Juillet 2016 - Bienvenue sur ce site!

MONTMARTRE – Cet endroit secrète vraiment du rêve à l’état pur. Emmitouflée dans une crinière de lierre, cette petite maison disperse, aux dernières lueurs du jour, des éclats d’orange vif. En fait, elle abrite l’un des plus vieux cabarets de Paris : le Lapin Agile. Tout autour, une atmosphère de sérénité à laquelle contribuent amplement les vignes de la butte. Ici, on est loin de l’effervescence qui règne l’été le long des quais de Seine ou même à la rue des Abbesses toute proche… (Dessin fait le 9 juillet 2016)

«C’est bien vous qui les faites, ces dessins ?»

Soudain, alors que je m’apprêtais à quitter le pont Saint Louis (où je ne me rends que certains soirs en été), un monsieur élégamment vêtu se mit à tenir des propos aimables et encourageants. Un amateur d’art, sans aucun doute, comme en témoignait un exemplaire de «L’Oeil» qu’il avait sous le bras.

 

22 juillet 2016


 

Rien de plus révoltant (opinion toute personnelle) que d’entendre dire, de la bouche même d’un artiste, cette complainte : «Je ne vends pas, mais ce n’est pas grave car je m’éclate bien quand je travaille dans mon atelier». Certes, nos concitoyens (mais pas tous !) n’ont pas assez d’argent pour s’offrir ce que les artistes appellent, non sans prétention, «des œuvres». Mais l’idée que je me suis forgée d’un artiste est celle d’une personne partageant sa production, allant à la rencontre du public.

Je ruminais semblables convictions, sur le pont Saint-Louis, alors que le soleil couchant déroulait un liseré mauve et rosacé autour de Notre Dame prête à se métamorphoser grâce au déclenchement de grappes de projeteurs. Je venais de terminer un dessin de son chevet comportant des arcs boutant tels des pattes s’enfonçant dans la canopée du square Jean XXIII.

Nuages de tristesse, toutefois, dans ma tête: cette année, les dessins s’écoulent plutôt mal, et les personnes intéressées (dont il ne faut presque jamais décourager les élans) insistent pour les acquérir à moindre frais.
A cela plusieurs causes, dont la présence, un peu partout le long des quais de Seine, de vendeurs à la sauvette proposant des «posters» aux couleurs grotesques : en réalité, ces peintures ne sont pas exécutées par des artistes méritant ce nom mais par de petites mains invisibles.


En faire bénéficier les autres

«Vous êtes bien l’auteur de vos dessins?» Un monsieur me posa cette question tout en dévorant des yeux mes plus récentes «productions». Par la suite, il se présenta: juriste partiellement à la retraite, habitant dans le 15ème arrondissement. «J’ai un frère qui peint et j’aime bien votre manière de dessiner. Vous avez la chance d’avoir un don et quand on a un talent il faut savoir en faire bénéficier les autres…»
Comme ces propos sonnaient juste dans la lumière un peu blafarde que se mettaient à pulvériser les réverbères!

C’était un monsieur très différent des passants qui empruntent habituellement le pont : élégant, quoique sobre, avec son costume gris et sa chemise blanche. Certains diraient «habillé à l’ancienne». Il s’exprimait dans un français impeccable, de surcroît sur un ton naturellement affable. «Vous en demandez combien, pour celui-là?» Son choix s’était porté sur un dessin très péchu représentant le Pont Neuf, élaboré quelques jours auparavant sous un soleil de plomb.

Il ne manqua pas de me demander si je vivais de mes dessins (pas vraiment, hélas…) et sa courtoisie l’amena à me remettre une carte de visite tout en ajoutant : «Je parlerai de vous à des connaissance».

Orphelin d’un dessin

Ce juriste avait l’œil, c’est sûr! Non seulement avait-il sous les bras un exemplaire de la revue «L’œil» mais il me rendit orphelin d’un dessin que j’aimais bien, dont les couleurs toniques, un peu abruptes, me manqueront.

«Orphelin?» Oui, il m’arrive d’éprouver un pincement au cœur quand je vends un dessin dont je «revendique» les qualités et les défauts. Or, un artiste doit apprendre à voir partir ce qu’il a engendré. Ses dessins, ses peintures ou sculptures éveillent du plaisir, voire du bonheur, chez les autres: cela constitue, à n’en point douter, une partie de sa rémunération.

C’est ainsi, c’est inévitable, c’est dans l’ordre des choses.

Et puis, un artiste ne meurt jamais tout à fait. Une fois son cœur éteint, ses œuvres continuent de participer au grand brassage de couleurs et de sentiments qu’est ce monde… Un tel privilège, loin d’être sacrilège, s’avère une motivation pour dessiner, peindre, sculpter (etc) malgré de si frêles revenus.

Yann Le Houelleur 

QUAIS DE SEINE - Un dessin amusant (je crois): Notre Dame émerge par-dessus un bouquet d’arbres avec, au premier plan, le pont Saint Michel et à droite la caisse d’un bouquiniste. (17 juillet 2016)

Trois clientes si jeunes, place du marché Ste Catherine

Il m’arrive parfois de vendre des dessins grâce à l’enthousiasme d’enfants réussissant à convaincre leurs parents. Cela s’est produit, une fois de plus, dans un endroit du Marais où les terrasses de cafés abondent. Merveilleux enfants, d’une telle sensibilité quant à l’art, et dont la vie hélas se charger d’abîmer (si souvent) le bon goût.

 

19 juillet 2016


  

Conséquence d’une actualité sanglante, en premier lieu le carnage survenu à Nice : je me suis demandé si je ne faisais pas quelque chose de futile. Dessiner, tenter de vendre des interprétations personnalisées de Paris alors que la France se forge la réputation d’un pays toujours plus dangereux… Il suffit d’une barbarie supplémentaire pour que le tourisme, notamment dans la capitale, s’arrête net. Et à quoi serviront mes dessins?
A quoi, aussi et avant tout, sert un artiste? Si les artistes s’imaginent changer le cours du monde sous prétexte que l’art est un vecteur d’expression, ils se fourrent le pinceau dans l’œil. Soyons pragmatiques, lucides: la vertu cardinale de l’art est sans doute de générer (en fonction des artistes et de leurs convictions) un certain lien social, d’ouvrir un carrefour entre des publics très divers.

Alors, tout en laissant mûrir dans la tête ces réflexions, je me suis posé à la place du Marché Sainte Catherine, par un après-midi sous l’empire de la canicule. Très mignonne, cette place dans le Marais où des arbres d’essences variées suscitent une impression de fraîcheur et même d’intimité. Une demi-douzaine de restaurants se partagent une clientèle aussi bien française que cosmopolite.

Un réverbère haut perché, des flots de pavés, un déferlement de feuillages, des bancs en bois : quoi de mieux pour résumer le charme de Paris fait d’ingrédients récurrents, en particulier la couleur vert foncé partout présente?

"J'en veux un pour moi"

Soudain, une petite fille s’approcha de moi et avec une assurance incroyable elle me demanda de lui donner un dessin. «C’est beau ce que vous faites, monsieur! J’en veux un pour moi.» Un peu gêné, craignant de me montrer mesquin, je lui signifiais que normalement je vends, même à bas prix, mes illustrations.

Deux autres fillettes  - l’une sa sœur, l’autre sa cousine -  vinrent la rejoindre. Elles prirent l’initiative de prévenir leurs mamans, attablées à la terrasse du Bistrot de la Place, pour leur demander de l’argent afin d’acquérir deux dessins. Nathalie, l’une de ces mères de famille, se présenta, une jeune femme élégante et décontractée qui habite à Grenoble. Comme je ne voulais pas «exiger» trop d’argent, vraiment ravi que de si jeunes filles puissent apprécier l’art et comprendre un peu ses mécanismes, je leur montrai un bloc de papier, format demi-14, avec des dessins récents. Elles choisirent un croquis de la librairie Shakespeare et une esquisse du chevet de Notre-Dame de Paris.

Ce fut un après-midi merveilleux, parce que j’avais donné, grâce à mon activité artistique, du bonheur. Et ces fillettes m’en avaient apporté davantage encore ! De surcroît, le produit somme toute très modeste de ces ventes me permit de rendre mon compte bancaire créditeur à nouveau (à peine quelques euros).

Cherté de la vie en France (les visiteurs étrangers s’en plaignent beaucoup), baisse de la fréquentation touristique causée par les attentats, pouvoir d’achat des nationaux érodé: Oui, cet été s’avère difficile et pour éponger toutes sortes de dettes contractées à cause de mon activité de dessinateur, je suis amené à fixer des prix au ras des pâquerettes. Plutôt vendre à perte que de ne pas vendre du tout!

Cet aspect douloureux des choses, je ne le laisse jamais percevoir à mes interlocuteurs, dans la rue. Je me dit que je suis là pour engendrer du bonheur, et Dieu me protège en m’aidant à garder intacte l’inspiration dans un monde aussi violent et décourageant à maints égards.

L’art de survivre dans les rues

Le pont Neuf vu du pont des Arts, en fin d’après-midi sous un soleil de plomb. J'y vais de temps en temps, car le panorama sur la Seine est superbe. Mais pour des raisons que j'ignore exposer ses dessins sur ce pont ne rapporte presque rien. Et il y fait terriblement chaud en été. (Dessin au crayon, format A3)

L'été, les ponts de Paris se transforment en salles de spectacle à ciel ouvert et les posters à l’effigie de la tour Eiffel abondent, vendus le long des quais par de petites mafias. Mais il y a très peu de dessinateurs et de peintres authentiques travaillant «devant tout le monde».



19 juillet 2016 



Au fil des soirées, j’ai appris que ce guitariste colombien si prévenant et affable, André, partage une chambre aux abords de l’Arc de Triomphe avec son frère. Ils disposent de treize mètres carrés, avec toilettes à l’étage.
André fait partie de la petite nébuleuse des musiciens qui jouent dans les rues de Paris pour mettre du beurre dans les épinards. Ces artistes ont un atout (par rapport aux dessinateurs) : quelques pièces de monnaie finissent toujours par dégringoler dans leur sébile. Mais le désavantage d’un tel labeur, c’est de ne jamais être assuré de retrouver sa place le lendemain. En hiver, André était presque seul sur le pont Saint Louis et ses notes de guitare délicatement égrenées chatouillait l’ouïe des passants dans le silence enveloppant alors les abords de la cathédrale.
 
L’anglais règne sans partage

Avec le retour des beaux jours, c’est devenu infernal sur le pont. Des groupes de musiciens monopolisent les lieux en début de soirée et se produisent pendant quatre heures au moins. Ils débitent des chansons dans un tel jaillissement de décibels que les autres musiciens, notamment André, se voient d’emblée exclus, amenés à jouer ailleurs.

C’est un comble: l’anglais règne sans partage sur le pont. Aucun artiste déployant un répertoire de chansons françaises ne se présente au public. Peut-être les Français aptes à enchanter les touristes avec «des musiques bien de chez nous» sont-ils trop fainéants pour tenter leur chance sur une «scène artistique en plein air» comme celle-ci. Partis en vacances ou ne voulant pas bosser tard le soir.

J’aimais bien dessiner sur le pont Saint Louis alors qu’André taquinait les cordes de sa guitare. Sa musique, simple et sereine, stimulait mon inspiration.

C’est un authentique artiste, et moi aussi je présume. Il s’avère difficile de toucher les gens quand la foule grossit. Plus personne ne fait attention à rien! Cet été, les touristes semblent pressés. Et ils sont en apparence désargentés. Un peintre, assez récemment, me racontait que des artistes comme lui récoltaient du blé en abondance sur les quais de Seine il y a une dizaine d’années. Les Américains leur achetaient des toiles à des prix honorables. Depuis quelques temps, ils négocient les tarifs et font comprendre que faute de remises cossues ils repartiront les mains vides.

Diviser les prix par trois

Et comme j’ai besoin d’argent, terriblement, en particulier pour acquitter mes contributions à la Maison des Artistes et rembourser un crédit, j’accepte de diviser mes prix par trois. Quelle violence, en définitive, que de voir s’envoler des dessins faits avec amour pour trois fois rien parce qu’il faut survivre! D’autant plus cruel que mes dessins, je ne les fait par imprimer par des tiers à l’instar de ces vendeurs à la sauvette qui croient séduire les touristes en leur infligeant d’affreuses tour Eiffel baignant des coloris criards.

Ce lundi 18 juillet, je m’était rendu, préalablement, au pont des Arts pour dessiner le pont Neuf, somptueux. Un Thaïtien m’aborda et s’exclama :« J’adore quand je rencontre des artistes comme vous qui ne trichent pas. Vous êtes le seul, pratiquement, à travailler à l’air libre. Vous me rappelez les impressionnistes…

Yann Le Houelleur 

Bouffées de nostalgie au métro Lamarck-Caulaincourt

Réminiscences d’un Paris qui avait du caractère et de la gouaille: les habitants du café Lamarck, au pied d’un escalier trop raide, se veulent les témoins d’une époque où les classes populaires avaient encore droit de cité à Paris. Ingrate, la capitale a chassé presque tous ses ouvriers, ses artisans: place au tsunami des bobos !

 


9 juillet 2016


 
Ils sont assez rares les endroits à Paris qui ont su conserver un esprit de quartier. Avec des habitants qui parlent fièrement de leurs racines et qui avouent s’y sentir bien malgré le remodelage accéléré de cette ville. Témoins d’époques sur le point de se diluer dans la mémoire collective. Personnages inattendu, pétris d’un sacré caractère, qui ont résisté à la pensée unique, ne ménageant pas leurs critiques à l’encontre de la caste politique prête à se vendre pour une bouchée de pain.

A l’entrée du métro Lamarck Caulaincourt, deux cafés font bon ménage: Le Refuge et la Lamarck. La terrasse du premier est toujours pleine à craquer à la belle saison, des stores striés de rouge et de blanc protégeant les consommateurs des exubérances du soleil. La terrasse du second, plus petite, est parfois quelque peu désertée, mais sa vocation est autre: outre un café ou un verre au comptoir, les riverains y achètent leur cigarette ou y jouent au loto. Le patron est un Asiatique dont tous ses clients apprécient la gentillesse. «Vous avez un pied en Asie, ici, et vous êtes pourtant dans le café le plus montmartrois qui soit», plaisante Benjamin, un grand gars se disant «patriote» marié à une Ivoirienne.


Geneviève, 78 ans, si coquette


Alors que je dessinais le café (Le Repaire) et l’immeuble d’en face, Geneviève se pencha sur mon dessin. Elle ne paraissait aucunement ses 78 ans, guillerette, coquette et un brin coquine. Sous son bras: une biographie d’André Malraux, un ouvrage qu’elle avait acheté à 3 euros chez un commerçant du quartier. Elle n’en croyait plus son âge : «Que d’années sur mes épaules, et j’ai perdu tant de monde en chemin.»

Elle avouait que pour vivre autant, il faut s’accrocher à la vie, avoir soif de vaincre les épreuves… » Sur les marches de l’escalier menant à la rue Caulaincourt, des jeunes gens discutaient. La tête gratifiée d’une superbe crête plutôt punk, l’un d’entre eux est cordier, une spécialité si peu connue dans la sphère de l’artisanat.


Jeunes provinciaux

Les artisans, tout comme les ouvriers, qui constituaient jadis le gros de la population montmartroise, semblent être une espèce en voie d’extinction. Ingrate, gouvernée par des élus si sensibles à maints lobbyings, la capitale a décimé les classes populaires, ou plutôt a condamné à émigrer en banlieue ceux qui en étaient l’âme. Paris est devenue une pépinière à bobos, «espèce» pas forcément antipathique, possédant des vertus, mais si bien «sponsorisée» par les socialistes, ces pourfendeurs des traditions et de l’esprit français.

En tout cas, c’est ce que pense un habitué du café Lamarck, obligé de continuer à travailler malgré son âge, en l’occurrence livreur, pour compenser une insuffisance quant à ses points de retraite. «La bourgeoisie de province a acheté à tour de bras des appartements pour ses enfants venus faire des études à Paris, et il est devenu presque impossible pour des gens modestes comme nous de continuer à y habiter. Ils ne sont pas forcément nuls, les bobos, mais ils ne font pas de vagues en raison de leur mentalité conformiste…»

Yann Le Houelleur

Saint-Louis, un pont entre les cultures

Photo prise par Jacques Ricard auquel je présente mes remerciements.

3 juillet 2016


 

Assurément, l’un des endroits les plus propices aux activités artistiques, à Paris: le pont Saint-Louis. Au gré des après-midi et des nuits, des musiciens, en solo ou en groupe, y tentent leur chance. Certains hélas en font un business plutôt rentable sans jamais acquitter une contribution. Et si cela me scandalise un peu, c’est parce qu’étant assujetti à la Maison des Artistes je suis « taxé » fort modestement par cette institution à laquelle je me fais un dévoir de déclarer mes ventes.

Toujours est-il que rares sont les endroits comme celui-ci où les artistes peuvent «se poser» librement et apporter leur pierre à «l’esprit de Paris» qui est un pont jeté entre tant de cultures… Liberté toute relative, fort heureusement tolérée, puisque deux caméras perchées à chaque extrémité du pont balaient de leur œil fébrile les environs.
Personnellement, j’apprécie particulièrement le musicien-chanteur qui, certains soirs, fait vibrer le cœur des passants sous une averse de belles phrases interprétées en portugais «com sautaque brasileiro». Et il est français, cet artiste, lançant à la cantonade : «J’aime le Brésil»…

Alors, je me sens à l’aise pour exposer quelques dessins tout en croquant le chevet de la cathédrale ou l’arche unique du pont de la Tournelle sous lequel défilent tant de péniches et bateaux mouche. Très peu de ventes, d’autant plus que je force jamais les intéressés : libre à eux de s’approcher de » moi s’ils veulent emporter un dessin sous leur bras. Sans exagération, je suis très certainement l’un des artistes les plus photographiés dans toute la contrée…

Ce soir-là (début juillet), je fus surpris aux  côtés d’une touriste asiatique par Jacques Ricard, un Parisien curieux de tout, perfectionniste et volubile, qui s’enorgueillit d’avoir pris 100.000 photos dans les rues de Paris en l’espace de cinq ans. Merci Jacques d’avoir tenu ta promesse… me transmettre par mail quelques photos.

Yann

HOTEL DE MAYENNE – Pour qui aime l’architecture du 17ème siècle, cet hôtel particulier est sans doute l’un des plus intéressants à Paris, surtout depuis que la partie centrale a été supprimée en 2012 pour mettre en valeur la belle porte rouge… En fait, il abrite le groupe scolaire des Franc-Bourgeois. Hélas, chaque fois que je le dessine, je ne réserve pas suffisamment de place sur la feuille pour le toit du bâtiment à droite. (Dessin fait le 27 juin 2016)

Rencontres et séance(s) de dessin autour de la cathédrale

L’une des plus belles rencontres de cet été : une heure à croquer Notre Dame en compagnie d’un jeune homme, Alexandre, prêt à se lancer dans le paysagisme. Fraternisation entre générations si distantes… J’ai le double de son âge!


1er juillet 2016



Enfin ! Pour la première fois depuis trois semaines, un dessin vendu sur la voie publique. Vingt-cinq euros. A la tombée de la nuit, une touriste habitant Toronto a opté pour un croquis au stylo feutre élaboré en février 2016, à travers les vitres d’un fast-food, place Clichy: un dôme surplombe un immeuble haussmannien dont le ton mauve contraste avec le rectangle rouge signalant une entrée de métro.
La plupart des dessinateurs qui tentent leur chance dans les rues de Paname referment leur carton vers 20 h en été. Pourquoi ne pas aller au-delà? Les artistes ont l’art et la manière, prétendument, d’annuler la marche des heures.
Cette année, les peintures, dessins et autres «productions graphiques» se vendent plutôt mal. «J’ai lu, je ne sais plus où, que les réservations d’hôtel ont chuté de 40 %», m’a dit Sylvain, un gars au tempérament coriace qui propose des bijoux, des pendentifs, etc., élaborés par lui-même. Il se souvient de «très bonnes journées, l’an dernier», où il encaissait 300 euros. Très bien pour lui, mais le marché au noir, ainsi toléré par les autorités, me choquera toujours. (Mes dessins, je les déclare aux organismes compétents!)
Pas de concurrence, quand on dessine dans la rue, car chacun apporte son style. Mais là où je ne suis pas d’accord, c’est quand des vendeurs à la sauvette gavent les yeux des passants avec des peintures de Paris en l’occurrence imprimées. Mes dessins, ce sont les miens, et les amateurs, même s’ils sont parfois peu nombreux, savent faire la différence.
 

Quelques conseils pour le coloriage

Précisément, c’est ici même, face à la cathédrale Notre-Dame, que s’est produite une des plus belles rencontres de ma vie. Un jeune homme, paisible et humble, me voyant dessiner, a demandé:«Je peux faire un croquis avec vous»? Il avait un bloc à dessin de format A4 avec lui, qu’il a posé sur le parapet du pont de l’Archevêché. Il a commencé avec un crayon à mine noire, puis il a puisé des crayons de couleur dans mes plumiers. Très doué, Alexandre! Un œil synthétique efficace, un trait sûr de lui, un sens inné de la perspective. Je lui ai donné quelques conseils pour «le coloriage» car il ne voulait pas s’en tenir au noir et blanc. Signifier le ciel, presque jamais 100 % bleu, est un casse-tête. Quant à la Seine, comment fait-il la restituer tant elle se marbres de reflets mouvants? (Un peintre de la qualité d’Albert Marquet savait si bien le faire…)

J’avais l’impression qu’Alexandre, c’était moi il y a trente ans, quand je dessinais dans des parcs et dans les rues. Il m’a raconté ne pas avoir connu ses parents, vivre seul et suivre des études de paysagisme. Il avait une vision à la fois aigre et douce de la vie. «Il faut avoir une bonne intuition quand on s’adresse à un inconnu afin d’éviter de se blesser inutilement».
Nous avons passé une heure ensemble, absolument délicieuse. J’espère lui avoir appris des choses. Le soir-même, sur le pont Saint-Louis, un vent d’une méchanceté inouïe a précipité un dessin dans la Seine. Sale temps pour les artistes, mais le rayon de soleil que m’a apporté Alexandre suffit à faire oublier tant de déconvenues.

Yann Le Houelleur

Sans doute l’un des plus beaux endroits de Paris : il s’y déploie une énergie positive assez exceptionnelle. Des nuées d’enfants contribuent à rendre cette place (mais aussi ce jardin) débordante d’allégresse.

 

29 juin 2016




Toujours aussi riante. Une note de gaieté dans une ville pas toujours drôle, l’ancienne place Royale fait voir la vie en rose… et en vert. Des marronniers jaillissent par-dessus la statue de Louis XIII et procurent une ombre un peu énigmatique, semblable à celle que ressassent les sentiers en forêt, avec des feuillages plus bleus que verts.

De tels arbres se hissent plus haut que les cheminées hérissant les toitures d’ardoises qui offrent une palette intrigante de violet, mauve et bleu. Les toits de la place des Vosges sont persillés de lucarnes et de mansardes qui sont autant d’yeux épiant, discrètement, le jardin où toutes les classes sociales se mêlent. Aussi bien des familles chanceuses, car habitant un si beau quartier, que des personnes venues de plus loin. Les touristes qui visitent Paris en quelques jours ne manquent pas de s’aventurer en ces lieux aussi incontournables que Notre Dame, la Sainte-Chapelle, la place des Abbesses.

La place des Vosges est avant tout un espace privilégié pour les enfants qui sèment leurs cris, leurs rires, leurs pleurs en toute liberté, et qui s’extasient à la vue des nuages de sable que suscitent des coups de vents parfois brutaux prenant les Vosges en otage. Les allées quadrillant le parc, en effet, sont tapissées de sable.

Vers 18 h, en été, le jardin se vide de sa jeunesse car il est temps, pour les familles, d’aller préparer le dîner, et certaines mamans ont beaucoup de mal à convaincre leurs marmots de cesser leurs jeux. Le public fréquentant l’endroit change peu à peu: des couples, certains d’une élégance singulière, s’engagent sur les allées pour rejoindre, dans le lacis de rues tout autour, un restaurant où ils couleront une soirée aussi gourmande qu’apaisante. Le Marais cultive un certain art de vivre à la française plutôt discret dont la place des Vosges est presque le passage obligé.

Curieusement, c’est à peine si l’on entend le murmure de l’eau… Quatre fontaines aux vasques surélevées ornées de mascarons déploient leur crinière argentée, contribuant au charme de la place des Vosges.

 

Yann Le Houelleur

 

La place Saint-André des Arts : ses cafés, ses tags, ses pavés et ses beaux immeubles…

 

Passage obligé pour les touristes se rendant dans le quartier Saint-Germain, cette place est aussi un lieu de détente aux terrasses de si nombreux cafés.
 


22 juin 2016


 

Quels changements n’a-t-elle pas subis, la place Saint-André des Arts, depuis que le peintre Takanori Oguiss y a posé son chevalet ! (Cet artiste d’origine japonais a longuement vécu à Paris.) C’était en 1936 : des immeubles d’un aspect encrassé, égayés toutefois par des publicités peintes à même les murs, écrasaient des petits cafés sagement assoupis. Sur ce tableau (que l’on peut voir au centre culturel Pompidou), seuls quelques passants errent sur les trottoirs.

Quatre-vingt ans plus tard, les immeubles font pâle mine (blancs, ocre, gris). Des tags géants d’un goût douteux ont remplacé les réclames Suze et autres marques d’antan et les terrasses de cafés forts nombreux ont conquis du terrain ; un déferlement de chaises et de tables prises d’assaut à toute saison. Il y a des motos garées un peu partout, ce qui contribue à gâcher le charme d’une place pourtant si belle, où pléthore de signaux, en particuliers sens interdits, compliquent la lisibilité de l’endroit et y introduisent une pointe d’hostilité.

Matelassée de pavés roses et mauves, la place joue un rôle de carrefour entre plusieurs portions de Paris : par la rue Saint-André des Arts et par la rue Suger, les touristes peuvent gagner le quartier Saint-Germain des Prés. Dans l’autre sens, ils filent vers les quais de Seine, via la place Saint-Michel.

La place Saint-André des Arts est aussi bien un lieu de passage que d’ancrage pour ceux qui choisissent de couler un moment de détente à terrasse, notamment, du Clou de Paris. Un soir, en semaine, désireux d’échapper à la persistance de la pluie, je me suis assis là, sous une bâche blanche résistante. (En fait, une pluie diluvienne.)

Quelques coups de crayons et de stylos feutres ont suffi pour redécouvrir le charme de cette place qu’en définitive je connaissais si peu. A plusieurs reprises, par la suite, j’y suis retourné, fasciné par sa polychromie et par la variété des styles architecturaux qui s’y côtoient. Aussi bien Haussmann puis l’art déco que le Moyen-âge: la rue Suger, par son tracé et son étroitesse, remémore cette époque, même si les maisons ont été érigées plus tard…

Yann Le Houelleur

MONTMARTRE – Maudite pluie : elle a détruit quelques dessins, me prenant de court, mais elle n’a pas réussi à décourager le coup de crayon. Réfugié dans un café de la place des Abbesse, le Petit Montmartre, le dessinateur a repéré cette rue pavée qui mène les touristes vers un escalier dont il faut gravir les marches plutôt copieuses pour accéder à la basilique du Sacré Chœur. (Dessin fait le 17 juin 2016)

Savoir se laisser enchanter…

Le Marais est plus beau que jamais, grâce à tant de restaurations de bâtiments rondement menées. Mais de nombreux passants ne prêtent aucune attention à cette architecture pléthorique, régis par le seul désir de consommer dans les boutiques qui ont pris d’assaut le quartier. Manque de culture? 


16 juin 2016



N’est-ce pas ça, la vie d’artiste: de la persistance, de la souffrance métamorphosée en contemplation et en inspiration, de la modestie (les vrais artistes, pas les brasseurs de couleurs pour galeries prétentieuses) face à cette impitoyable réalité : faire de l’art, c’est frayer avec la magie, et la magie n’a pas de prix. L'art peut fort bien se résumer à un don de soi, pour autant qu'il ne bascule pas dans le narcissisme, qu'il s'expose, qu'il se propage, qu'il donne envie: la beauté du geste, un point ce sera tout.

Alors, en attendant le grand voyage (probablement celui outre monde, chacun y a droit un jour !) je me laisse enchanter par de magnifiques façades, fragments de paysage urbain, sites historiques, endroits un peu délaissés à portée de main… Je jouis de cette propension à regarder, interpréter des choses auxquelles la pupart des passants n’accordent aucune attention.

Par exemple, ces deux hôtels particuliers cote à cote, dans le Marais, au croisement de la rue des Archives et de la rue Pastourelle, donnent l’illusion de se trouver au pied d’un château tant ils sont robustement et élégamment conçus. Parce que le soleil, quand il brille, se plait à remodeler les façades à sa guise, plongeant une partie des façades dans l’oubli, ces bâtiments datant du règne de Louis XIV dégagent un certain mystère exacerbé par le portail toujours fermé donnant sur une cour d’honneur, avec cette touffe d’arbres d’un vert tapageur prêt à sauter par-dessus le haut mur longeant la rue des Archives.

De si nombreux passants, venus dans le Marais pour faire du shopping, pour se gaver de marques, de griffes, pour souscrire à des achats (souvent) compulsifs et futiles, ne se rendent pas compte de la splendeur et de la valeur historique de ces bâtiments pour eux d’une extrême banalité. Car ce gens-là ne savent pas se contenter de ce qui est la joie même des pauvres doués d’une certaine culture: se laisser conquérir, ravir par de belles choses au coin de la rue… des choses que les frustrés et les immodestes vont chercher au loin à prix d’or alors qu’ils ne savent pas goûter le bonheur en toute simplicité.

Yann Le Houelleur

 

C’est ça la vie d’artiste !

Encore un été sans partir… hors de Paris et sa région. Les vacances, c’est pour les autres, et je ne suis pas le seul… Mais plutôt que de me plaindre, de m’angoisser, mieux vaut continuer à dessiner, cultivant l’émerveillement accessible, dans les rues où en définitive on rencontre passablement de gens merveilleux.

 


16 juin 2016


 

Il paraît que 60 % des Français (lecture d’un article récent, mais où donc ?) ne partent pas en vacances. Mais dans une société où de moins en moins de personnes semblent travailler «officiellement», dans une France en pleine décadence où la valeur travail est massacrée, notamment pas la CGT qui empêcherait volontiers tant de gens de faire des affaires, a-t-on tant le droit que ça à des vacances?

En tout cas, les vacances, ce devrait s’apparenter (opinion toute personnelle) à une récompense. Plaisir de profiter pleinement d’un moment longuement rêvé après une période vouée à toutes sortes d’efforts, de contraintes, de privations. Opportunité de se découvrir plus serein, comme un oasis de réconciliation avec soi-même et tout autant avec les autres à travers la perception de belles et bonnes choses. Mais ces gens qui partent tout le temps en vacances, en voyage, ces vantards qui vous jettent à la figure, débordants de prétention, qu’ils sont allés dans telle capitale ou sur telle île, pour moi ce ne sont pas des vrais vacanciers, à peine des capricieux, des gens blasés, incapables (souvent) de s’émerveiller car banalisant l’évasion!
 
Si vous êtes seul...

Cette année, comme auparavant, je n’aurai pas droit à des vacances. Comment un artiste, si mal payé, auquel on donne souvent (mais avec un sourire qui vaut souvent tout l’argent du monde) des expédients, souffrant pour renouveler son matériel, ne mangeant qu’une fois par jour, pourrait-il partir au loin, faire « un break », voir d’autres horizons avec le dessein de régénérer son mental, son inspiration.

Nous vivons dans un monde à la fois de gens merveilleux (j’en rencontre) et de tordus. Si vous êtes seul, en proie à la tristesse, en quête de réconfort, «on » vous proposera avant tout de l’alcool, de la came, du foot, des jeux, de la débauche, de l’extase au rabais, des antidépresseurs, des promesses miroitantes, mais qui aura la générosité de vous emmener, en voiture ou en train, dans un bel endroit (ce peut être un musée aussi, ou même un restaurant) où tout respire la joie de vivre et où vous serez à même de sentir pétiller en vous des forces, des ressources intérieures froissées voire piétinées.


Antoine, vendeur d’un livre (écrit par lui)


Au fait, à propos de «gens merveilleux» : pendant que je dessinais, le mercredi 15 juin à la place des Abbesses, rencontre avec Antoine, un séduisant blond aux yeux très bleus, 23 ans. Il a réussi à entrer dans le monde des adultes sans une once de méchanceté, d’une gentillesse, d’une cordialité et d’une douceur absolues. Un ange, un vrai. Après avoir été veilleur de nuit dans plusieurs hôtels, il a décidé de mener sa barque à ses risques et périls. Antoine vend, dans la rue, un livre qu’il a édité à son compte. Vingt euros chaque exemplaire, soit un bénéfice d’environ 15 euros. Doué d’un sens commercial irrésistible, ce jeune auteur arrive à s’en sortir, certes modestement mais dignement.

Antoine a conscience de la nécessité d’évoluer, de bifurquer vers d’autres activités mais pour l’instant il jouit des plaisirs que lui octroie la rue, entre autres voir le soleil faire étinceler les pavés des rues montmartroises et rencontrer des personnes de caractères. «Maintenant (ce sont les mots d’Antoine), j’ai suffisamment d’expérience pour être même, s’il le faut, commercial dans une grande entreprise… car la rue, c’est très formateur.»

Un exploit que de vivre d’un tel job: vendre des livres en plein air, dans un monde dont on dit qu’il donne la priorité absolue aux images et à la superficialité.

yann

GARE DE LYON - Elle est unique en son genre, la gare de Lyon : la seule à Paris à signaler sa présence par une tour aux dimensions impressionnantes : 67 mètres. Quant aux 4 horloges animant chacune une face du beffroi au-dessous du dôme de zinc, elles ont un diamètre de 6,4 m, et leur couleur bleutée semble parfois avoir été empruntée au ciel tout autour. Ce dessin a été fait à la terrasse d’une superbe brasserie, l’Européen. (9 juin 2016)

La place Maubert, un air bien parisien !

Un sentiment de décontraction, une certaine joie de vivre sont à savourer sur cette place à mi chemin entre la cathédrale et le Panthéon.  

 

13 juin 2016



Apercevant un inconnu en train de dessiner le Café du Métro où il travaille, un serveur lui a dit: «Vous avez raison de vous intéresser à notre place qui a bien du charme, un charme très parisien».

Cet inconnu, c’est moi, Yann. On m’y voit peut souvent, à la place Maubert. Dommage, car elle respire une certaine une joie de vivre hélas égratignée par la circulation si intense le long du boulevard Saint Germain. Truffée de commerces et des cafés-restaurants, la place est un carrefour stratégique où se rejoignent tout à la fois le boulevard St-Germain, la rue Lagrange, la rue Frédéric Sauton, la rue Maître Albert, la rue Monge et la rue des Carmes. Elle en brasse donc des passants, entre autres des touristes! Pour eux, c’est un passage obligé puisque la place Maubert se trouve à mi-chemin entre la cathédrale et le Panthéon.

De très beaux immeubles, cossus, de style haussmannien, font bon ménage avec des maisons plusieurs fois centenaires mouchetées de fenêtres étroites dépourvues de tout balcon. Plusieurs îlots du Paris médiéval exécré par les urbanistes de Napoléon III ont été épargnés, et nombre de ces îlots appartiennent au quartier latin où foisonnent les curiosités architecturales.

Trop de clochards

Un article paru en 2010 dans «Sortir à Paris», un supplément hebdomadaire du «Figaro» décrivait ainsi la place Maubert: «Ni show-off comme Saint-Germain-des-Prés, ni bourgeois comme le Luxembourg, le quartier Maubert se targue d'un héritage universitaire qui le protège des facéties des modes faciles.» Un des éléments contribuant le plus à l’atmosphère décontractée émanant de la place Maubert est une ravissante fontaine éclaboussant un petit bassin inséré dans un carré de gazon, face à la terrasse du café du Métro. Or, toute la journée des clochards s’approprient cette pelouse, pourtant cernée par un petit grillage, et ils s’y affalent comme si de rien était. Ils sont sales, accroc à l’alcool, et ils pissent partout: leur présence se fait sentir à plusieurs mètres à la ronde…

Alors que je dessinais, plusieurs "gens de la rue" se sont approchés de moi pour me regarder et la plupart d’entre eux n’avaient même pas 30 ans.
J’étais un peu déconcentré (bien qu’ils ne soient pas méchants du tout) mais j’étais heureux de restituer un paysage aussi parisien : une belle terrasse de café avec des stores flamboyants, un colonne Morris proclamant en silence des spectacles, un réverbère plein de volutes et d’ornements en sa partie supérieure, des arbres à la crinière fournie ondulant au gré des vents… 

Yann Le Houelleur

C’est ici que Picasso a peint Guernica…

Dans le 6ème arrondissement, un bâtiment plusieurs fois centenaire a fait l’objet d’un imbroglio juridique plutôt hallucinant. La Chambre des Huissiers de Paris voulait le céder à un groupe hôtelier alors qu’il abrite un atelier où Picasso a vécu de 1936 à 1955.  

 

7 juin 2016


  

La rue des Grands Augustins compte parmi ces voies atypiques rappelant un peu le Paris d’autrefois, quand Napoléon III n’avait pas encore reconfiguré la capitale. Une rue étroite, un peu sinueuse, sombre, triste, desservant quantité de maisons anciennes et humbles voire gondolées.

Aux numéros 5 et 7 se dresse un curieux ensemble de bâtiments: encadré par des immeubles «ordinaires», un hôtel particulier de deux étages, agrémenté de mansardes, dans le plus pur style Grand siècle. Une belle porte ferme l’accès à une étroite cour d’honneur tapissée de gros pavés. Le fronton, triangulaire, ne comporte aucune sculpture ou ornement ; par contre la grille, joliment ouvragée, est ornée de deux initiales entrelacées : HS. Soit, hôtel de Savoie.
Il m’a fallu une heure environ pour réaliser un dessin de petit format, dont je ne fus pas trop content car j’aurais dû me lâcher davantage.

Après coup, j’ai repéré une inscription, sous forme de plaque, sur le côté droit de la porte : «Pablo Picasso vécut dans cet immeuble de 1936 à 1955. C’est dans cet atelier qu’il peignit Guernica en 1937. C’est également ici que Balzac situe l’action de sa nouvelle Le Chef d’œuvre Inconnu.»
 
Curieusement, j’ai éprouvé une sorte d’appréhension à faire un tel croquis, comme s’il émanait de ce site des vibrations particulières. Ainsi, le génial Picasso a-t-il engendré des chefs d'oeuvre dans un grenier, par-dessus-la cour d’honneur! C’est en consultant des sites sur Google, le soir-même, que j’ai appris l’incroyable imbroglio juridique dont cet hôtel particulier fait l’objet, puisque le propriétaire, la Chambre des Huissiers de Justice de Paris, avait envisagé de céder la totalité des murs à une société spécialisée dans l’immobilier, en vue de l’implantation d’un hôtel de luxe.

Or, il semble que le Conseil national pour l’Education artistique, qui avait occupé les lieux et par ailleurs financé la restauration de la façade, ait remporté un bras de fer via la Justice, obtenant la suspension de cet aberrant projet. Je n’ai pas très bien compris où en sont les choses à l’heure actuelle, cette lutte devant les tribunaux faisant l’objet de recours émanant des deux parties, mais bien évidemment je suis touché par une telle affaire. Comment se fait-il qu’un endroit aussi riche, d’un point de vue artistique, soit menacé par l’avidité d’une chambre syndicale dont les membres (les huissiers) sont crédités d’un minimum de culture?

 Yann Le Houelleur

 

 

PLACE DU MARCHE SAINTE CATHERINE - Des réverbères, des petits bancs de bois, une mosaïque de pavés, des stores de restaurants proclamant une certaine joie de vivre (sept cafés-restaurants cote a cote) : la place du marché Sainte Catherine, dans le Marais, reflète un art de vivre à la française. Surtout en été, quand les touristes s’y aventurent par milliers... (Dessins fait le 5 juin 2016)

Passant inaperçu, mais si beau: l’hôtel de Nesmond


Le long du quai de la Tournelle, masqué (sauf en hiver!) par d’abondants feuillages, se dresse un corps de bâtiment comparable aux plus beaux hôtels particuliers du Marais. Il fut construit par un haut magistrat, lors du règne de Louis XIV. Plus aucune trace, par contre, de la fabrique d’absinthe et de liqueurs qui a occupé ces lieux au 19ème siècle.


10 juin 2016


 

A la belle saison, il passe inaperçu, réduit à l’état de fragments dispersés par la prédominance de feuillages qui sont autant de nuages… Tout autour de cet hôtel particulier, à l’angle du quai de la Tournelle et de la rue des Bernardins, des platanes témoignent une belle vigueur.
Pourtant, l’hôtel de Nesmond s’avère l’une des plus belles demeures de la rive gauche, fait de la même étoffe que les plus prestigieux des hôtels particuliers du Marais. La porte cochère donnant sur le quai des Tournelles (N° 55/57) est surmontée d’un fronton triangulaire. Elle signale d’emblée l’origine seigneuriale de cette imposante qui par son concept et par son style s’enracine dans le grand siècle. La porte elle-même, en bois, oscille entre le vert et le bleu en fonction de l’ensoleillement et de la luminosité.

Toitures de grande envergure

L’hôtel de Nesmond a succédé à un bâtiment qui fut la résidence du panetier de Philippe le Bel au quatorzième siècle. Il y a du Louis XIII comme du Louis XIV dans ces façades se déclinant avec harmonie autour d’une cour d’honneur aux dimensions généreuses. Plusieurs niveaux de toitures de grande envergure truffées de mansardes contribuent à rendre plutôt exubérant cet hôtel particulier d’apparence si sobre.

En réalité, il porte le nom d’un magistrat au Parlement de Paris, Théodore de Nesmond, qui avait épousé Anne de Lamoignon, fille d’un président du Parlement de Paris. Sous le règne du Roi soleil, les grands commis de l’état acquéraient, faisaient agrandir et embellissaient des bâtiments situés dans plusieurs quartiers jadis et toujours privilégiés. Ainsi, dans le Marais, se dresse le magnifique hôtel de Lamoignon aux façades elles aussi percées de hautes fenêtres à meneaux. (L’hôtel de Lamoignon offre des façades toutefois plus surprenantes car ruisselantes d’ornements et de sculptures dont l’hôtel de Nesmond, si sobre, est dépourvu.)

Une certaine tristesse quand même

Hélas, rares sont les passants comme les touristes qui s’extasient devant l’hôtel de Nesmond. Et pour cause: le vaisseau gothique de Notre Dame surplombé d’un mât gigantesque (la flèche) accapare leur regard. Paris est d’une telle richesse, d’une telle diversité que les monuments, édifices et sites historiques finissent pas s’y livrer une «concurrence» impitoyable.

Ceci dit, malgré son charme incontestable, l’hôtel de Nesmond transpire une certaine tristesse voire mélancolie. Reflet d’un Paris devenu, par certains côtés aseptisé à force d’avoir évacué toute activité industrielle et d’avoir asphyxié (en de si nombreux quartiers) les couches populaires. Jamais, dans la journée, les hautes fenêtres ne s’ouvrent pour laisser apparaître un individu, fut-il fantôme. Comment pourrait-on imaginer qu’au 19ème siècle et au début du 20ème cet hôtel particulier, aujourd’hui morcelé en appartements, a abrité une fabrique d’absinthe et de liqueurs. Le succès de cette production fut tel que la famille Joanne, alors propriétaire des lieux, se mit à construire une seconde usine à Ivry-sur-Seine. En 1885, un incendie tua trois ouvriers et détruisit une partie des installations, ainsi que le rappelle Denis Cosnard, l’auteur du blog «des usines à Paris» (http://lafabriquedeparis.blogspot.fr). Sur le blog, on peut voir une photo, prise en 1910, où le fronton de la porte de l’hôtel de Nesmond au 55 / 57 quai de la Tournelle renferme une horloge.

Nombreux sont les hôtels particuliers, à Paris, plus particulièrement dans le Marais, qui furent défigurés par des activités industrielles et artisanales. A l’issue de travaux de restauration, ils ont retrouvé leur splendeur d’antan. Certains sont mêmes devenus des musées.

Yann Le Houelleur

NOTRE DAME - Vue du quai de Montebello, elle brandit, à la fois massives et légères, ses tours et sa flèche: la cathédrale ! Pendant tout l’été, des millions de touristes la contemplent sous toutes ses coutures. (Dessin fait le 6 juin 2016)

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Patrick Canhan | Réponse 14.06.2016 12.27

Je découvre ce blog grâce à flickr.com/photos/110805203@N04/. Toutes mes félicitions pour ton excellent travail, sincère et aussi précis qu'évanescent.

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Commentaires

14.06 | 12:36

Né à Belleville et aimant ton travail : https://www.flickr.com/photos/patpardon/collections/72157627544273902/

...
14.06 | 12:27

Je découvre ce blog grâce à flickr.com/photos/110805203@N04/. Toutes mes félicitions pour ton excellent travail, sincère et aussi précis qu'évanescent.

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10.06 | 14:00

Un réel plaisir d'avoir fait ta rencontre Yann et encore merci de m'avoir laisser immortaliser ce moment ;)
A la prochaine... et un grand bravo pour ta galerie!

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02.06 | 23:08

Merci à vous Yann pour parler avec moi sur le Pont Saint Louis autours Napoléon et votre avis de Paris. Je ne t'oublierai jamais!

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