Mai-Juin 2015

Une édition estivale éclaboussée de couleurs vives

Bonjour ! 

( Ou, si vous préférez : Mesdames, Messieurs ; Cher(e)s Ami(e)s, )

C’est toujours une grande joie que d’adresser aux uns et aux autres (amis, acheteurs, partenaires, parrains, etc.) l’édition de «Paris en tous sens» en PDF. Une édition devenue trimestrielle, faut-il préciser, réalisée par mes soins avec les moyens du bord.
                 
Pour célébrer l’été à son zénith, j’ai tenu à élaborer une édition de«Paris en tous Sens» éclaboussée de couleurs vives. Elle a été transmise, par courriel, le 6 juillet.

Hélas, il semble que suite à une manœuvre erronée de ma part tous les destinataires habituels et nouveaux n’en aient pas accusé réception. SI TEL ETAIT LE CAS, MERCI DE ME PREVENIR ET DE M’ADRESSER UN COURRIEL aux adresses suivantes :

chaudslesmots@yahoo.fr  ou  affaires-en-cours@outlook.fr  Je me ferai un devoir, dans les meilleurs délais, de vous renvoyer un PDF.

Il me serait tout aussi agréable, grâce à votre bienveillance et à votre soutien, de vendre quelques dessins. Bien sûr, j’accorde volontiers des réductions aux personnes qui me font l’honneur d’en acquérir plusieurs à la fois. Précision importante, émanant d’une personne qui déteste les profiteurs et l’assistanat : je fournis des factures, dont une copie est dûment transmise aux administrations compétentes.

Si vous le désirez, moyennant un supplément de prix, je peux remettre ces dessins encadrés par mes soins.

Par ailleurs, si vous désirez recevoir une version papier de «Paris en tous Sens» (imprimée comme il se doit sur un beau papier), n’hésitez pas à me le faire savoir.

Enfin, toute suggestion concernant des expositions, une participation à des projets artistiques sera très volontiers «analysée». J'aurais la chance, d'ici quelques mois, de participer à une exposition à Gennevilliers, et je vous tiendrai au courant.

Vous remerciant, je vous souhaite un été plein de beaux paysages et belles rencontres.

Yann Le Houelleur

 

 

P.S. : Pendant tout l’été, le site « 123siteweb.fr/parisentoussens » sera étoffé régulièrement : des dessins mais aussi des textes écrits (je l’espère) avec soin.

Ces deux hôtels particuliers évoquent un château

Au carrefour de la rue des Archives et de la rue Pastourelle: un joyau architectural dont la construction remonte au règne de Louis XIV, à l’instar de tant de belles demeures dans le Marais. Des habitants se plaisent à rappeler que ce quartier a été sauvé du désastre à la fin du siècle dernier.

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Eté 2015: le plein de soleil !
 

Juin 2015  


 

S’agit-il d’un château? La question n’est pas saugrenue quand on se la pose en découvrant deux très belles demeures, au carrefour entre la rue des Archives et la rue Pastourelle. La présence d’une petite tour carrée, ancrée dans un océan d’ardoises, pourrait nous induire en erreur. Malgré les apparences, ce sont bien deux hôtels particuliers ainsi blottis l’un contre l’autre derrière une sorte de muraille que percent deux portes en principe toujours fermées.

Ils s’appellent, respectivement, l’hôtel Le Peletier de Souzy et l’hôtel Tallemant. Tous deux ont été construits à l’initiative de personnages qui exerçaient d’importantes responsabilités au sein de l’administration tout au début du règne de Louis XIV.
Dessiner ce magnifique ensemble architectural permet de grappiller quelques infos de nature historique auprès de riverains. (Ils sont surpris par la présence d’un artiste en plein air et ils lui confient toutes sortes d’impression.)

Le Marais aurait pu ne jamais devenir l’un des lieux de prédilection des touristes si des hommes politiques plutôt éclairés n’avaient pas estimé nécessaire d’encourager les investissements nécessaires à sa métamorphose. A la terrasse d’un café, le long de la rue Pastourelle, un natif du quartier, qui a cinquante ans bien sonnés, attire mon attention sur une porte verte tout à côté gauche de l’hôtel Le Peletier de Souzy. «Ici, jusque dans les années soixante, il y avait un bistrot. Tout le Marais était comme ça: plein de commerces, pleins d’artisans, et dans un état d’abandon déplorable.»

Il doit faire bon vivre dans cette rue et se réveiller le matin en voyant les petits carreaux des fenêtres mais aussi des mansardes luire sous les éclaboussures du soleil. Soudain, alors que le dessin touche à sa fin, un jeune homme se présente, Alexis. «Je suis né dans le Marais il y a 29 ans. Je suis cinéaste indépendant. J’ai beaucoup de chance de vivre ici et de pouvoir admirer, depuis mes fenêtres, ces deux hôtels particuliers. Vous faites bien de dessiner ici car il y a de la bonne énergie dans les alentours.»

Un vestige de la guerre des Cent ans, rue des Archives (en plein Marais)

Eclipsé par la splendeur de l’hôtel de Soubise, l’hôtel de Clisson est l’un des rares survivants, à Paris, de l’architecture gothique.

Eté 2015
le plein de soleil !


le 19 juin 2015   



A l’étranger, les Français ont la réputation de vénérer ses racines au point de conserver dans le formol leurs édifices et leurs monuments. La réalité est bien différente, même si nous comptons parmi les champions mondiaux en matière de préservation du patrimoine. Tant de témoins de notre si fécond passé sont partis en fumée, tant d’ingratitude et d’inculture ont annihilé des œuvres architecturales et des œuvres d’art d’une valeur inestimable…

Il ne s’agit pas de verser dans la plus désuète des nostalgies mais d’éprouver un surcroît de soulagement en voyant surgir, au coin de si nombreuses rues, des édifices qui ont échappé, par miracle, à la furie destructrice des hommes.

La longue période gothique, notamment, se revisite aujourd’hui à Paris à travers de trop rares édifices et bâtiments. Musée de Cluny, hôtel de Sens, tour Jean Sans Peur et… l’hôtel de Clisson. Celui se voit de loin, quand on arpente la rue des Archives. Sa paire de tours  - ou plutôt, d’échauguettes -  en encorbellement met un peu de fantaisie dans cette rue au tracé si rigide, à l’apparence si sérieuse.

La porte fortifiée, au-dessus des tours, est d’une émouvante simplicité, refermée à jamais sur tout un pan de l’histoire de France, plus particulièrement la guerre de Cent ans. Nommé connétable de France par Charles V, Bertrand du Guesclin eut pour successeur Olivier de Clisson, grand féodal, lui aussi breton, qui possédait une soixantaine de propriétés dans plusieurs régions de France… ainsi qu’un hôtel particulier à Paris.

Le charme de ce qui subsiste de l’hôtel de Clisson est quelque peu éclipsé par la magnificence de l’hôtel de Soubise, que les visiteurs découvrent en traversant le portail s’élevant à droite du dessin. L’influente famille de Guise acquit ces bâtiments en 1553, puis les embellit à plusieurs reprises, de sorte que ce vestige de l’architecture gothique est accolé à une façade comptant parmi les plus belles du Marais. Scandé par des pilastres, coiffée d’un fronton, orné de sculptures allégoriques: voilà l’Hôtel de Soubise, un des rendez-vous de prédilection de la noblesse pendant le règne de Louis XIV.

 

Yann Le Houelleur

 

 

De la très belle architecture… et de la verdure


Le périmètre des Archives nationales, dans le Marais, comprend six hôtels particuliers, parmi lesquels celui de Fontenay. Au pied de celui-ci s’étend un jardin. Surprise quand un beau quadragénaire fit irruption dans ce havre de paix, lisant un ouvrage écrit pas un auteur hélas mort trop jeune.


Eté 2015: le plein de soleil !

le 25 juin 2015  


 

En été, cet espace est des plus propices à la découverte comme au délassement. Toute la journée, des grappes de touristes se déploient dans le périmètre des Archives Nationales : en tout, sept hôtels particuliers auxquels s’ajoutent les dépôts de Napoléon III (pas vraiment beaux, quant à eux).
Le joyau de cette couronne est évidemment l’hôtel de Soubise, agrémenté de sculptures   - œuvres de Robert le Lorrain -  qui veillent sur une cour pavée zébrée de pelouses où se dispersent des ifs taillés en pointe.

Un autre bel hôtel particulier, quoique moins ample, mérite le détour : l’hôtel de Fontenay. Sobre mais d’un abord raffiné avec ses consoles de style rocaille conférant un brin de fantaisie à sa façade convexe. Les fenêtres, sur deux étages, sont très hautes.
Un jardin s’étend au pied de cette demeure comme de celles la jouxtant (hôtels d’Assy, de Breteuil, de Jaucourt). Les pelouses sont saupoudrées de fleurs bleues en cette fin de juin.

Quelques bancs accueillent les visiteurs. L’un d’eux fut occupé, pendant quelques quarts d’heures, par un dessinateur… moi-même! Quelle ne fut pas ma surprise, sous un soleil tapageur, de voir s’asseoir à mes côtés un inconnu  - Damien -  aux allures de jeune homme dont la chevelure était déjà grisonnante. Tee shirt blanc moulant, la carrure avantageuse, tatouages à l’épaule gauche : un dieu tombé du ciel. D’une voix sucrée, il me demanda: «Je ne vous dérange pas?» tout en ouvrant les pages d’un livre.
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"Cargo Vie, c'est le dernier voyage
d'un sidéen mort à 29 ans"
Damien, qui habite le Marais




Quelques minutes plus tard, Damien repéra un banc libre, à proximité de l’hôtel de Fontenay, et il justifia son déménagement ainsi : «Je ne veux pas troubler votre inspiration».

Curieuse rencontre, car à l’heure où tant de gens vivent scotchés à leur portable, en quelque sorte leur seconde cervelle, des survivants d’une «autre ère» se contentent de voguer à travers un océan de pages. Sitôt le dessin fini, l’idée me vint de lui demander ce qu’il pouvait bien lire. Un bouquin signé Pascal de Duve, intitulé Cargo de Vie.

«C’est le dernier voyage d’un malade atteint du sida, à l’époque où les homosexuels tombaient comme des mouches à cause de ce fléau. Mort en 1993, à l’âge de 29 ans, il a fait un éloge à la beauté, il a voulu vivre intensément en sachant qu’il était condamné.»

Damien habite tout près des Archives nationale et il travaille dans une société d’assurance. La vie est si belle quand on habite un quartier truffé de demeures conçues par les meilleurs architectes au service de la noblesse et de la haute administration pendant le règne de Louis XIV ! Pour qui habite en banlieue (toujours moi) frustré de ne pouvoir se ressourcer dans son quartier auprès d’authentiques racines historiques, empêché de voyager en province et à l’étranger à cause d’une insuffisance d’argent récurrente, toute incursion dans le Marais s’apparente à un voyage, une croisière sur les mers de l’histoire de France puisque ce quartier brasse tant de styles, tant de figures historiques, tant de moments cruciaux et d’aventures amoureuses.

La renaissance d’un quartier à Saint-Denis

Exceptionnellement, sur ce site, voici un extrait d’un dessin et non pas le dessin tout entier. Les fenêtres à meneaux de l’hôtel de ville contrastent avec le store d’un restaurant.

Le soir, face à la cathédrale en plein chantier de restauration, une atmosphère conviviale baigne les terrasses des cafés.

 

Eté 2015: le plein de soleil !
 


le 13 juin 2015 

 


 

Elle souffre d’une réputation sulfureuse, longtemps considérée comme un ganglion de la délinquance, longtemps condamnée à la grisaille de ses pierres mal entretenues. Et soudain Saint-Denis a fait peau neuve. Cette ville, troisième en Ile-de-France par l’importance de sa population, détient d’innombrables atouts, à commencer par une pléthore de monuments historiques regroupés autour de son joyau : la basilique-cathédrale. Celle-ci se prête à une restauration minutieuse qui lui vaut d’être totalement radieuse. Pour qui aime la France et son histoire, une halte à Saint-Denis s’impose: cette nécropole royale, berceau de l’art gothique, a tant de lumière à filtrer à travers ses vitraux somptueux et tant de choses à raconter !
 
Le soir, de surcroît, tout au moins à la belle saison, une atmosphère fraternelle baigne le parvis et les terrasses des restaurants situés au pied de maisons d’aspect médiéval. Le Basilic (jadis, Le Khédive), le Met du Roy et le restaurant des Arts accueillent une clientèle en grande partie autochtone qui profite des rayons du soleil jusqu’au bout.

 


 Au crépuscule, l'hôtel de ville paraît étinceler,
contrastant avec les stores des restaurants 
 


 
C’est à proximité de la terrasse des Arts que j’ai posé, sur le trottoir, une feuille de papier trop étriquée compte tenu de l’envergure du sujet que j’avais choisi de représenter avec mes habituels crayons de couleur: l’hôtel de ville, dont l’architecture s’inspire de la Renaissance. Juste avant le crépuscule, il paraît étinceler, à la fois rose et jaune, une vivacité de couleurs contrastant avec l’aspect plus sombre des maisons abritant ces cafés.

Sans doute à cause de la fatigue, je ne m’y étais pas très bien pris. Qu’est-ce qui clochait? Un passant, qui m’avait observé pendant plusieurs minutes à travers d’élégantes lunettes finit par me conseiller d’accroître la base du dessin à l’aide d’une seconde feuille de papier. Et cela changea, en bien, la dynamique du dessin. Il suffisait de tracer quelques lignes en diagonale, en l’occurrence des alignements de pavés, pour conférer à l’hôtel de ville sa majesté.

Michel, était venu passer quelques jours à Saint-Denis avec son épouse et ses enfants, hébergé(s) par des proches. Très zen, il m’a aidé à mieux comprendre pourquoi mon dessin manquait de cohérence: il suffisait d’ombrer quelques zones, de modifier un peu le bleu utilisé pour les carreaux des grandes fenêtres à meneaux percées sur la façade de l’hôtel de ville et de soigner davantage les bâtiments, bien plus modernes, situés à gauche et reliés à cet hôtel par une passerelle. J’avais plaisir à suivre de tels conseils. 

Parfois, voire souvent, des inconnus contribuent ainsi à la réussite, tout relative (car je ne suis jamais content du résultat) d’un dessin. En fait, Michel habite à Chinon, dans le Val-de-Loire. «Dans la famille de ma mère, il y avait plusieurs artistes dont certains étaient connus localement.» Michel lui-même se consacre, pendant ses loisirs, à la sculpture. En fait, son métier est tout autre: hydrologue. 

 

Le Petit Palais (pas si petit que ça) œuvre en faveur de la paix intérieure

Ces bâtiments datant de l’Exposition universelle de 1900 conjuguent toutes sortes de styles architecturaux. Nantis d’ornements somptueux, ils recèlent un trésor: une cour intérieure bordée par un péristyle tapissé d’une végétation luxuriante.

 

Eté 2015: le plein de soleil !

 


le 7 juin 2015  (texte provisoire)

 


Il devait ne durer que le temps d’une exposition universelle: le Petit Palais. C’était en 1900. Ce joyau de l’architecture éclectique est toujours debout, plus somptueux que jamais. Magnifique et pourtant facile d’accès, hospitalier, étape (fortement recommandée) de ces longs pèlerinages culturels en été  - comme en hiver -  qui amènent les âmes en mal de grâce à chercher des espaces baignés d’une réconfortante lumière où reprendre des forces.

Le Petit Palais, c’est très certainement le plus beau, par sa configuration, par ses décorations, des musées de la Ville de Paris. Dès qu’on se trouve dans le hall d’accueil (sous une coupole revêtue, à l’intérieur, de plissures, de niches, de volutes et d’ornements tout en stuc), on tombe sur le trésor du Petit Palais: une cour intérieure, évoquant une atmosphère de monastère.

Des jaillissements, des ruissellements de joncs et de plantes offusquent les paires de colonnes en marbre rose qui scandent un péristyle dont l’entablement s’avère complexe, car plusieurs époques se conjuguent avec une rare harmonie: la Renaissance, le classicisme, l’art nouveau et même le style gothique. Il faut observer l’architecture du Petit Palais avec attention, un privilège dont bénéficient «normalement» les artistes prêts à se laisser apprivoiser par les détails souvent en second plan. Ainsi, le long de la balustrade supérieure apparaissent, quoi que discrètes, des gargouilles stylisées.

En fonction de l’ensoleillement, au gré des heures, la cour intérieure du Petit Palais change d’aspect. Seuls les deux oculus percés sous des frontons crénelés conservent le même aspect sombre tout au long de la journée. Vers midi, en été, la végétation, éclaboussée par le soleil, brasse des couleurs vives et tranchées, à l’instar d’un vitrail que transpercerait une lumière franche. Deux bananiers s’épanouissent, mettant un surcroît d’exotisme en cet exubérant jardin.

Puis vers 5 heures, la végétation s’efface petit à petit et la lumière se concentre alors sur la partie supérieure du péristyle, de sorte que les mâchicoulis au dessus des colonnes et les piédestaux se détachent très nettement. Perchés sur plusieurs des piédestaux: une floraison de génies utilisant des instruments tels que trompettes, flûtes, etc. Ces sculptures sont de petite taille par rapport aux renommées et aux anges pailletés d’or se dressant au pied des coupoles, prêts à s’élancer dans la cour, ailes en permanence déployées.

Le mot «monastère» mentionné précédemment ne doit pas faire oublier pour autant l’impression que l’on peut avoir de séjourner dans des thermes romaines: les pavements, sous le péristyle, sont conçus telles des mosaïques. Des zelliges ornent deux bassins en partie masqués par la luxuriante végétation.

 


 "C'est bien, vous nourrissez votre dessin
d'observations attentives et prolongées"
 

 


 

«Quand on aime le beau, on n’est jamais malheureux.» Cette idée ainsi par Sacha Guitry, c’est un visiteur, lui aussi attiré par le charme des lieux, qui me l’a soufflée à l’oreille. Le Petit Palais est propice aux fructueuses rencontres : la chance me fut donnée de discuter avec un authentique artiste, de surcroît doué d’un talent protéiforme.
Pascal Béquet peint aussi bien des paysages urbains que des installations portuaires, des atmosphères ferroviaires, jonglant avec le fusain, l’aquarelle, le «néocolor», le stylo feutre… Me regardant dessiner, il m’a encouragé : «C’est bien, vous nourrissez votre œuvre d’observations prolongées.» Juste en passant: je déteste ce mot ‘œuvre’ que j’estime exagéré me concernant. Mais comme Pascal est un artiste professionnel, avec un CV long comme le bras, cela m’est allé droit au cœur. Lui aussi, il aime peindre sur le motif, se déplaçant avec un chevalet (ce qui n’est pas mon cas).

Nous avons parlé d’artistes tels que Raoul Dufy et Albert Marquet qui ont laissé tant de beaux paysages dans leur sillage. Dufy maniait la couleur avec une audace et une liberté incomparables. Marquet avait recours à des tons plus assombris, comme duvetés d’une poussière de nostalgie. «Savez-vous qu’il avait une vue privilégiée sur la Seine qu’il peignait si souvent puisqu’il habitait dans l’un des immeubles au bout du Pont Neuf, de l’autre côté de la Samaritaine?»

Autre peintre au menu de notre conversation: Léon Lhermitte. Considéré comme «naturaliste», il a peint l’un des tableaux les plus en vue juste à côté, dans la galerie zénithale du Petit Palais, intitulé «Les Halles». Cette toile date de 1880. Au pied de Saint Eustache grouille le petit peuple des Halles au milieu d’un déferlement de fruits et de légumes dans une envoûtante lumière automnale. Un tableau plein de verve, de gourmandise, d’humanité et d’humilité qui reflète une scène de la vie parisienne depuis longtemps disparue.
 

 

RUE MONGE, LE CAFE CENSIER - Rien de plus banal, dans le paysage parisien : les stores d’un restaurant se déployant tels les pétales d’une fleur généreuse le long d’un trottoir. Tâches de couleurs dans l’éventail d’ocre et de gris des immeubles de la capitale. Pourtant, le Café Censier s’avère original par la vivacité de son «look» : un déferlement de jaune tonique qui suscite une éruption de joie dans un quartier d’apparence plutôt paisible, à égale distance de la touchante église Saint Médard et de l’imposant minaret de la mosquée. Soleil au cœur. Foi en la vie malgré les vicissitudes d’un monde toujours plus compliqué et où tant de gens montrent le mauvais exemple… (2 juin 2015) (2 juin 2015)

Val d’Oise: une cathédrale végétale se reflète dans un miroir d’eau

Dessin réalisé sur place, entre 16 h et 18 h 30 (légèrement retouché par la suite) fait avec des crayons de couleur, de l’aquarelle, de l’encre de Chine. Format: 50 x 65 cm


C’est en de tels endroits qu’il faut aller chercher une beauté, une atmosphère propices au recueillement, à la spiritualité. Qui a créé ces platanes vénérables? Qui a suscité ce jeu subtil de l’ombre et de la lumière? Vraiment, le domaine de Maubuisson regorge d’énergies positives.

 

Eté 2015: le plein de soleil !

 

le 30 mai 2015 


La comparaison s’avère facile, mais inéluctable: c’est une cathédrale qui s’élève à proximité de l’abbaye de Maubuisson, jadis appelée Notre-Dame la Royale. Elle a pour piliers de vénérables platanes dont les feuillages forment une voûte mouchetée de vert, de jaune et  - couleur du ciel -  de bleu. Cette nef se reflète, en réalité, dans un miroir d’eau dont elle épouse les contours. Grâce à un tel étang, aménagé au 17ème siècle, la cathédrale végétale double de volume.
Des canards, glissant en tous sens sur le miroir, déclenchent l’émergence d’ellipses qui se multiplient rapidement et brouillent, puis hachurent, pendant quelques instants, le reflet des platanes. On ne les entend même pas cancaner: ils semblent respecter un silence de rigueur en ces lieux qui depuis le treizième siècle sont voués au recueillement.

Pendant des siècles, des communautés de moniales (rattachées aux ordres cisterciens) ont occupé l’abbaye devenue, à la fin du 20ème siècle, un centre d’art contemporain. La fondatrice de cette abbaye fut Blanche de Castille, dont le territoire comprenait les actuelles villes de Pontoise et de Saint-Ouen l’Aumône. Parmi les douze enfants que Blanche eut avec Louis VIII, un roi surnommé Le Lion et dont le règne n'excéda pas trois ans: le futur Saint-Louis, en l’occurrence Louis IX.


 Seul un dieu pourrait avoir créé de si belles choses façonnées par le jeu de l'ombre et de la lumière 


 
Pendant que je dessinais une rangée de platanes se mirant dans l’eau, la raison de mon admiration de la nature se fit plus claire. Pourquoi étais-je venu me réfugier, en ce dimanche après-midi, sous cette voûte végétale où si peu promeneurs daignaient s’aventurer? Besoin viscéral de «pratiquer mon art» ou besoin plus subtil d’une certaine spiritualité dans un monde tyrannisé, plus que jamais, par le matérialisme? Un monde où la violence, l’oisiveté (mère de tous les vices), la malice, la pornographie se banalisent.

Dieu, je le sens vibrer à la lumière de cet émerveillement que suscite en moi la vue d’un paysage. Je sens plus nettement sa présence quand monte en moi la joie attisée par le jeu des ombres et des lumières dans des espaces aussi majestueux que le domaine de Maubuisson. Seul un dieu pourrait avoir créé de si belles choses, ou alors Dieu n’existerait pas car il est le plus grand des artistes en ce monde et nul peintre n’atteint son génie…

Derrière les arbres figurant sur ces dessins s’étend une plaine en pente, délimitée par des murailles d’arbres aux houppes pléthoriques. Au printemps, l’herbe est constellée de pâquerettes, comme si une neige abondante s’était abattue. Neiges éternelles, éternité d’une quiétude imperturbable en de tels domaines.

Toute l’innocence d’une enfance si fugace au pied d’un majestueux minaret

 

Face à la Grande mosquée de Paris fémit un jardin minuscule où des personnes de tous âges passent quelques minutes ou quelques heures. Pas facile de dessiner quand des adolescents, à proximité, font du tapage! Mais ce fut l’occasion, aussi, de faire la connaissance de Valentin, un drôle de petit gars vraiment très curieux.

 

 

Eté 2015: le plein de soleil !


le 4 juin 2015 


Paris est une ville qui s’étire verticalement. Ses tours, ses clochers, ses monuments sont autant de ponts dressés, par centaines, entre la terre et le ciel. Dans le 5ème arrondissement, il est une tour qui affiche sa différence: un minaret, culminant à 33 mètres, constellé de zelliges, percé d’ouvertures minuscules telles des meurtrières, et surmonté de trois boules dorées. La Grande mosquée de Paris, qui s’étend à ses pieds, occupe un terrain de 7500 mètres carrés, instaurant la blancheur éclatante de ses murs d’enceinte qui apparaissent crénelés, un peu à la manière d’un château fort. Inaugurée en 1926, son architecture s’inspire d’une mosquée à Fez.
 
Jean-Louis, un retraité dynamique, possède un appartement dans une rue voisine. Il s’enthousiasme quand il parle de la mosquée: «Je l’aime par  ses  formes  et  l'osmose  entre elle  et  les  personnes  qu'elle  attire, entre  elle  et  le  quartier  auquel  elle  donne  du sens  et  une  autre  dimension.  Ce  quartier  est  fascinant  par ses  différences.» Cette précision s’impose: Jean-Louis est un catholique pratiquant.

La mosquée, toute la journée, attire un flux continu de visiteurs, que ce soit des musulmans ou des groupes de touristes qui s’arrêtent devant une imposante porte, rue Georges Desplas, brodée de fleurs stylisées. C’est un peu fébrile et bruyant, malgré tout. Plutôt que d’essayer de dessiner la Grande mosquée assis sur les trottoirs de cette rue en pente, mieux vaut, sans doute, observer la tour depuis le square Robert Montagne. Ce délicieux espace vert fait moins de 600 m2.

Un mouchoir de poche où il se passe pourtant bien des choses. Pour interpréter avec mes crayons (et un peu d'aquarelle) le minaret entouré d’un ruissellement de feuillages, plus précisément des marronniers, je me suis assis à côté d’une aire de jeux, comprenant avant tout un toboggan. Hélas, ce ne sont pas des enfants qui ont d’abord pris possession du parc. Des jeunes gens sont venus occuper plusieurs bancs. Ils semblaient profiter, ainsi, d’une récréation car ils étudiaient assurément dans un lycée voisin. Leurs conversations étaient bruyantes, émaillées de grossièretés, et ils écoutaient de la musique rap qui les rendaient plus agressifs encore.


Toutes les personnes venues goûter une fraîcheur providentielle dans ce jardin eurent les yeux rivés sur ce gamin d’une curiosité insatiable.


 

C’est fou ce que les jeunes prennent racine, aujourd’hui, dans la culture du tapage, de la nicotine et de l’alcool. Grossiers et grotesques. Ils n’ont rien de sain. Dans leur veine coule un mauvais sang qui n’augure rien de bon, tant ils ont été pourris, prématurément, par une société que gouvernent les caprices, le besoin d’immédiateté et le culte de la frivolité. Deux musulmans, assis sur un banc, les observaient et maugréaient: «Elle n’est pas belle la jeunesse d’aujourd’hui».

A peine ces adolescents eurent-ils quitté le jardin Robert Montagne que des visiteurs d’un tout autre genre s’emparèrent des lieux. Quelques enfants accompagnés de leurs parents ou grands parents. Tout à coup, un gamin m’interpella, perché sur le toboggan : «Mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu dessines quoi?» Il ne tarda pas à descendre de son perchoir pour y voir de plus près… Et il n’avait pas l’air convaincu du résultat… (Le dessin, il est vrai, s’avère un peu raté, ce qui pourrait, à la limite, faire son charme !)

Un drôle de petit gars que Valentin, débordant de vie, au sourire malicieux, un rouquin vif comme une anguille, plein d’éloquence et si conscient de son charme. Sa grand-mère vint le prendre par la main et lui expliqua la différence entre «un portrait» et «un paysage». Bientôt, toutes les personnes venues goûter une fraîcheur providentielle dans ce jardin eurent les yeux rivés sur ce gamin d’une curiosité insatiable. Il n’avait que six ans. Dans dix ans, finirait-il par devenir l’un de ces ados bruyants et mal élevés tels que ceux venus envahir le parc auparavant?

On se demande bien pourquoi des parents font des enfants pour les jeter dans le grand désordre du monde où apprendre le sens du bonheur est une tache si complexe et où la souffrance, la frustration, la déception attendent chacun au tournant.

Et puis, Valentin, c’était moi, peut-être, il y a quarante, cinquante années. J’ai donc éprouvé une fois de plus le vertige du temps. Je me suis dit, aussi, entre autres choses, que Valentin n’imaginait pas qu’un jour il vivrait dans un monde où les fous, les paumés, les précaires deviendraient «chose courante». Car plus je me promène et plus je vois des gens dont la rue est la maison permanente. Jeunes et moins jeunes: tous les profils, toutes les trajectoires y sont représentés.

Autant de questions que je me posais tout en hâtant le dessin de la mosquée dans son écrin de verdure. Le résultat n’est pas forcément convaincant mais j’aimerais qu’elle dégage, comme tout monument religieux, un sentiment de paix et de sérénité…

Montmartre: un chaud lapin au menu des réjouissances touristiques

C’est l’une des maisons les plus délicieuses de Paris. En contrebas d’un pan de vigne, elle attire des flots de touristes et de badauds, dont plusieurs couples d’amoureux : le cabaret du Lapin Agile. J’y suis retourné, le 23 mai 2015, quasiment un an après avoir passé plusieurs après-midi à dessiner sur les contreforts de la butte Montmartre. Le dessin ci-dessus est «une nouvelle production», qui reste à améliorer car cette maison est difficile à interpréter, mouchetée et vibrantes de couleurs très diverses. Par contre, le texte date du 25 juillet 2014 : pas grand-chose à modifier quant aux impressions initiales.

En été, quand la chaleur se fait insupportable, Montmartre s’avère une excellente destination pour bénéficier d’une fraîcheur providentielle. La butte offre des replis, des coins secrets, des petits parcs et des églises pour échapper aux exubérances du soleil.

Premières zones d’ombres: les escaliers qu’il convient d’affronter et qui semblent s’envoler par-dessus les toits pour rejoindre un pan de ciel bleu. Plusieurs d’entre eux, dissimulés sous les feuillages, laissent passer des courant d’air frais. Mais la contrepartie des plaisirs que procure Montmartre, c’est le déluge de touristes qui peut causer le tournis. Tant de consommateurs potentiels attirent les vendeurs à la sauvette, sur le parvis du Sacré Chœur. Insupportables vendeurs, nombre d’entre eux clandestins, donnant de Paris l’image d’une ville du tiers monde où tout est bon pour plumer les touristes.

Partons donc à l’assaut de Montmartre. Un dilemme se présente: quel angle d’attaque choisir? Le versant de la butte face à la capitale (accessible depuis Pigalle) ou celui donnant sur les rues Ordener et Caulaincourt? Peut-être la seconde option est-elle préférable, en raison de l’atmosphère plus bucolique qu’exhale la rue des Saules, quand on débouche, après un escalier assez copieux, sur les fameuses vignes de Montmartre. Voilà un aplat de vert bienvenu. C’est là que se niche l’une des plus ravissantes maisons de Paris, devenue mythiques: le Lapin Agile.
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Le lapin a accueilli plusieurs générations d'artistes,
aussi bien des peintres  - à commencer par Picasso - que des comédiens et des chanteurs


 
Impossible de ne pas la dessiner. Mais le Lapin s’éjectant d’une casserole, peinture signée Gil au dessus de la porte d’entrée, passe inaperçu tant la végétation a prospéré: une guirlande de vigne vierge orne la maison et les arbres s’élevant juste à côté déploient d’abondantes crinières. En soirée, la façade étincelle comme un diamant, d’une couleur indéfinissable qui oscille entre l’orange et le rose.
 
Que de fraîcheur, ici même, malgré l’âge si respectable du Lapin Agile dont la construction remonte à 1795 ! Par la suite, il a accueilli plusieurs générations d’artistes, aussi bien des peintres  - à commencer par Picasso, alors d'une pauvreté affligeante, des écrivains que des chanteurs et des comédiens.

Un square minuscule, en pente, aménagé au croisement de la rue des Saules et de la rue Saint Vincent permet d’épier le défilé des touristes dont c’est l’une des étapes clef du «pèlerinage parisien». Le soir, des grappes de visiteurs étrangers observent une pause tandis qu’un guide leur explique  - en anglais, en espagnol, etc. -  l’histoire époustouflante de ce cabaret qui s’appela d’abord «Cabaret des assassins». Des voitures à la carrosserie rutilante s’arrêtent pendant quelques secondes, le temps pour les passagers de faire une photo. Le plus surprenant, ce sont les jolies femmes qui s’aventurent en fin de journée le long de ces rues pavées.  Juchées sur des talons hauts, exhibant des jambes appétissantes, elles sont filmées par des hommes tout aussi excitants. Il n’est pas interdit de penser à une lune de miel sous le capricieux ciel parisien.

Pourquoi ne pas songer, ainsi, à une chanson écrite par Jean Renoir, intitulée la complainte de la Butte?
En haut de la rue St-Vincent
Un poète et une inconnue
S'aimèrent l'espace d'un instant
Mais il ne l'a jamais revue...

Pause fraîcheur au pied du pont neuf


Le soir, quand les éclairages publics prennent la relève du soleil, le plus ancien pont de Paris prend un tout autre aspect. A ses pieds, dans le square Vert galant, des Parisiens et des touristes discutent en petits groupes tout en pique-niquant. Les arbres, tout autour, ont des feuillages pléthoriques d’un vert éclatant.

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le 22 mai 2015 


 

A l’approche de l’été, le long du fleuve, en plein Paris, tout se met à tournoyer comme si les vagues et tourbillons de la Seine avaient répandu un certain bonheur, étourdissant, tout autour. Les arbres s’allient à l’eau pour donner des couleurs à la vie. Au pied du pont, le soir, sous les regards des mascarons  sculptés au-dessus des arches, des Parisiens et des touristes pique-niquent sur la pointe de l’Ile de la Cité. (Ces mascarons, au nombre de 381, en réalité, sont des grotesques, ou si vous préférez des masques, plusieurs comportant des cornes de bélier.) Il y a même des amoureux se bécotant au beau milieu du square, appelé Vert-Galant en souvenir d'Henri IV dont la statue se situe à proximité, face à des maisons mouchetées de rose.

Tandis que les conversations et les rires vont bon train, des péniches bourrées de matières première et des vedettes pleines de touristes se succèdent sur cette autoroute fluviale.

C’est une atmosphère singulière qu’il convient de savourer, plus particulièrement, à la nuit tombée… A un moment donné, quand les éclairages publics prennent la relève du soleil, le pont change d’aspect et de tonalité. Les consoles (que semblent soutenir les mascarons) se détachent nettement tout comme les contours elliptiques des demi-lunes au sommet du pont (destinées, jadis, à accueillir des boutiques). Celui-ci, soudain, devient blanchâtre, presque translucide, tandis que l’eau devenue aussi sombre que le ciel est pailletée d’or… les reflets des lumières artificielles.

 


"Tout est si provisoire dans notre vie. On a tellement
de choses à vivre en si peu de temps»
Un étudiant en sciences religieuses


 
Alors, les conversations, le long des quais, redoublent d’intensité tandis que des vendeurs clandestins, d’origine étrangère, font d’incessants allers-retours, criant «Boissons, bières…».

Me voyant replier mes affaires de dessin, un jeune homme me demande : «Alors, ça vous ennuie de me montrer ce que vous avez fait?» Voix très douce, politesse de bon aloi. Il s’appelle Abder. Sans doute a-t-il voulu se servir de ce prétexte pour discuter voire surmonter une timidité naturelle. «Pendant que vous dessinez, moi je lis des tonnes de bouquins.»

Mais que fait-il? Etudiant en sciences des religions (monothéistes) et exégète. Il est né dans une famille musulmane mais il avoue prendre certaines distances avec sa religion. «Les choses sont plus compliquées qu’en apparence quand on étudie les textes.» Il a le niveau bac 4 et, dit-il, plusieurs années restent à passer à l’université (en l’occurrence, l’Ecole pratique des hautes études). Abder m’adresse une phrase qui m’intrigue: «Vous qui dessinez, vous saisissez beaucoup de choses éphémères. Tout est si provisoire dans notre vie. On a tellement de choses à vivre en si peu de temps». 

A 23 heures, le square du Vert-Galant se vide. Encore une journée. On file vers les jours les plus longs de l’année. L’été promet d’être éphémère.

Place des Vosges (vers 19 heures): des amoureux et des nuées d’enfants

Dessin fait après avoir visité un musée à proximité (celui du Carnavalet) entre 18 h 30 et 19 h 30, légèrement retouché avec de l’aquarelle le lendemain.

Quand les beaux jours reviennent, cet espace est propice au ressourcement, au délassement. Formant une enceinte, les façades
roses des pavillons protègent les Parisiens et les touristes des affres de la grande ville. Ici, très peu de voitures, et de grands arbres qui sont un vrai casse-tête à reproduire. Les enfants peuvent s’y ébattre à loisir.
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le 15 mai 2015


Cet espace hérité de la Renaissance est comme une délivrance quand on y passe et qu’on y prend un peu de bon temps. La ville, ses tourments et dévoiements, semblent ne pas avoir accès à la place des Vosges, où si peu de voitures passent, où les arbres déploient des crinières majestueuses, où les fontaines dispersent des notes de fraîcheur. La place, en réalité un vaste square, est encadrée par trente-six pavillons qui la protègent telles d’élégantes murailles. (Tous identiques, coiffés de toitures de grande envergure, ces bâtiments offrent leurs austères façades de briques striées de chaînages de pierre en harpe.)

Le repos, le délassement, l’harmonie: voilà ce que viennent y chercher nombre de ceux qui s’asseyent sur les bancs ou sur les pelouses du square. Parmi ces Parisiens et ces touristes: des couples d’amoureux qui s’octroient une sieste au soleil, à l’instar du jeune homme et de sa compagne que j’ai pu croquer à toute vitesse en commençant ce dessin. Mais aussi une nuée d’enfants surveillés, de près ou de loin, par leurs parents. Leurs gazouillis, leurs pleurs aussi, forment une singulière toile de fond sonore. Et c’est toujours un bonheur, même s’ils me perturbent un peu, d’être observé, quand je dessine, par des gamins me considérant comme leur égal. La plupart d’entre eux me tutoient, comme si le monsieur déjà vieux que je suis faisait partie de leur monde. «Qu’est-ce que tu dessines? C’est beau…»

Ils s’adressent à moi avec un troublant mélange de respect et de familiarité. Qu’un décor, un paysage comme celui-ci puissent prendre forme sur une feuille de papier, cela les intrigue et les fascinent. Pourquoi les gosses aiment-ils me voir en train de manier des crayons et des craies de couleur? A la fois parce qu’ils aiment dessiner et qu’ils voient bien à quel point un adulte interprète la réalité différemment par rapport à un enfant.

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"Moi, je fais une boule posée sur un bâton. Toi, tu fais des grands traits qui vont dans tous les sens"
Lucia, une toute jeune fille



J’ai commencé à y voir plus clair, dans ces questions que je me pose si souvent, quand trois enfants sont venus me rejoindre alors que j’avais déjà bien avancé dans l’élaboration d’un dessin représentant tout un pan de la place des Vosges. Pablo, Diego (deux frères) et Lucia (leur cousine). Lucia, la plus âgée, avait dix ans. Franche et persuasive, elle s’étonnait de la manière dont je représentais les arbres. «Moi, je fais une boule posée sur un bâton. Mais toi, tu fais des grands traits qui vont dans tous les sens. C’est vrai que tu ne vois pas les arbres avec les mêmes yeux qu’un enfant.» Surprenante déclaration de la part d’une petite fille déjà très éveillée, dont les parents habitent en Espagne et qui dit fréquenter une école bilingue.

L’œil de l’artiste jauge, compare, analyse, sélectionne et réorganise, à sa guise, un espace. C’est assez curieux d’avoir été ainsi interpellé par une si jeune fille au sujet d’arbres car la végétation me donne toujours beaucoup de fil à retordre. Les grands maîtres, à la Renaissance comme par la suite, restituaient les arbres comme de grandes masses compactes soumises à des ondoiements de couleurs souvent peu contrastées tout en laissant percevoir le frétillement des feuilles. Un artiste comme Poussin excellait dans l’art de donner vie à des arbres. Par contre, quand je les insère dans mes dessins, je me pose toujours la question de leur architecture: comment un marronnier, un tilleul (entre autres essences) ou un chêne se construit-il ? Quelle est son architecture ?

Place des Vosges, les marronniers semblent se déployer et se dessiner dans le plus grand respect des proportions généreuses et harmonieuses de cette belle enceinte de pavillons datant du 17ème siècle…

Le Printemps et ses coupoles un peu folles

Le premier des trois dessins faits ce jour-là, à partir de 17 h.


Ces grands magasins, qui célèbrent leur 150ème anniversaire,
sont un casse-tête pour un dessinateur tel que moi, soucieux de simplifier et d’occulter certains détails moches: les bâtiments surélevés méritent qu’on les oublie tant ils offusquent la grâce des coupoles surmontant les tours d’angle. Ce jour-la, coup de chance: une dame âgée m’a donné un
billet de dix euros: «Vous achèterez du papier et des rayons».



le 7 mai 2015


Paris est une ville virevoltante, tout en ellipses et en rondeurs, prise dans un perpétuel tourbillon: les cercles de ses coupoles et de ses dômes gonflés à bloc. Il y en a partout, que ce soit les immeubles haussmanniens, les églises, le siège de certaines institutions ou même les grands magasins. Sans oublier les colonnes Morris. Nombre de ces perles architecturales proviennent de l’Art nouveau, en particulier le Petit Palais, si joliment conçu.

Célébrant cette année le 150ème anniversaire de sa fondation, Le Printemps-Haussmann affiche sans fausse pudeur son penchant pour le raffinement et une certaine exubérance. Des «bulbes violacés», brodés d’or, percés d’oeils de bœufs emportent le regard des passants très haut dans le ciel. Ils se prolongent en effet par des sortes d’épis plantés sur des clochetons.
  
Une architecture théâtrale que celle du Printemps-Haussmann. Ces grands magasins n’ont cessé de s’agrandir et de se transformer. Il a même fallu les reconstruire en 1881, après un incendie. Les trois bâtiments représentent, tous étages compris, une superficie supérieure à 43.000 mètres carrés! Un beau décor, un de plus, sur la scène parisienne. Mais les façades de ce temple voué à la mode et l'habillement ont subi un véritable outrage: l’ajout de plusieurs étages, tout au long du 20ème siècle.
Voilà qui a dénaturé l’élan et la grâce des tours d’angles (celles, précisément, surplombées d’une coupole), dorénavant engluées dans une gangue de béton. L’ensemble apparaît lourd et incohérent, surtout quand on l’observe depuis le carrefour entre la rue du Havre et le boulevard Haussmann.

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"Pardon, Monsieur, je vous ai vu manier
un crayon. Pourquoi faites-vous un tel geste?"
Michèle, une passante



Dessiner de tels bâtiments s’apparente à un défi car il faut faire abstraction de ces maudites surélévations pour ne retenir, avant tout, que l’élégance des tours d’angles coiffées chacune de leur dôme. Alors que je commençais à dessiner, assis sur le «trottoir d’en face», boulevard Haussmann, une dame vêtue avec goût, Michèle, habitant depuis peu le quartier des Batignolles, s’adressa à moi. «Pardon, Monsieur, je vous ai vu mesurer du doigt quelque chose… J’ai voulu prendre des cours de dessin et j’aimerais savoir pourquoi vous aussi vous faites ce geste avec votre crayon.»

Effectivement, il m’arrive parfois, à l’instar de si nombreux dessinateurs, de me forger une idée des dimensions de mon sujet à l’aide d’un crayon que je tourne dans un peu tous les sens en clignant de l’œil face au paysage.
Cette dame a consenti à me donner son adresse électronique. Les cours de dessin qu’elle a suivis n’ont pas été vraiment concluants. «On nous faisait dessiner une bouteille et une pomme, pour commencer…»


"Vous me faites si plaisir. Avec cet argent,
vous achèterez du papier et des crayons."
Une dame âgée


 

Vingt minutes plus tard, sortant de la boulangerie Paul à proximité de laquelle je me trouvais assis à même le trottoir, une dame âgée s’est dirigée vers moi. Voûtée, elle était accompagnée d’une femme bien plus jeune. Elle a extrait de son sac à main un billet de dix euros, et me l’a tendu en disant: «Bravo Monsieur! C’est pour vous. Ca me fait si plaisir de vous donner un peu d’argent pour vous acheter du papier et des crayons.» Son visage, froissés par les décades, est resté agréable, agrémenté d’un joli sourire et d’yeux rieurs.

Le dessinateur que je suis ne voit pas le monde d’un point de vue aussi pessimiste que tant de personnes désabusées: souvent, dans les rues de Paris, j’ai rencontré des âmes généreuses soucieuses de m’encourager, qui se penchaient sur moi tels des anges gardien. Je me souviens d’une dame à la retraite, Françoise, qui m’avait invité au restaurant en mai 2012 pour célébrer dignement mon anniversaire. Quelques jours auparavant, nous avions fait connaissance au restaurant du BHV: alors qu’il pleuvait, je m’y étais réfugié afin de dessiner l’église Saint Gervais et les toitures tout autour.

A 20 h, j'avais fait deux dessins du Printemps, dont un vraiment raté, et je n’étais pas encore satisfait du résultat. Grâce au billet de dix euros, j’ai pu consommer un café dans une brasserie toute proche. Il y a avait un monde fou: le bonheur de se retrouver entre amis autour d’une bière.

A 20 h 30, une dernière esquisse, au stylo feutre puis au crayon. C’est le printemps et les journées s’allongent toujours davantage: il faut en profiter car un printemps cela file si vite…

Atmosphère provinciale aux portes de Paris

Etampes compte parmi ces villes en Ile-de-France où on est à la fois proche et déjà loin de la capitale. Le temps s’y écoule différemment: moins de stress, davantage de chaleur humaine.


 le 2 mai 2015


Test le paradoxe qui régit tant de villes en Ile-de-France: bien que proches de Paris, grâce aux transports en commun, elles semblent ancrées dans une toute autre région. Le nouveau venu à toutes les chances de se croire en province: le temps s’écoule plus sereinement qu’à Paris et certains fléaux qui accablent la capitale ne se manifestent plus. Quelle joie de pouvoir marcher dans les rues sans être perturbé par les sirènes de voitures de pompiers ou aux couleurs du Samu, entre autres avantages!

Ainsi va la vie à Etampes, ville en Essonne riche d’un passé dont témoignent tant de bâtiments, à commencer par la demeure d’Anne de Pisseleu, l’une des maîtresses de François 1er  et rivale de Diane de Poitiers. Ce petit château, de style à la fois gothique et Renaissance, s’élève à côté de hôtel de ville. Non loin de là, Saint-Gilles, l’une des trois églises sises à Etampes, brandit un clocher à deux niveaux dont chaque côté se termine par un fronton.

Autour de Saint-Gilles: un enchevêtrement de toitures, certaines de tuiles, d’autres d’ardoises, saupoudrées d’aimables cheminées. Quelques constructions plus modernes égratignent quelque peu cette harmonie urbaine.

Pour élaborer ce dessin, je me suis assis à l’entrée d’un cinéma comme on n’en trouve plus à Paris. Il pleuvait et les larmes du ciel, ainsi, ne m’atteignaient pas. Peu avant 14 heures, une nuée d’enfants, au bras de leurs parents, se précipitèrent dans le cinéma où un dessin animé allait les enchanter. A travers les portes (celle à laquelle j’étais adossé, par chance était resté fermée), on voyait un employé délivrer des billets.

Enfants et parents baignaient dans une même allégresse. Il faisait un froid acide pour la saison et une telle atmosphère me mettait du baume au cœur, raison pour laquelle sans doute j’ai abuse de couleurs vives.

Dans cette ville, à 40 minutes par le train de Paris, il semblait que les gens prenaient le temps de vivre et que les parents avaient tout loisir de s’occuper de leurs gosses…

 

Depuis le centre culturel Georges Pompidou, voici une vue époustouflante sur Paris !

Dessin fait en fin de journée, avec des crayons de couleur et du pastel gras, puis amélioré (un peu!) avec de la gouache et de l'encre de Chine en soirée dans une atmosphère plus calme.

le 25 avril 2015


Il est des jours où la tentation me saisit d’élaborer des dessins entre quatre murs, tant le travail sur le motif (à l’air libre) génère de la fatigue. Il faut une sacrée dose de concentration pour garder son calme au milieu de la foule. Souvent, le résultat s’en ressent car ces énergies humaines vibrant autour du dessinateur finissent par se faufiler en lui et par le perturber.

Devrais-je pour autant prendre de nouvelles habitudes et dessiner d’après une photo? Non, ce serait une infamie! Face à un paysage, l’œil peut effectuer des calculs de proportions, des sélections de zones, des remodelages de perspectives qu’il ne saurait mettre à profit devant une image dénuée de vie. C’est pour cela que certains dessins exposés à la place du Tertre, à Montmartre, ou ailleurs constituent une escroquerie puisqu’ils ne transpirent pas cette qualité première d’une création artistique: la sensibilité, la transmission d’un ressenti.

Voilà le genre de réflexion à laquelle je me laisse aller quand je dessine dans un endroit tel que… le dernier étage du Centre culturel Georges Pompidou. Le petit espace situé dans le prolongement de l’escalier roulant offre un point de vue parmi les plus époustouflants.

Deux des qualités dont peut s’enorgueillir Paris sautent alors aux yeux.
D’abord, une propension à tutoyer le ciel par l’infinie variété de ses édifices et monuments: églises, tours (à commencer par celles de Notre Dame, visible sur ce dessin), dômes, clochetons ainsi que la tour Montparnasse et la tour Eiffel.
Ensuite, un damier de toitures imbriquées les unes dans les autres, aménagées la plupart du temps de manière empirique, de sorte que des toits majestueux, notamment ceux de la rue de Rivoli, côtoient des terrasses, des cheminées, des îlots de zinc et de tôles qui paraissent s’être développés en toute spontanéité. Paris, vraiment, est à la fois une ville domestiquée et sauvage…

Au 6ème étage du centre culturel, les visiteurs viennent se faire photographier le dos tourné à ce panorama splendide. Ils émiettent des commentaires pour la plupart enthousiastes. Certains se posent des questions. Quel est donc ce «beffroi» couronné de statues et ruisselant de sculptures dont la partie supérieure apparaît derrière la toiture immense de l’église, en l’occurrence Saint Merry, située à proximité du musée? La tour Saint Jacques, bien sûr! Emblématique du gothique flamboyant, elle a perdu son église au 18ème siècle. Et elle a échappé de justesse à la démolition.

Alors que je souffrais (un peu) sur mon dessin, un jeune homme, accompagné de deux copains, démontra qu’il avait une bonne culture générale: «Voyez-vous, c’était un point de départ pour le pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle.»


Yann Le Houelleur

 

 

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bruno GUEURY | Réponse 12.09.2015 14.46

CARGO VIE, épuisé mais dont je tiens un exemplaire à votre attention !
Voyage dans le passé mais voyage dans un passé qui a marqué tellement de gens.

dezon fabrice | Réponse 30.06.2015 18.07

Dezon fabrice, j'ai répondu à ton mail émanant de l'adresse d'un Treillac jean-marie, était-ce bien toi ? j'ai pensé que oui.

fabrice dezon | Réponse 22.06.2015 14.58

merci pour ton art et les histoires humaines qui y sont rattachées, mon amie Aissatou t'a rencontré au jardin gaitée lyrique, je suis fabrice Dezon, poète.

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Commentaires

22.10 | 23:40

Bonjour on c'est parle pour venir dessiner la devanture de ma boutique
Merci et bravo pour votre talent
Votre travail me fait penser à dessins Tobiasse
Cecile

...
06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

...
21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

...
18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

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