s’avèrent torturées. L’occasion de voir avec davantage de perspective(s) la belle architecture parisienne, en l’occurrence, ici, la Comédie Française, ses arches, ses colonnes… (31 décembre 2017)

Selon Claude Boher (youtube), « la chasse aux artistes sur le pont des Arts a commencé »

Ce dessin remonte à l’été 2017. Format A4.

Un artiste oeuvrant fréquemment sur ce pont, Michel Lode, s’est vu infliger une amende de 68 euros par des agents bien trop scrupuleux de la Mairie de Paris. Je vais bientôt y retourner, dans cet endroit magnifique, et je verrai bien si ces fonctionnaires me réserveront le même châtiment… Mais n’ont-ils pas des délinquants plus dangereux que les artistes à poursuivre de leurs foudres ?

 

26 décembre 2017

texte publié également sur la page facebook "yann le houelleur" 


 

 

La chance paraît me sourire, ces temps-ci…
Depuis quelques mois, je n’ai plus été importuné par les agents Sécurité et Prévention de la Mairie de Paris.

Il est vrai que je dessine plus souvent à la terrasse de certains cafés (notamment le Rouge Bis, mais aussi les Arts et Métiers) que dans les rues de Paris où le froid engourdit les doigts et où l’humidité fait gondoler les feuilles de papier.

Tout de même, je continue à maintenir le contact avec le public. Deux petits dessins ont ainsi été vendus dans l’espace public, en plein 18ème, lors des fêtes. Début décembre, il m’est arrivé de voir « filer » huit dessins, le même jour, alors que je croquais la basilique du Sacré Chœur. Une journée exceptionnelle, et pourtant il ne faisais pas si chaud que ça…

Hélas, ces temps-ci, les touristes s’avèrent plus fauchés qu’en été. Nombreux d’entre eux sont des Sud-Américains, pour lesquels Paris n’est pas une destination bon marché.
Mais il paraît que les agents Sécurité et Prévention, ces cerbères de Mme Hidalgo prétendument chargés d’éviter à la population des ennuis tels que vols à la tire, malversations des joueurs de bonneteau, roublardise des Roms, etc., se font un malin plaisir de malmener certains artistes… comme par le passé.

En tout cas, par le biais de youtube (https://www.youtube.com/watch?v=yldc-DkLOlM&feature=youtu.be), le cinéaste Claude Boher informe les internautes qu’un artiste oeuvrant fréquemment sur le pont des Arts s’est vu infliger, peu avant Noël, une amende de 68 euros pour… « abandon d’ordures sur la voie publique ». Il s’agit de Michel Lode, une figure bien connue des habitués du pont des Arts, un artiste qui ne présente vraiment aucun danger pour la sécurité publique.

Empressement regrettable

Le plus incroyable, dans « cette affaire », selon Claude Boher, est que ce « délinquant artistique » (et j’en suis un, tout autant…) a réglé son amende en bonne et due forme quelques jours plus tard, plutôt que de la contester auprès des services de la Préfecture de Police.

C’est regrettable. Je suis bien placé pour le savoir. En octobre dernier, j’ai comparu devant le Tribunal de Police de Paris, défendu par un brillant avocat, Maître Alain Weber. J’ai été relaxé, au motif suivant : «(…) attendu que les faits sont insuffisamment caractérisés dans le procès verbal » .

Madame Hidalgo, qui aspire à donner d’elle l’image d’une femme pleine de compassion et de bienveillance pour les petites gens, devrait inciter ses agents Sécurité à davantage d’éducation et de doigté quand ils abordent de prétendus malfrats.

Comportement agressif

Claude Boher se fait fort de relever ceci : «La mairie de Paris dispose d'agents habilités à verbaliser sur la voie publique. Plusieurs témoignages concordants de peintres et dessinateurs victimes d'une sévère répression par ces agents font apparaître un comportement agressif et parfois grossier lors des contrôles. Michel Lode est verbalisé pour "dépôt d'ordures" d'une amende de 68 euros. On confond ses oeuvres d'art (ses toiles) avec des ordures ... Yann Le Houelleur dans son blog signale à plusieurs reprises les méthodes d'interpellation de ces agents. Qui n'effectuent aucun contrôle sur les vendeurs à la sauvette de Tour Eiffel ... sur les joueurs de bonneteau ... Voici quelques liens de son blog décrivant ces interventions : http://www.123siteweb.fr/parisentouss...
http://www.123siteweb.fr/parisentouss... 24 mai 2017
(…) Le PV de 68 euros infligé à Yann La Houelleur a fait l'objet d'un article dans Le Canard Enchaîné. »

QUARTIER DE BEAUBOURG - Heureusement que le baron Haussmann a épargné, en partie, ce coin de Paris. Dans un restaurant ouvert tard le soir, j’ai pu faire ce dessin… un restau en face, à l’angle de la rue de la Reynie et de la rue Quincampoix, étroite et tortueuse qu’il me faudra bien croquer « plein pot » assis en pleine rue, lorsqu’il fera beau. (dessin fait le 23 décembre 2017)

Coup de cœur pour un dessin, au métro Parmentier

Après avoir fait le croquis qu’a emporté Mélania, le dessinateur en a fait un autre, bien différent, mettant en exergue l’exubérance du style nouille de cette station de métro.

 Cela arrive parfois, dans les restaurants parisiens : alors qu’un dessin prenait forme, une dame manifesta son désir de l’acheter, après m’avoir demandé un crayon bleu. Une femme très chaleureuse, qui a été danseuse et qui anime, dans des écoles publiques, des cours mêlant chorégraphie et dessin. 

 

17 décembre 2017



Les Anémones : joli nom pour un restaurant. Un nom d’autant plus réconfortant quand le froid plante ses crocs dans le bitume parisien et qu’aucun rayon de soleil ne transperce un ciel lugubre. Mais de la terrasse  - couverte et chauffée pendant la période hivernale -  le paysage s’avère très évocateur pour un artiste habitué à interpréter des atmosphères parisiennes.

Une station de métro de style Guimard déploie ses tiges soutenant un cartouche jaune strié de lettres exubérante indiquant «Métropolitain ». Cette station  - Parmentier, le long de la ligne 3 -  se situe sur un pan  de trottoir séparant la rue Ernest Leckroy et l’avenue Parmentier qui toutes deux débouchent sur l’avenue de la République. Un kiosque à journaux surmonté d’une coupole tissée d’écailles tient compagnie à la station du métropolitain.
Au second plan se dresse un élégant immeuble haussmannien criblé de fenêtres plutôt étroites et hautes.

 

Un cadeau pour sa maman

En ce dimanche, une semaine avant Noël, les rues semblent désertées par une population que le froid tétanise. Très peu de clients ont pris place aux Anémones. Pourtant, à quelques tables de moi, une femme m’observe attentivement.
Elle se lève, vient scruter le dessin en cours, m’adresse des compliments, et me demande si elle peut m’acheter un crayon bleu parmi l’éventail de crayons qui me suit partout. Elle m’explique qu’elle donne des cours à des enfants, mêlant chorégraphie et dessin. (Fatigué, je n’ai pas tout compris…)

Je lui demande 50 centimes symboliques, et une conversation des plus inattendues s’instaure. Elle l’aime tellement, mon dessin, qu’elle manifeste le désir de l’acheter. J’y vois un signe du destin : l’hiver, ennemi des artistes, les contraignant à s’enfermer, sera toutefois fructueux. Vingt euros ? Cela lui semble tout à fait raisonnable. « Je vais l’offrir à ma maman qui a 86 ans et qui vit tout près d’ici. Elle sera contente d’avoir un dessin de son quartier. Moi qui ai tellement dansé, j’aime votre manière de faire valser vos immeubles, comme si Paris se mettait à tourbillonner… »

 

Sa famille a fui la Roumanie


Mon plus grand rayon de soleil éclairant mon cœur, en toute saison, c’est de faire plaisir à un inconnu en lui cédant un dessin qu’il emporte comme une douceur, une sucrerie, une pépite de réjouissance. Alors, le prix est un « détail », d’autant plus qu’ils ne sont pas si nombreux les gens désirant acheter, sur un coup de cœur, un dessin.

Ma joie fut d’autant plus vive que cette dame, Mélania, a eu une vie assez extraordinaire. Elle est née en Roumanie alors que l’ignoble Nicolae Ceaucescu faisait régner la terreur dans son pays. La famille de Mélania a fui ce régime communiste qui piétinait, avec le renfort de la « Securitate », tout véléité de liberté d’expression.

C’est donc en France que Melania a trouvé son bonheur, enchantée, après une carrière de chorégraphiste, d’aider de jeunes enfants à s’épanouie et à s’ouvrir à l’art. Apparemment toute simple, cette femme répand une énergie éclatante.

Yann Le Houelleur

RUE LAFAYETTE - Quelle tristesse, une journée à la mi-décembre! Tant d’éléments se déchaînent, hostile au bonheur : le vent, la pluie et cette grisaille mortifère qui sème la déprime un peu partout. Alors, je me suis réfugié bien au chaud dans un café, le long de l’interminable rue Lafayette aux immeubles si sévères par leurs façades. Pour dessiner un autre café, de l’autre côté de la rue, note de gaieté bienvenue dans un quartier assez sobre. (13 décembre 2017)

Quand les agents Sécurité de la Mairie de Paris ferment les yeux sur la racaille escroquant les touristes…

A Montmartre où j’étais allé dessiner, j’ai été témoin de la lâcheté et manque de professionnalisme de trois agents Prévention et Sécurité de la Mairie qui ont fermé les yeux sur l’agissement de joueurs de bonneteau. Ce dont j’ai été le témoin est absolument scandaleux !

 

10 décembre 2017


 

Juste avant de faire ce dessin, par un jour de froid assez coriace, j’ai été témoin de la lâcheté et du manque total de professionnalisme d’agents Prévention et Sécurité de la Mairie de Paris. Evidemment, j’ai une dent contre ces « gens-là » car en septembre dernier ils m’ont infligé une amende pour avoir dessiné dans le parc en pente au pied de la Basilique. Motif de l’amende : dépôt d’ordure. L’histoire est connue, elle a fait le tour de Paris.

Si un artiste n’a pas le droit de dessiner avec quelques-uns de ses dessins à ses côtés, par contre  - j’en apporte la preuve ! -  les individus originaires de l’Europe de l’Est qui s’adonnent au bonneteau, ce jeu de dupe, peuvent agir en toute impunité dans les rues de Paris. Avec la bienveillance de la Mairie de Paris…
Dans la rue de Steinkerque, étroite et bourrée de commerces, qui relie le boulevard de Rochechouart   - à la sortie du métro Anvers -  à la rue Tardieu (juste à l’entrée du parc), trois groupe de joueur de bonneteau attiraient les passants en maniant de gros dés métalliques, invitant les incrédules à leur confier de l’argent. Certains n’hésitaient pas : 50 euros.

Le jeu de bonneteau : un jeu de dupes, pratiqué par des mafias, de surcroît étrangères.

Sitôt arrivé en haut de la rue Steinkerque, je repérai une voiture avec le logo mairie de Paris. Trois agents allaient y monter. Comment je suis un citoyen soucieux, moi aussi, du respect voué à autrui, surtout quand il s’agit de touristes (ils font vivre en grande partie notre capitale), je leur signalai la présence de ces sinistres personnages.

Ces agents auraient pu prendre le temps de se rendre sur place et d’y mettre bon ordre. Ils étaient équipés de bâtons qu’il suffit de brandir pour éloigner toute personne indésirable. Eh bien figurez vous qu’au lieu de s’en inquiéter, ils montèrent dans leur voiture et s’évaporèrent en douce. Au passage, je leur signalai que pour moins de ça ils mettent des amendes aux artistes quand l’envie d’infliger une contravention les démange.

Plus tard apparurent trois policiers en vélo, qui me virent dessiner et ne m’inquiétèrent pas : je leur signalais ce comportement veule des agents Sécurité de la Mairie de Paris et ils affirmèrent qu’ils avaient fait le nécessaire, eux, pour chasser ces escrocs, sans pour autant les arrêter. Une policière, très gentille, précisa : « Nous n’avons pas le droit de prendre l’argent qu’ils ont volé aux gens car nous serions alors accusés d’être des voleurs ».


La Préfecture de police occupée à d’autres choses


Mais l’histoire n’était pas finie pour autant…
Une fois terminé ce dessin, l’envie me prit d’aller me réfugier, à cause de l’exacerbation du froid, à la terrasse du Rouge Bis, restaurant face au Moulin Rouge. Je marchais le long du boulevard Rochechouart quand je les revis les escrocs du jeu de bonneteau ! Agissant sans être inquiété le moins du monde, se faisant un blé fou en grugeant des dizaines d’inconnus.
Sur le trottoir d’en face, il y avait une voiture de la préfecture de police avec deux agents à bord. Je m’adressai à eux, m’étonnant qu’ils ne descendent pas de leur bagnole pour aller y mettre bon ordre. Et quelle ne fut pas leur réponse, stupéfiante : « Nous nous dérangez pas, nous sommes en mission d’observation. » Observation de quoi ?

Dès lors, on comprend pourquoi tant de touriste se plaignent qu’ils ne sont pas toujours en sécurité à Paris, et ils ont raison. Je serais fort intéressé de savoir quelles sont les relations entre certaines mafias et les autorités. Y a-t-il des affaires de bakchich expliquant une telle tolérance de la part des agents de la Mairie de Paris ?

J’ai repéré trop de choses, l’été dernier, tout en dessinant dans les rues de la capitale, pour écarter une telle hypothèse. Des personnes m’ont parlé…

Yann Le Houelleur

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Claude BOHER | Réponse 30.12.2017 10.55

Solidarité avec toi Yann ! Paris sans les artistes de rue n'est plus Paris ! Simona a tout à fait raison !

Simona | Réponse 26.12.2017 08.05

Solidarietà per Lei. Parigi senza le arti nelle strade, non è Parigi.

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Commentaires

30.12 | 10:55

Solidarité avec toi Yann ! Paris sans les artistes de rue n'est plus Paris ! Simona a tout à fait raison !

...
26.12 | 08:05

Solidarietà per Lei. Parigi senza le arti nelle strade, non è Parigi.

...
15.12 | 16:48

Salut yann
Encorre bravos pour ton audace et ton coup de crayon !
Il y a logtemps que je ne t'ai pas vue sur le terrain, mais peut etre au printemps prochain ..

...
02.07 | 14:17

Bravo Yann
Les Dessin son Magnifique je les aimes.
Un Ami Paintre de Zürich
Salutations Albert

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