Mai 2016: Bienvenue sur ce site!

RUE SAINT MARTIN – Encore un jour de pluie, et c’est pourtant le printemps. Comme en hiver, il convient de dessiner à la terrasse des cafés. En l’occurrence, je me suis réfugié au Grizzli, un bistrot à la fois traditionnel et décontracté. (Dessin fait le 23 mai 2016)

Retour au pont Saint Louis

Ce mardi soir, le ciel nous avait accordé sa clémence, gâchée toutefois par des vents vigoureux. L’occasion de discuter, sur le coup de 22 h, avec deux jeunes gens venus des USA et ravis de découvrir une ville aussi étincelante…

 

 

 

 


24 mai 2016



Paris sous la flotte pendant plus d’une semaine… Tout comme les grèves fomentées par la CGT, la pluie fait du tort à l’économie. Elle ralentit le flux des passants dans les rues commerçantes. Les serveurs, à la terrasse des cafés, la mine en partie résignée, guettent dans le ciel cuirassé de gris l’annonce d’un accroc…

Plus grand monde, de même, sur le pont Saint-Louis où certains soirs je tente ma chance. Ma bouffée d’oxygène artistique.
Mais ce mardi soir, à la faveur d’une clémence céleste (ni pluie, ni soleil), le courage de prendre quelques coups de fouet infligés par les grands vents m’est revenu : c’est l’endroit à Paris, sans doute, où ils soufflent le plus; maudits soient-ils.

Et ce ne fut pas peine perdue. Alors que je terminais  - pour la énième fois -  le croquis du chevet de Notre Dame, deux jeunes gens s’extasièrent. «Vous faites comme Monet et ses cathédrales».
 

Escapade au musée du Louvre 

Rien ne m’amuse davantage que d’être comparé à Monet et à Van Gogh. Ces deux jeunes, Nick et Katila, avaient l’air de s’y connaître en matière d’art. Très intelligents, très cultivés à un âge où la vie est encore un champ de fleurs en voie d’éclosion.
Vivant à Boston, de nationalité américaine et germanique, le jeune homme voulait connaître mon opinion sur Napoléon 1er. Pour se forger une idée de ce que furent les guerres orchestrées par cet empereur certes visionnaire mais sanguinaire, rien de tel qu’une escapade au musée du Louvre. Non loin de la salle où la Joconde attire les foules, un tableau d’Antoine-Jean Gros risque de passer inaperç malgré ses dimensions: "Napoléon sur le champ de bataille d’Eylau". Ce peintre «officiel», décoré par l’empereur, a restitué toute l’horreur d’une guerre dont les acteurs n’étaient que de la chair à canon. Sous les yeux du public, des soldats crèvent dans un froid que l’on sent transpirer de la toile de maître Gros. Des scènes d’horreur d’un réalisme bouleversant. 


Restaurations coûteuses 

Et notre conversation se poursuivit par des considérations diverses sur Louis XIV, son susccesseur, les Lumières, puis le baron Haussmann au sujet duquel Nick s’était bien documenté. Il voulait savoir si les immeubles autour du pont étaient vraiment haussmanniens.

Ces deux jeunes gens étaient enthousiasmés par la découverte de Paris, «une ville spirituelle qu’il faut regarder vers le haut». Jolie formule, correspondant bien à cette triste actualité: si bien entretenue, restaurée et toilettée à grand coup de milliards d’euros, la capitale française est plutôt sale et déglinguée quand on l’observe à ras le trottoir: murs tagués, boîtes aux lettres souillées, poteaux maltraités, bitume jonché de clopes, etc.

Mais, Dieu merci, les clochers des églises, les coupoles et frontons des grands monuments sont plus étincelants que jamais. «Nous sommes allés à Versailles et aux Invalides: cela brillait comme de l’or», se réjouit Nick.

Le privilège des séjours que je fais dans la rue, bien qu’ils me rapportent si peu, est de constater que bien des jeunes ont un esprit positif et fructueux: quand nos anciens les plus cultivés et lettrés aurons tiré leur révérence, la relève sera en partie assurée.
Nick et Katila m’ont acheté chacun un dessin, que je leur ai cédé à 15 euros la pièce. Jamais je ne regretterai d’avoir rendu un art bien modeste, le mien, accessible à des jeunes gens dont la conversation m’a été, de surcroît, si agréable.

Yann Le Houelleur 

RUE DES ARCHIVES – A la sortie du BHV, où il m’a fallu acquérir du matériel de dessin (pas plus cher qu’ailleurs, en définitive), cette vision plutôt allègre de la rue des Archives, pas toujours si gaie que ça en raison de son aspect ghetto. (Mais oui !) Le clocher correspond à l’église des Billettes. (Dessin au stylo feutre et au crayon fait le 12 mai 2016)

Montmartre: vies pavées d’incertitudes tout autour de l’escalier du Calvaire

Croquis effectué à la tombée de la nuit, sur une feuille Canson A3. C’est compliqué à dessiner, un tel escalier dont il faut dompter l’implacable perspective. La fois prochaine, je m’y prendrai autrement: recours à des stylos feutre, sans doute.

C’est un endroit où frétille une intense vie artistique… une envolée de marches plutôt vertigineuses mènent à la place du Tertre en passant par l’espace Dali… Premier dessin de cet escalier, l’occasion d’aborder la sphère montmartroise des artistes. 

 

 

 

 

 

14 mai 2016


 

Cool Texte dédié à Luc et Christopher, en souvenir d’un repas (offerts par eux : merci !) au Bar à Jojo dans une rue toute proche. 

 

L’inspiration n’est pas une corde sur laquelle on pourrait tirer impunément. Parfois, tel un escalier trop ardu à escalader, il faut s’accorder une pause, sous peine de redescendre quelques marches précipitamment. Hier, la fatigue sévissait. Une escapade à Senlis (sa cathédrale, ses rues pavées, ses maisons d’aspect médiéval…) et voici la reprise des séances quotidiennes de dessins parisiens en plein air.

Pas envie d’aller trop loin. Une sourde envie se fait sentir d’attaquer un versant de Montmartre, à partir de la rue Lepic. Et au hasard des trottoirs, me voici rue Gabrielle, au pied d’un escalier correspondant en fait à une rue, celle du Calvaire. Nom aisément compréhensible, sachant que ledit escalier, ladite rue mènent à la basilique du Sacré Chœur.

Un froid inocule son aigreur, en cette veille de la Pentecôte. Les touristes se feraient plus rares qu’à l’accoutumée, selon un serveur guettant les convives à la terrasse de Chez Marie, l’un des trois restaurants face à l’escalier. Assis sur le trottoir, il va me falloir interpréter cette formidable envolée de marches malgré l’ébranlement de la concentration qu’engendre une foule à mes yeux étoffée. Des touristes ne cessent de l’emprunter, l’inéluctable escalier!

 
«Vous êtes français?» 

Quelle géométrie complexe à déchiffrer, toutes ces lignes diagonales, horizontales et verticales! Dessiner un tel escalier s’apparente à un… calvaire. Par quoi commencer? En réalité, les premiers coups de crayons s’attachent à des bribes de ciel trop bleu, tout en haut, ciel délimité par les contours sinueux d’arbres (marronniers et bouleaux) dont le vert aux tonalités variées monopolisent une partie importante du paysage!

Un inconnu me demande, avec un accent d’Europe de l’Est: «Vous êtes français?» Emissaire envoyé par la mafia réputée contrôler le petit monde des peintres de la place du Tertre? Peut-être… Mais «on» me laisse tranquille et comme d’habitude les plus curieux sont les enfants, dont les yeux complices se posent gentiment tels des papillons sur mon bloc à dessin. Comme d’habitude, je distribue des cartes «parisentoussens» avec l’adresse du site.


Van Gogh… 

Parmi les personnes s’engageant dans cette rue si inclinée: des peintres, plutôt âgés, affublés de cartons emballés dans des sacs de toute sorte. L’un d’entre eux me lance: «C’est chouette comme tu manies la couleur!» Vers 20 h 30, une voix fracasse ma concentration acquise avec tant de difficulté: «Vous me faites penser à Van Gogh !» Je ne puis que répondre: «Hélas, je ne suis pas aussi fou que lui». Et l’inconnu rétorque, fort opportunément: «La folie est à peine le signe d’un débordement du génie.»

Il doit avoir mon âge. Il s’appelle Yannick et je fais sa connaissance alors que le froid a redoublé de méchanceté. La guitare qu’il porte sur son dos tel un menhir  - et il est breton ! -  indique un artiste. «Je joue en toute saison sur la place du Calvaire, en haut de l’escalier, là où se trouve l’espace Dali. J’y puise ma survie. C’est parfois dur mais pas moyen de faire autrement.» Yannick m’explique qu’il vit chez des copains, des complices au fil des mois, sans domicile fixe. 

En dépit de cette existence incertaine, il respire une certaine joie de vivre, que tant de gens jouissant d’une abondance de bien ne transpirent guère.

Je lui promets de monter là haut, un de ces prochains jours. Mais avant, sans doute aurai-je trop envie de le dessiner à nouveau cet escalier que j’estime avoir raté en partie : c’est ça, dessiner dans la rue… pas question de fignoler, il faut aller à l’essentiel.

Yann Le Houelleur

PARIS 5ème – Rue de la Bûcherie, un prunus en fleurs dans toute sa splendeur si éphémère. Trois jours après ce dessin, les fleurs étaient déjà fanées, prêtes à céder la place à des feuilles d’un vert plutôt sombre. Les branches de cet arbre effleurent la façade de la maison qu’occupe sur deux étages la fameuse Librairie Shakespeare. (02 05 2016)

La rue, un milieu dur… (suite)

Une foule se presse à la devanture du Flore en l’Ile, un café-restaurant plus connu en réalité sous le nom de Berthillon. Ce dessin (format A3) a été réalisé entre 16 h 00 et 17 h 30. Peu de couleurs, cette fois-ci.

Ce n’est pas vraiment par choix que j’essaie de vendre des dessins dans la rue tout en dessinant. Non, c’est pour avoir droit à une bouffée d’oxygène. Dix ou vingt euros, cela m’aide déjà à acquérir du matériel. Ce texte a été écrit après avoir passé une fin d’après-midi et un début de soirée sur le pont Saint-Louis, si fréquenté par les amateurs de cônes glacés…

 

8 mai 2016



L’une des missions assignées  - fort tardivement -  au pont Saint-Louis est de conduire des processions de gourmands vers l’endroit où se consomment le plus de glaces à Paris. Berthillon, précisément. Sur une place formée par la confluence de trois rues (Jean du Belay, quai d’Orléans, quai de Bourbon), les promeneurs du dimanche ne s’estiment nullement rebutés par la file d’attente s’étoffant.

Berthillon, c’est chic mais  - sentiment très personnel -  ennuyeux car tous ces gens n’ont d’yeux que pour leur cône… en fait, une sorte d’icône… Suçant ces boules éphémères de manière parfois obscène, ils passent à côté des artistes éparpillés le long du pont Saint-Louis sans les voir ou presque. Et pourtant, tous ces musiciens et accessoirement des peintres contribuent grandement à l’atmosphère de réjouissances qui flotte sur les environs. Sans eux, Paris, capitale des Arts, manquerait de certaines couleurs.

Dieu merci, tous les peintres (pour se limiter à eux) ne sont pas exposés dans ces espaces plutôt prétentieux et aseptisés que sont les galeries d’art. Mais imaginez Berthillon leur octroyant soudain des bons d’achat pour s’acheter une glace de temps en temps : faut pas rêver!
Berthillon se fout des artistes sur le pont Saint-Louis et les artistes n’aiment pas cette enseigne car ils n’ont pas le temps, pas les sous pour s’offrir un petit plaisir. L’art n’existe, souvent, qu’en vertu d’énormes privations.


Spectacle de marionnettes


François, un grand gars franc du collier, peste souvent contre «ces bourgeois qui sucent des glaces en ne pensant qu’à eux». Il vient de l’Essonne en vélo pour un spectacle de marionnettes sur le pont Saint-Louis. D’une voix costaude, il récite des fables de la Fontaine tout en manipulant des animaux qu’il a élaborés lui-même en hiver : ours, loups, poules, etc.
François s’énerve facilement contre ceux qui prennent des photos de lui sans aucune contrepartie financière. Mais il finit par admettre: «La rue, je l’ai choisie, alors j’en accepte les inconvénients».

En ce qui me concerne, je n’ai pas opté pour la rue où je vais tenter ma chance, de temps en temps, exposant des dessins tout en dessinant. Je suis un type précaire, pour lequel la rue est une source de revenus complémentaires par ailleurs (rare pour des gens comme moi) dûment déclarés.

Personne ou si peu de monde m’aide vraiment, alors je fais ce que je peux dans «le dessein» de justifier ma place au sein d’une société qui aime condamner tant de gens à un sentiment d’inutilité, parce qu’elle ne sait pas les accompagner ou qu’elle ne les incite plus à se remuer.


Une zone floue

La rue, c’est un monde très dur, une sorte de zone floue sans cesse à la merci de menaces : il suffirait d’un arrêt préfectoral pour faire déguerpir tout ce monde, et chacun le sait. C’est une manière parfois humiliante d’essayer de survivre au milieu d’une foule qui n’en a rien à faire si ce ne sont quelques esprits soudain touchés par la grâce d’une prestation ou d’une production. Parfois, je suis saisi d’une sensation d’effroi: «Yann, qu’est-ce que tu fous là, toi dont le CV affiche plusieurs compétences?» J’ai envie de déguerpir, de retourner à la maison cuver ma détresse, et pourtant je reste quelques heures de plus, tout simplement parce que 20 ou 30 euros tombant dans mon escarcelle me permettront d’acquérir du matériel et aussi de payer mes cotisations à la Maison des Artistes!


Sono à fond 

Et puis, il y a une contradiction : chacun finit par considérer que tel ou tel emplacement c’est sa place. Comme les gens de la rue se connaissent, ils évitent en général de s’installer à l’endroit où un «collègue» s’est habitué à travailler. Des musiciens, plutôt coriaces, font même en sorte de mettre leur sono à fond pour s’emparer de tout l’espace environnant : ils empêchent ainsi la concurrence de tenter sa chance elle aussi.

Quant à moi, j’ai observé une constante: mes dessins, qui se vendent si difficilement, ne se laissent emporter qu’en soirée. Je suis sans doute le seul qui veille si tard. Comment expliquer ceci? Je n’ai pas encore de réponse. Je sais seulement que si une personne intéressée exige un prix très bas, je suis forcé d’accepter, parce qu’il est gratifiant de vendre, de faire plaisir, de se forger la certitude que son existence ne s’assimile pas à un énorme gâchis de temps…

Yann Le Houelleur

Rue du Parc Royal, un accueil royal

Il s’agit, en fait, d’un scan partiel de ce dessin réalisé avec des crayons gris principalement. Quelques ajouts de couleur.

Surprise du jour: après un dessin fait sur un trottoir, le long du square Leopold Achille, je me suis vu offrir un verre de rosé à la terrasse d’un restaurant  - page 23 -  dont le chef, Eric, sert ses clients coiffé de sa toque. Une très belle soirée dans un décor architectural fabuleux.

 

 

5 mai 2016



A la belle saison, plus que jamais, la rue du Parc Royal se métamorphose en un fleuve de touristes sur son lit de pavés roses et mauves. Assurément, l’une des rues les plus fréquentées du Marais, et l’une des plus «sympa». Ici, pas de boutiques à fringues et à pompes aux vitrines prétentieuses ; rien que de très belles façades repeintes, en rose pour certaines, de manière sans doute un peu trop pimpante mais il émane de cet endroit une joie de vivre alliée à une élégance architecturale hors pair.
Plusieurs hôtels particuliers remontant au règne de Louis XIII et celui du roi Soleil se tiennent compagnie, encadrant un espace rectangulaire  - un parc, baptisé Léopold Achille -  délimité, outre la rue du Parc Royal, par la rue Payenne et celle de Sévigné. Hôtel de Canillac (hébergeant l’Institut historique allemand), hôtel Duret de Chevry, Hôtel de Bonneval, hôtel ayant appartenu à un certain Jacques de Flesselle, le dernier des prévôts des marchands de Paris…
 

Luminosité franche, chaleur bienfaisante

Des portes majestueuses rythment ces rues, au fronton cintré, derrière lesquelles s’étend une cour d’honneur au pied de certains hôtels particuliers, tel celui de Duret de Chevry qui m’inspira un dessin vers 18 h. Ce jour-là, l’été semblait signer son retour prématuré, et les passants, les touristes savouraient une luminosité aussi franche qu’une chaleur bienfaisante. Tout en dessinant la rue du Parc Royal en perspective, avec un bel immeuble rue de Turenne tout au fond, j’observai la terrasse du Page 35, un restaurant sur la terrasse duquel règne une ambiance chaleureuse. Un chef coiffé de sa toque blanche qui lui confère un air de magicien vient servir lui-même les plats.

 
«Je vous offre un verre en terrasse»

Première surprise: alors que j’en était encore à la moitié du dessin (il me prit bien deux heures et demie), un couple de Canadiens vint m’offrir un verre de rouge. Une fois le dessin terminé, je demandais la permission d’aller aux toilettes, et le chef, en l’occurrence Eric, témoigna une gentillesse hors pair: «Je vous ai vu dessiner sur le trottoir d’en face, et je vous offre bien volontiers un verre en terrasse. Que voulez-vous?»

Eric devait m’expliquer la raison de ce nom, «Page 35», mais il y avait tellement de clients à servir qu’il n’eut point le temps d’interrompre son service. Alors, je dégustais un rosé très frais en regardant les belles façades tout autour, sur lesquelles le soleil jetait quelques dernières éclaboussures.
Sur la porte signalant un hôtel particulier (de Flesselle) frétillent des anges (sculptés, bien entendu…).

 

Cette année, comme les autres, probablement ne partirai-je pas en vacances. Probablement serai-je toujours en proie à une précarité récurrente aggravée par la conjoncture économique épouvantable : je vends si peu de dessins, mais j’en vends quand même! Toujours est-il que je pourrai au moins bénéficier de ce trésor qu’est la sérénité: une fin de soirée paisible, en compagnie de beaux édifices et de belles personnes, dans un coin de Paris qui ressemble un peu à une ville de province...

Yann Le Houelleur 

 

 

 

Place des Abbesses, une rencontre inhabituelle

Dessin fait en soirée avec des stylos feutres et du pastel gras, sur un bloc de feuilles de petit format (14,8 x 21 cm)

 

Il est rare que des passants me demandent de leur vendre le dessin que je suis en train de faire. Ce fut le cas en soirée, au pied de la butte Montmartre: une Française habitant en Allemagne m’avait observé en pleine séance de croquis.

 

 

30 avril 2016



Cette place compte parmi les endroits les plus aimables de Paris. Elle brasse des populations très différentes. D’une part, les habitants de ce village que fut Montmartre, souvent des personnes âgées venant se distraire en observant la foule assise sur un banc. D’autre part, les touristes s’extirpant de la bouche du métro Abbesses après l’ascension d’un escalier interminable. Soit dit en passant, la station Abbesses est légendaire, sa photo apparaissant dans d’innombrables publications. L’édicule et la marquise conçus par l’architecte Guimard dégagent un air de folie toujours printanière telle une fleur en train de s’ouvrir.


Ces touristes provenant de tous les continents se rendent à Montmartre pour découvrir le Sacré Chœur, et certains veulent des informations sur le chemin à suivre pour rejoindre la basilique. Pendant que je dessinais la station Abbesses, des touristes égarés, à plusieurs reprises, m’ont demandé de les aider à se repérer sur une carte de Paris. (Tous ne se servent pas encore d'un smartphone.)

Depuis une quinzaine de jours, je n’avais pas vendu un seul dessin dans la rue. La faute en incombait avant tout à l’humeur grincheuse du ciel qui n’avait pas cessé de pleurnicher. Ce samedi soir, le soleil fit un retour, quoique timide, qui garantissait un surcroît d'affluence dans les rues.


Depuis plusieurs minutes

Vers 21 heures, une jeune femme – Jessica - s’approcha de moi: «Est-ce que vous accepteriez de me vendre le dessin que vous faites ? Je vous regarde depuis plusieurs minutes et j’aime voir les artistes en pleine concentration.»
Curieusement, ce dessin était une version plus spontanée, plus rapide, plus "design" que celui entrepris une heure plus tôt, et au lieu d’utiliser mon bloc à dessin à l’horizontale j’avais choisi de dessiner la station en hauteur, cadrée plein pot. (Il s’agit d’un petit format : 15 x 21 cm.

A combien pouvait s’élever le prix d’un croquis aussi lapidaire? Jessica me laissa le choix de le fixer sur le champ, et je décidai que ce serait 10 euros. Elle me donna un billet de 20 euros, me priant de ne pas lui rendre la monnaie, et je me fis un devoir de lui en offrir un second représentant le pont de la Tournelle, bâclé quelques jours plus tôt.

Ce qui m’a étonné, c’est qu'un "simple" dessin soit acheté par une personne aussi jeune : Jessica a 33 ans, et généralement l’âge de mon public atteint la cinquantaine.
Jessica, née dans le 95, est partie vivre en Allemagne où elle travaille et elle était venue (re)visiter Paris en compagnie de son «boyfriend» germanique, Thorsen, qu’elle m’a présenté.

Avant de nous quitter, je pris soin, ainsi que me l’avait demandé Jessica, de noter le lieu et «la date d’élaboration» sur ces deux dessins.

Vingt euros, cela peut sembler modeste mais avec une telle somme je peux acheter au moins huit crayons de qualité…

 

Yann Le Houelleur

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Michel Baudon | Réponse 05.05.2016 19.30

Bonjour Yann, je viens de prendre un réel plaisir en partageant ces instants passés sur ce site. Autant par les dessins que par les textes. Merci, Bonheur..

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Commentaires

05.05 | 19:30

Bonjour Yann, je viens de prendre un réel plaisir en partageant ces instants passés sur ce site. Autant par les dessins que par les textes. Merci, Bonheur..

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21.04 | 12:28

Bonjour Suzanne! Merci d'avoir laissé un mot sur ce site... Cela me touche beaucoup. Mais qui est Monique? j'en connais plusieurs. J'attends votre précision. Y/

...
21.04 | 02:54

Cela me plait beaucoup. Suis la soeur de monique

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03.02 | 11:02

très réussi

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