Mars-Avril 2015

(27 04 2015) - Nombreux sont les édifices, à Paris, striés de colonnes et coiffés d’un dôme, avec ici et là quelques touches d’or. L’Opéra fait partie de ce ballet d’élégants bâtiments régis par l’influence du classicisme. Mais pour l’admirer de l’extérieur, quel cauchemar! Une ruche de voitures se précipite sur les touristes, un va et vient incessant de passants foulent les trottoirs. Une impression d’agressions redoublées. Dommage que l’on ne puisse mieux profiter de la beauté, passablement écorchée, de la capitale française.

La vie en rose au square de la Roquette

le 14 avril 2015


Au fin fond du 11ème arrondissement, un square (parmi tant d’autres dans la capitale) suscite aussi des éclats d’émerveillement en raison d’un aménagement soigné et d’une étonnante variété d’essence. Au centre d’un bac à sable, un prunus est le témoin des turbulences et gazouillements d’enfants que leurs parents surveillent tout en discutant entre eux. Une atmosphère familiale que le dessinateur a dégustée tout en colorant sa feuille…

J'observe donc tout cela avec ravissement, un peu stressé tout de même par les allées et venues des familles qui font claquer la porte métallique de l’entrée du square dans mon dos, bruit inévitable, tourments un peu irritants mais plutôt stimulants puisque fleurit ainsi la vie autour de moi. Moi qui n'ai plus que de maigres années à consoler alors que tous ces gosses en sont à leurs premiers printemps.

Des mamans ont la délicatesse de dire à leur progéniture : «Ne dérange pas le monsieur, il se concentre…» Une dame plutôt âgée, vive d’esprit, frappe dans ses mains : «C’est bien, vous mettez du rose, beaucoup de rose, la vie en rose…»

Plus de 50.000 visites au compteur de «parisentoussens». Merci à vous tous!

Rien de tel, pour fêter cet «événement» qu’un dessin de Notre Dame, laquelle a inspiré tant d’artistes.

Ce chiffre a été atteint à l’occasion du lundi de Pâques. Au gré des semaines, la moisson d’internautes oscille entre 300 et 450. Un grand «Merci» pour vos encouragements, vos commentaires. Un désir, toutefois: vendre davantage de dessins car les temps sont plutôt durs dans cette France où la consommation a été asséchée par l’aspirateur fiscal qui oblige certains à confier à l’Etat un tiers de leurs revenus. Les artistes, s’ils bénéficient de la compréhension et du coup de pouce des pouvoirs publics, sont pénalisés par cette stagnation (sinon baisse) du pouvoir d’achat.

 

Merci à vous tous, qui avez contribué à faire tourner le compteur de «Paris en tous sens». Par curiosité ou pour suivre l’évolution des flâneries et tribulations d’un dessinateur en quête d’inspiration à travers la capitale, vous avez consulté ce site plus de 50.000 fois.

Cette barre symbolique des 50.000 a été atteinte le 6 avril, plus précisément le lundi de Pâques. L’après-midi, malgré une sensation d’épuisement, je suis allé admirer et apprivoiser avec mes crayons la cathédrale Notre-Dame. Un défi pour tout artiste, car d’une complexité architecturale phénoménale. Le désir de beauté et d’harmonie figure parmi les plus belles choses que Dieu nous a concédées… Le soir, jetant un coup d’œil sur «parisentoussens», j’ai constaté qu’il y avait 50.024 entrées.
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Grâce à ce site, des aventures, des rencontres,
des coups de coeur fabuleux...



Ce site n’a pas  - en principe -  de vocation commerciale et si je dessine c’est avant tout pour partager des lieux qui (me) plaisent et me sentir inséré par le dessin dans cette société où l’on se fait vite oublier. Grâce à un tel site, j’ai vécu des aventures, des rencontres, des coups de cœurs fabuleux. Il convient de préciser que je n’ai fait aucune publicité pour booster cette moisson d’entrées. A peine me suis-je contenté de remettre, ici et là, des cartes de visite à des inconnus venus me parler.

Bientôt, toutefois, je proposerai des dessins et des cartes postales pour fêter ce début de cheminement vers les 100.000 entrées. Une newsletter printanière est en gestation. Elle vous sera transmise dans quelques jours.

Qu’il me soit permis de remercier, avant tout, quelques proches et amis qui m’ont aidé tout au long des années écoulées. Un grand ami, Frédéric, a même eu la gentillesse d’acquitter plusieurs mois d’abonnement à ce site alors que j’étais à court d’argent. Merci, aussi, à l’Adie, une association qui m’a redonné le moral et accepté de m’avancer de l’argent pour acquérir du matériel indispensable. Car si je vends peu, je dois toutefois investir en permanence dans ce projet artistique.                                                                                                    

 

 

Aux Tuileries, le cri d’espoir des magnolias


Quand un artiste se met à observer la nature, il n’est pas le principal artiste… Pendant des mois, les petites mains de la nature ont tissé la trame du printemps, en toute discrétion. Leur talent éclate dans les jardins publics où des passants et des touristes viennent s’extasier à la vue de couleurs si envoûtantes.


le 1er avril 2015

Une pensée particulière à un ami très cher, Jean-Jacques F., qui m'a transmis un texto émouvant: "(...) Tu as raison de lutter pour garder la tête hors de l’eau et je sais que c’est un effort, voire un «challenge» de chaque instant pour ne pas sombrer. Heureusement que tu as l’intelligence de garder la petite veilleuse de vie allumée au plus profond de toi-même"



Certains amis, dont le séjour sur terre a pris fin cet hiver, n’auront pas eu la joie de voir refleurir les cerisiers et les magnolias. Peut-être ont-ils fait irruption dans un autre monde ruisselant de couleurs éclatantes où la tristesse n’a plus droit de cité. Mais pour l’instant, en attendant l’inéluctable verdict à l’issue de mon existence terrestre, je respecte une tradition toute personnelle:  à chaque automne, je m’accroche à la perspective de ce cri de joie que poussent les arbres au printemps. Cela me permet de «cultiver» une petite lumière en moi alors que sévissent le froid, la désolation, le doute.

Les hommes recherchent l’exacerbation de leur égo dans le bruit, fut-il médiatique, alors que la nature œuvre en toute simplicité. Les petites mains invisibles qui tissent pendant de longs mois la trame du printemps maintiennent un bel anonymat sans exiger autre chose que la contemplation des yeux.
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"Le vent semblait vouloir rouer de coups de fouet
les magniolas qui résistaient, impassibles"



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Quand un artiste se met à observer et à reproduire la nature, il n’est pas le principal artiste en scène. Ses neurones, ses bras, ses doigts sont au service de l’interprétation que suscite un tel spectacle.

J’y pensais, tout en dessinant deux magnolias qui se déploient, tels des esprits nuageux, sur les pelouses du jardin des Tuileries, à proximité du Grand carré. Un vent à décorner les bœufs soufflait sur cet espace vert régi par le génie de Le Nôtre. Il semblait vouloir rouer de coups de fouet les magnolias qui résistaient, impassibles. Quelques pétales en forme de spatule, toutefois, imprimaient des touches de blanc et de rose pâle sur la pelouse déjà semée de jaune pâle… des pâquerettes.

Quelle délicatesse, les fleurs du magnolia! Elles oscillent entre le mauve et le rose avec, parfois, une pointe de pourpre. A la fois voluptueuses et cotonneuses. Tout au-dessus, effleurant les amples toitures des bâtiments le long de la rue de Rivoli, des nuages teintés de rose imitent le plumage de ces arbres.

A peine avais-je entamé ce dessin, une dame et sa fille se dirigèrent vers moi. La mère s’extasiait devant la nature, et par ailleurs sa voilette était incrustée de petites fleurs. Avec un accent nord-africain, elle me demanda si j’accepterais de lui donner un dessin. «Je les vends, Madame, pour payer mes fournitures qui coûtent cher!»
Comment faire comprendre que l’artiste, contrairement à la nature, a besoin d’être rémunéré ? Comparaison toute relative puisque selon un site consulté par mes soins l’entretien du jardin des Tuileries exige l’intervention de vingt jardiniers de la ville de Paris, ce qui coûte un saladier aux contribuables.

La dame me promit de revenir une demi-heure plus tard, chargée de sacs en plastique où des fruits et légumes montraient le bout de leur nez. Bien sûr (je m’y attendais) elle ne réapparut guère et je n’avais pas envie de jouer au marchand de tapis. «Je suis très fatiguée, me dit-elle, et je vais manger un petit gâteau avec ma fille de l’autre côté du bassin, sur un banc. J’aime ce temps un peu froid. Le vent ne m’empêche pas d’admirer la nature.»

                                                                                                                                            

Une floraison d’émerveillements à la Cité des Fleurs, dans le 17ème arrondissement

Dessin commencé vers 16 h 30 et terminé un peu avant 18 h. Curieux cadrage, en vérité, alors que l'arbre s'épanouit tout en hauteur... Ce qui semblait important, c'était de mettre en valeur les fleurs.

 

Le long de cette allée débouchant sur l’avenue de Clichy des personnes de tous les âges se promènent, aussi bien des riverains que des touristes. Le printemps donne l’envie de découvrir, en pleine ville, des endroits comme celui où flotte une atmosphère évoquant plutôt la campagne.


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e 23 mars 2015


 
Les souffrances que nous infligent l’hiver sont d’une telle férocité que les premières fleurs, au printemps, incarnent l’espérance d’une guérison. Leurs couleurs vives, toniques, aux frontières de l’insouciance, suffisent à illuminer notre ciel intérieur.
  
«Comme ils sont beaux ces forsythias», s’enthousiasmait une dame âgée qui au bras de son mari déambulait le long de la Cité des Fleurs, trois jours après le coup d’envoi du printemps. Des gouttelettes de jaune flottaient par-dessus les murets et les clôtures protégeant les maisons. Joliment bâties, certaines dans un style vénitien, d’autres s’inspirant de la Renaissance, ces maisons s’égrènent de chaque côté d’une allée pavée longue de 600 mètres. Car la Cité des Fleurs est en réalité une allée reliant l’avenue de Clichy et la rue de la Jonquière.

Le plus émouvant, quand on évoque le printemps, est cet enchantement qu’il fait naître à travers toutes les générations. Les petits enfants aussi bien que les retraités partagent la même joie. Le long de l’allée se promènent les personnes les plus diverses. Parmi elles, de nombreuses mamans entraînant dans leur sillage des enfants, à moins qu’ils ne «pilotent» carrément des poussettes où bourgeonnent des bébés.


"Vous auriez tant de plaisir à dessiner
notre cerisier en fleurs, en mai"
Alice, une riveraine



Le dessinateur que je suis paraît fasciner les gamins qui ont (généralement) tant de plaisir à manier crayons et pinceaux. «Tiens, c’est un peintre!»  Tout en dessinant, il m’arrive souvent d’entendre cette exclamation. Une complicité se dessine vite entre l’artiste et les jeunes pousses. Ce jour-là, un frère et sa sœur me dévisagèrent longuement, donnant l’impression qu’ils allaient s’arrêter pour m’observer en train de croquer une rangée de maisons de l’autre côté de l’allée. En fait, ils habitent le pavillon auquel je tournais le dos, et leur maman, Alice, vint me parler. «Vous auriez tant de plaisir à dessiner notre cerisier en fleurs au mois de mai! Si vous me donnez votre adresse mail, je vous préviendrai».

Quel extraordinaire après-midi ! Je fus gratifié de nombreux compliments, sincères, réconfortants, de la part de riverains et de passants. Une dame pleine d’entrain fit le commentaire suivant: «Vous avez un trait tourmenté. Vous dessinez un peu à la manière de Van Gogh. C’est formidable ce que vous faites.» Je lui donnai, à elle aussi, une petite carte avec mes coordonnées. Elle s’appelle Agnès et elle fréquente une école de peinture dans le quartier.

Alors que le dessin était déjà bien avancé, un couple de Parisiens dans la soixantaine me confia son attachement à sa ville. «Nous aimons nous promener dans tous les quartiers de la capitale car il y a partout des endroits merveilleux qu’on ne s’attend pas à trouver. Connaissez-vous le quartier de la Campagne à Paris, près de la place Edith Piaf? Dans le 20ème arrondissement, c’est une charmante rue avec des maisons ouvrières bordées par des jardinets. Nous avons beaucoup d’amis qui vont s’installer en province pour y trouver la tranquillité. Mais nous, c’est le sentiment contraire que nous éprouvons: nous voulons connaître toujours davantage Paris, notre ville, tant elle éveille notre curiosité… »

LE RETOUR DU PRINTEMPS AUX TUILERIES - Voilà une belle récompense à l’issue d’un hiver interminable : la vision d’une explosion de couleurs délicates et cependant vives… Un magnolia en fleurs, comme un cri de joie, la proclamation d’un espoir. Tout autour, dans le parc des Tuileries, les arbres sont encore nus: ils ne vont pas tarder à se couvrir de vert… (Dessin fait rapidement le 27 mars, avant de me rendre à la nocturne du musée d’Orsay pour admirer l’expo Pierre Bonnard.)
PARIS, PRES DE LA BASTILLE - Un jour de pluie… il faut bien faire quelque chose, après une consultation médicale, boulevard Henri IV. Un café, le Week-end, ouvre ses yeux sur une majestueuse rangée d’immeubles haussmanniens. Les branches des platanes semblent tisser les balcons filants fleuris de motifs en arabesque. Pas de couleurs vives, rien qu’une impression de tristesse consentante… (Dessin fait le 26 mars 2015.)

Eaubonne: une église toute simple remodelée par une lumière printanière


Une heure de bonheur à dessiner ce vestige du Moyen-âge hélas pluôt grossièrement restauré. 
Et c’est un privilège que de mettre les pas, sans le savoir, dans le sillage d’artistes renommés: plusieurs jours après, j’ai appris que l’église Sainte Marie avait été peinte par Maurice Utrillo…

 

Au préalable 

Un grand merci à Yvon, un gars qui habite à proximité de cette église et qui m’a consacré plusieurs heures à copier, sur un disque dur, des logiciels qui seront utiles pour de futures newsletters en PDF.

De même, merci à Frédéric, un ami issu comme moi de la promotion 1984 du CFJ, qui a pris en charge le renouvellement de l’abonnement à ce site 123 alors que financièrement j’étais au bout du rouleau… C’est cela, le bonheur: pouvoir compter sur des amis sincères susceptibles de comprendre des cheminements humains en apparence compliqués voire un peu tordus.


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e 18 mars 2015


 

Un oncle (frère de mon père décédé il y a plus de 15 ans) m’a signifié que je ne suis pas vraiment heureux. Tout un débat! Heureux de quoi? Heureux pour quoi? Heureux en fonction de qui?

Toujours la même question. A savoir, si le bonheur est un état d’esprit en continu ou une série d’éclats de satisfaction, de plénitude, voire de jouissance, dans un monde suicidaire. Un monde où les frustrations et les jalousies sont copieusement entretenues par tout un système médiatique et publicitaire condamnant les foules à consommer des produits pour la plupart futiles et jetables.

Et c’est là que l’art prend tout son intérêt, à la fois une rencontre avec soi-même, un élan possible vers les autres, un cheminement de révélations et d’éclats de joie dans une vie forcément imprégnée de doutes.

Cette église, Sainte Marie à Eaubonne (dans le Val d’Oise), est d’une simplicité biblique. Assez grossièrement restaurée, hélas, elle date du 12ème siècle, désormais entourée d’un essaim de pavillons et de bâtiments résidentiels. Rien de bien sophistiqué n’anime sa toiture et sa façade, ne lui confère un semblant de prospérité. Mais sa simplicité semble propice à une authentique sérénité : ample toiture au milieu de laquelle s’élève un clocher octogonal surmonté d’une flèche élancée.

L’ensemble est joliment proportionné. Quand le soleil printanier se remet à enchanter villes et campagnes, les couleurs pourtant banales de cette église acquièrent un semblant de velours et même d’onctuosité. La nef, grise, prend un aspect mauve et les tuiles dégagent des rougeurs. Quant aux platanes brandissant leurs moignons tout autour de l’église, telle une muraille éloignant les vandales, ils présentent des rayures orangées.

C’est le luxe de l’artiste, du dessinateur, du peintre que de pouvoir à sa guise réinterpréter la réalité, déplorant si nécessaire de ne pas être allé trop loin dans ses envies et d’avoir refréné ses audaces. Cette église, je l’ai dessinée en une heure. J’étais heureux de l’admirer, heureux du silence qui s’épaississait autour de moi, perturbé à peine par quelques avions déchirant le ciel.

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, par la suite, qu’un grand artiste s'était inspiré de l'église Sainte Marie : Maurice Utrillo. Peintre maudit, peintre dont l’enfance fut un malheur, peintre en mauvaise santé dont la vision du Paris de l’époque, une capitale alors en pleine transformation, continue à émouvoir les esprits. Un peintre admiré et vénéré jusqu’au Japon.

Vraiment, c’est mon petit privilège que de mettre ainsi les pieds (sans m'en douter, la plupart du temps par hasard) dans le sillage d’artistes dont les œuvres peuvent valoir des dizaines de milliers d’euros, belle ironie du sort!

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(lien, veuillez cliquer sur cette phrase)

Si vous aimez les églises, tout comme moi, un autre dessin peut vous plaire: Villeuve Saint-Georges (rubrique Hiver 2014-2015) dont l'église a été rénovée récemment

Un brin d’insouciance sous le soleil printanier


le 12 mars 2015



Le café Gourmand : en fait, il s’agit d’une brasserie irlandaise noyée dans une pénombre feutrée où le vert tapissant les murs et le brun des banquettes l’emportent sur les autres couleurs. Dans l’une des deux salles du restaurant, une moto posée sur un socle attend de prendre le large. Belle mais paralysée. Derrière la vitrine d’une armoire, un chat japonais enfourchant un gros poisson hilare hoche de la tête.

A l’extérieur, c’est un décor bien différent. Avenues et boulevards spacieux, entrepôts et hangars en ordre dispersé et plusieurs gratte-ciel prenant leur envol un peu plus loin, en l’occurrence le quartier chinois, rue de Tolbiac.

La terrasse du Café Gourmand est immense, mordant sur les trottoirs de l’Avenue de France.

Elle fournit un bon champ d’observation sur l’évolution d’un 13ème arrondissement en pleine métamorphose. Les changements vont bon train, le long d’une tranchée où s’entrecroisent des voies de chemin de fer en provenance de la gare d’Austerlitz toute proche.

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Les arcs métalliques à treillis
irradient de couleurs éclantantes
 


 
L’élément prépondérant de ce paysage urbain est toujours-là, depuis de nombreuses décades: un tronçon aérien de la ligne 6, au milieu du boulevard Vincent Auriol que rejoint l’avenue de France. Les arcs métalliques à treillis irradient de couleurs éclatantes: une palette de bleus, de mauves et d’argent, avec des reflets oscillant en fonction de l’ensoleillement. Ces arcs sont joliment conçus: on peut y voir des croix, des losanges ou des lettres liées les unes aux autres, que ce soit le A, le V ou le N majuscules.

Quand elles s’aventurent le long de ces ponts, les rames de métro font un "tapage" s'apparentant à des crissements et frottements. Les trains rampant dans la tranchée en contrebas émettent, par contre, des feulements étouffés.

Vers 16 h, quand je termine ce croquis, une serveuse, Kipakos, d’origine grecque, vient me féliciter. «Vous en avez de la chance d’avoir un tel soleil, aujourd’hui. C’est vraiment le début du printemps. Je vois que vous avez même dessiné les amoureux qui étaient assis sur un banc…» Effectivement, j’ai pu reproduire, en quelques traits, ces deux jeunes gens qui ne semblaient guère perturbés par les voitures empruntant l’avenue de France. Ils incarnaient la douceur et l’insouciance printanières enfin revenues.

C'est bientôt le printemps, place Voltaire

Ce dessin est reproduit partiellement. Il a été élaboré à une table du Cadran Voltaire, entre 14 et 16 heures. Le serveur a fait preuve de bienveillance alors que j’étais plutôt envahissant.



le 9 mars 2015



Un lieu de transition, plutôt agréable: la place Léon Blum, jadis (et toujours) appelée Voltaire, entre le cœur de Paris et des quartiers moins aisément définissables, plus confus, peut-être un peu moins hospitaliers.

Place Voltaire, outre l’hôtel de ville du 11ème se dressent de beaux et robustes immeubles, en particulier celui-ci, moucheté de rose, dont la façade est déchiquetée par les branches d’un arbre audacieux. Tout en bas, déployant un store vert foncé: un Mac Donald’s. Mais c’est dans un tout autre établissement, le Cadran Voltaire, que je me suis assis pour dessiner, grâce à la bienveillance d’un ami, Olivier Mercier, qui m’a offert la consommation. «C’est presque le printemps, tu vas pouvoir retrouver la liberté de dessiner», m’a-t-il encouragé.

Olivier m’a cité quelques noms de place où il prend plaisir à s’arrêter: Sainte Catherine (près de l’église Saint-Paul-Saint-Louis), Sainte Opportune, Saint-Georges… Curieusement, je les ai déjà toutes dessinées.

Le Cadran Voltaire a fait sa mue tout récemment; jadis un peu sombre et poussiéreux, il a pris un coup de jeune, mieux éclairé, plus spacieux aussi. La terrasse s’est agrandie, curieusement sans pour autant mordre davantage sur le trottoir. Résultat des courses: la clientèle semble avoir évolué, moins «populace», moins grisâtre que par le passé. Alors que je dessinais, plusieurs jeunes gens se sont assis pour se restaurer, apparemment de la blanquette de veau. Certains s’exprimaient en anglais.

Olivier m’a remis du baume au cœur : il faisait encore froid ce lundi mais il y avait comme une promesse de printemps dans l’air. Bientôt, cette façade tachetée de rose serait offusquée par les feuillages de l’arbre. Avec l’âge que j’accuse, avec la situation de chômage que j’ai connue pendant si longtemps, je suis en droit d’estimer que la société a peu de place à m’accorder. Il me faudra apprendre, tel un arbre en hiver, à vivre privé de mes feuillages, dans l’attente de bourgeonnements sans doute illusoires.

 


Cela n'arrange rien: nos médias sont élaborés par
des journalistes intellectuellement corrompus



La France, par le mauvais usage qu’elle a pu faire de la mondialisation, n’en retenant que le prétendu aspect des avancées technologiques, a évolué dans une direction erronée. Tant de repères ont été brouillés, le concept même de culture a été galvaudé, et ceux qui ont des projets à développer, des idées à lancer sont bien trop souvent appelés à être la bonne conscience d’une société qui veut du bas de gamme, du low cost pour satisfaire un appétit inextinguible de jouissance matérielle. De surcroît, nous avons des médias élaborés par des journalistes intellectuellement corrompus qui n’ont d’autre souci que de nous présenter la nouveauté comme étant la panacée et la providence.
La France contemporaine n’est-elle pas devenue une sorte de poubelle où chacun est invité à jeter son trop plein de prétention et de duperie?

Alors, je meuble le peu de vie qui me reste à dessiner, à lire, à me documenter, à distiller un peu de connaissances dans mes neurones car le mieux, pour la société, c’est que je me résolve à devenir un «gentil con», à adhérer à l’air du temps basé sur le consumérisme et la vanité à n’importe quel prix. Consommer des choses qui viennent d’ailleurs et qui ne procurent que des «sous-emplois» ici-même. La France, autrefois symbole d’art de vivre et de raffinement, a traversé le miroir, pitoyable par les contradictions qu’elle ne sait juguler et la stupidité collective dans laquelle elle s’enfonce, stupidité voulue et entretenue par toute une partie des élites ne raisonnant qu’à court terme.

Joli nom, d’ailleurs, que celui de vanité. Il désigne un certain type de peintures dans laquelle excellaient en particulier les artistes flamands au 17ème siècle.

Un très bel immeuble, rue de Rennes, fait le bonheur des photographes

le 6 mars 2015



Quand le printemps, se faisant attendre, n’a pas encore rendu aux parcs et aux jardins leur caractère affable, il convient de se limiter, une dernière fois, à l’observation des beaux immeubles parisiens fleuris d’élégants ornements. Jardins de pierre où les fenêtres apparaissent comme de petits étangs bleutés soulignés par les feuillages des balustrades.

Bien avant l’avènement du béton et des éléments emboîtés les uns dans les autres, l’art et la sculpture étaient à l’honneur sur ces façades dont plusieurs sont signées. Les architectes s’inspiraient des styles les plus divers pour le plus grand confort des habitants et le plus grand plaisir des riverains: atlantes et cariatides, mascarons et cartouches, pilastres et colonnes, bas reliefs, rinceaux, incrustation de marbres, créneaux… Chaque façade, en principe, bénéficiait d’un traitement particulier destiné à lui conférer une personnalité tout en respectant l’harmonie entre les bâtiments d’une même rue.

Un surprenant immeuble en pan coupé se dresse au croisement entre la rue de Rennes et la rue du Vieux Colombiers. Son aspect robuste va de pair avec une indéniable délicatesse vouée à la décoration extérieure. Des colonnes peu saillantes et même discrètes encadrent la façade principale. De fines moulures agrémentées de macarons entourent les fenêtres.

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D'une envergure démesurée, la toiture fait
penser à une coque de navire renversée.



Mais le plus étonnant, c’est l’envergure démesurée de la toiture, telle une coque de navire renversée. Des mansardes se répartissent sur trois niveaux. J’imagine que ce sont autant de petites chambres et de studios d’où la vue sur le quartier et même sur Paris restera longtemps imprenable. De hautes cheminées, comme pour les châteaux de la Renaissance ou du classicisme, donnent à cet immeuble une impression de majesté supplémentaire.

Pendant deux heures, j'ai interprété l’immeuble au crayon, avec un ajout d’aquarelle et d’encre de Chine. J’avais repéré une table dans le café du Vieux Colombier où j’ai pu dessiner en paix tout en buvant deux tasses de café. Rénovée l’an dernier, cette brasserie fait bénéficier sa clientèle d’une vue dégagée sur la rue de Rennes, une artère si large et si mouvementée qu’elle aurait dû avoir le statut de boulevard. A l’intérieur, l’atmosphère est détendue et feutrée. Les serveuses semblent avoir été embauchées en fonction de leur propension à sourire et à traiter la clientèle avec une réconfortante gentillesse.

Derrière le comptoir, Abdel (vraisemblablement le patron de ce café) m’a précisé que le bel immeuble fait le bonheur des touristes qui le prennent volontiers en photo. Empruntant la rue de Rennes, ils viennent de Montparnasse ou de Saint Germain des Prés dans l’intention de découvrir la place Saint-Sulpice. Ils croisent des Parisiens pressés venus étoffer leur garde robe en écumant les boutiques d’habillement de ce quartier à vocation commerciale.

La Sainte Chapelle ressuscitée

(texte à compléter: il faudra que je retourne sur les lieux)

Quand les guides de tourisme expliquent son histoire au petit cortège de visiteurs étrangers qui les suivent, ils racontent ceci, inexorablement: «La Sainte Chapelle a été fondée au treizième siècle par Saint Louis». Hélas, ce qui fut tout autour un palais royal (et dont il reste à peine la Conciergerie) a fait place à d’horribles bâtiments abritant le Palais de Justice et la police. Ces constructions voulues par le baron Haussmann s'apparentent à une gangue sinistre étranglant la chapelle pleine de délicatesse.
Il est très difficile de dessiner l’ensemble. J'ai tendance à exagérer l'importance de la flèche. Tout récemment, la Sainte Chapelle a bénéficié d’une restauration qui lui a redonné de belles couleurs roses. Et ses vitraux ont retrouvé leur flamboyance initiale. (Dessin fait le 5 mars, en présence d’un vent glacial.)

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Michel B | Réponse 11.04.2015 14.34

Beaux témoignages de plaisirs puissants à partager.
Cela est du Bonheur, sans nul doute. Pensée forte.
Michel.

Michel Baudon | Réponse 10.04.2015 17.13

Bonjour Yann,

Ton site est très beau, j'en suis heureux pour toi, pour tous, cela réconforte.
Beaucoup me donnent ce plaisir esthétique fort.

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Commentaires

22.10 | 23:40

Bonjour on c'est parle pour venir dessiner la devanture de ma boutique
Merci et bravo pour votre talent
Votre travail me fait penser à dessins Tobiasse
Cecile

...
06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

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21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

...
18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

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