NOVEMBRE 2019

Gennevilliers : la tour bleue numéro 1 de la rue des Agnettes

Le dessinateur a rencontré, tout en croquant, Eddie, un Kabyle amoureux de la vie. Cet ouvrier à la retraite est arrivé en France alors haut comme trois pommes lors de la guerre d’Algérie. Il a appris le français lors de cours du soir à Puteaux. Son passe temps favori : se promener à Gennevilliers et lire des romans conçus par de grands auteurs…

 

17 novembre 2019


 

Et voici l’automne à son zénith : alors que certains arbres sont déplumés, d’autres déploient encore d’abondantes chevelures nanties des plus belles teintures. Un vrai carnaval multicolore. Certains arbres ont même des feuilles en or, ou tout au moins vernissées d’un jaune et orange éclatant.
Alors, forcément, dans ce monde de brutes, où la peur de l’autre s’installe comme la crainte des loups au milieu d’un troupeau d’agneaux, on cherche des cœurs en or. Ou tout au moins des esprits ouverts, qu’ils soient jeunes ou plus anciens.

Ce dimanche, il règne une douce lumière allant de pair avec un froid piquant. Au pied du Victor Hugo où j’habite, l’un des HLM de France les plus allongés (450 mètres de longueur), je dessine l’une de la huitaine de tours bleues alignées le long de la toute proche rue des Agnettes.
Les Agnettes, c’est le nom par ailleurs de mon quartier.

La municipalité coco et socialo de Gennevilliers n’a de cesse d’annoncer aux habitants la réhabilitation du quartier des Agnettes. Mais dans la ville de Gennevilliers, inféodée au matérialisme communiste depuis plus de 80 ans, on ne sait pas produire de l’argent. Quand les finances font défaut pour réaliser des projets, surtout à la veille des élections, la mairie accuse « tout le monde » de ne pas vouloir lui allouer « un pognon de dingue ».

Dans un récent numéro de GenMag, la luxueuse revue produite par la mairie, celle-ci accusait tout naturellement l’ANRU, l’Agence pour la Rénovation urbaine, de ne pas vouloir signer un chèque… notamment pour réhabiliter ces tours bleues qui se lézardent peu à peu.

C’est alors qu’un monsieur, boitant légèrement, habillé de manière sportive et coiffé d’une casquette, vient à ma rencontre alors que je suis assis sur un muret. Il ne tardera pas à avouer son âge : 70 ans.
Eddie est si sympathique qu’il me semble le connaître depuis longtemps. Tout en achevant mon dessin, je discute avec lui. Et je suis émerveillé par sa jeunesse intérieure. Il habite dans le coin. Et il se force à marcher, malgré une arthrose persistante, tous les jours que Dieu fait.

Cours du soir pour apprendre le français

Il réfléchit beaucoup à un peu tout, ce retraité qui avoue avoir fait des tas de métiers en qualité d’ouvrier sans jamais avoir décroché un diplôme. Né en Kabylie, il est arrivé en France tout jeune, à Puteaux, lors de la guerre d’Algérie. « Je voulais m’intégrer à la France. Alors, j’ai pris des cours du soir pour apprendre le français.»

Une langue qu’il manie savoureusement. « J’aimerais dessiner comme vous. Mais je m’évade grâce à la littérature, à la poésie. J’écris aussi des choses avec une calligraphie aussi jolie que possible.»

Eddie me parle longuement de Georges Brassens, grâce aux chansons duquel, notamment l’Auvergnat, il a pu apprendre notre langue. « Mais vous savez, Brassens utilisait des mots qui aujourd’hui susciteraient des polémiques . » Eddie fait allusion à une certaine liberté d’expression qui, sous la pression de toutes sortes de mouvements communautaristes, va s’étiolant.

La nuit commence à tomber et voici que nous bavardons toujours comme de vieux amis. Il est très fier de son fils, qu’il a élevé dans le dessein de le rendre sensible à la nécessité d’être tout à la fois cultivé et entreprenant. « Mon fils a fondé une société qui répare, entre autres activités, des ordinateurs et ça marche bien pour lui. »

Chez cet homme si cordial, aucun regret, mais un amour profond de la vie et de la nature qui nous entoure, cette nature qui à Gennevilliers comme partout ailleurs rétrécit à vue d’œil à cause d’une pléthore de constructions nouvelles, souvent très moches.

Yann Le Houelleur 

 
 

Colombes : séjour trop court dans la salle d’un traiteur chinois


Rue Saint Denis, le dessinateur a choisi de se réfugier, voulant d’abord éviter le froid, chez un traiteur asiatique où régnait une ambiance détestable. « Dépêchez-vous, j’ai une salle trop petite », s’énerva le patron.


16 novembre 2019


 

Il y a toute une nuée de villes, autour de Paris, où l’on « rencontre » des immeubles aussi beaux que ceux se dressant dans les quartiers les plus huppés de Paris. Ces immeubles, en général, sont d’autant plus singuliers qu’ils jouxtent des grappes de pavillons ou de maisons d’un aspect humble, comme s’ils se voulaient « les rois de la ville ».

Ce samedi, un froid saturé d’humidité faisait presser le pas à tous les passants, dans la capitale comme à travers sa banlieue. Je devais assister à un rendez-vous d'ordre associatif dans un café face à la superbe mairie de Bois-Colombes, que surplombe une sorte de beffroi verdâtre. Mais depuis le café même, la vue sur la place de la mairie était trop « mal cadrée ». Il me fallait vraiment trouver un café à l’intérieur duquel je serais capable de me délecter d’un bel immeuble en voyant, de près, les ornements et fioriture en matière d’architecture.

Une des personnes qui participait à cette réunion accepta de me conduire jusqu’à Colombes, troisième commune des Hauts de Seine quant au nombre de ses habitants. J’ai gardé un souvenir excellent de la rue Saint Denis, truffée de commerces, car il fut un temps où j’animais des ateliers de dessin dans une école proche.

A proximité d’un Monoprix inséré dans un bâtiment moderne se dresse un immeuble d’une élégance toute particulière en partie construit en briques, dont les fenêtres, hautes et étroites, comportent des balcon en fer forgé suggérant des plantes entrelacées. Plutôt étroit, cet immeuble s’élance avec force et en même temps décontraction, tant il semble s’épanouir agréablement. Un brin flamboyant.

Pour un premier dessin, je me suis réfugié dans la petite salle d’un traiteur chinois, Xuang. Je fus surpris de retrouver, sur le comptoir, des douceurs au soja et à la banane, de forme rectangulaire, que j’avais déjà savourées dans un resto asiatique près du boulevard Saint Germain.

« Au revoir, Monsieur l’artiste ! »

J’en pris un accompagné d’un café. Le patron, peu cordial, m’observait avec un air suspicieux et vint me confisquer ma tasse alors qu’il restait un fond de café. Je manifestais un soupir de surprise. Il me dit, abruptement : « Ne restez pas trop longtemps car ma salle est toute petite. »

Pourtant, il y avait une table vacante au fond de la salle. Une fois de plus, je me retrouvais obligé de dessiner à toute allure à cause du risque de me voir maltraiter par le maître des lieux. Une jeune femme, serveuse, tenta de calmer le jeu en me disant : « N’y faites pas attention ; prenez votre temps ». Une cliente, dame élégante à la voix fluette, se pencha sur mon croquis et s’exclama : « Comme c’est beau, je vous admire de dessiner aussi bien. Au revoir, Monsieur l’artiste ! »

Mais le dessin, estimais-je, était presque fini et ce patron de bar m’avait énervé, de sorte que j’avais envie d’aller interpréter ce fascinant immeuble dans la rue Saint Denis même. Au fond, il ne faisait pas si froid que cela puisque je prolongeais mon séjour à Colombes d’une heure et demie, cette fois-ci accroupi sous une vitrine de Nicolas regorgeant de bouteilles de toutes les couleurs.

Quand on est dessinateur, même en banlieue il faut s’attendre à tout.

Yann Le Houelleur 

 
 
 
 

C’EST SI FACILE DE ROULER UN ARTISTE DANS LA FARINE

Les artistes-auteurs comptent parmi les professions les plus précarisées de France. Exemple de coup tordu : un jeune homme m’a commandé un dessin géant ; j’ai passé deux après-midi, place d’Anvers, à le faire et… le commanditaire est aux numéros absents.

11 novembre 2011


Cela ne fait aucun doute : parmi les professions les plus précarisées de France figurent les artistes peintres. Si je ne m’abuse, les trois quarts des artistes inscrits auprès de ce qui fut la Maison des Artistes, désormais appelée la Sécurité Sociale des Artistes-auteurs, bénéficient d’une allocation d’Etat : le RSA ou plus rarement l’ASS.
Entre parenthèses, les Artistes-auteurs comprennent également les professions des arts graphiques et des photographes.

De la sorte, seule une minorité d’artistes gagnent « correctement » leur vie. Un nombre impressionnant d’artistes ne vendent pas même une seule œuvre par année alors que des tas d’artistes dits amateurs, certains en raison de leur positionnement privilégié au sein de la sociétés, se font « un pognon de dingue » sans jamais verser une paille à l’Urssaf. Ils sont médecins, notaires, avocats…
 

ENFIN, LES AGENTS MUNICIPAUX

VONT ME LAISSER EN PAIX

Par ailleurs, les artistes, en principe, n’ont pas de 13ème mois, ne reçoivent aucun ticket restaurant et l’éternel problème de cette profession est le suivant : acquérir un matériel de travail quelque peu onéreux.

J’avoue que même si je gagne mal ma vie, je ne suis pas à plaindre ; oui, je vends des dessins et je n’ai pas l’impression du tout de créer pour des prunes. Mais si je « fais le trottoir » régulièrement pour vendre mes dessins tout en croquant, c’est en raison même de cet impératif : disposer de crayons, d’encre de Chine, de papier de la meilleure qualité.

Entre parenthèses, et je ne saurais m’étendre sur cette délicate question, depuis quelques semaines je bénéficie de la garantie, en haut lieu, de ne plus être ennuyé par les agents municipaux dans les rues de la capitale. Un privilège résultant d’un très long combat. Ma mère me disait que j’était un guerrier...

Hélas, il existe une vertigineuse contradiction : les artistes font partie des « gens » les mieux considérés en France, à tel point que des écoles et instituts préparant des jeunes gens aux professions liés à ce qu’ont appelait jadis « les beaux arts » fleurissent de partout. Mais les frais d’inscription sont prohibitifs. J’ai rencontré des étudiants qui de surcroît de savent même pas faire un croquis !

Et pourtant, la profession d’artiste, dois-je le répéter, est des plus gangrenées par la précarisation.

A qui la faute ? J’ai toujours pensé qu’elle était imputable autant aux artistes qu’aux pouvoirs publics et même au public. Etre artiste peintre, c’est donc avoir une âme de guerrier autant qu’une certaine spiritualité.

Beaucoup d’artistes ne sont pas mûrs pour se défendre et ne revendiquent pas leur condition d’artiste. Beaucoup d’artistes prétendent faire de l’art sans cultiver un réel esprit artistique, chacun dans leur coin, prônant la justice sociale mais se montrant égocentriques. Evidemment, presque tous les artistes se disent de gauche ; ça fait tellement plus chic et c’est tellement plus correct !

Beaucoup d’artistes ne prennent pas conscience de la nécessité de se syndicaliser. (Il existe, depuis quelques années, le SMdA, syndicat éclos au sein de la l’association la Maison des Artistes et affilié à la CDFT dont l’animateur, Jean-Marc Bourgeois, artiste plasticien, se démène pour faire avancer les choses. Et il y consacre un temps fou, de manière bénévole faut-il le souligner !)


" ON LEUR OFFRAIT

DE LA COKE A VOLONTE "

Hélas, en France, depuis la monarchie en particulier, les relations entre le pouvoir et les artistes ont toujours été biaisées : certes, l’artiste est considéré comme indispensable à l’épanouissement de la société mais il est invité à se soumettre aux tout puissants dont il n’est souvent qu’une sorte de larbin, un bouffon.
Parmi ces tout puissants, on rencontre de nombreux directeurs de galerie. Un peintre, dont j’ai fait la connaissance, m’a raconté : « J’ai quelques amis qui ont été mis sur un piédestal par des galeristes. Le paradis, soudain, s’ouvrait à eux : ils étaient invités à des fêtes, à des cocktails. Ils étaient interviewés par des attachés de presse, par des journalistes. Pour tenir le coup, ou pour satisfaire leur bon plaisir, on leur offrait de la cocaïne à volonté. L’argent coulait lui aussi à flots. Puis soudain, leur succès s’émoussait, ils sombraient peu à peu dans l’oubli, et ils n’étaient plus rien… devenus même inaptes à créer. »

Enfin, le plus dur, pour un artiste, c’est de trouver des acheteurs. Et les galeries ne sont, heureusement, pas le passage obligé pour aller au devant d’acheteurs. Avec un peu d’argent public, on pourrait créer des espaces artistiques nouveaux, où les artistes seraient enfin tangibles et non plus fantomatiques, où les objets d’art proposés le seraient à des prix accessibles… mais sur ce point l’imagination et l’audace ne s’avèrent pas aux rendez-vous. Hélas, il y a trop d’artiste stériles d’un point de vue commercial et surtout énormément de paresseux.


ELECTIONS MUNICIPALES:

QUELLE MANQUE D'IMAGINATION !

Candidat à la Mairie de Paris, le député Pierre-Yves Bournazel (sans chance aucune d’être élu, cultivant des liens assez flous avec LREM) a proposé la création d’ateliers pour les artistes. Mais dépourvu d’imagination ce brave homme a omis de défendre les arts de la rue, si maltraités pendant les mandatures de Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo, curieusement deux créatures se réclamant de la gauche !!!

Parfois, et même souvent, sur son chemin, les artistes croisent des beaux parleurs qui les roulent dans la farine et les laissent sur la paille.

Récemment, un jeune homme « oeuvrant » dans les sphères de la mode (où il y a beaucoup de requins et de faux cul) m’a demandé de lui faire le dessin de la place d’Anvers, sous un angle bien particulier. En se plaçant face à la petite rue Sevestre, on aperçoit la basilique du Sacré Cœur, vision plutôt curieuse car le square en pente que surplombe cette magnifique église est masquée par un immeuble tout au fond de la rue.

En réalité, la basilique est encadrée par deux immeubles bordant la place d’Anvers, dont le rez de chaussée est occupé par des commerces spécialisés dans le textile et les vêtements bas de gamme. La clientèle est populaire, contrastant avec des touristes venus du monde entier dont toute une fraction dépense en un jour des fortunes dans la capitale où l’on se fait si aisément plumer sous prétexte de vouloir goûter au luxe et au prestige.

Par un après-midi pas trop humide, où un soleil moins timide que d’habitude à cette saison semait une illusion d’été, je me décidais à filer à la place d’Anvers afin de commencer ce dessin (format supérieur au A3) que je réussis à finir le lendemain.
J’appel ai le magasin où travaillais ce commanditaire et j’apprenais qu’il avait quitté ses fonctions prématurément pour refaire sa vie avec… l’élu de son cœur.

Fort heureusement, je disposais de son adresse électronique comme de son numéro de téléphone, ce qui me permit de me rappeler à son bon souvenir.

Malgré une certaine insistance, fort compréhensible, aucune réponse, que ce soit dans la messagerie de mon portable ou dans celle de « yahoo.fr ». Apparemment, le jeune a la mémoire infiniment plus courte que son compte en banque. (Vilaine ironie de ma part, je le conçois.) Comme le disais Emmanuel Macrin au sujet d’un (courageux) conseiller de la région Bourgogne Franche Comté lors d’une interview polémique accordée à Valeurs Actuelles : « Il s’est fait baiser » (Notre président est parfois d’un romantisme très séduisant !)

Et pourtant ce jeune amateur d’art (qui a dû gagner honorablement sa vie dans le monde des fripes de griffes) et moi avions convenu le prix… un prix d’ami comme toujours.

Yann Le Houelleur 

 
 
 
 
 
 
 
 

Une colonne Morris faite en trois fois…

Se dressant place Colette, au pied de la Comédie Française, cette colonne Morris a été dessinée à trois reprises. A chaque fois, la pluie s’en est mêlée et m’a obligé à remettre à plus tard « la conclusion » de ce croquis reflétant la vie parisienne…


1er novembre 2019


 

Tout un événement : c’est la première fois que j’élabore un dessin à trois reprises. Cette colonne Morris, se dressant au pied de la Comédie Française, accompagnée d’un trio de réverbères, est l’un des sujets de prédilection du dessinateur Yann. Avec les stores d’une belle brasserie en second plan, c’est vraiment « une carte postale très parisienne ». Les touristes ne s’y trompent pas : combien de fois n’ai-je pas dessiné cette colonne ? A chaque fois, quelques jours plus tard, elle s’en va, acquise par un amoureux de la capitale.

Mais ce dessin-là, je n’aurais pas trop envie de le vendre de sitôt car il a toute une histoire. Un soir, après avoir fait provision de crayons Luminance chez Lavrut, à proximité de l’Opéra, je décidai de refaire un tel dessin, espérant avoir le temps nécessaire à sa réalisation.
Mais le mois de novembre approchait et des nuages grisâtres ne tardèrent pas à s’amonceler au dessus de ma tête. Leurs pleurs me condamnèrent à plier bagage en un temps record.


Un artiste peut mentir un peu…


Deux jours plus tard, je retournais en ces lieux enchanteurs, avec l’espoir de terminer une telle « œuvre ». Même scénario climatique, après quelques minutes assis sur les dalles de la place Colette. L’exercice était d’autant plus ardu qu’une représentation d’une comédie allait commencer, et un bataillon de spectateurs tournoyait autour de moi, engendrant une certaine déconcentration, raison pour laquelle la maison au rez de chaussée duquel se trouve la brasserie est un peu décousue et comporte sans doute davantage de fenêtres qu’en réalité.
Mais un artiste jouit de cette faveur : pouvoir commettre des mensonges par rapport à son modèle sans pour autant commettre un parjure.

Le Café de Paris

Vingt minutes s’écoulèrent et à nouveau des nuages vinrent à se déchirer. J’étais condamné à aller dessiner dans un endroit protégé. Alors, je pris la direction de la rue de l’Echelle et je pris une place sur la terrasse d’une boulangerie Eric Kayser (le pain y est excellent). J’avais envie de dessiner un charmant établissement appelé tout simplement le Café de Paris, rue de l’Echelle.

Il faisait un froid glacial et je disposais de deux heures pour réaliser ce dessin, en raison de l’heure de fermeture de cette boulangerie qui fait aussi office de salon de thé.

Et voilà que le 1er novembre, faisant route vers la rue de Buci, vers 17 h, je m’arrêtais une fois de plus devant cette colonne dans le dessein d’en finir avec ce croquis. Il me restait à étoffer un peu les feuillages frôlant la colonnes et les réverbères et à place quelques voitures tout au bas. A nouveau, le ciel s’avérait menaçant, mais je parvins à terminer, enfin, ce dessin qui m’aura bien pris deux heures de travail, mine de rien.


Un jour si morose


Triste date que le 1er novembre. Le matin même, une amie habitant Gennevilliers, candidate aux prochaines élections municipales, Jacqueline Cléro, m’avait confié son aversion pour cette date. « C’est trop triste, presque le début de l’hiver et des tas de souvenirs qui volent comme autant de feuilles mortes. » Nous sommes nombreux, et j’en suis, à détester le 1er novembre.

Mais ce fut tout de même un jour de chance pour moi : dans le 6ème arrondissement, malgré un temps assez détestable, en l’occurrence un froid pernicieux plantant ses dards dans la peau, je réussis à écouler trois dessins, un vrai miracle.

Hélas, le mauvais côté de cette affaire, c’est qu’il ne me reste plus, dans mes stocks, aucun Moulin rouge et basilique de format A4. Et je ne puis proposer aux touristes des dessins s’il me manque ces deux icônes parisiennes. (Je ne dispose déjà plus de dessins mettant en exergue la tour Eiffel.

Ces prochains jours, je me suis promis de faire au moins deux Moulins et deux Sacré Cœur. A chaque fois, il me faudra m’asseoir à la terrasse d’un café (le Rouge Bis et le Ronsard, en fait) et me voir infliger, par le vent, quelques gifles si peu méritées…

Yann Le Houelleur  

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
ALEXANDRE III - Il est si vaste, si majestueux, le Pont Alexandre III qu’il a bien fallu au dessinateur sacrifier tout une partie, en l’occurrence celle à droite. Impossible de faire tenir le pont sur une feuille de papier de format A3 ! Agréable après midi consacrée à ce dessin, tandis que brillait, pour la dernière fois de l’année peut-être, un soleil plutôt estival. (27 octobre 2019)

Boulevard de Bonne Nouvelle : les encouragements d’un gendarme

Au pied de la porte Saint Denis, alors que le dessinateur observait un damier de toits, l’occasion lui fut donnée de faire la connaissance d’un militaire qui se déclara fasciné par le jeu des couleurs de ces vues très parisiennes ainsi exposées dans la rue. Mais pourquoi, en fin de compte, y a-t-il une telle compréhension (souvent) entre professionnels des forces de l’ordre et les artistes ? Tentative d’explication ci-dessous…

 

28 octobre 2019 


 

Surtout, Chèr(e)s Ami(e)s, ne croyez pas que je dessine en permanence dans les arrondissements et dans les quartier les plus chics de Paris. Bien sûr, comme je cède des dessins avant tout à des touristes accourus de pays pour la plupart lointains, l’obligation m’est infligée de « produire » (toujours sur place, « dessiner sur le vif » comme le disent les professionnels) la Tour Eiffel, l’Arc de Triomphe, le Louvre, Notre Dame, la basilique du Sacré Cœur, le Moulin Rouge…

Mais chaque fois que je peux m’attarder dans un quartier populaire, dessiner des endroits moins connus qui reflètent l’architecture et l’esprit parisien, je saisis une telle occasion. Et pour ce faire, il faut savoir prendre le temps, s’asseoir sur des trottoirs foulés par des citoyens de toute sorte.

Pas plus tard que vendredi dernier,en l’occurrence le vendredi 25 novembre, je fis quelques achats de vêtements dans le 10ème arrondissement, à proximité de la Porte Saint Dens. Et quand je me retrouvais dans la rue, disposant d’une heure avant un rendez vous, l’envie me prit de dessiner un empilement de toits et de cheminées donnant aussi bien sur la rue Saint Denis que sur le boulevard de Bonne Nouvelle.


La devanture d’une pharmacie

Je posai quelques cartons étoilés de dessins contre la devanture d’une pharmarcie, et je m’asseyai sur un trottoir emprunté par une foule incessante au milieu de laquelle des prostitutées, assez discrètement, guettait le client.
Soudain, un homme en survêtement gris, carrure forte étoffée par la pratique du sport, m’adressa un sourire et un « boujour » cordiaux. Il m’adressa des encouragements auxquels, tout naturellement, je fus sensible. Un peu pressé, il me garantit qu’il me contacterait pour me prendre quelques dessins. « J’aime beaucoup vos couleurs qui sont très éclatantes.. »

Doué d’une intuition qui parfois m’effraie un peu, tant elle peut s’avérer forte, je lui dis : « Vous êtes presqu’à coup sûr policier. » Il rétorqua : vous n’êtes pas tombé loin… je suis gendarme ! »

La qualité de vos mots

Je lui demandai son adresse numérique. Il me la donna volontiers. Le soir même, je lui transmettai un bref courriel. Sa réponse, du tac au tac :

Bonjour Monsieur LeHouelleur,

Je vous remercie pour votre réponse très rapide.
Et je suis agréablement surpris par la qualité de vos mots, à l'image de votre coup de crayon. (…) Au plaisir de vous revoir et choisir quelques dessins.
Alors, le lendemain, je pris la liberté de lui envoyer un courriel bien plus fourni, que je publie ici même. En effet, j’aime entretenir avec certaines personnes dont j’ai fait la connaissance dans la rue des échanges de correspondance.
 

(copie de ce courriel)

Rebonjour Monsieur !

Votre courriel me réjouit d’autant plus qu’à les dépends je constate combien mes dessins plaisent à toutes sortes de personnes… y compris les citoyens travaillant dans les sphères des forces de l’ordre, qu’ils soient policiers, gendarmes, militaires…

Et je me pose la question de savoir « le pourquoi de ceci » ? Je pense que mes dessins, faits sans la moindre prétention, reflètent un peu de l’amour que j’ai pour mon pays, et malheureusement d’un point de vie financier je ne puis m’éloigner beaucoup de Paris, concentrant donc mes efforts sur la capitale

Or, les hommes et les femmes chargées de veiller à notre sécurité ont souvent choisi leur métier par désir de servir la France et sa grandeur (toute relative, hélas, dans le grand bourbier de la mondialisation). Evidemment, la carrière militaire, c’est entre autres exigences la mise en exergue de l’ordre, et les artistes préfèrent un certain désordre propice à la création : vous l’avez constaté en me voyant assis dans un chaos : crayons éparpillés sur le trottoirs, cartons étoilés de dessins posés contre les vitrines, etc. Et j’étais piteusement habillé, mais quand on bosse sur les trottoirs, pas besoin de costume cravate.

Or, ce désordre artistique n’est en vérité qu’un trompe l’œil. Tous comme les policiers et les militaires, je me plie à une discipline de fer, inexorable. Je dessine presque tous les jours, et pour ce faire je veille à emporter dans mon sac à dos le matériel de travail le plus fiable possible… mon armement créatif, en quelque sorte.

Même quand le froid tente de me flanquer la frousse avec ses morsures qui tournent en engelures, je continue à dessiner, pas toujours assis sur le bitume il est vrai mais souvent à la terrasse de cafés, terrasses si souvent mal chauffées.
Cela suffirait à expliquer la fascination de maints artistes pour les forces de l’ordre et militaire, et vice versa.

Eh bien, savez vous que c’est grâce à notre rencontre que j’ai commencé à mûrir cette réflexion ! Si je ne vous avais pas discuté ce jour-là avec vous, je n’aurais sans doute pas de sitôt pensé à ce « genre de choses ». Il va falloir que j’approfondisse le sujet. Georges Clemenceau, très liés aux militaire, surnommé « le chef de guerre » n’avait-il pas cultivé une profonde amitié avec un géant de la peinture s’appelant… Claude Monnet ?

Oui : la discipline, une valeur qui se perd toujours davantage à notre déconcertante époque, tout comme le respect, la cordialité, la gratitude… Il y a avait un peu tout ça dans notre curieuse rencontre boulevard de Bonne Nouvelle !
Personnellement, je pense que vous avez exercé d’importantes responsabilités dans votre vie et participé à des missions au cours desquelles vous avez rencontrés des personnes de premier plan. Mais ce n’est guère que l’ébauche d’une intuition. Je peux me tromper, bien sûr.

Pour ce qui est du choix des dessins, ne vous inquiétez pas : je dispose d’un stock de croquis consistant, car j’en réalise sans discontinuer et je n’expose pas forcément dans les rues les meilleurs.

A propos, j’ai reçu de la part du nouveau directeur de la DPSP un courrier que j’estime « admirable » par sa sincérité et sa bienveillance. Je vous avais évoqué mes ennuis avec l’embryon de police municipale parisien et évoqué les amendes dont je faisais l’objet. Or, il semble que cela va cesser et que je bénéficie, ainsi, d’une mesure de tolérance que j’interprète comme une reconnaissance de mes efforts. Ce Monsieur est très compréhensif et tout naturellement je vais lui écrire pour le remercier de m’avoir octroyé une telle faveur, une réponse qui s’inscrit dans ma conception de la gratitude : savoir dire « merci ».

Hélas, et j’en parlerai à mes amis de la CDFT (…)  tous les artistes ne jouent pas le jeu. Certains sont d’une grossièreté et d’un sans gêne sans pareil. Beaucoup ne sont pas déclarés, comme l’exige la loi qui a créé une catégorie d’artistes professionnels enclins à s’affilier à la Maison des Artistes. J’en connais qui vendent des œuvres non produites par eux même à des prix exorbitants et qui parviennent à « rouler » maints touristes. Ceux-là, à mon avis, méritent des amendes

(…)

Vous remerciant, une fois de plus, et dans l’attente de vos nouvelles, je vous transmets mes meilleurs sentiments.

Y. Le Houelleur

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le cadeau d’une SDF, place de la Concorde : une canette de coca

Alors que le dessinateur croquait la tour Eiffel et tout un pan de la fameuse place, une dame survint, étonnée de voir de tels dessins « exposés » en plein air. Elle n’avait pas l’air commode et cependant elle voulait absolument m’offrir du coca.  Je n’osais refuser…

 

23 octobre 2019 


 

Pendant deux heures, j’ai discuté avec mon frère, brillant avocat inscrit au barreau de Genève, de passage à Paris pour seulement une journée. Après un rendez-vous déterminant qu’il a eu dans le quartier de la Madeleine, nous nous sommes retrouvés au café Pouchkine, puis nous sommes allés boire un verre dans un bistrot situé le long de l’élégante rue Royale.
Troublants propos : comme tant de visiteurs qui passent à Paris pour des obligations familiales ou professionnelles, mon frère juge Paris stressant, capitale saturée de voitures (malgré l’aversion de Mme Hidalgo pour ce moyen de locomotion) et où tout le monde court en tous sens comme autant d’insectes affolés.

Et puis, les bus à deux étages transportant des touristes abondent, de sorte que le premier étage des façades est souvent occulté lorsqu’ils s’arrêtent à un feu rouge, donnant de la ville une vision plus chaotique encore.

La tour Eiffel, à demi effacée 

Après cette fructueuse discussion, il me reste une heure pour faire un dessin. Très peu quand le soir tombe si vite en cet automne déjà bien avancé. Alors, je choisis de m’adosser à une barricade près d’une entrée du métro La Concorde. Un contraste m’amuse : la Tour Eiffel, à demi effacée par une brouillard qui s’épaissit et une grappe de lampadaires se dressant à travers la place.
De surcroît, le ciel apparaît marbré de giclures orangées, sur fond plus violet que bleu. C’est une vision vraiment spéciale de Paris qu’il me plaît d’interpréter avec mes crayons.

Soudain, une dame se pointe et d’un œil sévère elle observe les cartons semés de dessins que j’ai posés à mes côtés, et qui me valent souvent tant de problème avec la Direction de la Préventions Sécurité et Protection, embryon d’une police municipale que Mme Hidalgo se voit interdite de mettre sur pied à cause d’une sage décision du Sénat estimant ce projet inconstitutionnel.

Cette femme, vêtue d’un grand manteau noir, transporte un énorme sac quadrillé de lignes bleues et rouges. « C’est merveilleux, ce que vous faîtes. J’aime vos couleurs franches », me déclare-t-elle. Je l’ai déjà vue quelque part  - mais où -  et sans aucun doute dort-elle dans la rue. Effectivement : « Normalement, là où vous êtes assis, c’est mon coin la nuit. Mais je vous laisse terminer votre dessin ; prenez votre temps.» Soudain, elle ouvre son sac et me dit : « Une canette de coca cola, ça vous ferait plaisir ? » 

Je lui réponds que j’ai la chance, quant à moi, d’avoir un toit sur la tête, mais elle insiste pour me faire un tel cadeau. « Je suis persuadée que vous souffrez passablement avec vos dessins dans la rue car les gens ne sont pas commodes. Notez que moi, j’arrive bien à me débrouiller. Je connais plein de commerçants qui me donnent à manger ».

Et aussitôt, elle s’éclipse tandis que le ciel s’assombrit toujours davantage. Le froid commence à mordre mes bras et mes mollets. Il est temps de rentrer chez moi… Je replie bagages et je plonge dans la station de métro, direction Gennevlliers où j'habite.

Y. Le H. 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Belles rencontres dans le Triangle d’Or

Beau  - et très riche -  quartier que celui de la Madeleine. Après une visite faite à Marc, gérant d’une boutique de luxe qui m’a permis d’adosser mes cartons à dessins contre ses vitrines, je m’en fus dessiner à la rue Royale où un Américain, à 10 h 30, m’acheta un dessin alors qu’il faisait déjà très froid…

 

10 octobre 2019


 


Sans prétention de ma part, ils sont sans doute rarissimes les artistes de rue nomades tels que moi. Je déteste considérer qu’un bout de trottoir est à moi indéfiniment. Alors, je préfère dessiner un peu partout, au gré de mes envies, dans les quartiers la plupart du temps les plus touristiques.

Curieuses retrouvailles avec Marc, après une consultation chez un médecin, rue Duphot.
A l’angle de cette rue et du boulevard de la Madeleine, une boutique Kenzo fait l’angle. Impossible d’imaginer qu’un artiste gagnant sa vie aussi durement que moi puisse y entrer pour acheter un vétement fashion, nécessairement hors de prix.

Mais en juillet dernier, c’est le gérant qui est sorti de ce magasin. Je croyais que ce grand jeune homme très beau et à la démarche décidée allait me tancer car j’avais adossé quelques cartons avec des dessins contre les vitrines. Au contraire, Marcos, son nom, vint me féliciter, me garantir que je ne l’incommodais pas du tout, et il m’acheta même un dessin, en fait l’Opéra en second plan avec, tout devant, la Café de la Paix.


Une commande presque loupée 

Un trimestre plus tard, toujours après une consultation médicale, j’eus l’idée d’aller saluer Marcos et de refaire un dessin assis à proximité de ses alléchantes vitrines. J’entrai dans le magasin, et je tombais nez à nez sur lui. Il me fit une bise et un reproche : « Mais tu n’as pas répondu à mon texto envoyé depuis plusieurs semaines ». Or, très honnêtement, je n’avais pas reçu ce texto. Peut-être était ce au moment ou un burn out m’avait terrassé sur mon lit pendant quelques jours d’enfer.

En réalité, dans ce texto, Marcos me passait commande d’un dessin A3, à faire à la place d’Anvers… Tout près de l’entrée d’une station de métro, de style Guimard, portant le nom de cette place, il y a une vue très amusante sur la basilique du Sacré Chœur qu’on aperçoit entre deux immeubles, en réalité la rue Sevestre. Marcos désire absolument un dessin de cet endroit, œuvre qu’il emportera avec lui à Anvers, ville flamande où il va aller vivre dès la fin de 2019 avec celui qu’il appelle « mon chéri », abandonnant son poste à Paris.

Le plus curieux est qu’une année auparavant, j’avais fait ce dessin, mais dans un format A4.
Voilà une belle commande, pas vrai ?


José, gardien sportif


Puis, après cette bonne nouvelle, je tentais de dessiner une grappe de lampadaire se dressant au pied de la Madeleine, mais une averse vint me perturber, très brève. Je préférais aller ailleurs : rue Royale, très belle par ses immeubles percés de portes majestueuses, bleues, et de fenêtres hautes, une architecture sobre mais élégante.

Je m’asseyais sur le trottoir de droite (quand on se dirige vers la Concorde) pour croquer un bout des façades situées de l’autre côté de la rue. C’est alors que José, un jeune homme blond vêtu de manière plutôt sportive, vint me parler. Il est le gardien en charge de toute une partie de ces bâtiments (sur le trottoir de droite). Il me révéla que toute une partie de cette rue appartient, en fait, à l’Oréal. Tous les dix ans, les Bâtiments de France exigent des propriétaires que les façades soient ravalées !

Le soir tombait très vite. Une circulation intense m’obligeait à mettre des voitures au bas de mon dessin. Et soudain, alors qu’il faisait déjà nuit, un Monsieur se fit ouvrir la porte par José. Un homme d’âge mur, costaud et portant un costume de premier choix. Il avait ses bureaux, dirigeant une société dans le BTP, à la rue Royale. Figurez-vous qu’il manifesta le désir d’acheter un dessin fait dans le quartier quelques années auparavant. Quand il fut monté dans « son » étage, José me révéla que c’était un homme d’affaire américain, qui passait une bonne partie de son temps aux USA. Etonnamment, je n’avais pas décelé qu’il était américain !

Yann Le Houelleur

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Un geste chaleureux sur une terrasse de café un soir de grand froid

Alors que j’attendais le retour d’un couple de Britanniques, désireux d’acheter un petit croquis de la basilique du Sacré Cœur, une serveuse vint m’offrir une tasse de café pour contribuer à me réchauffer… le corps comme le cœur. Un grand MERCI pour un tel geste !

 

6 octobre 2019



Il faisait déjà un froid de canard sur la terrasse du café Le Ronsard en ce 6 octobre. La morsure prématurée de l’hiver se faisait sentir. Et pourtant, le flot des touristes ne tarissait pas. Ils gravissaient les marches d’escaliers menant, à travers le square Louise Michel, pour découvrir au sommet de la Butte le Sacré Chœur. De style romano-byzantin, à l’époque de sa consécration (en 1919) la basilique est l’un des édifices parisiens qui enchantent le plus les visiteurs étrangers.

Alors, de temps à autre, je prends un plaisir fois à séjourner quelques quarts d’heure au Ronsard afin de dessiner, dans une atmosphère paisible, cette basilique à la fois majestueuse et troublante par la mixité de ses influences architecturales. Or, ce 6 novembre, vers 20 heures, en train de conclure l’élaboration de ces dessins, je fus abordé par un couple de touristes qui s’étaient assis quelques tables plus loin sur la terrasse. « Accepteriez vous de nous vendre ce dessin ? » m’interrogèrent-il en anglais. Why not ?


Trente minutes pour terminer le dessin

Je leur demandais de revenir une demi heure plus tard afin d’avoir le temps pour apporter quelques améliorations.

Comme le dessin avait été fait à toute vitesse et qu’il ne m’apparaissait pas être des meilleurs, le tarif de 20 euros fut convenu.

Trente minutes, quand il s’agit de terminer un dessin, de l’encadrer, (en fait, le scotcher sur une feuille de papier noire rigide) : cela passe très vite ! Or, le thermomètre ne cessait de dégringoler et il y avait bien longtemps déjà que les espaces naturels au dessous de la basilique avait naufragé dans l’encre de la nuit. Seule, tout en haut, scintillait sous le feu des projecteurs ce diamant architectural qu’est le Sacré Cœur.

C’est alors qu’apparut une femme. Laeticia, dont j’ignorais qu’elle était au nombre des serveurs du Ronsard. Elle m’avait apporté une tasse de café et très gentiment elle me dit : « Tenez Monsieur, cela fait déjà bien longtemps que votre café (note : commandé une heure auparavant) a refroidi. En voici un autre, qui vous réchauffera.

 
Des gens merveilleux

Dans un monde toujours plus anxiogène, où le chacun pour soi semble régir notre monde, il est des gestes comme celui-ci, bien plus nombreux que nous l’imaginons, qui sont autant d’étoile scintillant dans le ciel obscurci de l’égoïsme collectif. En fait, si nous ouvrons les yeux, si nous nous montrons capables d’observer la vie quotidienne dans ses moindres détails, nous découvrons qu’un peu partout des gens merveilleux, grâce à des gestes simples, adoucissent le monde et font en sorte de la rendre vivable.

Un grand « MERCI » à vous, Laetitia, qui m’avez réchauffé cœur et organisme. Un  grand MERCI également à tous vos collègues, dans maints restaurants de la capitale, qui m’accueillent généreusement et tolèrent ma promesse alors que je sème le désordre sur ma table et autour de moi avec mon déluge coutumier de crayons, feutres, etc.

Quelques minutes plus tard, « mon » couple de Britannique apparut, Sarah et Richard. En réalité, Sarah célébrait en ce jour ses 33 ans et elle s’était fait un cadeau : découvrir la ville Lumière… ainsi qu’emporter dans ses valises un dessin… 

Y. Le H.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Coup de foudre pour un dessin à moitié inachevé

Toutes mes excuses : la mauvaise qualité de reproduction de ce dessin vient du fait qu’il a été photographié, sur place, avec un simple portable (sans flash) et non scanné à la différence des autres.

Il me restait encore tout une rue à esquisser mais un passant, d’origine argentine, tenait absolument à acquérir ce drôle de dessin…

 4 octobre 2019



C’est je crois le dessin le plus étrange et intriguant qu’il m’ait été donné de vendre dans la rue. Un soir, plutôt tard, j’avais remarqué un croisement entre trois rues qui me semblait dégager une atmosphère bien particulière. Tout en haut, quand je levais la tête assis sur ce bout de trottoir, deux enseignes se superposaient, avec pour « toile de fond » un arbre à la chevelure abondante. En bas, quelques fenêtres étroites semblaient reposer sur deux vitrines.

Il m’arrive, ainsi, de dessiner des fractions de ville, la nuit, que je m’amuse à restituer comme si c’était en plein jour. (Demi mensonge, en quelque sorte.)

Un inconnu s’arrêta, et il m’observa pendant un bout bout de temps. Qui était-il ? Que me voulait-il ? Puis il s’approcha de moi et avec un accent savoureux (il était d’origine argentine), dans un français excellent, il me demanda : « Est-ce que vous accepteriez de me vendre ce dessin non terminé ? » Et il ajouta : « C’est très émouvant de voir des gens comme vous dessiner ainsi en pleine rue. Et ça devient si rare à Paris. »

Rue Saint André des Arts

Pour moi, cela représentait presque un problème d’éthique : comment accepter de céder, ainsi, un croquis à moitié réalisé, dont tout la moitié à droite restait à esquisser et colorier. En fait, il s’agit de la charmante rue Saint André des Arts, dont tous les immeubles sont de hauteur différente et brandissent des cheminées d’une envergure impressionnante.

Je suggérais à ce Monsieur, en réalité Fabian, de revenir une heure plus tard de manière à ce que je dispose du temps nécessaire pour croquer la rue des Arts. Mais il tenait à cette idée : un dessin avec, me dit-il, « tout une partie non signifiée faisant la part belle à l’imagination, un peu comme s’il s’agissait d’une friche.

Alors, je me rangeais à cette idée finalement originale et me vint à l’esprit que je devrais exécuter davantage de dessins non achevés. Effectivement, il faut parfois songer à susciter davantage la contribution de l’acquéreur en laissant la porte ouverte à son imagination.
Il ne me restait plus qu’à écrire, et je disposais de tout la place nécessaire sur cette feuille A4 ; le nom des trois rue s’entrecroisant sur ce dessins. Et le tour fut joué.

En fait, Fabian fait partie de ces gens qui décident de quitter un pays à bout de souffle pour tenter leur chance en France : il habitait Buenos Aires avant de proposer ses compétences de cuisinier à un restaurant parisien !

Il me faut ajouter que j’étais si gêné de le voir acheter un dessin inachevé que je lui en offrir un autre : un restaurant déployant ses stores rouges flamboyant le long de la rue de Buci.

Y Le H.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

« Ce sont vraiment vos dessins ? »

Il m’a fallu au moins deux heures et demie pour faire ce dessin du Louvre et de sa Pyramide. Et ce n’était pas facile du tout car les environs (autour de l’Arc de Triomphe du petit Carrousel) il y a un parterre de sable qui au moindre souffle de vent se disperse, formant comme des nuages.

Plusieurs touristes, quand ils acquièrent un croquis, une esquisse de Paris, veulent s’assurer que c’est un original fait en vertu d’une réelle éthique. Pourquoi la mairie (apparemment) ne fait-elle rien pour encourager les artistes authentiques ?

 

28 septembre 2019



Alors que je dessinais du côté des Deux Magots, un inconnu, d’une manière un peu timide au premier abord, vint me voir. « J’ai une critique à vous faire, mais ne la prenez pas mal. Je vais être franc. » Or, les critiques sont en principe, sauf lorsqu’elles sont destinées à blesser volontairement, des éléments constructifs dont il faut tenir compte.


Qu’allait-il me dire, ce monsieur qui se déplaçait avec une mallette à la main ?

« Vous devriez signer vos dessins, de manière à ce qu’il prennent, dès le premier coup d’œil, un surcroît de valeur .» Et c’est vrai qu’apparemment je ne signe pas mes dessins quand je les ai achevés, me contentant d’une toute petite ‘griffures » sur l’un des coins, dans la partie inférieure.

Il me faut préciser que cette personne, résidant à Toulouse, est un spécialiste de la peinture, en quête d’œuvres qu’il fait souvent expertiser avant de les revendre à des galeristes. (Pour autant que j’ai bien compris ses explications.)

Je lui expliquais la raison de cette « bizarrerie ». Quand un passant, un touriste, un inconnu me voyant dessiner émet le désir de l’acquérir, je prend un crayon, ou un feutre, et à ce moment là, quand l’acte d’achat se concrétise, j’écris « Yann Le Houelleur » en toutes lettres.

Il s'agit d'un geste signifiant, en quelque sorte: ce dessin est à vous et il a été fait par moi : j’en veux pour preuve que je le signe sous vos yeux.

Cette idée m’est aussi venu à partir d’un constat : à la place du Tertre, comme en maints autres endroits, il y a de prétendus artistes qui n’ont pas réalisé les œuvres qu’ils proposent et qui sont pris dans les mailles d’un gigantesque filet tissé d’escroquerie.

Au lieu de s’en prendre, parfois, à des artistes inoffensifs comme moi, les autorités feraient mieux de poursuivre ces malfrats qui n’ont aucun respect pour les amateurs d’art. C’est très grave d’apprendre, réalité que je connaissais déjà depuis longtemps, par le biais d’une émission télévisée, que ces peintures signées François, Michel, etc., proviennent en réalité de Chine.
 

Des peintres qui n’ont jamais mis les pieds à Paris 

Elles sont faites par des peintres qui n’ont jamais mis les pieds à Paris, qui ne connaissent pas la différence entre l’art gothique ou l’Art Nouveau (par exemple). Cette émission, diffusée si je ne m’abuse par M6, montrait un peintre dans le faubourg d’une ville chinoise qui par touches franches et rapides réussissait à recréer Notre Dame ou la Tour Eiffel en quelques minutes. Et tant pis si ces édifices apparaissent surgissant au milieu d’un champ de coquelicots ou au milieu de marécages.

En ce qui me concerne, pas de souci : je vends mes dessins beaucoup moins chers que tous ces aigrefins et pourtant je les fais TOUS sur place, devant le sujet interprété.

Je suis sans doute l’une des seuls artistes, à Paris, à procéder ainsi. Impossible de dessiner un édifice sans l’observer de mes propres yeux, sans sentir ses vibrations, sans prendre en compte son environnement, et bien sûr je prends toute la liberté de l’interpréter. Les « gens » sont très sensibles à cette démarche ; je dirais même « éthique ».

Ils ont droit au respect

Et pourtant, rien n’est plus dur que de dessiner la Tour Eiffel, à commencer par le choix de l’endroit : pelouses du Trocadéro, rives de la Seine du côté du pont de l’Alma, pont de Bir Hakeim ?

Parfois, afin de prouver que mes dessins sont bien les miens, je montre carrément le carnet de feuilles Canson A4 que je suis en train d’utiliser. Beaucoup de touristes ne veulent pas être roulés dans la farine. Ils ont droit au respect. C’est aussi la réputation de Paris qui est en jeu

Dommage que la Mairie de Paris ne viennent pas en aide aux artistes authentiques, plutôt que, de temps en temps, de les déstabiliser à travers des amendes.

La capitale de la France aurait tout à gagner en réfléchissant à l’art de rue et en accordant sa confiance à des professionnels qui, même s’ils sont très mal payés, font leur travail honnêtement.

Yann Le Houelleur 

  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

La lente agonie des kiosques à journaux de style haussmannien

Ils étaient l’un des symboles du Paris d’antan, peu à peu éclipsés par des kiosques hautains et moches qui défigurent le paysage. Cette mairie n’a décidément aucune considération pour le patrimoine historique.

 

24 octobre 2019



(Il m’arrive souvent d’inclure, dans mes dessins, des détails dont j’ignore qu’ils ont ou auront une forte teneur historique. Ainsi, des « kiosques à l’ancienne, de type haussmannien, j’en aurais dessiné par dizaines. Tout comportent, outre un dôme tressé d’écailles, une frise évoquant, en grand style des vagues.

Hélas, malgré une pétition sur " change org " qui a moissonné près de 18.000 signatures, Mme Hidalgo , maire de Paris, s’est obstinée à promouvoir la mue de ce ces quelque 400 kiosques jugés obsolètes et surtout, souffrant d’un grave défaut : ils ne possèdent pas assez de surface dédiée à la publicité.

Les nouveaux kiosques, élancés, ont un aspect rigoureux et s’avèrent plutôt efflanqués. Arguments brassés par Mme le maire et la société MediakKiosk dont l’actionnaire principal est Decaux, aux côtés de Prestalis et de trois éditeurs (Le Monde, Le Figare et Altice Média Group) : davantage d’espace pour les clients comme pour les vendeurs.
Ce dessin a été réalisé le long des Grands Boulevards alors que l’automne était de retour avec un vent coquin plutôt antipathique et un ciel chargé de nuages argentés prêts à se fissurer. Un tel kiosque comptera-il parmi les rares survivants de cet « holocauste » frappant le patrimoine historique que l’administration municipale actuelle ne semble guère apprécier?

Deux Magots et Café de Flore

Au fait : il ne faut pas que j’oublie d’honorer une promesse : dessiner le kiosque se dressant dans l’interstice entre les Deux Magots et me Café de Flore. Un trou de mémoire me fait oublier le nom de la femme qui a obtenu la concession dudit kiosque, douée d’une capacité de travail peu commune puisqu’à 21 heures on la voit commencer à fermer « sa boutique » ; une tâche harassante.

Il faut remettre, à l’intérieur, les frigos où se côtoient des bouteilles d’eau minérale tout comme des liasses, encombrantes, de magazine.

Et il faudra le faire vite, ce dessin, car la dernière fois où j'ai vu cette dame, avant qu’elle ne parte en vacances, elle m’a annoncé, la voix tremblante d’émotion : « Ca y est, on m’a annoncé que mon kiosque allait être remplacé par un tout neuf début octobre… »

Yann Le Houelleur 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une conversation fructueuse grâce à un vélo…

Dessinant un restaurant dont la façade ruisselle de guirlande de fleurs (factices) roses, j’ai demandé à un inconnu de s’arrêter quelques secondes pour inclure, sur mon dessin, son vélo et lui-même. Sami, qui étudie l’anthropologie, s’est approché de moi et nous avons eu une discussion passionnante…

 

20 septembre 2019


 

Dans une rue très fréquentée par les touristes étrangers, mais aussi les Parisiens aisés, à proximité du boulevard Saint Germain, il m’arrive de dessiner, la nuit, la façade d’un bar qui me fascine par l’exubérance de son décor extérieur. Des guirlandes de fleurs « artificielles » d’un rose pastel se sont mises à ruisseler, à partir du printemps, sur cette façade, accompagnée de touches d’un vert tantôt clair tantôt sombre. La nuit, la douce luminosité que procurent ces fleurs (tonifiée par la présence d’autre guirlandes, semées d’ampoules minuscules) tranche avec l’intérieur et la terrasse du bar, noyés dans la pénombre.

Juste à côté, un restaurant possédant une terrasse interminable déploie ses stores rouges, couleur qui a tendance à disparaître à Paris. Parfois, à l’instar des Deux Magots, des parasols  - eux aussi, rouges -  sont installés. Tout autour, d’autres restaurants, tout aussi chic, regorge de monde. On y manie toutes les langues, à commencer par l’anglais. Il y a quelques années, ce bâtiment en forme de navire abritait un fleuriste.

Je fais souvent de belles rencontres dans cette rue où règne une atmosphère d’insouciance. Les jeunes gens  - surtout en fin de semaine -  arborent des tenues élégantes ou pour le moins des vêtements de griffes au goût du jour. Paradoxalement, les discussions qu’il m’est donné d’entamer (la plupart du temps avec des inconnus intrigués par le fait qu’un dessinateur puisse œuvrer la nuit) tranchent avec une telle superficialité.

Burn out

Qu’il est passé vite, cet été 2019, fécond en surprises aussi bien fructueuses que vénéneuses pour moi ! A commencer par le fait que mes dessins remportent toujours un certain succès, mais restera à jamais gravé dans ma mémoire l’épisode lamentable d’un burn-out – fin juillet - qui m’a condamné à rester cloîtré chez moi pendant plusieurs jours avant de reprendre peu à peu le fil de mes dessins.
Le burn out a été causé, en grande partie, par le vol de plusieurs de mes croquis. (Un ami artiste, qui tient un « stand » sur l’esplanade du centre culturel G. Pompidou, m’assure avoir vu un de ses collègues vendre des dessins qui ressemblent fort aux miens…)

Un psychiatre que j’ai consulté en urgence, alors que j’étais plongé dans une profonde dépression, voulait m’envoyer me reposer dans une clinique. J’ai résisté aux pressions exercées par ce professionnel de la santé et j’ai bien fait car le dessin est ma respiration autant que mon lien avec toutes sortes de personnes. Il ne voulait même pas m’avouer combien de temps cette « mise en boîte » durerait.

Ainsi, tout en croquant, j’observe la société de près et je prends conscience de toutes sortes de « choses » (des métiers que je ne connaissais pas, notamment) en discutant avec des inconnus.

Cet été si curieux et troublant (par ailleurs perturbé par trois vagues de canicules successives) s’est terminé – le 20 septembre -  par une très belle conversation avec Sami, un jeune homme de près de trente ans, d’origine algérienne.
Soudain, alors que j’étais en train de dessiner le « bar aux guirlandes roses », il s’est arrêté en vélo, offusquant une partie de la terrasse. Quant il m’a regardé, je lui ai dit : « S’il vous plaît, ne partez pas maintenant. J’ai besoin de terminer, sur ma feuille de papier, la reproduction de votre vélo et de vous-même. »

Alors, après une pause de deux minutes, Sami s’est approché de moi. Et pendant une heure au moins, nous avons abordé moult sujets. Il est étudiant en anthropologie et comme il n’est pas très riche, il doit faire des petits boulots, ce qui lui vaut, selon lui, de ne pas lire assez les ouvrages écrits par des anthropologues dont j’ai oublié le nom. Il n’y a pas que Lévi-Strauss (1908-2009), une icône dans certains milieux intellectuels que par ailleurs Sami n’apprécie pas trop car, affirme-t-il, ce spécialiste des tribus indigènes travaillait beaucoup trop dans son bureau plutôt que de s’immerger dans d’autres segments de la société.

Exil en Ardèche

Curieusement, Sami m’a parlé des gens qui « se brisent » à cause d’une vie trop agitée, pleine de soucis mais aussi de futilités harassantes. Sami se demande s’il ne ferait pas comme toutes sortes d’hommes d’affaire et de cadres se remettant en question et abandonnant Paris pour aller refaire sa vie dans des départements tels que l’Ardèche.

Nous avions, tout autour de nous, incapables de nous payer un bon repas à l’une de ces terrasses, une marée de personnes apparemment radieuses, enclines à plaisanter et à rire, le portefeuille bien garni et qui, lorsqu’elles voient un artiste comme moi, refusent de payer le dessin original plus de 20 euros. (Je ne leur en veux pas du tout, je comprends que cette dépense résultant d’un coup de cœur n’ait pas été budgétée et de toute manière ils me font toujours, sincèrement, l’honneur de m’encourager. Mieux vaut vendre à bas pris que de garder tous ses dessins chez soi. Au moins les recettes perçues permettent-elle d’acquitter un matériel onéreux, certains crayons pouvant frôler, chacun, quatre euros.

Mais n’assistions-nous pas, dans la rue toute entière, à une apparence de bonheur, une compensation à une vie pas si drôle que ça. Nous qui avions peu d’argent et vivions en marge de cette société nantie, nous avions fait le choix de concevoir notre bonheur d’une toute autre manière.

Volubile et employant un vocabulaire plutôt sophistiqué, Sami, lui, m’a confié des « trucs » épatants. « Je viens de visiter l’église Notre Dame de Lorette où j’ai admiré des tableaux magnifiques ». Bien que musulman, Sami se sent bien, aussi, dans les églises catholiques. « Quelle que soit notre religion, il faut admettre qu’il y a une force suprême, quelque chose de très beau qui nous échappe mais dont on peut voir la puissance et la profondeur en admirant, par exemple, un coucher de soleil sur la Seine ou tout simplement un arbre. »

Sami m’a raconté qu’il n’avait pas eu la vie toujours facile, acculé à certaines tentations négatives, comme tout un chacun, et que cette quête de la beauté somme toute facile à appréhender lui permettait, chaque matin, de se lever plein d’énergie et heureux d’être en vie. « En raison de cette beauté même, dans laquelle nous sommes tous appelés à nous diluer, que je rejoindrai un jour prochain, je n’ai pas peur de la mort ». Entre autres réflexions, il m’a dit que c’est grâce aux arbres, et nous l’oublions trop souvent, que nous vivons car ils respirent pour nous…


Manipulation

Quant à moi, je lui ai fait observer, point supplémentaire de convergence entre nous, que la publicité, de plus en plus manipulatrice et perverse, est sans doute à l’origine de bien des malheurs frappant nos contemporains. Les « pubs » sont faites, semble-t-il, pour susciter de la frustration chez les gens et pour les rendre jaloux des autres. Ces autres deviennent ainsi des concurrents qui possèdent davantage de bienx que nous et dont l’abondance de richesses serait (selon les publicitaires)  le symbole d’une vie réussie, d’un bonheur à toute épreuve.

J’ai remarqué, dans le coin de banlieue où je vis, que certains ménages suscitent l’envie parce qu’ils ont des téléviseurs de la taille (j’exagère) d’un camion, et alors leurs relations se mettent, à leur tour, à acheter des écran de télévision plus spacieux encore. Inflation de jalousie, effectivement. On peut observer la même propension à la frustration et à la jalousie avec les voitures et même les vêtements.

C’est vers celui qui possèdera la plus luxueuse voiture que se tourneront les regards, avec chez le propriétaire un sentiment mêlé d’orgueil, de supériorité et de puissance.

C’est précisément à ces sentiments de jalousie et de convoitise qu’il faut échapper pour trouver un vrai sens à la vie. Et nous nous sommes quittés, Sami et moi, avec l’impression, un brin euphorique, d’avoir refait le monde…

Yann Le Houelleur

PRECISION N° 1 : Il me faut mentionner, au sujet de certains de ses dessins, qu’ils ont été faits sur place la nuit mais en pareilles circonstances je m’arrange toujours pour imaginer qu’il fait jour. Un demi mensonge, en quelque sorte, mais vraiment, j’insiste, j’y étais !!! Quant au dessin des deux Magots, plus grand (format A3) il ne saurait trouver preneur, hélas, à cause de son prix trop élevé.

PRECISION N° 2 : Bien entendu, si vous désirez acquérir un ou plusieurs de ces dessins, vous pouvez contacter leur auteur par courriel : chaudslesmots@yahoo.fr

PRECISION N° 3 : Si je poste autant de textes sur Internet, c’est non seulement parce que j’aime partager ce que je vis mais aussi parce que nombre d’entre vous me demandent de publier des articles à un certain rythme.

PRECISION N° 4 : Ces textes sur fb sont également publiés sur mon blog « Paris en tous Sens » : http://www.123siteweb.fr/parisentoussens

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Commentaires

17.11 | 04:01

Bonjour Bruno! Merci, nous sommes voisins... Je n'arrive pas à "voir qui vous êtes" si toutefois vous habitez aussi la grande barre Victor Hugo à Gennevilliers!

...
14.11 | 18:55

Coucou Yann c'est bruno
Un ptit coucou que je trouve super ton site
Bonjour a sheriff
A bientôt
Bruno de Henri MUSLER toujours a VH

...
18.07 | 04:10

You can send me your email address too. Thanks

...
17.07 | 20:08

Do you have WhatsApp we met 2 weeks ago. Thanks!!

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