Exposition à l'Hydrophobe (Paris, bd Arago)

La capitale sous des traits énergiques et poétiques

 

 

Sur les cimaises de ce restaurant situé près de la place d'Italie et de Denfert-Rochereau se côtoient une quinzaine de dessins de Yann. Ils ont été élaborés dans plusieurs quartiers de la capitale au cours des années écoulées.
Les prix s'avèrent abordables, tout comme les années précédentes. L'expo se déroule jusqu'au début mars.

  


  

L’Hydrophobe: 53 bis boulevard Arago
tél. 01 45 35 53 42
Ouvert tous les jours à midi et le soir sauf le dimanche et le lundi

Vous pouvez acheter les dessins sur place et les emporter de suite avec le cadre (et la marquise).
Fourchette des prix: entre 40 et 150 euros (en fonction du format, notamment)



Cool  C’est la 3ème fois que l’Hydrophobe accueille une exposition intitulée «Paris en tous Sens». Cette fois-ci, tous les dessins ont été élaborés à Paris intra muros, la plupart au cours de l’année écoulée. En quelques clins d’œil, on peut ainsi traverser tout Paris: de Belleville à Montparnasse en passant par la place des Vosges et le quai de la Tournelle.

Le dessin le plus curieux, c’est sans doute celui où des immeubles anciens, à Ménilmontant, surplombent la rue des Cascades, une voie pavée décrivant une courbe gracieuse au bord de laquelle sont alignées les vitrines de commerces (dont un café pittoresque, la Fontaine d’Henri IV).

Ce dessin a été commencé à la fin de l’été 2014 et je suis retourné dans le 19ème arrondissement en novembre 2015 pour y mettre un point final. Impossible d’éliminer les feuillages esquissés un an plus tôt: le dessin paraît avoir été réalisé entièrement pendant la belle saison!

Alors, qu’il me soit permis  - une fois de plus -  de délivrer ma vision de Paris, une capitale où je me suis tant promené, où j’ai temps «traîné»,  où je me suis si souvent émerveillé...


Quelle que soit la station de métro d’où l’on sort, quel que soit le quartier où l’on s’aventure, quelle que soit la saison, cette ville garantit une moisson de surprises et de matière à réflexion
Paris abrite à la fois des sites touristiques prestigieux et de «jolis coins» égarés voire ignorés. Côté  pile: des avenues prestigieuses, des monuments mythiques, des musées féconds voués à faire rêver les francophiles, par millions, sous toutes les latitudes. Côté face: des squares, des places, des cités et villas, des voies sans issue, des réminiscences d’un Paris ancien et pittoresque dispersés à travers les arrondissements.

Un dessinateur aussi humble que moi, soucieux de restituer Paris avec son cœur, ne se lassera jamais de Paris malgré tous les reproches qui peuvent être faits à cette ville (trop fébrile, trop bruyante, trop polluée, trop peuplée, etc.) Il faudrait bien plus d’une vie pour passer en revue toutes ses curiosités, tous ses charmes.


Plusieurs arrondissements et quartiers de la capitale sont ainsi représentés dans l’éventail des dessins actuellement accrochés aux murs de la salle à manger de l’Hydrophobe. Ce restaurant conciliant qualité et prix abordables se situe à proximité de la Place d’Italie et de Denfert-Rochereau, ouvert à midi comme en soirée. Le chef Patrick Fray apprête des plats à la fois robustes et raffinés, une cuisine française succulente.


Y. Le Houelleur     

Un petit coin de paradis en plein Paris
La Cité Bauer, dans le 14ème (non loin de l'avenue du Maine) Dessin fait en novembre 2015
Un joyau de l'architecture haussmannienne
Très bel immeuble avec une coupole plutôt cocasse, le long du boulevard du Montparnasse. (Le restaurant le Dôme occupe le rez de chaussée.) Dessin: novembre 2015
Deux époques en vis-à-vis
L'une des "ailes napoléoniennes" du Louvre et la récente Grande Pyramide (Dessin fait au tout début 2015)
Les arts au fil de l'eau...
Le pont des Arts et au fond le Louvre, vus du pont Neuf. Dessin: novembre 2014
Eclat de soleil éphémère au milieu des défunts
En novembre, un arbre s'épanouuit une toute dernière fois à l'entrée du cimetière du Montparnasse, rue Froideveaux. Dessin: novembre 2015

Boulevard Arago, un soupçon de joie et d'insouciance malgré la triste conjoncture

Après être passé à l’Hydrophobe, où se déroule une exposition «Paris en tous sens», j’ai eu envie de dessiner la Tour Plein Ciel surplombant des immeubles d’un tout autre style.

 

Mi novembre 2015



La veille de Noël : une surprise! Un dessin vient d’être vendu à l’Hydrophobe. Autant d’argent (pas une fortune, quand même) pour m’acheter de quoi manger dignement pendant la période des fêtes. Evidemment, j’aurais aimé que les ventes fassent boule de neige mais «c’est la crise», ainsi que le déplorent tant de personnes, à commencer par Patrick, le patron de l’Hydrophobe. «Ah, Monsieur Yann, les affaires sont dures», me dit-il à chaque fois, quand je passe au boulevard Arago. Dans une cuisine grande comme un mouchoir de poche, Patrick passe quinze heures par jour (cinq jours par semaine) à jongler avec de lourdes casseroles en fonte dans lesquelles frémissent des sauces exquises et des poêles où frétillent des viandes de toute sorte. Parfois, des flammes bleutées s’élèvent mais s’éclipsent aussitôt, Patrick gardant une parfaite maîtrise de ses réflexes malgré la fatigue.

Le chef cuisinier de l’Hydrophobe et son équipe, comme tant d’autres, souffrent de la gestion déplorable de la France où les consommateurs de la classe moyenne sont condamnés à rogner sur leurs dépenses à cause de la saignée fiscale dont ils s’avèrent la proie. Cercle vicieux: plus l’Etat devient incompétent, obèse et adipeux, plus ils ponctionnent les contribuables, et plus les petits commerçants, les petits entrepreneurs et les artisans souffrent, meurent à petit feu. De ce point de vue, nos dirigeants sont des rapaces sans pitié, voire des criminels.

Après avoir encaissé 50 euros, je me suis senti le cœur léger. (Précaire, mais sachant trouver savoureux les petits coups de pouce.) Le boulevard Arago, avec sa diversité architecturale (des immeubles modernes cossus, la Tour Plein Ciel striées de larges balcons, des habitations de style provincial ne dépassant pas deux étages…) m’a paru plutôt joyeux sous un soleil inhabituel en hiver. De trop rares passants s’aventuraient sur les trottoirs, spacieux dans les beaux quartiers. Un marchand de fleurs paraissait souffrir, à son tour, de voir se faner sa clientèle. Une dame, élégante, s’exclama : «Comme c’est sympa de dessiner comme ça sur le vif et à grands traits…»

Assis sur un banc, j’aurais bien prolongé le plaisir de dessiner mais à 16 h 30 un vent aigre s’est mis à agiter les branches des marronniers se dressant tout au long du boulevard. Il m’a fallu agir vite. Cette esquisse, je l’ai reprise (un peu) entre quatre murs, quand je suis rentré chez moi si loin du 13ème arrondissement… à Gennevilliers !

Y. Le H.

Paris, près de la République
Eglise Saint Elisabeth de Hongrie (où se déroule une splendide messe de veillée de Noël) et rue du Petit Thouars. (Ete 2015)
Sur les flancs de Belleville
La rue des Cascades, dans le 19ème arrondissement. (Dessin commencé en septembre 2014 et terminé en novembre 2015.)
Un quartier élégant
Avenue de Viliers, au tout début du printemps. (avril 2015, dessin fait sur la terrasse d'un restaurant)
Une rue commerçante (mi joyeuse, mi triste)
Dans le 5ème, la rue Mouffetard. (Dessin fait le 4 décembre 2015)
Belle architecture, sur les quais de Seine
L'hôtel de Nesmond, le long du quai de la Tournelle, face à la cathédrale Notre-Dame. (octobre 2015)

Cela aurait pu être un tout dernier dessin...

C'est l'un des dessins les plus singuliers, sans doute, qu'il m'ait été donné de faire ces derniers mois. Il correspond à une tranche de vie particulière, rappelant des souvenirs poignants. Pardon si je ne l'expose pas et si je le garde pour moi... tout en le faisant partager grâce à l'Internet.

Trois jours après avoir interprété la rue des Petites Ecuries (Paris, 10ème), je séjournais dans le service réanimation d’un hôpital parisien. Des kamikazes venaient de faire un carnage dans Paris et cela avait contribué à générer un énorme stress. Paris était meurtri, mais je vais continuer à dessiner dans Paris, cette ville où se déploient tant d’énergies créatrices. Une pensée très émue à tous ceux dont la démence des fanatiques a fauché le talent, l’enthousiasme, la générosité…
 

Mi novembre 2015


«Vous êtes vivant. Soyez-en sûr! Mais qu’est-ce que vous voulez faire dans la vie?» Le brouillard m’enveloppait encore, quelques instants après un petit voyage à bord d’une ambulance du Samu, et ces paroles semblaient émaner d’un ange. L’infirmière qui «m’interrogeait ainsi» avait un sourire d’une douceur de miel, et il ne lui manquait guère que des ailes pour se confondre avec mon ange gardien. Les lèvres pâteuse, la tête encore lourde, je lui répondais: «Dessinateur». «Vous dessinez donc? C’est merveilleux!», poursuivit-elle.

Telle fut ma réponse: «Oui, pourtant c’est une lourde responsabilité de faire rêver les gens et parfois ça devient insupportable.» J’avais frôlé d’assez près la mort à cause  - en grande partie - d’un stress maximal alimenté par diverses sources d’anxiété, dont les carnages dans la nuit du 13 novembre, stress exacerbé par une prise de médicaments malencontreuse. Et mes pensées s’accrochaient à celui qui aurait pu être mon dernier dessin, curieusement assez prémonitoire: des arbres presque dévêtus, le long de l’une des «branches» de la rue des Petites Ecuries, dans le 10ème arrondissement. Ces arbres paraissent implorer le ciel de leur accorder sa lumière tandis qu’une procession de réverbères s’apprêtent à prendre la relève du soleil automnal. En contrebas, la rue s’avère tortueuse, menant à un passage (lequel la fait communiquer avec la rue du Faubourg Saint Denis).

Ce dessin, je l’ai fait en l’espace de deux après-midi consécutives, les 10 et 11 novembre. Curieusement, le mercredi 11 (novembre), j’avais tenu à retourner à la rue des Petites Ecuries malgré un état grippal prononcé et pendant que je dessinais, un bénévole d’une association que j’avais fréquentée, Basiliade, était passé par là, s’exclamant: «Quel beau dessin! Vas-tu avoir le temps de le finir?» (J’en profite pour mentionner que Basiliade, une bien curieuse association, a grandement contribué à ce stress devenu intolérable.) Il était alors 17 h 30 et la pluie menaçait. Le lendemain, je tombais malade…


  "Dessiner, c'est brasser du rêve, et le rêve n'a pas de prix" Le directeur d'un distributeur spécialisé, au Brésil


Tandis que je redescendais de mon nuage, quelques jours plus tard, dans une chambre d’hôpital, ligoté par des sondes de toute sorte, je repensais à cet étrange chemin qu’elle la vie: il faut le tracer du mieux qu’on peut, tant qu’on est là, conscient du rôle nous étant imparti. Parfois, il faut trébucher pour mesurer pleinement la valeur de ce que nous avons entrepris. Se casser la gueule, subir un revers de fortune, conjurer des écueils, exacerber de stupides jalousies. Je me souviens qu’au Brésil, lors d’une exposition, le directeur d’une enseigne dans la distribution spécialisée, m’avait averti : «Dessiner, c’est brasser du rêve, et le rêve n’a pas de prix mais il coûte beaucoup d’efforts…» Le 15 novembre (il avait suffi de 12 heures pour me remettre sur pied), je suis sorti de l’hôpital en me demandant comment j’allais m’y prendre pour suivre le bout de chemin restant, puisque l’opportunité m’était offerte de continuer à dessiner.

Au milieu d'un ballet étourdissant de médecins et d'infirmières, sur le point d'être relâché dans la nature (examens rassurants), je ne pouvais m’empêcher de penser à tous ceux, toutes celles dont la barbarie de tueurs lâchés comme des fauves dans Paris avait fauché le destin, aveuglément, impitoyablement. Certains, parmi eux, étaient des «faiseurs de rêves» eux aussi. Leur talent ne nous réchauffera plus, ne nous éclairera plus de la même manière. Quel immense gâchis! Leur disparition nous fait entrer dans un hiver inconsolable. Et il faudra beaucoup de courage, d’obstination, un mélange de lucidité et d’inconscience pour inciter le printemps à refleurir.

Qu’écrire de plus sans prendre le risque de sombrer dans la banalité?

Yann Le Houelleur

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Commentaires

22.10 | 23:40

Bonjour on c'est parle pour venir dessiner la devanture de ma boutique
Merci et bravo pour votre talent
Votre travail me fait penser à dessins Tobiasse
Cecile

...
06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

...
21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

...
18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

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