Au Fil des Jours - 3

(22 05 2014) - Voilà un endroit comme on aime à en rencontrer encore beaucoup dans la banlieue parisienne où la densification de l’urbanisme défigure pourtant tant de zones plaisantes : la rue Jean-Baptiste Clément, à Boulogne-Billancourt, rejointe par deux autres voies. De chaque côté, un café : à droite, le Saint Joseph se signale par ses stores rouges et à gauche le Lutetia, tout à la fois un café-restaurant et un hôtel, déploie des stores moins ostentatoires. «Vous avez raison de dessiner de telles choses», m’encourage une jeune femme retournant dans la rue Paul Casals, en fait une cour privatisée entourée d’immeubles assez chics. «Avant de vous voir, je n’avais jamais fait attention à ce petit coin de rue et aux belles couleurs sur les façades…»

(23 05 2014) - De même que l’habit ne fait pas le moine, les façades ne font pas l’intérieur... Surprise de taille, en remontant l’avenue de Clichy en direction de la place portant le même nom : une riveraine pousse la porte d’entrée d’un immeuble dont le crépi grisâtre suinte l’ennui. L’occasion de s’y faufiler et de découvrir les coulisses silencieuses de la tumultueuse avenue.

En réalité, il faut longer un couloir d’où part une cage d’escalier avant de faire irruption dans une cour intérieure d’une beauté troublante. Ici, les secrets sont bien gardés, derrière de hautes fenêtres (sur une demi-douzaine d’étages) dont la plupart sont à demi ou totalement closes par des volets d’un blanc presque nacré. Or, ces fenêtres émergent à travers une tapisserie verdoyante tissée de feuilles prêtes à s’envoler comme autant de papillons quand sévit le vent, lequel parvient même à se couler dans des lieux aussi confiné. Voila donc de la vigne vierge qui recouvert les quatre façades donnant sur la cour intérieure, exception faite des toitures de zinc laquées de soleil.

Au centre de la cour : un bouleau élancé. Vers 16 heures, en ce mois de mai, le soleil éclaire la cour de sorte que sa houpe, d’un vert translucide, s’apparente à un nuage en partie noyé dans l’ombre. Les vitres d’une porte à l’ancienne, donnant accès à une autre cage d’escalier, renvoient subtilement de tels reflets verts. Peinte en rouge bordeaux, cette porte est surmontée d’un triangle inversé et encadrée de fines nervures plissant la façade. Elle surplombe un escalier dont les marches légèrement incurvées (l’épreuve du temps…) sont délimitées, de chaque côté, par des rampes de pierre s’ouvrant comme des ailes d’oiseau à l’extrémité desquelles trônent des vasques de fleurs.

Dans des recoins délaissés par le soleil, d’énormes serpents sortent de terre, décrivant des vagues avant de partir en flèche à l’assaut des étages. Ces grosses racines se cramponnent de toutes leurs forces aux cordons (1) et de leurs morsures silencieuses à même les murs naît cette exubérante vigne vierge. Parmi les détails susceptibles de retenir l’attention: les balustrades où se déploient des motifs végétaux bien qu’en fer forgé. Des fleurs, il y en a partout, dans cette cour, à commencer par des pots et des bacs au rez-de-chaussée où poussent également des simples. Surcroît de fraîcheur éventuel: une fontaine gratifiée d’un gros bec attend qu’on la manipule pour offrir son filet d’eau.

En fin d’après-midi, la cour intérieure donne enfin quelques signes de vie humaine. De jeunes gens regagnent des appartements que l’on imagine bien coquet tandis que des mamans font le chemin inverse, allant promener leur(s) enfant(s). Avant de quitter cette enceinte, elles se délestent de quelques ordures : Paris ne serait plus Paris sans ses poubelles vertes qui se font partout une place au soleil et même à l’ombre.

(1)  Ce terme désigne les moulures horizontales démarquant les étages.

(13 mai 2014) - Il faut savoir en profiter : les longues soirées de mai et de juin... La nature devient un authentique théâtre d’ombres et de lumières où les arbres, bien sûr, tiennent un rôle de premier plan. Pourtant si largement bétonnée, propice à l’entassement humain, Gennevilliers possède quelques parcs magnifiques, en particulier celui des Sévines. Vers 18 heures, en semaine, les allées mi-jaunes mi-roses sont presque désertes, exception fait de coureurs et de jeunes gens un peu désœuvrés.

(15 mai 2014)  -  Se jetant dans la Seine à Villeneuve Saint-Georges, l’Yerres serpente à travers des communes où la nature conserve encore certains de ses droits, en particulier dans la ville portant son nom. A certains endroits elle n’accuse qu’un mètre de profondeur.

Yerres est une ville privilégiée dont les quelque 28.000 habitants n’ont pas à subir les affres des constructions en hauteur. Une ville humaine, qui ressemble plutôt à un grand village s’émiettant au milieu de parcs et d’espaces verts peuplés d’arbres magnifiques. Pas étonnant que des peintres célèbres (et d’autres moins connus) aient planté leur chevalet ici-même, sur les rives de la nonchalante rivière.
Striée de colonnades encadrant de hautes fenêtres, une vaste maison blanche se dresse face à un parc de 11 hectares. Un petit pont rappelle un peu le Giverny de Claude Monet. Ce fut la propriété acquise par Martial Caillebotte, en 1860. Son fils, Gustave, Caillebotte, l’un des fondateurs du groupe des impressionnistes, a peint 80 toiles à Yerres.


Le soir, des riverains arpentent des chemins longeant l’Yerres : ils en ont de la chance de s’épanouir dans un cadre de vie aussi vert. C’est le cas de Jean-Paul, un monsieur qui a fait de la peinture son hobby de prédilection. Il prend des cours à Yerres même. «Un peu plus loin, il y a une abbaye et il vous faut connaître aussi, sur les hauteurs de la ville, les restes d’un château. Notre municipalité a veillé à développer Yerres de façon à ce que les habitants continuent d’y vivre en harmonie avec la nature et à ce que le patrimoine historique soit mis en valeur.»

Survient, quelques minutes plus tard, une dame distinguée mais un peu triste qui se présente comme un peintre. «J’aime reproduire des œuvres de Caillebotte et il avait une manière extraordinaire de peindre l’eau de sorte qu’on sent vraiment l’éclaboussement des gouttes. »
Vers 19 heures, une lumière duvetée enveloppe les massifs d’arbres jaillissant sur les deux rives de l’Yerres. Y poudroient, encore, pour quelques minutes, des éclats de jaune et de vert tendre. La petite rivière se plaît à leur servir de miroir. «Voyez-vous comme les reflets des feuillages sont ici sublimes»,s’enthousiasme l’artiste-peintre.

(Il s'agit d'une photo du dessin fait le 12 mai: bientôt, celui-ci sera dûment scanné, d'où une meilleure qualité.)

(12 mai 2014) - S’il fallait faire abstraction des bâtiments qui l’encadrent, la Place des Vosges se résumerait à un tissu de sons chatouillant et berçant l’esprit. Un endroit privilégié sur lequel, habituellement, les tumultes de la ville n’ont pas prise et où la décontraction est de mise.

D’abord, les murmures et chuchotements des quatre fontaines dont le vent, qui s’invite si souvent sur la place, émiette et dispersent les tresses argentées comme autant de notes de musique. Ensuite, la rumeur confuse des badauds et touristes qui déferlent le long des allées quadrillant le square. Encore faut-il que brille le soleil : dès que le beau temps s’instaure, la place se met à frémir. Parfois, même  - abus si regrettable -  des individus peu respectueux de la sérénité collective allument des transistors pour s’enivrer de musiques hideuses. Alors, un gardien les interpelle et tente, opportunément, de les déloger.

A cela s’ajoute les froissements d’ailes des pigeons dissimulés dans les feuillages des marronniers et toutes sortes d’oiseaux dont, certains soirs, des coucous de sinistre augure.

A 21 h 30, à la belle saison, les portes du square se referment et la prestigieuse place sombre dans un silence presque parfait, tandis que les façades des 36 hôtels particuliers disposés tout autour se teignent d’un surcroît de rose. Quelques voix se font encore entendre ainsi que les tintements de couverts sur des assiettes en porcelaine: le restaurant Ma Bourgogne accueille ses derniers clients. Ce doit être merveilleux de s’endormir dans l’un des appartements dont les fenêtres à carreaux donnent sur le square. A elle seule, la place s’apparente à un rêve.

Commentaires

19.06 | 07:03

Bonjour Yann, pas de nouvelles depuis mars 2020 ! Comment vas-tu ?

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17.11 | 04:01

Bonjour Bruno! Merci, nous sommes voisins... Je n'arrive pas à "voir qui vous êtes" si toutefois vous habitez aussi la grande barre Victor Hugo à Gennevilliers!

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14.11 | 18:55

Coucou Yann c'est bruno
Un ptit coucou que je trouve super ton site
Bonjour a sheriff
A bientôt
Bruno de Henri MUSLER toujours a VH

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18.07 | 04:10

You can send me your email address too. Thanks

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