Juin 2018

PLACE DE LA CONTRESCARPE (suite) – Une fois de plus, j’ai envahi la terrasse d’un café, étalant mes affaires à dessin sur la table et quelques chaises à portée de la main. Il s’agissait du Delmas dont les serveurs, impassibles, m’ont laissé faire. Merci pour cet accueil ! Depuis cette terrasse, on voit une profusion de cheminées agglutinées les unes aux autres. (19 juin 2018)
PLACE DE LA CONTRESCARPE – Voilà un endroit vraiment rafraîchissant en été, avec pléthore de cafés formant une ronde étourdissante, tant le choix est vaste. Et tout au milieu de la place, sous des déluges de feuillages : une fontaine avec des nuées de jeunes gens réunis pour un pic-nic. (12 juin 2019)

Les jeunes (souvent) sont formidables !

Encore une belle rencontre avec des jeunes gens dont je pourrais (vu mon grand âge !) être le père et avec lesquels j’ai la chance de parler d’égal à égal. J’ai fait la connaissance de Chanelle et de Charlotte à la terrasse d’une brasserie, rue de la Harpe, alors que le ciel versait de grosses larmes. 

 

11 juin 2018


 

 

La vie passe très vite quand on franchit un « certain âge ». C’est le moment du choix. Opter pour la rancœur, le regret perpétuel, ou repérer autour de soi les germes d’un monde qui ne saurait s’avérer pire que la société actuelle. Voilà pourquoi, lorsque je dessine, j’aime discuter avec des jeunes gens, en particulier.

Malgré la différence d’âge, ils ont toujours des choses étonnantes à m’apprendre. Souvent même, parce qu’ils sont pleins d’une vitalité dont la sarabande des années me déleste progressivement, ils me font lamenter de n’avoir plus leur entière jeunesse. Mais j’ai observé que nombre de jeunes ne pratiquent pas la ségrégation avec les anciens, lorsque ceux-ci savent se mettre à leur écoute.

Et puis, je dois avouer une observation un peu cruelle. Le fossé se creuse toujours davantage entre les jeunes instruits, ceux qui sont conscients de la nécessité de prendre leur destin en main, et ceux qu’un mauvais environnement familial et le culte de l’assistanat à la française ont amené à s’engager sur des chemins chaotiques, voire précaires.

Dans ma banlieue, à Gennevilliers  - n’y voyez aucun préjugé, svp ! -  on parle souvent très mal le français, recourant à des mots vulgaires, sans saveur. Or, il m’a suffi d’entendre une jeune femme évoquer des « réminiscences », à la terrasse d’une brasserie rue de la Harpe, pour tendre l’oreille alors que je dessinais tout en prenant… deux cafés. Des jeunes qui savent parler un excellent français, il en existe encore, et c’est si rassurant !!!

Quand je croque, ainsi, le plaisir est double : exercer mon « petit art de rue » mais aussi écouter des inconnus parler, et m’informer de toutes sortes de choses que je ne « verrais » jamais dans les médias, lesquels sont en définitive un pâle reflet de la réalité. La réalité, c’est que foisonnent les personnes, jeunes et moins jeunes, dont les énergies positivent contribuent à mettre de belles couleurs dans nos cœurs et à embellir une société corrompue par tant de vanités et de prétentions futiles.

Plusieurs vies 

Chanelle Bernard fait partie de ces personnes, tout comme son amie Charlotte. Ensemble, elles se régalaient d’un bon vin, échangeant des propos de toutes sorte dans un français parfait qui me réjouissait. Nos regards, soudain, se croisèrent, et Chanelle m’adressa un compliment sur le dessin que j’étais en train d’achever alors que des trombes d’eau menaçaient de transformer les rues sinueuses du quartier Saint Michel en affluents de la Seine ! Fille d’un chercheur spécialisé dans la recherche sur le sida, elle se débrouille comme de nombreux jeunes dans la vie, menant plusieurs vies professionnelles parallèles. Un boulot à Canal + ainsi que des performances en qualité de comédienne, un métier qu’elle a épousé après des études commerciales.

Elle m’a épaté en me faisant part d’un rêve : écrire un bouquin sur les conversations grappillées dans les cafés, ici et là. Et c’est vrai que l’idée, quoi que simple, est géniale, car nous sommes tombés d’accord sur ce constat : c’est dans les bistrots, les cafés, les troquets que fermente la « vraie vie », que l’on rencontre des gens de toutes sortes avec lesquels peut s’instaurer, d’emblée, une complicité sans arrières pensées.


Chanelle m’a dit ne pas se considérer « optimiste » : j’ai perçu qu’elle était imprégnée d’utopies, et l’utopie n’est-elle pas la forme la plus accomplie de l’optimisme ? A un certain moment, je lui ai parlé de mon concept de la culture ; estimant qu’en France, le ministère de la Culture et de la Communication est relégué au rôle d’un administrateur de « lieux à visiter » et un promoteur d’événements institutionnels. Mais ce ministère, d’une certaine manière, est détaché de la réalité, car les artistes n’ont pas besoin, en principe, du ministère de la Culture pour vivre et créer. Celui-ci n’aspire aucunement à soutenir un « art populaire » basé sur la sincérité et l’authenticité des artistes.

Capital de sympathie

Les artistes, sauf un petit nombre de privilégiés qui savent faire des ronds de jambe en présence des autorités et décideurs, ne doivent compter que sur leur énergie et cette combativité inextinguible qu’est la créativité. Et c’est pour cette raison, sans doute, que les artistes bénéficient d’un capital de sympathie que tant d’autres leur envient. Pas tous les artistes, évidemment, mais il suffit d’entendre, un soir de pluie, un musicien emplir la rue de sons envoûtants pour se rendre compte que ces métiers précaires, parfois exercés au noir (pour se faire un peu d’argent de poche) apportent à la société une touche d’humanité qu’elle a perdu dans le dédale de ses médias voués à manipuler les masses… et à formater les esprits de manière à anesthésier tout velléité de citoyenneté.


En tout cas, Chanelle et Charlotte, vous m’avez donné beaucoup de bonheur, avec votre manière si raffinée de vous exprimer, votre intelligence flamboyante et votre cœur que j’ai senti « grand comme ça ».

EXPO ET VENTE DE DESSINS « PARIS EN TOUS » SENS DANS LE MAGASIN LAVRUT

Les originaux de huit dessins signés Yann sont accrochés aux murs de ce spécialiste des Beaux-Arts, 52 passage de Choiseul. Merci à Stéphane et à ses collègues qui m’ont accordé leur bienveillance. Prix de vente de chacun des dessins : 29 euros.

 


D’abord, toutes mes excuses si je donne la fâcheuse impression d’être un peu trop vantard. Je déteste me mettre en avant, mais la condition si difficile d’artiste m’oblige, parfois, à « faire un peu de marketing ». Car chaque fois que je vends un dessin, c’est un surcroît de survie dont je bénéficie et c’est surtout l’opportunité de pouvoir investir dans mon matériel de travail.


En ce qui me concerne, je m’arrange pour avoir (grâce à mes gains, mais aussi des dons que me font des amis) le meilleur matériel, d’autant plus que dans la rue, où j’élabore tous mes dessins, les choses s’abîment à vitesse grand v. Même le soleil, quand il castagne, s’en prend à la mine de certains crayons.


J’achète une grande partie de mon matériel chez Adam et Lavrut, deux magasins faisant partie d’un groupe d’enseignes à Paris et à Neuilly spécialisées dans les Beaux Arts qui ont mutualisé leurs achats et leur administration. Or, l’un des patrons de Lavrut, Stéphane, m’a fait une fleur en me proposant d’exposer huit dessins, pendant une durée de temps indéterminée, dans son magasin. Le plus incroyable est que je ne lui ai rien demandé : un jour, il m’a vu recouvrir un cartons à dessin de papiers transparent acheté « chez lui », et il a tellement apprécié le style, la spontanéité, l’exubérance des couleurs qu’il m’a offert de mieux faire connaître, ainsi, mon travail.


Un grand « merci » à Stéphane, Joël, et leurs collaborateurs et collaboratrices qui m’ont offert une telle opportunité de mieux divulguer mon travail.

 

Le meilleur accueil

Je leur ai confié, pour commencer, huit dessins que j’estime les plus significatifs quant à ma vision de Paris. Si vous désirez en acquérir un ou plusieurs, ils vous réserveront le meilleur accueil, dans une boutique très ancienne, le long du passage de Choiseul, où les clients bénéficient du meilleur choix et de conseils toujours appropriés.


Cela me fait très plaisir parce qu’au fond, en complément de mes « séjours » dans les rues de la capitale, où je me permets de montrer quelques dessins autour de moi tout en croquant, je rêvais d’un endroit où pouvoir dévoiler ma modeste production.


Le prix des dessins a été fixé (par Stéphane) à 29 euros. Chaque fois qu’un dessin « s’envolera », il sera bien entendu remplacé par un autre.

 

Rendre l’art accessible 

J’ai besoin d’aide en permanence. J’ai besoin de vendre. On me critique beaucoup à cause de mes prix bas, mais pour l’instant ma survie, si j’ose dire, est à ce prix, d’autant plus que je crois à une forme d’art authentique et accessible au plus grand nombre.

Je me méfierai toujours des artistes qui cèdent à la voracité des galeries et autres marchands d’art faisant croire qu’il faut être richissime pour s’offrir « une œuvre d’art ». Telle n’est pas ma vocation.


Je vous donne l’adresse de Lavrut, ouvert chaque jour (sauf le dimanche) de 9 h à 19 h (18 heures le samedi) :
52, passage de Choiseul, tout au bout de la rue Choiseul, à proximité du métro Quatre Septembre. Tel. 01 42 96 95 54

Longue vie à ce partenariat. Merci pour votre confiance et vos encouragements.


Yann

 

RUE VIEILLE DU TEMPLE – En début de soirée, ce bar est pris d’assaut par des riverains et des touristes : la bière coule à flots, tandis que le soleil badigeonne d’orange et d’or les façades de l’hôtel particulier hébergeant le musée Picasso. Une très bonne ambiance et de fort belles pierres… (31 mai 2018)
RUE RAMBUTEAU, RUE SAINT MARTIN – Toute la légèreté d’une journée estivale… Paris prend un air de fête quand il fait beau. (27 mai 2018)

MAUDIT VENT, MAUDITE PLUIE !

Les caprices et les sournoiseries du climat valent au dessinateur bien des surprises, certaines exécrable. Le vent cherche à jeter crayons et blocs à dessin dans la Seine. Quant à la pluie, elle a souvent détruit des croquis. Parfois, c’est le drame ! Un stress à toute épreuve…

 

29 mai 2018


 

C’est à la fois le plus élégant pont de Paris et le plus odieux. « Elégant » avec ses candélabres auxquels s’accrochent des anges facétieux. « Odieux » car il y souffle, la plupart du temps, un vent cinglant, d’une méchanceté sans pareille.
J’y vais assez souvent, sur le pont Alexandre III, car il me faut dessiner « des » tours Eiffel pour satisfaire certains touristes vénérant les "grands monuments".
Sans doute est-ce l’endroit où l’illustre tour se dévoile sous son jour le plus romantique. A ses pieds, la chevelure verdoyante d’arbres tranche avec la couleur sombre de sa robe métallique. Au premier plan, le pont des Invalides sépare le ciel et la Seine dont la mouvance bleutée comporte des nuances bien différentes.
A intervalles réguliers, des bateaux, de toute sorte, se faufilent sous les arches du pont.

Voilà, résumé en quelques traits, le charme de Paris !

Mais pour les dessiner, la Tour Eiffel et le pont des Invalides, encore faut-il affronter ce vent tyrannique susceptible, à tout moment, de redoubler d’intensité. Et ce samedi-là, 26 mai, je fus victime de sa roublardise et de sa perversité.
Habituellement, je prends soin de scotcher mes trousses à crayons au parapet du pont, à l’extrémité proche du Grand Palais. Or, j’avais omis de fixer, ainsi, l’une des trousses (au nombre de trois), pressé d’élaborer un tel dessin en raison du soleil qui cognait fort. Soudain, une main invisible s’empara de ladite trousse et la précipitât dans la Seine.

 

Imposantes péniches


Affolé, révolté, je regardais ma trousse flotter, emmenée, doucement, par le courant. J’avais envie de pleurer : moi qui me prive de tant de choses pour acheter un matériel de qualité, pourquoi me voyais-je ainsi persécuté par ce vent maudit ? Or, par chance, la trousse emprunta « un chemin » raisonnable plutôt que de dériver vers le milieu du fleuve. Elle se contenta de suivre le quai, en contrebas, à l’endroit où sont amarrées d’imposantes péniches. Assurément, elle allait poursuivre « son petit bonhomme de chemin » entre la coque de ces bateaux et ledit quai.

Après avoir rangé mes affaires dans mon sac à dos, je descendis les marches d’un escalier avoisinant et je courais vers les péniches pour guetter le passage, à leur pied, de ma trousse. Des bouées et des câbles métalliques s’offraient à moi pour me pencher vers cette bribe de Seine afin de l’attraper. Ce fut l’affaire de quelques minutes. Mais aussitôt, un inconnu, sur le pont d’une péniche, se mit à crier : « Vous êtes fou de faire ça, vous allez vous noyer ! ». Quand je me mis à lui parler, j’avais déjà ma trousse en main. (Seul un quart des crayons s’étaient détachés… perdus à jamais.)
 
J’avais récupéré la quasi-totalité de mon trésor. « Excusez moi, mais je suis un dessinateur assez pauvre et je n’aime pas voir mon matériel emporté par la Seine ; J’ai pris ce risque en toute conscience », m’exclamai-je en guise d’excuse.

Le climat régit ma « vie de dessinateur », souvent hostile. Il me faut m’adapter à tous ses caprices, toutes ses turpitudes. Evidemment, outre le vent, la pluie est ma principale frayeur. Piégé par de soudaines averses, il m’est arrivé, à plusieurs reprises, de perdre maints dessins.

 

Déluge à l'Ecole Militaire 

Deux jours plus tard, attendant un ami, j’étais assis à la terrasse d’un café à côté la station de métro Ecole Militaire. Soudain, sur le coup de 20 h, un orage éclatait et ce fut un déluge tel que j’en avais connu à São Paulo, quand les rues se métamorphosaient en fleuves atteints de furie.
Des trombes d’eau s’abattaient sur les stores protégeant la terrasse de la brasserie et je ne réalisais pas que la grande sacoche où étaient rangés mes cartons à dessins se trouvait à mes pieds, de sorte que l’eau qui s’étalait partout s’infiltra dans la sacoche.

Par chance, seuls les bords des cartons prient l’eau, et la bordure noire de mes dessins fut légèrement touchée. Seul un dessin eut à souffrir de l’humidité. Soudain, je me saisissais de la sacoche et la posais sur des chaises vides à mes côtés, un désordre qui me valut des regards hostiles de la part des serveurs, lesquels ne firent absolument rien pour voler à la rescousse des consommateurs.

Hélas, dans cette sacoche, j’avais laissé traîné un livre qui, lui, fut complètement abîmé.

Le soir, quand je regagnais « mon » appartement en banlieue, un stress épouvantable s’empara de moi. J’aurais pu perdre tous mes dessins, sous cette pluie diluvienne. C’est une folie que de voyager ainsi, dans Paris, avec du matériel maltraité, en permanence, par le temps mais aussi par la pollution, par la saleté, sans oublier les crottes de pigeon dont je suis parfois gratifié quand je dessine sous des marronniers. Même le soleil égratigne les feuilles de papier, d’une sensibilité exacerbée, qui tout natuellement préfèrent l’ombre.

Quand un inconnu m’achète un dessin, il ne saurait, c’est évident, imaginer le stress, les inquiétudes, les menaces auxquelles je fais face pour élaborer ces croquis vendus, en définitive, à un prix assez dérisoire.

Mais je ne vais quand même pas pleurer pour autant.

Gardons l’espoir : le plus important, pour moi, c’est de faire en sorte que mes dessins soient toujours sains et sauf.

Yann Le Houelleur

METRO ABBESSES – Cet édicule exubérant signé Guimard se mêle aux arbres tout autour. Chaque jour, des milliers d’usagers du métro défilent sous ces « feuillages métalliques », nombre d’entre eux étant des touristes qui se rendent à la basilique du Sacré Cœur. Il règne, sur la place des Abbesses, une atmosphère paisible et décontractée. (23 mai 2018)

A l’abris du déluge, au Dôme…

Un déluge s’est abattu sur Paris, entre 16 et 18 heures. J’ai pu trouver refuge dans une brasserie où les serveurs, forts courtois, me laissent en paix quand je m’étale avec toutes mes affaires à dessins tout en prenant un café.

 

22 mai 2018


 

 

Chaque fois que vais acheter des crayons et feutres chez Adam, magasin spécialisé dans les Beaux-arts, situé place Edgar Quinet, la même envie me chatouille : prendre un café au Dôme. Et profiter de cette pause pour dessiner la terrasse de La Rotonde, autre brasserie mythique le long du boulevard du Montparnasse.

L’atmosphère y est feutrée : les consommateurs se retiennent de parler trop fort. En tablier blanc, les serveurs sont aux petits soins pour eux, commençant par « le rite » de la commande en de tels termes : « Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? »
Or, ce mardi, à peine étais-je sorti d’Adam, un déluge se mit à s’abattre sur la capitale. Il me fallait rejoindre au plus vite, via la rue Delambre, le Dôme non seulement pour y dessiner mais parce qu’un abris s’imposait.

La pluie, méchamment, tambourinait sur la verrière protégeant la terrasse. Des passants, affolés, couraient vers la station de métro Vavin. Les sirènes de camions de pompiers se mêlaient aux claquements de l’orage. Ciel sombre fissuré d’éclairs.
Curieusement, ce dessin est « sorti » un peu triste, à l’image de cette journée qui s’apparentait à l’été, quand au mois d’août des orages éclatent en pleine journée, rafraîchissant une atmosphère devenue intenable.

Triste, ce dessin ? 

Denis, le serveur qui officie au cours de l’après-midi, m’accueillit en plaisantant : « Vous avez jusqu’à 19 heures pour dessiner car après, vous le savez, il faut libérer les tables en vue du dîner. Et il est déjà 18 heures trente. » En réalité, il n’était que 16 h 30 ! Malgré son caractère spontané, ce croquis m’a quand même pris près de deux heures ! Pour tout vous dire, j’ai même eu recours à de la térébenthine (laquelle dégage une odeur infâme… mais la salle était vide ce jour-là)  pour rendre plus lumineux les coups de crayons faits avec des « Luminance ».

Il me fallait aller acheter une bombe… en l’occurrence un fixatif d’excellente qualité et à un prix défiant toute concurrence, chez Lavrut à proximité de la rue Quatre Septembre. Certaines stations de métro s’avéraient fermées, d’autres étaient en partie inondées : je ne m’étais pas rendu compte que cet orage avait pris les proportions d’un déluge. Cinq minutes avant la fermeture, j’atteignais ma destination !

Le soir, rentrant chez moi, je découvris ce courriel émanant de François, un ami, ex-caméraman qui a bossé notamment sous les couleurs de TF1, « exilé » à Saumur où il ne cesse d’être sollicité pour filmer toutes sortes d’événement à titre gracieux : « J'espère que tu ne t'ai pas pris cet orage de grêle en pleine gueule avec tes dessins ».

Non, Cher François, tout s’est passé dans le meilleur des mondes. Merci de te soucier de moi. Mais il est vrai qu’à plusieurs reprises, dessinant dans la rue, j’ai été la proie d’averses soudaines. En particulier, il y a deux ans, sur le pont Saint Louis où j’ai perdu, dans de telles circonstances, cinq dessins ! Depuis, je fréquente beaucoup moins ce pont, d’autant plus qu’un soir d’octobre des agents de la Mairie de Paris, m’encerclant soudain, m’ont collé une prune, rejetée par la préfecture de Paris, qui m’a valu d’être convoqué à une audience au Tribunal pour… dépôt d’ordures.

Yann Le Houelleur

Courriel à un jeune de 30 ans atteint d’un cancer au cerveau


Si je n’avais pas été là, à 21 h, ce samedi 19 mai, au pied de l’Arc de Triomphe, dessinant tel un forcené ( !), je n’aurais jamais fait une rencontre aussi bouleversante, Les hasards de la vie nous donnent souvent des leçons de vie dont nous devons tenir compte.

 

Bonjour Raphaël,

(Il me faut préciser que sur « fb », j’ai modifié votre nom, afin qu’on ne puisse pas vous identifier… J’ai pris la liberté de partager ce texte, et peut-être n’aimeriez vous pas que votre nom véritable soit divulgué. Alors, je vous ai rebaptisé Raphaël)

Il ne faut pas vous sentir coupable, bien au contraire, si vous avez été la cause d’un choc en moi. Car la manière si intelligente dont vous m’avez abordé (« Pourquoi dessinez-vous au lieu de peindre ? »), le sourire que vous m’avez fait scintiller tout en me révélant votre drame, par la suite, cette manière bien à vous de créer la complicité dans la bonne humeur… Tout cela m’a bouleversé, marqué, incité à évoluer.

Loin de moi l’idée de me vautrer dans la sensiblerie. Mais par tout ce que vous avez vécu et souffert, par cette menace même que forge le cancer en vous recroquevillé, toujours prêt à semer son venin, vous détenez bien des clefs de ce que j’appelle « la vérité de la vie ». Autrement dit, vous avez compris des choses que les gens plus fortunés et chanceux que vous ne percevront jamais, et vous avez en vous un trésor.

Oui, comment envisagez la vie à trente ans quand on a un cerveau touché par le cancer ? Nous étions là, au pied de ce monument à la fois somptueux et un peu cocasse par ses proportions qu’est l’Arc de Triomphe. Il n’y avait pas beaucoup de touristes. Un vent aigre et vindicatif commençait à souffler : malgré tout, j’essayais de tenir bon pour terminer « mon » Arc de Triomphe, format A4, et vous aviez la courtoisie de me tenir compagnie, me parlant et me regardant dessiner.
Fabuleuse rencontre. Echanges de propos d’une fertilité incroyable. Très loin de ces futilités dont le monde, tout autour de nous, se repaît et auxquelles j’avoue céder si souvent, par faiblesse ou tout simplement parce que je suis un être humain comme les autres.

A un moment, vous m’avez dit : « Comment puis-je imaginer tomber amoureux d’une femme qui voudra, nécessairement, de moi des enfants alors que je suis atteint... » Phrase ô combien lucide et cruelle, car votre maladie vous prive de perspectives, vous obligeant, je présume, à profiter au maximum de ce que peut vous offrir l’intensité d’un moment présent, lequel peut se résumer, comme ce fut le cas ce samedi 19 mai, à une conversation entre « amis de passage ».

Moi aussi, je suis de passage sur cette planète, Raphäel. Qui de nous s’en ira le premier ? Car je crois dut comme fer que les armes de l’esprit peuvent terrasser les maux qui sont en nous, mais c’est un combat qui exige le meilleur de nous… notre quintessence. Et j’ai perçu en vous une gentillesse, une ouverture d’esprit, un désir de communiquer, de partager qui sont autant d’atouts pour que la maladie, peut-être, se rende compte que vous être plus fort qu’elle.

Excusez-moi, je n’ai pas les mots suffisants et opportuns pour vous dire tout ce que je ressens. J’espère simplement que vous les accepterez, car ils émanent du cœur.

J’espère aussi que vous accepterez le petit cadeau que j’aimerais vous faire. Vous avez repéré un dessin représentant une bouche de métro dans le plus pur style Guimard. Je vous le mets de côté, je vous l’offre bien volontiers.

Dites moi où et quand nous pouvons nous revoir afin que je sois en mesure de vous le donner, ce dessin, et j’aimerais qu’il vous porte chance.

J’attends de vos nouvelles.

Quant à l’Arc de Triomphe, je l’ai terminé à 22 h 30. J’étais mort de fatigue, j’avais zappé plusieurs repas, mais je me suis dit : « Tu l’affrontes jusqu’au bout, ce monument ! ». Les lampadaires et éclairages qui de toutes part ont prolongé le jour évanoui m’ont aidé, en quelque sorte, à prolonger cette séance de dessin. J’avoue avoir amélioré celui-ci chez moi, avec de l’encre Sennelier et du pastel gras, ce qui m’a valu d’aller au lit à quatre heures du matin.

Je pensais à vous, en toute amitié, en dessinant ainsi.

Avec mes meilleures pensées, Raphaël.

Yann Le Houelleur

PLACE DES VOSGES – Les pelouses étaient noires de monde, alors que le soleil tapait fort. Mais ce qui intéressait le dessinateur, avant tout, c’était le déploiement de ces façades d’un tout autre âge… dont le rose est indéfinissable puisqu’en fonction de l’ensoleillement et des heures il tire vers l’orange ou le rouge bordeaux. L’artiste a tout intérêt à « imaginer » des couleurs bien à lui ! (19 mai 2018)

Retour au Grand Siècle


Cela fait un bail que le dessinateur avait quelque peu délaissé le Marais et c’est bien dommage. Les plus beaux hôtels particuliers de Paris et certaines des plus belles portes y abondent… Voilà un quartier où il faut se sentir à l’aise pour donner libre cours à son inspiration, et ce n’est pas évident puisqu’il a été défiguré en partie par l’orgie commerciale (le règne des griffes) qui y sévit.

 

12 mai 2018


 

Il me faut faire un aveu : pendant plusieurs mois, je l’ai boudé, ce « quartier » de Paris… le Marais ! J’ai beaucoup de mal à supporter la défiguration que lui a infligé cette vérole commerciale qui en fait un haut lieu du shopping parisien… mettant en second plan la beauté des lieux, l’histoire si féconde des hôtels privés, héritiers d’une époque où la France comptait déjà tant de génies. En somme, le Marais a été relégué à une sorte de succulent décor dans lequel se joue la comédie de la consommation effrénée de produits haut de gamme et de fripes en tout genre.

S’il me fallait limiter mon regard à ce spectacle désolant, je fuirais le Marais… Mais je vais les parcourir à nouveau, en tous sens, ces rues tortueuses, parfois étroites, ayant échappé à la « rage haussmannienne » où abondent les portes majestueuses, les façades de palais savamment décorées et travaillées, les angelots et autres créatures veillant sur les passants, ainsi que les arrière cours si fraîches en été et quelques squares où l’on fait le plein de sérénité en toute saison…

Beau duo d'hôtels particuliers

Evidemment, l’une des rues qui m’inspirent le plus, dans le Marais, est la rue des Archives (tout comme la rue Vieille du Temple). Pour ce « retour en force » dans le Paris du Grand Siècle, il me fallait faire un dessin d’un bâtiment incarnant la puissance et l’élégance de l’architecture sous le règne du roi Soleil. Au croisement de la rue des Archives et de la rue Pastourelle, ce duo d’hôtels particuliers constitue un « semblant de château » émergeant derrière un mur percé de belles portes : ils s’agit de l’hôtel Le Peletier de Souzy et l’Hôtel Tallemant, dont la construction commença en 1642.

Je les ai dessinés à plusieurs reprises, ces bâtiments somptueux! J’avais coutume, alors, de m’asseoir à la terrasse d’un café, rue Pastourelle. Mais depuis, le trottoir a été squatté par des légions de scooters et motos, assurément les objets les plus hideux visuellement que l’on puisse trouver à Paris, dont le pullulement finit par gâcher toutes sortes de paysages.

Alors, cette fois-ci, je me suis tenu debout, mon carton a dessin posé sur une poubelle de la Ville de Paris…

Et pendant que je dessinais, plusieurs personnes  - certaines très chic, pas du tout des mendiants -  sont venues fouiller les sacs qui s’accumulaient au pied de la poubelle, laquelle semblait en fait abandonnée. L’une d’entre elles a ainsi fait main basse sur des habits qu’il a emportés furtivement.

Yann Le Houeleur 

RUE DU ROI DE SICILE – Ce dessin est un « demi mensonge ». Certes, j’ai élaboré ce croquis sur place, assis sur le trottoir ainsi que j’en ai l’habitude. Mais je l’ai fait entre 23 h et 1 h 30. Je ne voulais pas d’un «dessin de nuit» aux contrastes tranchants. Alors, j’ai imaginé qu’il faisait encore grand soleil… j’ai reconstitué les couleurs telles qu’elles seraient sans doute un plein jour. Après tout, un artiste peut se permettre ce genre d’entorse à la réalité. (12 mai 2018)

Un Chinois d’une stupéfiante grossièreté

Le dessinateur que je suis déteste qu’on le prenne pour un singe et qu’on veuille s’approprier ses dessins, déjà bon marché, à des prix de banane.

 

10 mai 2018



Qu’on se le dise : je n’ai rien contre les Chinois. Il m’est arrivé d’en rencontrer de formidables, en particulier cette dame mariée à un Guadeloupéen qui m’avait dit, alors que je dessinais place de l’Opéra : « La mémoire, c’est l’amour ». Mais ce qui m’agace le plus, c’est le tourisme de masse, si destructeur pour l’environnement, générateur de tant de dégâts.

Quand je « traîne » dans les rue de Paname, je suis souvent un objet de curiosité pour les photographes, que ce soit des Français amateurs de clichés décalés ou des touristes désireux de capter des atmosphères bien parisiennes. Mais il est évident que je déteste passer pour un « singe », sur lequel « on » se précipite sans lui demander son autorisation… Et ce 10 mai, un « incident » m’a mis hors de moi.

Je m’étais installé au début de la rue de la Bûcherie, un endroit rafraîchissant où une fontaine Wallace offre un filet d’eau, gratuit, dans une capitale où tout se vend à prix d’or. Soudain, un groupe de touristes chinois m’encercla, me matraqua avec des appareils photo de toute sorte. Puis un des leurs, qui s’exprimait dans un français très correct, me demanda le prix d’un dessin représentant l’Arc de Triomphe. « Vingt cinq euros ». Il m’observa d’un air narquois. Je lui tendai la perche : « On peut descendre jusqu’à vingt euros ». Ce monsieur, d’une évidente grossièreté, me répondit : « Vous les artistes en France, vous êtes tous les mêmes, vous marchandez toujours ». 

Quelle audace ! Ce monsieur devrait aller voir, chez les bouquinistes et dans l’éventail d’images proposées par des vendeurs à la sauvette un peu partout, ce que font ses compatriotes, en Chine, quand ils fabriquent des peintures de Paris exportées à Paris et constituant des attrapes nigauds.
Hallucinant ! 

Y.

 

 

METRO QUATRE SEPTEMBRE - Charmante place que celle-ci, à l’intersection des rues de Monsigny et de Choiseul. Tout à droite, non visible sur ce dessin : la bouche de métro Quatre Septembre, de style Guimard. Cette place est truffée de cafés et restaurant, dont Cojan, où je me suis assis pour prendre un café et, bien sûr, faire un croquis. (7 mai 2018)

Rue du Rhin, une délicieuse glace à la framboise…

Alors que je dessinais, dans cette rue en pente vers les Buttes Chaumont, une petite fille m’offrit une glace à la framboise. A l’intérieur, deux dames qui venaient d’inaugurer ce salon de coiffure m’adressèrent des propos réconfortants. Une jolie rencontre à l’aube de ce mois de mai magique.

 

4 mai 2018 


 

Ce bel immeuble, tout en briques, se dresse au croisement de cette rue avec la rue de Meaux. Il faisait une chaleur écrasante (compte tenu d’un mois réputé encore instable quant au climat) ce vendredi-là. Je pensais aller jusqu’aux Buttes Chaumont  - projet remis à plus tard, en réalité – et je découvrais quelques rues du dix-neuvième arrondissement, en pente, où règne une fraîcheur bienvenue en raison de leur étroitesse et de la hauteur des immeubles empêchant le soleil d’assommer les passants.


Je n’avais pas remarque, subjugué par l’élégance de cet immeuble, que je m’étais assis à l’entrée d’un salon de coiffure. Tout à coup, une petite fille vint me demander : « Vous voulez une glace, Monsieur ? » Deux dames, à l’intérieur, d’origine nord-africaine, m’adressèrent un sourire. Elles venaient d’inaugurer ce salon, heureuses d’accueillir leurs premiers clients.
Une glace délicieuse, fourrée de saveurs diverses, dont la framboise, et enveloppée d’une fine pellicule de chocolat noir. Cela me donna du tonus pour terminer ce dessin entamé au stylo feutre noir puis badigeonné de couleur… des crayons aquarellables.

  

« Vous allez nous porter bonheur » 


Quelle belle ambiance ! Des jeunes gens dévalaient la rue, en provenance des Buttes Chaumont, et les compliments fusèrent. « C’est super ce que vous faites, Monsieur ». Malgré leur comportement un peu tumultueux, ils étaient bien élevés et ils ne me tutoyaient pas, ce dont j’ai horreur, car sans respect les rapports humains sont inexorablement pourris.

 

Je tenais à remercier ces dames, soucieux de relever leur courriel pour leur transmettre, après coup, mes remerciements. « Vous allez nous portez bonheur », me dirent-elles avec une humilité touchante. Que c’est beau de rencontrer des personnes authentiques et bienveillantes à ce point, qui projettent de l’amour autour d’elles !

 

Yann Le Houelleur

 

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

...
21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

...
18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

...
30.12 | 10:55

Solidarité avec toi Yann ! Paris sans les artistes de rue n'est plus Paris ! Simona a tout à fait raison !

...
Vous aimez cette page