Un été à Paris

"Paris en tous sens" n° 4 vient de paraître...

Ainsi le veut la tradition… Tous les trois mois, les dessins publiés sur ce site pendant le trimestre écoulés, auxquels s’ajoutent quelques autres (laissés dans des cartons…) sont regroupés dans une publication numérique intitulée «Paris en tous sens».

 

Fin septembre 2015



Plusieurs textes inédits vont de pair avec cet éventail de dessins: ils relatent des rencontres nouées pendant ces séances de croquis en plein air, des précisions quant à l’architecture et à l’histoire des lieux visités mais ils reflètent également (parfois) des opinions fondées sur des observations.
Comme tant de personnes, j’éprouve un sentiment de déception par rapport à l’évolution de notre pays dont j’ai tant défendu les couleurs (et je continue à le faire…) Mais tout espoir n’est ni vain ni perdu, et le champ artistique permet de cultiver un monde meilleur.

«Paris en tous sens» n°4 vient de paraître. Certaines personnes, comptant parmi le cercle de mes amis et connaissances, l’ont reçu par le biais d’un courriel. Si vous désirez en recevoir vous aussi un exemplaire (gracieusement, comme toujours, bien sûr), merci de m’en faire part.

Je prétends vivre, en partie  - «en partie» car la conjoncture est hélas délétère – de mes dessins. Parfois, quand resplendit le soleil, je me pose sur les quais de Seine ou sur un pont pour en vendre. Pas évident, mais j’ai ainsi pu compléter (un peu) mes ressources. (Précision : ces ventes sont déclarées.)
Quand la mauvaise saison s’installera définitivement, il faudra bien faire autrement : c’est pourquoi, si vous avez envie d’acquérir un ou plusieurs dessins  - pour vous, pour des amis, pour un cadeau d’anniversaire, etc. -  vous pouvez faire votre choix parmi les suggestions du catalogue «parisentoussens».

Il convient de rappeler que je dessine uniquement dans les rues, les espaces publics ou  - quand sévissent pluie, vent et froid -  dans les cafés, avant tout à Paris mais aussi en banlieue. Telle est la spécificité de ces illustrations: uniques (en un seul exemplaires) et résultant d’un coup de cœur, parfois même d’un coup de blues. Elles sont faites au crayon avec, si cela s’avère nécessaire, des ajouts de pastel et d’aquarelle.

A travers ces dessins, j’essaie, à ma manière, de transmettre une vision positive de la vie. Je privilégie ce qui s’avère beau et fructueux afin de communiquer aux personnes intéressées des énergies aussi positives et toniques que possible.

Merci de votre bienveillance, merci de vos encouragements (j’en reçois beaucoup !), merci de votre soutien.

A bientôt donc…

Y.

Le pont Saint-Louis: place aux artistes!

Certains après-midi, des pianistes, des chanteurs, des guitaristes et des accordéonistes donnent à ce pont reliant deux îles un surcroît de magie. L’un des plus beaux endroits de Paris où l’inspiration et la musique coule à flot. Mais jusqu’où va la tolérance des pouvoirs publics? Parfois, des policiers demandent aux artistes de plier bagage.

 

20 septembre 2015


 

Il n’est pas beau, à peine fonctionnel. Mais le nom de ce pont suffit à inspirer le respect: Saint-Louis. Et le charme des lieux, l’atmosphère dont le pont Saint-Louis s’entoure sont uniques, à tel point que des flots de touristes le franchissent. Passage presque obligé: c’est le seul pont, dans Paris intra muros, à relier deux îles. D’un côté, le chevet de la cathédrale déplie des arcs-boutant qu’avec un peu d’imagination on pourrait comparer à des bras, des racines ancrant ce monument dans un socle mouvant. De l’autre côté, les immeubles très classe de l’Ile St Louis dont plusieurs, jadis des hôtels particuliers, comportent de majestueuses portes, certaines surmontées de créatures fantasques voire démoniaques habilement sculptées.
Et bien sûr, depuis le pont Saint-Louis, la vue sur la Seine est magnifique, en particulier les jours où le soleil incite les eaux à s’écailler de reflets venus de toutes part, une œuvre d’art que peu d’artistes sauraient exécuter.
 


"Je n'aurais jamais dû tuer cet artiste
car ce qu'il avait fait dans mon palais
c'était la quintessence de l'art"
Une jeune musicienne, récitant un conte sur le pont Saint-Louis



Des artistes, il y en a souvent sur le pont et dans les alentours. Davantage encore quand il fait beau. Le plus surprenant, c’est quand des pianos, grandeur nature, s’y invitent et se mettent à égrener, entre autres musiques, du jazz. Outre des pianistes, on peut entendre des chanteurs en solo ou grattant les cordes de leurs guitares, des flûtistes, tout comme des accordéonistes parfois un peu trop insistants.

Un soir, à la mi-septembre, deux garçons (un architecte, un enseignant) et une fille (attachée de presse) s’étaient rencontrés, par hasard, alors qu’ils envisageaient chacun de faire un «one man show» sur le pont. Il commençait à pleuvoir et ils se connaissaient déjà. L’un d’entre eux racontait qu’après son boulot il sentait le besoin d’apporter du bonheur au gens par le biais de la musique. Certes, il posait un chapeau sur le bitume, pour que tombent quelques pièces, mais l’argent n’était pas sa motivation première.

La fille, toute petite et grande par son pouvoir de séduction, me raconta une fable, passionnée qu’elle était par les contes. «Autrefois, il y avait un prince qui convoqua un artiste pour entreprendre une fresque dans son palais. Cet homme habitait une caverne et il y retourna pour faire des essais en vue de l’œuvre commandée. Le temps passa, le prince s’impatienta jusqu’à dépêcher un émissaire pour amener l’artiste de force chez lui. En un temps record, une créature fantasque fut peinte. Le prince, au comble de la déception, lui trancha la tête. Puis il se rendit dans la caverne et quand il vit l’ensemble des essais il éclata en sanglots en disant: Je n’aurais jamais dû le tuer car ce qu’il avait fait dans mon palais c’était la quintessence de l’art…»

Loin des palais du pouvoir, la tolérance des autorités à l’égard de cette «faune artistique» s’appropriant le pont Saint-Louis et les environs est à géométrie variable. Un soir, alors que la pluie avait (contradictoire…) asséché le flot des passants, un chanteur me confia: «J’attends que la nuit tombe car il arrive que les policiers procèdent à des interpellations».
Et si Mme le maire de Paris, et si l’Etat déclaraient plusieurs ponts de Paris zone de «liberté artistique» où musiciens, dessinateurs, et autres enchanteurs auraient tout loisir de se produire à leur guise? Paris, dans l’imagerie populaire mondiale, c’est la capitale des arts vivants. autant que celle des musées.

Mais il faudrait qu’on veille à ne pas tolérer, sur les quais et dans les endroits touristiques des revendeurs de tableaux faits à l’acrylique et au couteau, d’une grossièreté telle que (souvent) la cathédrale est formatée de manière carrée et que la tour Eiffel ressemble à une carotte. De même, il faudrait empêcher que les abords du Louvre (ainsi que je l’ai constaté récemment) se transforment en un bazar comparable à certains marchés en plein air non loin de Barbès où des personnes  - nombre d’entre elles des étrangers sans papier -  vendent de la saloperie made in China et s’adonnent à leur business en toute impunité, sous le regard complaisant des agents de la mairie chargés de la sécurité…

Yann Le Houelleur

 

 

Place de la Sorbonne: une page s’est tournée…

Dans le 5ème arrondissement, de nombreuses librairies ont fermé leurs portes au début du 21ème siècle. A la place de PUF une boutique propose des tennis tape-à-l’œil et des masseurs offrent leurs services. Mais elle toujours là, plus belle que jamais: une ancienne église, coiffée d’une superbe coupole, devenue une chapelle où repose le cardinal-duc de Richelieu!


Eté 2015: le plein de soleil !

1er septembre 2015



A la belle saison, une pluie de feuillages s’abat sur la place de la Sorbonne. Toutes les nuances du vert s’y déclinent. Tout au fond, quand on se trouve à proximité du Boulevard Saint-Michel, se dresse un édifice d’une grâce et délicatesse particulières. Une église offusquée par les frondaisons des arbres, dont la pierre ocre et même orange, tout comme la coupole pailletée de bleu et de mauve, met une once de joie supplémentaire dans cet espace parisien si agréable.

Comptant parmi les édifices religieux les mieux proportionnés de Paris, la chapelle de la Sorbonne (jadis une église) abrite le caveau du cardinal-duc de Richelieu et un monument à sa gloire sculpté par François Girardon. L’architecte qui fut chargé, par le principal ministre de Louis XIII, de piloter la reconstruction de cette église est Jacques Lemercier. Premier architecte du Roi, il a investi ses compétences et ses talents dans maints projets et chantiers. Agrandissement du Louvre (à la demande du roi lui-même), église du Val de Grâce (il prit la relève de François Mansart), Saint Nicolas du Chardonnet, Saint Roch, Saint Eustache, l’Oratoire du Louvre, etc.

Au pied de la chapelle de la Sorbonne, des fontaines sèches font oublier, par les chuchotement et froissements qu’elles suggèrent, le tumulte du boulevard St Michel. De chaque côté de la place: des cafés-restaurants et plusieurs boutiques ainsi que deux librairies. Il convient de souligner que dans ce quartier les magasins spécialisés dans la littérature et les ouvrages destinés aux universitaires ont tendance à se raréfier. La fermeture des PUF (Presses universitaires de France) en 2005 a fait couler beaucoup d’encre : une enseigne de vêtements avait racheté le bail acquis, depuis, par Nike, tout un symbole! Des paires de chaussures de couleur vive se chevauchent dans les vitrines là où quelques années auparavant des livres exposaient leurs tranches…

Place de la Sorbonne, décidément, les temps ont bien changé. Le marché au noir s’est invité, toléré (semble-t-il) par les autorités: des masseurs proposent leurs services pendant l’été, faisant asseoir leurs clients sur des tabourets et bancs pliants. Officiellement, ils demandent des pourboires. D’ailleurs, plusieurs rues du 5ème et 6ème arrondissement sont «conquises» par des vendeurs à la sauvette révélateurs de la vigueur du commerce informel et de la fraude au fisc.

Me voyant dessiner la place, une femme d’origine asiatique, très gentille, d’une grande douceur, me proposa un massage gratuit: «Je vous ai observé assis par terre. J’ai vu que vous étiez tendu (la concentration…) et que vous deviez souffrir du dos…

 

Caroline, un exemple à suivre

Rue de la Bûcherie, côté Shakespeare and Company. Face à l'entrée de cette librairie, une fontaine Wallace s'allie à un arbre pour rafraîchir les passants et les touristes à la belle saison...

La rue, c’est une école terrible… et terriblement instructive.
Quand je dessine, il m’arrive souvent de recueillir, spontanément, des témoignages touchants. La rencontre avec Caroline, près du square Viviani dans le 5ème, fait partie des plus enrichissantes. SDF, elle a entrepris un nettoyage spirituel pendant plusieurs années, sillonnant Paris en tous sens…

 

Eté 2015: le plein de soleil !

1er septembre 2015


 

«Bravo ! Vous l’avez bien fait le ciel !» Quelle est donc cette femme qui se penchant sur un dessin en cours d’élaboration m’a adressé de tels encouragements d’une voix apaisante? Caroline. Elle s’appelle Caroline, et elle passe souvent dans la rue Saint-Julien le Pauvre dont j’étais ce jour-là en train d’interpréter l’atmosphère. A vrai dire, c’est l’un des patrons de l’Hôtel Esmeralda qui m’avait commandé ce dessin.

Caroline: l’une des plus belles rencontres faites au cours de l’été écoulé. Une rencontre à la fois magique et troublante car ce qu’elle m’a dit semble se recouper, en partie, avec ma trajectoire personnelle. On ne croise jamais les gens par hasard ; la vie n’est qu’un jeu de miroirs où l’on perçoit ses reflets pour autant qu’on soit partant.

«Je suis sans domicile fixe parce que je l’ai voulu ainsi. Mais je ne dors jamais dans des endroits dangereux avec des gens déséquilibrés comme il y en a tant dans les rues. J’ai renoncé à mon métier, enseignant, et à beaucoup de choses dans le but d’accomplir, ainsi, un nettoyage énergétique
complet.» Caroline dit qu’elle a rompu avec un milieu familial qui lui causait du tort, en particulier un frère pervers et manipulateur dont elle subissait la mauvaise influence. «J’étais devenue très impulsive et j’ai voulu partir à la recherche de moi-même» en allant à la rencontre des autres, en m'inspirant de ce que font les uns-et-les autres, ceux qui par leur travail et leur style de vie donnent envie de voir l'humanité autrement."


"Semer l'amour: pour moi, il n'y a que ça qui compte"
Caroline, SDF


 

Trois ans à parcourir les rues de Paris, explique-t-elle, en semant tout autour d’elle de l’amour afin d’en récolter en contrepartie. «Et pour moi, il n’y a que ça qui compte vraiment.» Elle se dit très satisfaite d’avoir pu vaincre la méfiance de commerçants qui ont fini par comprendre sa démarche et qui lui offrent de la nourriture plutôt que de jeter leur trop plein de marchandises à la poubelle.
Caroline dit qu’elle s’est découverte une âme d’artiste, fréquentant même un garçon évoluant dans la peinture et la sculpture. Elle arrive au bout d’un cycle de vie et elle va chercher à se loger car cette existence de nomade commence à l’épuiser. Elle affirme ne ressemble plus en rien à la personne qu’elle était auparavant.


Les journalistes, des être souvent médiocres
et envieux au service d'une mascarade"


 

Nous avons échangé des propos pendant vingt minutes. Quelques jours plus tard, je me suis rendu compte que moi aussi j’avais accompli un nettoyage énergétique en profondeur pendant d’interminables années avec mes plumiers et mes cartons à dessin qui ne me quittent jamais. Dans les rues de Paris, j’ai accumulé des tonnes d’émotions, sympathisé avec des centaines d’inconnus, offert et vendu des dessins, c'est-à-dire une partie de moi-même… En fait, il me fallait jeter aux orties une vie professionnelle que j’ai fini par détester : le journalisme, ce métier qu’exercent (mais il existe des exceptions) des personnes déséquilibrées, anxieuses, souvent jalouses des personnalités dont elles s’approchent.

Comment les journalistes peuvent-ils croire qu’ils oeuvrent en faveur de la liberté d’informer alors qu’ils adhèrent à une gigantesque mascarade, celle des mass médias au service d’une élite, d’une nébuleuse économique vouée à décerveler les peuples pour les gaver d’une frénésie de consommation.

Y. Le H.

 

NOTRE-DAME - L’été touche à sa fin. Bientôt, il n’y aura plus autant de monde à ses pieds pour l’admirer et la visiter. Les veux coléreux de l’automne auront chassé les passants, les touristes. Quais de Seine devenus déserts. Tant pis, j’irai la dessiner, la cathédrale, depuis un café, quai de Montebello. (Dessin fait le 30 08 2015)

Saint-Julien le Pauvre, dans le 5ème : une rue plutôt riche en rencontres

Il y en a des choses à voir, dans cette rue qui débouche sur le quai de Montebello. L’une des plus anciennes églises de Paris, la belle porte d’un hôtel particulier et (au début de la rue de la Bûcherie) la librairie Shakespeare and Company. Sans oublier le square Viviani où survit un robinier planté en 1601.

 

Eté 2015: le plein de soleil !

30 août 2015


 

Elle fait moins de 70 mètres de longueur. Une toute petite rue, Saint-Julien le Pauvre, bordée d’habitations d’un côté seulement. (De l’autre côté, un square et une église.)  Pourtant, sur ses flots de pavés, il en passe des touristes! La plupart d’entre eux viennent de la rue Galande, qu’ils empruntent après avoir visité tout une partie du quartier de la Sorbonne. Ils se dirigent vers la cathédrale dont les tours jumelles et la flèche semblent vouloir percer les nuages. Une très belle découverte qui restera gravée dans le livre de leurs souvenirs.
Mais avant de voir Notre-Dame de près, la visite d’une «mini-église» s’impose. Sur la droite: la façade rudimentaire de Saint-Julien le Pauvre, dépourvue de clocher. Elle compte parmi  les plus anciennes églises de Paris, rebâtie dans le style gothique au moment où Notre Dame prenait forme. Bien plus tard, elle passa dans le giron de l’hôtel Dieu dont elle devint la chapelle. Fermée lors de la struction de cet hôpital, elle fut cédée en 1889 à la communauté grecque melkite catholique de Paris.

Juste en face, une porte fort haute met une agréable touche de couleur dans la prétendue grisaille parisienne: orange chatoyant tirant vers le rouge. C’était l’entrée d’un hôtel particulier qui appartint à Isaac de Laffemas. D’abord poète et auteur de comédies, il bénéficia de la protection de Richelieu auquel il rendit maints services en sa qualité, par la suite, de procureur en la chambre de Justice. Sobre et élégante, coiffée d’un fronton en demi lune minutieusement sculpté, cette porte fait penser aux belles demeures le long de la rue des Francs-Bourgeois. Mais la rue Saint-Julien le Pauvre est tout de même plus sympa que bien des artères irriguant le quartier du Marais, lequel accueille des boutiques de fringues et d’accessoires de mode toujours plus nombreuses, une vocation commerciale excessive.

Ici, dans ce fragment du 5ème arrondissement frémit une atmosphère détendue à laquelle contribue largement la librairie Shakespeare and Company, à l’autre extrémité de la rue Saint-Julien le Pauvre, plus exactement au début de la rue de la Bûcherie. Le rendez-vous des anglophones et anglophiles de Paris.

Tout en dessinant, j’ai noué connaissance, malgré moi, avec un tout autre "public": plusieurs SDF qui l’après-midi se vautrent sur les pelouse du square Viviani et s’aventurent dans les environs, en fin de journée, pour taper quelques clopes aux passants. Ils ne sont pas méchants du tout et certains prenaient même de mes nouvelles chaque fois que je m’asseyais sur les pavés pour dessiner et… vendre quelques dessins. L’un d’entre eux m’expliqua qu’il avait été dessinateur, lui aussi, et qu’ils s’était découragé. Le visage tuméfié encadré par une barbe en broussaille, il s’enthousiasmait : «Vous jouez bien avec les couleurs, c’est percutant ce que vous faites…»

La chance m’a souri, décidément, rue Saint-Julien le Pauvre : Jorge, l’un des patrons de l’Hôtel Esmeralda, m’a commandé un dessin que j’ai fait, deux après-midi durant, sous un soleil de plomb. D’origine colombienne, il m’a dit : «Les artistes sont bienvenus, chez nous». Cet hôtel aux plafonds striés de poutres et au murs tapissés de fleurs comprend 16 chambres. La vue dont jouissent les hôtes confine au rêve: de l'autre côté de la Seine, Notre Dame s’étale de tout son long, chef d'oeuvre de pierre, de verre et de dentelles. L’un des plus beaux endroits au monde, certainement.

Y. Le H.

 

Autour de la fontaine Stravinsky: une fin d’été toute en douceur et nostalgie


Eté 2015: le plein de soleil !

 

22 août 2015



L’été se meurt. Pas trop abruptement toutefois. D’une douceur imperceptiblement exquise. 22 août : il y a encore l’illusion d’un recommencement dans l’air, comme en mai et en juin quand les jours se faisaient longs et que la rêvasserie n’avait plus de limites. C’est à ce moment-là qu’il faut laisser l’inspiration s’en donner à cœur joie et produire des dessins toniques, électriques, éclectiques…

Dans le périmètre de Beaubourg, une bouche en résine, à la fois souriante et menaçante, crache de l’eau, perchée sur des baguettes de métal. Contraste osé que cette fontaine Stravinsky dont les clefs de sol loufoques et les personnages fantasques (entre autres un serpent géant et l’oiseau de feu), se dessinent sur un fond d’église (Saint Merri) aux pignons et arcs-boutants minutieusement ciselés. Il fallait oser la faire, cette fontaine jaillie de l’imagination fébrile de Niki de Saint Phalle !

Ce sont deux époques superposées. Deux saisons mélangées. Malgré l’étiolement des jours, l’insouciance estivale semble perdurer à la terrasse des cafés. Sabir garanti ! Riverains, banlieusards en quête de trajectoires parisiennes et touristes se répandant en babillements qui vont de pair avec les gazouillements émanant de la Fontaine Stravinsky. Ces jets d’eau éparpillés à travers le bassin (peu profond) de la fontaine produisent un effet de froissement continu. Me revient le souvenir d’un après-midi égrené au pied des lions de la fontaine Daumesnil, courant juin, eux aussi voués à procurer aux passants de la fraîcheur. Un de mes meilleurs dessins estivaux, sans doute…

Et si c’était mon cœur, plutôt, qui se froissait à l’idée d’un été plein de déceptions? Pas de vacances, mis à part une escapade à Saint Nazaire offerte par un copain: tel est le lot des travailleurs pauvres qui voient partir les autres comme s’ils avaient, eux, le droit à la récompense qu’est l’évasion et la découverte d’autres horizons. C’est si bon d’échapper à la pollution, la saleté, la menace d’un chaos toujours probable dont les habitants, à Paris, sont chaque jour davantage la proie.

Oui, l’insouciance mêlée d’apathie de l’été cède vite la place à la nostalgie. Regret d’un été qui n’aura pas vraiment été…

Y. leH 

LES INVALIDES – Certainement, l’un des chefs d’œuvre architecturaux les plus imposants de Paris : l’église du Dôme des Invalides. Un tel gigantisme, une telle grâce, une telle habileté dans la manière d’empiler les colonnes issues de plusieurs ordres. L’architecte de l’église du Dôme, Jules Hardouin-Mansart, devait déclarer à Louis XIV lors de l’inauguration: «Ce superbe monument de votre religion marquera à la postérité la plus reculée la grandeur de votre règne.» (Dessin fait le 23 août 2015)

Toujours aussi rouge le Moulin…

Eté 2015: le plein de soleil !


22 août 2015



Le Palmier s’est métamorphosé. Le restaurant un peu obsolète, avec son comptoir où s’agglutinaient des clients trop bruyants, fait maintenant très classe. A la fois sobre et élégant. Désormais, il s’appelle Rouge Bis. «La gérance a changé», signale un serveur, angelot blond de 23 ans qui gratifie d’un «Bonjour» enthousiaste les clients. Surprise: «Même le prix du café a baissé: maintenant, c’est 2 euros 30 la tasse».

Rouge Bis: un nom tout trouvé puisque cette brasserie se situe en face de l’un des monuments les plus adulés de Paris, le Moulin Rouge. Au centre de la place Blanche, des grappes de passants s’étoffent tout au long de la journée. Ils épient, armés de leurs appareils photo, le célèbre «champignon rouge» qui fut le témoin d’une époque fébrile ô combien révolue. Aujourd’hui, le quartier semble si sage!

Chaque jour, le même rituel: vers 16 heures, les ailes du moulin se mettent à tourner, menaçant d’ébranler les réverbères et feux de signalisation raturant les environs. Ici, comme partout ailleurs à Paris, la pollution visuelle est à son comble. Les danseuses de french cancan peintes sur le bandeau rouge inférieur n’en ont-elles pas assez de surfer sur des flots de carrosserie? La circulation est infernale. Des autobus pachydermiques déversent leur lot de touristes supplémentaires. 

Trop de voitures, trop de pollution, trop de gens : je vais finir par voir rouge…

LES BUTTES CHAUMONT - Atmosphère bon enfant aux Buttes Chaumont. Tandis que des grands-mères échangent des potins, sur un banc voisin, ce monsieur se plonge, imperturbable, dans la lecture du Parisien. Il m’a quand même vu l’épier crayon en main et une fois refermé son journal il vient discuter avec moi. «C’est sympa ! Vous arrivez à en vivre, de vos dessins?» Une question que l’on me pose souvent. (Dessin fait le 20 août 2015.)
L'ETE A SON ZENITH, C'EST AUSSI UN ETE MORTEL - Ce dessin, fait au bord d’une autoroute, en pleine Beauce, échappe au cadre même du site «parisentoussens». Mais l’Ile-de-France est si proche, et quand je l’ai dessiné j’ai eu l’impression que l’été venait d’atteindre son zénith, que ces arbres, bientôt, seraient dépossédés de leur vert, de leurs feuillages. Et que le stupide hiver reviendrait vite. Une intuition ? Le soir même, j’ai appris le décès subit d’un ami à l’âge de 50 et quelques berges. Une crise cardiaque. Le soleil estival accuse sa part d’ombre: pendant la belle saison s’en vont tant de gens… comme en plein hiver. (16 août 2015)

L’Arc de Triomphe: pas facile de dessiner dans un tel quartier !

Mes remerciements à Olivier Brunel, un ami médecin et journaliste-critique musical qui m’a offert un bel éventail de crayons Luminance à la suite du vol que j’ai subi en dessinant, les jours précédents. Ce dessin est le premier à avoir été élaboré avec de tels crayons.

Le plus grand arc de triomphe au monde a mis 26 ans à voir le jour. Qui s’en rendrait compte, une fois sur place. Pour faire un dessin de ce monument : quelques quarts d’heure seulement, mais une certaine «tension». Dieu merci, les policiers qui m’ont interpellé ont été compréhensifs et j’avais été repéré (sans doute) par les caméras dont ce «lieu mythique» est truffé.

Le 9 août 2015



Paris est une capitale modelée par les contrastes et régie par les contradictions. Les sites les plus médiatisés et les plus admirés ne sont pas forcément les plus sympathiques, ceux où il ferait bon prendre racine. Ils génèrent une foule qui finit par les rendre d’une affligeante banalité et qui ne permet pas aux passants les plus rêveurs (et en même temps les plus observateurs) de les apprivoiser à l’aune de leur dimension historique.

A cet égard, l’Arc de Triomphe est déroutant. Comment se laisser séduire par un monument autour duquel ne cessent de graviter des millions de touristes qui pour beaucoup n’ont qu’une idée en tête: le prendre en photo, comme pour subtiliser sa portée symbolique. Contradiction jusqu’à son nom même : «Triomphe» dans une société où la défaite de la raison et de l’intelligence semble se confirmer chaque jour davantage. Voir autant de personnes éprouver du plaisir à se prendre elles-mêmes en photo le dos tourné à un monument prestigieux peut sembler (j’en fais partie) navrant aux yeux de certains. Les fameux «selfies», synonymes de narcissisme…

Et puis, comment concevoir qu’on puisse, en quelques minutes comprendre «le pourquoi et le comment» d’un tel colosse de pierre. Le plus grand arc de triomphe au monde présente une particularité bien française: n’avoir pas été inauguré par son géniteur. Napoléon 1er, au zénith de son règne (il venait de remporter la bataille d’Austerlitz) voulait non seulement témoigner la puissance des armées françaises mais aussi donner le coup d’envoi d’une restructuration urbaine en profondeur avec la création d’une avenue reliant les Tuileries à la Bastille. Or, l’Arc de Triomphe fut achevé en 1836, vingt six-ans après la pose de la première pierre, sous le règne de Louis-Philippe 1er. Le choix des hauts reliefs se déployant de chaque côté de l’arche principale a échu à ce roi autant qu’à Adolphe Thiers (lequel fut journaliste et historien avant de devenir ministre et président du conseil) !


"N'oubliez pas que vous êtes sur les Champs-Elysées
où il y a plein de caméras de surveillance"
Une jeune policière


 

D’une majesté plutôt écrasante, mais fort beau malgré son aspect un peu trop rigide (*), l’Arc de Triomphe compte parmi les sites historiques les mieux protégés de Paris, dans un quartier où la vidéosurveillance permet de détecter le moindre mouvement suspect. «N’oubliez pas que vous êtes sur les Champs-Élysées où il y a plein de caméras.» Une telle observation m’a été faite par deux policiers. Alors que je dessinais, cet homme et cette femme vinrent s’intéresser à ma présence un peu gênante. En effet, j’ai pour habitude, quand je dessine, d’étaler à côté de moi quelques dessins et je n’ai aucun scrupule à agir ainsi puisque j’émets des factures aux personnes désireuses d’en acquérir. (Et ces factures, dois-je préciser, sont transmises aux autorités compétentes.)

Après tout, en vertu de la loi, je suis un artiste déclaré ne proposant que sa production propre, n’étant lié à aucune organisation vouée à la contrebande. Mais dans le périmètre des Champs Elysées, cela ne se fait pas, et j’avais bien pris soin de me montrer discret, soucieux de respecter les lieux. J’ai toujours considéré que les policiers sont des professionnels bien formés et doués d’une indéniable perspicacité, sachant, au gré des circonstances, se montrer compréhensibles. «On voit bien que ce sont vos créations», m’a dit la policière, tandis que son collègue, m’invitant à cacher mes dessins, a justifié une telle intervention en ces termes: «Je ne peux pas faire autrement que d’obéir à ma hiérarchie qui fait appliquer les règlements à la lettre dans ces lieux.»

Détail curieux, qui ne m’a absolument pas scandalisé: le policier, qui s’exprimait dans un français très bien construit, m’a demandé : «Vous êtes français»? Bonne question, car trop d’étrangers s’invitent en France pour faire n’importe quoi, dans le plus total irrespect de nos loi. Ce n’est pas du tout raciste de poser une telle question et de surcroît ce agent de la sécurité l’a fait avec délicatesse.

Je retournerai à l’Arc de Triomphe, car il est incontournable quand on se propose de restituer, par le biais du dessin, la diversité et la fécondité de Paris. Mais j’aurai bien plus de plaisir, évidemment, à manier mes crayons et à chatouiller l’inspiration sur les quais de Seine où les artistes bénéficient, semble-t-il, d’une «certaine tolérance». Je prendrai toujours soin, même si je donne l’impression de m’approprier d’un bout de pavé de ne pas sombrer dans «la vente à la sauvette». Les galeries dites d’art, à Paris, ne vendent pas des dessins comme les miens. Ce sont des citadelles imprenables qui infligent «du concept» obéissant à des modes où à la tyrannie d’une «esthétique avant tout commerciale».

Je tiens à vendre des illustrations à des prix abordables. Cela tout naturellement me scandalise: il existe très peu d’espaces où les artistes peuvent aller à la rencontre du public. De même, on ne rencontre pratiquement aucun artiste restituant Paris «sur le vif», à travers un regard franc et authentique. Alors, si je dessine dans la rue, je ne vois pas de quel délit je pourrais bien me voir accuser.

Yann Le Houelleur
 

(*) Parmi les projets imaginés par des architectes que Napoléon avait mis en concurrence pour ce projet de grande ampleur figurait celui d’un arc de triomphe comportant des colonnes dans le plus pur style classique. 

VILLENEUVE-LA-GARENNE – Un peu à l’écart de Paris, la Seine se fait nonchalante et rafraîchissante. Enfin, la voici délestée de tous ces bateaux mouches qui dans la capitale en font une véritable autoroute fluviale! Dans les péniches sur les deux rives logent des familles qui jouissent d’une parfaite quiétude. Ce coin est charmant: le quai (à droite) porte le nom d’un peintre devenu une référence, Sisley, hélas mort dans la misère. Sur le pont, au fond, glissent des tramways. Et tout au fond, la tour Pleyel… (dessin fait le 3 août 2015)

J’ai triste mine, à cause de mes plus beaux crayons perdus ou volés!

Photo de mes crayons faite à la terrasse d'un café de la place Maubert, à la fin juin (2015).

Un sentiment d’injustice: mes plus beaux crayons, des Luminance de Caran d’Ache, ont disparu. Je m’étais sacrifié pour les acquérir. Ils me manqueront. Pourquoi faut-il vivre sans cesse de manière précaire quand on essaie de faire des choses sans les moyens adéquats ?

 

3 août 2015  - Courriel transmis à Olivier B. , un ami (Cela fait du bien de pouvoir partager ses peines et ses joies!)



Mais pourquoi suis-je triste, en plein été? Parce que j’ai perdu  - ou me suis fait voler -  ma plus belle trousse. Elle contenait des crayons plutôt onéreux, que je m’étais évertué à acheter en me privant de certaines choses. Le dimanche 2 août, j’ai dessiné sous un soleil tapageur et peut-être ai-je eu un moment d’étourderie, au milieu d’une foule dense, au Trocadéro, avec tous ces vendeurs à la sauvette qui me font horreur.

Les dessins de la tour Eiffel faits ce jour-là m’auront coûté cher! (Dessin et résumé de cette journée dans un article précédent.)
Si j’étais riche, cela ne me ferait aucun effet, mais je me sacrifie pour faire des trucs qui me rapportent si peu et au bout du compte je me casse encore plus la gueule. Rien de plus atroce, pour un artisan, de perdre son instrument de travail. Des crayons, il m’en reste, mais c’est comme si on avait enlevé une partie de mon cœur, égratigné une partie de mon inspiration, comme si une maudite présence invisible avait voulu me rappeler que ces couleurs par moi abusivement manipulées ne seront bientôt que des souvenirs en noir et blanc, inexorablement fanées, offusquées, outragées par le temps.

J’ai vraiment envie d’éclater en pleurs. Je me reproche toujours de perdre quelque chose. J’y vois la main du destin. Cette trousse, personne ne me la rendra : elle fut. Et il me faudra attendre le prochain été, sans doute, pour la reconstituer. J’en ai marre de cette situation, marre de me priver de tant de choses pour n’arriver à rien, et il y a évidemment la sotte consolation que la tombe est notre destinée à tous, alors qu’importe puisque nous n’emporterons rien avec nous.

Bon, je vais aller me coucher bientôt, et je revis comme un cauchemar ce dimanche passé au pied de la Tour Eiffel : des passants me demandent parfois un dessin de ce monument, mais au fond je le déteste cordialement car il est devenu le symbole même d’un tourisme dévoyé, d’une procession stupide de gens qui font des photos de tout et de rien, ne voyant que ce qui leur sautent aux yeux, leur arrache les yeux. Putain !

J’ai envie de dire «merde» à ce monde de connards où les faibles luttent pour obtenir si peu et où les forts luttent pour oublier qu’ils ne sont rien. Putain de vie!

Yann

RUE BONAPARTE, DANS LE 6ème - Pendant les grandes vacances, les rues quadrillant Saint-Germain sont exsangues. Quelques photographes s’aventurent dans des cours comme celles-ci, qui les changent de monuments aussi «ressassés» que la Tour Eiffel et Notre Dame. Charmante cour, en vérité, ombragée par des arbres dont la chevelure offusque la partie supérieure du portail. Pas très loin d’ici se dresse l’église St Germain au clocher plutôt campagnard. (Dessin fait les 29 et 30 juillet 2015)

Au pied de la Tour Eiffel les vendeurs à la sauvette ont plus d'un(e) tour dans leur sac

Le monument le plus prestigieux au monde a toutes les chances de
déconcerter en raison de l’ambiance plutôt délétère qui règne tout autour. Un résumé, hélas, de la France contemporaine, où l’économie parallèle se déploie avec la tolérance des pouvoirs publics incapables de mettre fin aux agissements de mafias prenant les touristes pour des pigeons.
Le «made in China» envahit les pelouses du Trocadéro…

 


2 août 2015



La station Trocadéro, le long de la ligne 9 du métro, annonce la couleur: noir ! Cet après-midi, au tout début du mois d’août, promet d’être noir de monde aux abords de la tour Eiffel. Les couloirs du métro regorgent de touristes pressés de voir jaillir le plus adulé des monuments parisiens. Les pelouses en pente douce qui relient la dalle du Trocadéro au pont d’Iéna (qu’il suffit de traverser pour voir la tour de près) sont le théâtre d’une certaine agitation. Des vendeurs à la sauvette les quadrillent, faisant miroiter, à la barbe des touristes, des tour Eiffel miniatures. A la longue, leur présence et leur insistance deviennent insupportables. Pour la plupart d’origine africaine, ils agissent en terrain conquis, s’adonnant pourtant à un commerce totalement illégal. Les plus petites des tours Eiffel suspendues à des trousseaux bien garnis coûtent un euro.

Aucun policier, aucune autorité ne vient les déranger : symbole d’un Paris qui fait battre le cœur de tant de terriens, la Tour Eiffel n’en constitue pas moins la caricature d’une France mal en point. Une suggestion: pourquoi ne pas installer, dans les jardins du Trocadéro, des boutiques employant des jeunes en contrat aidés (une formule chère à François Hollande) plutôt que de laisser proliférer les mafias qui gèrent ce commerce de babioles made in China ? Que de laxisme dans ce pays où n’importe quel étranger peut s’improviser vendeur et frauder
allégrement, ainsi, le fisc tandis que des milliers de magasins peinent à tenir la route !


"Mais d'où viennent-ils, tous ces gens?"
Un couple de jeunes Brésiliens


 

Un couple de jeunes Brésiliens, en train de faire la sieste sur la pelouse, s’étonne de ce business illégal qui lui rappelle, étrangement, les «camelos» de la Place de la Sé et de la rue 25 de Maio à São Paulo… «Qu’est-ce qu’il y en a des immigrés, chez vous en France. Mais d’où viennent-ils?»

Parmi les articles que proposent ces vendeurs à la sauvette: des perches servant à tenir en l’air un appareil photo pour mieux capter les splendeurs de la ville lumière ou pour se tirer le portrait soi même… les fameux «selfies» qui envahissent facebook. Les Chinois en raffolent, n’arrêtant pas de «mitrailler» tout ce qui bouge autour d’eux. Le plus drôle est que ces touristes achètent ainsi de la camelote qui provient des usines fonctionnant dans leur pays.

L’on comprendra pourquoi, pour un Français amené à dessiner si souvent, la tour Eiffel n’a rien de très joyeux. Pourtant, elle est plutôt alléchante pour un «crayonneur» car insaisissable, exigeant de relever un «défi graphique». Comment restituer son élancement majestueux qui va de pair avec un fouillis de lignes s’entrecroisant et se recoupant? Comment dompter les effets
du «temps qu’il fait» sur la couleur de ces veines d’acier irriguant tout un carré de ciel parisien? Elles paraissent tantôt sombres, tantôt orangées ou même rougeoyantes.

Après avoir torché trois dessins, il est temps de me poser sur le pont en contrebas. Vers 19 h, c’est la cohue sur les trottoirs. Des touristes en provenance des pays du Golfe descendent de taxis à l’arrêt pour photographier la Tour Eiffel puis y reprennent leur place. Les Chinois, eux, continuent de «grouiller», mais il y aussi beaucoup de Français, parmi lesquels de nombreux banlieusards venus passer une journée à Paris. «C’est rare de voir un monsieur comme vous qui dessine ici, et pourtant ça fait dix ans que je viens ici», lance une beurette s’aventurant sur le pont avec une bande de potes.

Un petit frisson dans le dos : deux gars plutôt louches, lunettes noires vissées au nez, s’approchent de moi, dont l’un commence à toucher mes crayons. Dans un français très incorrects, ils me félicitent quand même et m’avertissent : «Fais attention, des policiers sont dans les environs».
L’un d’eux tient deux billets de vingt euros en main.

Mais comment moi, un humble Français inscrit auprès de la Maison des Artistes et
déclarant ses ventes aurait-il peut d’hommes en uniforme patrouillant? Je suis chez moi, pas vrai? Par contre, tout à coup, tous les vendeurs à la sauvette postés le long du pont se volatilisent : effectivement, deux policiers patrouillent. Et à peine ont-ils le dos tourné que les inquiétants individus évoqués auparavant reviennent, étalant un tapis et y posant des gobelets. Ah, le fameux jeu de bonneteaux, un marché de dupes qui permet à des Roumains et autres étrangers d’escroquer des incrédules encore ignorants de leurs méfaits !

Pendant cinq minutes, la fièvre monte juste à côté de moi, la foule grossit, des cris se font entendre puis soudain, plus rien… Les policiers repassent. Je leur signale qu’il y a des individus bizarres rôdant sur le pont, mais ils ne semblent pas très surpris et ne me remercient même pas. C’est fou ce que certains policiers, quand on a la chance d’en voir un, sont parfois peu aimables, d’une froideur de marbre.(Mais je désire relativiser car il m'est arriver de rencontrer des agents compréhensibles et j'ai énormément de respect pour leur profession.)

 

Y. Le Houelleur

(23 juillet 2016) Qu’il est difficile, au cœur de l’été, de s’arracher à la douceur de vivre du Marais! Ses somptueux hôtels particuliers, ses cours intérieures duvetées de feuillages, ses rues pavées un peu tortueuses, ses flots d’Histoire (sans « s ») et de rencontres, sans oublier ses jardins où l’on peut vraiment se reposer tel - sur ce dessin - le square Léopold Achille. Bientôt, c’est décidé: je passe de l’autre côté de la Seine. Plusieurs après-midi sur la rive gauche pour compléter cette série de dessins estivaux. Mais je ne sais trop pourquoi: j’ai une prédilection pour la rive droite et les belles demeures très «grand siècle» du Marais.

Si différent de Versailles: Fontainebleau, un patchwork d’époques et de styles

Depuis le régne de François 1er (et même avant lui, en fait) tous les rois et tous les empereurs ont remanié, aggrandi, embelli ce château à leur guise. Outre un survol de l’histoire de France, les visiteurs peuvent y goûter à une atmosphère paisible, contrairement à Versailles constamment pris d’assaut par la foule.

 

Eté 2015: le plein de soleil ! 

 

23 juillet 2015


 

Pour des millions de terriens aimant la France ou désireux de s’y rendre, il est impossible de visiter Paris sans une échappée belle vers le plus célèbre des châteaux: Versailles. Louis XIV, qui a régné si longtemps, est toujours vivant dans l’inconscient collectif planétaire!

Hélas, le tourisme de masse a jeté son dévolu sur cet espace, avec tous les inconvénients que génère cette industrie: des files interminables à l’entrée du château, des salles bondées, des jardins dépossédés de leur féerie.

Le grand avantage de Fontainebleau, c’est précisément la sérénité qui régit ce château. On ne se presse pas au portillon et le déplacement se mérite. Mais quelle récompense quand on s’y trouve! Voilà l’occasion d’appréhender plusieurs châteaux en un seul. Car Fontainebleau s’est construit et développé pendant sept siècles. Toutes les grandes époques ont laissé au moins une emprunte, à commencer par l’architecture gothique dont il reste si peu de choses. A partir de François 1er, tous les rois ainsi que deux empereurs (avant son exil, Napoléon Bonaparte a fait ses adieux dans la cour du Cheval Blanc) ont voulu remanier, agrandir, embellir le château à leur guise, et les ailes, les pavillons, les portes se sont multipliés.

Fontainebleau est un témoin de la si riche et toutefois si déconcertante histoire de France. Il a bénéficié d’un important programme de restauration lui donnant un surcroît de séduction. Mais en réalité, ce château est rapiécé, entretenu, sauvé de la ruine depuis très longtemps, comme en témoigne la galerie François 1er dont ce roi avait confié la réalisation à des artistes venus d’Italie alors que le Renaissance s’emparait de la France. «Il a exigé une trop grande rapidité dans sa construction», m’a expliqué un gardien très cultivé. «François 1er s’était vu proposer une galerie travaillée et sculpté dans plusieurs bois précieux, choix qu’il n’a pas fait.» Avec un brin d’observation, il devient clair que rien, presque rien ne subsiste du projet originel. Tout a été refait, remanié, modernisé (parfois, aussi, abîmé) conformément aux volontés des successeurs de François 1er. «Jacques Ange Gabriel, l’architecte de Louis XV, a réinterprété la galerie avec un soin tout particulier», a poursuivi cet homme si érudit.

Un événement, en particulier, a porté un coup fatal à la splendide galerie : la Révolution française. Toutes les couronnes, toutes les fleurs de lys sculptés dans les boiseries ont été arrachées. Il a fallu réparer ces outrages par la suite. Louis-Philippe n’y est pas allé de main morte pour remettre le château en l’état. Des ornements et des motifs d’une exubérance assez invraisemblables ont contribué à rendre certaines salles très kitch et même amusantes. La cage d’un grand escalier a même été refaite tout en marbre gris et rose, pour mieux épater les visiteurs.

Pour ceux qui se lassent vite des visites de salles certes merveilleusement restaurées mais un peu indigestes par la multitude des œuvres et meubles exposés, un endroit se prête à la détente, au rêve, à la poésie: le grand parterre où une fontaine se laisse décoiffer par le veut, au milieu d’un bassin carré. Les pelouses sont si soigneusement entretenues et si aimablement fleuries que les rares touristes chinois ralliant Fontainebleau les mitraillent avec leurs appareils photo.

Y. Le Houelleur

Et si le Marais avait perdu un peu (ou beaucoup) de son esprit?


Trop de tourisme tue le tourisme. Trop de commerce finit par tuer, aussi, le charme de rues jadis plus tranquilles, plus sereines. On peut aimer le Marais et cependant trouver qu’il a pris une mauvaise tournure ces dernières années…

Eté 2015: le plein de soleil !

 

21 juillet 2015  



L’ombre d’un paradoxe étrange plane sur tout ça :  plus le Marais (mais ce n’est pas le seul quartier concerné) devient beau et plus il semble avoir perdu son esprit. Trop de monde inonde ses rues sinueuses, une certaine niaiserie transpire. A quoi attribuer cette sensation d’ennui, dans un périmètre aussi prestigieux où les éclats de voix admiratifs devraient surgir à intervalles réguliers?

Mauvais signe: les boutiques de fripes et de griffes ont depuis longtemps commencé à coloniser et d'une certaine manière défigurer ces rues "normalement" vouées au tourisme. Des nuées d’individus de tous âges s’écoulent à même les pavés, et il est permis de se demander pourquoi ils ont fait le déplacement. Comme si tourisme devait rimer nécessairement avec consumérisme…

Rue des Francs-Bourgeois, un personnage observe malicieusement les passants dont bien peu remarque sa présence. Ce mascaron orne la porte cochère de l’Hôtel d’Albret, sous un œil de bœuf percé dans un aussi bel ouvrage tout en menuiserie. Détail insolite: la gueule entrouverte d’un lion couvre, tel un casque, le crâne du mascaron. Il s'agit bien d'Héraclès (ou Hercule) et du Lion de Némée.

En définitive, rares sont les promeneurs prêtant une attention soutenue à ce patrimoine splendide que nous ont légué des siècles prodigues en savoir-faire: architectes, sculpteurs, ferronniers, peintres, artisans en tout genre. Il semble que la majorité des badauds et même des touristes s’approprient un décor aussi somptueux pour mieux mettre en scène leur comportement. En ces rues sévit la propension au bavardage, à l'exhibitionnisme et au narcissisme (on est dans un quartier gay; rien d'étonnant à cela), à l’indifférence vis-à-vis d’autrui et au lèche vitrine le plus saugrenu comme pour tuer l'ennui. Un tee­­-shirt ou une paire de baskets «vintage» (terme à la mode) semble avoir davantage de prix que tous ces «accessoires architecturaux» datant du Grand siècle auquel peu de gens comprennent "grand" chose.

Cette atmosphère qui sonne si faux est patente, aussi, à la rue des Rosiers. Embarras du choix devant les commerces proposant des falafels et devant les vitrines de ceux voués à la mode, mais en contrepartie un manque de chaleur humaine évident, une agressivité latente propre aux endroits saturés de monde.


"Artiste: c'est le plus beau métier au monde
car on n'exige même pas de diplôme"
John, un Londonien de 25 ans


 

C’est là que j’ai fait la connaissance d’un londonien de 25 ans, John. Maigre comme une baguette, le teint halé, la mine un peu défaite, il me regardait dessiner à la hauteur de la boutique «Believe… e». En fait, je me suis contenté de le saluer d’un revers de la main quand je suis parti… et voilà qu’il s’approcha de moi une heure plus tard alors que je dessinais dans la quiétude de la rue Elzevir. «Je peux vous parler?» D’apparence timide, mais sachant ce qu’il veut, le frêle John visitait Paris pour la troisième fois et il n’en revenait pas d’autant de charme dégoulinant de partout dans le Marais.

C’est intriguant: moi (Yann) aussi, je n’ai cessé de passer le mois de juillet à croquer au détour de ces rues toujours prêtes à nous subjuguer par leur mélange de simplicité et de classe. «A Londres, une ville que je trouve moche, il n’y a aucun quartier comme celui-ci.» John m’a touché quand il m’a dit exercer le plus beau métier au monde, «le plus beau parce qu’on n’exige pas de diplôme… artiste !» John enseigne le dessin, dans la capitale anglaise; effectivement il n'a été formaté par aucune école de beaux-arts.

Soudain, une voix féminine a résonné au-dessus de nos têtes. Une riveraine (d’environ 60 ans, qu’on voit souvent dans un bar voisin en train de se saouler au vin blanc) nous a sommé de nous en aller car notre conversation l’importunait: «Je n’entends pas la personne à laquelle je parle avec ma tablette…» Le comble du ridicule!

Qu’il est réconfortant de rencontrer un jeune épris d’architecture, de beauté, d’harmonie… Après demain, j’emmènerai John découvrir la basilique royale Notre Dame à Saint Denis, éblouissante par ses vitraux, récemment soumise à une restauration de sa façade très réussie. Telles sont les surprises d’un été voué à s’abandonner aux contradictions et amers contrastes des rues du Marais…

 

Y. Le Houelleur

UN ETE AVEC PLEIN DE COULEURS / QUAI DE LA TOURNELLE ET RUE MAITRE ALBERT, DANS LE 5ème ARRONIDISSEMENT - Aussi insupportable la chaleur soit-elle, il faut se mettre à vivre l’été comme un intense moment de magie et d’émerveillement. Une récompense si précieuse pour avoir enduré tant de souffrances pendant l’hiver. Et j’aimerais qu’il en soit ainsi pour tant de personnes incapables, autour de moi, de transformer par le regard même l’apparence de la banalité en une gerbe de richesses nouées avec un certain élan de générosité. A l’heure où certains ne jurent que par une évasion, quelques jours, à l’autre bout du monde où sous d’exotique latitudes, je me réjouis de choses toutes simples, à Paris même ou dans les villes mitoyennes.

Shakespeare and Company: les réminiscences encore fraîches des années folles

Procurant une fraîcheur providentielle en été, avec ses stores verts et des arbres masquant la façade, cette librairie rappelle l’époque où les Américains s’étaient emparés de la rive gauche. Aujourd’hui, outre des anglophones et des anglophiles, on y voit défiler énormément d’Asiatiques. 

 

Eté 2015: le plein de soleil !


15 juillet 2015




Quai de Montebello, là où le pont au Double invite à rejoindre le parvis de la cathédrale, on entend plus souvent qu’ailleurs parler l’anglais. Mais pourquoi donc? Deux stores d’un vert intense fournissent la réponse, au bord des pavés de la rue de la Huchette qui relie le quai à la fontaine Saint-Michel : Shakespeare and Company, trois mots cousus en lettres d’or.


Le rendez-vous des anglophones à Paris se trouve ici, dans cet endroit à la fois simple par sa convivialité et exubérant par son aménagement inespéré. Les stores procurent une fraîcheur providentielle en été, tout comme des arbres dont les branches, fines et nerveuses, décrivent des lignes sinueuses s’entrecroisant, telle la toile d’une araignée devenue folle. Un déluge de

feuilles, petites et d’un vert assez semblable aux stores, masquent de petites fenêtres (l’immeuble fait trois étages) qui laissent percevoir un plafond strié de poutres. Une fontaine bien parisienne, de la même couleur, laisse couler un filet argenté que des cariatides, soutenant une mini coupole écaillée, protègent jalousement.

L’eau, toute aussi précieuse que les livres… En fin d’après-midi, la librairie est le théâtre d’une effervescence stupéfiante qui devient presque stressante pour le dessinateur interrompu, dans sa concentration, par tant de va et vient. Aux Anglais, Américains (et autres provenances) se mêlent des cohortes de touristes asiatiques, plutôt élégants, qui s’en donnent à cœur joie pour photographier cet endroit à deux pas de la cathédrale Notre Dame.

Pas de bancs à l’ombre de la Librairie. Un jeune homme, Mathieu, s’est assis sur des marches, de l’autre côté des pavés de la rue de la Huchette, tournant le dos à des touffes de mauvaises herbes où, soi dit, en passant, des rats ont élu domicile. Rats de bibliothèque? On les voit s’élancer, soudain, vers le square Viviani, à la surprise des touristes qui restent toutefois de
marbre. Il est rare d’apercevoir, comme lui, un jeune homme plongé dans la lecture d’un livre de poésie. En fait, Mathieu est issu d’une famille de cinéastes, et il compte bien avoir du succès dans ce domaine.

 


 "Pour arriver à quelque chose, il suffit de le vouloir,
de déclencher un cercle vertueux"
Mathieu, qui habite le 5ème arrondissement

 




Comment peut-on, à un âge aussi jeune, avoir vécu à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, et avoir des idées pertinentes sur la société. Fait tout aussi rare, Mathieu n’est pas tenté par l’assistanat, ce fléau qui ravage la société française. «Pour arriver à quelque chose, il suffit de le vouloir, de déclencher un cercle vertueux qui fait qu’on rencontre les bonnes personnes au
bon moment.» Cela ne l’a pas empêché de toucher à la drogue, ce dont il se remet. Et nous tombons d’accord sur ce point : la société actuelle est perverse en ce sens qu’elle semble encourager les gens à cultiver le malheur, à souffrir comme s’il devait être des victimes, de sorte que tant de sévices les incite à compenser leur situation pourrie par la consommation de toutes sortes d’illusions.

Voilà le genre de conversation qu’on peut avoir aux abords de la Librairie Shakespeare, laquelle, selon un vendeur, a été fondée quelques années après la fin de la seconde guerre mondiale. Mais son histoire est plus compliquée : elle a existé, avant, sous un autre nom et ailleurs sur cette rive gauche dont tant d’Américains, artistes et écrivains, se sont emparées. Ernest Hemingway, Scott Fitzgerald, James Joyce (un Irlandais), etc. Il s’agit d’une époque bel et bienrévolue, de sorte que la Shakespeare and Company est la réminiscence d’un Paris mythique dont on
ne retrouve plus beaucoup la trace, en tout cas pas dans l’autre partie de la rue de la Huchette
où sévit une indigestion de restaurants, fast foods et «kebabs» reflétant la face la plus sordide d’un tourisme de masse basé sur la réduction des coûts.

Avant de prendre congé de moi, Mathieu me donne un bon conseil : «Vas voir le chat au deuxième étage». Tout blanc, ce félin se frotte aux jambes des visiteurs et clients venus s’asseoir sur de vieilles banquettes pour s’abreuver de littérature anglaise. Il a déjà huit ans, mais ce n’est rien comparé aux machines à écrire abandonnées un peu partout, dont on peut se servir pour rédiger des poèmes. Tapissé de livres dont les tranches composent une mosaïque
empirique, les étagères s’alignent à perte de vue, filant vers des couloirs, des boudoirs, des salles un peu à l’écart. Il y a même un sofa où l’on peut s’affaler sans se gêner le moins du monde. D’ailleurs, d’après ce qu’on peut lire sur certains sites, Shakespeare and Company fournit le gîte, pendant quelques jours, a des jeunes qui en contrepartie effectuent diverses tâches dans la librairie.
 

Retour mérité dans «le calme parisien» après une vie mouvementée à travers le monde

François a connu plusieurs villes sous toutes les latitudes. Mais aucune n’égale à ses yeux Paris. Place Maubert, par un jour de canicule, il prenait le frais en lisant un journal. Et deux rosés pour le dessinateur! Merci à lui…

 

Eté 2015: le plein de soleil !

30 juin 2015


 

Trois anges joufflus crachent de l’eau, jets argentés auxquels se mêlent des mini-cascades provenant d’une vasque se déployant plus haut, car cette fontaine est à plusieurs niveaux, plusieurs dimensions. Une pelouse étriquée entoure le bassin, que des inconnus n’hésitent pas à envahir dès que le soleil frappe fort. Cette note de fraîcheur suffit à rendre sympathique la place Maubert, où débouchent plusieurs rues, dont une décrivant un coude et portant le nom de Maître Albert, un philosophe et un théologien qui a vécu au douzième siècle. De ce côté-ci de la place Maubert transparaît un Paris plutôt ancien, avec des maisons aux pans inclinés, torse bombé, certaines fenêtres révélant des plafonds striés de solives. Voici le pendant, sur la rive gauche, du Marais, de ses hôtels particuliers, de ses ruelles sinueuses et de ses maisons parfois un peu tordues.

C’est dans cette rue étroite et paisible que François vient d’acheter un appartement. Assis à la terrasse du café Le Métro, je dessinais la fontaine alors que sévissait une chaleur infernale… la canicule. Soudain, un monsieur, à la table d’à côté, déplia les pages du Monde, et il me proposa un rosé.


 "Paris, c'est vraiment la plus belle ville au monde"
François, qui habite le 5ème arrondissement



La vie d’un modeste dessinateur comme moi, aimant s’asseoir à même les trottoirs ou dans les cafés pour passer le temps avec ses crayons, amène à voir l’humanité autrement que la noirceur dont son empreints, si lâchement, les médias. «Lâchement»: pourquoi un tel mot? Il est si facile de se complaire dans l’observation de la médiocrité. Or, il m’arrive toujours, peut-être la magie du dessin, de rencontrer des personnes intelligentes, constructives, généreuses.

François m’a offert un verre de rosé à deux reprises. Et il m’a déclaré l’attachement qu’il voue à Paris, «la plus belle ville du monde». Son nouveau quartier, ce pan du 5ème proche du quai de Tournelle, il l’apprécie pour ses commerces de proximité, «avec des brasseries qui de très bon standing». François attribue même une mention très positive aux petites épiceries tenues par des Français d’origine nord-africaines: «Par rapport à une ville comme Londres, que je connais bien, ces magasins proposent des produits de qualité.»

Difficile de ne pas croire François quand il vante les vertus et les atouts de Paris : il a séjourné dans plusieurs pays, certains très lointains. Tel est le privilège de ces journalistes dont le nom n’apparaît jamais dans les médias, professionnels de l’ombre soumis à une discipline de fer et jonglant avec maintes contraintes. François a été agencier à l’AFP. Il ne regrette en rien sa carrière de journaliste, dont il a toutefois conservé une «manie», celle de lire chaque jour plusieurs quotidiens. «Le métier de journaliste est devenu très éprouvant avec la montée en force des nouvelles sources d’information telles que les réseaux sociaux, Twitter, etc. Il faut aller très vite, et impossible de prendre le recul nécessaire pour analyser la portée d’un événement.»

Il existe beaucoup de journalistes finissant mal leur vie, malheureux de ne pouvoir contribuer à faire tourner, encore et toujours, la grande roue de l’information. J’en ai  connu qui ont sombré dans la déprime et qui ont même contracté des maladies graves. Mais François, lui, a choisi de goûter une vie paisible, au gré des fontaines murmurant d’incroyables histoires un peu partout dans Paris. Qu’il est réconfortant de rencontrer des personnes prônant la sérénité

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Renaud | Réponse 16.09.2015 19.51

J'ai parcouru avec plaisir ton été flamboyant à Paris.Que de beaux dessins et quelle belle écriture

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Commentaires

06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

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21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

...
18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

...
30.12 | 10:55

Solidarité avec toi Yann ! Paris sans les artistes de rue n'est plus Paris ! Simona a tout à fait raison !

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