Juin 2019

Gennevilliers : un immeuble en briques voué à disparaître…

La brique a longtemps fait le charme de la banlieue. Peu à peu, c’est tout une époque qui disparaît au profit d’autres concepts architecturaux, immeubles destinés à accueillir une population bien différente, venue de Paris en quête de loyers moins onéreux.

 

6 juin 2019  (texte révisé trop vite, susceptible d''être soumis à des changements...)



Qu’ils sont beaux, nobles, distingués, authentiques ces immeubles en briques que nous a légués l’époque des locomotives à vapeur et de la machine à écrire ! Hélas, un peu partout, ces constructions tendent à disparaître, au profit de résidences à destination de la classe moyenne (en partie en provenance de Paris, où la vie se fait hors de prix) recourant à des concepts et des matériaux bien différents. A noter que les nouveaux immeubles ainsi érigés ont un avantage : le recours fréquent à des balcons, un joli atout pour les promoteurs.


La brique a longtemps fait le charme de la banlieue. Cet immeuble se situe juste en face de la mairie de Gennevilliers et il est appelé à disparaître dans le cadre de l’implantation d’un nouveau centre ville. On aurait quand même pu songer à le préserver, mais les autorités, en définitive, n’accordent aucune importance au patrimoine, comme si elles se rendaient complices de l’effacement des racines de la ville.

En bas de ce superbe (à mes yeux, tout au moins) immeuble : un restaurant nommé le Brazza, qui eut son heure de gloire et dont la salle vouée à la restauration, jadis, est aujourd’hui  - si je ne m’abuse -  désespérément vide. Cela me crève le cœur de penser que bientôt, quand je serai déjà vieux, il me sera impossible de contempler la complicité entre les briques et l’évolution de la lumière tout au long de la journée. Alors, peut-être ce dessin prendra-t-il une valeur historique, témoin d’une époque à jamais révolue…
 

Yann Le Houelleur

 

Expo « Paris, São Paulo, Gennevilliers »

Vernissage (à Gennevilliers) le 21 juin 2019

Ce dessin fait partie d’une série de croquis, esquisses et même peintures qui seront exposés, à partir du 21 juin 2019  - jour de la fête de la Musique -  dans les locaux d’une association, en l’occurrence Gennevilliers A Venir. Bien sûr, vous êtes invités à participer au vernissage et il a été établi que chaque participant sera invité à amener un plat ou une boisson afin d’agrémenter cette soirée d’un « repas partagé ». Cette initiative résulte d’un vœu émis par Jacqueline Cléro, conseillère municipale très active à Gennevilliers. (Elle est affiliée aux LR, mais il est clair que cette expo ne revêt aucun caractère politique, sensée accueillir les personnes de toutes opinions.).

L’année dernière, une première expo des dessins de Yann avait connu un succès prometteur. Il était temps de renouveler un tel événement.
Des dizaines de dessins pourront être acquis par vous, à des prix d’amis, de tout format, des A4 comme des A3.
Parmi l’éventail des dessins exposés, Gennevilliers, où réside le dessinateur, occupera une place de choix.

L’adresse du local est la suivante 1, place du Dr Roux, au début de la rue Jean Jaurès, à deux pas de la tour de la Mairie.

Si vous souhaitez obtenir de plus amples informations, vous pouvez, dès maintenant, prendre contact avec les organisateurs à travers l’adresse mail suivante : vivrentoussens@gmail.com

Nous espérons vous accueillir nombreux et joyeux.

 

Nuit blanche dans une rue très animée

Le café du Marché, au croisement de la rue de Buci et de la rue de Seine

Après avoir été manipulé par un prétendu artiste très mal élevé et roublard, j’ai fait des rencontres merveilleuses, avec notamment des étudiants dans une école de beaux arts. Ces jeunes, plein d’espoirs, m’ont fait un bien fou…


29 mai 2019 



Désastreux début de soirée dans une rue « fashion » du 6ème arrondissement. De mauvaise humeur, le ciel précipite des nuages d’un gris mauve contre les hautes cheminées hérissant les toits pour les faire, enfin, éclater. Il ne me reste plus qu’à trouver refuge sous les stores d’un marchand de primeurs qui ne se plaint aucunement de ma présence. Mes envahissants dessins, après tout, ne sont-ils pas aussi colorés que ses étalages de fruits et légumes de saison ?

Soudain, la poisse. Un grand gars à la peau mate, lunettes masquant son regard, m’aborde familièrement, comme s’il me connaissait depuis des lustres. Il tient à la main une pomme dont il dit qu’elle a été conçue par lui, une sculpture métallique, et dans un sac verdâtre s’est immobilisé un avion, lui aussi en métal, prêt à s’envoler.

D’origine marocaine, Mohamed prétend connaître ces rues comme sa poche. D’emblée, il essaie de m’entraîner dans un labyrinthe de manipulations. « Sculpteur et peintre, je vis à proximité d’une forêt dans les Yvelines », fanfaronne-t-il. Des propos cohérents, qui ne tardent pas à se fissurer. J’ai commencé le croquis d’un bar très sympa dont les stores striés de rouges frôlent, ce jour, la tête des consommateurs. Je tiens absolument à terminer ce dessin. Mohamed, lui, m’importune carrément.

D’un naturel sans gêne, il me prend trois dessins, qu’il enfile dans une chemise en plastique. Il les pose sur le trottoir à côté de ses sculptures. « Tu vas voir, je vais les vendre à des prix super élevés, mes œuvres, et je te donnerai une partie de ma recette. »


Se servir de mes dessins…

Comment croire à de telles balivernes ? Je finis pas comprendre sa sinistre manœuvre : se servir de mes dessins féconds en couleurs pour attirer les passants, et leur demander tout au moins une pièce. Ce n’est pas tant un artiste qu’un mendiant voire un escroc.
Les sous, effectivement, commencent à « tomber » et il s’absente, de temps en temps, pour aller se payer une canette de bière. Ainsi aborde-t-il, déjà à moitié bourré, les passants. Cela fait vraiment très mauvais genre, dans un quartier aussi bien fréquenté.

Alors, je prends conscience que dois échapper à ses griffes et je lui dis qu’il me faut partir à cause d’un rendez vous à la suite d’un appel téléphonique. Et ne voilà-t-il pas que Mohamed se fait menaçant : « Tu n’es pas un petit garçon pour agir comme ça, toi qui paraît avoir tant vécu… »

Je regroupe mes affaires dans divers sacs à toute vitesse et je vais m’installer un peu plus loin, après avoir prix un café dans ce bistrot fréquenté par une clientèle bon enfant.

La nuit tombe vite.
Je commence le croquis d’un café devenu célèbre en raison notamment des guirlandes de végétation qui ornent les deux étages de sa façade, tombant en cascades aux couleurs mouvantes selon les saisons. Ce printemps-ci, ce sont des tons roses et grenat qui donnent le toi ! Féerique. Des touristes, éberlués, s’arrêtent pour prendre une photo.
Le temps file très vite, sur les trottoirs de Paris. Une touriste new yorkaise me prend un dessin de l’Arc de Triomphe, non sans avoir négocié au maximum le prix. C’est toujours ça de gagné pour moi! J’en ai marre de tous ces donneurs de leçons qui prétendent que je brade mes dessins par manque de confiance. Quand on a besoin de manger, de payer des factures, on se dit que l’argent de tombe pas du ciel et qu’il est toujours le bienvenu.


Petits boulots pour payer les études

Puis un groupe de jeunes gens, qui ont quitté l’adolescence il y a peu, viennent s’asseoir autour de moi, me félicitant pour la qualité de mes croquis. Ils sont une demi-douzaine, tous inscrits à l’école Georges Méliès, située à Orly. Pour l’instant, ils sont en préparatoire. Ils s’initient à un peu toutes les formes d’expression artistique, mais ils se destinent essentiellement aux métiers dans la filière du cinéma et du numérique. Ils se disent certains, au terme de leurs cinq ans d’études, de trouver un travail. Ils veulent tout savoir quand au matériel que j’utilise, d’une curiosité débordante. Ils m’appellent « Monsieur » et je voudrais avoir leur âge pour être en mesure de nous tutoyer. Volonté de tout recommencer…

Pour payer leurs études, ces jeunes gens ont tous choisi de petits boulots, notamment chez Mac Do. Sacha, un breton à l’esprit très vif, s’est découvert un talent pour la peinture à l’huile. Mais cet été, dit-il, « je travaillerai dans les champs et sur les marchés dans le Finistère pour financer mes études, même si mes parent m’aident passablement. « 

Après la tragique confrontation avec Mohamed, ces étudiants me transmettent une énergie revigorante. Un peu comme un vieux qui serait chargé de reconstituer un monde en partie oublié, je leur raconte que « de mon temps les jeunes étaient très différents. » Et de poursuivre : » En réalité, nous étions beaucoup plus égaux les uns et les autres. Certes, des jeunes à problèmes, il y en avait déjà passablement. Mais aujourd’hui, l’on assiste au creusement d’un fossé entre deux catégories de jeunes. D’une part, ceux qui arrivent à s’insérer, déjà très tôt, dans la société, conscient qu’il leur faudra bosser dur pour décrocher un emploi. D’autre part, ceux qui seront à la ramasse toute leur vie parce qu’à cause d’un environnement familial et culturel ils n’ont pas de quoi être poussé vers le haut par des adultes sur lesquels s’appuyer et prendre exemple.

Nous nous quittons après une photo de groupe, et je me sens soudain à nouveau Seul (quelle hantise !) dans cette rue très animée et gorgée d’argent, où abondent les cafés et les restaurants plutôt haut de gamme.

D’autres jeunes viendront me parler. Trois d’entre eux s’associeront pour m’acheter un dessin, en réalité une bouche de métro Guimard remontant à l’épopée de l’art nouveau interprétée telle une araignée. C’est marrant : un tel dessin était, jusqu’à ce jour, passé inaperçu.
Maintenant, il est trop tard pour prendre le métro dont les dernières rames ont cessé de circuler. Il va me falloir traverser le pont des Arts et prendre un Noctilien, le numéro 51.

Jean-Claude, SDF

Mais Paris est si petit : un grand village. Maigre comme un clou, les joues creusées par la maladie, un garçon plus très jeune, totalement édenté, me salue. « Tu te souviens de moi ? Je suis Jean-Claude. On s’est sur le pont Saint Louis, quand tu passais ton temps à dessiner là-bas. Depuis, je ne t’ai plus revu… »

J’ai soudain l’impression d’être fort vieux : c’étais il y a quatre ans, quand ledit pont accueillait des artistes, principalement des chanteurs et des musiciens. Aujourd’hui, il est devenu un endroit tristounet. Les artistes se sont évaporés.

Bien sûr, on connaît le peu d’intérêt de la Mairie de Paris pour les artistes puisqu’ils sont même, parfois, persécutés par les agents municipaux spécialisés dans la traque aux empêcheurs de marcher dans le calme, l’ordre et la propreté.

A l’époque, Jean-Claude était habillé en punk, avec des chaussures militaires. Il provoquait souvent quelques tumultes à cause de sa propension à trop boire qui le rendait nerveux et même agressif. Ce soir, il est habillé tout simplement et il chercher un endroit au sec où passer la nuit enroulé dans son sac de couchage. Car Jean-Claude est un SDF, convaincu que ce style de vie lui convient puisque pour rien au monde, avance-t-il, « je n’aimerais dormir dans des cages à lapin ».
Heureusement, quelques minutes plus tôt, une jeune fille habitant Levallois Perret, qui m’avait parlé de sa passion naissante pour la peinture, est allé lui payer un repas dans un fast food proche.

Jean-Claude est séropositif, très amaigri, et il fume des pétards. Il semble même s’est mis au crack. Je l’ai vu inhaler quelque chose, après avoir procédé à des manipulations discrètement dans son sac à dos, puis il s’est enroulé la tête dans une couverture. Alors, il s’est mis à rigoler, à soliloquer de manière confuse. J’ai compris qu’au cours des années écoulées il avait certes survécu mais qu’il avait terriblement régressé.

Alors, j’ai repris le chemin de ma maison, à Gennevilliers, en banlieue. Il était quatre heures du matin. J’étais épuisé mais je me suis dit que j’avais la chance, pour l’instant, d’avoir un toit sur la tête, de pouvoir me consacrer à ce que j’aime.

Une grosse déprime

Autour de moi, tant de gens plongent, tel cet homme d’affaires lancé sur une trajectoire pleine de succès, directeur d’une grande entreprise concevant et commercialisant des chaussures « made in China ». Je l’avais connu alors qu’il s’offrait une pause, rue des Capucines, au soleil à l’entrée de l’ancien siège de l’entreprise. Il m’avait observé en train de dessiner le portail d’un ancien hôtel particulier, emblématique du Grand Siècle, désormais occupé par une institution financière.

Une grosse déprime après la mort d’un ami en moto, et ce grand gaillard à la carrure d’athlète a démissionné ainsi qu’il me l’a écrit dans un bref courriel. « Excuse- moi, Yann, je ne peux rien faire pour toi (il m’avait promis une paire de chaussures). J’ai tout envoyé promener. Je désire m’occuper de ma famille.»
Et dire qu’il y a un an ce quadragénaire resplendissait, heureux d’exercer de grosses responsabilités, voyageant dans le monde entier, à peine marié et déjà papa.

Ce monde est très cruel. Il nous inflige de terribles mises à l’épreuve. Il fait tomber, comme des mouches, des gens que l’on croyait solides comme des rochers tandis que d’autres, gangrenés par de méchantes maladies, arrivent à survivre tant bien que mal…

                                                                                                             Yann Le Houelleur 

La belle comédie de la vie, au pied de l’Opéra

Il a suffi que je m’assieds avec mes dessins, boulevard des Capucines, à la tombée de la nuit pour que je fasse, une fois de plus, des rencontres enthousiasmantes. En particulier, une discussion passionnante avec un jeune homme et sa copine auxquels je cédai, avec grand plaisir, une esquisse à un prix symbolique.

 

 25 mai 2019 


 

Un gros morceau d’histoire parisienne que le Palais Garnier. Redoutable à dessiner en raison de son architecture assez hallucinante, luxuriante par ses détails. C’est un peu pompeux et prétentieux, en définitive. Curieusement, la colonnade est plus haute que la partie inférieure et une Renommée entourée de deux anges semble envoyer par-dessus les nuages ses ailes qui redoublent de scintillements à la tombée de la nuit.

Redoutable à croquer, aussi, ce théâtre, par l’effervescence exacerbée qui règne tout autour. La circulation automobile est infernale, dégageant un boucan à la longue insupportable. Et les sirènes des voitures de police ne cessent d’injecter un surcroît d’anxiété…

Il faut être un peu cinglé pour s’asseoir sur le trottoir, au tout début du boulevard des Capucines, afin d’interpréter, crayons en main, cette belle comédie architecturale parisienne. Avec au premier plan, tout naturellement, le fameux café de la Paix et ses store d’un vert un peu terne. 


«  Je ne suis pas SDF »

Il devait être 20 h 30 quand j’ai entamé ce dessin, animé par la ferme intention de le terminer le « jour » même. Mais une fois de plus, je fus piégé par la chute précipitée de la nuit. Un couple charmant  - une Chinoise et un homme né à Hong Kong, résidant à Paris -  vint m’encourager, m’offrant cinq euros. 

Puis, deux hommes d’apparence nord-africaine, me proposèrent un « panier repas ». Je n’ai pas eu le temps d’examiner le logo de l’association à laquelle ils appartenaient. « Vous savez, je ne suis pas SDF, alors je n’aimerais pas que ces aliments me soient donnés au détriment de personnes qui en ont davantage besoin que moi. » D’une gentillesse extrême, ils me répondirent : « Mais vous êtes un homme de la rue, car c’est votre environnement de travail ». 

Alors, j’acceptais de bon cœur ce présent. J’en profite pour souligner qu’ils sont nombreux les volontaires au sein d’ONG distribuant de la nourriture aux créatures vivant à l’air prétendument libre. Cela prouve que sous la carapace d’âpreté de notre société bourgeonne une générosité invisible et que la pauvreté n’est pas considérée par tant d’anonymes comme une fatalité.

« Mon grand père, peintre à ses heures perdues »

C’est inexorable : la générosité est un cycle vertueux qui entraîne la générosité… Et ce soir-là, l’occasion me fut donnée de faire un cadeau à des amoureux fort touchants par leur sensibilité et leur vivacité d’esprit. Un très beau jeune homme, David, se mit à observer mes dessins avec une attention redoublée : « J’adore ce que vous faites, c’est très vivant. » 

Alors, je pris soin de lui montrer une cinquantaine d’autres dessins que je transporte en permanence dans un sac bleu. Pour ce faire, je l’emmenai s’asseoir sur un muret au pied de la vitrine hyper lumineuse d’une boutique écoulant des articles haut de gamme. Surgit alors une jeune femme, très zen, un peu timide, d’origine italienne. « C’est ma copine, Francesca, m’expliqua le jeune homme, et elle fait un peu la moue ce soir car nous avons eu une petite dispute… »

Les dessins se mirent à défiler, tantôt saturés de couleurs vives, tantôt se résumant à des esquisses aux coloris plus tendres. Découvrant un dessin fait cet hiver sur le parvis de la gare Saint Lazare, au centre duquel se dresse une colonne Morris barbouillée de couleurs toniques. « Voilà un dessin qu’aurait pu faire mon grand père qui était peintre à ses heures perdues », s’exclama David.

Chacune des illustrations qu’il scrutait lui inspirait des commentaires très pertinents. « Tiens, j’aime bien celui-là (un dessin élaboré en novembre 2018 sur la place des Ternes) car vous avez soigné les voitures bien plus que sur les autres dessins… »

Mais un certain conflit d’idées ne tarda pas à se manifester entre les deux amoureux. Francesca préférait, carrément, les dessins moins élaborés, plus spontanés, en quelque sorte non achevés. Elle poussa un cri de joie en découvrant une esquisse, toute simple, d’un restaurant le long du boulevard Saint Germain datant de quelques semaines seulement. « Celui-là, je l’aime beaucoup. »


Ils fouillèrent dans leurs poches...

Encore faudrait-il préciser que les deux jeunes gens étaient tout deux étudiants dans la sphère artistique. Mais ils disaient ne pas avoir d’argent pour s’acheter une « toile ». Ils étaient si émouvants par leur douceur, leur spontanéité, leur foi dans la vie que je ne pouvais pas leur refuser de leur céder l’esquisse du restaurant à un prix symbolique…

Ils fouillèrent dans leurs poches, y découvrirent environ quatre euros, et pour moi c’était largement suffisant car le plaisir de leur faire plaisir n’avait pas de prix. Je suis très reconnaissant à tous ces jeunes qui viennent me parler, me disant que je suis un monsieur sympathique, et dont la fascination pour mes dessins m’intrigue. 

J’adore discuter avec eux : je me demande toujours si leur vie sera meilleure que la mienne et si la conjoncture, les bonnes et mauvaises surprises de l’existence laissera le champ libre à leurs rêves. J’ai le triple de leur âge et pourtant je me sens aussi jeune qu’eux dans ma tête et dans mon cœur. 

Yann Le Houelleur 

Quatre arbres à l’occasion d’un examen

  1. Alors que j’étais en train de terminer le dessin d’un vieil immeuble près du boulevard Saint Germain, une jeune femme me demanda de lui faire un dessin d’arbres avec un soupçon de maladresse.

 

22 mai 2019


 


Quand on dessine dans les rues de Paris, tout peut arriver à tout instant. Le pire comme   - souvent -  le meilleur. Le pire, évidemment, ce sont ces brigades d’agents municipaux souvent vétilleux investis de la fabuleuse mission de faire respecter des lois hallucinantes pour renflouer les caisses d’une ville pitoyablement gérée. (Cinq milliards d’euros : telle serait la dette de Paris.)

Le meilleur, ce sont des personnes altruistes et communicatives avec lesquelles s’engagent des conversations aptes à injecter dans mes neurones un surcroît de joie. Les enfants, notamment, « fournissent » toujours l’occasion de rencontres extraordinaires : ils me posent des questions pertinentes, me considèrent comme un ami et souvent ils incitent leurs parents à acheter un dessin…


Or, ce qui m’est arrivé le 22 mai dans une rue animée à proximité du boulevard Saint Germain sort de mon ordinaire. Trois jeunes femmes discutaient à la terrasse d’un café réputé « fashion ». Soudain, l’une d’entres quitta leur tables et vint me demander une prestation très particulière, alors que j’avais terminé le croquis d’une vieille habitation brandissant des cheminées élancées – comme on en repère si souvent à Paris, ville dont il convient d’observer avant tout les toits…

 «J’ai remarqué, sur vos dessins, que vous décrivez très bien les arbres au côté des maisons. Mais je ne peux pas vous prendre un de vos dessins car ils sont trop professionnels. En effet, je dois présenter des arbres dessinés par moi dans le cadre d’un examen, demain… »


Gratification pour quelques cafés

Quelle drôle d’idée !!! Je proposais à cette jeune femme de diviser une feuille A3 par quatre. Et chacun de ces dessins représenterait un arbre habillé aux couleurs d’une saison… Ce n’était pas un exercice vraiment facile car il me fallait dessiner des arbres comme les ferait une néophyte un peu maladroite ; Mais il s’agissait en vérité d’un joli petit défi à relever.

Une heure après, la jeune femme revint et se montra épatée par le résultat final. Ces quatre arbres lui convenaient au plus au point, ce d’autant plus que j’havais  commis certaines maladresses pour mieux occulter ma qualité de professionnel. Cette jeune inconnue me donna une gratification suffisante pour me payer plusieurs cafés à la terrasse de brasseries, ce dont je ferai bon usage afin de produire (les jours de pluie) des dessins typiquement parisiens comportant de belles architectures aussi bien que d’opulents arbres.

Yann Le Houelleur

GENNEVILLIERS, AV. GABRIEL PERI - Voilà un dessin comme je pourrais en faire des centaines aux portes de Paris. De très beaux immeubles en briques s’apprêtent à tirer leur révérence alors que toute autour la spéculation fait surgir des habitations recourant aux matériaux les plus destinés aux classes moyennes fuyant la cherté croissante de la capitale. D’ailleurs, une rubrique « Gennevilliers » est lancée sur ce site… la ville où le dessinateur réside.

MON PLUS BEAU CADEAU D’ANNIVERSAIRE…

Il faut bien avouer ma chance : le jour de mon anniversaire, tout récemment, j’ai reçu une averse de messages à travers ma page facebook (Yann Le Houelleur) qui m’ont subjugué les uns autant que les autres. Alors pour vous remercier, pourquoi ne pas vous narrer une belle aventure survenue de jour-là ?

 

9 mai 2019


 


Mais tout d’abord, je dois me remémorer un moment pénible. Quelques jours auparavant, j’étais parti dessiner le pont Neuf accoudé à la balustrade du pont des Arts, depuis longtemps délestée des inoubliables cadenas de l’amour.

Manque de bol : à peine avais-je commencé mon dessins, quelques cartons mouchetés de croquis « exposés » à mes côtés, et trois agents municipaux surgirent. Toujours, en de telles circonstances, la même question : « Vous avez une autorisation ? »
Question au demeurant perverse puisque la Mairie de Paris ignore et opprime même les artistes de rue. L’un d’entre eux m’accusa d’être « un vendeur à la sauvette » et agita la menace d’une amende. Ce à quoi je répondais : « Vous ne trouvez pas qu’il vaut mieux travailler plutôt que de se contenter d’être un chômeur au fin fond d’une banlieue oubliée ? » 

« Les chômeurs, on n’en a rien à foutre »

L’un de ces agents me fit une réflexion que je considère insultante : « Les chômeurs, on en a rien à foutre ! » Je regrette de ne pas avoir noté son matricule… La prochaine fois, je porterai plainte au commissariat.

Quand on est salarié par une mairie gérée de manière aussi brouillonne que Paris, dont la dette s’avère colossale, on devrait s’astreindre à davantage de modestie. Car ces agents, malgré tout le respect qu’on peut leur devoir, sont payés grâce à une dette aussi faramineuse !
Finalement, les trois fonctionnaires se dirigèrent, ainsi que je me permettais de leur recommander, vers des joueurs de bonneteau qui, eux, font de juteuses affaires, presque jamais dérangés par les forces de l’ordre, et j’en connais la raison… Un jour, je la raconterai ici même.

Ils m’oublièrent, ainsi.

Quelques jours plus tard, le climat s’était dégradé. Le ciel pissait comme vache. Pour moi, hanté par le spectre du désoeuvrement, un après midi sans dessiner est  comme un aveu d’inutilité. C’était le jour de mon anniversaire. Aucun argent pour commettre quelle que folie que ce soit.

Alors, l’idée m’effleura d’aller dessiner dans un de ce ces passage dont les quartiers au cœur de Paris sont truffés, éclairés par la lumière naturelle filtrant à travers des « plafonds en verre »

J’étais en train de plier bagage quand un jeune inconnu de onze ans s’adressa à moi avec beaucoup d’aplomb. Sa voix était frêle tel le cristal et je n’arrivais pas à savoir si c’était un garçon ou une fille. 

«  C’est pour ma maman »

Le jeune inconnu me demanda la permission de fouiller dans les sacs remplis de dessins avec lesquels je me déplace constamment. Il tomba sous le charme du pont Neuf dessiné… quelques jours plus tôt lors de mon écoeurante rencontre avec les agents de la Mairie.« Celui-là, je le veux pour ma Maman. Elle va être vraiment contente… Ce sera son cadeau d’anniversaire ! »

« Mais dis voir, m’inquiétai-je, as-tu les moyens de payer ce dessin, toi qui es si jeune ? » Réponse : « Bien sûr, j’ai mon argent de poche… » Et cet acheteur, le plus jeune auquel j’ai eu à faire, me remit un billet de 20 euros. Mais ce n’était pas tout : heureux comme tout d’avoir mis la main sur un dessin aussi percutant par ses couleurs (je crois), il me donna deux pièces de deux euros chacune : « C’est votre pourboire, Monsieur ! »

N’est-elle pas belle, cette « histoire » ? Avoir suscité un tel enthousiasme, un tel plaisir, savoir que ce dessin fait avec amour (et tous mes dessins le sont ainsi)  a fait le bonheur d’une maman, cela fut mon plus cadeau d’anniversaire.

Oui, un très beau cadeau, aussi gratifiant que les vœux chaleureux parvenus à moi via facebook.

Une fois de plus, un GRAND MERCI à vous tous ! 

Yann Le Houelleur

Exposition « Dix ans de dessins en plein air » (du Brésil à Paris en passant par Gennevilliers)

C’est une expo inédite à laquelle vous êtes conviés,
à partir du samedi 18 mai 2019, à Gennevilliers


Voilà qui me donne le vertige : je dessine dans les rues depuis maintenant dix ans. Tout a commencé lors de l’Année de la France au Brésil, pays où j’ai vécu pendant plus de quinze ans.

Ensuite, quand je suis revenu en France, ce fut une certaine descente aux enfers (le chômage, le manque dargent récurrent, une grave maladie...) Descente aux enfers atténuée par cette passion dévorante qui m’a repris après des années vouées au journalisme : le dessin, activité que j’ai toujours pratiquée en plein air, de préférence assis sur les trottoirs, éventuellement aussi réfugié (lorsque sévit la pluie et le grand froid) sur les terrasses des cafés.

Alors, avec l’appui de plusieurs amis sans lesquels une telle expo ne saurait avoir lieu, j’ai souhaité fêter ces dix ans au sein d’un beau local, dans la commune où je réside, à savoir Gennevilliers.

Ce sont des dizaines de dessins,  de toute sorte quant aux matériaux utilisés, que vous pourrez découvrir et même acquérir à des prix très raisonnables.
Le vernissage est prévu, donc, le 18 mai, à partir de 19 h, en présence de plusieurs personnalités. Présentement, ce texte s’assimile à une invitation. Il suffit de l’imprimer et de le présenter aux personnes qui vous accueilleront. Bien entendu, un cocktail sera offert aux participants.

L’adresse est la suivante : 1 place du Dr Roux, non loin de la tour abritant les services de la Mairie et des Finances publiques. La station de métro la plus proche est celle de Gabriel Péri , le long de l’embranchement de la ligne 13 dont le terminus est les Courtilles. Il suffit, pour atteindre la place du Dr Roux, de suivre   - pendant quelques dix minutes -  la rue Gabriel Péri jusqu'à un certain carrefour.

Tout naturellement, je me réjouis de vous présenter une floraison de dessins en plein coeur du printemps et j’espère vous voir nombreux sur place.

Je remercie, en  particulier, Jacqueline Cléro, conseillère municipale à Gennevilliers, jadis en poste au ministère de la Culture, qui  a mis le local de sa permanence à ma disposition. L'année dernière, une première exposition du genre organisée au même endroit avait connu un succès prometteur.

Pour tout renseignement : vivreentoussens@gmail.com ou chaudslesmots@yahoo.fr

06 89 58 71 34

Avec mes remerciements et mes meilleures pensées.

Yann Le Houelleur

Un couple de Chinois si heureux avec leur dessin du Pont Neuf

Quel incroyable crépuscule ! Le dessinateur disposait de quelques minutes à peine pour terminer un dessin avant que ne déchirent les nuages qui plombait le ciel. Un beau souvenir de Paris pour ce couple de Chinois venu à Paris couler sa lune de miel.

 

27 mai 2019


 

 “ Dear Yann Le Houelleur,

  These are the pictures.It’s lucky to meet you. I really like your paintings.I wish you have a great future in your area.

              Yours lily. »

 

Ce courriel, j’ai éprouvé la surprise immense de le découvrir dans ma messagerie, un jour après avoir vécu une aventure picturale très émouvante.

Il émane d’une Chinoise qui, accompagnée de son mari, m’a longuement observé en train de dessiner le Pont Neuf accoudé à la rambarde du Pont des Arts. L’un de mes décors favoris dans cette grandiose pièce de théâtre historique qu’est Paris…

J’ai toujours défendu l’idée selon laquelle un artiste est à sa manière un magicien. Mais je crois aussi que les artistes, quand ils se cloîtrent chez eux pour élaborer des œuvres sans jamais voir un « quelconque » public sont plutôt pathétique. Car si je me proclame « artiste »  - pardon, un petit artiste de rue exerçant une profession précaire -  c’est parce que je suis conscient d’une mission dont je ressens la gravité et la beauté jusqu’aux plus profond de mon cœur… A savoir, semer le bonheur par le biais des couleurs. Aussi, chaque fois qu’un passant, qu’un inconnu emporte avec lui l’un de mes dessins et qu’il me remercie chaleureusement, je considère que j’ai vraiment fait « mon job ».


Peu m’importe si la mairie de Paris ne donne aucune autorisation aux artistes plastiques pour gagner leur vie sur la voie publique et que nous sommes plusieurs à dépendre d’une certaine tolérance à notre égard. Parce que franchement, en toute modestie, j’ai conscience, tout autant, de mon rôle d’ambassadeur de certaines valeurs que dans des pays lointains l’on prête à la France ; la courtoisie, l’éducation, la culture, l’hospitalité. Cela en scandalise plus d’un mais d’une part je pratique des prix forts modestes et d’autre part je déclare tous les mois mes gains à un certain organisme dont je dépends en grande partie.
 

Une gentillesse toute particulière

Or, ce vendredi 26 avril, l’envie me prit d’aller dessiner le Pont Neuf depuis le Pont des Arts, exercice auquel je ne m’étais pas livré depuis un certain temps. Quand j’entamais mon dessin, le plus beau pont de Paris était badigeonné d’une couleur oscillant entre le jaune et l’ocre, contrastant avec les touffes d’un vert tout neuf le long des quais, tel un liseré déroulé le long dudit pont. Mais la nuit se mit à tomber à toute allure, de sorte que le pont devenait de plus en plus fantomatique et qu’il me fallait deviner certains détails afin de terminer mon dessin.


Soudain, une Chinoise s’approcha de moi. « Ce dessin, je le veux », me dit-elle avec une incroyable détermination. Son mari, plus timide, nous observait de loin. Elle était adorable cette femme, s’exprimant dans un anglais parfait comme la majorité des jeunes chinois que nous avons la chance d’accueillir en France car en général ils sont d’une gentillesse tout particulière, voire une délicatesse touchante.
Alors, je fus en proie à un conflit intérieur qu’il me fallut conjurer tout en feignant de garder mon calme.

Encre de Chine

Ce dessin, je ne l’estimais pas réussis. Je l’avais fait trop vite et il témoignait maintes maladresses. Il m’aurait fallu y passer des quarts d’heures entiers, encore… Lily tenta de me tranquilliser : « Prenez votre temps. Nous vous attendons ». Ainsi, pendant vingt minutes, je fus en mesure d’améliorer un peu « le résultat final », ayant même recours à quelques pots d’encre de… Chine.

Nous étions vraiment en train de vivre un moment hallucinant. Le ciel se travestissait de nuages noirs menaçants, prêts à éclater. J’avais l’impression que de minuscules gouttes de pluie se mettaient déjà à dégringoler. A peine avais je « encadré » ce dessin, de manière sommaire (feuille de papier A4 scotchée sur un papier cartonné noir) qu’une pluie fine commença à redoubler de méchanceté. Bien entendu, je glissai le dessin dans une chemise en plastique pour le protéger, comme je le fais chaque fois qu’on me demande un dessin dans la rue.

Yann Le Houelleur

La Tour Eiffel m’en fait voir de toutes les couleurs

La dessiner n’est pas toujours une partie de plaisir. Sur le pont Alexandre III, le vent fait montre d’une hostilité coutumière. Mais les touristes l’adorent, la dame de fer !


27 mai 2019


 

La tour Eiffel : les touristes l’adorent et le dessinateur que je suis à tendance à la maudire.

Pourquoi donc ? C’est le genre de dessin que je vends le plus aisément. Chaque fois que je « fais une tour Eiffel », dans les jours qui suivent elle s’en va, tant ce monument imprime sa marque dans l’esprit des visiteurs étrangers.

Mais pour la dessiner la dame de fer, quel supplice ! La plupart du temps, je me rends sur le pont Alexandre III, dont les angelots s’agrippant aux candélabres (tous en bronze) semblent m’épier avec ironie. Or, la Seine est un corridor où le vent s’engouffre en permanence. Il faut alors que je prenne toutes les précautions nécessaires :  mon bloc de papier est scotché à la rambarde et si le vent témoigne une excessive vigueur, j’ai recours, même, à de la ficelle. Même chose pour mes trousses à crayons, susceptibles d’être jetées par la main invisible du vent dans la Seine, et plusieurs fois déjà un tel incident s’est produit.

Curieusement, « ma » Tour Eiffel n’est jamais la même. Cela dépend autant de l’ensoleillement que de mon humeur personnelle à laquelle s’ajoutent les conséquences, sur mon croup de crayon, du vent. 

« L’un des pires endroits »

En général, sur le pont Alexandre III je fais peu de rencontres. Les touristes, sans doute en raison du vent bien décidé à incommoder tout le monde, le franchissent à grandes enjambées. Non loin de moi, un glacier côtoie un « fabriquant » de crêpes faites sur place. Ce jour là, quand j’ai dessiné la tour Eiffel sous un ciel si tenté de mauve et de gris que la plue semblait prête à dégringoler, l’un d’entre eux m’a dit ! « Vous ne devriez pas venir sur ce pont, l’un des pires endroits de Paris. Ce vent est vraiment odieux ».

Mais quel que soit le temps, il y a toujours, sur le pont, des hommes et des femmes s’entrelaçant en présence de photographes qui les mitraillent ; ils viennent passer leur lune de miel à Paris et leur union est ainsi immortalisée dans ce décor magnifique, propice aux rêves et aux grandes ambitions, qu’est la ville Lumière. Autrefois, il n’y avait guère que des Japonais et des Chinois.

Désormais, les jeunes mariés viennent de tous les coins du monde pour se faire prendre en photo sur ce pont prestigieux… avec  - détail qui a son importance ! -  la Tour Eiffel se dressant en arrière plan.

Yann Le Houelleur

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

17.11 | 04:01

Bonjour Bruno! Merci, nous sommes voisins... Je n'arrive pas à "voir qui vous êtes" si toutefois vous habitez aussi la grande barre Victor Hugo à Gennevilliers!

...
14.11 | 18:55

Coucou Yann c'est bruno
Un ptit coucou que je trouve super ton site
Bonjour a sheriff
A bientôt
Bruno de Henri MUSLER toujours a VH

...
18.07 | 04:10

You can send me your email address too. Thanks

...
17.07 | 20:08

Do you have WhatsApp we met 2 weeks ago. Thanks!!

...
Vous aimez cette page