Février 2017

LE PONT DE LA TOURNELLE - Après une longue absence, happé par d’autres quartiers, me voici de retour le long des quais. Toujours en train de dessiner tout en exposant, sans trop d’ostentation, mes dessins. Qu’il est source de romantisme, le Pont de la Tournelle, quand un ou plusieurs bateaux glissent sous son arche ! Une si belle lumière vaut à la Seine de resplendir : bleu turquoise, souvent, écaillé de jaune citron et de vert sombre. ((Dessin fait à la mi-janvier 2017)

Les artistes retournent sur les quais

Notre Dame vue de l’extrémité du Pont de l’Archevêché, côté quai de la Tournelle. Format A3. Crayons de couleur.

 

Dans un décor de rêve, mais au prix de la survie, ils attendent les touristes. L’été est encore loin, mais déjà le printemps se fait sentir à la faveur d’un climat plus doux. 

 

(16 février 2017)


 
Un signe avant coureur du printemps : ils sont revenus, bien avant les premiers prunus en fleur et l’éclosion des bourgeons. Il s’agit des peintres qui suscitent la curiosité à l’une des extrémités du Pont de l’Archevêché, dans un décor de rêve où la cathédrale brandit son interminable flèche.

Peu nombreux, ces artistes travaillent tout en exposant leurs créations, autant de clins d’yeux sur les facettes de la capitale. L’un a installé son chevalet et il restitue un coin de Paris avec de la peinture à l’huile. L’autre, plus âgé, la tête enfouie dans un bonnet, retouche des aquarelles assis sur un pliant. Un atelier à ciel ouvert : l’aquarelliste a étalé, sur un muret prolongeant le parapet du pont, des godets, des pinceaux, des stylos feutre, etc.
Originaire probablement de l’Europe de l’Est, cet artiste témoigne un talent hors norme. Il semble s’être constitué un cercle de clients venant de loin pour fouiner dans quelques cartons à dessins posés à côté de lui.
J’écris cela bien qu’il m’ait manifesté à plusieurs reprises une certaine hostilité. Individualistes, d’un naturel parfois jaloux de leurs confrères, les artistes ne se font pas de cadeaux entre eux.

Le culot paye 

«Elle est dure la vie dans la rue. Il faut s’habituer à toutes les contraintes possibles. » Cette réflexion, c’est un caricaturiste qui me l’a faite. J’avais déjà discuté avec lui, l’an dernier. Un tabouret à ses pied, où se superposent quelques portraits en noir et blanc, il observe le va et vient des passants tel un oiseau de proie prêt à fondre sur eux.

Quand il repère un touriste susceptible de céder à ses « interpellations », il ne le lâche pas, faisant mine, au besoin, de le poursuivre. Très insistant, il ne se départ pas d’une certaine classe mêlée de familiarité. Les caricaturistes sont des gens à part, mus par un instinct de survie, plombés aussi par le mépris que leur vouent les peintres qui les considèrent comme des besogneux engendrant des banalités et non point des œuvres.

J'ai observé, toutefois, que leur culot paye et qu’ils réussissent toujours, au minimum, à convaincre un ou deux clients par après-midi. Ils ont un grand avantage : pour faire un portrait, il faut quelques crayons à peine et des feuilles de papier basiques de format A3 suffisent. Investissement bien inférieur à celui consenti par les peintres.

Certains jours, rien ! 

Par contre, un dessinateur comme moi peut passer des journées sans rien vendre du tout. C’est l’expérience un peu amère que j’ai revécue faisant ma réapparition sur les quais de Seine, presque toujours dans le même périmètre. Certains jours, il ne se passe pas grand-chose et les touristes semblent avoir les yeux tournés vers d’autres préoccupations. Parfois même, il faut supporter la moue que fait un inconnu en s’entendant dire qu’un dessin coûte entre 20 et 30 euros. Or, dans un pays comme le nôtre, où tout est si cher, où coule à flots tant de marchandises issues de la contrefaçon, de tels prix peuvent sembler ridicules.

Alors, ces jours-ci, où rien ne paraît se produire, alors que l'hiver commence à montrer des signes d'épuisement, je me console en dessinant Notre Dame. Je l'ai croquée sous toutes les coutures. En définitive, je pourrais fort bien m'en être lassé, mais elle demeure belle à toutes les saisons. Plus majestueuse encore en hiver: ses arcs-boutants sont bien visibles. Au printemps, les contreforts de Notre-Dame seront à nouveau masqués par les feuillages des arbres se dressant dans le square Jean XXIII.

Et à chaque fois que je dessine le long des quais, c’est un enchantement qui m’envahit et qui apaise mon anxiété. Je suis chanceux, évidemment, puisque je dessine dans l’une des plus belles villes au monde et qu’il me suffit de prendre le métro, en provenance de «ma banlieue», pour fraterniser avec des monuments et des paysages que le monde entier nous envie.

Yann Le Houelleur 

Distractions et loisirs aux Tuileries…

Ce croquis fait par un jour de froid (chose rare sur ce site) a été retouché à l’intérieur d’un appartement. De l’aquarelle a été ajoutée à certains endroits. Format A3.


Encore un dessin d’hiver ! Un classique que ce dessin mettant en valeur la rue de Rivoli. Et comme il y a toujours « des histoires derrière le dessin », pourquoi ne pas ajouter que tout en croquant j’ai été abordé par un militaire en train de photographier, un policier en train de courir. On n’est jamais seul quand on travaille à ciel ouvert.

 

1er février 2017


 

Les 23 hectares qu’ils totalisent en font un trait d’union entre plusieurs quartiers et époques. Le jardin des Tuileries et le jardin du Carrousel sont dominés autant par les différents corps de bâtiments du Louvre que par les immeubles, presque tous semblables, formant une sorte de muraille le long de la rue de Rivoli. 

Curieusement, si par leur envergure et leur grâce, ils sont une source d’inspiration au cœur de Paris, les Tuileries dénotent un sens de la rigidité peut-être exagéré. Rares sont les zones où l’on peut se soustraire au regard des autres dans ces jardins où les allées sont tracées au cordeau, où aucune herbe ne saurait devenir folle, où les arbres sont tous des clones, un jardin où tout semble réglé comme sur du papier à musique. Aux Tuileries prédominent le sens de la perspective, le goût du classique si chers à André Le Nôtre qui fit évoluer ce jardin d’un style italien à un style français. 

Faut-il rappeler que lors du « grand siècle » (le 17ème) les Tuileries subirent une métamorphose comparable à une révolution ? Jean-Baptiste Colbert voulait en réserver l’accès aux membres de la famille royale mais un certain Charles Perrault sut le convaincre de l’ouvrir au public : les honnêtes gens s’y réunissaient pour s’entretenir de toutes sortes de choses.


D’un coup d’œil
 
 

Assis sur un banc, le long d’une allée, bravant un froid acide en ce 1er février, je fis l’expérience de l’impossibilité de s’isoler vraiment que génèrent les Tuileries. D’un coup d’œil on peut voir d’assez loin tout ce qui se déroule en ce domaine. Je dessinais les immeubles de la rue de Rivoli, dont les toitures comportent d’amusantes corniches sur plusieurs niveaux. Je n’arrivais pas vraiment à me concentrer.

A peine avais-je entamé mon dessin et voilà qu’un inconnu m’abordait. «Puis-je vous prendre en photo?» Ce mulâtre plutôt baraqué avait jusqu’à midi pour effectuer un reportage photos sur le thème suivant : « Distractions et loisirs dans le jardin des Tuileries ». Je compris qu’il était militaire et qu’il suivait une formation en matière de photographie. Evidemment, j’étais un sujet tout trouvé ! Et comme il fallait faire aussi vrai que possible, je posais avec un bloc à dessin A4 où figurait un croquis des immeubles déjà terminé.
 
Sculpteurs prestigieux 

Les loisirs aux Tuileries, c’est avant tout la marée de coureurs qui chaque jour, quel que soit la température ambiante, se dérouillent les jambes sous le regard impassible d’innombrables statues. Auguste, Claude Maillol, Antoine de Coysevox, Jean-Baptiste Carpeaux, Alberto Giacometti, Jean Dubuffet, Henri Moore : des générations de sculpteurs se mêlent dans cet espace qui est un musée à ciel ouvert.

Ralentissant son élan, un autre inconnu en survêtement, me demanda si je n’avais pas vu une carte de policier à terre. Bien qu’un peu essoufflé, il parvint à me dire : « Si vous la trouvez, merci de la rapporter au commissariat du quartier ». Dix minutes plus tard, il repassait par là et il m’annonça avoir retrouvé sa carte professionnelle.

Finalement, c’est le froid qui vint à bout de mes efforts. Peut-être aussi la fatigue que suscite l’interprétation de tant de rapports de proportions : les arches de la rue de Rivoli, mondialement connues, sont d’une envergure modeste quand on les compare aux toits qui tirent les bâtiments vers le ciel.
Avec une photo, on raconterait ceci aisément. Mais avec des crayons, c’est bien plus difficile!

Yann Le Houelleur                        



RUE DU FAUBOURG SAINT ANTOINE – Dessiner, c’est savoir aller à l’essentiel. Sélectionner quelques détails tout en respectant une certaine harmonie. Donner l’impression, donner envie… Il faisait froid, à la terrasse du Bidule, un café dans le 12ème arrondissement, quand j’ai dessiné cette fratrie de maisons assez cocasses et un brin surannées. Il fallait faire vite… et comme la nuit est tombée rapidement j’y suis retourné deux jours plus tard afin de terminer le croquis. Le Faubourg Saint Antoine et les ramifications de rues qui s’y rattachent ne manquent pas de charme… (Dessin fait les 2 et 4 février 2017)

Les Tuileries sous le joug de l’hiver



30 janvier 2017 - texte provisoire


 

 

Il faisait encore froid, malgré une belle éclaircie. Mais la pluie menaçait et il ne fallait pas trop perdre de temps : fin janvier, l’hiver ne cède que rarement du terrain. Le jardin des Tuileries se faisait à la fois austère et avenant, propice à une promenade le long de ses allées persillées d’arbres tous pareils.


Leurs branches sont comme des bras appelant au secours et ils se donnent tous la main de sorte qu’aucun d’entre eux n’est livré à lui-même. Tout au fond apparaît une muraille fort joliment construite : les immeubles le long de la rue de Rivoli, presque tous semblables eux aussi, dont les toits apportent des tonalités mauves et mêmes bleutées à ce paysage un peu tristounet.

Quelques touristes s’aventuraient dans les allées des Tuileries tandis que d’autres filaient vers la place Vendôme, toute proche.

 

(Y. Le H.)

Une illusion de printemps, place de Clichy

Il a suffi d’un rayon de soleil trop éphémère pour que ce bel immeuble haussmannien transpire une belle couleur orangée. 

 

5 février 2017


 


Vers midi, dans le restaurant à la terrasse duquel une table est encore libre, le brunch dominical bat son plein. Des bobos, et quelques touristes, plantent leurs fourchettes dans des salades hyper colorées tout en discutant intensément.

Pour le dessinateur de passage, un simple café suffira. Une fois de plus, je cède à la tentation de le dessiner : un immeuble d’angle haussmannien tout en rondeur(s), elliptique, au pied duquel, boulevard des Batignolles, une colonne Morris laisse éclater les couleurs vives de ses affiches. C’est une sorte de joie printanière en plein hiver. Car le ciel, tourmenté, apporte encore des cadeaux empoisonnés qu’il enveloppe dans ses incessants nuages : pluie, grêle, froid, anxiété.

Il suffit d’un rayon de soleil transperçant le plafond grisâtre pour qu’un soupçon de bonheur irradie notre cœur. Et à ce moment là, le bel immeuble haussmannien prend une couleur orangée contrastant, par sa clémence, avec la dureté des traits sinueux que décrivent les branches des arbres plantés au milieu du boulevard des Batignolles.
 

Au départ, un grand ratage 

Retrouvailles avec le public, alors qu’en hiver je ne dialogue pas souvent avec des passants. Un couple de Parisien, à la table d’à coté, suivent l’évolution du dessin avec attention. Ils m’encouragent : « C’est beau ce que vous faites. »
 
Bien entendu, je ne sais même pas ce que je fais… Au départ, j’avais l’impression d’un grand ratage, mais au fur et à mesure j’ai corrigé certaines erreurs grossières à ma manière sans employer de gomme, renforçant certains traits, exacerbant certaines touches de couleurs. Francis, un ami qui m’a rejoint une heure après mon arrivée, le trouve « bien proportionné, vraiment ressemblant » ce dessin. C’est un privilège de glaner ainsi des critiques et des impressions instantanément.

Paris se dessine à travers les fenêtres du Louvre


Rien d’exagéré, sans doute, à le dire : on peut visiter le musée du Louvre de plusieurs manières. Il faut voir en priorité les collections de peintures et de sculptures qui ont traversé les siècles et même les millénaires. Mais il faut absolument, aussi, observer les différentes ailes et pavillons du Louvre, à travers les fenêtres.



25 janvier 2017




Quand je me rends au Louvre pour y butiner des œuvres d’art de toute sorte, je suis souvent distrait et même accaparé par ce qui se déploie à travers les vitres. Voilà un spectacle sublime : l’alliance nouée entre la Pyramide du Louvre et les toits en carène de plusieurs pavillons se succédant le long des façades délimitant la Cour Napoléon et la Cour Carrée.
Les losanges composant les parois de verre s’imprègnent des coloris que mêlent le ciel, l’eau (fontaines sèches tout autour), la pierre de taille et l’ardoise de ces toits gigantesques. Mouvante et fluide s’avère la pyramide, tandis que le Louvre lui-même s’habille d’un camaïeux d’ocre et de beige hachuré de gris et même de noir.

Mais il est évident que l’œil d’un dessinateur doit simplifier, synthétiser une architecture aussi foisonnante où chaque détail a son importance : colonnes, cariatides, statues, niches, sculptures (notamment au sein des frontons) ruissellent de partout…

Et puis, il y a aussi de jolis coups d’œil à donner sur Paris, en particulier le Jardin des Tuileries avec tout au fond les gratte-ciel de la Défense, mais aussi les arcades de la rue de Rivoli (visibles depuis certaines salles de le pavillon Richelieu) et l’église Saint Germain de l’Auxerrois, entrevue à travers les fenêtres de la colonnade du Louvre.

Trait d’union entre les deux rives


C’est là qu’un après-midi, propice à la tristesse par le froid coriace qui régnait dehors, je me suis réfugié pour dessiner non pas cette église que fréquentait Louis XIV mais le Pont Neuf dont plusieurs arches apparaissent tout à droite. Ce trait d’union entre les deux rives de la Seine et la pointe ouest de l’île de la Cité est d’une grâce inouïe, avec ses demi-lunes (au-dessus des piliers du pont). Mais vu à travers la colonnade, le Pont Neuf, étrangement, paraît bien petit par rapport aux immeubles haussmanniens se dressant sur la rive droite. Et puis, rien n’est vraiment facile à dessiner en hiver : les squelettes des arbres s’étirent en tout sens, à la fois impulsifs et empiriques : des milliers de traits noirs gravés dans un ciel livide qu’il faut également suggérer sans entrer dans les détails.

Paris en hiver, n’a rien à voir avec Paris en été. Mais au fond, quand je dessine ainsi, frénétiquement parfois, une inquiétude me taraude : ai-je su interpréter comme il se doit cette complicité troublante entre l’architecture et la nature? Dessiner un arbre, c’est aussi risqué, en effet, que de décrire à grands coups de crayon un site historique…

 

Yann Le Houelleur

 

LA TOUR SAINT JACQUES - A la fois vigoureuse et voluptueuse par la l’abondance de ses sculptures n’en paraissant que plus vivantes, la Tour Saint Jacques est l’héritière d’une époque déjà lointaine dans une ville où les styles et les nouveautés se sont succédés à un train d’enfer. Par exemple : les pylônes d’entrée de métro datant des années trente, aux cartouches d’un rouge vif. (Dessin fait le 22 janvier 2016. Format A4)
PLACE DU CHATELET – C’est une belle mise en scène au pied de deux théâtres se faisant face : une colonne Morris et un kiosque à journaux se mêlent à tant d’éléments et mobiliers urbains oubliés sur ce dessin… car la nuit tombait et assis dans une brasserie (Sarah Berhardt) il me fallait faire vite. (Dessin fait le 20 janvier 2017 – Format A3)

Paris toujours en quête d’un bout de ciel bleu

La place du Châtelet n’échappe pas à cette volonté que témoigne Paris : se hisser le plus haut possible de manière à tutoyer le ciel à travers ses édifices et ses monuments.

22 janvier 2017



Vers midi, elle était presque vide, la brasserie Sarah Bernhardt. Etrange dimanche, à la fois cruel par le froid qui sévissait et prometteur grâce à la pureté du ciel. Un bleu lisse, pur, qui semblait porter en lui les germes du printemps à venir. Ainsi se produit-il l’amorce d’un miracle, au plus profond de l’hiver : la luminosité commence à changer, on ne s’en aperçoit pas forcément mais quelque chose en nous aide à entrevoir des jours meilleurs.

Un tel ciel donnait une lumière particulière à la Place du Châtelet où j’avais fait quelques dessins deux jours auparavant. C’était à la tombée de la nuit et maintenant, ce dimanche, il me fallait prendre le temps de l’observer avec un maximum de sérénité. Toutes les tables avaient été mises en vue du déjeuner, mais comme les clients étaient si peu nombreux, je n’hésitais pas à m’attarder, installé à une table de choix puisque située dans la partie du restaurant qui fait l’angle entre la place du Châtelet et l’avenue Victoria. On peut admirer l’élégante place du Châtelet ou, prenant la chaise d’en face (de l’autre côté de la table) scruter la tour Saint Jacques et sa parure de sculptures. Ainsi, je fis plusieurs dessins sous des angles bien différents, en l’espace de deux heures.

La place du Châtelet (jadis occupée par une forteresse servant de prison, détruite pendant le règne de Napoléon 1er) est fort belle, avec ses deux théâtres qui se font face et dont les spectacles régissent toute une partie de sa vie, à tel point que les quatre restaurants situés à chacune de ses extrémités font le plein de clients avant et après les représentations. 


Statue ailée toute dorée


Ici comme ailleurs, Paris se révèle et s’apprécie à travers ce «critère» : la quête d’un bout de ciel bleu ! Une colonne cerclée de bagues où apparaissent les noms de batailles napoléoniennes se termine par une Victoire. Revêtue de feuilles d’or, cette statue ailée brandit une couronne de lauriers. (On l’appelle colonne du Palmier ou colonne de la Victoire).

Les arbres, d’une beauté si percutante en hiver avec les couleurs changeantes des troncs en fonction de la lumière (souvent gainés d’une fine couche de mousse qui ajoute une pointe de vert à un camaïeux de bruns et de mauves) semblent vouloir attraper cette colonne et s’en servir pour atteindre plus aisément le ciel. Les arbres : il n’y a rien de plus facile et difficile à la fois à dessiner, tant ils ont leur langage.

Oui, Paris est une capitale obnubilée par l’idéal de la verticalité, dont les monuments et les œuvres d’art s’élancent aussi haut que possible comme pour oublier la médiocrité de la vie à laquelle sont condamnés ses habitants qui la parcourent de long en large sans s’émouvoir, la plupart du temps, de son infinie beauté.

Yann Le Houelleur

PLACE DU PALAIS ROYAL - Un dessin d’hiver comme j’aime en faire. Parce que règne un froid tyranique, la nécessité s’impose d’aller vite, au prix du respect des proportions et des rapports entre les couleurs. Alors, plutôt que de trahir la réalité, on s’en approche à grands coups de crayons. (Dessin fait le 8 janvier 2017)

Un dessin sans doute opportun

Paris est ainsi fait : les réminiscences d’un passé très lointain subsistent, émiettées, au milieu d’immeubles haussmanniens. Il faut gratter, s’informer, s’imprégner des lieux, comme à la place Sainte-Opportune, pour mieux percevoir l’évolution de la ville. 

 

6 janvier 2016



Quel joli nom, comme Paris en recèle à foison: Sainte Opportune! Entre la rue de Rivoli et le périmètre des Halles s’entrecroisent quelques rues étroites et tortueuses débouchant sur une place portant le nom de cette sainte. Avec un peu de flair, il est aisé de percevoir les réminiscences, hélas si morcelées, d’un passé fécond où le peuple était imprégné de croyances, bien avant que l’argent et la frime ne deviennent les maîtres du monde. Et dans ce quartier, c’est le commerce, les fringues, les futilités qui triomphent désormais.

Sainte Opportune, ce fut une église démolie, ou plutôt réduite à l’état de carrière, en 1795. La châsse de cette sainte était portée lors d’une procession car elle était sensée éloignér les calamités publiques. Aujourd’hui, qui pourrait croire à de telles «choses»?

Le thermomètre avait basculé au dessous de zéro, ce vendredi 6 janvier. Les rares passants qui s’aventuraient dans les rues ne parlaient que de ça : «La galette des rois…»

A l’angle de la rue du Plat d’Etain et de la rue des Halles, un duo de maisons jure par rapport aux immeubles haussmanniens tout autour. Elles n’ont pas un esprit carré du tout, ces maisons! Façades gondolées, ondulées, comme si les années les avaient froissées à dessein. Percluses de rhumatismes. Sur trois étages, leurs petites fenêtres ne sont pas alignées, peut-être creusées à l’improviste. Leur toit est criblé de mansardes sur plusieurs niveaux.

Sans chichi
 
Pour «reproduire» ces maisons, rien ne valait une halte à la terrasse d’un bistrot sur la place Sainte Opportune. Terrasse désertée par un jour de si grand froid. Il me fallut une heure pour élaborer un tel dessin. Le patron du restaurant   - le Petit Opportun -  vint me voir: «Vous êtes bien courageux de travailler ainsi. » (Pas tant que ça, en vérité.)

Mais qui était-il, ce gars si attentionné dont la barbe poivre et sel encadrait un sourire complice? Avec son épouse Véronique, il tient ce restaurant depuis quatre ans. Ils l’ont gardé dans son jus plutôt que d’en faire un endroit dénué de toute mémoire. Un endroit simple, sans chichi, réputé pour sa cuisine authentique où l’on se sent vite en famille. 

Le revêtement de faïence, sur un mur à l’intérieur ainsi que le carrelage de sol évoquent ces vieux cafés pleins à craquer, jour et nuit, aux abords des Halles, quand celles-ci étaient le ventre de Paris. Sans avoir connu semblable époque, on peut imaginer à quel point elle était à la fois dure et pleine de chaleur partagée entre les gens, alors que de nos jours le quartier des Halles se résume à un endroit mercantile et consumériste où la mode symbolise une concurrence entre les gens dans la quête de vanité et d’étalage de leur ego.

Devantures en bois

Pour vous faire une idée des bouleversements subis par ce quartier, allez donc consulter deux photos, en sépia, accrochées dans l’arrière salle du bistrot, montrant la place Sainte Opportune et les environs il y a si longtemps. (Les photos ne sont pas datées.)
A l’emplacement des boutiques de griffes vestimentaires pullulant aujourd’hui, il y avait une tripotée de commerces avec des devantures en bois gratifiés d’enseignes d’une calligraphie parfaite. La Maison Paulard proposait du vin. De l’autre côté de la rue Courtalon (un passage, en réalité) se tenait une boutique dont l’enseigne indiquait, en lettres géantes, «Cuir, Peaux et Vernis». Il y avait aussi, occupant deux fenêtres d’un étage, un hôtel qui portait le nom de la place.

Rien de tout cela n’a subsisté.
 

Yann Le Houelleur
 

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Commentaires

14.06 | 14:36

Né à Belleville et aimant ton travail : https://www.flickr.com/photos/patpardon/collections/72157627544273902/

...
14.06 | 14:27

Je découvre ce blog grâce à flickr.com/photos/110805203@N04/. Toutes mes félicitions pour ton excellent travail, sincère et aussi précis qu'évanescent.

...
10.06 | 16:00

Un réel plaisir d'avoir fait ta rencontre Yann et encore merci de m'avoir laisser immortaliser ce moment ;)
A la prochaine... et un grand bravo pour ta galerie!

...
03.06 | 01:08

Merci à vous Yann pour parler avec moi sur le Pont Saint Louis autours Napoléon et votre avis de Paris. Je ne t'oublierai jamais!

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