Décembre 2018

Aider les SDF : tel est le dessein du Marché de Noël de l’église des Blancs Manteaux.



Grâce à une rencontre survenue pendant que je dessinais un porche somptueux dans la rue des Archives, il m’a été donné de participer à un marché de Noël vraiment joyeux. Un grand merci à Ariane de la Villejegu et à l’équipe des bénévoles ! Cela restera un grand moment dans mon cheminement d’artiste oeuvrant sur les trottoirs de Paris.

 

 

10 décembre 2018


 

Avec toute la modestie requise, j’ose écrire : pour moi, la vie d’artiste va de pair avec la générosité et le cœur. C’est pour cela que participer à un projet tel que le Marché de Noël en l’église des Blancs Manteaux  - pendant tout un week-end -  m’a enthousiasmé, malgré des ventes moindres par rapport à ce que j’attendais. Cette légère déception a été compensée par l’excellence des contacts que j’ai noués sur place et par la découverte d’un projet à la fois ambitieux et formidable.


Il était normal qu’une partie de mes recettes soit rétrocédée aux organisateurs de ce marché appelé aussi « les Journées de l’Amitié ». Les bénévoles ont besoin d’argent pour mener à bien ce projet remarquable. En l’occurrence, chaque dimanche, un repas est offert à une soixantaine de SDF. De surcroît, les bénévoles leur procurent à tous un accompagnement afin qu’ils puissent se réinsérer socialement et professionnellement. Ils peuvent dormir dans des appartements partagés plutôt que de subir cette humiliation qui constitue à roupiller sous les étoiles au milieu de la ville si hostile.

Il y a quelques mois, jamais je n’aurais imaginé prendre part au marché de Noël des Blancs Manteaux dont le clocher à l’aspect quelque peu sévère veille sur la rue des Francs-Bourgeois et le lacis de ruelles tout autour.

C’est en dessinant assis sur un trottoir de la rue des Archives, en novembre, que j’ai rencontré une personne  - en l’occurrence Ariane de la Villejegu. Exceptionnelle par son dynamisme et son altruisme., elle compte parmi les coordinateurs de ce projet.

Ensuite, les choses se sont enclenchées, tout naturellement.
 

Rouge framboise

Je m’étais assis sur le trottoir, adossé au mur de grande envergue qui encadre la cour d’honneur de l’hôtel de Soubise. De l’autre côté de la rue des Archives, un porche accapare les regards, à la fois imposant et élégant. Son fronton circulaire est gratifié d’un cartouche noir. Y sont gravées de fines lettres dorées qui résument l’histoire des bâtiments s’élevant derrière le porche : « Ancien monastère des RP de la Merci ». Au dessous se dresse une porte badigeonnée d’un rouge framboise mettant une note de gaieté au milieu d’un camaïeu ocre. (Mêlé au gris et au beige, l’ocre est la couleur prédominante dans les rue du vieux Paris.) 

La porte rouge s’ouvre sur la cour d’un ex-couvent, celui de l’ordre de Notre Dame de la Merci. Les moines qui vivaient dans ces bâtiments  - abritant dorénavant des appartements – offraient leur vie lors des Croisades à des « barbares » en échange de la libération de leurs otages. En France, cet ordre dit rédempteur a été éteint lors de la Révolution, continuant à se déployer dans une vingtaine d’autres pays. 

Ariane de la Villejegu et son mari, Yann, habitent ici même.
Ariane s’intéressa à mon dessin et me demanda, avec un accent belge très sympathique, si elle pouvait l’acquérir… (Réponse positive, évidemment.)

Quelques jours plus tard, elle me transmit un courriel m’invitant à prendre part au Marché de Noël de l’Eglise des Blancs Manteaux : « Bonjour Yann. Si vous êtes toujours partant, l église des Blancs Manteaux vous accueille avec joie dans le cadre de son Marché de Noël le 7 décembre à partir de 15h, le 8, de 11h à 19h et le 9 de midi à 17h30 … » 


« La messe, cela ne suffit pas »

Ariane de la Villejegu, très extravertie et attentionnée, investit beaucoup d’énergie dans l’équipe de bénévoles qui fait vivre l’église des Blancs Manteaux et qui enracine celle-ci dans une conception « non fataliste » de la foi. Les bénévoles avec lesquels j’ai discuté considèrent « qu’assister à la messe le dimanche, cela ne suffit pas ». Il faut avoir conscience de la mission en termes sociaux qu’implique la foi. Autrement dit l’Eglise doit avancer en aidant les plus démunis à travers des initiatives concrètes.

Celles et ceux qui ont visité le marché de Noël des Blancs Manteaux étaient surpris de découvrir, effectivement, une église colorée (allusion au blanc des Manteaux…) et joyeuse où l’on pouvait, exceptionnellement, boire aussi bien du champagne que du vin chaud. Il y avait également, bien sûr, du café et du thé proposés dans espace aménagé pour la circonstance.
Des stands de toute sorte avaient déferlé sur les bas côtés, débordant même sur une partie de la nef. Que ce soient les jouets, les vêtements, la librairie ou la braderie, les objets vendus avaient été donnés par des paroissiens qui les avaient apportés en excellent état. Et les prix, faut-il ajouter, étaient des plus abordables.

Yann Le Houelleur

Il ne faut pas oublier, pour autant, la banlieue…

Le dessinateur de « Paris en tous Sens » avoue un regret : avoir oublié la banlieue pendant la belle saison. Mais dans la perspective d’une expo début mars, il s’est promis d’explorer plusieurs communes  - dont Gennevilliers -  autour de Paris afin de présenter les diverses facettes de « la périphérie parisienne ».

 

26 octobre 2018


 

S’il est un reproche que je peux me faire, assorti d’un énorme regret, c’est bien celui de ne pas avoir dessiné depuis longtemps dans la banlieue parisienne. Pendant la belle saison, je me suis trop concentré sur les monuments et atmosphères propres à la capitale. Alors, j’ai décidé, notamment dans la perspective d’une exposition prévue en mars prochain, d’explorer des communes du Grand Paris pour offrir une interprétation très personnelle de cette banlieue qu’au fond j’aime énormément, car elle présente souvent des aspects provinciaux sympathiques, en particulier des relations beaucoup plus chaleureuses qu’à Paris entre les habitants.

Coup d’envoi d’une série hivernale sur la banlieue, propice  - autant que Paris -  à l’inspiration : le dessin d’une charmante place, Jean Grandel, fait bien au chaud… Le dessinateur s’est réfugié dans un café portant le nom de ladite place, où s’épanche une ambiance chaleureuse à toute heure. Merci à Saïd et à son équipe pour leur accueil ! Une fois de plus, dans un établissement, je me suis permis d’étaler mes crayons, sous le regard des consommateurs qui ont paru enchantés…

Un énorme chantier

Parisien dans l’âme, je vis toutefois hors de la capitale, à quinze minutes par le métro du Moulin Rouge. Quand j’ai débarqué à Gennevilliers, où je réside désormais, j’ai découvert la place Jean Grandel alors qu’elle était en pleine phase de restauration. Un énorme chantier : les maisons, rongées par l’humidité et les moisissures, paraissaient fantomatiques, blotties les unes contre les autres autour d’une vieille église, Sainte Madeleine, remémorant des temps fort anciens. Ces maisons, plutôt mignonnes avec des crépis de toutes les tonalités, semblaient prêtes à s’effondrer.
A l’époque, seul un café accueillait quelques amateurs de bière et de liqueur en soirée. Puis, récemment, le Grandel a ouvert ses portes, très propre et lumineux, et il va même inaugurer prochainement une annexe, sous forme de terrasse couverte, au milieu de la place. Un endroit idéal pour dessiner !!!

L'arrivée du tramway

En fait, la municipalité communiste  - qui a pourtant souvent des goûts déplorables en matière d’urbanisme -  a rendu cette place très accueillante et quelque peu romantique. Une foultitude de lanternes flirtent avec les branches des platanes. De petits bancs, comme en tant d’endroits à Paris, guettent passants et riverains. Du beau boulot, il faut le dire… Gennevilliers a ainsi vu redoré son blason.

Le « grand événement », dans ce quartier de Gennevilliers (le Village) fut l’arrivée du tram, qui relie la station de métro les Courtilles à Noisy le Sec, soit 17 kilomètres.
L’incursion du tram au Village remonte à 2012. Sur ce croquis, « enrichi » avec des crayons aquarellables et de l’encre de Chine, on ne voit certes pas de rames mais la présence du tram est signalée par les caténaires égratignant le ciel.

Yann Le Houelleur

Dessiner à l’air libre, à cœur ouvert... même s'il fait froid

Cet après-midi, une dame, me voyant dessiner le long du boulevard Saint Germain, m’a donné deux euros en me félicitant… De quoi me payer un café après une longue accoutumance au froid. Assez souvent, des inconnus me témoignent leur soutien en m’offrant de petites chose qui me font chaud au cœur et m’incitent à aimer toujours davantage à travailler dans la rue.

 

 

24 novembre 2018


 

Il fait de plus en plus froid quand on se pose sur le trottoir parisien alors qu’approchent les fêtes de fin d’années. Dessiner dans le froid, à vrai dire, ne me fait pas nécessairement peur, car c’est une « humeur du climat » qui peut s’apprivoiser. Mais le plus dur, c’est quand après m’être concentré sur mon sujet il faut me relever et ranger mes crayons dans leurs trousses et plumiers : à ce moment là je prends conscience de l’intensité du froid acide et mordant.


Ce dessin de l’immeuble au bas duquel se déploient les stores blancs-beiges du Café de Flore, je désirais absolument l’élaborer pour la seconde fois, car non seulement il est beau, élégant, orné de colonnes à fines moulures mais il se dresse aussi au milieu d’une atmosphère très parisienne, avec un flot de voitures (n’en déplaise à Mme Hidalgo) et de personnes toujours pressées. Bien sûr, voire hélas, il me sera impossible de reproduire sur ce dessin les coups de claxon des voitures de police propulsées telles des étoiles filantes…

Tandis que j’étais en train de dessiner, quelques cartons flanqués de dessins récents à mes côtés, une dame très chic, pour ne pas dire « très parisienne comme on peut l’imaginer » se pencha vers moi et me dit avec douceur : « C’est merveilleux ce que vous faites. Tenez… c’est pour vous.» Elle me donna une pièce de 2 euros. De quoi me payer un café au Québec, établissement à proximité fréquenté, en soirée, par des piliers de comptoir allègres et volubiles. Un café très sympa, par ailleurs.

 

Petite carte de visite

Quand je dessine dans la rue, il m’arrive assez souvent de me voir offrir, ainsi, quelques petites pièces, et pourtant je n’incite personne à le faire. Je me souviens d’une touriste du Qatar qui m’avait donné cinq euros, spontanément.

A chaque fois, je remercie ces personnes bienveillantes en leur remettant une petite carte de visite afin qu’elles puissent voir mes dessins sur le site.
Oh non, il ne s’agit pas de mendicité même si mes si maigres revenus pourraient m’inciter à la faire. Mais je m’aperçois qu’il existe ainsi, dans les rues de Paris, malgré cette indifférence prétendument générale de plus en plus fustigée, des yeux qui observent autrui et qui résultent en des actes de bienveillance.

Il m’est arrivé, souvent, de me voir octroyer un plat chaud, par le serveur ou la serveuse d’un fast food ou d’un traiteur, ou d’être gratifié d’un café et de quelques gâteries par des bénévoles effectuant des maraudes. L’honnêteté, à chaque fois, me pousse à dire que je ne suis pas un SDF mais c’est de bon cœur que ces personnes me font de telles offrandes.
 

Le fossé se creuse

En tout cas, j’aime travailler dans la rue, et d’ailleurs je n’ai d’autres solutions pour l’instant. Quand on reçoit des indemnités de chômage très modestes (bénéficiant d’un statut assez particulier mais bel et bien précaire, je déclare aux autorités compétentes mes revenus et frais de fonctionnement issus des ventes de mes dessins) on n’a pas à craindre les tracas de certains agents municipaux prêts à verbaliser ce qu’ils considèrent, à tort, comme un vendeur à la sauvette.

Dans ce monde cruel, où le fossé se creuse  - toujours plus vertigineux -  entre les très riches et les gens modestes, où l’incompréhension sociale s’exacerbe, où les autorités mettent tout en œuvre pour empêcher les gens de travailler (mais oui !), sachant qu’il faut si souvent payer de sa poche pour avoir le droit de bosser, je me débrouille comme je peux, à un âge où beaucoup auraient jeté l’éponge.

Parfois, certains me demandent : « Mais pourquoi ne vendez-vous pas vos dessins à travers des galeries ?» D’abord, les galeries regorgent d’œuvres qui ne se vendent pas. Ensuite, il faut avoir une cote, une valeur sur un marché dénué de toute raison. Et puis, rien ne me plait davantage que ce contact humain allant de pair, logiquement (mais pas si souvent que ça, hélas) avec la création artistique.

J’aime ces moment de hasard, de chance, de coïncidences aussi qui font qu’une personne s’approche de moi et me demande : « Vous les vendez, vos dessins ? J’en aimerais bien un. » Parfois s’engagent des discussions passionnantes.

Parfois aussi, des gens injectent en moi une énergie fabuleuse qui continue à couler dans mes veines, sans que je m’en rende compte, pendant de longues années, et tout ceci participe de mon enthousiasme à dessiner dans la rue, au milieu des gens. Tout cela nourrit, inconsciemment, mon inspiration.

Tant pis si je dérange. Tant pis si je m’attire, de temps en temps, les foudres de forces de l’ordre. Tant pis si je donne à certains la nausée parce qu’ils considèrent qu’un artiste respectable doit s’afficher dans les galeries ou autres « foires artistiques ». C’est mon histoire à moi, c’est la résultante de beaucoup de réflexions et d’habitudes prises sur un chemin de vie singulier, c’est aussi ma manière de concevoir l’art : à ciel ouvert, à cœur ouvert, en aimant ce que fais et en aimant les gens. En partageant, que ce soit en français ou en anglais, des sentiments et toutes sortes de considérations sur la vie.



Yann Le Houelleur

 

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

22.10 | 23:40

Bonjour on c'est parle pour venir dessiner la devanture de ma boutique
Merci et bravo pour votre talent
Votre travail me fait penser à dessins Tobiasse
Cecile

...
06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

...
21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

...
18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

...
Vous aimez cette page