Novembre 2017

Les derniers scintillements de l’automne, place de Clichy

En ce jour de pluie, le dessinateur se fit « une place au soleil » à la terrasse du Petit Poucet. Merci aux serveurs pour leur patience et leur gentillesse…



27 novembre 2017


Sortant de la station Place de Clichy, l’éternel enfant que je suis, fasciné par la magie de l’automne, se régale jusqu’au plus profond de ses yeux : une cascade de feuillages encore abondante mêle des tonalités vertes et jaunes. Un peu d’or saupoudre le tout. Les arbres offusquent la très belle architecture d’un immeuble circulaire, au carrefour du boulevard des Batignolles et de la rue de Saint Pétersbourg, dont la coupole surplombe la fébrile Place de Clichy.

Mais il s’agit d’un jour pourri : des giboulées alternent avec des rafales de vent, précipitant les passant vers les nombreux magasins disposés autour de la place, dont une magnifique Librairie où je ne manque pas d’acheter cet ouvrage passionnant qu’est… « Notre Drame de Paris », à savoir Mme Hidalgo, décrite sous des traits peu avenants…

Aucun doute : d’ici quelques jours, les arbres seront dépouillés de leurs oripeaux scintillants. Il me faut saisir, une dernière fois, la féerie de l’automne, installé à la terrasse du Petit Poucet. Vincent, qui s’occupe de la terrasse en ce début d’après-midi, ne s’offusque pas de me voir occuper, en réalité, deux tables avec mon matériel plutôt prolifique de dessins. « Je comprends que vous ayez besoin de travailler », me rassure ce beau jeune homme.

Je commande deux cafés et j’entreprends une course contre la montre, car à cette époque de l’année la nuit nous surprend brutalement et elle oblige le dessinateur à œuvrer avec un empressement plutôt stimulant.

Evidemment, j’aurais aimé être plus subtil dans la juxtaposition des couleurs, mais je ne pouvais fignoler. Des passants m’ont adressé des compliments. Si cette journée avait été estivale, sans doute aurais-je vendu plusieurs dessins. « Pas facile d’avoir des clients en cette époque », me suggère un autre serveur, venu donner un coup de balai sur la terrasse du Petit Poucet. « Nous aussi, nous avons parfois du mal, d’autant plus que les Parisiens sont pour la plupart d’humeur assez morose… »

Y. Le Houelleur
 

« La création n’est rien sans âme »

La rue Becquerel est en fait un escalier gravissant la butte Montmartre. (Dessin format A4)

Au pied d’un escalier qui depuis la rue Custine gagne les hauteurs de la butte, je fus surpris par un Montmartrois jovial et cultivé, Alain, dont les propos furent une belle consolation après un drame subi quelques jours plus tôt.

 

24 novembre 2017



Un peu de ma joie s’est perdue au milieu de la foule, un mardi en soirée. Fatigué, harassé, l’esprit souillé par le ciel grisâtre de fin d’automne, j’ai oublié un sac contenant des cartons à dessin dans une rame de la ligne 14. Gare Saint Lazare. « Vous avez toutes les chances qu’un usager du métro les rapporte à un guichet de la RATP », m’avait pourtant consolé une employée de la Régie à laquelle je m’étais adressé.

Perdre de telles « choses », c’est comme voir s’évanouir toute une partie de soi même. Et je me pose encore la question : une simple étourderie, un signe du Destin, un avertissement, ou serait-ce la contrepartie de petites victoires obtenues tout au long des semaines écoulées ? Quant la providence nous fait trop de cadeaux, il faut toujours s’attendre à un retour du balancier, comme pour nous rappeler que nous sommes si peu de choses : tout nous est prêté, confié, et qu’au moment voulu tout nous sera brutalement repris.

Pour tuer ma tristesse, rien ne vaut la poursuite de mes séances de dessin dans les rues et à la terrasse de cafés. Et l’hiver m’incite à croquer des endroits où je ne séjourne presque jamais à la belle saison. Par exemple, l’interminable rue Caulaincourt, et la rue Custine. 

Plusieurs escaliers, escarpés et plantés de rangées de réverbères, rappellent que nous sommes au pied de Montmartre. Tel celui appelé… rue Becquerel, au sommet duquel trône un bel immeuble coiffé d’un toit pointu.

«Ah, voilà un artiste comme on en voit si peu aujourd’hui ! » Ce fut le compliment que m’adressa Alain, un enseignant à la retraite, solide comme une armoire normande, jovial tel un enfant découvrant le monde. «En fait, je vous ai déjà vu dessiner quelque part, je ne sais plus où… Vous avez raison de vous inspirer de ces endroits qu’ont peint de si nombreux artistes, à commencer par Utrillo… »

Ce fut une conversation fort agréable, avec un Monsieur d’une culture fertile (jadis professeur de littérature, m’avoua-t-il) dont l’un des fils vit à New York, et curieusement il suggéra qu’il me fallait absolument aller dans cette métropole pour y laisser mes crayons se défouler et s’en donner à cœur joie.

Puis revenant à des considérations montmartroises, Alain m’adressa une phrase qui fit « tilt » dans ma tête et qui me suivra partout :
« Cela fait longtemps que la place du Tertre n’est plus la place du Tertre, théâtre d’un spectacle désolant, celui de peintures importées de divers pays… Il semble qu’on soit prêt à oublier que la création n’est rien sans âme. Et vous en mettez vraiment, vous, de l’âme dans ce que vous faîtes ! »

Yann Le Houelleur

 

RUE SAINT HONORE – Un simple café à la terrasse du Paradis du Fruit.. et voici une pause prolongée pour croquer un coin de rue, à deux pas de ce qui fut le ventre de Paris, à savoir les Halles. Un quartier devenu très chic, avec des immeubles haussmanniens côtoyant des habitations moins sophistiquées. Il faudra absolument qu’un de ces prochains jours je dessine (depuis le même endroit) la terrasse du Chien qui Fume… (22 novembre 2017)
AVENUE DE L’OPERA – Il fait plutôt froid, ce jour, et le dessinateur n’a pas toujours le courage de s’asseoir sur le trottoir pour dessiner, d’autant plus qu’il a perdu, dans le métro, une sacoche pleine de dessins… Alors, dans la chaleur d’un café, le temps est venu de dessiner des immeubles haussmanniens de toute beauté, au pied desquels des troupeaux ne voitures s’affolant en permanence. (22 novembre 2017)

Le Mont : une montagne de pingrerie, boulevard du Montparnasse…

Hélas, il m’arrive d’être bien trop généreux avec des gens dont je découvre, après coup, qu’ils sont mesquins et grippe sou… Surtout, si vous vous rendez à Montparnasse, évitez de vous rendre dans un restaurant où la mesquinerie figure au menu du jour.

17 novembre 2017



C’est une mésaventure lamentable qu’il m’a été donné de vivre à Montparnasse.
L’occasion, une fois de plus, de voir à quel point la méchanceté rode toujours autour de nous, semée par des individus si venimeux qu’ils ont besoin, constamment, de contaminer autrui.

Il m’arrivait assez souvent de dessiner l’immeuble, au carrefour du boulevard du Montparnasse et de Raspail, s’élevant au dessus de l’ample marquise du Dôme. Cet immeuble, les amateurs de dessins ont le béguin pour lui quand il figure dans l’éventail des dessins que je propose.

Pour ce faire, je m’asseyais dans un café portant le nom si banal de « Mont ». Un serveur, espiègle et manipulateur, avait réussi à me donner mauvaise conscience : « Il faudrait que vous nous fassiez un dessin de notre restaurant car vous prenez beaucoup de place avec vos plumiers et vos affaires quand vous venez chez nous ».

Il fut convenu, entre nous, que j’élaborerai ce croquis depuis le restaurant « d’en face »… le Dôme, et que les consommations seraient remboursées. Quant à la prestation, libre au patron du Mont d’en choisir le montant.

Promesse fut tenue, un lundi. Sitôt le croquis fait (deux heures de boulot), je l’apportai au patron, lequel afficha un certain contentement, mais aucun signe de générosité n'émana de lui. « Je vais en parler à la patronne ». J’avais l’impression d’être tombé sur des gens plutôt profiteurs et cyniques. Des gens d’autant plus détestables que le serveur se refusa à me rembourser, de suite, mes 9 euros de consommation au Dôme… « Revenez plus tard dans la semaine… » Des veaux, des pingres !

Quelques jours plus tard, j’avais rendez vous avec un ami peintre au Mont. Revoyant le serveur à l’esprit si tordu, je lui demandais de ne pas oublier de solder sa dette envers moi. Réponse sèche de sa part : «Il fallait me prévenir de votre passage… revenez samedi prochain».
Mon sang ne fit qu’un tour : « Et dans le tiroir caisse de votre patron, il n’y a pas au moins dix euros disponibles. Vous vous foutez de ma gueule, vous êtes un sale connard en réalité. »

Le serveur ne put échapper à l’obligation d’extraire d’une bourse noire les 9 euros qu’il me devait, et il s’en fallut de peu pour que je ne lui administre la gifle qu’un rustre comme lui méritait.

Bien entendu, nous allâmes prendre un verre au Dôme plutôt que de rester dans ce « Mont » où l’on se montre si bas… et où l’on fait des montagnes de complications pour de minables sommes.

Si vous prenez un café au Mont, après avoir lu cet article, faites en sorte de ne pas acquitter votre consommation, histoire de montrer au patron ce qu’est un client aussi mauvais payeur que son serveur et lui.

Désormais, c’est fini : je ne ferai plus de dessins pour les patrons de café qui pleurent en se plaignant qu’un dessinateur séjournant chez eux occupent une place démesurée. Ces gens-là pleurent souvent, mais ils ont parfois, pas tous heureusement, des mentalités de petits épiciers minables.

Yann Le Houelleur

RUE DES ARCHIVES – Même si le Marais est devenu une « zone » trop marchande, avec des commerces de luxe prétentieux à tous les coins de rue, il n’en demeure pas moins une source d’inspiration intarissable pour le dessinateur en quête d’atmosphères bien parisiennes. La porte de l’église des Billettes dialogue avec un kiosque à journaux et un réverbère. (Dessin fait le 10 novembre 2017.

Boulevard du Montparnasse : l’artiste de retour sur les terrasses des cafés…

Un de mes endroits préférés à Paris pour le jaillissement de l’inspiration : le croisement entre le boulevard du Montparnasse et le boulevard Raspail. Parfois, les dessins sont faits au Mont, parfois au Dôme

 

11 novembre 2017


 

Cette année, l’automne s’est voulu farceur et trompeur. Jamais les arbres n’étaient restés verts aussi longtemps à Paris. Soudain, début novembre, leur feuillage a commencé, mais fort discrètement, à se maquiller de jaune et d’orange. Il faudra quelques jours encore avant qu’ils ne se mettent à flamboyer, quand des touches de rouge et de pourpre seront ajoutées par le peintre de la Nature.

Mais il fait déjà bien trop froid pour que le dessinateur poursuive inlassablement ses dessins assis sur les trottoirs. La pluie, pourfendeur des artistes, les a chassés des rues, mieux que n’importe quel agent de la ville !

Alors, je continue à dérouler le fil de mes dessins dans ces repaires providentiels que sont les cafés et leurs terrasses excessivement chauffées. Et l’un de mes cafés préférés, outre le Rouge Bis à la place Blanche et le Cœur du Marais à la rue des Archives, c’est le Mont. Cet établissement qui s’appelait le Véronèse jusqu'en 2016 a conquis une clientèle plus haut de gamme. Le décor fonctionnel et soigné, lumière tamisée de surcroît, tranche avec le vert saumâtre dont les murs étaient badigeonnés jadis.


Haussmannien mais atypique

Si le Mont est devenu un de mes cafés de prédilection, c’est en raison du superbe immeuble à l’angle de deux boulevards, Montparnasse et Raspail, et de la rue Delambre. Haussmannien, il n’en est pas moins atypique avec ses rondeurs et circonvolutions s’adaptant à la configuration des voies publiques. Il fait songer à un château dont la tour aurait vu ses meurtrières se métamorphoser en fenêtres…

L’immeuble est connu mondialement : il abrite le Dôme, une des brasseries légendaire de Montparnasse, hélas dans une situation financière peu enviable.

Ce samedi, j’ai pris d’autant plus de plaisir à dessiner cet immeuble que les deux arbres offusquant toute une partie de sa façade se parait de belles couleurs éphémères, sur le point de prendre feu. Sous une pluie battante, ces platanes exprimaient une stupéfiante joie de vivre.

Mais quand je dessine ainsi dans les cafés, je dois toujours, en principe, faire admettre aux serveurs une présence nécessairement encombrante  Trousses à crayons, boîtes de pastels gras, blocs de papier, etc. : sans le vouloir j’occupe deux tables et je me sens obligés, pour ne pas me montrer profiteur, de commander deux cafés successifs.


Heureusement, je me suis fait quelques amis parmi les gérants des cafés parisiens, qui tolèrent sinon encouragent ma présence. Et ce samedi, le patron du Mont tout comme l’un de ses serveurs m’ont rappelé que je dois dessiner, à leur intention, leur restaurant vu… du Dôme ! Cela fait des semaines que je laisse planer une telle promesse et il me faut passer à l’acte au plus vite. Après, semble-t-il, l’accueil sera plus chaleureux encore et je n’aurai plus mauvaise conscience lorsque je prendrai trop de place.

Yann Le Houelleur

RUE DES ARCHIVES - Vous n’êtes pas forcé de me croire : ce dessin, je l’ai fait à 21 h., assis sur un trottoir. Il a suffi d’imaginer comment ce café se présenterait en pleine journée… En somme ce dessin, qui a bel et bien été fait sur place, est un demi mensonge. (3 novembre 2017)

Le Canard Enchaîné ouvre son bec au sujet du "dessinateur délinquant"

A l’avenir, quand des agents de la Mairie de Paris voudront me gratifier d’une amende, je leur présenterai cet article. Cela leur évitera de se couvrir de ridicule. A ce jour, la Mairie n’a toujours pas répondu aux courriers que je lui ai adressés… Passés à la poubelle ?

 Début novembre 2017


 

Voici comment une « affaire » hallucinante s’est terminée… dans les colonnes du Canard Enchaîné (édition datée du 1er novembre 2017).

Merci, Maître Alain Weber,... d’avoir ainsi pris ma défense ! Votre bienveillance et votre générosité vous honorent.

Et défense, désormais, à la Mairie de Paris d’interdire, via ses agents Sécurité souvent impitoyables, les artistes (surtout quand ils déclarent leurs ventes, ce qui est mon cas) de propager l’art à la française dans les rues de Paname !

Personnellement, j’aime beaucoup la chute du papier paru dans le Canard : « On pense à Piaf, qui chantait dans les cours et les rues, à Basquiat et à Bansky, qui enchantaient les murs. Aujourd’hui, à Paris et ailleurs, en ces temps de multiplication des normes, ils seraient embastillés.»

Oui, la société du tout sécuritaire, les mafias qui régissent certains arts de manière tronquée et l’émergence des bobos, entre autres courants de société, ont tué l’esprit de Paris, que les agents de la mairie contribuent à dégommer davantage, avec l’appui, bien entendu, d’élites au pouvoir qui ont de l’art une vision très lucrative. J’en aurais des choses à dire, au sujet de tout ce que j’ai vécu et vu pendant un été dans les rues de Paris. Un jour, j’ouvrirai encore plus ma (grande?)gueule !!! Pourquoi pas un livre à ce propos?

En tout cas, un bon conseil à toutes et à tous: quand vous vous estimez victime d'une injustice, ne vous laissez pas faire et mettez votre capacité d'indignation et d'expression au service de la collectivité toute entière. Les artistes, aujourd'hui, sont trop souvent bafoués et embastillés, effectivement. Louis XIV Louis XIV et tant d'autres parmi nos gouvernants les plus éclairés les traitaient avec davantage de respect.

Yann Le Houelleur

« Pourquoi achetez vous des crayons aussi chers ? »

C’est la question que m’a posée un touriste indien, alors que je dessinais à l’ombre de la Comédie française. Amusante rencontre : Dedhia Dharmesh vend les mêmes crayons, portant la marque Luminance, en Inde où il est le représentant de Caran d’Ache.

 

 

 



2 novembre 2017


  

Cette colonne Morris est source d’inspiration, se dressant dans un cadre somptueux. Elle se dresse sur la place Colette, à l’ombre de la Comédie Française devant laquelle, le soir, se forment des files d’attente considérables. Face à elle : le début de l’avenue de l’Opéra se détachant, perpendiculairement, de la toute proche rue de Rivoli.

C’est un coin très parisien, où flotte une atmosphère clémente, avec tout autour une nuée de cafés et de brasseries, entre autres le Royal et le Nemours où je prends souvent un café dans le but de me soulager dans les toilettes.

La colonne Morris, une fois de plus avais-je envie de la dessiner en ce jeudi où l’été semblait de retour tant les températures étaient douces. Comme à la belle saison, les belles rencontres se succédaient. D’abord, ce fut un touriste indien qui s’approcha de moi, l’air amusé.

Tests en Arizona

Observant mes trousses à crayons, Dedhia Dharmesh  - son nom -  me fit observer en anglais : «Vous utilisez du très bon matériel. Ces crayons Luminance, je les vends dans mon pays puisque je suis le représentant de Caran d’Ache. »

Fabuleux crayons que ces Luminance dont l’unité coûte 3,80 euros dans les magasins spécialisés. Leur mine regorge de pigments très concentrés.
Le fabriquant suisse les a testés dans le désert, en Arizona, sur des roches très exposées au soleil. Au départ, la gamme de couleurs devait s’élever à plus de 200. Mais Caran d’Ache, constatant que certaines pâlissaient vite, décida de limiter à une soixantaine l’éventail de ses crayons Luminance, Une vendeuse, au rayons Beaux Arts du BHV, m’avait garanti que les dessins conçus avec des Luminance peuvent conserver leur vigueur pendant cent ans !
Elle se s’était pas trompée puisque Dedhia Dharmesh donna l’explication suivante : « Les musées aux Etats-Unis, désormais, quand il acquièrent des œuvres faites au crayon, exigent que l’artiste ait utilisé des Luminance ».

« En définitive, me demanda Dedhia Dharmesh, pourquoi achetez-vous des crayons aussi onéreux ? » Cette réponse s’imposait : « Mes dessins, dans les rues de Paris, sont soumis à toutes sortes de modalités climatiques, entre autre le soleil et l’humidité. Avec de tels crayons, mais également grâce à du papier à fort grammage, je suis assuré de conserver mes dessins dans un bon état… »

Yann Le Houelleur

 

LA RUE DE L'ECHELLE - Qu’elles sont moroses, désormais, les nuits à Paris, quand le froid affûte ses lames aux coins de toutes les rues, agressant les passants impunément ! Et le soleil se couche toujours plus tôt. Alors, il faut réapprendre à dessiner dans le froid et en pleine nuit. Voilà le résultat : la rue de l’Echelle, qui fait le lien entre la rue de Rivoli et l’avenue de l’Opéra. (1er novembre 2017)

Dessin fait en compagnie d’un pigeon malade

Soudain, sous une marquise du BHV, un oiseau dans un état pitoyable tomba sur mes affaires. Cette petite bête en train de souffrir me rappela des souvenirs d’enfance encore brûlants dans mon cœur.

 

25 octobre 2017


 

 

Ce dessin, assurément, est d’une qualité bien plus médiocre que tant d’autres, fait en toute précipitation. Le 25 octobre, l’envie me démangeait de faire un dernier dessin avant que ne tombe le rideau de la nuit. C’est réfugié sous une marquise, à l’une des entrées du BHV (côté rue du Temple) que je me mis à croquer un paysage très parisien.

 

Un froid aigre, corrosif, s’était emparé de la ville qui avait perdu son air affable. Dans ma tête voltigeaient des pensées tristes, comme si j’étais en train d’enterrer une belle saison si prodigue en dessins. Soudain, une frayeur me saisit : un pigeon venait de tomber sur l’un de mes sacs à dos, à côté de moi. Il frissonnait, yeux fermé, dépourvu de réflexes. De toute évidence, il était en train d’expirer, et il voulait se blottir contre moi pour éprouver une onde de chaleur.

Je n’osais le toucher, mais je l’incitai, par un signe de la main, à se réfugier à ma gauche, derrière un petit sac à dos, ce qu’il consentit à faire.

Troublant présage que ce pigeon malingre en train de mourir, et pour lequel je ne pouvais rien faire. Tout autour de moi, les gens allaient et venaient telles des étoiles filantes, et très certainement personne, parmi eux, ne songeait à toutes ces créatures anonymes, aussi bien des humains que des animaux, rendant l’âme murés dans un profond silence. Ville façonnée aussi bien par les différences que l’indifférence.


Je ne sais trop pourquoi, mais mon âme d’enfant se mit à émerger. Voyant de pigeon dans un état aussi pitoyable, je me souvenais de ces oiseaux blessés qu’enfant je recueillais dans des parcs et que je ramenais à la maison. Je me remémorais, aussi, la blessure profonde que m’inspiraient les animaux souffrants, cacochymes. Non, je n’étais pas devenu tout à fait un adulte raisonnant froidement et sans pincement au cœur : à l’automne de ma vie j’étais resté, fort heureusement, un enfant…

 

Yann Le Houelleur

RUE DE BUCI, RUE DE SEINE – Le Bar du Marché semble marcher bien. Le soir, il y a foule en terrasse, à tel point qu’il est difficile de se frayer un chemin jusqu’au comptoir. Les stores hachurés de rouge (et de blanc) mettent une touche de gaieté supplémentaire dans la rue de Buci qui aime faire la fête en soirée. (20 octobre 2017)

Au seuil de l’hiver…

Tout en dessinant la cathédrale, je me suis vu aborder par deux touristes qui ont emporté un dessin fait au début de l’année. Bientôt, je vais en faire et en refaire des croquis aussi spontanés, sobres et abrupts que celui-ci ! L’hiver fait peur mais il est sans doute une chance à saisir pour défier, par le biais de l’inspiration, le vide qu’engendre le dénuement des arbres…

 

21 octobre 2017


 

C’est « le » dessin que tout le monde regardait et n’osait emporter. Un croquis tout simple, fait en quelques minutes, au début de l’année à une extrémité du pont Saint Louis. Un arbre aux branches crochues s’accrochant à la façade d’un immeuble haussmannien auquel le store d’une brasserie octroyait une note de gaieté.

L’exemple même du dessin que j’aimerais faire tous les jours : priorité à la spontanéité, avec des coups de crayons mêlés à des coups de griffes et aussi des coups de cœur, une certaine agressivité latente reflétant un attachement à la vie.

C’est un monsieur originaire de la Nièvre, habitant Quimper, qui a repéré ce dessin parmi d’autres disposés à mes côtés alors que je croquais la cathédrale et ses tours observées de profil. Ce jour-là, j’avais décidé de faire une pause devant le café de la librairie Shakespeare. Accompagné d’une dame tout aussi affable que lui, ce passant m’a dit : « Nous sommes allés à Montmartre et nous n’avons rien trouvé qui nous plaise. Nous aimons acheter des dessins quand nous nous baladons et le vôtre il a quelque chose qui nous touche… »

Je l’ai cédé à un prix symbolique car ces personnes n’étaient pas tombées là par hasard : elles semblaient contribuer à ce qu’une porte s’ouvre…
 

Rien de plus affreux…


Au moment même où ces paroles me caressaient l’oreille, un vent féroce se leva et quelques gouttes d’eau se déversèrent, m’obligeant à refermer mes cartons… Il ne restait plus qu’à signer le dessin et à lui dire « adieu », car je l’aimais bien, mais pour moi c’était vraiment un présage.

Puisse l’hiver qui approche à grand pas me donner plus que jamais, par la révolte intérieure dont il souffle les braises, la capacité de percevoir des choses qui s’expriment d’autant plus simplement qu’elles sont graves. Le croquis d’un arbre, d’une maison, d’un bout de trottoir peut refléter bien des sentiments macérant dans l’âme de l’artiste au moment où il le fait.
Et les amateurs d’art y sont toujours sensibles : rien de plus affreux et prétentieux qu’une toile sophistiquée masquant, par une trop grande maîtrise des techniques picturales, un vide émotionnel…

Enfin, c’est ma manière de voir, de travailler, de me lier aux autres.

Bientôt, la cathédrale que j’ai tant dessinée présentera un autre visage : ses nervures et sculptures externes fusionneront avec les troncs décharnés des arbres tout autour, et dans cette nudité même mes pensées se vêtiront de sentiments encore balbutiants.

Au fond, l’hiver ne m’effraie pas, même si je ne vends presque plus de dessins entre novembre et février : il me met au défi de continuer à dessiner et à aimer la ville sous toutes ses coutures. Le regard du dessinateur se renouvelle au gré des saisons, les appréhende, les épouses, les transcende, survit à leur ronde à la fois merveilleuse et infernale…
 
Yann Le Houelleur

Gabriel, jeune artiste adepte du « plein air » à Lyon

Nous avons dessiné ensemble, place Saint André des Arts, à la suite d’une assemblée générale de la Maison des Artistes. Depuis quatre ans, il en a fait du chemin, Gabriel ! Maintenant, il dessine à ciel ouvert dans la capitale des Gaules tandis que je fais la même chose à Paris.

 

18 octobre 2017


 

Une assemblée générale houleuse mais riche d’enseignement, le 17 octobre 2017 : la Maison des Artistes poursuit son combat en faveur de la défense d’une profession toujours plus ardue. Car si les artistes plasticiens ont la cote auprès d’un public large, qui les apprécie bien davantage que les élus, la plupart d’entre eux ont un mal fou à joindre les deux bouts.

En réalité, l’un des écueils tourmentant la vie des artistes est qu’ils sont confrontés, sans cesse, aux intermédiaires se sucrant sur leur dos. Et les intermédiaires, il n’y a rien de plus utile et redoutable que « ça » ! Au fond, l’art authentique, véritable, et surtout libre, ce serait de travailler seul en contact permanent avec le public. D’ailleurs, où sont-ils les artistes plasticiens ? On les voit si peu, mis à part lors de cocktails et cérémonies diverses ? Ou alors, bien sûr, à travers la toile où les blogs fleurissent. Mais dans les rues de Paris, ils semblent avoir disparu, mis à part quelques « illuminés » (j’en suis !) s’obstinant à « œuvrer » à ciel ouvert, et de surcroît ils sont harcelés, voire persécutés par les agents de la Mairie… parfois aussi (pas en ce qui me concerne, merci !) par les policiers.


Alors, quelle ne fut pas ma joie d’apprendre qu’un jeune confrère adhérant à la Maison des Artistes, Gabriel, s’est mis à dessiner le long des quais à Lyon. Gabriel est un garçon à la fois plein de charme et doux comme un agneau qui a beaucoup vécu malgré ses trente ans, à tel point qu’il parle parfois tel un vieux sage. Nous avons fait connaissance il y a quatre ans, à l’occasion d’une AG de la Maison des Artistes, et nous avons sympathisé, amitié d’autant plus touchante qu’elle procède d’une entente entre deux personnes issues de générations si distantes. J’ai suivi le cheminement parfois chaotique de ce jeune homme qui n’a jamais renoncé à ses convictions, né à Libourne où il a fait ses premiers pas en qualité d’artiste.

 

Partir un peu partout…

Se faisant appeler Victor Magenta, il a brassé un peu tous les genres, aussi bien l’élaboration de logo que les croquis et les toiles… Il a mis à profit son RSA non pour glander mais pour chercher des issues, pour tisser une petite stratégie bien à lui. Et voilà qu’il est allé trouver son étoile dans la capitale des Gaules, proposant des dessins le long des quais et à proximité de certains restaurants.

Il éprouve beaucoup de joie et surtout d’épanouissement car il voit ainsi quelques-uns de ses dessins partir un peu partout, en France comme à l’étranger. Gabriel, soit dit en passant, conçoit aussi bien des dessins de la taille d’une boîte d’allumette que des formats A4 avec une patte toute personnelle : en fait, il est à la fois méticuleux et sobre (un peut trop, sans doute), capable de se concentrer pendant quatre heures sur un croquis, un damier de maisons au dessus desquelles trône la basilique de Fourvière.


Nous avons échangé, quant à nos parcours respectifs, tout en dessinant à la terrasse du Saint André des Arts, chacun dédié à son dessin… Ce n’est pas tous les jours que les passants voient ainsi deux dessinateurs croquant un pan de ville en toute décontraction, leurs crayons étalés autours d’une tasse de café.
 
Y. le H.

BEAUBOURG - Ces maisons coiffées de cheminées élancées me plaisent au plus haut point, très amusantes, un peu décalées. Mais pendant que je dessinais, le patron d’une librairie est venu me prier de déguerpir. « On n’a plus le droit d’occuper la chaussée aux alentours de Beaubourg car l’association des commerçants a fait en sorte que les gens comme vous soient dégagés » Hallucinantes paroles, qui m’ont condamné à le traiter de « vieux connard ». Quelques minutes plus tard, des policiers, appelés par lui, sont apparus… Mais je venais de partir, sitôt mon dessin fini. Décidément, la connerie n’a pas de limites. (8 octobre 2017)

Rencontre avec un Chinois amoureux de Paris

Xiaolo Wang a tout abandonné dans son pays pour exaucer le rêve de sa vie : vivre à Paris et s’imprégner de culture française. Quel ne fut pas son étonnement de rencontrer un artiste en train de dessiner dans les rues de la capitale.
Et je lui ai raconté avec quelle férocité la mairie de Paris me traite… Gros étonnement de sa part.

 

10 octobre 2017


 

Le dessin n’est pas extraordinaire, faut-il l’admettre… L’une des deux fontaines déversant des filets d’argent à l’entrée de l’avenue de l’Opéra, respectivement place André Malraux et place Colette. Ce jour-là, il est vrai, la pluie menaçait et le dessinateur devait agir vite…

C’est alors qu’un Chinois, caméra au poing, commença à me scruter, une curiosité bienveillante. Très aimablement, il me demanda la permission de me prendre en photo. Bien sûr, j’acceptais : si je dessine dans la rue, je n’ai rien à me reprocher, rien à me cacher, et sans le moindre narcissisme j’aime montrer à quel point je devrais en inspirer d’autres car rien ne me fait plus peur qu’un artiste coupé du monde en train de « produire » dans le plus grand mystère. Le charme des rencontres pour moi est essentiel.

Pendant 5 ans
 
Et quelle belle rencontre, ce jour-là ! Xialo Wang est un Chinois atypique pour un Parisien tel que moi habitué à voir les touristes chinois défiler en groupe dans les rues de la capitale dans le sillage d’un guide brandissant un drapeau… Tout ce qu’il veut éviter, précisément, ce sont ces compatriotes auxquels ils reprochent leur trop grande propension à se laisser séduire par l’argent. Xialo Wang a choisi de s’imprégner de culture française pendant cinq ans, à Paris, et il parle déjà un français prometteur. Il vit très humblement dans une chambre de bonne avec son épouse. Et bien sûr, il écume les expositions de peinture avec gourmandise.
 
« J’ai tout abandonné dans mon pays pour exaucer le rêve de ma vie à 35 ans : vivre à Paris, apprendre le français, la culture française… »

 

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J’ai aimé son humour décalé, sa gentillesse et même sa délicatesse. Un personnage fantastique et fantasque comme il m’arrive d’en rencontrer, assez souvent, quand je dessine. Et si Xialo Wang m’a ainsi photographié en train de croquer la fontaine c’est parce que je corresponds, m’a-t-il dit, à l’image qu’il se fait de l’art en France : un art partagé, un art pratiqué tout aussi bien dans des ateliers que dans la rue.

Or, sans vouloir me tisser des lauriers, je suis un artiste en voie de disparition : dessiner parmi les gens, nouer des conversations inattendues à partir de mes modestes créations, voyager à travers le monde à travers les témoignages que m’octroient mes interlocuteurs : ma passion, ma raison de vivre.

Et quand j’ai expliqué à Xialo Wang  - dont le nom signifie Luc, en français -  que les agents de la Mairie de Paris ne trouvent rien de mieux que de m’infliger des amendes avec férocité, il n’en a pas cru ses oreilles, et pour cause. Comment un étranger pourrait-il imaginer que des artistes, en France, soient traités d’une manière aussi répressive. Hallucinant. Une fois de plus,
« merci la mairie de Paris ! » 

Yann Le Houelleur
 

METRO ABBESSES - Avec l’approche de l’hiver, il faut dessiner plus vite encore… A peine avais-je commencé ce dessin de l’édicule du métro Abbesses et la nuit l’enveloppait de son sombre manteau, de sorte que j’ai terminé le croquis dans l’ombre… Mais le dessinateur a feint de ne pas se rendre compte que le jour s’en était allé : du vrai trompe-l’œil ! (4 octobre 2017)
PLACE DE CLICHY – Elle est toujours aussi belle et frétillante, la place de Clichy, même s’il est loin le temps où les impressionnistes se réunissaient au café Gerbois, depuis lors disparu. La statue du Maréchal Moncey en a vue passer, du beau monde ! Entre autres les agents de la mairie de Paris qui, ces jours-ci, passent une bonne partie de leur temps à repérer les étourdis ou désinvoltes jetant leur clope sur la chaussée. Eh oui, les temps ont bien changé, mais les immeubles tout autour sont vraiment splendides, tous d’un style différent : il paraît que la place de Clichy est la seule du genre à ne pas avoir été conçue par des urbanistes. (12 octobre 2017)

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Commentaires

22.10 | 23:40

Bonjour on c'est parle pour venir dessiner la devanture de ma boutique
Merci et bravo pour votre talent
Votre travail me fait penser à dessins Tobiasse
Cecile

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06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

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21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

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18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

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