Hiver 2014-2015

Villeneuve-Saint-Georges: l’église remise en l’état

(27 février 2015) – Une très vieille église, plutôt imposante, surplombe les toits de  Villeneuve-Saint-Georges. Elle paraît avoir été rapiécée un peu grossièrement, mais son aspect quelque peu maladroit en fait le charme. En hiver, le clocher de Saint Georges, aux tons beiges et roses, paraît emprisonné dans la toile d’araignée que tissent les branchages des arbres se dressant à travers le parc de Beauregard.
La partie inférieure du clocher, qui daterait du 9ème siècle (selon le site »topictopos») est encadrée par une double rangée de toitures correspondant à la nef. Tuiles aux couleurs vives contrastant avec l’ocre des murs percés de fenêtres évoquant des hublots.

Alors que je dessinais, une jeune femme m’a abordé: Sarah habite le presbytère, à l’ombre du clocher, avec son mari Benoît qu’elle a épousé en octobre 2013. Elle a fait partie jadis de la JOC, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne.
Sarah m’a suggéré, très gentiment, de revenir à Villeneuve prochainement. Elle fera en sorte que je puisse grimper les escaliers menant sommet du clocher d’où la vue sur la ville est magnifique. Elle se répand en éloges sur la municipalité à teneur communiste:
«Nos élus ont fait du beau travail pour rénover le patrimoine, à commencer par la restauration de l’église. Ce n’est pas facile par les temps qui courtent, avec tant de difficultés financières.»
Réflexion toute personnelle: quand les communistes s’occupent des maisons du Seigneur: voilà un joli programme et un sacré paradoxe…

Chose devenue si rare en France où sévissent tant de pilleurs, l’église est ouverte au public. De fort beaux vitraux atténuent la pénombre, ténèbres en gestation. Près de l’autel gît un encadrement de grande envergure: un tableau s’est-il ainsi volatilisé? «Pas du tout, garantit Sarah. Il est en cours de restauration car l’accumulation de poussière et de crasse l’avait obscurci.» C’est une œuvre de grande valeur, l’Adoration des Rois mages. Son auteur, Jean-Baptiste Oudry, a vécu pendant le grand Siècle. Spécialisé dans les scènes d’animaux, il a eu pour client Louis XIV, amateur de chiens et chasseur impénitent...

LA PLACE DE LA REPUBLIQUE - Pour dessiner place de la République, il faut une bonne dose de concentration et même d’abnégation. Ce qui devrait être une place agréable, entourée de beaux immeubles, est une sorte de cour des miracles où affluent, outre des personnes tout à fait respectables, toutes sortes de gens problématiques, entre autres des sans papiers se mêlant aux alcoolos, des toxicomanes délirant à ciel ouvert et de la petite racaille. Mais l’inspiration était quand même au rendez-vous, ce mardi-là vers 18 h. A l’embouchure du boulevard du Temple, qui se jette dans la célèbre place, des cafés et brasseries déploient des stores rouges tandis que des cheminées haut perchées tutoient un ciel truffé de rose quand tombe la nuit… (Dessin fait le 3 mars 2015, en une heure et des poussières, complété à l’encre de Chine par la suite.)

Villeneuve-Saint-Georges: la rue de Paris en voie d’être défigurée

Jadis une possession de l’abbaye de Saint-Germain des Prés, cette ville du Val-de-Marne possède une kyrielle d’édifices et de bâtiments à forte teneur historique, la plupart dans un état déplorable. Truffée d’ateliers d’artistes, la rue de Paris fut jadis belle. En train de perdre maints de ses repères, elle accueille des magasins aux devantures ostentatoires, plutôt bas de gamme, qui voient défiler une population hétérogène. Demain, à cause d'un programme d'urbanisation en gestation, cette rue devrait perdre toute une partie de son charme.

 

le 23 février 2015


 

Voici un croquis vite fait (amélioré par la suite) à Villeneuve-Saint-Georges. Ville indescriptible car nantie d’un patrimoine surprenant mais en pleine déliquescence. Plusieurs chantiers destinés en particulier à mettre fin aux logements insalubres et à accueillir de nouveaux habitants risquent fort d’écorcher davantage l’âme de Villeneuve.
Parmi les particularités de Villeneuve-Saint-Georges: l’une des seules villes importantes du Val de Marne à ne pas détenir un office du tourisme malgré tant de choses à découvrir: l’église Saint Georges, deux châteaux (Beauregard et Bellevue), des ruelles pittoresques montant à l’assaut d’une colline où trône un ancien fort hébergeant le centre de formation de la Brigade des sapeurs pompiers de Paris, etc.

La ravissante place du Lavoir (dessin ci-dessus), le long de la rue de Paris, va bientôt s'effacer à tout jamais. Alors que je dessinais, les doigts quelque peu contrariés par un froid coriace, une riveraine travaillant dans l’événementiel, Martine vint m’encourager. «C’est sympa ce que vous faites, d’autant plus que cet endroit n’existera plus dans quelques semaines. De cela, il ne restera peut-être que votre dessin.» (En réalité, Martine m’a demandé, expressément, de ne pas citer son nom de famille car il règne une certaine insécurité à Villeneuve comme hélas partout ailleurs.)

Drôle d’impression que celle-ci: par la magie de crayons ou de pinceaux, pérenniser des espaces condamnés à mort par la faute des décideurs et des urbanistes en général complices de la banalité architecturale institutionnalisée. Cette place est merveilleusement poétique avec une maison toute simple (aux fenêtres murées, pour refouler les squatters) encadrée par des bâtiments tout aussi sobres. Il y aurait matière à en faire un lieu très agréable, un poumon de quiétude et de convivialité dans la ville.


Dans cette rue frémit une énergie fantastique,
propice à la création artistique"
(Martine, une riveraine)



Martine raconte avoir énormément bourlingué, traversé des océans pour connaître des cultures différentes. Puis après avoir vécu dans une cité gangrenée par les dealers, elle a eu le coup de cœur pour Villeneuve-Saint-Georges et la rue de Paris. «Dans cette rue, affirme-t-elle, frémit une énergie fantastique propice à la création artistique. Il y avait plein d’ateliers d’artistes ici même».

Elle exprime son inquiétude quant à l’évolution de la rue de Paris si éclectique d’un point de vue architectural: quelques immeubles en brique et en calcaire d’aspect bourgeois s’élèvent au milieu d’un alignement d’anciennes fermes et de maisons surmontées de corniches et de mansardes dont les plus anciennes datent du 18ème siècle. Parmi les traces du passé: une poulie accrochée à une lucarne.

La rue de Paris offre le spectacle d’une foule elle aussi très hétérogène. Des jeunes traînent aux devantures des cafés ou sous des porches qui jadis furent le symbole d’une vie confortable. Aucun regard ne semble prêter attention à l’étrange beauté des lieux. Des commerces de toutes sortes se jouxtent: fast-food, boutiques spécialisées dans la téléphonie portable et l’électroménager, boulangeries, épiceries proposant des produits exotiques, salons de coiffure, etc. Les devantures de ces magasins sont colorées, certaines ostentatoires. Le bas de gamme triomphe et d’une certaine manière cela signe la mort de la culture telle que ma génération (j’ai plus de 50 ans) l’a connue, culture qui reposait sur des certitudes, une qualité avérée, un certain bon goût, des repères hélas évanouis.

La rue de Paris semble avoir retrouvé une dynamique commerciale mais en même temps elle souffre d’une sorte d’appauvrissement et de délabrement, comme si elle n’avait pas eu le temps de s’adapter à la nouvelle réalité sociologique et économique. A moins que les populations d’origine étrangères ne se soient pas tout à fait adaptées.
  

LE PARVIS DE BEAUBOURG - Blotties les unes contre les autres, d’aspect médiéval, truffées en leurs toitures de mansardes, ces maisons font face à un bâtiment d’un tout autre style: le centre culturel Georges Pompidou. Depuis celui-ci, quel que soit l’étage, la vue est magnifique: le charme et l’éclectisme de Paris y sont exposés en permanence! (Dessin fait le 22 février 2015)

ENFIN, LE "BOOK" DE "PARIS EN TOUS SENS" EST PARU ! UNE KYRIELLE DE DESSINS FAITS PENDANT SEPT ANS...

Quatorze pages foisonnant de dessins, de textes, de témoignages. L’envie de poursuivre ce projet pour continuer, entre autres motivations, à rendre un vibrant hommage à Paris et à vous apporter un surcroît de couleurs au quotidien. Si vous le désirez, vous pouvez me demander un exemplaire de ce «book». Bien sûr, vous êtes libre de contribuer ou non financièrement, en fonction de vos possibilités et de vos contraintes personnelles.

 

Sur les conseils d’amis et de personnes soutenant ma démarche, je me suis fendu d’un «book» récapitulant près de 7 ans d’une «vie à part entière»: dessinateur dans les rues de Paris. Dessinateur à l’air libre. Libre en principe de toute contrainte mais avec le devoir de toucher, de sensibiliser un public: vous! Une existence en apparence agréable, mais avec toutes sortes de soucis financiers et administratifs que je vous laisse deviner.

A partir du moment où je me suis trouvé au chômage, je me suis dit que ma trajectoire n’était pas rompue pour autant et qu’il fallait justifier, mériter en quelque sorte les années à l’horizon. C’est l’une des raisons pour lesquelles je me suis accroché à ce projet, Paris en tous sens. Quelques expos. Plusieurs dessins vendus (et dûment déclarés). Un bourgeonnement de contacts. Des tonnes d’encouragements. Et toujours les mêmes difficultés au détour du chemin.

Alors, il est temps de faire mieux connaître ce qu’humblement je fais. Il est temps de vous demander si vous ne pourriez pas vous aussi contribuer au déploiement de mes initiatives, pour autant qu'elles vous plaisent et vous semblent fructueuses: j’ai besoin, terriblement besoin de vendre mes dessins, même à un prix d’ami. Je fais en sorte de relater, interpréter Paris, en découvrir des facettes toujours nouvelles avec un regard plutôt joyeux censé transmettre de l’énergie. Je pense qu’un artiste digne de ce nom n’est pas une chimère qui embrouille les esprits mais un citoyen ouvrant les yeux des personnes autour de lui et leur apportant si nécessaire un zeste de rêves…

De tout cœur je vous remercie de votre bienveillance et soutien.

Avec mes meilleurs sentiments.

Yann Le Houelleur

La mouvance, la légèreté: c’est cela qu’un dessinateur doit ressentir et restituer!

Le musée du Louvre: n° 1 des attractions touristiques à Paris, un espace où il convient faut retourner autant de fois que possible car source de tant d'enseignements... (Dessin élaboré en novembre 2014)


Le book «Paris en tous Sens» vient d’éclore, un mois avant le printemps. Voici le texte paru
en page 3, en fait un avant-propos…

 

Par YANN LE HOUELLEUR



Cette ville s’avère la terre d’élection de l’inspiration. La capitale de tous les possibles. Même s’il n’est pas interdit de lui trouver plusieurs défauts (trop de circulation, métro noir de monde, etc.), Paris ne cesse de faire rêver. Partout dans le monde, «on» aspire à la voir et à la revoir.

Depuis cinq ans, je (Yann Le Houelleur) dessine Paris sous toutes les coutures. Aussi bien ses monuments les plus prestigieux que des endroits moins touristiques. Ces flâneries, crayons en main, s’étendent aux départements attenants, eux aussi truffés de sites historiques.

Selon les jours, selon l’intensité du soleil, selon mon humeur, Paris offre un «autre visage», capitale de la mouvance.

perpétuelle, se dérobant à toute idée reçue. Un monument habituellement imposant peut très bien, à un moment donné, apparaître comme une œuvre de légèreté et de raffinement, voire une source de joie.

C’est tout cela qu’un dessinateur avisé doit sentir et restituer.

Les dessins réunis ici même (un «press book», dit-on couramment) ont tous été faits en plein air, telle est ma spécialité. Je crayonne dans les rues, sur les places publiques, me réfugiant dans les cafés quand le froid se fait trop acéré en hiver.

Bien entendu, un artiste existe avant tout en fonction de son public. C’est pourquoi je compte vendre bien plus de dessins, sachant qu’ils font, en principe, des heureux autour d’eux.
Voilà pourquoi, plus loin dans les pages de ce «book», je vous demande dans quelle mesure vous pourriez contribuer à cette meilleure diffusion d’une «certaine idée, d’une certaine vision de Paris».
A partir d’un croquis, en effet, plusieurs réalisations et «produits» peuvent se décliner: cartes postales, menus, souvenirs, brochures… 

Sans oublier ces rendez-vous uniques que sont pour les artistes la participation à des expositions. 

Avec mes remerciements pour votre attention, vos critiques, suggestions et
 - aussi -  vos encouragements.

 

(5 février 2015) - Autour du musée du Louvre se déploient quelques paysages sublimes, certains aussi beaux que les tableaux des grands maîtres. Dans l’une des salles consacrées aux artistes flamands, au 2ème étage, il convient de se laisser distraire par un panorama unique visible à travers une fenêtre: l’Arc de Triomphe du Carrousel se dresse à l’entrée du jardin des Tuileries dont les allées sont souvent criblées de «petits bâtonnets» - en réalité des promeneurs. D’autres monuments composent ce paysage: une aile du Louvre, la Tour Eiffel et le Grand Palais. De nombreux visiteurs, évidemment, ne manquent pas de prendre en photo un tel panorama avant de replonger dans la contemplation des toiles de Rubens, Van Dyck, Jordaens, Boel, etc.

Il s’est bien assagi, le Moulin Rouge. Mais il offre toujours un soupçon de féerie!

Version postérieure au 2 février. Il m'arrive souvent de m'arrêter au café Le Palmier pour faire "un dessin" supplémentaire du Moulin dont l'apparence change au fil des heures en l'espace d'une journée. Cette fois-ci: interprétation nocturne.



Mitraillé par les appareils photo made in Asia des touristes, le célèbre Moulin semble être rentré dans le rang, devenu banal. Jadis, il régnait sur un tourbillon de bals et de revues scandaleuses.
Aujourd’hui, l’ambiance n’est plus à la fête dans le quartier. Mais certains soirs, surtout quand la pluie s'en mêle, une certaine magie se dégage de la place Blanche grâce aux ailes scintillantes...

 

le 2 février 2015



La roue de la vie tourne. Trop vite, jusqu’à nous éblouir quand nous sommes encore jeunes, puis jusqu’à nous étourdir quand nous avons la sensation d’avoir trop vécu. Le Moulin Rouge en a vu passer du monde, jeune ou moins jeune, à l’ombre de ses ailes!

Pour qui découvre Paris, ce lieu ne peut être qu’une source de fascination: un moulin en pleine ville, une curiosité bien singulière! Le long de la fresque coiffant le hall d’entrée du Moulin Rouge, trois jeunes femmes sveltes et aguichantes se détachent en blanc sur un fond rouge framboise. Elles en disent long sur l’histoire fiévreuse et même torride de cet espace dédié au plaisir des sens.
Qui ne se souvient pas la tête d’affiche extravagante que fut La Goulue, immortalisée par Toulouse Lautrec? A l’époque où le French cancan inaugurait l’ère de la libération des mœurs, les revues scandaleuses se succédèrent à un rythme d’enfer. Dans le tourbillon du bal des Quat’zarts, une Cléopâtre dans son plus simple appareil apparaissait au milieu d’une floraison de jeunes filles tout aussi dévêtues.

Aujourd’hui, de jour comme de nuit, le Moulin paraît bien assagi, comme figé dans l’épaisseur de sa légende. Des hordes de touristes, jaillissant de la bouche de la station de métro Blanche ou dévalant la rue Lepic mitraillent, de leurs appareils photo made in Asia, ce champignon rouge percé de fenêtres à l’orientale. Vers 17 heures, un trèfle à quatre feuille (la roue!) se met à tournoyer.

Or, la grande majorité des visiteurs étrangers qui posent pour la postérité le dos tourné au Moulin Rouge ignorent combien cet endroit s’est banalisé voire déshumanisé au fil des décades. Les immeubles à proximité ont perdu les tourelles et les ornements qui en faisaient un décor d’opérette, une scène gothique au pied de la Butte Montmartre.

 


Des giclées de jaune et de rouge
déteignent sur la chaussée mouillée de pluie


 
Ici comme ailleurs, ce sont les voitures qui mènent le bal. Mais il est vrai que les jours de pluie surtout, à la tombée de la nuit, la place Blanche cultive des réminiscences de magie. Des giclées de jaunes et de rouge, projetées par les ailes du célèbre Moulin, déteignent sur la chaussée mouillée. Des éclaboussures égratignent la carrosserie rutilante de taxis s’arrêtant à proximité pour y semer quelques graines de touristes.
Une colonne Morris, coiffée de son bulbe, tutoie le Moulin, tapie dans l’ombre, tandis que les branchages sinueux d’arbres enracinés dans le bitume semblent vouloir ravir à la roue ses losanges jaunes citron. Au milieu de la place Blanche et tout autour se dressent d’innombrables lampadaires, sortes de fantômes dont les lanternes se prennent pour des étoiles.

M’épiant d’un œil bienveillant, un serveur du café Le Palmier, dont la terrasse fait face au célèbre music hall, me demande: «C’est notre Moulin que vous dessinez?» L’ébauche prenant forme sur la feuille de papier serait-elle à ce point distante de la réalité? Un dessinateur peut se permettre un tel luxe: chevaucher une imagination excessive et déformer à sa guise la réalité sans pour autant basculer dans l’abstraction. Mais j’admets avoir bâclé passablement ce dessin, autant par manque de temps (il me fallait partir vers 18 h 30) que sous l’emprise d’une certaine gêne…
En effet, j’avais l’impression que j’étais de trop avec mes plumiers et ma flopée de crayons. Agglutinés au comptoir, des consommateurs discutaient  avec la patronne du café.  Certains habitaient le quartier. D’autres y travaillaient, notamment des maçons et des peintres en bâtiment.

Ces hommes ne parlaient que de ça: la crise économique, le fardeau des impôts, les affaires en berne, l’insécurité, les dernières déclarations de politiciens. Pléthore de soucis! Et moi, tout bêtement, j’étais venu ici  - en provenance de la banlieue où j’habite  -  pour rêver un peu, pour demander à la roue du Moulin de m’octroyer un zeste de féerie, un soupçon de rêve.

Une boulangerie pétrie de sourires, rue des Martyrs


Cette rue légendaire, à cheval sur les 9ème et 18ème arrondissements, déroule des rubans de magasins qui lui confèrent une ambiance plutôt joyeuse au pied d’immeubles d’un caractère austère et assombris par la pollution. Finalement, c’est dans une boulangerie que le dessin ci-dessus a été fait, alors que régnait un froid coriace.

 

le 23 janvier 2015 


  

Elle fait partie des rues les plus connues à Paris, associée à tout un frétillement commercial. Et malgré son nom plutôt rébarbatif, la rue des Martyrs suscite une sympathie assez immédiate.

Il faut juste préciser l’origine de son nom: selon une légende datant du 3ème siècle après Jésus-Christ, Saint-Denis, se dirigeant vers la basilique qui lui est consacrée, emprunta ce qui était alors un chemin tout en portant sa tête décapitée à bout de bras…

Qu’il est difficile d’imaginer une voie romaine partant à l’assaut d’une butte  - Montmartre -  couverte de pâturages, de vignes, de vergers !  La rue des Martyrs se faufile aujourd’hui un passage au milieu d’un quartier parmi les plus densément bâtis. Des immeubles plutôt cossus, de tout styles, dont les volets sont comme des ailes de papillons bleutés sur des façades plutôt austères. Aussi, cette rue serait tristounette, voire macabre, si elle n’avait pas été gagnée par toute une fièvre commerciale. De chaque côté de la rue se déroule un ruban de magasins dont certains se veulent du terroir et de qualité. Epiciers, fromagers, primeurs, chocolatiers, et bien sûr cafés ainsi que… boulangers.

Le dessinateur que je suis se demande toujours, dans une telle rue, comment restituer la personnalité et l’atmosphère des lieux. Il faut trouver un endroit avec du recul, en tout cas un bar ou un restaurant en hiver à cause des mains qui gèlent si vite.

 


Brandissant leurs cheminées, les immeubles
arrachent au ciel des morceaux d'étoffe


 

Surprise: c’est dans une boulangerie, au carrefour de la rue des Martyrs et de la rue Condorcet, que je me suis réfugié. La Boulangerie Verte dispose d’une terrasse avec des chaises et des tables vertes s’abritant sous des stores nimbés de rose. Mieux vaut rester à l’intérieur, où une table a été installée au pied d’une fenêtre: la vue sur les immeubles est assez impressionnante.
Pas de doute, on est vraiment à Paris !
Brandissant leurs cheminées élancées, ces bâtiments semblent vouloir arracher au ciel quelques pans d’étoffe. Leurs fenêtres, étroites comme des meurtrières, apparaissent derrière un quadrillage confus de branches: à Paris, les arbres parviennent à survivre dans un environnement pourtant hostile, à commencer par la circulation automobile.

Alors, s’il fallait chercher un sourire, plusieurs même, ce serait à la boulangerie au coin de la rue Condorcet qu’il faudrait le trouver. La vendeuse qui m’a accueilli, Floriane, a témoigné une patience angélique. Toute jeune, elle semble connaître la plupart des clients qui lui demandent tantôt une baguette de pain tantôt des douceurs. Dans une salle attenante, un boulanger s’active, garantissant un approvisionnement régulier: la croûte, d’un beau brun cuivré, croque sous la dent.

Mais c’est après-midi là (un vendredi), une certaine morosité régnait.
Deux semaines plus tôt s’était produite une épouvantable fusillade. «On sent que les gens ont peur de sortir, je n’ai jamais vu ce quartier aussi endormi», commentait Floriane en présence d’une cliente. «Le monsieur qui vient de m’acheter du pain s’occupe d’un chocolatier basque, juste à côté. Il n’a presque plus de clients… Il faut dire qu’il s’adresse à une clientèle spécifique, alors que nous nous vendrons toujours du pain, quel que soit le contexte.»

Vers 17 h., la boulangerie a pris un coup de jeunesse supplémentaire. Des lycéens, sortant de classe, ont fait irruption, achetetant des pains au chocolat et des pains au raisin. Quelques touristes se sont mêlés à eux. Floriane a dû trouver ses mots en anglais pour les servir… avec un sourire bien français.

                                                                                                             Yann Le Houelleur

 

(19 janvier 2015) - Il fait trop froid pour dessiner dans la rue en janvier. Seul recours possible pour continuer à observer Paris au moyen de crayons et accessoirement de feutres : prendre un café à la terrasse d’une brasserie. Dans les premiers arrondissement (1, 2, 3 et 4), les places sont chères : 3 voire 3,50 euros le petit noir. Pas moyen de faire autrement: voici Paris sous son meilleur jour! Des immeubles haussmanniens cossus et joliment travaillés quant aux balcons, aux contour des fenêtres, dont certaines entrées sont majestueuses et flanqués, si nécessaire, de cariatides. Au carrefour d’Etienne Marcel et de la rue Montmartre, cet immeuble surmonté d’une coupole mérite un coup d’œil élogieux!

Place de Clichy: par dessous les coupoles, une atmosphère un peu folle

Dessin à l'encre de Chine et au stylo feutre, avec ajout de crayons de couleur, fait depuis le restaurant Quick près d'une bouche de métro.

Entre les beaux quartiers, Montmartre et la proche banlieue, cette place brasse beaucoup de monde et elle mêle maints symboles de Paris: cartouche rouge du métro, colonnes Moris et kiosques à journaux, brasseries aux stores rouges, ainsi qu’un bulbe coiffant un superbe immeuble haussmannien.


le 12 janvier 2015


 

PRECISION LIMINAIRE - Si vous désirez acquérir le dessin ci-dessus ou l’un des dessins présentés sur ce site, veuillez entrer en contact avec moi (Yann) : vivreentoussens@gmail.com ou chaudslesmots@yahoo.fr . Originaux en vente à des prix très abordables, une facture étant présentée aux acheteurs. (Je fais partie de la Maison des Artistes.)


Existe-t-il une place plus parisienne que celle-ci? Sans doute peu d’endroits réunissent-ils autant d’éléments emblématiques de la capitale.

Place de Clichy, il y a tout d’abord, griffant ce patchwork de couleurs plutôt sobres, le rougeoiement d’un cartouche signalant le métropolitain, en lettres majuscules. Les deux bouches de métro de la place de Clichy sont par ailleurs entourées d’une broderie métallique verte qu’il faut contourner avant de se plier à la descente des escaliers… (Faut-il rappeler que plusieurs édicules du métro parisien datent de la période de l’art nouveau, conçues par l’architecte Hector Guimard ?)

Autre élément si parisien: des colonnes Morris et des kiosques à journaux coiffés de coupoles à écailles.
Et puis, il convient d’observer la variété des styles d’immeubles qu’en hiver les troncs des arbres fragmentent en petits carrés et losanges ocre. Le plus beau s’élève au carrefour entre la rue d’Amsterdam et le boulevard des Batignolles. Un splendide bulbe, tel un cône glacé, gratifié à sa base d’une horloge, surplombe cet immeuble haussmannien.
Place de Clichy, on est à la frontière entre les quartiers chics de Paris et cette «terre promise de la bohème» que fut Montmartre, dont le Moulin rouge, quand ses ailes tournoient, brassent tant de prodigieux souvenirs.

Plusieurs restaurants déploient leurs stores rouges, dont le Wepler, une brasserie où tant d’artistes ont trinqué et refait le monde: Picasso, Apollinaire, Toulouse-Lautrec, Marie Laurencin, Suzanne Valadon, Maurice Utrillo, Modigliani. Le café Gerbois, vivier d’impressionnistes, se trouvait juste à côté: au début de l’avenue de Clichy. (A la différence du Wepler, ce café n’existe plus.)

C’est donc une curieuse place que celle de Clichy, présentant la particularité d’être à cheval sur… quatre arrondissements. La foule y est encore plus hétérogène qu’ailleurs, toutes sortes de classes sociales s’y mêlent, aussi bien des hommes d’affaires pressés que des prolétaires, des filles de joies et de drôles de zouaves (pas si drôles que ça, d’ailleurs) parfois attristants.

Dans le restaurant Quick où je me suis réfugié pour élaborer ce dessin à l’encre de Chine, un ivrogne affalé sur une banquette avait fini par perturber la clientèle au point de mériter une expulsion orchestrée par le gérant. Ce genre d’incident se produit assez souvent mais ne semble troubler aucunement les habitués de la place Clichy qui en ont vu des vertes et des pas mûres.

Yann Le Houelleur

(19 janvier 2014) - Fabuleux, ce musée! Il est aussi riche de trésors à l’intérieur que de splendeurs architecturales au dehors! Pour bien visiter le Louvre, une découverte qui peut prendre des mois, encore faut-il veiller à jeter de fréquents regards à travers les fenêtres. Que ce soit la cour carrée ou la cour Napoléon (avec ses pyramides), la rue de Rivoli, la Cour des Compte et le Palais Royal, le jardin des Tuileries ou les quais de Seine : toujours de belles choses à voir depuis les salles d’exposition…

A travers les fenêtres de la galerie d’Apollon...

Ce dessin a été élaboré entre 15 h 30 et 17 h. Une chance pour moi que d’avoir pu le terminer. J’avais posé mon bloc à dessin sur la vitrine d’une table inutilisée, au pied de la dernière des fenêtres percées le long de la galerie d’Apollon, au musée du Louvre. Soudain, un plumier est tombé, causant un bruit inhabituel. Un gardien m’a demandé si je pouvais terminer au plus vite le dessin, car il avait toléré ma présence. Ce salarié a fait montre d’une éducation parfaite, d’une gentillesse authentique, et j'ai filé vers un autre galerie car je ne voulais pas abuser...


le 9 janvier 2015 


 

C’est comme une immense armoire dont le visiteur n’aurait jamais fini d’ouvrir les tiroirs tant ils sont innombrables: le Louvre ! La seule évocation de ce musée me rappelle une conversation déjà lointaine avec l’un des gardiens hantant les lieux : «Il nous arrive de recevoir des personnalité qui font le tour du musée en 20 minutes, se limitant à quelques chefs d’œuvre, à commencer par la Joconde.»
Délire de la pensée contemporaine: vouloir tout voir dans un laps de temps toujours plus court.

Ce n’est pas l’une des moindre contradictions d’un musée «vendu» à l’étranger à travers un nectar plutôt restrictif d’œuvres, en particulier celles auparavant mentionnées. Le sourire énigmatique de la Joconde et l’unique aile déployée de la Victoire de Samothrace font crépiter les flashs d’appareil photo et de portables venus de tous les horizons. Au fond, notre civilisation est désormais basée sur le concept du «vol inavoué». Tous ces touristes-photographes s’inoculent l’illusion de dérober à un patrimoine public une œuvre d’art qu’ils aimeraient emporter chez eux. Et s’ils le pouvaient ils ne s’en priveraient pas. Photographier, c’est subtiliser! A moins que ce ne soit cacher dans son cœur des «choses» mythiques si peu accessibles…

 


La plus belle vue qu'on puisse avoir de Paris:
le pont des Arts et le pont Neuf raturant
le ruban bleu de la Seine



 
Le comble de l'ironie, dans un musée, surtout à Paris, c’est d’oublier un peu son contenu pour observer les comportements et voir ce qui se passe dehors.
Admirer Paris à travers les fenêtres du Louvre s’avère un plaisir certes paradoxal mais bénéfique. L’une des plus belles vues de Paris qu’on puisse avoir est celle-ci: le pont des Arts et le pont Neuf raturant, parallèlement, la Seine avec l’Ile de la Cité tel un gâteau surmonté de cette vénérable cerise que serait Notre-Dame. Une bouchée de gourmandise dont il convient de profiter depuis la galerie d’Apollon. L’averse de dorures, de stucs, d’ornements, d’allégories (sous forme de peintures et de sculptures) qui s’abat sur les visiteurs est tout simplement éblouissante bien qu’excessive, pour ne pas "dire" ostentatoire. Pas un millimètre n’a échappé aux artistes de Louis XIV.

De même que Le Brun et ses confrères ont surchargé la galerie, les siècles s’étant écoulés par la suite ont surchargé de monuments et d’habitations les rives de la Seine.
Ruban bleuté tissé tantôt de fils d’or et tressé de remous plus sombres, le fleuve respire encore, mais il ne rejoint plus depuis longtemps, à l’horizon, le ciel.
Alors que j’élaborais ce dessin, un gardien m’a demandé si je comptais y mettre l’épouvantable «poteau» se dressant à droite de Notre-Dame. «C’est la tour du Campus de Jussieu qui a fait tellement parler d’elle à cause du scandale de l’amiante, me glissa à l’oreille ce surveillant. Comment a-t-on pu défigurer Paris avec des constructions si grossières?»

Sur le dessin, j’ai finalement préféré signifier ce «building», dont la cour des Comptes avait préconisé la destruction (à la suite des travaux de désamiantage), par un simple trait qui fait écho à la tour s’élevant au croisement du quai des Orfèvres et du boulevard du Palais.
Un dessinateur peut s’arroger le droit, quand il l’estime nécessaire, d’embellir un peu la réalité. Autrement dit, «zapper» une certaine pollution urbaine et architecturale.

 

NOTE (TOUT PERSONNELLE)

Paris - comme la France - était dans tous ses états quand j’ai visité la galerie d’Apollon, deux jours après la fusillade mortelle survenue dans le 11ème arrondissement. C’est vraiment un endroit idéal pour échapper à la vulgarité, aux insanités que produit cette société moderne. En quoi une éruption de caricatures abominables, destinées à choquer et offenser, peut-elle incarner la liberté? La liberté, c’est aussi le respect de la tolérance, la conviction, tout au moins l’intuition que les mots et les images peuvent dégénérer, déclencher des énergies nocives dégénérant en événements abominables. Charlie Hebdo – faut-il le rappeler ? – ce n’est pas de l’art, mais de la «saloperie journalistique».

Paradoxe de cette visite au Louvre, un de mes endroits de prédilection à Paris: alors que les voitures de police défilaient le long des quais de la Seine, faisant hurler leurs sirènes angoissantes, des touristes et amateurs de belles choses flânaient dans les couloirs, galeries et salons du musée du Louvre… Certains s’octroyaient le droit, tout en replongeant dans les racines de notre civilisation, de ne pas se laisser gagner par la fièvre de la manipulation et de l’instrumentalisation à laquelle se livre «le pouvoir» avec  - hélas -  la bénédiction des médias. 

La magie hivernale du Printemps-Haussmann

Dessin fait sur le trottoir vers 17 heures. Complété à l’encre de Chine avec un peu de gouache dès mon retour à la maison pour retranscrire davantage l’impression de férie que dégagent ces grands magasins lorsque l’encre noire de la nuit dégouline sur la ville puis la submerge.

C’est l’un des symboles de Paris : le Printemps Haussmann fait fantasmer des millions de francophiles à travers le monde. On peut aimer ou détester la société de consommation: mais comment rester insensible à la métamorphose que ces grands magasins opèrent à Noël? Des parures de lumières ruissellent le long des façades. Liesse. Ivresse d’étoiles…

 

le 31 décembre 2014



Il incarne le concept français du luxe et du raffinement. Son architecture à la fois farfelue et cossue s’invite inéluctablement dans les pages des guides pour touristes distribués à l’étranger. C’est bien évidemment le Printemps, devenu l’un des symboles de Paris voire de la France. Ce grand magasin fait fantasmer, frétiller d’envie les foules, accueillant autant de visiteurs que certains musées.

Mais je ne suis pas de ceux qu’incite à saliver la vue d’articles de griffe vendus à prix d’or. En ma qualité de modeste dessinateur en quête d’inspiration, je me contente de butiner la fine fleur de l’architecture et de la création artistique. Alors, rien d’étonnant à ce que les allures de palais du Printemps Haussmann me fascine! Les architectes qui l’ont conçu sous le second Empire et ceux qui ont assuré sa reconstruction après un incendie ravageur en 1921 ont su conjuguer la ligne droite, et même le sens de la rigidité, avec les courbes et circonvolutions. Ils n’ont pas oublié de coiffer semblables bâtiments de coupoles si parisiennes.

Vraiment, Paris est une ville qui aime prendre de la hauteur, semée de monuments aptes à tutoyer les nuages. Le Printemps est l’héritier, parmi tant d’autres chefs d’œuvres architecturaux, d’une époque où il n’y avait pas besoin de déployer des gratte-ciel pour impressionner le monde.

(Il faut souligner, quand même, l’enlaidissement qu’ont fait subir au Printemps les apports successifs d’étages qui ont corseté les tours d’angle dans une gangue de béton et de verre, de sorte qu’elles en ont perdu leur élancement initial.)

Ce «Versailles des grandes marques du luxe» est plus éblouissant, encore, au moment des fêtes de fin d’année. Il se pare de dentelles de lumières qui ruissellent sur toute l’étendue de ses façades, à l’exception des tourelles. De loin, c’est comme un énorme paquebot qui se serait enlisé dans le macadam parisien et dont les passagers continueraient à faire la fête dans une totale insouciance régi par un cosmopolitisme contagieux.

Quand j’ai vu des dizaines d’étoiles, de comètes (et quelques paquets cadeaux géants accrochés au milieu de cette voie lactée) fleurir le long du Boulevard Haussmann, je me suis rappelé, soudain, que j’avais été un enfant il y a fort longtemps.

Voici plusieurs années, hélas, que les décorations et lumières de Noël ne m’émeuvent plus et ils sont synonymes de supercheries, d’appropriation de la spiritualité par ce monstre sans cœur, mais non point sans charmes parfois, qu’est la société de consommation. Pourtant, à mon insu, les façades cousues d’astres du Printemps ont réussi à susciter en moi un émerveillement indélébile.
Boulevard Haussmann, un conte de  fée éphémère (bientôt les soldes de janvier) s’écrivait, en jaune et or, sur un grand livre fait de pierre de verre.

A quelques pas de la gare du Nord

(23 décembre 2014) - Faut-il les considérer comme des squelettes ou des routes tissées dans le ciel avec des embranchements menant aux étoiles? Quel que soit le jardin ou le square entrevu, les arbres en cette maudite saison ont tous la même allure. Voilà que le solstice d’hiver, déjà, est derrière nous et que les jours s’apprêtent à allonger. Pendant combien de semaines nous faudra-t-il prendre notre mal en patience avant de les voir enfiler leur parure de feuilles? En tout cas, à bien les observer, il convient de noter que leur apparente noirceur se teint de rouge ou de mauve.
Dessin fait depuis un café, square de Mentholon le long de la rue de La Fayette, non loin de l’Eglise Saint Vincent de Paul et de la Gare du Nord. A 16 heures, des flots de voitures, presque toutes noires, fouettaient le bitume.

Un semblant de joie, rue de la Chapelle

(17 décembre 2014) - Heureusement qu’il reste assez de cafés, de bistrots, de restos à Paris pour mettre quelques notes de gaieté dans les rues si moroses en hiver. Les stores rouges, oranges ou roses constituent autant de baume au cœur, quand les trottoirs sont vernissés de pluies et que les façades des (beaux) immeubles transpirent un ocre terni par la grisaille ambiante.
Rue de la Chapelle (à proximité du métro aérien): ce bar, au tout début d’une rue qui charrie sans répit des flots de voitures et de passants. Malgré Noël, aucune décoration, aucune fantaisie dans les vitrines. Triste fin d’année. Passé le 22 décembre, le moral ne pourra que reprendre un certain mordant puisque les jours se mettront à allonger nouvellement et les bourgeons, sur les arbres décharnés du square voisin, commenceront à enfler.

Des moulins pour moudre la nostalgie

Dessin élaboré en fin de journée, par un jour de grand froid, tout en prenant un café au bar des Deux Moulins, sous le regard de Marie-Françoise, la patronne. Coïncidence: celle-ci consacre ses loisirs à la peinture. Se débrouillant merveilleusement bien, elle a participé à plusieurs expositions, dont une à Deauville.


Pour prendre la température de ce que pense la population, rien de tel qu’une halte dans un café. Corbeil-Essonnes se situe à quarante minutes de Paris par le train et connaît une toute autre réalité toute différente de la capitale: face aux Grands Moulins de Corbeil, le bar des Deux Moulins a du mal à tourner… La ville s’est appauvrie, accueillant des personnes issues de l’immigration qui travaillent sur Paris.

 

le 15 décembre 2014


 

A quelques jours de Noël, la nuit tombe précipitamment. Vers 16 h 30, les contours des maisons s’estompent, se dissolvent dans l’encre noire d’une
nuit forcément douloureuse.

Tout au centre de Corbeil-Essonnes, une forteresse baigne ses murs de briques
dans les eaux figées d’une place inerte où s’élève une statue, celle des frères
Galigliani. En fait, ce sont les Grands Moulins, qui se voient partout dans la
ville et même depuis les communes adjacentes. Percés de hautes verrières, ourlés en leur partie supérieure de corniches, ces bâtiments majestueux paraissent fantomatiques, nulle trace de vie humaine ne s’y manifestant. Pourtant, les Grands Moulins de Corbeil emploient encore quelques dizaines de personnes. 

Les Deux Moulins: c’est le nom d’un humble café donnant sur la place Galigliani
un lieu idéal pour contempler  - en hiver, cette architecture industrielle. Derrière le comptoir abondamment éclairé alors que la salle dérive vers la pénombre se dresse Marie-Françoise, la patronne. Ses cheveux teints en blonds dégringolent sur de larges épaules. Une femme solide comme un roc que rien ne semble décontenancer.

Marie-Françoise passe le temps en faisant des mots croisés. Et elle a vraiment
du temps à revendre, tant les clients sont rares à pareille époque. Michel, son
mari, aux yeux bleus pervenche enfouis sous d’épais sourcils, lui tient compagnie. Bougon, au premier abord, il peste contre «ces salopards au pouvoir», que ce soit les élus locaux ou l’exécutif. Le maire de Corbeil ne trouve même pas grâce à ses yeux: «On ne le voit jamais.»

S’il ne dépendant que de lui, la guillotine reprendrait du service et elle fonctionnerait
24 h 24.

Voilà qu’un monsieur pousse la porte. Enveloppé dans une cape, il a des cheveux
gris en bataille et il affiche un air sévère. Il se plonge dans la lecture d’un
journal à la disposition des clients, Le Parisien. Les gros titres du jour: les menaces pesant sur les retraites complémentaires. Il bredouille quelques mots à ce sujet. «Cela fait un bon bout de temps qu’on s’en doutait.» Une fois ce visiteur parti, Marie Françoise me fait savoir: «Il a été commissaire de police.»


POUR LIRE LA SUITE DE CE TEXTE: RENDEZ-VOUS SUR LA RURIQUE «ILE-DE-FRANCE» (sommaire, colonne de gauche) ETCLIQUEZ SUR L’ICONE CORBEIL-ESSONNES

Avant de rejoindre la Seine, l'Esssonne passe sous les Grands Moulins

(16 décembre 2914) - Avant de confier ses eaux réputées nonchalantes à la Seine, l’Essonne se confronte à un dernier obstacle ; les bâtiments majestueux des Grands Moulins, au  coeur e Corbeil-Esssonnes A partir d’un pont, l'Essonne emprunte une sorte de tunnel sous le site industrielle où elle gazouille avant de plonger dans le fleuve.

Une ambiance particulière se goûte le long de l’Essonne avant qu'elle n'atteignent le pont : de cette cohabitation entre les hauts murs de brique rose barrant l’horizon et entre les eaux vertes de la rivière émane une atmosphère plutôt romantique, en tout cas sereine. Pas de doute ; voilà de la très belle architecture industrielle, fort bien préservée à Corbeil. Cette ville a été jadis prospère grâce au fonctionnement de nombreuses usines dont certaines tournaient nuit et jour. Tout en dessinant ce paysage urbain, j'ai pu observer à quel point l'Essonne est considérée comme une poubelle: des bouteilles, des chaussures, des baguettes de pains et des sacs en plastique se laissent emporter au loin...

TRES CHER(E) FERME

(11 décembre 2014)  -  Dans le Cher, tout près de la Bourgogne (lire textes ci-dessous) François Mallet, sa sœur Nelly et Juan Carlos ont fait restaurer cette magnifique ferme aux amples toits pentus, dans une campagne certes féconde (les vignobles du Sancerre ne sont pas loin) mais déconcertante pour qui n’est pas habitué à un rythme de vie si différent de celui qu’accusent les Parisiens et autres citadins. La plus proche des boulangeries se trouve à 8 kilomètres de là. Pour aller faire le plein au supermarché: il faut compter 16 km jusqu’à Cosne-sur-Loire.
En faisant ce dessin, à la nuit tombée, j’ai songé aux si belles fermes qu’avait peintes Alfred Sisley en Seine-et-Marne, tableaux que l’on peut admirer au musée d’Orsay.

A suivre (page ci-dessous)
Cosne-sur-Loire, à 180 km de Paris une toute autre France
Des villages dépourvus de tout commerce

A 180 km de Paris, une toute autre France

Dessin fait à la hâte, Par temps froid, mieux vaut se réfugier, ainsi, dans un bistrot. En l’occurrence, j’ai élaboré ce croquis confortablement assis dans le café O Délice.

 


Pas besoin de s’envoler à l’autre bout du monde pour appréhender une toute autre atmosphère: il suffit de s’aventurer dans des département comme la Nièvre ou le Cher pour découvrir une France à l’écart des médias et de l’intellectualisme parisien si égocentrique.

 

le 27 novembre 2014


 

Avec ses 15.000 habitants, Cosne-sur-Loire comprend un nombre hallucinant de cafés et de troquets. Rien que le long du boulevard de la République, ce sont au moins quatre établissements ouvrant leurs portes, parmi lesquels le Café de Paris dont une tour Eiffel «rehausse» le logo jaune.

A l’autre bout du boulevard, côté gare: O Délice. Un petit cocon douillet où tôt le matin des clients se retrouvent autour d’un café pour tisser des liens sociaux dans une ville comme celle-ci où il semble y avoir beaucoup de personnes âgées et isolées. Les jeunes consommateurs ne font que passer, avalant leur petit noir ou leur panaché à la hâte. Il sont aussitôt happés par le froid vif qui inflige tant de tourments au dehors. Peut-être la quête d’un peu de chaleur incite-t-elle les personnes du 3ème âge à séjourner plus longtemps encore dans cet endroit plutôt sombre qu’égaye la bonne humeur du patron paraissant connaître chacun(e) par son prénom.

Le froid, il en est question dans presque toutes les conversations se nouant au comptoir et autour des tables. «Il a fait moins un (degré) à Nevers», entend-on dire. En fait, Cosne-sur-Loire se situe à la périphérie de la Bourgogne, dans le département de la Nièvre. Sur la rive opposée de la Loire commence la région du Centre: c’est déjà le Cher.
 


Des dames aux cheveux blancs passent en revue
les mariages, les divorces, les naissances...


 

D’ailleurs, le quotidien local, dont un exemplaire est en consultation dans le café, s’intitule Le Journal du Centre. Nevers occupe une place de choix au sommaire.

Dans ce café, comme dans tant d’autres, la chronique du «carnet rose» est prépondérante dans les conversations. Les dames aux cheveux blancs conversant entre elles passent en revue les mariages, les naissances, les divorces, les trahisons, les rabibochages au sein de leur entourage et dans leur quartier. Aucune intention de nuire dans ces propos mais plutôt le besoin d’effleurer l’écume des jours afin de prouver un certain rôle social, en premier lieu celui d’observateur.
Les décès sont évoqués à longueur de conversation: il y en a du monde qui meurt malgré l’allongement stupéfiant de la durée de vie. Il n’est pas rare d’entendre des phrase du genre : «Oh, elle n’est plus toute jeune, elle vient de fêter ses 80 ans.» Les moins chanceux sont ceux qui se retrouvent seuls à Noël, dans leur maison. «Ces fêtes, je le vis très mal, s’indigne une dame, car j’ai l’impression qu’on ne s’intéresse à moi qu’à travers mon porte-monnaie. A mon âge, je veux échapper à la pression de ces fêtes forcées.»

Des villages privés de tout commerce

(suite du texte ci-dessus intitulé "à 180 km de Paris")

(11 décembre 2014)  -  La ville de Cosne-sur-Loire compte deux supermarchés. Ces grandes surfaces attirent des ménages qui avalent parfois beaucoup de route pour se ravitailler. En effet, quand on a franchit la Loire par le biais d’un pont suspendu évoquant la baie de São Francisco s’égrène une série de petits villages, à intervalles de 3 à 5 kilomètres.
Nombre de ces villages se terminent pas «gny» (Subligny, Savigny, Assigny, etc). La plupart ne possèdent plus aucun commerce. Dans certains d’entre eux, l’enseigne d’une épicerie désaffectée depuis longtemps est soigneusement préservée comme pour rappeler des temps mémorables.

François Mallet, un natif de la région qui s’occupe d’une auberge accueillant des clients et touristes en fin de semaine, raconte que "pour aller chercher la moindre baguette de pain il lui faut parcourir huit kilomètres." Bien entendu, les dessertes de bus reliant ces villages sont rocambolesques voire inexistantes.

Quand on vient d’une métropole ou d’une grande ville, la découverte de cette France profonde suscite un choc aussi fort que si l’on faisait irruption dans un pays étranger. Autre rythme de vie, autres rapports humains, autre conception de l’espace… Et puis, en hiver, à 5 heures, c’est un silence de plomb qui s’installe autour des fermes égarées au fond des vallons… Impossible ne pas songer aux paysans qui jadis ne disposaient que d’une cheminée pour se réchauffer pendant les mois infâmes de l’hiver.

 

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Martine | Réponse 01.03.2015 23.50

Merci d'avoir ressuscité les pierres de la rue de Paris, sous votre crayon, elles deviennent des trésors. Les traits de vos dessins sont des rayons de soleil !

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Commentaires

06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

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21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

...
18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

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30.12 | 10:55

Solidarité avec toi Yann ! Paris sans les artistes de rue n'est plus Paris ! Simona a tout à fait raison !

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