Juillet 2017

RUE SAINT ANTOINE - Evidemment, il aurait fallu prévoir une feuille Canson d’une envergure supérieure à l’A4. Ce double corps de bâtiments, abritant l’école Saint-Louis, est coiffé de toits gigantesques, comme en comportaient les constructions érigées sous les règnes de Henri IV, Louis XIII puis Louis XIV. Architecture grandiose courante dans le Marais. (21 juillet 2017)

Des lucioles pour donner de la lumière aux SDF

 

Ce soir-là, bien après la tombée de la nuit, alors que je croquais une brasserie le long de la rue de Rivoli, trois maraudeurs m’offrirent de quoi me restaurer. Je ne suis pas un SDF mais il est vrai j’aime traîner la nuit dans Paris. Et j’en rencontre, des gens formidables!

 Sauver et voir

 

22 juillet 2017



La vraie vie n’est pas dans les médias, toujours plus envahissants, et parfois la honte me taraude d’avoir été journaliste. La vraie vie est dans la somme des individus que nous rencontrons. Si tu es un salaud, tu cours le risque de rencontrer beaucoup de salauds. Si ton cœur ne bat pas seulement pour toi, alors tu as toutes les chances de croiser des gens qui te donneront un surcroît d’espérer en un futur meilleur.

On ne les voit pas car ils côtoient l’obscurité, ou plutôt l’appréhendent-ils : ce sont les maraudeurs, affiliés à des associations dont certaines sont peu connues. La nuit, ces bienfaiteurs arpentent les trottoirs pour soulager la douleur de ceux qui vivent en marge de la société, et pour les requinquer avec des aliments divers. Ils ont du pain sur la planche: les rues foisonnent de gens qui ont perdu leurs repères, qui dorment seuls dans des recoins ou carrément à la devanture de magasins.

Rien ne m’a choqué davantage, ces derniers temps, que de voir  - un soir, à travers les vitres d’une voiture -  une flopée de corps allongés au pied des vitrines d’un grand magasin, dans le 9ème arrondissement, fréquenté la journée par des touristes issus de tous les continents.

Rien de plus amusant 

Ce samedi 22 juillet, peu avant minuit, je dessinais  - dans un tout autre quartier -  la terrasse d’une brasserie, le Benjamin, qui s’étire de tout son long, protégée par des stores d’un rouge tonique. Rien de plus amusant que d’interpréter, ainsi, des coins de Paris dans la pénombre et de les «remettre à jour », imaginant que le soleil brille encore.

Heureuse surprise : j’ai reçu la visite de maraudeurs. Tous jeunes, la trentaine. M’ont-ils pris pour un SDF à cause de mon sac à dos bleu et de mon air un peu trop « jeté » ? En vérité, j’étais assis, vers 23 h, contre la porte d’entrée d’un magasin, Lissac, à l’intersection de la rue des Lavandières Saint Opportune et de la rue de Rivoli. Ces ange gardiens étaient trois, deux hommes et une femme, et l’un d’entre eux tirait un chariot plein d’aliments. « Voulez-vous un éclair au chocolat ? » me dit celui-ci, Mohammed, qui m’offrit également un pot comprenant une compote aux pommes.

Ce soir là, ils avaient entrepris une « croisade » à travers Paris, qui avait commencé aux Grands Boulevards. Ils avaient encore beaucoup de route à faire. Mohamed, celui qui remorquait le chariot, évoqua une association en cours de création, la Balade des Lucioles. « Notre vocation, c’est donner un peu de lumière à ceux qui sont dans l’ombre.»

Soirée prolifique en générosité : quelques minutes plus tard, un groupe de jeunes gens vinrent me saluer, hilares, un peu perchés par l’alcool, et ils me remirent un sandwiche enfoui dans un sachet, pain tendre fourré avec de la viande et des crudités… Succulent !

Ce fut un festin… tout en continuant à dessiner.

Yann Le Houelleur

C’est à Katya, œil vif et main agile, que l’on doit ce croquis de l’Institut de France. Elle a laissé une dédicace (à droite) en anglais et en russe.

 

Cet été, l’un de mes endroits de prédilection est le pont des Arts. J’y veille tard tant le plaisir est vif de discuter avec des touristes en provenance de tant de pays… Le 19 juillet, deux Russes, magnifiques, m’ont tenu compagnie. 

 

Il existe « beaucoup de Paris ». Notre capitale se découvre sous tous les angles, se décline dans toutes les langues et laisse à tous un souvenir unique. Mais s’il devait y avoir deux Paris seulement, ce serait bien ceux-ci : l’un diurne, l’autre nocturne. Paris, le jour, est une ville monstrueuse et tentaculaire par la circulation automobile, le bruit, la pollution, l’empressement des passants. Les poubelles se goinfrent d’emballages et de bouteilles vides.

La nuit, toutefois, dans plusieurs arrondissements à vocation touristique, la capitale recouvre sa dimension humaine : la zenitude s’installe, la convivialité s’invite et l’air devient plus frais.
Certains édifices, même, acquièrent un surcroît de beauté sous le feu des projecteurs, que ce soit la cathédrale ou l’Institut de France. Maints détails refont surface, alors qu’ils étaient noyés dans l’indifférence pendant le jour, telles l’allégorie de la Prudence et celle de la Tempérance sculptées sur le fronton de l’Institut. Il en avait du goût, Louis Le Vau !

Architecte du roi Louis XIV, il a conçu ce petit bijou de style classique à la demande du cardinal Mazarin qui voulait en faire un collège accueillant des jeunes gens en provenance de provinces regroupées sous ce nom : les Quatre Nations.

Souvent, cet été, des noctambules, surtout des touristes, m’ont surpris en train de dessiner cet édifice majestueux et cependant d’une envergure modeste. Bien des fois ai-je été amené à leur expliquer qu’il abrite l’Académie française.

Katya et Aslan

Mais le 19 juillet 2017, c’est une jeune femme qui s’est mise à la dessiner avec un crayon Luminance puisé dans mes plumiers. Katya, une belle russe blonde se promenait avec son amoureux, Aslan, un garçon facétieux, lui aussi blond. Elle habite à Moscou et lui vit en Tchétchénie, une république faisant partie de la Fédération de Russie. Tous deux ont des yeux bleus pailletés de verts. Ils s’expriment aisément en anglais. D’ailleurs, j’ai remarqué que les jeunes russes de passage à Paris parlent tous cette langue.

Katya et Aslan semblent enclin à abuser du whisky coca : ils avaient rempli une bouteille d’un demi litre qui faisait le tour de Paris en leur compagnie. Pas étonnant qu’ils soient si exubérants et communicatifs. Ils apprécièrent mes dessins qu’ils jugèrent dynamiques. Diplômée en architecture, âgée de 24 ans, Katya me laissa un précieux souvenir présenté ici même : en deux trois minutes, elle fit ce croquis de l’Institut, à la lueur d’un réverbère. « Pardonnez-moi, je ne peux pas le finir car je trop saoul », me dit-elle avant de repartir, main dans la main, avec le séduisant Aslan…

Yann Le Houelleur

RUE DE L’AMIRAL DE COLIGNY – Dessin(s) en trompe l’œil ? Il m’arrive de croquer la nuit tout en imaginant que le soleil brille encore. Et c’est avant le feu d’artifice du 14 juillet que j’ai entrepris ce dessin (une brasserie, au croisement de la rue de l’Amiral de Coligny et du quai du Louvre) alors que des centaines de personnes se pressaient vers le pont Neuf et le Pont des Arts, à proximité, pour admirer le ciel en fleurs…

Paris, si cosmopolite…

 

Le filon du tourisme, si largement exploité dans la capitale tricolore, nous amène à croiser des citoyens de tous les horizons, un brassage de langues assez vertigineux. Mais il suffit, évidemment, de l’anglais pour partager des moments de vraie complicité avec ces étrangers qui se baladent à Paris dans un décor de rêve.

 

 


16 juillet 2017



Juste à côté de la librairie Shakespeare, un coin sensé être rafraîchissant en été : un prunus généreux par ses feuillages fait office de parasol quand l’été se fait trop brûlant. Une fontaine Wallace, dont le filet d’eau est gardé comme il se doit par quatre cariatides, attire chaque jour des centaines de touristes… car cet endroit plutôt ravissant est très cosmopolite.

Pourtant, en cet été 2017 marqué par des températures excentriques, le « parvis » de la librairie Shakespeare et de son café inauguré l’année précédente devient en partie invivable. Les poubelles débordent, et des bouteilles en plastiques, des papiers enduits de matières grasses s’éparpillent sur le trottoir de la rue de la Bucherie, au carrefour que celle-ci fait avec la courte rue Saint Julien le Pauvre. Une certaine puanteur se dégage.

Un jeune homme espagnol me surprend en train d’interpréter la fontaine Wallace, quelques croquis à disposition du public papillonnant sur des cartons à dessin. Cet après-midi là, la chaleur est si forte que mes neurones comme mes mains ont perdu leur souplesse. Et il me faut un surcroît d’effort pour terminer un dessin d’une facture assez grossière. « C’est super, ce que vous faites », me dit Pablo (le jeune homme, carrure d’athlète aux muscles étoffés par la natation). J’aime votre manière de reproduire Paris. Je veux repasser vous voir… »

Pablo est représentatif de toute une partie de la jeunesse qui se débrouille pour voyager et se forger une idée du monde à travers la multiplication des contacts.

Turquie, Inde… 

Ce week-end ci, j’ai observé que Paris est fréquenté, visité toujours davantage par des touristes de tous horizons. J’ai discuté, la veille, avec une institutrice en provenance d’Ankara, venue découvrir la capitale tricolore avec son mari et leur fils unique de 14 ans.
Elle m’a parlé de ce dictateur mégalomane qui fait régner la terreur dans toute la Turquie, et elle craint de perdre son travail puisque le « disgusting » (selon ses mots) Erdogan retire le pain de la bouche de ceux élevant la voix, les privant de leur emploi.

De même, j’ai fait la connaissance d’un couple d’Indiens, Asawin et Vidah, qui m’ont décrit la diversité ethnique et linguistique dans leur pays où les chaînes de télévision jonglent avec les langues et dialectes… Les Indiens me font l’effet de gens très décontractés, d’une éducation et d’une attention touchantes.

J’en reviens à Pablo. Lui aussi, il aime Paris pour son aspect cosmopolite. « C’est bien différent de Pampelune (note : 200.000 habitants) où j’ai grandi. Chez vous, on peut rencontrer le monde entier en quelques jours… » Etudiant en ingénierie, il évoque, tout naturellement, le chômage sévissant dans son pays tout comme en France, cette plaie qui ravage nos pays et contribue à creuser une fracture sociale devenue un gouffre.


Dépôt d’ordures… 

Je me rends compte à quel point un artiste, dont les petits dessins partent au quatre coins du monde, doit s’intéresser à tout ce qui se passe sur cette planète pour être à même de nouer, d’emblée, des liens de sympathie mutuelle avec les passants. Et mes dessins, puisse le fisc être rassuré ( !), je les cède à des prix symboliques quand des étrangers sans trop de moyens ont le coup de foudre pour mon trait de crayon… Difficile de faire comprendre ceci, évidemment, à la Mairie de Paris qui via les services de police m’a convoqué à une audience, dans un tribunal du 19ème arrondissement, en octobre prochain à cause d’un prétendu dépôt d’ordures dans le 5ème arrondissement. Hallucinant !!! 


Merci au café Shakespeare !

J’en profite pour remercier les serveurs du café Shakespeare. Certains sont issus de pays anglophones, en particulier l’Irlande et la Grande-Bretagne. D’autres viennent du Portugal, de Colombie, etc. Ils me témoignent leur amitié chaque fois que je séjourne sur le bout de trottoir attenant au café, m’offrant spontanément des jus de fruit, du thé glacé, du café. Cet endroit est l’un des plus hospitaliers de Paris, c’est sûr…

Yann Le Houelleur

OPERA - Ce jour-là, un musicien rencontré dans un café où j’avais dessiné m’avait glissé à l’oreille : « Les meilleurs dessins, ce sont ceux fait en toute simplicité, sans vouloir charger trop... » Le soir même, j’ai voulu en faire l’expérience : un croquis de l’Opéra, en quelques minutes… Le plus drôle est que je l’ai fait à minuit, imaginant que « nous étions » en plein jour ! (13 juillet 2017)

Bouillonnante de jeunesse : la place du Marché Saint Honoré

Quand on dessine dans les rues de Paris, il faut s’attendre à tout, y compris des gestes sympathiques et même généreux. Un serveur du Big Fernand, place du Marché Saint Honoré, m’a commandé un dessin et m’a offert un copieux dîner dans la foulée. Belle soirée…


13 juillet 2017


 
Il peut y avoir de beaux monuments dépourvus de charme. De même, il peut y avoir des endroits pas vraiment beaux mais qui dégagent du charme. Assurément, la place du Marché Saint Honoré fait partie de ces endroits. 
Bien que « rôdant » souvent aux abords du Palais Royal, l’idée ne m’était jamais venue de dessiner cette place. Puis un soir, par hasard, j’y fis une incursion. Et ce fut le coup de foudre. Le soleil, sur le point de se retirer, éclaboussait d’une lumière dorée un éventail de stores portant des couleurs très variées. Entre autres les stores zébrés de vert et de brun qui protègent la terrasse du Caprio, une pizzeria haut de gamme.

La vocation, tardive, de la place du Marché Saint Honoré, c’est de regrouper des restaurants offrant un peu toutes les spécialités. Le soir, quand les terrasses affichent complet, une ambiance tressée de joie et d’insouciance régit la place. Des riverains aussi bien que des touristes.
C’est le moment idéal pour se lancer dans un croquis, d’autant plus que des arbres contribuent à égayer la place.

« C’est si rare »

Assis par terre, le dos appuyé à une vitrine (il y a aussi de nombreux commerces), j’entamais un dessin mettant en exergue les stores, dessin où les arbres étaient voués à figurer en ...bonne place. C’est alors qu’un jeune homme de 27 ans se pencha vers moi. Esquissant un sourire, il me demanda : «Vous faites ça pour vous ? » Rudy, son  nom, ajouta : « C’est si rare de voir des artistes comme vous dessiner dans Paris. Dites voir, on aimerait que vous fassiez un croquis pour notre restaurant. On vous payera, pas de problème… »

Le restaurant en question s’appelle Big Fernand. En réalité, une enseigne présente dans quatre pays, France incluse. Sa spécialité, c’est le burger fait et cuit sous le regard des consommateurs, avec des viandes de qualité provenant des éleveurs français. Frites exquises : rien à voir avec la bouffe industrielle de Mc Do ! La clientèle est plutôt jeune et les serveurs, d’une gentillesse épatante, ont moins de trente ans.


Lecture, écriture...

 
Rudy, lui, est né à Marseille et Paris, où il vit depuis peu, lui a souri. Il a trouvé de quoi se loger, un chez lui où il se consacre à la lecture et à l’écriture… il a fait des études de journalisme. En ce moment, il lit « le Ventre de Paris », signé Zola.
Dans cette France mitée par le chômage et l’assistanat, j’aime voir ces jeunes à l’œuvre, s’insérant avec sérieux mais aussi avec le sourire, dans la société, parfois au prix de sacrifices.

Quelques jours après, je suis revenu au Marché Saint Honoré, pour faire le dessin promis. La pluie menaçait, une luminosité plutôt terne paraissait annoncer l’automne, et j’avais le blues. Alors, j’optais pour un dessin montrant une succession de stores se déployant cote à cote, dont  - bien sûr – celui du Big Fernand. Une heure et demie fut nécessaire. Un artiste n’est jamais satisfait de ce qu’il a réalisé : pas vraiment mon meilleur dessin, mais il plut à Rudy et à ses amis qui m’invitèrent à dîner dans leur resto, ce qui me permit de découvrir un concept innovateur en matière de restauration. Tout autour de moi, faut-il insister, bouillonnait une jeunesse joyeuse et sans peur de l’avenir.

Je me souvenais de ces conseils que m’avait prodigué un monsieur de mon âge, un an auparavant à Montmartre :
« Si vous voulez échapper à la déchéance de la vieillesse, fréquentez les jeunes car ils vous montreront les clefs pour vous en sortir dans cette société où on est si vite mis au rebut… »


Yann Le Houelleur

MONTMARTRE - Voici le second dessin, bien différent, fait à la terrasse du Pain Quotidien, café situé au croisement entre la première partie de la rue Lepic et de la rue des Abbesses. Autrement dit, j’ai eu du pain sur la planche ce jour-là !!! Ce dessin, contrairement à l’autre, a été fait avec des stylos feutres et du pastel gras. Pas toujours envie de me limiter aux crayons de couleur… (10 juillet 2017)

Savoir écouter les gens… (tout en dessinant)

L’ai-je réussi, ce dessin ? Je ne sais pas trop. Résultat bien différent de ce que j’espérais, car j’ai fait un cadrage trop serré la maison. Et j’ai abusé des tons jaunissants. Mais j’étais si fatigué ce jour là : il faut me pardonner !!!

Rencontre à la terrasse d’un café, à Montmartre, avec Isabelle, une thérapeute qui se pose bien des questions au sujet de son métier.

10 juillet 2017


 


C’est l’une de mes terrasses de prédilection quand tombe la pluie et qu’il faut dessiner un peu à l’abri. Depuis la terrasse du Pain Quotidien, un café servant des plats bio, ou tout simplement des expresso, un spectacle bien parisien s’offre : juxtaposition et empilement d’immeubles dont l’unité de style n’est qu’apparente. Une maison de deux étages seulement, abritant la brasserie Le Nazir, aligne des volets gris-bleu, coiffés d’un toit majestueux.

Tandis que j’entamais un dessin, une dame élégante prit place sur la terrasse et je ne sais trop pourquoi… une discussion s’ouvrit entre nous. Stupeur : Isabelle (son prénom) évoqua des complications avec un service de police chargé de fournir certains documents. Comment l’idée lui était-elle venue de prononcer ce mot, « police » alors que je pensais, tout en dessinant, à une convocation au Tribunal de police dont je viens de faire l’objet ? J’y reviendrai, sur cette lamentable affaire : je tombe sous le coup d’une infraction, à savoir des dépôts d’ordures sur la voie publique. Ce dépôt n’est autre que deux cartons à dessins qu’un soir j’avais mis à côté de moi tout en croquant la cathédrale.

Des messagers

Le plus incroyable est que la Mairie de Paris (par le biais du département Parisconnect) m’avait promis d’annuler une amende de 68 euros.
Dix mois après, il m’a fallu aller au Tribunal de Justice de Nanterre afin d’accuser réception de la maudite convocation…

Avec Isabelle, nous avons discuté, ensuite, de cette propension qu’ont certaines personnes à deviner ce qui va se passer, entre autres parce que des messagers viennent constamment nous mettre en alerte à des heures cruciales de notre existence.
Il ne faut jamais s’installer dans l’illusion d’une existence vouée à la tranquillité. Le vent peut tourner rapidement, les paysages changent malgré nous.

Isabelle est thérapeute, et elle a veillé à parfaire ses connaissances lors de séjours en Asie qui lui permis notamment de nourrir une vision plus critique de notre civilisation occidentale.
Mais d’après ce que j’ai compris elle est un peu désenchantée quant à sa profession, notamment parce que masser des patients cela revient à capter des énergies parfois violentes et à la longue survient une saturation.

Témoin de la vie qui passe…

Je n’ai pu m’empêcher de faire un parallèle avec mon projet «Paris en tous sens ». Quand je dessine dans les rues j’attire des personnes de toute sorte, la plupart charmantes, curieuses de savoir ce que je fais. Certaines, toutefois, ont un besoin impérieux de se confier à quelqu’un, et ce quelqu’un c’est moi ! Il y a des personnes qui m’ont fait des aveux incroyables, que je ne saurais révéler.
Alors, au fil des années, je me suis dit que sans le savoir je faisais un métier parallèle à celui de dessinateur : témoin de la vie qui passe, réceptacle de confessions et de confidences.

De nos jours, de nombreux professionnels qui devraient « normalement » prendre le temps d’écouter leurs clients sont condamnés à une telle productivité qu’ils finissent par trahir leur vocation, à commencer par les médecins dont les consultations se limitent à quelques minutes… lesquels médecin (nous en avons parlé avec Isabelle) sont bien trop lâches, sauf quelques exceptions, pour dénoncer un projet dément voulu par le nouveau président français : onze vaccins obligatoires, une aubaine pour les laboratoires pharmaceutiques.

Alors, un artiste comme moi qui ne ménage pas son temps pour écouter des inconnus, cela devrait inspirer tout au moins le respect. Un respect que bien évidemment la Mairie de Paris n’a pas du tout, elle qui m’a tellement maltraité.

J’y reviendrai…

Yann Le Houelleur

PLACE HENRI IV - Cela est un exercice amusant... La nuit, en été, il m’arrive souvent de dessiner sur le vif tout en proposant des dessins au pied de réverbères. Toutefois, j’imagine être en pleine journée et je reconstitue les couleurs habituelles, comme si le soleil brillait. Dessins à moitié imaginaires, j’en conviens, mais bien réels puisqu’ils sont élaborés sur place. (Dessin fait le 27 juin 2017)
APRES LA CANICULE - Il faisait si bon, ce mardi soir, après des journées oppressantes plombées par la canicule. Une vraie résurrection. Et un regard nouveau porté sur les paysages de Paris, flirtant avec la légèreté. Depuis le pont Saint-Louis, j’admirais les bateaux qui négocient un virage serré avant de se faufiler sous le pont de la Tournelle (au second plan) – 27 juin 2017

Tellement concentré par un croquis (ci-dessus, le dessinateur n’avait pas pris conscience des méfaits de la pluie. Une Américaine vint le prévenir que son sac à dos était en train de prendre l’eau. Et dans ce sac, il y avait pléthore de dessins qui échappèrent de peu au naufrage !


30 juin 2017
 


 
Tonique quant à ses couleurs, peut-être à l’excès, ce dessin a une histoire très particulière. Je le garde précieusement : pas à vendre, car il m’a porté chance.
Ce samedi 30 juin, une semaine après la canicule, Paris se mettait à respirer un air frais. Mais à quel prix ! Le ciel charriait des flots de nuages obèses qui s’éventraient, de sorte que dans les rues s’épanouissaient les parapluies.
En attendant le retour des beaux jours : rien de tel qu’un café pris à la terrasse de la Fontaine Saint-Michel, dont les serveurs sont d’une patience angélique puisqu’ici, comme ailleurs, je m’installe confortablement, le temps d’un dessin qui n’en finit plus, dans le chaos de mes crayons éparpillés autour de moi.

De l’autre côté de la rue : un duo de stores, l’un orange, l’autre bordeau. A droit, le Rive Gauche est propriété du même actionnaire que celui de la Fontaine Saint-Michel. Ils contribuent à jeter des notes de gaieté dans ce quartier si propice à la convivialité. Le dessin était bien entamé quand une pluie diluvienne se mit à tomber, et sous un parasol, en terrasse, je me croyais à l’abri. Soudain, une Américaine vint me taper sur l’épaule : « Attention, votre sac à dos est en train de prendre l’eau… »

Effectivement, derrière moi, le sac dans lequel j’entrepose mes cartons à dessins n’était pas, lui, protégé de la pluie qui dégoulinait de partout. Moment de stupeur : l’eau avait-elle détruit mes échantillons de croquis ? Par miracle, seules les marges du papier Canson noir épais faisant office d’encadrement étaient mouillées, et très vite je déménageais à une table moins exposée à la pluie, plus à l’intérieur.

Emerveillement
 

J’en profitais pour remercier cette Américaine qui avait sauvé mes dessins : elle déjeunais avec son mari et un autre couple de compatriotes. Une petite discussion s’engagea. Elle désira voir les dessins, qu’une serveuse avait placé sur un micro onde (et non dedans) pour accélérer le séchage… Fascination de sa part : elle et ses amis décidèrent d’en acheter trois, et je fis question de proposer un prix bas afin de les remercier, ainsi, de leur bienveillance.

C’est amusant : les Américains me sauvent toujours, à Paris. D’ailleurs, mes dessins partent, à raison de 75 %, dans leur pays. Ils négocient les tarifs au maximum, mais je les aime, ces Américains, car ils s’émerveillent devant eux tels des enfants en pleine découverte, et ils ont toujours des mots réconfortants.

L’autre « chose » incroyable survenue ce jour là est que la serveuse qui m’apporta un café, puis un autre, était une « vieille connaissance » puisque deux mois auparavant, lors d’une halte que j’avais faite au Drapeau, restaurant situé face à l’entrée du château de Vincennes, c’est elle qui m’avait servi… Elle était en CDD dans cet établissement et maintenant je la retrouvais à Saint-Michel. Cécile, son nom, est une battante : deux enfants à 34 ans, et des horaires pas toujours facile puisque la restauration est un métier si exigeant.

J’y retournerai, à la Fontaine Saint Michel, belle source d’inspiration…

Yann Le Houelleur

 

Hôtel de Sully : une façade Renaissance si compliquée à dessiner…

Un grand " Merci ! " aux serveurs du Café Fontaine Sully qui m’ont laissé dessiner, en toute quiétude, alors que j’ai toujours tendance à m’étaler avec mon déluge de crayons.

28 juin 2017


 


S’il est un café avenant, à la terrasse duquel il fait bon s’arrêter, c’est bien le Fontaine Sully. A plusieurs reprises, le dessinateur y a fait une halte, sans trop de sous en poche, et il a pu, moyennant un café commandé, s’exercer à croquer la façade de l’Hôtel de Sully en toute quiétude. (Ladite façade, de toute évidence Renaissance, est moins sophistiquée que la cour intérieure aux murs ruisselants d’ornements, et où abondent les statues, les niches, les moulures…)

Une façade fort belle mais si difficile à reproduire car trompeuse quant aux proportions… J’ignore encore si la porte prise dans l’étau de deux colonnes est majestueuse ou non, tant elle paraît écrasée par les deux corps de bâtiments coiffés chacun d’un toit un peu chinoisant.

Un grand « merci » aux serveurs qui m’ont prodigué des encouragements et qui ont fait montre d’une grande patience. Le café pris à la terrasse du Fontaine Sully compte parmi les plus abordables de Paris : 2 euros. Et à aucun moment les serveurs ne m’ont laissé percevoir que j’étais susceptible d’empêcher des clients potentiels de consommer à ma place. Il est vrai que les clients ne se pressaient pas au portillon à cause du temps soudain maussade qui avait vidé les rues de leurs substance humaine.

Ce jour là, 20 juin, le ciel était donc en larmes après des journées entières pourries par la canicule. On commençait à respirer.

A la table d’à côté, deux jeunes filles discutaient, dont l’une m’a félicité pour ce dessin. Elle avait passé plusieurs années au Texas, avec ses parents, et elle était décidée à renouer durablement avec Paris. «Les Américains, m’a-t-elle dit, sont ouverts tout naturellement vers les autres, ont le contact facile, mais après coup ils sont plutôt indifférents alors qu’en France les gens fonctionnent inversement. A Paris surtout, il est dur d’obtenir des sourires, une marque de confiance, mais avec le temps on réussi à se faire de vrais amis. » Manière lucide de voir les choses.

Margot, une petite fille prodigue en encouragements


 

Elle a sept ans et je la rencontre souvent sur les ponts… Très intelligente et tout aussi bavarde, elle me dit à chaque fois : « Tes dessins, tu ne les rates jamais ! »

 

........................................................

Dessin ci contre (avant de passer à l'article)
Ce dimanche, alors que le soleil tapait fort, à peine m’étais-je installé sur le Pont Neuf et Margot, aussitôt, est apparue !!! Elle m’a communiqué des énergies positives car aussitôt j’ai fait ce dessin sans doute pas trop loupé.

 

 

25 juin 2017


 


Souriante coïncidence : très souvent, quand je me rends sur un pont avec mon matériel de dessin, une petite fille se pointe en même temps… escortée par son papa, un monsieur aux cheveux rasé, costaud et très zen. Mais comment font-ils, Margot et Hervé (le papa) pour faire en sorte que nos chemins se croisent ? Tantôt le pont de l’Archevêché, tantôt le Petit pont, et même  - bien plus loin -  le pont des Arts.

A chaque fois, Margot passe en revue mes dessins, ceux montrés au public mais aussi, car elle est d’une curiosité insatiable, demeurés dans les cartons (verts). «Qu’est ce que tu as dessiné depuis la dernière fois ? » s’égosille Margot. Modeste, je lui fais observer que certains dessins ne me plaisent pas tant que ça. Je dis cela d’autant plus volontiers qu’une réponse très encourageante, chaque fois la même, fuse aussitôt : « Mais tu sais bien que tous tes dessins, tu les réussis ! »

 « Je peux t’aider ? »

Margot, qui ne fait pas mystère de ses sept ans, est vraiment un phénomène ! Elle feint de savoir que son papa ne tardera pas à la rappeler à l’ordre, lui disant qu’il faut aller manger à la maison et préparer le cartable en vue de l’école le lendemain. Alors, elle entreprend des tas de choses et elle engage la conversation. « Est-ce que je peux t’aider à ranger tes crayons ? » Tout en posant une telle question, elle s’esclaffe, et je vous assure qu’elle a le rire facile. Elle plonge les mains avec bonheur dans mes plumiers en bois… Son papa m’a spécifié, à plusieurs reprises, que Margot est un moulin à parole. Et l’intéressée l’admet, tout fière : « Oui, je parle beaucoup, moi ! »

C’est merveilleux de pouvoir discuter ainsi en toute confiance avec des enfants, artistes et dessinateurs dans l’âme et dont les critiques, si sincères, sont toujours constructives.

Souvent, je songe à une réalité inexorable : dans vingt ans, Margot traversera les ponts de Paris au bras d’un beau jeune homme… et peut-être se souviendra-t-elle de ce dessinateur dont les croquis éclaboussaient de couleurs vives ces lieux. Le dessinateur sera mort depuis, d’autres auront pris sa place (j’espère) et les couleurs continueront à vibrer dans des appartements aux quatre coins du monde…

Yann Le Houelleur

LE LOUVRE – Ce devrait être un endroit paisible, mais pas tant que ça. Trop de vendeurs à la sauvette, trop de monde aussi, trop de voitures et de cars offusquant la vue, mais aussi trop de mini-tempêtes de sable… Parfois, on se croirait en plein désert ! Bref, pas facile de dessiner ici même. (24 juin 2017)

Voilà pourquoi l’art n’a pas de prix...

Cette photo a été prise par une touriste venue des Philippine, Lenie Solis, qui m’a surpris en train de dessiner sur le pont des Arts, un dimanche. Merci, Lenie… Vous avez tenu votre promesse : me transmettre vos photos par le biais d’un courriel. Super !

« Yann, tu les vends trop bon marché tes dessins », me disent certains. Mais je ne peux forcer les intéressés à payer davantage qu’ils ne le veulent et de toute manière la vraie valeur de ce que je fais réside dans la lumière, l’énergie jetées au milieu d’un monde si morose.

 

 25 juin 2017


 
Il arrive souvent que certain de mes amis m’offusquent, sans même en avoir l’intention, en me disant : « Tes dessins, tu les vends trop bon marché. Tu te sous-estimes ». Mais je me dis qu’au fond, ils ne connaissent rien à l’art, outre ce qu’ils voient dans les musées, et s’ils passaient plusieurs journées avec moi, ils comprendraient…

Mes dessins, je pourrais imaginer qu’ils sont d’une qualité telle que je m’estime en droit de les vendre chacun plusieurs centaines d’euros. Je plaisante : quand on part à la rencontre d’un marché, qu’on veut vendre pour jouer son rôle d’artiste pleinement, on subit, où qu’on soit, la loi du marché. Et la vérité, dans les rues où je dessine, est la suivante : d’une part j’ai besoin d’argent pour (sur)vivre et payer un matériel onéreux (tout comme mes contributions sociales) ; d’autre part les intéressés ont dans la tête un prix qu’ils se sont fixé et au-delà duquel ils ne désirent pas aller.
 


Souvent, des jeunes


J’en profite pour dire que les acheteurs de mes dessins, souvent, sont des personnes jeunes, et dont je sais qu’ils ont peu d’argent. Et puis, quand un inconnu aime un dessin, qu’il est à l'étroit financièrement, je me contente d’une somme très symbolique, car telle est la part de générosité que je tiens à témoigner, qui me vaut par ailleurs un bonheur incontestable.

Un autre aspect dans l’existence d’un artiste, tout au moins « dans mon cas » : l’art peut s’avérer aussi un écheveau de liens sociaux tissés au gré des rencontres. Ceci, on ne peut le faire comprendre à presque personne, surtout à nos dirigeants qui souvent considèrent la pratique artistique comme entièrement gratuite ou qui l'estiment en fonction du cercle des galeristes et agents culturels complices d'un système mortifère. (Faut-il en dire plus?)

Une respiration

Hélas, je me suis heurté à nombre d’artistes cons comme la lune, mais ils ne constituent qu’une partie de la nébuleuse artistique, alors je me fous de savoir s’ils me méprisent ou pas.
Ce que je découvre de plus en plus est que les artistes, quand ils se donnent à fond dans leur activité, sont des personnages nantis d’une certaine considération parce qu’au fond ils constituent une respiration, un lieu d’échanges dans une société tellement bloquée. J’ai un plaisir fou à voir partir des dessins, même si je les ai engendrés et que cela m'inspire une sorte de déchirement.

En réalité, mes dessins, je le sais, font plaisir, sont une source de joie, voire de lumière, et cela me plait énormément. Et puis, derrière chacune de mes créations, il y a un moment, souvent une série de contacts (quand les gens, me voyant, viennent me parler, me poser des questions) très intenses qui enrichissent mon être, mon âme. Je me rends compte que si je me contentais de dessiner entre quatre murs, coupé du monde, je rendrais estropiée ma vocation d’artiste.

Voilà ce que j’avais à cœur de dire. Et le cœur, pour moi, gouverne ou pas le monde.
 

Y. Le Houelleur 

RUE DES ARCHIVES – Voici un dessin comme j’aime les faire. Spontané, coloré, avec une certaine part d’inconnu puisque la rue, tout au bout à droite, est à peine suggérée. (15 juin 2017)

Une capitale toujours plus joyeuse et colorée

La Seine, bordée de monuments prestigieux, est une mise en scène où ces acteurs de pierre, de verre et d’ardoise nous racontent les desseins, les rêves des rois de France. Ceux-ci n’ont eux de cesse d’agrandir et d’embellir leurs trésors architecturaux.

PAR YANN LE HOUELLEUR

10 juin 2017


 
Paris est toujours une fête. Un jaillissement permanent d’exclamations, de cris d’enthousiasmes, de coups de cœur témoignés à haute voix. La nuit, la magie s’instaure plus que jamais. Quand les bateaux mouches ornés de grappes de touristes passent sous les ponts, des cris, effectivement, mais aussi des applaudissements se mettent à résonner.
Voguer sur la Seine et y voir défiler un chapelet de monuments prestigieux constamment « remis à neuf », éclatant de blancheur dès le crépuscule : quel ravissement, peut-être même une sorte d’orgasme pour les yeux… !

Le Louvre et la cathédrale

Soudain, la ville n’est plus cette somme d’agressions constantes qui gâchent nos journée, entre autres le bruit, la foule, la saleté, la pollution, mais une mise en scène très élaborée où se vivent d’exaltantes aventures. On y raconte l’histoire d’un pays, l’histoire de sa capitale où les rois, les puissants n’ont eu de cesse d’embellir, d’agrandir leurs trésors architecturaux, en particulier le Louvre s’étendant de tout son long avec ses toits majestueux semés de tourelles et persillés de mansardes. Tout comme la cathédrale dont les arcs boutant se cramponnent à son île et dont les tours, mais aussi le chevet, font les gros yeux.
Une rencontre, soudain, m’est revenue en mémoire. Un an auparavant, dessinant une entrée de métro, station Palais Royal, un architecte m’avait dit : « La France doit tant à ses rois qui ont voulu de grandes choses pour elles et qui avaient le souci de la beauté déployée grâce aux meilleurs architectes, aux plus grands artistes ».

Franchement, je pense que Paris est unique par sa vie nocturne », me fit remarquer me fit remarquer Timothée, un jeune homme habitant une ville attenante à Marseille, en train de profiter d’une soirée le long de la Seine. «Je ne pensais pas qu’il y avait autant de monuments illuminés et de monde une fois la nuit tombée. C’est bien différent à Marseille… »
 

Echappée belle à Vaux le Vicomte


17 juin 2017


 

Quelle splendeur et quelle histoire prodigieuse quelle celle de Vaux le Vicomte, château conçu par des génies : Le Vaux, le Nôtre, le Brun.

J'apprécie non seulement la majesté d'un jardin de 33 hectares mais aussi les enseignements que l’on peut tirer de la débâcle de Nicolas Fouquet, financier hors pair et mécène dispendieux, dont Jean-Baptiste Colbert épiait les moindres agissements pour contribuer à sa descente aux enfers. Nous en avons eu des Fouquet(s) tout au long de notre histoire de France… et je me demande si notre nouveau président de la République n’est pas un écureuil lui aussi !!! Il nous vaudra bien des noises plutôt que des noisettes.

Ce jour-là, après avoir visite les somptueux appartements du château, où les écureuils (animal figurant sur le blason de Fouquet) sont pléthores, je n’avais pas le temps de fignoler. Il me fallait à peine rendre l’aspect faussement flamboyant de ce château qu’en vérité je trouve un peu trop lourd, un château aux proportions (retours de bâtiments, ressauts, etc.) assez bizarres. Je préfère de loin Maison Laffitte.

Donc, une impression davantage qu’un dessin d’architecture, sous un soleil de plomb. J’étais assis à la terrasse d’une buvette le long de l’une des nombreuses allées quadrillant le parc.

(Excursion effectué avec le CCPG, une association à Gennevilliers)

De jeunes artistes qui croient en leur étoile, rencontrés sur le Pont des Arts

Face à une extrémité du Pont des Arts se dresse l’Institut de France, merveille architecturale si bien illuminée la nuit, et que j’ai dessiné à plusieurs reprises aussi bien le jour qu’en soirée. (Dessin A3 fait avec des crayons de couleur)


Adèle, Rémi, Simon… ils sont beaux et réconfortants, les jeunes, quand ils veulent concrétiser leurs rêves !


16 juin 2017


 

Les mythes ont la vie dure : le pont des Amours existe toujours… tout au moins dans l’esprit de touristes qui n’ont pas encore appris que les cadenas sont bannis sur le pont des Arts. Souvent, quand je dessine, des touristes m’interpellent : « Mais il est où le pont de l’Amour ? »

Je suis amené à leur raconter cette curieuse histoire d’un pont qui sous le poids des cadenas menaçait de s’écouler et qu’il a fallu restaurer. Aujourd’hui, il s’avère impossible de laisser, à cet endroit, une trace de son passage à Paris. (A moins d’accrocher un cadenas aux réverbères) 

La mairie de Paris aurait bien pu faire un effort pour imaginer une solution pérenne de nature à satisfaire les amoureux issus de tous les horizons. Par exemple, installer aux deux extrémités du pont des cabanes dédiées à la vente de petits cadenas aisément démontables par la suite. Quel manque d’imagination administrative !

Papillon de nuit

Par contre, il est toujours possible de dessiner sur ce pont ! Et j’en profite passablement, d’autant plus que des contacts fructueux s’y nouent inexorablement. Un mercredi tard le soir, tel un papillon de nuit arrimé à un réverbère, je dessinais la splendide façade de l’Institut de France lorsque deux jeunes gens s’adressèrent à moi, Adèle et Rémi.
« Nous aussi, nous dessinons… montrez-nous ce que vous faites. »
Leurs cheminements respectifs montrent qu’on peut faire des études dans la filière artistique sans pour autant s’attendre à grossier les rangs de Pôle Emploi. 

Remi s’est spécialisé dans la peinture sur porcelaine, embauché par la manufacture de Sèvres. Selon lui, les carnets de commandes sont pleins. Adèle a étudié à l’Institut Nationale supérieure des Arts Appliqués et des métiers d’art. Elle cherche à effectuer un stage dans une entreprise de l’envergure de Daum.
 
 «Il se passe toujours quelque chose sur le pont des Arts », m’avait certifié Claude Boher. Sur youtube, ce retraité insère des vidéos aspirant à présenter des personnages contribuant à l’atmosphère si particulière dont se pare ce pont.

Poèmes d’Aragon

Deux jours plus tard, un jeune homme, vraisemblablement d’origine asiatique, m’observa attentivement alors que je pliais bagage après avoir dessiné, une fois de plus, l’Institut de France. Il était 23 h 30. Son nom : Simon. Il pourrait fort bien, lui aussi, tenter sa chance sur le pont des Arts. Mais il préfère l’univers du métro pour y exercer une activité singulière : il récite des poèmes, notamment d’Aragon, dans les rames de certaines lignes, à des heures plutôt creuses.

Je lui ai dit qu’il était courageux d’étoffer, ainsi, ses revenus. Lucide, il m’a répondu : « Mais non, ce sont les gens qui sont courageux d’aller tous les jours au boulot ».
Simon paraît « timide », mot qu’il récuse, se voulant avant tout réservé. C’est à l’issue de cours dans une école formant des comédiens qu’il a choisi le métro pour scène, n’éprouvant aucune crainte à s’exprimer en présence du public. Et à chaque fois, assure-t-il, des sous tombent dans le chapeau qu’il tend aux passagers après sa prestation…

Face à la Pyramide du Louvre, au milieu des vendeurs à la sauvette

 

Très aimablement, un policier m’a demandé de cacher mes dessins exposés dans un lieu d’exception. Mais comme les ventes de tours Eiffel miniatures avaient repris de plus belle, j’ai oublié de telles consignes. Pourquoi un honnête artiste dont les dessins enchantent les touristes ne pourraient-il ainsi proposer des dessins quant tant de trafics s’exacerbent à ciel ouvert ?

 

11 juin 2017


 

Jamais je n’ai fait mystère de mes convictions. L’assistanat est une plaie bien française que j’abhorre, à laquelle peu de politiciens et d’élus se sont attaqués. Il est un alibi, de surcroît, pour accepter une société où règne sous-emploi.

Il ne m’est pas agréable de me donner en exemple. Mais si je suis devenu dessinateur, si je sévis dans l’espace public, c’est précisément par horreur de l’assistanat. Chômeur je fus et comme mes revenus découlant de mes activités artistiques s’avèrent limités, je suis considéré ainsi, encore…
 
Mais j’aurais pu macérer dans un coin de banlieue. Voir les jours défiler, tous égaux, confit dans la médiocrité, accusant la société des maux les plus divers, solution de facilité. Accepter, de surcroît, de voir des élus tenter d’acheter mon vote en échange d’octroi d’une bouée de sauvetage, car l’assistanat découle d’une conception délétère d’échanges de faveur.

Non, j’ai préféré prendre mon courage à deux mains, tenter à ma manière de réenchanter le monde… et si je vends des dessins dans les rues c’est autant par plaisir de connaître des gens de tous horizons que par instinct de survie. Aussi, je n’accepterai jamais d’être inquiété, par qui que ce soit, quand je suis dans la rue, en train de dessiner tout en proposant, aux intéressés, des dessins à fort modeste prix. En fait, le saviez-vous, il n’existe aucune autorisation pour ce genre de «commerce » : à la mairie de Paris, il n’a pas été répondu à une demande que j’avais présentée dans ce sens. Quel manque de politesse ! Voilà ce qui s’appelle créer des emplois…

Tolérance et bienveillance

Voilà qui m’amène à mentionner un épisode récent. Je m’étais installé (une fois de plus) face au somptueux duo Pyramide et Le Louvre, un après-midi où régnait une chaleur épouvantable. Tout autour de moi : ces grands blacks qui par dizaines harcèlent les touristes avec des grappes de tours Eiffel miniatures à un euro pièce.
Etourdissant trafic à ciel ouvert que les autorités semblent tolérer avec bienveillance, d’autant plus scandaleux qu’il concurrence les commerçants de la rue de Rivoli écrasés, comme tant de vaches à lait en France, de taxes et d’impôts. Leurs stocks de Tours Eiffel, ils les planquent dans les buissons à proximité… peu discrètement en définitive.


 « Je devinais… »

Soudain, un policier en patrouille, en vélo, m’a dit : « Monsieur, vous savez que vous ne pouvez pas rester ici ainsi à vendre vos dessins ». Un policier par ailleurs d’une extrême courtoisie. Je lui ai répondu : « Monsieur l’agent, pourquoi m’interdirait-on ceci alors que tous ces immigrés ont le droit de faire ce qu’ils veulent, livrés à un trafic éhonté ? » Fort aimablement, il m’a répondu : « Je devinais ce que vous alliez répondre ».

Il m’a invité à ranger dans mes cartons mes dessins ainsi exposés et à me contenter de poursuivre mon croquis. J’ai obtempéré pendant quelques minutes. Puis voyant les vendeurs à la sauvette revenir comme si de rien n’était, j’ai remis mes cartons tapissés de dessins en évidence. Sans la moindre honte. On peut m’inquiéter, me convoquer, m’infliger des amendes : personne ne m’interdira de vivre de ce que je fais, honnêtement, dans mon pays.

Yann Le Houelleur

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...

Albert de Zürich | Réponse 02.07.2017 14.17

Bravo Yann
Les Dessin son Magnifique je les aimes.
Un Ami Paintre de Zürich
Salutations Albert

Voir tous les commentaires

Commentaires

22.10 | 23:40

Bonjour on c'est parle pour venir dessiner la devanture de ma boutique
Merci et bravo pour votre talent
Votre travail me fait penser à dessins Tobiasse
Cecile

...
06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

...
21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

...
18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

...
Vous aimez cette page