Octobre2020

CLICHY-LA-GARENNE : Rencontre fructueuse

 
Le projet « Dessins de rue » se poursuit dans les rues de plusieurs communes, avec croquis et articles mêlés. Puisque nous sommes encouragés (au plus haut niveau) à cultiver nos vertus tricolores, faisons en sorte de privilégier les arts, la culture et la belle et libre écriture.
 
(22 octobre 2020)

C’est fou de voir à quel point la Covid a pu révéler de traits propres à l’être humain, avec toutes ses contradictions et imprévus ! Et puis, faut-il constater, cette crise sanitaire n’a fait qu’ériger de nouvelles barrières entre riches et moins riches, d’un point de vue aussi matériel que spirituel.

Voici « le Dessinateur » dans les rues, à nouveau, en vue d’une seconde expo Dessins de Rue. Car la première mouture a vraiment eu du succès quant aux réactions recueillies. Il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin et poursuivre l’aventure.

Curieusement, avant de partir à Clichy, sur les traces d’un été où j’avais beaucoup dessinés dans les rues de cette ville pleine de surprises, à la fois provinciale et parisienne, je reçu un message facebook : « Oui, il nous faut résister. » Il émane d’un restaurateur qui lutte pour sa survie, sa famille, tous les soirs aux fourneaux, une épée de Damoclès au-dessus de lui en ces temps de mise à l’épreuve constante.

Résister au milieu de tant de gens qui abdiquent : comment faire ? J’admire les gens qui luttent pour leur survie ou pour une juste cause. L’époque me fait toujours détester davantage ceux tirant profit du malheur envahissant et ceux qui se plaignent le ventre plein.

« QUE FAIRE D’AUTRE ? »

Juste avant de me mettre à dessiner - Pavillon de Vendôme (NFP n° 7 et 8) puis boulevard Jean Jaurès - j’appelle un copain dont les propos me semblent de plus en plus incohérents. Il vient de terminer son boulot consistant à « télétravailler » dans son loft, au cœur d’une autre banlieue. « Je vais me reposer jusqu’à dimanche quand je reprendrai le travail. » Je lui parle de la crise sanitaire, et voilà cette incroyable réponse à laquelle j’ai droit : « Il faut accepter les choses comme elles sont. Que veux-tu faire d’autre ? » De la résilience ? Non : la plus « pure » lâcheté, celle qui revient à penser que nous sommes trop petit(s) pour changer quoi que ce soit. Avec plusieurs dizaines de millions de Français déblatérant les mêmes inepties, on est cuit d’avance.

Semblables mot sont la résultante de tant d’individualisme et de transhumanisme. Impossible de continuer comme cela !!! Il y a toujours quelque chose à faire, fut-ce au coin de la rue. Les sphères associatives ne manquent pas et elles attendent les bonnes volontés. La voie est libre pour les initiatives de toute sorte. A commencer par ces maraudes qui fort heureusement se multiplient, sans lesquelles les artères de nos villes deviendraient des cimetières.

PRISE DE CONSCIENCE

La nuit est encore belle, sur le trottoir, boulevard Jean Jaurès. Des souvenirs estivaux bruissent dans ma tête. Mais alors que les feuillages se parent de troublantes et poignantes couleurs, les passants pressent le pas, d’autant plus stressés que le couvre-feu « menace ». Recueillement, par contre, dans l’ église Saint-Médard : les vitraux témoignent une luminosité croissante au fur et à mesure que se densifie l’obscurité.

A 20 h, un cycliste se présente : Ismaël. Il me donne, sans que je ne demande rien du tout (je ne mendie guère, me contentant de dessiner), un euro : « J’aime les artistes ».
Sympathiques paroles, qui sont le point de départ d’une fructueuse discussion. Ismaël, encore jeune, fait partie de ces citoyens qui voient dans le Covid une opportunité de rebondir. Tout au moins de se poser la question de leur rôle dans la société. D’emblée, il évoque cette prise de conscience soudaine du gaspillage, de la rareté des matières première, du rapport de l’homme à l’argent.

"NOUS SERONS TOUS CONTROLES"

En plus d’un« petit boulot » qu’il aime et dont il parle, Ismaël est un libre penseur très éclairé quant aux conséquences de la crise. « Elle est liée à des événements qui découlent eux-mêmes de la crise des subprimes en 2008, non résolue. Les dettes se sont accumulées, les Etats se sont révélés impuissants à prendre les problèmes à bras le corps (…) Dans dix ans, vous verrez, l’argent sonnant et trébuchant aura disparu et la monnaie au quotidien sera virtuelle. »

Eh oui, nous serons tous contrôlés, peut-être même muselés. En réalité, la crise sanitaire, qui en France s’accompagne d’une crise sociétale et d’une remise en cause de la citoyenneté, est révélatrice d’un nœud de questions graves impossibles à dénouer. Toutes les problématiques convergent et finissent par n’en faire qu’une.

Dans le droit fil de ces constats, Ismaël évoque l’effondrement de l’enseignement et de la connaissance. Effectivement, nos contemporains ont pris tellement l’habitude de s’octroyer davantage de droits que de devoirs qu’ils confondent, pour beaucoup, absolument tout. Et le monde devient inaudible, indéchiffrable autrement qu’avec les lunettes de l’illusoire et du fantasme.

Nous nous quittons bien trop tôt, couvre feu oblige. Je suis heureux que nous ayons pu échanger nos adresses numériques pour prolonger cette conversation. Cela ne m’étonne pas : friand de culture et de savoir, Ismaël me confirme qu’il aime beaucoup écrire…

Yann Le Houelleur
Rue de Choiseul : dessin fait sur la terrasse du Bistrot d'Edmond
Paris en pleine délisquescence
 
Le long des boulevards désertés par les touristes, les restos fonctionnent au ralenti et les magasins écoulent leurs stocks d’invendus…
 
Un beau soleil déverse ses rayons de miel après le déjeuner. Mais certaines terrasses sont à moitié vides ou carrément fermées. Ce soir débutera une nouvelle forme de « confinement nocturne ».
Alors, Paris se donne l’illusion de faire la fête une dernière fois.
«Hier soir, les restos étaient plein le long des Champs Elysées et nous profitions de notre dernière nuit de liberté », relate David, qui prétend resté éveillé 24 heures sur 24 pour se tenir au courant de l’actualité.
On lui souhaite du courage : cette même nuit, les télévisions ne parlaient que de cet acte ignoble : la décapitation d’un enseignant dans une école du Val d’Oise. Les consommateurs qui papotent aux terrasses des restos semblent avoir occulté pareilles atrocités : ils évoquent déjà, pour certains, la Noël. « Drôle d’époque ». Sanglante et cynique.

LE BISTROT D'EDMOND

Oui, cela fait tout drôle de dessiner, mon bloc à croquis posé sur l’une des tables en extérieur du Bistrot d’Edmond jouxtant la station de métro 4 Septembre. Ce fut l’une des sources privilégiées de mon inspiration, quand je vendais mes dessins dans les rues alors ruisselantes de touristes. Le Centaure, devenu un immeuble de bureaux, est une merveille, brandissant deux cariatides géantes réfugiées sous un fronton cintré. A ses pieds, donc, l’entrée Art Déco du métro 4 Septembre avec des balustrades ornées de feuillages ondulants d’un vert plutôt sévère que côtoient deux boîtes aux lettres.
Un serveur se penche vers moi. La mèche trop longue, il est comme la plupart des Parisiens plus pressés que jamais : pas eu le temps de passer chez le coiffeur. Il est vrai que le confinement, puis la période incertaine qui s’en est suivie, a bouleversé notre emploi du temps… Cet homme me tend une carte indiquant un autre resto : « Votre ami Rubens travaille là-bas, place de la Bourse, maintenant… »

RUE DE BUCI...

Le Nicaraguayen Rubens, les bras semés de tatouage et les yeux brûlants d’intensité, je l’ai connu à l’époque où j’écoulais en soirée quelques dessins rue de Buci faits sur place. Il travaillait dans un café fréquenté par la crème de la crème, et un soir il m’a défendu alors que j’étais agressé. Puis il a trouvé du boulot chez Edmond avant de « déménager » place de la Bourse. Bientôt, je reprendrai contact avec lui. Tout change si vite.
Paris, en tout cas, a bien changé. Ravagée par la Covid, désertée par les touristes, cette capitale a des airs fantomatiques et même pathétiques. A quoi servent donc ses monuments prestigieux jadis pris d’assaut par le tourisme de masse ? Une simple déambulation le long de la rue du 4 Septembre puis de la rue Réaumur, naguère le Fleet Street parisien (les grands journaux y avaient leur siège, à l’instar de France-Soir), me permettra de constater une multiplication des graffitis et tags. Façades blafardes et poussiéreuses, innombrables bars fermés et, signe des temps, magasins liquidant leurs stocks ou proposant des vêtements de seconde main. Vagues de déstockage laissant présager un futur chaque jour plus vague…

SAINT MICHEL

Cette même sensation de déliquescence, je la retrouverai, en fin d’après-midi, sur la rive droite de la Seine, à Saint-Michel et à l’Odéon. Il y a encore un an, les derniers flots de touristes égayaient des rues festives tard le soir malgré l’approche du froid. L’anglais, l’espagnol et l’allemand se déclinaient à tous les carrefours. Les vitrines commençaient à proclamer l’avènement de la Noël. Ce samedi 17 octobre, à 19 heures, une onde d’affolement secouait les badauds…
Vite, il leur fallait faire un ultime achat avant le déclenchement d’une longue période de couvre feu instauré par un gouvernement tout aussi affolé. « Nous sommes en guerre », avait déclaré Emmanuel Macron, quelques mois plus tôt. En guerre contre le terrorisme islamiste, en guerre contre l’hypothétique résurgence des gilets jaune, en guerre contre la ruine économique, en guerre contre la négation de la liberté d’expression, en guerre contre les beaux souvenirs de naguère…

EN GUERRE CONTRE...
 
Pourquoi un tel vocabulaire martial, comme s’il fallait nous habituer à vivre avec de mots déplacés dans un monde voué à la multiplication des foyers de guerre civile ?
Le long du boulevard Saint Michel, une surprise : un magasin aux couleurs de « Normal » venait d’ouvrir ses portes. « A ne pas confondre avec Hema, m’indiqua une caissière. Notre enseigne est d’origine danoise… » Et la lumière fut : le Danemark, pays frugal au sein de l’Europe, adepte des restrictions budgétaires, alors que la France reste le pays de l’abondance... Que de contradictions !
Normal « offre » des sucreries et des produits d’hygiène corporelle en vrac: au gré d’allée étroites, entre des rayons croulant sous des emballages aux couleurs percutantes, les consommateurs s’extasient… comme dans un musée ! Les prix des articles oscillent entre 2 et 5 euros.
Tout un programme : le bas de gamme s’est invité dans les quartiers du luxe. De ce point de vue, pas de doute : la France est en train de s’écrouler tout en écoulant ses stocks d’invendus…

Yann Le Houelleur

CHER(E)S AMI(E)S, RETROUVEZ UN DELUGE DE DESSINS ET DES FLOTS D’ARTICLES DANS LE PROCHAIN « NOUVEAU FRANC-PARLER », DEBUT DECEMBRE.

Expo Dessins En tous Sens à Gennevilliers

10 et 11 octobre :
un rayon de soleil pour les créateurs…
(et leur public)

Ces 8ème PODADA se déroulent alors que la filière artistique a été touchée de plein fouet par le tsunami de la Covid. La majorité des artistes sont embourbés dans la précarité. Ils ont besoin de divulguer leur travail mais aussi de vendre…


TOUT D’ABORD, nous présentons nos excuses à tous nos amis artistes qui pourraient se sentir offensés par… l’Association Rebondir qui, dans le but de financer son journal, le NFP, est passée à l’offensive… Disons le d’emblée : le 10 et 11 octobre, ce seront tous les artistes de Gennevilliers et des cinq autres communes formant la Boucle Nord de Seine qui seront à l’honneur. Pour beaucoup d’entre eux, c’est l’un des seuls moments de l’année où ils ont toute latitude pour entamer un dialogue avec des amateurs d’art et même des badauds et curieux. Les communes concernées, outre Gennevilliers, sont : Argenteuil, Asnières, Bois Colombes, Clichy-la-Garenne et Colombes.

Art urbain, arts plastiques, céramique, design objet, graphisme, peinture et dessin, mosaïque, photographie, vidéo, etc. : tous les segments de l’Art  - avec un grand A -  sont  représentés, ainsi que nous l’avons constaté en feuilletant le dépliant PODADA édité à cette occasion.

Un secteur dévasté

Il convient de remercier les municipalités ci-dessus mentionnées pour l’intérêt qu’elles manifestent à l’égard des artistes et plus largement des acteurs du monde culturel. En effet, le secteur de la création a été dévasté, voire même en partie anéanti, par la pandémie de la Covid. Ainsi que nous l’avons évoqué dans l’édition n° 2 et 3 du NFP, les artistes comptent parmi les professionnels (lorsqu’ils sont déclarés auprès des autorités compétentes) les plus précarisés de France. A commencer par ceux qui, légalisé, doivent acquitter des cotisations sollicitées par l’Urssaf.

Un matériel onéreux

Nombre d’entre eux doivent se « démener comme de beaux diables » (expression un peu obsolète) pour survivre et s’approvisionner en matériel dans les magasins spécialisés. Un tube de gouache peut coûter jusqu’à huit euros.
Un crayon de bonne qualité (c'est-à-dire riche en pigments) revient à 3 euros et cinquante centimes.
Alors, BONNE CHANCE à nous tous, artistes, créateurs et artisans !
Puissent ces PODADA nous apporter un rayon de soleil réconfortant au seuil d’un hiver qui s’annonce terni par une épaisse grisaille.
Association Rebondir et Y. Le H

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Commentaires

19.06 | 07:03

Bonjour Yann, pas de nouvelles depuis mars 2020 ! Comment vas-tu ?

...
17.11 | 04:01

Bonjour Bruno! Merci, nous sommes voisins... Je n'arrive pas à "voir qui vous êtes" si toutefois vous habitez aussi la grande barre Victor Hugo à Gennevilliers!

...
14.11 | 18:55

Coucou Yann c'est bruno
Un ptit coucou que je trouve super ton site
Bonjour a sheriff
A bientôt
Bruno de Henri MUSLER toujours a VH

...
18.07 | 04:10

You can send me your email address too. Thanks

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