Mars 2019

SAINT-DENIS - Un très bel endroit, assurément (même si la ville de Saint-Denis n’a pas toujours bonne réputation) : le duo formé par la basilique et l’hôtel-de-ville, tous deux majestueux. Il existe d’ailleurs un projet visant à « rétrocéder » à la tour à gauche sa flèche. Un tel dessin a été réalisé dans un troquet sympathique, le Café de la Place, tenu par des personnes d’origine kabyle. (5 mars 2019)

« Flâneries crayonnesques » avec OOKulture

C’est en compagnie d’un jeune couple passionné de dessin que j’ai réalisé ce croquis de l’église Saint Germain de Charonne, au terme d’une balade dans le 20ème arrondissement. N’hésitez pas à vous renseigner sur les activités que propose une association inédite, OOK, dont l’adresse du site Internet figure dans l’article ci-dessous…

 

23 février 2019



Avec sa tour médiévale, son aspect champêtre, son apparence à la fois robuste et bourrue, Saint Germain de Charonne compte, assurément, parmi les plus anciennes églises de Paris. Certains éléments datent du 12ème siècle. En outre, elle est la seule à comporter un cimetière à ses pieds où des chats s’en donnent à cœur joie.

L’église se situe dans un quartier truffé de restaurants d’excellente réputation. En l’occurrence, le quartier Saint Blaise, devenu passablement à la mode. Charonne était jadis une commune indépendante, peuplée de quelque 600 habitants. Ce village fut rattaché à Paris lors du Second Empire, tout comme le furent la commune de Montmartre et tant d’autres.

J’ai élaboré ce dessin en compagnie de Maxime et Connie, un jeune couple qui a participé à une « balade avec pauses vouées au(x) dessin(s) » que j’organise de temps en temps, sous l’égide de l’association OOKulture, dont je vous donne volontiers l’adresse du site : http://ookulture.com

Pour ce qui est de facebook : https://www.facebook.com/ookulture

Détail amusant : Maxime et Connie se sont rencontrés lors de vacances au Brésil, pays où j’ai vécu pendant plus de quinze ans. Ensuite, ils se sont mariés et ils vivent, heureux, dans la banlieue parisienne. 

Le Marais, aussi…

Il m’arrive aussi d’emmener des amateurs de croquis, de tous niveaux, dans le Marais, le long de la rue des Francs-Bourgeois, et sur l’Ile de la Cité.

Mais j’avoue avoir un faible pour le parcours dans le 20ème, arrondissement qui permet de détricoter une succession de rues depuis le métro Avron jusqu’à  - précisément -  l’église Saint Germain de Charonne. Les balades sont sensées durer deux heures et demie, mais la plupart des participants sont tellement enchantés de dessiner à l’air libre («sur le vif» ainsi que le faisaient les impressionnistes) que j’oublie les rigueurs des horaires prévus.
Aussi, il nous arrive de crayonner gaiement jusqu’à la tombée de la nuit !

A chaque fois, je suis impressionné par l’enthousiasme de ces amateurs de dessin dont j’ai la charge. Ils apprécient beaucoup la mixité des matériaux et techniques proposés. Et il est vrai que j’emmène avec moi des sacs remplis de surprises…

Comme si nous étions dans un atelier à ciel ouvert, nous ne craignons pas de « faire un sacré désordre » sur les trottoirs. Nous étalons crayons, craies grasses, petits pots d’encre de Chines, feutres, etc.

J’aime à démontrer à ces compagnons d’un après-midi que pour réaliser un bon dessin, il faut faire sauter des verrous en soi : ne pas trop calculer préalablement les proportions, ne pas trop se soucier de certains détails, mais se lancer en toute inconscience et spontanéité dans la réalisation de son oeuvre. Je les incite à interpréter, selon leur cœur et leur fantaisie, les sujets observés. Et cela donne des résultats étonnants.

Je me souviens qu’au cours de l’été 2017, sur le pont Saint-Louis où nous dessinions le chevet de la cathédrale, une dame habitant à Colombes fit un dessin si réussi qu’un passant lui demanda : « Vous ne voudriez pas me le vendre ? » Et le dessin passa en des mains inconnues moyennant un billet de vingt euros alors que le mien fut boudé par ce promeneur ! L’élève avait surpassé le maître…


Des impasses charmantes

Or, e 20ème arrondissement se prête bien à des telles « flâneries crayonnesques» car il est très varié par les styles architecturaux des maisons et immeubles de tout style qui s’imbriquent les uns dans les autres, autour de rues plutôt étroites et rarement engorgées par un excès de circulation automobile.

L’un des charmes du 20ème, jadis semé d’industries, de hangars, d’ateliers d’artisans dont il ne reste plus grand-chose hélas, ce sont des impasses comparables aux « courées » si fréquentes dans les villes du Nord telles que Roubaix. Ces impasses parisiennes sont éclairées par des réverbères, certaines envahies par une végétation exubérante.

L’impasse Rolleboise, entre autres passages, mérite le déplacement ! Les maisons sont ourlées de petits jardins charmants et, vraiment, on oublie complètement qu’on se trouve encore à Paris.
La banlieue, il est vrai, commence à quelques centaines de mètres de là…

Yann Le Houelleur

Fébrile en fin de journée : la rue Vieille du Temple

Atmosphère particulière au coeur du Marais :  des autochtones côtoient des touristes, dans une bonne humeur inédite. Vers 17 heures, des bandes d’écoliers, prenant le chemin de leur maison, se montrent un peu trop agités, et des bagarres sans gravité éclatent parfois.

 

22 février 2019


 

C’est un endroit, au fin fond du Marais, où j’aime marquer une pause en fin d’après-midi, quand l’opportunité se présente. Rue Vieille du Temple : deux monde se font face et vivent en harmonie. A gauche, un café tout simple, le Saint Gervais, accueille une clientèle constituée en grande partie de riverains, parmi lesquels  - c’est clair -  beaucoup d’homos. La terrasse est toujours saturée de clients volubiles qui parlent de leur vie au quotidien.

A droite, de l’autre côté de la rue des Coutures Saint Gervais débouchant sur la rue Vieille du Temple : l’hôtel Salé, coiffé d’un toit monumental, dont la construction remonte au règne de Louis XIV, lorsque le Marais bourgeonnait d’hôtels particuliers incarnant, par leur envergure et leur élégance, la puissance de leurs propriétaires. Pour ce qui est de l’hôtel Salé, abritant le musée Picasso, il fut commandé à un jeune architecte par Pierre Aubert, un seigneur chargé de percevoir la gabelle, en réalité l’impôt sur le sel, que les Parisiens, ironiquement, ne tardèrent pas à surnommer l’Hôtel Salé. 


Agités et bruyants

Vers 17 h, ces lieux où se mêlent touristes et autochtones, connaît une grande effervescence, avec la sortie des écoles. Des lycéens, agitant et s’exprimant à voix trop haute, multiplient les amusements et les bagarres qui parfois nécessitent l’intervention de policiers. Un square, grand comme un mouchoir de poche, accueille des mamans veillant sur leur progéniture.

Hier, un Américain, origiaire de New York, a voulu acheter un dessin du café et de l’hôtel que j’étais en train d’élaborer, fixant lui-même le prix : 20 euros. Il fallait que j’accélère les coups de crayons de manière à ne point trop le faire attendre, et je me sentais sous pression d’autant plus que l’endroit est assez bruyant.


Etudiant aux Beaux-arts

Ce vendredi 22 février, je suis revenu en ces lieux, espérant que personne ne s’approprierait un autre dessin que je met de côté en vue de la prochaine édition du catalogue numérique « Paris en tous Sens ».
Comme la veille, j’avais posé des cartons à dessins contre la façade d’un magasin Labiche. Mais cette fois-ci, je fus prié d’installer mes cartons ailleurs. C’est un gentil garçon qui, aimablement, me demanda de recourir à une autre solution. Il fut très poli : « Monsieur cela vous ennuierait-il (…). Croyez-moi bien que ça me gêne de vous demander ceci… et pourtant, j’aime vos dessins ». Ce jeune homme m’avait parlé avec courtoisie et je ne m’y opposais nullement.

Plus tard, venant prendre de mes nouvelles alors que je dessinais encore sur le trottoir, il m’avoua en être à sa deuxième année (sur cinq) d’études aux Beaux Arts, une école située à proximité du Musée d’Orsay. Je me souciais de savoir s’il espérait trouver un boulot dans la sphère artistique : il n’en savait rien. Au moins apprenait-il, présentement, des « choses » très intéressantes étoffant sa culture générale. Déjà pas mal…

Yann Le Houelleur

LA MAIRIE DE PARIS ACCELERE SA TRAQUE CONTRE LES ARTISTES

Dessin fait en deux fois; entamé la nuit, le 12 février 2019, puis termine quelques jours plus tard dans des circonstances effarantes... (Format A3)

Boulevard Saint Germain, le jeudi 14 février, j’ai été la proie de la désinvolture, de l’arrogance et même de la cruauté de quatre agents municipaux qui m’ont infligé une amende sans même me remettre un papier justifiant leur verbalisation. De surcroît, pour faire pression sur moi, ils ont recouru à des mensonges. Il ne fait aucun doute que la mairie de Paris déteste les artistes de rue, qu’elle veut les exterminer, alors que notre chère Ville Lumière est la patrie de tante de peintres et d’artistes de talent. Au fond, quel manque de culture de la part de nos édiles et des agents chargés de sécuriser Paris !
Ces « flics municipaux » se sont même permis de chasser un SDF à côté de moi.
Je dénonce, une fois de plus, preuves à l’appui, un scandale… à l’heure où le Grand Débat bat son plein.

 

18 février 2019



Il fait partie des sujets de prédilection du dessinateur de Paris en tous Sens, aussi bien pour des raisons esthétiques qu’historiques : le clocher de l’église Saint Germain des Prés, le survivant d’un trio de tours qui signifiaient la présence de ce qui fut jadis une abbaye très puissante et détentrice d’une vaste étendue de terres s’étirant jusqu’à la Seine. Les autres, plus sophistiquées, comportaient des clochers, et les colères du climat ont eu raison d’elles, démantelées l’une après l’autres, avec une énergie diabolique qui devait atteindre son paroxysme pendant la Révolution française.

J’aime d’autant plus le dessiner, ce clocher, qu’il a fini par acquérir un sorte de présence énigmatique, décalée, dans un quartier devenu l’un des berceaux de l’ère haussmannienne. D’aspect maladroit, il est criblé de vantaux et de petites fenêtres d’où l’on s’attendrait à voir jaillir des pigeons, des chouettes, des faucons…
Des faucons, des oiseaux de malheur, par contre, il y en a quelques-uns s’aventurant sur les trottoirs pour faire respecter, dit-on, la loi. Ils sont payés pour ça, payés aussi pour enquiquiner le peuple à leur manière, si nécessaire en outrepassant leurs fonctions. Et j’en ai rencontré un quatuor (plutôt, une brigade), un après midi où le soleil devenu obstiné semblait se faire l’ange annonciateur de la belle saison.

Je tenais à le dessiner sur un format A3, chose devenue rarissime puisque les touristes du monde entier préfèrent l’A4, plus convivial et réputé moins cher. A vrai dire, j’avais entamé de dessin à 19 heures, deux jours plus tôt.
Alors, je me suis assis à même le trottoir, enfin heureux après une semaine épuisante. Mais comme à chaque fois que j’ « œuvre » dans l’espace public, j’installe une à deux planches étoilées de dessins, autour de moi.

Qu’est-ce que j’étais bien, ici même ! Un homme chargé de la sécurité, un noir très cool, travaillant chez Armani m’avait même souhaité la bienvenue.

« VOUS AVEZ UNE AUTORISATION ? »

Jamais je n’imaginais qu’un événement des plus vexants allait se produire. Soudain, un homme vêtu d’un costume cravate, accompagné par trois collègues, se présenta, s’exprimant trop vite comme pour m’impressionner. Il me présenta, rapidement, une carte bardée d’insignes aux couleurs de la République.
Je compris qu’il appartenait à la sphère policière mise au sein de la Mairie de Paris. Poliment, mais sèchement, il me fit cette question, tant de fois infligée par ses prédécesseurs : « Vous avez une autorisation ? » Sous entendu : autorisation de dessiner sur la voie publique. Ma réponse fut « la même, imperturbablement, que d’habitude » : « La Mairie s’en refuse à m’en donner, et ça fait partie de sa politique qui consiste à exterminer les artistes de rue, comme vous le savez, par votre biais… » « Mais non, ce n’est pas vrai, renchérit l’un de ces agents municipaux, il arrive que la Mairie accorde des autorisations, comme c’est le cas d’on monsieur qui se tient plus loin du côté de l’église… »

Pourtant, je n’étais pas en forme verbalement ce jour-là.
Pourquoi donc ? Je vous dois une explication, fort plausible. Quand je suis accaparé par la beauté d’un sujet, il m’arrive d’être « perché », dans un autre monde (ou presque), tout entier séquestré par mon sujet, comme si je venais d’ingurgiter une substance illicite. J’appartiens alors à ce sujet, dans un état parfois proche de l’extase. Le maximum de concentration s’impose. J’arrive à me fondre dans mon sujet, à lui appartenir en quelque sorte.

SE PAYER UN ARTISTE, C’EST SI JOUISSIF !

Alors, il me fallut bien du temps pour « redescendre de mon clocher », pour reprendre pied dans cette triste réalité : j’avais face à moi des agents municipaux, salariés de Mme Hidalgo, qui allaient me faire la fête, car de toute évidence, se payer un artiste quand on incarne l’ordre public, c’est si jouissif !!! Les artistes ne peuvent que susciter de la jalousie et de l’inquiétude, surtout quand ils ne se laissent pas acheter par le pouvoir en place. Pour certains, même, ils suscitent de la répulsion car on les imagine aisément désinvoltes, anarchistes, profiteurs, sans gêne, et leur indépendance est insolite dans un monde où nous nous laissons, en général, ligoter pas tant de puissances intéressées non par notre bonheur mais par notre porte monnaie. (L’Etat,  trop souvent, se comporte ainsi, force est de le constater.)

Et il y avait un sentiment de délectation au coin de leurs lèvres, avec une déclinaison de sourires quelque peu ironiques, à tel point que l’un d’entre eux, sans doute le plus sympathique, me fit la réflexion suivante : «  C’est vous qui agissez sur le Pont des Arts ? » Alors, je repris mes esprits, soudain : « C’est bel et bien sur ce pont que j’accordais, en décembre 2017, une sérieux d’interviews à Claude Boher, dénonçant la traque pour part de la Mairie de Paris dont les artistes font l’objet et mes manœuvres d’intimidation, les persécutions dont j’ai été la proie au fil des mois. Mais je n’ai jamais lâché, je ne me suis jamais couché devant vous et je n’ai jamais couché avec qui que ce soit pour obtenir des autorisations. Par contre, depuis cet été, j’ai appris que la Mairie de Paris avait mis des amendes à plusieurs artistes à une cadence accélérée, déployant une sorte de traque visant à les décourager. Les témoignages que j’ai retenus sont édifiants .»

LES POUVOIRS PUBLICS NOUS REDOUTENT ET NOUS MEPRISENT

Tout ceci, je l’ai dit sur un ton inhabituellement calme. Je l’ai dis haut et fort parce qu’à travers mon travail, mes agissement, ma conception des relations entre l’art et le public, j’ai conscience de défendre des confrères sans doute dans la même situation qui n’ont pas les mêmes facultés épistolaires et oratoire.
Et si nous autres, artistes, ne prenons pas conscience que les pouvoir publics, en réalité, nous redoutent et nous détestent, nous jalousant, nous allons mourir, et l’art de rue, auquel je tiens tant, sera massacré à tout jamais par des édiles qui ont les moyens de se payer un tableau une fortune ou qui se font offrir des œuvres d’art en échange de protection(s) accordé(e)s à leur auteurs.

Et dans ma lutte, j’irais jusqu’au bout, parce que j’ai 57 ans, une expérience riche, parce que j’ai eu le privilège de vivre à l’étranger d’être biculturel, d’avoir fait et de faire encore de la politique. Alors, quand un agent municipal la tête pleine de « procédures » s’adresse à moi, il ne m’impressionne guère car c’est si confortable de recevoir un salaire émanant de pouvoirs publics pour ratisser un maximum d’amendes afin de bénéficier d’une promotion.

Tout cela est scandaleux, infâme, contraire à l’esprit de la République et à la démocratie.

Par contre, les bouquinistes et tant d’autres peuvent continuer en toute impunité à vendre des dessins 25 à 30 euros, qu’ils achètent environ 3 euros la pièce aux fournisseurs. La plupart de ces gravures sont imprimées, puis repeintes par de petits mains, dans des pays lointains.

La traque, elle, vise plutôt des Français, souvent liés à la Maison des Artistes, capable d’interpréter sur place, entre autre exemple, des architectures aussi complexes que le gothique (Notre Dame, en premier lieu) et l’art nouveau cher à GuImard et Lavirotte. Tout simplement parce que ces artistes ont une certaine culture dans le sang. Notre culture.

LA MAIRIE M’AVAIT ENVOYE AU TRIBUNAL

Dans un élan d’extrême bienveillance, la Mairie de Paris, m’a envoyé au Tribunal d’Instance, au mois d’octobre 2017, ce qui a inspiré au Canard Enchaîné un article fort bien documenté intitulé « C’est bien la benne » : car Ce dont la Mairie socialo-communisto-écolo de Mme Hidalgo nous reproche, à nous autres artistes travaillant dans la rue, c’est d’y effectuer des dépôts d’ordures ! Et c’est à ce titre que nous sommes gratifiés d’une coquette amende qui peut monter jusqu’à 130 euros.
Il fallait voir à quel point le procureur s’est mis à rire quand l’avocat qui me défendait, Maître Waber, lui a fait observer que la Mairie de Paris confondait ordures et œuvre artistiques ! J’ai été relaxe de suite. Le procureur en a conclu qu’il ne voyait pas en quoi un artiste dessinant avec quelques dessins à ses côtés peut représenter un danger pour l’ordre publie. 

En tout, jusqu’à ce jour, en l’espace de deux ans, j’ai reçu six amendes dont le motif était « dépôt d’ordure sur la voie public », amendes toute rejetées par les services de la Préfecture.

Et dire que des millions de touristes se rendent à Paris, alléchés par la perspective de côtoyer l’époque (ainsi que le relevait le Canard Enchaîné) où des peintres dont les toiles valent dorénavant des millions sinon des milliards d’euros, oeuvraient à même le trottoir, à Montmartre puis à Montparnasse.

DES INCONNUS M’OFFRENT UN CAFE OU UN SANDWICHE

Ils échangeaient parfois leurs créations contre une assiette de soupe… Oh, je ne veux pas me comparer à eux, ce serait tellement incongru, mais c’est bien « ça » la liberté des artistes, c’est bien « çà » le destin toujours incertain de leurs œuvres…
J’en profite pour souligner que nombre d’inconnus, quand ils le voient travailler assidûment dans les rues de Paris, m’apportent un café où m’offrent un sandwiche, en toute spontanéité. C’est de la bonté à l’Etat pure.
Et si j’aime mon métier, artiste de rue, en dépit des persécutions de la Mairie de Paris, c’est parce qu’il me permet, par les relations que je noue, de constater que la France est pleine de gens avant tout généreux, qui ne supportent pas l’injustice. D’ailleurs, à chacun d’entre eux, je prends soin d’expliquer mes démêlés avec la Mairie de Paris. Ils sont choqués et n’en croient pas leurs oreilles.

Je pense, franchement, que ces policiers sous l’égide de la Mairie de Paris ont un manque de culture affligeant et qu’ils n’ont aucune humanité, ce d’autant plus que lorsque je pose mes fesses sur les trottoirs de la capitale, cet trottoir valent une fortune colossale en raison de la dette accumulée par l’infernal tandem Delanoë/Hidalgo, la dette de la Mairie de Paris pesant, si j’en crois certains articles de presse, cinq milliard de dollars. Oui, ces policiers sont payés en vertu d’une aussi indécente dette, alors que mes dessins, vendus 20 à 25 euros, ne s’appuient sur aucune dette, à peine un crédit que j’ai souscrit auprès d’une association appelée l’ADIE (Association pour le Droit à l’Initiative Economique) et dont les responsables, à plusieurs reprises, m’ont renouvelé leur confiance.

Mais le plus incroyable, quant à cette lugubre rencontre le long du boulevard Saint Germain, est que l’un de ces agents municipaux finit par m’avouer que « la Marie de donne pas d’autorisation pour les artistes. » Tout naturellement, je lui demandais : « Pourquoi donc m’avez-vous laisser à penser le contraire au début de notre conversation ? Pourquoi m’avez-vous menti ? »
Sa réponse, je vous la donne en mille : « On dit des choses comme celle-ci pour les besoins de  la procédure ».
Eh bien j’appelle ça « un abus de pouvoir.» Et je me demande dans quelle mesure  - quelqu’un peut-il me renseigner ? - je pourrais porter plainte contre ces quatre hommes.

ILS N’HESITENT PAS A MENTIR

Après ça, peut-on les croire, les flics de la Mairie ?

Ils n’hésitent pas à mentir comme ils respirent. Et ils ont la cruauté, eux qui ont des enfants destinés à grandir dans un pays où le chômage a « toutes les chances d’augmenter », d’empêcher un honnête homme de travailler. Quel manque d’humanité, quel cynisme ! Je n’ai aucun problème avec la Justice, le fisc, Pôle Emploi dont je dépends en partie et auquel je communique mes revenus. Mon casier judiciaire est strictement vide.

Empêcher quelqu’un de travailler, surtout quand cette personne (moi) est atteinte d’une maladie grave et pourrait se contenter de rester chez elle à broyer du noir, c’est absolument scandaleux. C’est même répugnant.

Et puis   - pour en finir (ne suis-je pas trop bavard ?) je tiens à préciser que ces policiers municipaux dépourvus de tout coeur ont même décoché leurs foudres contre un SDF qui fait habituellement la manche, juste à côté de Lipp, enroulé dans des couvertures. Ils lui ont demandé son identité et ils lui ont ordonné de partir. Pas un Rom, non, mais Français, blond aux yeux bleus ; un très beau garçon dont je me demande comment il fait pour mener une telle vie depuis si longtemps…

En réalité, quels sont les arguments avancés par ces agents municipaux pour justifier une telle cruauté : « Il nous faut sécuriser la zone. Nous sommes là pour ça ». Comme si les citoyens étaient tous des individus irresponsables suspects, dangereux... Ce n’est plus du socialisme pour bobo mais carrément du stalinisme ! Comme si la confiance, mot que mes parents ont pris soin de m’apprendre, n’était plus en mesure de régir les rapports humains…

Voila qui a de quoi susciter tout un débat. J’attends vos réactions et vos témoignages tout comme votre soutien. Par avance, chers Ami(e)s  de facebook : un grand MERCI !!!

Yann Le Houelleur

Rencontres souriantes dans le 16ème

Ce dessin a été commencé en novembre 2018 et achevé trois mois plus tard, sur la terrasse du même restaurant.

Il est encore un peu trop tôt pour passer des heures interminables en train de dessiner sur les trottoirs parisiens. En attendant, je dessine à la terrasse de brasseries et je continue à faire de belles rencontres. Et si le dessin n’était qu’un prétexte pour continuer à faire partie d’un monde en perpétuel mouvement?


12 février 2019



Presque la mi-février et déjà en filigrane, malgré les gifles (le vent, tyrannique) infligées par l’hiver à son apogée, on sent l’approche du printemps. En dépit de la violence sociale qui secoue la France, il y a parfois un soupçon de douceur dans l’atmosphère.

Mais il est trop tôt pour m’asseoir sur les trottoirs parisiens tout au long de l’après midi. Cela m’arrive parfois, mais avec modération : quelques quarts d’heure seulement. Et pourtant, ma survie m’impose de faire des provisions de dessins, non seulement en vue d’une expo dans ma commune, Gennevilliers (seconde quinzaine de mars) mais aussi dans la perspective de mes séjours prochains sur lesdits trottoirs parisiens, crayonnant sous le regard des touristes.

Déconvenues sentimentales

Ce lundi après-midi, il me fallait terminer le dessin d’un immeuble élégant et tout aussi imposant au carrefour où se rejoignent maintes rues, dont celle de Passy et le boulevard Delessert. Cet immeuble, sans doute, figure parmi les plus étonnants à Paris. Il s’insère dans une forêt d’immeubles à tourelles, datant de l’exposition universelle et dont la vocation initiale était celle-ci : des établissement hôteliers.

Il s’agit d’un immeuble Art Nouveau, assurément, à la fois sophistiqué et sobre. Deux ailes, l’une donnant sur la rue de l’Albonie, l’autre sur le boulevard Delessert, encadrent une véritable tour évoquant un château, coiffée d’une coupole telle une couronne aux reflets d’un bleu sombre, avec, juste au dessous, de bien curieuses lucarnes.

Pour élaborer ce dessin aussi confortablement que possible, je m’étais installé à la terrasse du Passy. La « première fois », en novembre dernier, quand j’avais entamé ce croquis, deux policières à la table d’à côté discutaient de leurs mésaventures sentimentales.

Trois mois plus tard, la terrasse du Passy était exsangue, exception faite de moi, car un vent aigre ratissait les trottoirs. Les passants marchaient d’un pas accéléré tant le froid commençait à se faire mordant.
Evidemment, la présence d’un dessinateur qui avait étalé sur sa table trousses à crayons et petits pots d’encre de Chine ne pouvait qu’intriguer.

L’ambassade du Mexique

Soudain, alors que le bel immeuble commençait à se fondre dans une obscurité inexorable, un inconnu me demanda la permission de me prendre en photo, sous tous les angles. Il travaille à l’ambassade du Mexique, toute proche, et il me promit de me transmettre ses clichés.

Puis un monsieur vint me parler, m’adressant des compliments, d’une extrême courtoisie. Il paraissait intéressé par mon travail et je lui montrai les cartons à dessins que j’emporte toujours avec moi. Par coïncidence (mais les coïncidences ne sont-elles pas plutôt des chances ?) je faisais ainsi la connaissance d’un expert en restauration d’art. Celle-ci s’appuie sur les compétences d’une demi douzaine de professionnels. Il me remit un dépliant (en fait, quatre pages A4 somptueusement conçues) où son nom apparaissait :

Ce cabinet ne restaure pas seulement des œuvres anciennes malmenées par le temps, mais également quantité de toiles et gravures plus récentes qui n’ont pas tenu le coup en raison des matériaux peu résistants utilisés par leurs géniteurs. (Entre autres, César, Olivier Debré, Nicolas de Staël, Yves Klein, Man Ray, Niki de Saint Phalle, Pablo Picasso, Soulages Victor Vasarely, Andy Wharol, etc.)

Pour conclure, je vais répéter un constat que j’aime à faire sans cesse : le dessin n’est sans doute qu’un prétexte pour découvrir un monde dont j’ignore tant de facettes et qui aiguise ma curiosité. Ces découvertes, ces rencontres, je n’aurais pu les faire si la société, souvent vouée à broyer les destins les plus divers, avait réussi à me condamner à rester un chômeur à plein temps…

Yann Le Houelleur


P.S.: Outre un scan de l'immeuble à tourelle dans le 16ème que j'aime tant, je vous offre quelques autres reproductions de dessins faits tout au long de l'hiver et qui seront bientôt réunis dans une édition de "Paris en tous Sens".

LE PANTHEON – Encore un dimanche sous une pluie battante ! Pas question de dessiner à l’air libre. Alors, une fois de plus, je me réfugie dans un café, le long de la rue Soufflot, pour croquer le Panthéon. Impossible de reproduire, sur un dessin de format A4, la fameuse phrase gravée en la partie inférieure du fronton… « Aux grands hommes la Patrie reconnaissante… » (10 février 2019)

Laisser le dessin respirer…

Non, il ne faut pas croire que pour réussir un dessin il soit nécessaire de retranscrire tous les détails. Mieux vaut laisser des zones de blanc, gages d’une certaine rêverie. Cet immeuble, place de l’Opéra, je l’ai voulu à la fois théâtral et léger. Si j’avais été trop précis, probablement aurais-je raté le dessin…


1er février 2019



Enfin, le voilà dissipé à tout jamais, ce mois si éprouvant qu’est janvier ! Il y a un mois, c’était le rituel au demeurant inepte des « meilleurs vœux ». Quelques jours d’illusions, vite estompées par le retour à la réalité. Journées trop courtes, argent trop court…

Les humains, de surcroît, ne sont pas faits pour vivre déconnectés du soleil. Alors, quand survient février, l’espoir commence à refleurir dans nos cœurs, même si la pluie et la neige mènent la danse.

Cet après-midi, me rendant sur le pont Alexandre pour un dessin de la tout Eiffel, j’ai entrevu des fleurs pailletées de couleurs vives sur une pelouse. « Dans quelques jours, ai-je aussitôt pensé, nous verrons éclater les premiers bourgeons… »
Un rayon de soleil a aussitôt réchauffé mon cœur.

Mais une demi-heure après avoir commencé le dessin, le ciel s’est brutalement assombri, et j’ai dû plier bagages à cause d’une pluie vindicative. C’est dans un café, place de l’Opéra (en vérité, la Brioche dorée) que je me suis réfugié. En début d’après-midi, il y a toujours une table disponible avec vue sur la place et la rue du Quatre Septembre.

Je peux dessiner, sans encombre, un magnifique immeuble. Au croisement de la place et de la rue de la Paix, il se termine par une un corps de bâtiment en demi-lune coiffé d’une superbe coupole. Des doubles colonnes encadrent les fenêtres sur deux étages. Bien que discrètes, elles sautent aux yeux du dessinateur car elles contribuent à donner à cet immeuble un air théâtral.

«Comme c’est joli, et quelle patience vous avez », s’extasient deux dames (en fait la mère vivant à Albi et sa fille résidant à Paris), qui viennent s’asseoir à une table juste à côté de la mienne.

Leurs compliments me flattent, mais franchement la patience n’est pas une vertu chez moi. Je préfère « foncer dans le sujet », utilisant directement les crayons de couleur sans passer par l’étape d’une esquisse au crayon noir. Je dessine ce que je repère au gré de mes observations sans trop savoir ce qu’il adviendra.


Une vision d’ensemble

Sans le vouloir, ces dames vont m’amener à mieux comprendre le principe d’un dessin prétendument réussi quand elles me diront ceci : « Vous avez le sens du détail ! »

Mais c’est exactement le contraire qui se produit… « Voyez vous, Mesdames, je crois plutôt qu’en improvisant je simplifie les choses pour donner une vision d’ensemble tout en recréant une ambiance ».

Effectivement, un dessinateur n’est pas obligé de « raconter toute la vérité ». Il vaut mieux ne pas surcharger le dessin, laisser des zones de blanc afin de permettre au croquis de respirer.
Personnellement je n’aime pas les illustrations saturées et étouffantes. Il convient de laisser le public imaginer à sa guise certains détails à peine suggérés pour qu’une certaine part de rêve aille de pair avec la réalité.

Il m’est parfois arrivé de rater un dessin parce que je ne m’étais pas arrêté à temps…

Yann Le Houelleur

RUE MONGE – La vie en toute folie… Toits se découpant et se superposant dans un désordre si harmonieusement orchestrés, tant qu’un kiosque attend les clients. Par contre, sur le coup de 17 h, les restaurants sont bondés : des étudiants qui au gré de conversations tumultueuses refont le monde. (24 janvier 2019)
LES TUILERIES, IL Y A DEUX ANS - «Auscultant » la carte de visite que je lui avais tendue, une dame, rencontrée avec une amie alors que je dessinais la terrasse des Deux Magots, sembla avoir le coup de foudre pour un dessin accompagnant mon nom et quelques détails telle l’adresse du blog « paris en tous sens». J’expliquais à cette Parisienne que ce dessin avait été fait deux ans plus rôt, dans le Jardin des Tuileries. Comme elle avait manifesté son désir de l’acquérir, nous parvînmes à cet accord inédit ; « Cette nuit, lui dis-je, le dessin en question sera inséré sur la page en exergue de Paris en Tous Sens. S’il vous plait vraiment, n’hésitez pas à me transmettre un courriel ! » Drôle d’idée/ pourquoi pas ?

Dessins parisiens signés Yann en vente chez Lavrut (passage Choiseul)

Page 22 de la revue numérique "'Paris en tous Sens" datée de décembre 2018, seconde édition

Bonne nouvelle ! Ainsi que je l’ai annoncé dans l’édition n° 2 de « Paris en tous Sens », j’ai le plaisir de voir quelques uns de mes dessins exposés et à disposition de la clientèle dans un magasin réputé pour la qualité de ses produits et de son accueil : Lavrut, en plein passage Choiseul (n° 52), à proximité de la station de métro Quatre Septembre.

 

communiqué "'Paris en tous Sens", début janvier 2019)





Entre Lavrut et moi, c’est presque une histoire d’amour : chaque fois que je m’y rends, un énorme plaisir que d’être accueilli avec une floraison de sourires parmi les vendeuses et vendeurs, qui me procurent de judicieux conseils.

En vérité, le matériel proposé est si beau que j’aurais bien envie de repartir, souvent, avec la boutique toute entière dans mon sac à dos.

Un jour, pas si lointain, Stéphane, l’un des responsables du magasin (lequel fonctionne en osmose avec d’autres boutiques spécialisées, dont Adam à Montparnasse), m’a proposé d’exposer quelques dessins. « Vous savez, il y a de nombreux touristes qui fréquentent notre magasin, entre autres clients », m’a confié Stéphane.

Il s’agit d’une opération de mécénat, selon Stéphane, lui-même artiste peintre.

Alors, si vous avez envie d’un (beau) dessin fait dans les rues de la capitale ou à la rigueur à la terrasse d’un café, si vous avez envie aussi de faire un cadeau, vous pouvez faire un détour par le passage Choiseul. Si vous dîtes aux vendeurs que vous connaissez « Yann, le dessinateur de Paris en tous Sens », une réduction de quatre euros vous sera accordée, et le dessin vous sera facturé au prix d’ami de 25 euros.

Régulièrement, de nouveaux dessins feront leur apparition sur les murs de Lavrut, en réalité près des escaliers, non loin de la caisse, menant à un atelier à l’entresol. Je désire renouveler cet éventail de dessins aussi souvent que possible. Bientôt, les bourgeons feront leur apparition dans le paysage urbain et des tâches de vert commenceront à nouveau à hanter mes dessins…

Un grand MERCI de ma part à Stéphane et à son équipe.

 

                                                                                                                   Yann Le Houelleur

 

P.S. : Ce n’est pas « de la lèche » mais si vous aimez pratiquer le dessin la peinture, mieux vaut vous rendre dans une boutique telle que Lavrut, dont les salariés sont à même de vous conseiller, de vous orienter, de vous proposer le matériel et les produits correspondant à vos attentes et besoins. On croit souvent que ce concept de magasin est cher : ce n’est pas vrai car on économise souvent davantage d’argent en acquérant un matériel de qualité qu’en achetant des articles peu appropriés soit disant bon marché. Par exemple, n’oubliez pas que la valeur d’un crayon réside dans la densité des pigments utilisés pour l’élaboration de sa mine.

Le retour éphémère du soleil, place des Abbesses

Dessin format A 4 fait avec des crayons de couleur, de la craie grasse, encre de Chine.Prix suggéré: 30 euros.

Pendant quelques quarts d’heures, éphémères, le soleil s’est mis à briller. Je me suis égaré dans une illusion : le printemps était revenu. Mais soudain… le froid est revenu en force, mordant, allant de pair avec un vent vindicatif.
Non, les beaux jours sont encore loin… Un peu de patience, l’artiste !

 

8 janvier 2019


 

Le matin (plutôt vers midi, car je suis actuellement un peu malade), je guette à travers mes fenêtres d’hypothétiques failles dans la cuirasse fuligineuse du ciel. Des égratignures par lesquelles pourraient s’engouffrer quelques rayons de soleil salvateurs.

Cet été, je me souviens, quand je voyais s’illuminer la voûte céleste, mon cœur se mettait à battre de joie. Je préparais, avec jubilation, mes sacs bourrés de cartons à dessins, de blocs à croquis, de trousses à crayons, etc.  Journées estivales nécessairement incertaines car dans la rue, tout peut se produire : le pire (quand on se récolte une amende infligée par un agent municipal pour prétendue vente à la sauvette) et le meilleur. (Je me suis fait des tas d’amis qui ont apprécié mon travail et qui me soutiennent.)

C’est terrible de ne pas avoir un travail salarié et de subir, de plein fouet, cette dépression, ce sentiment d’inutilité que suscite la grisaille hivernale. A la rigueur, on pourrait se calfeutrer toute la journée dans son lit, bien au chaud…
Malgré la fatigue, malgré la dépression qui me ronge, et que le retour des beaux jours dissipera, je continue à dessiner. Des croquis que je pourrai proposer à des touristes sitôt la belle saison revenue, pour autant que Paris, dont la réputation est meurtrie par d’hallucinante scènes de violences, ne soit pas trop boudée par les visiteurs étrangers.


Une atmosphère un brin provinciale

Soudain, à 14 heures, le drap mortuaire emballant le ciel s’effiloche, semble craquer, et du sang jaune se met à couler, donnant une légère couleur de miel aux façades de certaines maisons.

Alors, je me dis… il faut filer, cœur battant comme en été, et comme il est déjà tard, je choisis un endroit pas trop lointain de Gennevilliers : la place des Abbesses, toujours agréable, toujours paisible, un brin provinciale avec ses commerces tout autour et son église, Saint Jean, qui annonce les heures…

J’y retrouve un accordéoniste d’origine irlandaise qui met une note bien parisienne à proximité du superbe édicule Guimard tant admiré par les touristes, et que je me suis proposé de dessiner. Cet été, il m’arrivait souvent de le rencontrer du côté de la cathédrale. Il a mis quelques billets (des euros !) à lui dans un chapeau afin de convaincre davantage les passants de le gratifier d’une pièce. Après tout, l’argent attire l’argent. Mais cet après midi, aucun sou ne lui sera octroyé. De même, je ne vendrai aucun dessin ce mardi, bien qu’un Tunisien étudiant les sciences économiques à Paris me demande, fort gentiment : « Vous les vendez combien, vos dessins ? »

Après une heure et demie de balafres colorées faites sur une feuille de papier 180 grammes Canson, je me résigne à replier bagages. Le froid est devenu trop mordant, un froid humide des plus détestables, et la nuit tombe plus vite que jamais.
Je garderai ce dessin bien au chaud dans mes tiroirs… et cet été, malgré les branches nues se mêlant aux « nouilles métalliques » de l’édicule Guimard  - un dessin un peu décalé –  je pense qu’il suscitera bien des convoitises…

                                                                                                             Yann Le Houelleur

 

P.S.: Bonne nouvelle : des agents municipaux portant le brassard « Sécurité et Prévention » se sont aventurés sur la place et ils ont feint de ne pas me voir. Sympa de leur part : merci. De toute manière, « tout le monde sait que je déclare mes ventes ». Je ne suis pas un vendeur à la sauvette et croyez-moi, faire un dessin tel que celui-ci enveloppé par le froid, ce n’est pas forcément drôle. C’est un travail comme un autre…

LE MARAIS – A peine sorti du BHV, je découvre le charme de cette place, en réalité la rue du Bourg Tibourg, dont ce tronçon fut jadis ouvert à la circulation. Il faisait un peu froid pour un élaborer un tel dessin, mais l’important est de ne pas perdre le fil de ces croquis de rue et le contact avec le public. (3 janvier 2019)

Une expo « Paris/Banlieue » en gestation…

2 janvier 2019


 

Certains jours, je vais me détourner de Paris ces prochains mois afin de préparer une exposition insolite où la banlieue tiendra une place prépondérante.
La plupart de ces dessins seront insolites, d’où une perspective de travail accrue mais qui permettra à cet épouvantable hiver de s’égrener plus vite encore car lorsqu’on plonge tête baissée dans le travail on ne voit pas le temps passer.

Il est normal que je commence par la commune où j’habite, à savoir Gennevilliers. Malgré une densification de l’urbanisme voulue par la municipalité PCF-PS, se traduisant par une champignonnière à tours, il reste toutefois quelques « coins » bien sympathiques rappelant un passé où les immeubles étaient à la fois beaux et cossus, tel celui-ci, en briques oranges.

Cette expo aura lieu, vraisemblablement, en mars, à Gennevilliers.

Le dessin ci-dessus a été fait le dos tourné à la tour abritant la mairie : assis à même le trottoir, je me suis régalé ce cet immeuble orangé situé au carrefour entre l’avenue Gabriel Péri et l’avenue Chandon. Juste à côté de l’endroit où je m’étais installé, il y a un arrêt de bus, et j’ai eu droit à de nombreux clins d’œil bienveillants sur mon travail. Une dame qui habite cet immeuble en brique est venue me parler : « Mais vous êtes en train de dessiner la maison. Les appartements y sont magnifiques, avec des plafonds hauts et une bonne illumination ».

Fait assez incroyable : plusieurs passants m’ont offert des pièces de monnaie, ce qui m’a permis de prendre quelques cafés par la suite, Geste très touchant…

PLACE SAINT MICHEL : Ah ! Qu’ils sont beaux, les toits parisiens, en particulier ceux coiffant les immeubles haussmanniens. Majestueux, bombés comme des paquebots, acquérant des reflets mouvant au gré des nuages qui obstruent le bleu du ciel. J’ai commencé par les toits, puis les crayons ont découvert tout un monde « inférieur » : les réverbères, les kiosques, les balcons filants, les stores des magasin - en l’occurrence Gibert Jeune, etc. Sans oublier le flot des voitures. (26 décembre 2018)

Rue Saint Antoine : un rendez vous manqué !

 

La dame américaine qui devait venir acheter un dessin de l’église Saint Paul-Saint Louis n’est pas venue comme promis. Drôle de manière de terminer l’année. Tant pis, ce dessin trouvera certainement un autre preneur au fil des mois à venir…

 

Fin décembre 2108


 

 

En hiver, c’est un peu mon lieu de prédilection pour dessiner : la rue Saint Antoine et celles qui provenant du Marais s’y jettent comme autant d’affluents.
J’aime observer ces petites maisons, étroite et un brin médiévales, blotties les unes contre les autres, exhibant des toits et des cheminées d’une stupéfiante exubérance. Il y a tout au long de cette rue une atmosphère encore très parisienne.

Généralement, les cafetiers restaurateurs, dans ce quartiers, sont plutôt accueillants. Alors, je me sens à l’aise quand je dessine, par exemple, à la terrasse de la Favorite, presque en face de l’église Saint Paul-Saint Louis. L’un des plus beaux monuments religieux à Paris, nul doute, construit sous les ordres de Louis XIII et dont la conception architecturale fut confiée aux jésuites. Certains prétendent que l’église s’inspire de l’époque catholique, mais personnellement j’y vois l’influence du baroque.
Soudain, un couple d’Américains, me voyant dessiner, me demanda si j’avais des « œuvres » à vendre… et je me déplace toujours avec un sac bourrés de cartons à dessins. Ils choisirent un dessin de l’Arc de Triomphe, remontant à octobre 2018. Toujours lui, l’Arc de Triomphe, et il ne m’en reste plus qu’un en stock ! Je vais devoir y retourner plusieurs fois ces prochaines semaines…

Survint une dame, américaine elle aussi, qui voulait acquérir un dessin de l’église Saint Paul-Saint Louis. Or, je n’en disposais pas d’un. Aussi, je lui fit une promesse : « Veuillez revenir demain à la même heure et je l’aurais fait spécialement pour vous ». Les promesses sont faites pour être tenue : le 30 décembre, vers 15 h, le temps s’avérait doux. Je m’assis sur le trottoir, quelques cartons dessins à mes côtés, bien en vue au cas où des touristes se montreraient intéressés.

Mais il était 16 h 30 quand je terminais le croquis de la magnifique église, et la dame, elle, n’avait pas concrétisé sa promesse. Tant pis, cela fera un dessin de plus en stock pour les prochaines expos ou ventes dans l’espace public.

J’ai l’impression que cette église est très connue et appréciée des touristes et que l’endroit est particulièrement propice à nouer des contacts… Aussi, je ne manquerai pas d’y retourner, d’autant plus que tout près de là se déploie la délicieuse place Sainte Catherine, une de mes sources d’inspiration préférées avec ses nombreux restaurants, ses réverbères, ses bancs de bois, ses pavés…

Y. Le Houelleur

 

P.S. : Oui, ils sont très sympas les serveur de la Favorite de m’avoir laissé déployer mes cartons à dessins lorsque deux Américains « ont fait main basse » sur mon Arc de Triomphe. Cela fait un peu désordre et en général les restaurateurs ont horreur qu’on vende des objets d’art à la terrasse de leur établissement. J’ai eu plein d’ennuis, un jour comme ça, dans un resto du 7ème, assurément l’un des arrondissements les moins chaleureux de Paris.

RUE SAINT ANTOINE : Il commençait à faire sacrément froid, à la terrasse De la Favorite. La nuit tombe si vite en décembre puis en janvier qu’il faut continuer à observer les lignes, les perspectives, les contrastes quand tout ou presque a été gommé. Cela donne des dessins parfois étonnants, frisant la folie. Folie d’hiver. (29 décembre 2018)

La patience est la plus belle des vertus


Quand le thermomètre chute au dessous de zéro, mieux vaut se réfugier dans un café pour dessiner… et terminer, si nécessaire, le dessin à la maison. Mes dessins d’hiver sont plus authentiques, plus dynamiques, plus soignés aussi. Je songe déjà à cet après midi de printemps où le soleil, explosant de joie, me dira : « Yann, il est temps de redevenir un artiste de rue… »

 

26 décembre 2018


 

A la belle saison, c’est mon quartier de prédilection : Saint Germain des Prés, quartier tissé tout à la fois de petites rues tortueuses et tronçonnés par des boulevards haussmanniens tumultueux. En fin d’après-midi, j’aime y capter quelques sources d’inspiration jusqu’à la tombée de la nuit.²

Mais en ce lendemain de Noël, je ne le reconnais pas, le quartier ! Des flots de passants se déversent sur les trottoirs, à l’affût d’idées pour des cadeaux supplémentaires, la nuit du Réveillon. Tous portent des bonnets, des gants, et même des écharpes car le froid se veut impitoyable. Pas question de dessiner à même les trottoirs : ce serait prendre le risque d’une pneumonie !
Alors, il me faut prendre place dans un café, ce dont j’ai plutôt horreur car dans des endroits assez fréquentés, les restaurateurs misent sur le turn over. Un client qui prend ses aises trop longtemps finit par coûter cher.

Un couple, assez âgé, s’assied à la table d’à côté. Avant de partir, la dame, volubile, m’adresse des mots touchants et elle me pose des questions pertinentes : « Etre obligé de travailler vite, dans des conditions un peu hostiles, cela ne vous amène-t-il pas à aller à l’essentiel, donc à être plus compréhensible pour votre public ?»

 

Le spectacle féerique des lacs gelés

Elle m’épate vraiment, cette dame : elle juge que le climat, ce soir, est plutôt doux, et pourtant le thermomètre a plongé en dessous de zéro. Mais son mari et elles n’habitent-ils pas l’une des régions de France les plus froides ? « Nous avons une maison dans les Vosges et à cette saison nous aimons beaucoup voir le spectacle féerique des lacs gelés à cette saison « . Ce sont des gens sains et solides.

A ce moment là, le garçon vient me dire, sur un ton ferme mais pas forcément désagréable : « il est temps de payer, Monsieur ! »
Mes minutes sont donc comptées et ce sont deux jeunes résidant à Londres qui vont venir me tenir compagnie pendant la fin de ce croquis. Ils parlent fort bien le français car ils sont nés… au Maroc. Je leur demande comment va la Grande Bretagne, et ils me répondent : « Le Brexit nous a jetés dans l’incertitude. On attend de voir comment les choses vont évoluer ces prochaines semaines, mais nous n’attendons rien de bon. » Verra-t-on des Gilets Jaunes britanniques prendre d’assaut les ronds point à l’entrée des villes du Royaume Uni ? Mes interlocuteurs suivent l’actualité en France, et il me disent que mon pays a toujours un train d’avance sur les autres en matière de révolutions.


L’obsession de la bouffe

Malgré les nuages qui s’amoncellent dans le ciel économique, il règne, à Saint Germain des Prés, un esprit d’insouciance. La plupart des gens que j’entends s’exprimer autour de moi n’ont d’yeux que pour leur estomac. Ils décrivent avec un luxe de détails les mets qu’ils ont dégustés le soir de Noël et le lendemain. Bientôt, ils vont remettre « ça », et personnellement, moi qui suis de nature plutôt ascète, cette obsession pour la bouffe m’écoeure.
J’ai l’impression que nous vivons dans un monde où les gens se comportent souvent comme des affamés, des gloutons mal élevés, faisant les pires caprices gustatifs.

Vivement que cette comédie grotesque de Noël, dont l’esprit a été massacré par le consumérisme, et de Nouvel An se termine. Début janvier, je percevrai déjà l’allongement des jours. Ce ne sera plus qu’une question de patience avant de retrouver le plaisir de dessiner sur les trottoirs de la capitale.

Un après midi  - février ou mars -  le soleil explosera soudain de joie, les manteaux pourront tomber, les bonnets s’envoler, et je n’aurai plus besoin de rentrer si tôt chez moi où je fais tout pour conjurer une dépression récurrente. Pendant les mois écoulés, j’aurais fait des dizaines des dessins, à disposition de ceux qui les apprécieront.

La patience est la plus belle des vertus.

Yann Le Houelleur

Aider les SDF : tel est le dessein du Marché de Noël de l’église des Blancs Manteaux.



Grâce à une rencontre survenue pendant que je dessinais un porche somptueux dans la rue des Archives, il m’a été donné de participer à un marché de Noël vraiment joyeux. Un grand merci à Ariane de la Villejegu et à l’équipe des bénévoles ! Cela restera un grand moment dans mon cheminement d’artiste oeuvrant sur les trottoirs de Paris.

 

 

10 décembre 2018


 

Avec toute la modestie requise, j’ose écrire : pour moi, la vie d’artiste va de pair avec la générosité et le cœur. C’est pour cela que participer à un projet tel que le Marché de Noël en l’église des Blancs Manteaux  - pendant tout un week-end -  m’a enthousiasmé, malgré des ventes moindres par rapport à ce que j’attendais. Cette légère déception a été compensée par l’excellence des contacts que j’ai noués sur place et par la découverte d’un projet à la fois ambitieux et formidable.


Il était normal qu’une partie de mes recettes soit rétrocédée aux organisateurs de ce marché appelé aussi « les Journées de l’Amitié ». Les bénévoles ont besoin d’argent pour mener à bien ce projet remarquable. En l’occurrence, chaque dimanche, un repas est offert à une soixantaine de SDF. De surcroît, les bénévoles leur procurent à tous un accompagnement afin qu’ils puissent se réinsérer socialement et professionnellement. Ils peuvent dormir dans des appartements partagés plutôt que de subir cette humiliation qui constitue à roupiller sous les étoiles au milieu de la ville si hostile.

Il y a quelques mois, jamais je n’aurais imaginé prendre part au marché de Noël des Blancs Manteaux dont le clocher à l’aspect quelque peu sévère veille sur la rue des Francs-Bourgeois et le lacis de ruelles tout autour.

C’est en dessinant assis sur un trottoir de la rue des Archives, en novembre, que j’ai rencontré une personne  - en l’occurrence Ariane de la Villejegu. Exceptionnelle par son dynamisme et son altruisme., elle compte parmi les coordinateurs de ce projet.

Ensuite, les choses se sont enclenchées, tout naturellement.
 

Rouge framboise

Je m’étais assis sur le trottoir, adossé au mur de grande envergue qui encadre la cour d’honneur de l’hôtel de Soubise. De l’autre côté de la rue des Archives, un porche accapare les regards, à la fois imposant et élégant. Son fronton circulaire est gratifié d’un cartouche noir. Y sont gravées de fines lettres dorées qui résument l’histoire des bâtiments s’élevant derrière le porche : « Ancien monastère des RP de la Merci ». Au dessous se dresse une porte badigeonnée d’un rouge framboise mettant une note de gaieté au milieu d’un camaïeu ocre. (Mêlé au gris et au beige, l’ocre est la couleur prédominante dans les rue du vieux Paris.) 

La porte rouge s’ouvre sur la cour d’un ex-couvent, celui de l’ordre de Notre Dame de la Merci. Les moines qui vivaient dans ces bâtiments  - abritant dorénavant des appartements – offraient leur vie lors des Croisades à des « barbares » en échange de la libération de leurs otages. En France, cet ordre dit rédempteur a été éteint lors de la Révolution, continuant à se déployer dans une vingtaine d’autres pays. 

Ariane de la Villejegu et son mari, Yann, habitent ici même.
Ariane s’intéressa à mon dessin et me demanda, avec un accent belge très sympathique, si elle pouvait l’acquérir… (Réponse positive, évidemment.)

Quelques jours plus tard, elle me transmit un courriel m’invitant à prendre part au Marché de Noël de l’Eglise des Blancs Manteaux : « Bonjour Yann. Si vous êtes toujours partant, l église des Blancs Manteaux vous accueille avec joie dans le cadre de son Marché de Noël le 7 décembre à partir de 15h, le 8, de 11h à 19h et le 9 de midi à 17h30 … » 


« La messe, cela ne suffit pas »

Ariane de la Villejegu, très extravertie et attentionnée, investit beaucoup d’énergie dans l’équipe de bénévoles qui fait vivre l’église des Blancs Manteaux et qui enracine celle-ci dans une conception « non fataliste » de la foi. Les bénévoles avec lesquels j’ai discuté considèrent « qu’assister à la messe le dimanche, cela ne suffit pas ». Il faut avoir conscience de la mission en termes sociaux qu’implique la foi. Autrement dit l’Eglise doit avancer en aidant les plus démunis à travers des initiatives concrètes.

Celles et ceux qui ont visité le marché de Noël des Blancs Manteaux étaient surpris de découvrir, effectivement, une église colorée (allusion au blanc des Manteaux…) et joyeuse où l’on pouvait, exceptionnellement, boire aussi bien du champagne que du vin chaud. Il y avait également, bien sûr, du café et du thé proposés dans espace aménagé pour la circonstance.
Des stands de toute sorte avaient déferlé sur les bas côtés, débordant même sur une partie de la nef. Que ce soient les jouets, les vêtements, la librairie ou la braderie, les objets vendus avaient été donnés par des paroissiens qui les avaient apportés en excellent état. Et les prix, faut-il ajouter, étaient des plus abordables.

Yann Le Houelleur

Il ne faut pas oublier, pour autant, la banlieue…

Le dessinateur de « Paris en tous Sens » avoue un regret : avoir oublié la banlieue pendant la belle saison. Mais dans la perspective d’une expo début mars, il s’est promis d’explorer plusieurs communes  - dont Gennevilliers -  autour de Paris afin de présenter les diverses facettes de « la périphérie parisienne ».

 

26 octobre 2018


 

S’il est un reproche que je peux me faire, assorti d’un énorme regret, c’est bien celui de ne pas avoir dessiné depuis longtemps dans la banlieue parisienne. Pendant la belle saison, je me suis trop concentré sur les monuments et atmosphères propres à la capitale. Alors, j’ai décidé, notamment dans la perspective d’une exposition prévue en mars prochain, d’explorer des communes du Grand Paris pour offrir une interprétation très personnelle de cette banlieue qu’au fond j’aime énormément, car elle présente souvent des aspects provinciaux sympathiques, en particulier des relations beaucoup plus chaleureuses qu’à Paris entre les habitants.

Coup d’envoi d’une série hivernale sur la banlieue, propice  - autant que Paris -  à l’inspiration : le dessin d’une charmante place, Jean Grandel, fait bien au chaud… Le dessinateur s’est réfugié dans un café portant le nom de ladite place, où s’épanche une ambiance chaleureuse à toute heure. Merci à Saïd et à son équipe pour leur accueil ! Une fois de plus, dans un établissement, je me suis permis d’étaler mes crayons, sous le regard des consommateurs qui ont paru enchantés…

Un énorme chantier

Parisien dans l’âme, je vis toutefois hors de la capitale, à quinze minutes par le métro du Moulin Rouge. Quand j’ai débarqué à Gennevilliers, où je réside désormais, j’ai découvert la place Jean Grandel alors qu’elle était en pleine phase de restauration. Un énorme chantier : les maisons, rongées par l’humidité et les moisissures, paraissaient fantomatiques, blotties les unes contre les autres autour d’une vieille église, Sainte Madeleine, remémorant des temps fort anciens. Ces maisons, plutôt mignonnes avec des crépis de toutes les tonalités, semblaient prêtes à s’effondrer.
A l’époque, seul un café accueillait quelques amateurs de bière et de liqueur en soirée. Puis, récemment, le Grandel a ouvert ses portes, très propre et lumineux, et il va même inaugurer prochainement une annexe, sous forme de terrasse couverte, au milieu de la place. Un endroit idéal pour dessiner !!!

L'arrivée du tramway

En fait, la municipalité communiste  - qui a pourtant souvent des goûts déplorables en matière d’urbanisme -  a rendu cette place très accueillante et quelque peu romantique. Une foultitude de lanternes flirtent avec les branches des platanes. De petits bancs, comme en tant d’endroits à Paris, guettent passants et riverains. Du beau boulot, il faut le dire… Gennevilliers a ainsi vu redoré son blason.

Le « grand événement », dans ce quartier de Gennevilliers (le Village) fut l’arrivée du tram, qui relie la station de métro les Courtilles à Noisy le Sec, soit 17 kilomètres.
L’incursion du tram au Village remonte à 2012. Sur ce croquis, « enrichi » avec des crayons aquarellables et de l’encre de Chine, on ne voit certes pas de rames mais la présence du tram est signalée par les caténaires égratignant le ciel.

Yann Le Houelleur

Dessiner à l’air libre, à cœur ouvert... même s'il fait froid

Cet après-midi, une dame, me voyant dessiner le long du boulevard Saint Germain, m’a donné deux euros en me félicitant… De quoi me payer un café après une longue accoutumance au froid. Assez souvent, des inconnus me témoignent leur soutien en m’offrant de petites chose qui me font chaud au cœur et m’incitent à aimer toujours davantage à travailler dans la rue.

 

 

24 novembre 2018


 

Il fait de plus en plus froid quand on se pose sur le trottoir parisien alors qu’approchent les fêtes de fin d’années. Dessiner dans le froid, à vrai dire, ne me fait pas nécessairement peur, car c’est une « humeur du climat » qui peut s’apprivoiser. Mais le plus dur, c’est quand après m’être concentré sur mon sujet il faut me relever et ranger mes crayons dans leurs trousses et plumiers : à ce moment là je prends conscience de l’intensité du froid acide et mordant.


Ce dessin de l’immeuble au bas duquel se déploient les stores blancs-beiges du Café de Flore, je désirais absolument l’élaborer pour la seconde fois, car non seulement il est beau, élégant, orné de colonnes à fines moulures mais il se dresse aussi au milieu d’une atmosphère très parisienne, avec un flot de voitures (n’en déplaise à Mme Hidalgo) et de personnes toujours pressées. Bien sûr, voire hélas, il me sera impossible de reproduire sur ce dessin les coups de claxon des voitures de police propulsées telles des étoiles filantes…

Tandis que j’étais en train de dessiner, quelques cartons flanqués de dessins récents à mes côtés, une dame très chic, pour ne pas dire « très parisienne comme on peut l’imaginer » se pencha vers moi et me dit avec douceur : « C’est merveilleux ce que vous faites. Tenez… c’est pour vous.» Elle me donna une pièce de 2 euros. De quoi me payer un café au Québec, établissement à proximité fréquenté, en soirée, par des piliers de comptoir allègres et volubiles. Un café très sympa, par ailleurs.

 

Petite carte de visite

Quand je dessine dans la rue, il m’arrive assez souvent de me voir offrir, ainsi, quelques petites pièces, et pourtant je n’incite personne à le faire. Je me souviens d’une touriste du Qatar qui m’avait donné cinq euros, spontanément.

A chaque fois, je remercie ces personnes bienveillantes en leur remettant une petite carte de visite afin qu’elles puissent voir mes dessins sur le site.
Oh non, il ne s’agit pas de mendicité même si mes si maigres revenus pourraient m’inciter à la faire. Mais je m’aperçois qu’il existe ainsi, dans les rues de Paris, malgré cette indifférence prétendument générale de plus en plus fustigée, des yeux qui observent autrui et qui résultent en des actes de bienveillance.

Il m’est arrivé, souvent, de me voir octroyer un plat chaud, par le serveur ou la serveuse d’un fast food ou d’un traiteur, ou d’être gratifié d’un café et de quelques gâteries par des bénévoles effectuant des maraudes. L’honnêteté, à chaque fois, me pousse à dire que je ne suis pas un SDF mais c’est de bon cœur que ces personnes me font de telles offrandes.
 

Le fossé se creuse

En tout cas, j’aime travailler dans la rue, et d’ailleurs je n’ai d’autres solutions pour l’instant. Quand on reçoit des indemnités de chômage très modestes (bénéficiant d’un statut assez particulier mais bel et bien précaire, je déclare aux autorités compétentes mes revenus et frais de fonctionnement issus des ventes de mes dessins) on n’a pas à craindre les tracas de certains agents municipaux prêts à verbaliser ce qu’ils considèrent, à tort, comme un vendeur à la sauvette.

Dans ce monde cruel, où le fossé se creuse  - toujours plus vertigineux -  entre les très riches et les gens modestes, où l’incompréhension sociale s’exacerbe, où les autorités mettent tout en œuvre pour empêcher les gens de travailler (mais oui !), sachant qu’il faut si souvent payer de sa poche pour avoir le droit de bosser, je me débrouille comme je peux, à un âge où beaucoup auraient jeté l’éponge.

Parfois, certains me demandent : « Mais pourquoi ne vendez-vous pas vos dessins à travers des galeries ?» D’abord, les galeries regorgent d’œuvres qui ne se vendent pas. Ensuite, il faut avoir une cote, une valeur sur un marché dénué de toute raison. Et puis, rien ne me plait davantage que ce contact humain allant de pair, logiquement (mais pas si souvent que ça, hélas) avec la création artistique.

J’aime ces moment de hasard, de chance, de coïncidences aussi qui font qu’une personne s’approche de moi et me demande : « Vous les vendez, vos dessins ? J’en aimerais bien un. » Parfois s’engagent des discussions passionnantes.

Parfois aussi, des gens injectent en moi une énergie fabuleuse qui continue à couler dans mes veines, sans que je m’en rende compte, pendant de longues années, et tout ceci participe de mon enthousiasme à dessiner dans la rue, au milieu des gens. Tout cela nourrit, inconsciemment, mon inspiration.

Tant pis si je dérange. Tant pis si je m’attire, de temps en temps, les foudres de forces de l’ordre. Tant pis si je donne à certains la nausée parce qu’ils considèrent qu’un artiste respectable doit s’afficher dans les galeries ou autres « foires artistiques ». C’est mon histoire à moi, c’est la résultante de beaucoup de réflexions et d’habitudes prises sur un chemin de vie singulier, c’est aussi ma manière de concevoir l’art : à ciel ouvert, à cœur ouvert, en aimant ce que fais et en aimant les gens. En partageant, que ce soit en français ou en anglais, des sentiments et toutes sortes de considérations sur la vie.



Yann Le Houelleur

 

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Commentaires

16.04 | 11:31

C'est à côté de notre dame de Paris que nous avions passez un moment à bavarder, il me semble même que ce soir là, elle était même votre modèle...
Une pensée.

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22.10 | 23:40

Bonjour on c'est parle pour venir dessiner la devanture de ma boutique
Merci et bravo pour votre talent
Votre travail me fait penser à dessins Tobiasse
Cecile

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06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

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21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

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