Dessiner, c'est le pied !

Que ce soit debout ou carrément assis sur la chaussée, j’aime à dessiner dans les rues de Paris, de sa banlieue, dans les sites historiques ou même en province. Mon atelier préféré se trouve ainsi à l’air libre, et cela me permet de rencontrer toutes sortes de personnes, certaines fort attachantes, qui m’encouragent et me racontent un peu de la vie de leur quartier.

Compagnons inséparables lors de mes déplacement: des plumiers en bois achetés... au BHV, dans lesquels mes crayons et bâtons de pastels ne prennent pas la poussière...

Certains dessins me laissent une impression de bonheur et de soleil au milieu de la grisaille des jours qui passent. Tel cet après-midi de février 2008, quand j’ai dessiné des friches industrielles dans le quartier de la Mooca, à São Paulo, situées sur un terrain en bordure d’une voie ferrée qu’enjambe un pont. J’avoue que le dessin fut assez réussi et j’ai gardé de ces instants coulés à la Mooca un souvenir exquis… Quatre ans plus tard, j’ai vécu un moment assez semblable, dans un décor présentant bien des similitudes avec celui décrit à la Mooca, dans un quartier à la charnière d’Asnières et de Bois-Colombes… aux abords de la gare Just Lisch. (voir photo suivante)

Peut-être suis-je amené à choisir certains de mes sujets en fonction d’émotions empruntées de manière inconsciente à mon album de souvenirs au fond de mon cœur. Le 23 mars, j’ai éprouvé de l’enchantement à voir se dresser, dans un quartier d’Asnières, la gare-vestige de Just Lisch, au bord de voies ferrées, dans une zone très convoitée par les promoteurs immobiliers. Une dame m’a salué, soudain : je l’avais rencontrée quelques jours plus tôt dans un autre quartier d’Asnières. Elle s’intéresse, elle aussi, au sort de la gare Just Lisch, et elle a accepté de me prendre en photo. Le soir, quand j’ai vu celle-ci, je me suis souvenu d’un dessin élaboré à São Paulo quatre ans tout juste auparavant, dans un décor assez semblable et dans des circonstances comparables. Troublant, pas vrai ? (Voir photo précédente.)

C'est à la tombée de la nuit que je préfère dessiner, quand le soleil brouille les détails des choses vues à contre-jour et leur donne une autre dimension. Il faut que l'œil s'y habitue et que l'inspiration soit aussi féconde que la capacité d'observation, afin de restituer, autrement, malgré tant d'écueil oculaire, la réalité appréhendée. Ici: en train de dessiner dans une gare en Seine-et-Marne, le dimanche 1er avril 2012.

Tantôt assis, tantôt debout , tantôt à genoux : la position fluctue en fonction des jours, des circonstances, de l’état d’esprit, de l’agitation qui règne autour. La position accroupie est la plus redoutable : au bout de quelques minutes, le sang commence à se figer dans les jambes et il faut alors redoubler de vélocité pour terminer le dessin entamé. Photo faite à la Rotonde près de la gare de Longueville, en Seine et Marne, le 1er avril 2012.

Quand je diversifie mes instruments de travail (crayons, encre de Chine, bâtons de pastel, aquarelle) il m'arrive de m'étaler excessivement. Ici: en train de dessiner l'une des façades de l'usine Carbone-Lorraine à Gennevilliers, au printemps 2013.

Le retour du printemps éveille les sens et tonifie l'inspiration. Un beau souvenir: un dessin d'une église fait rapidement dans un petit village de l'Essonne, en avril 2013.

Voilà une page blanche qui ne va pas tarder à se prendre dans une toile tissée par une grosse araignée: la main droite déroulant des traits de crayon en tous sens. Dessin d'un petit pont sur la Juine fait en août 2013.

Au pied de la grande barre où j’habite, l’une des plus longues de France (elle fait 450 mètres), j’ai cédé à la tentation d’un dessin, fin février : des terrains en partie vague, tampons verdoyants entre le quartier des Agnettes et un écheveau de rue encore pavillonnaires, devraient bientôt faire place à de nouveau immeubles. (Tout au moins, selon des rumeurs.) C’est là qu’un jeune réalisateur de films et photographe, Alexis Helliot, m’a surpris au milieu de mes crayons, en pleine inspiration. (Le dessin, toutefois, dois-je avouer, n’était pas très réussi.) Voilà ce qu’il m’a écrit, quelques jours plus tard : «Très intéressant votre remarque sur les immeubles modernes et leur côté numérique. J'avoue n'y avoir jamais fait attention, mais maintenant, je trouve que c'est assez juste. C'est assez étonnant vos dessins, il faudrait que je retourne dans cette rue car dans mes souvenirs, c'était très différent. Mais c'est ce qui se démarque avec la photographie qui colle inlassablement à la réalité.»

Curieux dessin que celui d'un immeuble en brique réalisé le long de l'avenue Gabriel Péri, à deux pas de la grande barre où je réside. Commencé au printemps 2013, le dessin a été achevé en octobre de la même année, après qu'un une triste nouvelle me soit parvenue: la démolition prochaine de ce bâtiment voulue par la municipalité de Gennevilliers.

Parfois, j'ai l'impression d'être un lynx ou autre animal sauvage observant sa proie d'un oeil concentré: en réalité, les morceaux de paysages que je m'approprie et qui nourrissent mon inspiration comme mon imaginaire... (Avenue Gabriel Péri, Gennevilliers, octobre 2013)

Après avoir accroché des dessins sur les murs d'une salle de restaurant, l'envie me vint de dessiner. Une table semblait m'attendre à la terrasse d'un café plutôt chic, rue Mouffetard. Souvenir d'une belle journée de septembre 2013.

Retour sur image(s): l'immeuble que je viens de dessiner, avec des crayons et de l'encre de Chine, est condamné à mort à cause de la propension de la mairie de Gennevilliers à tout démolir, en proie à son délire de couvrir la ville d'un manteau de béton... Une honte!

La fin de novembre se termine par de beaux rayons de soleil... Il me fait en profiter, pour quelques dessins supplémentaires dans un endroit prestigieux: les quais de Seine, aux abords du pont Neuf.

Le must: dessiner sur le Pont neuf, depuis lequel la vue est grandiose, quel que soit le côté. En l'occurrence, ce jour là (le 1er novembre) j'ai interprété avec mes crayons le pont des Arts.

 Les artistes ont pris l’habitude, de plus en plus, de se couper du public. La plupart d’entre eux façonnent des images entre quatre murs, dans le plus grand secret, recourant (pour certains) à des technologies sophistiquées. J’ai pris l’habitude de dessiner en pleine rue, ce qui me permet de parler avec toutes sortes de personnes et même de nouer des amitiés. Evidemment, ce ne sont pas des grands chefs d’œuvre que je crée mais des dessins spontanés, compréhensibles par tous, le reflet d’un plaisir de voir et d’observer. On ne commercialise pas ce genre de «visuels» dans des galeries: tant pis, je suis en harmonie avec ma conscience.
Plus important encore: sur le pavé parisien et sur les terrasses des cafés, je noue des rencontres formidables, certaines mentionnées dans les pages de ce site.

Y. Le H.  

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Magda HL Artiste intuitive | Réponse 25.03.2017 16.26

Bonjour, Je trouve la démarche très sympa !! Je suis en pleine campagne donc... Mais bon ça fait réfléchir ! ^^

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Commentaires

06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

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21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

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18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

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30.12 | 10:55

Solidarité avec toi Yann ! Paris sans les artistes de rue n'est plus Paris ! Simona a tout à fait raison !

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