Automne 2014

Une lueur d’espoir à travers la lueur pure de l’hiver

C’est en dessinant sur les rives de la Seine, à Conflans Sainte-Honorine, que j’ai pensé à des sms transmis par une dame que j’avais rencontrée quelques semaines plus tôt, rue Bonaparte. Savoir que l’on pense à moi, de temps en temps, est une belle motivation dans un environnement pourtant si difficile.
 


le 6 décembre 2014


 

«Bonjour, Yann. Je pense à vous. Le froid vous empêche d’être libre. Prenez bien soin de vous.» Agréable surprise à l’heure du petit déjeuner: Ce texto m’est parvenu le 2 décembre. Il émane de Sylvie Labat, une dame dont j’avais fait la connaissance deux mois plus tôt alors que je dessinais dans une cour, rue Bonaparte. Cette mère de famille, travaillant dans l’immobilier, avait souhaité acquérir ce dessin élaboré à l’aide de stylos feutres, sur du papier bristol. Puis elle m’avait invité à déjeuner, quelques semaines plus tard, dans un restaurant à proximité.

Quand je pars dessiner,  dans les rues de Paris ou ailleurs, j’esquisse, grâce aux rencontres que je fais, une assez belle histoire. Ce roman au dénouement toujours imprévu me procure une certaine motivation à poursuivre le chemin hasardeux où je me suis aventuré. Je pense à tant de personnes, et tant de personnes, sans que je le sache la plupart du temps, ont une pensée à mon intention! Certaines, peut-être, sans que je ne le sache sont des anges gardien.

J’ai songé à cette rencontre avec Mme Labat en interprétant, avec mes crayons habituels, le clocher de l’église de Conflans Sainte Honorine jaillissant par-dessus un damier de toits imbriqués les uns dans les autres.
Charmante ville que celle de Conflans (dans le Val d'Oise, à 20 minutes par le train de Saint-Lazare), en tout cas les quartiers anciens donnant sur la Seine, dont les maisons se démultiplient au fil de rues gravissant un flan de colline, entrecoupées d’escaliers escarpés. Plusieurs habitants vivent ailleurs: enfouis dans les péniches cossues amarrées le long du quai des martyrs de la Résistance. Réflexe, Agnès, France, Snope, Fort, Victorieux, Story Boat… tels sont les noms qu’arborent ces péniches bien entretenues au torse bombé. Sur les ponts de certaines d’entre elles sèche du linge.

La première fois où j’avais dessiné, déjà, dans ce décor singulier (en septembre), des passants m’avaient expliqué que nombre de ces maisons flottantes sont occupées par des bateliers à la retraite, d’autres hébergeant des familles d’immigrés et de réfugiés issus pour la plupart de l’Asie.

Cette fois-ci, il me fallait aller vite, sans m’attacher aux détails, car la nuit tombe vite en hiver et le froid, même par temps clément, se fait menaçant.
Vers 16 heures, le clocher de Saint-Maclou s’est mis à rosir, comme éclairé de l’intérieur par des braises. Il a vite sombré, comme les maisons tout autour et cette armada de péniche, dans l’obscurité. Alors, je me suis souvenu du second texte transmis récemment par Mme Labat: «Il n’y a pas que du mauvais temps en hiver. La lumière est différente. En été, la lumière reflète de la chaleur mais en hiver elle est pure.»

(17 septembre 2014) – Je le conçois, voilà un dessin bien simple quant au choix du modèle: un clocher s’élevant par-dessus un village qu’il semble protéger. Un dessin bien français, en quelque sorte, et il résume mon amour pour ce pays dont le présent et le futur m’inquiètent tant : l’Hexagone. En fait, il s’agit de Conflans Sainte Honorine, une escapade que j’avais faite à la fin de l’automne. J’y suis retourné deux mois et demi plus tard, au seuil de l’hiver. Je n’ai pu prendre mon temps de la même manière et j’ai choisi un cadrage ainsi qu’un papier différents…

Dépossédés de leurs feuilles, les arbres laissent la ville se décrypter autrement

Crayon et encre de Chine sur papier granuleux et de petit format.

Voici, sur ce site, un premier dessin hivernal (arbres nus) représentant la place Edmond Michelet à proximité du Centre Culturel Georges Pompidou.

 

le 27 novembre 2014



Quand ils n’ont plus leur joie de vivre à nous offrir, quand leurs parures sont arrachées, emportées par le vent, les arbres ont encore des questionnements à nous suggérer. Torturés, flagellés, tourmentés… Leurs branches improvisent d’étranges calligraphies. Ils préparent dans le plus grand silence l’éclosion du printemps.
En partie dévorée par les feuillages, la ville, de surcroît, se laisse observer et interpréter d’une toute autre manière. Pendant quelques mois, les façades apparaissent au grand jour. Les lampadaires reprennent leur droit de cité, les stores des restaurants et des boutiques acquièrent des couleurs plus franches.

Ce qu’il y a d’étonnant, quand on sait analyser les paysages, c’est qu’ils se composent et se déclinent comme des ensembles géométriques fort bien construits. Parfois, même, de l’abstraction préméditée. Dans un endroit comme celui-ci, en l’occurrence la place Edmond Michelet à proximité du centre culturel Georges Pompidou, il serait facile de dériver vers le cubisme ou l’abstrait. Encore faut-il avoir ce grain de folie consistant à ne plus décrire mais tout simplement à réécrire la réalité. (Edmond Michelet fut résistant, déporté à Dachau, sénateur, plusieurs fois ministre, ami de Marc Chagall et d’André Malraux, lequel l’avait surnommé «l’aumônier de la France».)

Ceci dit, voilà une place bien intéressante, mi parisienne mi provinciale, transition entre un quartier bouleversé dans les années 70 par l’implantation du centre culturel Georges Pompidou et des vestiges d’un Paris assez ancien, en particulier des maisons aux façades bombées et gondolées le long de la rue Saint Martin, l’une des plus longues artères de Paris.

(23 novembre 2014) - L’un des derniers beaux dimanches, sans doute, avant le prochain printemps. Il faisait doux, en cet après-midi: 16 degrés à la fin novembre. Place Saint Michel (dessin ci-dessus) et Saint-André des Arts, les terrasses des cafés regorgeaient de monde, en particulier des touristes. Un regain de bonne humeur remodelait Paris, peut-être en partie due à l’approche de Noël. De toute évidence, les immeubles se dressant le long de la place Saint-Michel et de la rue Danton comptent parmi les plus majestueux et sophistiqués de Paris. Des toitures gigantesques coiffent ces bâtiments, hérissés de cheminées élancées.
(16 novembre 2014) - Les passants foulent les trottoirs d’un pas trop pressé alors que clignotent des enseignes lumineuses signalant des cinémas, des salles de spectacle et des brasseries prestigieuses. Pas vraiment un endroit où on flâne: le boulevard du Montparnasse. De surcroît, une circulation automobile intense fait rage. Voilà qui est bien dommage: la plupart des passants ne prêtent aucune attention à la magnificence des façades, zébrées de balustrades délicatement ciselées.

Souvenir d’un tilleul magnifique, avant d'entrer dans la salle d’opération

Dessin fait sur le trottoir, vers 16 heures: cet arbre se dresse, en fait, dans le cimetière du Montparnasse, et sa houppe géante déborde sur la rue Froidevaux, où se situe l’une des portes donnant accès à cette nécropole.

 

(18 novembre 2014)  -  «Allez donc, pensez à une belle chose avant de vous endormir…» Cette phrase, je ne saurais l’oublier: prononcée par l’anesthésiste chef avant une entrée en douceur dans la salle d’opération. A ce moment là, des bouffées de «gaz» m’envahissaient, régulées selon des opérations effectuées par des machines dont les écrans saignaient de couleurs vives, traits zigzaguant et étincelant.

Cet anesthésiste, pour un patient aussi peu averti que moi, c’était comme un ange gardien devenu le garant de mon retour à la réalité. Autour de lui, des personnes, pour la plupart des femmes, s’affairaient dans le plus grand silence, m’adressant des sourires complices. Quand on a peur, on s’accroche volontiers à cette roue de secours qu’est l’humour: «Vous êtes tous habillés en vert, me suis-je exclamé, sans doute parce que je suis déjà sur la planète Mars…»

Après, le grand vide, la plongée dans une sorte de sommeil dont l’approche m’a fait penser à la mort, la mort quand on la voit venir et qu’il faut s’en aller sur une prétendue dernière image…

 


Un cri de joie. La proclamation
d'une espérance au seuil de l'hiver


 

Précisément ce que m’a dit l’anesthésiste: «Pensez à une belle chose.» Alors, je me suis raccroché au souvenir d’une lumineuse  - malgré un ciel plombé, cendré -  balade dans le quartier de Montparnasse, le week-end précédant ce bref séjour à l’hôpital. A l’entrée du cimetière, rue Froideveaux, j’ai vu surgir, comme dans un songe, un tilleul magnifique. Mélange de flammes étincelantes et de nuages vaporeux, saupoudré de jaune et d’orange. Cet arbre s’apparentait à un cri de joie. La proclamation d’une espérance, au seuil de l’hiver. Je me demande toujours dans quelle mesure les âmes des morts n’alimentent pas la vigueur des arbres et la magnificence de la végétation.
Voilà donc l’image à laquelle j’ai songé avant d’être emmené dans la salle d’opération…

Face à l’Eternité, en présence de si nombreuses personnalités hélas volatilisées


Comment ne pas se poser certaines questions, et surtout se remettre en question, dans un espace tel que le cimetière du Montparnasse. A quoi sert-il de vivre et de souffrir quand c’est pour "finir" sous la terre, invisible, condamné au silence?

 

le 11 novembre 2014


 

Une ville dans la ville, peuplée de gens réduits en poussière et au silence: le cimetière du Montparnasse, qui s’étend sur 19 hectares, est la deuxième plus importante nécropole parisienne, après le cimetière du Père Lachaise. Certaines tombes sont d’une sophistication inouïe, et il faut prendre le temps d’observer les symboles et allégories par lesquels les hommes conjurent et tentent même d’apprivoiser la mort. Par exemple, une chouette (sculptée dans du bronze, sans doute) juchée sur des colonnes ou cet oiseau métallique déployant des ailes majestueuses au ras du sol.

En outre, ce cimetière est une destination culturelle et touristique. Un prospectus à la main, des promeneurs viennent repérer les tombes hébergeant des personnalités qu’ils auraient aimé rencontrer de leur vivant: pléthore d’hommes de lettre, d’artistes, d’hommes politiques, d’académiciens et d’éditeurs ont élu domicile, «pour toujours», dans ce cimetière. Pêle-mêle, pour n’en retenir qu’une poignée: Frédéric Bartholdi, Raymond Aron, Raymond Barre, Samuel Beckett, Paul Belmondo, William-Adolphe Bouguereau, Antoine Bourdelle, Alfred Dreyfus, Jean-Paul Sartre et Marguerite Duras, Serge Gainsbourg, Charles Garnier, Eugène Ionesco, Pierre Larousse, Emile Littré, Man Ray, Claude Mauriac, Gérard Oury, Jean Poiret, Serge Regiani, Camille Saint-Saëns, Henri Troyat…

 


" Suis-je encore jeune ou déjà trop vieux?
Dans cet endroit si calme, les âges sont abolis
 "


 

En ce 11 novembre, une pépinière de croix et stèles funéraires se découpait sur des arbres qui faisaient penser à des collages de feuilles et de raphia colorés, un peu comme en font les enfants. De forts beaux arbres, en l’occurrence, aussi bien des tilleuls, des frênes, des érables, que des sophoras, des thuyas et d’autres conifères. 

Suis-je encore jeune? Suis-je déjà vieux? Dans cet endroit si calme, les âges sont abolis puisque l’Eternité a triomphé. Je me suis demandé en quoi, vraiment, j’étais différent de tous les habitants que la vie et la mort avaient amené à élire domicile en ces lieux si peuplés. Faut-il donc qu’on soit condamné à tant souffrir, à tout point de vue, pour avoir le droit de se reposer dans une telle ville, un cimetière?
Pensées saumâtres et suicidaires inspirées par le retour de l’hiver: je me suis surtout demandé ce qui m’empêchait de rejoindre au plus vite ces habitants silencieux : la lâcheté, l’illusion de servir à quelque chose, la vanité? 

Je sais de moins en moins si les morts ont une vie garantie après La Vie. Quelques heures plus tard, en prenant un café dans un bar de la rue de la Gaieté, j’ai pu entendre une conversation qui m’a intriguée, nouée entre plusieurs Bretons réunis autour d’un comptoir. L’un d’eux, un costaud occupé à caresser un bébé chihuahua très mignon, évoquait sa conception de la religion: «Je suis philosophe. Il m’est difficile de me cramponner à une croyance fondée sur le monothéisme. Pour moi, la seule religion qui puisse valoir est la chrétienne car elle a incorporé des rites païens. Au fond, si personne n’a vraiment été en mesure de prouver l’existence de Dieu personne non plus n’est en mesure de prouver que Dieu n’existe pas…»

Troublantes paroles, quand on vient de passer une heure et des poussières au milieu de défunts. Dans ce cimetière du Montparnasse, tout avait l’air si bien organisé et si tranquille que je me suis dit, en définitive, que telle était certainement la vie idéale. Les stèles, par leur design, paraissaient arrondir les angles de la vie: pas de mots plus hauts que les autres; pas de cette haute technologie polluant la vie des vivants au 21ème siècle à tel point que les autorités offrent des tablettes aux collégiens; pas de mendiants aux coins des allées…

 

L'automne génère de troublantes impressions

Dessin fait au bord d'une allée du jardin du Luxembourg alors que sévissait un froid coriace.


le 8 novembre 2014


 

Monet, Sisley, Pissarro, et tant d’autres : de quelle magie n’auraient-ils pas fait vibrer leur toile en découvrant ce pan de jardin… le jardin du Luxembourg? J’ai pensé à eux quand j’ai quitté l’exposition «Paul Durand-Ruel, le pari de l’impressionnisme» au musée du Luxembourg. La tête pleine de merveilleuses impressions, je me suis aventuré dans le parc juste à côté. Je n’ai pu m’empêcher de dessiner, mais bien trop vite car un froid mordant sévissait. L’automne apparaissait comme une saison schizophrène: de grandes zones de vert subsistaient, encore intactes, sur lesquelles se détachaient les flammes aveuglantes d’arbres qui s’étaient trop vite embrasé. Jaune, orange, rouge, grenat: d’éclatantes couleurs…
Hélas, je n’ai pas le talent de ces artistes immenses qui ont su toucher la sensibilité des foules.

 


" Renoir bannissait le mot artiste.
Il se présentait comme un ouvrier de la peinture. "




L’un des impressionnistes les plus envoûtants, à mon humble avis, est Paul-Auguste Renoir, d’une délicatesse exquise dans ses portraits. «Le bal du Moulin de la Galette», exposé au musée d’Orsay, figure parmi les chefs d’œuvre les plus bouleversants engendrés à ce jour. C’est l’expression d’un bonheur simple, à une époque où le regard n’avait pas été corrompu et flétri par la télévision, les portables, toute cette pacotille électronique. Renoir a si bien apprivoisé cette éphémère lumière qu’il a saupoudrée comme une poudre magique sur les canotiers, les redingotes, les étoffes et les bocks!

Dans une biographie consacrée à son père, Jean Renoir décrit ainsi ce géant de la peinture: «Pour lui, le problème n’était pas de comprendre les hommes, mais de s’y mêler, de faire partie de la foule comme l’arbre fait partie de la forêt. Tout grand créateur lance une sorte de message. Mais du moment où il sait ce qu’il lance, par un phénomène étrange ce message devient creux et perd de sa valeur. (…) Autrement dit, le Ciel n’accorde ses révélations qu’aux humbles. Renoir allait jusqu’à proscrire de son vocabulaire le mot artiste. Il se présentait comme un ouvrier de la peinture. (…) Il se méfiait de l’imagination. Il la considérait comme une forme d’orgueil.»

Le pont des Arts n’en peut plus de tant d’amour

Dessin fait au milieu d'une foule très dense, et quelques crayons sont même tombés dans la Seine, se faufilant à travers les interstices striant les lattes du pont.

(1er novembre 2014) - Pourquoi les autorités en charge du patrimoine parisien n’ont-elles pas pris à temps des mesures pour lutter contre cette dérive: l’accumulation illimitée de cadenas sur les rambardes du pont des Arts tout comme celui de l’Archevêché? En quelques années, le Pont des Arts, en particulier, est devenu l’incarnation du tourisme de masse basé sur l’exploitation d’une certaine stupidité.

Qu’on aime Paris, un peu partout dans le monde, rien de plus normal tant cette ville est prodigue en monuments majestueux et en trésors culturels. Mais que tant de touristes viennent participer, ainsi, au massacre de ponts, cela frise l’aberration. Le pont des Arts croule sous les cadenas qui étincellent telles des grappes d’or et d’argent. Ils sont connus comme les «cadenas de l’amour».
Les plus «parlants» sont affublés de noms gravés tout comme de cœurs et autres inscriptions. Mais il y en a tant que des pans de rambardes entiers, déjà, se sont écroulés, remplacés par des planches où des tags ont pris la relève.

Passer quelques heures à dessiner sur le pont des arts : un enfer! Les touristes ne cessent d’affluer. Dans toutes les langues, ils roucoulent et ils se pâment devant cette profusion de cadenas au milieu desquels, bien entendu, ils tiennent à se faire photographier, non sans avoir accroché le leur. Mais ils ignorent combien ils font de mal à ce pont en fort mauvais état.

Cette profusion d’amour et de romantisme génère tout un petit trafic aux abords et même sur le pont : des étrangers, ne parlant pas forcément le français, vendent des cadenas à la sauvette. Un comble : ils ne versent aucune taxe et grâce à ce commerce sauvage allant de pair avec un sérieux problème d’immigration clandestine la note pour le contribuable va s’alourdir puisqu’il faudra bien assumer les coûts de réparation du pont. Aucune force de l’ordre ne vient perturber ces vendeurs ou empêcher la défiguration des lieux.

A Paris, tout semble permis, même détruire les ponts pour de prétendues raisons touristiques…

(31 octobre 2014) - C’est toujours un privilège que de la revoir : la cathédrale Notre Dame. Le soleil (tout au moins quand il fait beau) joue avec le plissures et modelé de son harmonieuse façade. Est-elle rose, ocre, jaune ou de toutes les couleurs? Difficile de le dire avec exactitude, tant on aimerait l’interpréter à sa guise. Le flux des visiteurs ne tarit pas, quelle que soit la saison. Cette si belle maison de Dieu ne demande qu’à accueillir le plus de monde possible.

Il en a coulé du sang au pied de cette collégiale !

Dessin fait en fin d’après-midi, sur un quai au bord de l’Yonne, juste avant que cette rivière ne se joigne à la Seine (un peu au-delà du pont). Sur l’autre rive: la collégiale Notre-Dame qui porte aussi le nom d’un saint apparu il y a fort longtemps à Montereau: Saint-Loup. Il s’agit donc de la collégiale «Notre-Dame et Saint-Loup».


Erigée au confluent de l’Yonne et de la Seine, la collégiale de Montereau a été le témoin de l’assassinat du Duc Jean 1er de Bourgogne puis d’une victoire de Napoléon sur les troupes autrichiennes et wurtembergeoises qui n’empêcha toutefois pas l’empereur de perdre sa couronne quelques semaines plus tard.



(5 novembre 2014)  -
  Il aurait fallu découvrir un tel endroit à la belle saison, s‘y attarder jusqu’aux derniers feux du soleil, prendre le temps de bavarder avec les pêcheurs qui hantent les rives. Hélas, en ce 5 novembre, un mercredi, un dessin trop hâtif voire bâclé s’imposait. L’automne n’était déjà plus cette saison pleine de mansuétude qui semble prolonger indéfiniment l’été. Vers 16 h, alors que des nuages s’accumulaient, le froid s’avérait acide sur les bords de l’Yonne et sur ceux de la Seine.

C’est ici, à Montereau-Fault-Yonne que les deux cours d’eau se rejoignent. Un robuste pont comportant d’élégantes arches enjambe le confluent.

La rivière bourguignonne se serait-elle fait ravir injustement son rang de fleuve par la Seine? «Bien que l’Yonne soit le plus large des deux cours d’eau, elle n’est pas devenue «le» fleuve pour autant», observe Thierry. Ce professionnel des relations publiques travaille sur Paris tout comme de nombreuses personnes résidant à Montereau, une ville de 30.000 habitants. «Montereau a désormais une vocation de ville dortoir.»

 

Une victoire en trompe-l’oeil

L’Yonne et la Seine scellent leur destin sous protection conjointe de deux repères historiques. En premier lieu, la fort belle collégiale de Notre-Dame et Saint-Loup, d’apparence trappue dont les arcs boutant paraissent prendre racine dans le flot de toitures en contrebas. En second lieu, invisible sur le dessin puisque l’artiste lui tournait le dos, une statue de Napoléon Bonaparte juché sur un cheval, tendant le bras en direction de l’Yonne. La bataille de Montereau se solda par la défaite des troupes autrichiennes et wurtembergeoises, le 14 février 1814, mais c’était pour l’empereur une victoire de plus en trompe-l’œil lors de la cuisante Campagne de France. Quelques semaines plus tard, le 31 mars 1814, les armées coalisées firent irruption dans Paris, puis Napoléon abdiqua dans son QG de Fontainebleau.

Quelques mots supplémentaires au sujet de la collégiale Notre Dame et Saint-Loup. Elle fut le témoin d’un événement aux répercussions énormes sur le cours de l’histoire de France: l’assassinat de Jean 1er de Bourgogne (surnommé Jean Sans Peur). Lors d’une entrevue avec le futur Charles VII, le 10 septembre 1419, il tomba dans un guet-apens. Quelques hommes de main des Armagnacs le poignardèrent. Douze ans auparavant, ce duc qui outre la Bourgogne régnait sur la Flandre, l’Artois et le Charolais, avait tué son rival Louis d’Orléans, frère du roi. 

 

Le musée de la Faïencerie

La collégiale de Montereau a donc vu se dérouler, à ses pieds, deux épisodes marquants de l’histoire de France. Elle semble fatiguée de tant de guerres. Mutilée dans sa chair de pierre, elle a été colmatée et rapiécée grâce à des fonds publics. Elle se dresse au milieu d’un entrelacs de rues et de ruelles où quelques maisons anciennes retiennent l’attention, certaines étant à colombages.
Montereau a beaucoup souffert d’une autre défaite infligée par la mondialisation à la France: la désindustrialisation. Les usines ont fermé leurs portes, à commencer par une faïencerie qui a fait les beaux jours de la ville au 19ème siècle et pendant la première moitié du 20ème siècle. De très belles collections et pièces retracent cette époque florissante dans un musée qui se visite en quelques minutes, à proximité de la collégiale. 

 

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(30 octobre 2014) - Il est en passé de l’eau sous les arches du pont Neuf! Depuis quatre siècles, il est le témoin d’événements de toutes sortes. Et il a des liens fort avec les artistes, qu’il a si souvent inspirés. Quelle ne fut pas ma joie en constatant, après deux heures de concentration, qu’en définitive cette œuvre architecturale m’avait bien inspirée…

Quoi de neuf au pont Neuf? Les bouquinistes ont toujours la vie dure...

Photo de l’auteur de ce site «parisentoussens» prise par un passant, Mohamed, qui se promenait avec son appareil photo pour saisir les caprices et métamorphoses de la lumière. Il aime observer Paris à toutes les saisons, mais les lieux trop touristiques, telle la place du Tertre à Montmartre, lui déplaisent. «Quand il y a trop de monde, l’ambiance devient vulgaire…»

Il est des détails familiers sans lesquels Paris perdrait toute une partie de son âme. Par exemple, les boîtes vert bouteille des bouquinistes posées cote à cote sur des murets, le long des quais. Quand ils ouvrent leur «boutique à ciel ouvert», cadenassées pendant la nuit, ces messieurs (généralement d’un certain âge) mettent  - sans trop le vouloir -  quelques notes de gaieté sur les trottoirs. Car les articles qu’ils vendent se parent de couleurs plutôt vives : couvertures de revues, ouvrages de toute sorte, cartes postales, affiches, posters, gravures, dessins...

 

 

Ce 30 novembre, un mercredi, l’envie me prit de dessiner le pont Neuf. Comment ne pas céder aux charmes de ce trait d’union plusieurs fois centenaire entre les deux rives de la Seine? Sans aucun doute, le plus beau des ponts enjambant le fleuve. Orné de balcons en demi lune, il paraît flanqué de tours dont la partie supérieure aurait disparu. Un pont tout en ellipses et rondeurs…

Quai de la Mégisserie: je m’appropriai un bout de muret, sorte de créneau entre deux rangées de boîtes de bouquinistes restées fermées ce jour-là. En raison de l’ensoleillement, des peupliers à la crinière entremêlée, ancrés dans les pavés des berges paraissaient prêts à s’embraser, striés de jaune et d’orange. Ils masquaient en partie les façades d'immeubles aux fenêtres hautes et étroites se dressant tout au bout du quai de l'Horloge et jouxtant la place où une statue d'Henri IV veille toujours sur la population. (Ce fut un grand roi, à laquelle la France doit beaucoup.)

Les bouquinistes (au nombre d’environ 240, selon l’un d’entre eux qui tient un website: http://www.bouquinistedeparis.com) ne sont pas tenus de travailler tous les jours. Ils aménagent leur temps comme bon leur semble. Mais les affaires ne tournent plus aussi bien qu’avant et certains jours ils ne vendent rien, ou presque rien. La prétendue «crise» est passée par les quais. «Autrefois, je recevais la visite de touristes qui venaient faire provision de livres et de revues, notamment des Italiens, mais aujourd’hui les gens ont un budget serré. Les ventes sont très irrégulières, ne correspond plus à aucune saison.» Beaucoup de passants, qu’ils soient étrangers ou parisiens, ne prêtent même aucune attention à ces commerces traditionnels en plein air, car il ont le nez dans l’écran de leur portable ou ils sont absorbés par les soucis.
Les bouquinistes ne seraient-ils pas victimes, outre de la dématérialisation du savoir, de ce manque d’attention et de curiosité qui corrompt les foules?

Toujours est-il que leur profession exige des trésors de patience voire d’abnégation. «Nous sommes exposés au vent, au bruit et à la poussière. Moi-même, je dois nettoyer mon pantalon et ma veste fréquemment.» Alors que ce bouquiniste me parlait, des voitures de police rugissaient, forçant le passage. La pollution, se plaignait-il, augmente à cause de la circulation toujours plus intense. Voilà pourquoi les ouvrages proposés par les bouquinistes sont protégés par une couverture plastifiée, d’autant plus que l’humidité, lorsqu'ils sont entassés dans les boîtes, les fait souffrir.

L’été si vite enterré : place à la nostalgie!

Dessin fait en fin d'après-midi, sur un petit petit format. Le lendemain, j'ai réalisé une seconde version en grand format que je n'ai pu faire scanner par un professionnel (trop cher).

D’ABORD, A MEDITER :

Une dame que j’ai eu la chance de rencontrer par hasard en dessinant rue Bonaparte, Mme Sylvie Labat, m’a adressé un texto avec cette jolie phrase : «L’automne exprime à la fois une agitation et une belle sérénité». (Merci à elle pour des mots aussi bienveillants.)

 
ENSUITE, CETTE REFLEXION PERSONNELLE, «tricotée» alors que je dessinais le pont Marie avec, suggéré au second plan, le musée d’Orsay :

(15 octobre 2014)  -  Où sont-elles passées, les nuits si élastiques d’été qui s’étiraient à satiété, nuits feutrées passées à rêvasser, à s’adoucir l’âme au gré d’une errance pleine de surprises? Pendant tout l’été (même si le temps fut abominable en juillet et en août 2014), je n’ai cessé de nouer des rencontres aux quatre coins de Paris, tout en dessinant. Certaines enthousiasmantes, d’autres tragiques, car il est impossible d’observer un pan de ville sans y voir défiler toute la société, une synthèse de ce qui se trame dans le vaste monde.

Sur les contreforts de la butte Montmartre, le soleil couchant faisant flamboyer le Lapin Agile. La cathédrale, vaisseau immobile au pied de laquelle défilent des flottilles de bateaux débordants de touristes. Le jardin du Luxembourg et son bassin où flottent de petits voiliers nourrissant l’imaginaire des enfants. Et tant d’avenants parcs et squares hérissés d’arbres magnifiques conjurant la fébrilité de la ville…
Souvenirs parmi d’autres.

A présent, il faut prendre le temps de digérer tout ça car le froid déjà vif bannit les rencontres prolongées en plein air. Quand survient l’automne, c’est comme un repli sur soi qui s'amorce, un cocon qu’il faut s’aménager. Tout s’imprègne d’une nostalgie, au premier abord veloutée et qui pourrait aisément tourner à l’aigreur. Faudrait-il pleurer ainsi sur les beaux jours enterrés sous les auspices de ces croquemorts que sont les premiers grands vents?

Quelle que soit la saison, la Seine est toujours belle. Surtout en automne, quand elle reflète plus que jamais "la persistance de l’éphémère". Les eaux s’en vont par dessous-les ponts. Les péniches glissent à toute allure vers d'autres horizons. Et les feuillages des arbres tout autour s’effilochent feuille après feuille. Quant aux passants s’aventurant sur les pavés des berges, ils pressent le pas à cause du froid. Peut-être en définitive sont-ce des fantômes.

                                                                                                                     Y. Le H

(23 octobre 2014) - Quand reviennent les mauvais jours, il n’est d’autre issue que de faire des dessins rapides pour ne pas me gorger de froid. Aller à l’essentiel, faire fi des détails. C’est sur le cœur de Paris que je me replie, dessinant l’inévitable litanie des bâtiments haussmanniens et des monuments prestigieux. Ce jour-là, avant d’aller visiter le Louvre (comme chaque semaine), j’ai esquissé ce très bel immeuble, majestueux tel un paquebot, abritant un hôtel 5 étoiles, à proximité de la rue de Rivoli. Curieusement, deux jeunes femmes imaginant que j’étais un SDF m’ont offert de la nourriture. Très gentil de leur part: un grand «merci» même si j’ai un toit où me réfugier le soir.

Faisceaux de voies et pléthore de contrastes à la gare du Nord

Dessin fait "trop rapidement" au crayon en fin d'après-midi alors que de nombreuses voitures et bus défilaient sur le pont où je m'étais assis, occupant toute une partie du trottoir...

(21 octobre 2012)  -  C’est toujours une excitante sensation que d’assister au va-et-vient des trains sous le pont enjambant les faisceaux de rails à l’entrée de la gare du Nord. Un pont où par ailleurs s’aventure le métro aérien reliant les stations Barbès-Rochechouart et La Chapelle.

Toute une organisation bien huilée bat son plein: à peine une voie s’est-elle libérée, entre les rangées de quais, qu’une rame en sens inverse vient l’occuper. Dans ces gares, la nature a plus encore horreur du vide. A certaines heures, toutes les voies, «en bout de piste» sont prises d’assaut par les trains tandis que des flots de communications («Le train à destination de… va partir en voie 3…»)  s’échappent des hauts parleurs, seule manifestation bruyante de cette gare dont on imagine le vacarme quant elle accueillait des machines à vapeur.

Ce paysage ferroviaire ne saurait laisser insensible un passant curieux, d’autant plus s’il est un brin artiste, tant il comporte de rapports de forces et de contrastes quant aux lignes et quant aux couleurs. Lignes verticales des poteaux soutenant les caténaires qui flirtent avec le ciel. Lignes en pente des toits des deux bâtiments cote à cote à environ un kilomètre du pont. Lignes horizontales de portiques criblés de feux de signalisation. Lignes sinueuses des voies, simples traits bleutés se dessinant sur la masse sombre des traverses. Les rames des TGV, des trains corail, des Eurostar (etc.), d’une incroyable souplesse, épousent ces courbes et contre courbes.

Mais ce qui peut émouvoir davantage encore les amoureux du chemin de fer conservant une nostalgie de l’époque où les gares étaient bruyantes et mêmes puantes, ce sont les rares locomotives diesel encore en activité. Quand elle s’élancent sur les voies pour rejoindre l’Est de la France, de la fumée s’échappe des grilles se succédant sur «le toit» de ces locos. Puis lorsqu’elles se sont évaporées de cet espace, il manque vraiment quelque chose dans le fatras de cette gare immense et bouillonnante de vie.

L’automne, une incitation à la réflexion et à la spiritualité

(21 octobre 2014) - Soudain, à la mi-octobre, l’automne bascule dans la putréfaction après avoir étincelé de tant de feux. Soudain, l’étau de la mauvaise saison se resserre autour de nous. Presque la fin d’un cycle. Ces arbres qui ont perdu leur plumage et qui deviennent squelettiques nous rappellent que les êtres humains sont aussi soumis à l’inéluctable carrousel des saisons. Nous vivons tous un printemps qui se termine vers vingt ans, puis un été qui va jusqu’à la quarantaine, et ensuite les vents automnaux nous arrachent, peu à peu, tout ce qui semblait faire notre splendeur et notre vigueur.

En octobre, donc, les coups de fouet de vents vindicatifs dispersent tels des confettis les feuilles des arbres. Les trottoirs se couvrent d’écailles jaunes, oranges et beiges qui font semblant de s’incruster sur ces espaces noirs luisants de pluie. Les parapluies s’invitent dans le paysage urbain. Et dans les couloirs du métro les personnes marchent à une cadence infernale comme pour juguler le rétrécissement des jours: plus de temps à perdre! Autre détail frappant, les bancs éparpillés le long des allées quadrillant les squares et les parcs restent désespérément vides.

Il faudra bien attendre plusieurs mois avant que la résurrection de la nature ne se produise et que le fardeau de l’angoisse ne s’allège. L’hiver nous enseigne la patience mais aussi la confiance puisqu’il y a tout lieu de croire en des jours meilleurs. De ce point de vue, c’est la saison la plus propice à la spiritualité, celle qui nous incite à une réflexion sur le sens de la vie.

Villennes-sur-Seine, un village apparemment si sage

Dessin, sur une feuille de format A4, fait pendant que je prenais un café à la terrasse du Sophora.

  
    (10 octobre 2014)  - 
Dans cette région surpeuplée qu’est devenue l’Ile-de-France, découvrir des villages encore façonnés par la convivialité s’avère un défi. Toute une aventure: dégringoler d’un train dans une gare à trente minutes de Paris, se retrouver sur une place avenante avec son kiosque à musique, son église égrenant les heures, ses commerces bariolés de couleurs vives, ses cafés bourdonnant de conversations amicales… De tels coins existent, par exemple à Villennes-Sur-Seine.

A proximité des Mureaux (et non loin de Poissy), ce village est scindé par une voie de chemin de fer où s’élancent aussi bien des trains à destination de la Normandie que des rames à deux étages quadrillant la banlieue. Une rareté dans le paysage français: deux minutes avant l’irruption des trains, une sonnerie se déclenche, quatre barrières se ferment automatiquement… Lorsqu’on est assis à la terrasse du Sophora, ce spectacle s’impose. Au bout d’un certain temps, le vacarme des trains se fait si familier que l’on acquiert la disponibilité d’esprit suffisante pour observer toute une portion du village. Des toits de tuile superposés et imbriqués, en partie offusqués par une féconde végétation, avec au second plan le clocher costaud de l’église Saint Nicolas (dont il faut admirer le portail néo roman, du plus bel effet).

Rosa, la joviale patronne du Sophora, semble connaître tous les habitants, et pas un villageois ne passe dans la rue sans la saluer. Jouant au ballon et discutant sur une petite place coincée entre la rue (qui franchit le passage à niveau) et la gare, des jeunes courent la rejoindre, de temps en temps, pour tenter leur chance au loto, sortant du café un papier à la main. C’est l’occasion, pour l’observateur, de voir à quel point la Française des Jeux a pris une importance considérable dans la vie des villages et des quartiers.
Des millions de parieurs et joueurs vivent accrochés au rêve d’une bouffée d’air financier obtenue sous l’empire du hasard. Les trains, eux, continuent à défiler à une cadence imperturbable…

Rue Bonaparte: une cour sous l’empire d’une abondante végétation

Dessin fait au feutre et avec des crayons, sur du papier Bristol, format A3.

Des cascades de lierre dégringolent des colonnes encadrant le portail d’accès et des touffes d’herbes jaillissent entre les pavés de cette cour où s’aventurent, outre des touristes, des personnes élégantes, souriantes…

 

   (3 octobre 2014)  - Longue d’un kilomètre, la rue Bonaparte (entre Saint-Sulpice et le quai Malaquais) égrène un interminable collier de belles portes cochères, de boutiques raffinées, de cours intérieures… dont celle, si attachante, se dessinant au numéro 21 à travers un portail d’accès ouvert au public jusqu’à 19 heures. Cette cour est suffisamment grande pour accueillir quelques voitures tout en voyant garantie la préservation de plates-bandes où jaillissent des fleurs de toute sorte. Voilà bien le charme de Paris: une ville trop densément bâtie, où tant de rivières et de prés ont disparu au fil des siècles, mais où la végétation s’apprête toujours à reprendre ses droits avec la complicité des riverains.
Dans la cour au 21 rue Bonaparte, la végétation s’en donne à cœur joie. A commencer par le lierre qui frémit par-dessus le mur séparant cet espace de la voie publique. Des cascades d’écailles vertes dégringolent de l’une des colonnes, lesquelles sont surmontées d’un «pot au feu» géant (en fait, des vasques rappelant l’Antiquité). Les pavés quadrillant la cour sont encadrés par des touffes d’herbe envahissant les interstices.

C’est là qu’a vécu Eileen Gray

Vers 17 heures, un touriste s’exprimant en anglais s’adresse au gardien, d’origine espagnole, sorti de sa loge pour prendre le soleil. «C’est bien là qu’a vécu Eileen Gray?», questionne-t-il en brandissant un prospectus avec une photo  - de profil -  de cette femme irlandaise décédée en 1927. Effectivement, l’architecte Eileen Gray, une des figures de proue de l’architecture et du design art déco, a résidé pendant plusieurs dizaines d’années dans un appartement donnant sur la cour.
Des personnes élégantes et souriantes traversent la cour, dont un monsieur vêtu d’un pantalon de velours côtelé rose et d’une veste à carreaux. Certaines sortent des bureaux qu’occupe, au fond de la cour, une agence immobilière.
De temps en temps, des touristes font une incursion pour prendre des photos à la dérobée.

.......................................................................................... Yann Le Houelleur

(12 octobre 2014) - Peu connu, trop éloignée de Paris pour mériter un détour sous forme de promenade dominicale, Corbeil-Essonnes est une ville certes décadente par son activité économique mais très bien entretenue par la municipalité. Celle-ci a su préserver un riche patrimoine historique et maintenir un aspect de ville provinciale où il fait bon vivre. Et pourtant, la population a bien changé puisque Corbeil-Essonnes est devenu une «enclave turque». Marcel Dassault, il est vrai, dont c’est le fief politique, a contribué à la restauration des deux édifices religieux, la cathédrale Saint Spire (ci-dessus) et l’église Saint-Etienne. C’est bien la preuve que la richesse produite peut rejaillir sur la société alors que le cycle de pauvreté dans lequel nous enfoncent les socialos et leurs alliés ne peut que conduire à un enlaidissement de notre cadre de vie.

Remise en question automnale

(début octobre 2014)  -  C’était si bien l’été: même quand sévissait la pluie, la perspective de journées longues incitait à prévoir des séances de dessins exhaustifs et léchés. Une profusion de couleurs s’imposait, d’autant qu’il était possible de les conjuguer et travailler sur le papier sans aucun empressement.  Mais avec le retour de l’automne et le rétrécissement des jours, il faut dessiner autrement. Plus vite, en renonçant à toute minutie, avec une impulsivité et une spontanéité accrue.

Ce vendredi, l’idée vint que je devais me plier à la nécessité d’une remise en question quant à la manière de restituer les choses. Je fis l’acquisition d’un bloc de papier bristol, format A3, grammage de 250, ainsi que de 3 stylos feutres noirs. Désormais, le soin donné au trait prendrait le dessus sur les coloris. Retour à une certaine sobriété, proche de celle que j’avais observée pendant les années 2007, 2008 et 2009.

Ainsi nombre d’artistes fonctionnent-ils : sans cesse mécontents de ce qu’il réalisent, en proie à des conflits intérieurs et des contradictions, prêts à jeter aux orties ce qu’ils avaient jadis encensés. L’inspiration se nourrit de toutes sortes de facteurs et d’impondérables, aussi bien les évolutions climatiques que les états d’âme tout comme l’évolution des goûts parmi le public.

Pour étrenner le nouveau bloc à dessin version bristol rien ne valait une incursion à Saint Germain des Prés, quartier sobre, élégant, semé de cours intérieures où le stress semble ne pas avoir droit de cité.

Le croquis a été fait le 3 octobre, au numéro 21 de la rue Bonaparte. Stylos feutre et dans un deuxième temps crayons de couleur.

(21 septembre 2014) - Ils passeraient plutôt pour un château, tant leurs dimensions sont imposantes: les hôtels Chaillou de Joinville et Le Pelletier de Souzy ont été construits à la moitié du Grand Siècle. Rue des Archives, ils se situent à quelques pas du splendide hôtel de Soubise. Certains soirs, leurs façades se pare d’orange, un spectacle fascinant…

Ici, dans le 17ème, le calme a droit de cité

Dessin au crayon fait le 22 septembre 2014, vers 14 h. Au second plan, les beaux hôtels décrits dans ce texte.

Débouchant sur la fébrile avenue de Clichy: une allée où il fait bon se promener, surtout en début d’après midi quand le soleil éclabousse les façades d’hôtels particuliers en partie cachés par une féconde végétation.

 

     (23 septembre 2014)  -  L’une des raisons d’apprécier et même d’aimer Paris, c’est l’hétérogénéité, le syncrétisme, l’extrême variété que présente cette capitale. Où que l’on aille, quel que soit l’arrondissement, l’on est assuré, moyennant tout au moins un zeste de curiosité, de découvrir en permanence des trésors, des perles, des réminiscences du passé insoupçonnées.

Dans le 17ème arrondissement, la Cité des Fleurs compte parmi les surprises les plus propices à la rêverie et à l’enchantement quand l’on se promène à travers Paris. La fébrilité, le tintamarre, la pollution qui ravagent tant de quartiers font oublier qu’il existe encore des bulles de calme, de sérénité, de bon voisinage où tant de personnes aimeraient vivre.
Trois cents cinquante mètres de longueur, une soixantaine de maisons et de pavillons, quelques immeubles aussi (regroupés à proximité de l’avenue de Clichy), ainsi qu’une église, Notre-Dame des Epinettes : des deux côtés d’une allée jalonnée de petits ronds-points, d’agréables maisons laissent entrevoir leurs atours et marques de coquetterie. Leur charme perce à travers les accrocs dans le rideau d’arbres et de buissons jaillissant dans les jardinets aménagés entre ces habitations et l’allée. Certaines de ces maisons comportent des ornements et raffinements intrigants. En particulier celles correspondant aux numéros 29, 31 et 33.

Au numéro 31: un hôtel particulier de style néo-Renaissance, avec des fenêtres ornées de moulures fines et des mansardes au fronton incrusté de coquilles. Les figures de Napoléon III de son épouse Eugénie sont sculptées, en médaillon, sur les fenêtres des deux côtés de la porte d’entrée. Au numéro 33: une maison de style vénitien, agrémentée de coupoles au niveau du toit, aux façades tressées de volutes et de torsades; plusieurs fenêtres rappelant l’époque gothique.

Un peu plus loin, un couple de riverains discute avec une dame. Ils ont l’air de bien connaître l’histoire de la Cité des Fleurs. «C’était des maisons de cocottes», évoque le monsieur sur un ton à la fois badin et sérieux. «Elles avaient été construites pour les maîtresses des messieurs haut placés qui vivaient à la plaine Monceaux.» Allusion à la Restauration et à la monarchie de Juillet. «En réalité, des maisons d’opérette, séduisantes par leur façade mais pleines d’imperfections à l’intérieur.»

«Nous avons fêté le centenaire de la Cité des Fleurs en 2004», rappelle Dominique, un ex-sapeur pompier en charge de la surveillance de l’allée. Il est installé dans une loge à l’entrée de celle-ci, côté avenue de Clichy. Il connaît tous les habitants, fait la bise à certains d’entre eux. Une dame, accompagnée de son fils (une vingtaine d’années) vient se renseigner sur l’éventualité d’un appartement à acheter. «Tout est occupé», lui répond Dominique, précisant que le mètre carré vaut 7.000 euros le mètre carré.

Accroché aux murs, dans la loge du gardien: la reproduction d’une toile d’Alfred Sisley, «Vue de Montmartre depuis la Cité des Fleurs». A l’arrière plan: la Butte Montmartre, encore peu construite, surmontée  - à droite – d’un moulin. Au premier plan: un mince chemin tracé au milieu  où d’un pré. «Vous la reconnaissez ? C’est l’actuelle allée de la Cité des Fleurs. Voyez-vous, à l’époque où ce tableau a été peint, la frontière entre Paris et la campagne se situait ici même.» Sisley a élaboré ce tableau en 1869 juste avant que ne surgissent les premières maisons de la Cité.

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Commentaires

22.10 | 23:40

Bonjour on c'est parle pour venir dessiner la devanture de ma boutique
Merci et bravo pour votre talent
Votre travail me fait penser à dessins Tobiasse
Cecile

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06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

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21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

...
18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

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