Septembre 2018

Ministère de la Culture : quelle décadence et indécence !!!

Alors que je faisais ce dessin, place de la Contrescarpe, un haut fonctionnaire du ministère de la Culture vint me parler… Ses propos sont inclus dans le présent article.

 

 

Autant le dire : j’ai honte de dépendre d’un ministère tel que celui-ci avec à sa tête une ministre affairiste  - comme tant de responsables (ou irresponsables ?) – gravitant autour de Jupiter.
Le silence de la classe artistique quant aux exactions de Mme Nyssen est révélateur de la lâcheté triomphante propre à toute une époque.

 

 




18 septembre 2018


 


Il est des professions qui sont devenus des repaires de gens veules et épousant les lâchetés de l’époque. Entre autres la « classe artistique ». D’une certaine manière, je dépends du ministère de la Culture et j’en ai honte, après avoir lu les papiers très sérieux publiés par le Canard Enchaîné sur les malversations de Mme Françoise Nyssen.

Que le gouvernement Macron soit infesté de petits affairistes dont le seul dessein est le fric, on le savait depuis longtemps. Mais qu’une ministre qui a passé outre les autorisations des Bâtiments de France pour moderniser son centre commercial à Arles et ses locaux rue Séguier à Paris puisse conserver son maroquin et jouisse du silence quasi général des intellectuels et artistes, cela me révolte.

Cela me convainc aussi de la nécessité de me tenir à l’écart de ces sphères artistiques que j’estime aussi pourries que les autres. Pauvres artistes contemporains, poings et mains livrés au pouvoir, pratiquant le politique de la génuflexion permanente, incapables de s’exprimer clairement, vautrés dans le nombrilisme de leurs délires respectifs…

A mon humble avis, nous vivons dans une République devenue bananière. J’ai vécu longtemps au Brésil, un pays que j’admire pour avoir osé mettre une crapule politique telle que Lula en prison, et je peux vous assurer que si Mme Nyssen était ministre de la Culture à Brasilia la presse brésilienne l’aurait contrainte à démissionner en exerçant toutes les pressions nécessaires. Mais en France la presse n’est pas libre, les grands médias (le ministère de la Culture est aussi celui de la Communication !) étant aux mains d’industriels ou de groupes bancaires (en particulier, dans ce dernier cas, les quotidiens régionaux.)

Au Brésil, un pays pourtant gangrené par la corruption, les ministres commettant des improbités telles que celles de Mme Nyssen sont amenés à démissionner…

Cette ministre est une honte pour la France, de surcroît si peu charismatique et aride en idées susceptible de raviver la culture. Mieux valait-il nommer Stéphane Bern à ce poste, un homme qui sait parler, qui a des idées concrètes… Mais  - j’y reviens -  M. Macron semble avoir appelé à ses côtés des hommes et des femmes dont certains sont avant tout des affairistes, et plus les mois passeront, plus cela deviendra patent.

En tout cas, j’ai été scandalisé de constater la lâcheté des artistes, quant aux « scandales Nyssen » lors de la dernière assemblée générale extraordinaire de la Maison des Artistes. Insolent comme je sais l’être (je m’enorgueillis d’être un homme libre, qui n’a aucune peur de dire ce qu’il a sur le cœur, et du cœur j’en ai !!!) j’ai pris la parole pour déplorer le silence de cette association à ce sujet. Quel ne fut pas le brouaha que souleva mon intervention dans l’assistance. Une dame, fort prétentieuse, se fit même tranchante : « Qui êtes vous, Monsieur, pour dire des choses pareilles ? »

Comme disent les jeunes, dans un langage un peu trop imagé, il y a longtemps que les artistes, en général, n’ont plus de couilles… certains, tout comme les médias, ayant été récupérés par les grands industriels qui se sont servi de leurs compétences pour garnir et égayer des sacs à main, des chaussures, des vêtements, des sofas, que sais-je encore.

Ce silence des artistes quant aux exactions et malhonnêtetés de leur ministre a pour moi quelque chose de répugnant et de dégradant.
Je me fiche complètement des conséquences de mes écrits… Si certains m’en veulent, ils sauront certainement se venger dans mon dos comme il sied aux hommes mesquins et collaborationnistes.

Récemment, alors que je dessinais à la place de la Contrescarpe, l’occasion me fut donnée d’être approché par un haut fonctionnaire au sein du ministère de… la Culture, dont je tais le nom. Il fut si étonné de voir un artiste dessiner en plein air, « à l’ancienne » qu’il m’acheta un croquis (25 euros) fait sur place. Merveilleux personnage qui de surcroît me donna de judicieux conseils…

Je ne saurais oublier les propos qu’il me tint au sujet de son ministère : « Nous ne servons plus qu’à gérer des musées, des institutions, des équipes de spécialistes et salariés. Notre ministère n’a plus pour vocation de mettre en œuvre des projets et des politiques. C’est à vous les artistes de lancer les bases d’une culture au service du plus grand nombre ».

Hélas, je constate que la plupart des artistes n’ont guère pris conscience de ceci, qu’ils se contentent de ronronner ou de pleurnicher dans leur coin, sans vision claire et cohérente de ce qu’est la culture, une sorte d’aveuglément collectif qui me glace le sang…

Yann Le Houelleur

La Tour Eiffel et l’Arc de Triomphe jouent bien des tours au dessinateur…

En ce qui me concerne, rien de plus éprouvant que d’aller dessiner ces deux monuments car il faut savoir les simplifier au maximum et éviter les pièges que sont les détails dont ils abondent. Mais elle a quand même fière allure, «ma» tour Eiffel quand je la croque depuis le Pont de Bir-Hakeim !

 

16 septembre 2018


 

Quand on vend des croquis de Paris, il faut  - de toute évidence -  en avoir quelques-uns représentant la Tour Eiffel et l’Arc de Triomphe. Assurément, ces deux monuments fascinent les touristes. A travers le monde, des millions de personnes rêvent de se trouver, un jour proche ou lointain, à leur pied.


Mais pour le dessinateur que je suis, dessiner la Tour Eiffel et l’Arc de Triomphe s’apparentent au cauchemar. Ils m’ennuient terriblement, à force de les avoir interprété avec mes crayons et feutres. Et si je rechigne parfois à les dessiner, c’est parce qu’à chaque fois, quand je les ai dessinés, ils plaisent tellement qu’un touriste s’empresse de les acheter.

Mais au fait, pourquoi « mes » Tours Eiffel et mes Arcs ont-ils autant de succès alors que je les dessine (sur place, comme tout ce que je fais) sans le moindre plaisir, préférant croquer des immeubles haussmanniens, des terrasses de café, de petites rues pavées… ?

Eh bien, je crois que le secret est de ne pas s’attarder sur les détails dont ils regorgent. Il faut oublier autant de pièges tendus au regard pour ne retenir que l’essentiel : une silhouette sur fond de ciel bleu, un élancement architectural sans pareil qui fait oublier l’aspect quelque peu pompeux de ces icônes du tourisme parisien.

La Tour Eiffel, je la simplifie au maximum, me fichant comme d’une guigne de toutes cette broderie métallique dont elle est affublée. J’évite de la dessiner depuis les pelouses en pente du Trocadéro, car elle n’est vraiment belle que lorsqu’elle jaillit avec de l’eau, la Seine, à ses pieds, surtout quand des nuées de bateaux s’y aventurent… Aussi, je vais dessiner la prestigieuse tour depuis le pont Alexandre III ou depuis le pont de Bir-Hakeim.

 

Vigueur et majesté

Et c’est bien cette seconde option que je préfère. En cet endroit, il règne un calme propice à l’inspiration et je ne suis que très peu importuné par les touristes en quête d’informations, lesquels ne trouvent pas toujours une réponse précise à leurs interrogations en manipulant un smartphone… Mieux vaut s’adresser à un Parisien qui connaît sa ville sur le bout des doigts…

La Tour Eiffel a l’air enracinée dans la Seine, séparée d’elle à peine par un ourlet d’arbres. Elle dégage vraiment une impression de vigueur et de majesté. Parfois, je me prends à inclure, dans mon dessin, les péniches immobilisées sur les deux rives, mais il est impératif de « placer », sur le dessin, un bateau, et pour ce faire il s’agit de dessiner à toute vitesse car ces embarcations se déplacent toujours plus rapidement, étoiles filantes aquatiques.

Seul inconvénient : le pont de Bir-Hakeim n’est pas vraiment proche du centre de Paris… il faut prendre la ligne 6 et avaler les interminables couloirs de la station Montparnasse ! Mais sitôt arrivé à Passy, je respire un air frais, vivifiant : peu de voitures et il m’arrive même de grimper les escaliers menant au square Alboni et à la rue portant le même nom où se dressent des immeubles d’une grande délicatesse architecturales, flanqués de tourelles, qui comptent parmi les plus beaux bâtiments parisiens…

Hôtel de Jaucourt, dans le Marais : un endroit idéal pour se ressourcer


26 août 2018



L’Hôtel de Jaucourt, dont la construction est antérieure à celle l’Hôtel de Soubise, fait partie de la nuée d’hôtels particuliers se déployant tout autour.

Chose rare à Paris : plutôt que de m’asseoir sur un trottoir, je me suis assis sur une pelouse : au milieu d’arbres, sans doute des prunus, dont les petites feuilles occultent en partie la vue de la majestueuse toiture coiffant ces bâtiments à l’architecture tout à la fois sobre et  élégante. Les fenêtres à meneaux s’apparentent à la Renaissance.

Jamais, depuis longtemps, je  n’avais ressenti une telle paix en dessinant : je n’étais plus à Paris tant le tumulte des voitures était absent mais au fin fond d’une campagne.

Toutefois pendant que je croquais, des agents en charge de la sécurité vinrent, gentiment, m’épier.

Un très bel endroit pour se ressourcer. Seul des crayons  - principalement de la gamme Luminance (by Caran d’Ache) ont été utilisés pour ce dessin. Puis j’ai tenté de dessiner l’Hôtel Salé depuis la rue Vieille du Temple : un vent exécrable se mettait à souffler. De vilains nuages noirs menaçaient ; j’ai préféré aller dessiner la rue des Rosier où j’ai fait de belles rencontres que je ne manquerai pas de narrer bientôt.

Y. Le H.

Métro Quatre Septembre : Carolyn et Linda, deux Canadiennes super sympa

Tout en faisant ce dessin, un samedi en début d’après-midi, je repensais à une rencontre épatante une semaine plus tôt. Merci Carolyn et Linda de m’avoir transmis un courriel si gentil à votre retour à Montréal !

 

Fin août 2018



La rue du Quatre Septembre est bourrée d’inspiration par la majesté même de certains de ses immeubles, dont celui appelé le Centaure et qui se je me trompe abrite le siège d’une grande banque. Aussi, la petite place située dans l’orbite de la bouche du métro Quatre Septembre suscite en moi une envie irrépressible de dessiner, parce qu’elle est aussi courtoise que légère quant à l’atmosphère régnant. S’y rejoignent la rue de Choiseul et la rue Monsigny.

Dans un passage appelé lui aussi Choiseul se niche, entre autres commerces, Lavrut, spécialisé dans le matériel de Beaux-Arts. Chaque fois que j’y passe pour renouveler mon matériel (et à l’occasion je me saigne aux quatre veines) je m’arrange pour m’accorder une longue pause à la terrasse du Bistrot d’Edmond. Quel que soit l’endroit, sur la terrasse, où l’on prenne place, il y a un « morceau de paysage urbain » à observer et interpréter. Les serveurs sont hyper sympas et ne se formalisent pas du tout avec le « bordel » que je fais en étalant mon matériel sur ma table…


Tout d'abord, une bière


Alors que je dessinais l’entrée du « métropolitain » avec une paire de boîte aux lettres adossées à la balustrade fort bien conçue ceignant ladite entrée, je repensais à une belle rencontre survenue une semaine plus tôt, à cette même terrasse. Je dessinais un café situé sur le trottoir d’en face, rue du Quatre Septembre, et deux femmes m’observaient avec sympathie. C’était Carolyn et Linda, deux anglophones vivant à Montréal.

Elles m’offrirent tout d’abord une bière, de toute évidence leur boisson favorite. « Moi aussi je me consacre à l’art, Je peins à l’acrylique chez moi, car je suis retraitée de Bombardier… »
Alors, je lui montrais quelques-unes de mes planches à dessin. Les deux amies étaient émerveillées, et Carolyn eut le coup de foudre pour l’un d’entre eux, élaboré au feutre un soir de mai le long de la rue de Rivoli, non loin de l’Hôtel de Ville. Il représentait deux restaurants aux stores rouges situés cote à cote. Une fort belle soirée : l’esprit léger et décontracté, en plein décollage de la belle saison.

Carolyn ne pouvait payer plus de dix euros, mais elle m’avait si bien chouchoutée que je ne refusais pas cette somme : il faut savoir partager, faire des heureux, rendre hommage aux artistes qui s’intéressent aux artistes…
Et les Canadiens sont des gens formidables !

Une semaine plus tard, je reçus un courriel suivi d’un autre, le second ainsi rédigé : « Thank you for your kind words. Linda et moi also have a great story about you and we love your website…

I put your art in a frame on wall in my house.   The other pictures on the wall are mine which I did in acrylics.   I hope you like it….

You really made my visit au Paris perfect….

Bonne journée ! »

Carolyn 

En pièce jointe (au-dessous de cet article) : une photo d’un mur, dans l’appartement de ma correspondante canadienne. Elle avait encadré le dessin de la rue de Rivoli, qu’elle avait placé au milieu de ses toiles en acrylique, dessous un tableau dédié à la Tour Eiffel, fort talentueusement élaboré.

Que de gentillesse ! De telles rencontres font chaud au cœur. Nous, les artistes, nous avons ce privilège : attirer à nous de bonnes ondes et aller à la rencontre de personnes merveilleuses qui finissent pas changer notre vision du monde.

Voici un petit dessin de Paris figurant parmi les toiles en acryliques de Carolyn, sur l’un des murs de son appartement au Canada. Ainsi que je le raconte dans l’article ci-dessus, j’ai rencontré Carolyn, tout comme Linda, à la terrasse d’un café juste à côté de la bouche de métro Quatre Septembre.

Etoiles filantes… flirt avec l’éternité

25 août 2018


 

Voilà ce que j’ai ressenti en dessinant, un soir, le long d’un passage appelé en réalité la Cour du Commerce Saint André. Je voyais des gens rire et se restaurer tout autour de moi, des personnes belles et élégantes. J’avais l’impression terrifiante d’être seul, de ne pas faire partie tout à fait d’un tel monde. Mais j’étais là bien vivant. Je me regardais d’en haut !

Je ne mange jamais au restaurant. J’ai de la chance : je mange à ma faim, dans un monde, dans une ville aussi où il y a de plus en plus d’individus cabossés faisant la manche. Mes dessins me permettent de survivre.
Voilà ce que j’ai écrit à un ami dessinateur sur facebook

  

Parfois, quand je suis dans la rue en train de manier mes crayons et feutres, mon cœur se serre ; une certaine angoisse… Je mes dis : « Mais pourquoi es-tu en train de dessiner ainsi sur les trottoirs, seul… il peut tout t’arriver… » Mais je reprends confiance aussitôt : un artiste doit apprendre à lutter pour survivre tout en semant, te l’ai-je dit, le bonheur.
Tout au moins ma petite vision des choses. Et je noue, comme toi, des rencontres incroyables alors que la société, par sa mise à l’écart des gens comme moi, de mon âge, me prédestinait à être un assisté à 100 %, un de ses si nombreux déchets, un raté perpétuel. Mais non : grâce aux arts, je renais, j’existe, je fais partie de la société et je participe à l’étourdissant mouvement du monde.
Alors, la peur, opaque, se dissipe et la lumière revient en moi… m’inonde, me conquiert. Je suis une étoile qui va s’éteindre bientôt mais mes modestes dessins resteront avec leur lumière dans plein de maisons et de foyers à travers le monde. J’étais le dessinateur qui multipliait les coups de crayons et les coups du sort pendant que d’autres, et je n’éprouvais aucune envie (soyez certains), se régalaient, l’apparence d’une vie abondante et facile...

Les artistes ruseraient-ils ou joueraient-ils avec l’éternité, comme par crainte de cette mort qui nous concerne tous ?

L’hôtel de Soubise, splendeur au mileu d’un quartier défiguré par le commerce

Désormais, il semble qu’on se rende au Marais pour se vautrer dans la société de consommation plutôt que pour y admirer une architecture féconde à laquelle les vitrines criardes des boutiques de griffes ont volé la vedette.

27 août 2018


 

Assurément, c’est un havre de paix au milieu d’un quartier, Le Marais, devenu trop fébrile et mercantile.
Les touristes, en général, hélas, ignorent son existence : l’hôtel de Soubise appartient au cercle des plus beaux édifices parisien. Un joyau architectural, remémorant les fastes du règne de Louis XIV. Sitôt après avoir été inspecté dûment par les agents de la sécurité postés à l’entrée  - en réalité, un imposante portail donnant sur la rue des Francs-Bourgeois -  les visiteurs voient se dresser une splendide façade pourvue d’un avant corps central comportant trois travées.


Les petits carreaux des hautes fenêtres scintillent au beau milieu de colonnes doubles : composites au rez de chaussée, elles se prolongent par des colonnes corinthiennes au premier étage, apportant à l’édifice tout entier un surcroît d’élégance et de hardiesse. Car l’hôtel de Soubise, construit à l’emplacement d’un hôtel qui avait appartenu à la puissante famille de Guise s’avère un bâtiment audacieux, dont le raffinement visait à mettre en exergue le prestige de ses propriétaires, la famille Rohan-Soubise. En 1700, le nouveau maître des lieux, le prince François de Rohan, confia la conception de son palais à des architectes et sculpteurs renommés, en particulier Robert le Lorrain qui a élaboré les sculptures allégoriques des Saisons. La toiture d’ardoise est remarquable par son ampleur. 

André Malraux

Dans la cour intérieure, en partie tapissée de pelouses hérissées d’ifs, par ailleurs entourée d’un péristyle majestueux, un silence presque religieux contraste avec le bouillonnement de conversations dans les rues alentours. Le Marais attire les foules, mais hélas davantage pour ses boutiques se voulant « les vitrines » de griffes dans la mode et la décoration, que pour la beauté de ses hôtels privés et construction.

Mais comment en est on arrivé à une pareille absurdité ? Le mercantilisme et le consumérisme, ont conquis ce quartier dont la vocation initiale, depuis sa remise en l’Etat impulsée par André Malraux, alors ministre de la Culture, était avant tout culturelle et touristique.

La rue des Francs-Bourgeois, spécialement le tronçon entre la rue Vieille du Temple et la place des Vosges, s’est métamorphosée, en quelques années, en un « shopping center ». Les boutiques dédiées aux produits de luxe ont chassé les restaurants, bistrots et petits commerçants : bien entendu, leurs devantures se font une concurrence effrénée dans le but de capturer les yeux des passants, de sorte qu’il y a une inflation de couleurs criardes. Celles-ci tranchent avec la blancheur de façades nettoyées au karcher qui ont perdu leur subtiles colorations d’antan : ah, cette manie qu’a une société hygiéniste de tout parer de blanc lorsqu’il s’agit de restaurer  - si grossièrement -  les monuments.

Exubérance

Pauvre Marais, devenu la citadelle des griffes à Paris, pourtant si riche par son histoire. Rue des Francs-Bourgeois, la plupart des passants ne lèvent plus les yeux au ciel pour admirer les façades qui se sont évaporées au profit de la partie inférieure… un chapelet de boutiques. En quelque sorte, on a scindé les immeubles : exubérants et tapageurs (ah, la vulgarité de la société mercantile !) au rez de chaussée, inexistant « tout en haut ».

Inutile d’ajouter qu’il n’y a aucune légèreté, aucun esprit à détecter dans ce quartier pour moi (en tout cas) anxiogène, alors que Saint Germain des Prés, bien que tout aussi chic, est bien plus cool et chaleureux. Voilà pourquoi je vais si peu volontiers dessiner dans le Marais, dont le navire amiral en termes de commerce, le BHV, a fini par contaminer tout son voisinage, avec la bénédiction, bien entendu, de la Mairie qui n’a rien fait pour préserver sa vocation initiale, semble-t-il. Mais on le sait : nos édiles copinent avec les grandes marques, qu’elles ont érigé en agents culturels. Or, la culture, c’est mettre en valeur l’esprit et non point vouloir que tout ait de la valeur… 

Yann Le Houelleur

Place de la Contrescarpe

Même si elle a été le théâtre d’un scandale, l’affaire Benalla qui a mis en lumière la perversité du régime macronien, la Place de la Contrescarpe figure parmi les endroits les plus « zen » de Paris.
Par sa configuration et par l’atmosphère agréable qui y règne, la place exacerbe mon inspiration.

Début juillet 2018, j’avais été surpris par deux photographes établis à Chantilly, dont Christophe Tanière qui m’en a envoyé plusieurs et j’ai choisi celle-ci.

J’ai pris connaissance de ce lumineux courriel en ce 27 août 2018 après avoir oublié de consulter pendant plusieurs semaine mon compte « outlook » ;

Le crédit photo est le suivant ;  @ctanierephotographie.

L’art de la conversation, sur le pont des Arts


Comme toujours, on y fait de belles rencontres avec des touristes heureux de savourer la fraîcheur vespérale après de trop chaudes journées.

  

21 août 2018


 

Il faut vraiment oublier cet épisode lamentable de plus... dans une bouche de métro, des Roms me firent les poches. Scènes bien rôdées : ils créent des esclandres pour distraire l’attention des passants, et ils ne sont pas le moins du monde perturbés dans leurs malversations par le service d’ordre de la RATP ou les agents Sécurité et Prévention de la Mairie de Paris, dont nombre de citoyens se demandent à quoi ils servent…


Troisième carte bancaire à refaire… en l’espace de quelques semaines. Cela s’est produit à la Place de Clichy. L’insécurité et la rapine enflent à Paris. Le plus curieux est que je préviens souvent les touristes (« Faites attention ! ») et l’on me prend pour l’un d’entre eux.

Alors, ce mardi 21 août, il me fallait tuer une sordide rancœur, un écoeurement déferlant en moi. En fin de journée, ce furent les retrouvailles avec cet endroit merveilleux qu’est le Pont des Arts, d’où l’on voit le Pont Neuf scintiller tel un joyaux à la tombée de la nuit.

Si les touristes continuent à aimer Paris, malgré le peu de cas que l’on fait de leur accueil, c’est bien en raison de ce mariage si réussi entre la Seine et tant de bâtiments se succédant le long de son cours hélas si bien domestiqué. Ajoutons-y cette impression de fraîcheur avenante qui règne sur les ponts après une journée trop brûlante, et ces bateaux débordants de touristes qui filent à toute vitesse, un damier de couleurs, certains affichant même un orange vif ou un bleu chaleureux.


Tant de renseignements

Là, à l’extrémité du pont où l’on voit se dresser le gracieux bâtiment abritant l’Institut de France, je me sens dans un autre monde. Tout y est légèreté, même quand je n’arrive pas à dessiner parce que les touristes me demandent sans arrêt tant de renseignements…

Ce soir, vint me parler, d’abord, un artiste syrien exilé en Allemagne. Il était frappé par la diversité de mes crayons et leur qualité, car lorsqu’on essaie de vendre des dessins aux touriste l’on se doit de recourir au meilleur matériel possible, et je dois dire que je me débrouille comme je peux…

Il prit en photo quelques crayons « Luminance », à la mine si riche mais si fragile, qui s’apparentent à du pastel gras tout en conservant le statut de crayons. Mais oui : ils coûtent chacun 3,80 euros (en général) et ils se consument à la vitesse d’une cigarette. Le fabricant, Caran d’Ache, garantit une durée de vie de cent ans aux dessins élaborés avec de tels crayons résistant aux agressions du soleil.

Ensuite, un jeune homme, envoûtant pas son charme, me demanda en anglais où l’on pouvait dîner, à proximité, dans un endroit sympa et animé… la rue de Buci, bien sûr.

Une Australienne en quête de racines

Puis une dame m’observa avec attention, esquissant un sourire complice. Elle avait pour patrie l’Australie mais elle vivait plutôt, d’après ce que je pu comprendre, en Grande-Bretagne.
Les Australiens, je commence à bien les connaître : ils sont toujours bien élevés, délicats même, mais ce sont de grands nostalgiques. Sans doute parce que leur pays est un mélange de modernité et d’obsolescence, et qu’ils sentent vibrer en Europe des racines culturelles dont ils ne bénéficient pas chez eux. « Oui, ce doit être dur de vivre sur une île aussi grande sans pouvoir en sortir aisément pour aller se frotter à d’autres cultures .»

Tel fut le constat que je fis en présence de cette femme, par ailleurs belle et élégante. « Oui, c’est pour ça que je cherche à me fixer en Europe car on y est en contact avec tout ce que l’on désire. » Elle me posa plein de questions sur Emmanuel Macron, ignorant à quel point la France se vautre dans la corruption, et elle fut surprise de mon analyse. Elle aussi n’aime pas le gouvernement australien.


Conjurer l’obscurantisme

Et nous en tirâmes, ensemble, la même conclusion : quand le monde devient si hostile, il faut trouver en soi une lumière qui nous aide à conjurer l’opacité des choses, l’obscurantisme qui monte à tel point de nous submerger. J’ai vite compris qu’elle se plaisait à écrire, artiste elle aussi, mais elle prenait du plaisir à photographier, munie d’un appareil professionnel. La dame australienne prit le temps de me « fixer sur pellicule » avant de m’acheter un dessin.

Je lui disais pourquoi, en fait, je croque ainsi dans Paris : ce qui m’enchante, c’est de semer à travers mon modeste art du bonheur, de ne pas sombrer dans ces travers si fréquents qu’ont les artistes exposant leurs terreurs et fantasmes. Quand un touriste emporte un dessin fait par moi, il part le sourire aux lèvres, il emporte une partie de cette ville dont il a tant aimé les monuments et la légendaire beauté. Il s’en va aussi avec une partie de moi, et cette partie n’est pas le côté sombre de ma personnalité mais ce qui lui reste de lumière après tant de blessures dans la vie.

C’est fascinant de rencontrer, ainsi, des personnes venues de si loin et dont on se sent si proche, soudain, par le biais de l’art ! 


Foison de burn out

Cet été, on m’a souvent volé, même des dessins, maltraité, irrité, mais j’ai aussi recueilli dans ces conversations, en particulier vespérales, une énergie formidable qui me permet de prendre conscience de ma chance, même si cette chance ne me rapporte pratiquement rien financièrement. « Nous les artistes, on peut crever la bouche ouverte », m’a dit récemment un black, rue de Buci, qui fait partie d’une troupe de mecs aux corps magniquement sculptés et décrivant de vertigineuse pirouettes au son d’une musique endiablée. Soudain, ils se mettent torse nu, plongeant les consommateurs à la terrasse des restaurants, dans une euphorie générale. Ils sont géniaux et ils sont généreux. (Un jour, l’un d’entre eux m’a offert cinq euros en me priant d’aller manger vite quelque chose alors que j’étais d’une pâleur excessive.) 

Et oui, il fallait que je le dise : en cet été 2018, de très nombreux amis à moi se trouvent à l’hôpital ou en convalescence, après avoir subi des burn out ou après avoir vu leur santé se dégrader, dans un monde où certains mettent la pression démesurément. Et moi, je peux rêver, à ma guise, devant ces si prospères paysages parisiens.

Volez moi tout : il me restera l’inspiration !

Yann Le Houelleur

LE LOUVRE - Elles sont encore belles les soirées de fin d’août, même si elles rétrécissent de jour en jour ! Ce dimanche, je voulais faire un « dessin différent ». Très spontané et un peu décalé… Encore de Chine, crayons de toute sorte, feutres… Et puis, après cet éclair d’inspiration, je suis allé terminer la journée sur le pont des Arts (19 août 2018)

Une absurdité de plus : descente de police, place de la Contrescarpe, pour infliger des amendes à des cafetiers restaurateurs dont les terrasses débordent de consommateurs…

 

 

20 août 2018



Imaginez l’absurdité de la scène : issu d’un pays lointain, vous êtes en train de savourer un cocktail à la terrasse d’un café, paisiblement, et soudain vous assistez à un déferlement de policiers exigeant de voir le patron du restaurant. C’est précisément la scène lamentable qui s’est déroulée sur la place de la Contrescarpe, le vendredi 18 août, où plusieurs établissements, à commencer par celui portant le nom de ladite place ont été contrôlés par les forces de l’ordre. L’histoire m’a été contée le lendemain alors que je dessinais en ce lieu plutôt paisible devenu hélas célèbre grâce à l’ « épisode » du tabassage de manifestants par le garde du corps d’Emmanuel Macron, un certain Benala. 

Selon des musiciens, deux guitaristes qui m’ont relaté cette descente de police, les patrons des cafés ont été « allumés » parce que leurs terrasses débordaient des périmètres réglementaires. Outre les agents Sécurité et Prévention de la Ville de Paris, qui par certains aspects mériterait le surnom de « Gestapo de Mme Hidalgo » (J’en sais quelque chose… avec toutes les prunes que j’ai reçues) des policiers nationaux participaient à l’opération.

Sans doute si j’avais été là, ce « fameux » soir, en compagnie de mes dessins ne passant pas inaperçus, je me serais vu infliger une enième amende. Les musiciens y ont échappé de justesse : leur frayeur à eux, c’est de se voir confisquer leurs instruments.


Ils ont tué les artistes de rue

De toute manière, Bertrand Delanoë et sa dauphine Anne Hidalgo (chargée, la pauvre femme, de gérer les casseroles laissées pas son mentor (la décadence de Paris a commencé sous Delanoë comme celle de la France sous Mitterrand…) ont tout fait pour tuer les artistes de rue à Paris. Et ils y sont parvenus puisqu’aujourd’hui ce sont des migrants (la plupart) qui vendent des peintures de Paris aux touristes imprimées hors de France. Chose étrange, la Gestapo de Mme Hidalgo ne les inquiète jamais… elle préfère s’en prendre à des Français sensés être solvables.

A quoi bon se scandaliser parce que des restaurants accueillent davantage de touristes que prévu ? Pourquoi leur coller des amendes alors que le secteur de la restauration emploie et crée tant de postes de travail ? Les cafetiers restaurateurs comptent parmi les patrons les plus vampirisés par les impôts en France et ce qu’ils versent à l’Etat rapporte à celui-ci des sommes coquettes. 

Enfin, pourquoi, ainsi que s’en vante l’hallucinante Mme Hidalgo, vouloir doper le tourisme à Paris si c’est pour empêcher les restaurants d’accueillir, en terrasse, des étrangers venant se délecter des si beaux paysages qu’offre la ville ? 


Haine contre les bosseurs

Non, derrière cette descente policière à la place de la Contrescarpe se dessine (si j’ose dire) cette haine bien dissimulée que nourrissent tant d’élus et de fonctionnaires pour ceux travaillant tels des malades afin de renflouer à la sueur de leur front les caisses de l’Etat.

Je profite de l’occasion pour constater que Paris accueille et traite mal ses touristes. Pour les pouvoirs publics, ils ne sont que des pigeons à plumer, rien de plus. Rien n’est fait pour leur faciliter la vie. Mme Hidalgo, prompte à lancer tant d’idées généreuses, n’a même pas eu l’idée de créer, à Paris, des « points touristes » où les étrangers pourraient recevoir des conseils, demander à ce que soient résolus des problèmes les concernant

 

Les agents Sécurité et Prévention peuvent toujours m’ennuyer (de temps en temps) : quand je dessine en pleine rue, et je ne m’en prive guère, je ne cesse d’être approché par des touristes qui me demandent toutes sortes de renseignements y compris les restaurants les plus abordables ! Au lieu de continuer à tuer les artistes de rue, Mme Hidalgo et ses prétentieux conseillers feraient mieux de louer ceux-ci pour la présence amicale qu’ils génèrent dans l’espace public et pour le rôle d’informateurs auprès des touristes qu’ils sont amenés à jouer. En tout cas, je prends énormément de plaisir à aider ces personnes venues du monde entier.

Capitale onéreuse 


Et puis, j’entends de plus en plus les touristes se plaindre de la cherté de la vie à Paris où certains cafés imposent 3,50 euros pour un espresso… on croit rêver ! A force de vouloir plumer les visiteurs étrangers, nos autorités, si détachées des réalités, finiront par assécher le tourisme… et ces citoyens de tous les pays prêts à faire des sacrifices pour admirer nos monuments se mettront à préférer des destinations autres en Europe.

D’ailleurs, Paris est une ville de plus en plus dangereuse : personne ne prévient les touristes de la nécessité de procéder comme dans toutes les grandes villes : éviter d’exhiber leurs bijoux et biens de valeurs sur la voie publique comme dans les métro. Les petits voleurs pullulent : j’en ai recueilli des témoignages de touristes dont « on » avait fait les poches ! Même moi, un bon petit Français bien modeste, je n’ai cessé d’être grugé tout l’été : documents volés (il a suffit de plonger la main dans mon sac à dos) ; planche à dessins subtilisée, trousse à feutres volatilisées

Paris est vraiment administré par une bande d’ignorants et d’incapables !

Yann Le Houelleur

 

Rien de plus traditionnel que ce dessin, je sais… Mais pour le faire, quelle aventure! Je raconterai bientôt comment, assis tranquillement au pied d’une statue, je me suis fait agresser par cinq prétendus artistes arabes, un texte déjà lisible sur ma page « fb » (Yann Le Houelleur, tout simplement)

Une soirée, la dernière de juillet, d’une douceur exquise

Pour dessiner l’Arc de Triomphe, rien ne vaut une tasse de café (ou une autre boisson) à la terrasse du Cristal, le long de l’avenue de la Grande Armée. Ce soir-là, de belles rencontres émaillèrent l’élaboration d’un croquis fait avec des crayons « normaux », des crayons aquarellables et un peu d’encre de Chine

 

31 juillet 2018



Léger pincement au cœur : les jours commencent à rétrécir. Déjà, le souvenir de ces journées bénies émaillées de soleil jusqu’à 11 h.

Ce soir, à 20 h 30, l’Arc de Triomphe resplendit encore sous un ciel voilé de mauve prêt à dévorer des portions de bleu très pur. Cet icône de la vie touristique à Paris, il me faut absolument le faire et le refaire, car s’il manque dans l’éventail de mes dessins, rien ne se vent. Il est la locomotive de tout ce train de croquis et esquisses faites dans les rues.

L’endroit que je préfère pour interpréter ce monument si complexe par ses proportions, majestueux mais pas forcément beau, est la terrasse du Cristal, le seul restaurant d’où l’on peut observer l’Arc de Triomphe. J’y suis bien accueilli à tel point que je transforme, moyennant une ou deux tasses de café (un euro de plus à partir de 22 h !)  une table en un atelier d’artiste, étalant absolument tout sur une si petite surface : les crayons Luminance, les crayons Muséum (aquarellables), les « rouleaux » de pastel, les pots d’encre de Chine… Car quand je commence un dessin, je ne sais jamais à quel matériel j’aurai recours. Selon l’humeur du jour.


Deux garçons venus de Toronto

Des enfants aux yeux bleus et cheveux blonds dont les parents terminent leur repas viennent me parler : ils habitent Toronto et sont parfaitement bilingue. Agés de 5 et 10 ans, ces deux frères sont d’une intelligence épatantes. Ils me posent plein e questions sur ma manière de dessiner et me racontent que leurs parents vont les emmener visiter Dijon, Avignon et Bordeaux.

A ce moment là, 21 h 30, le monument s’est métamorphosé, en partie gommé avant que son illumination ne commence. Je vais devoir continuer mon dessin comme s’il faisait encore jour.

Une dame, sans doute russe, dépose un billet de 10 euros sur ma table : « C’est magnifique ce que vous faites, continuez… » Des dons tels que ceux-ci, dois-je avouer, j’en suis gratifié souvent.

On a beau dire que le monde va de mal en pis: il y a beaucoup de gens tout aussi merveilleux autour de nous.


C’est alors qu’une vigoureuse jeune femme noire, plantureuse et très belle, vient s’asseoir à côté de moi. Je doute que ce soit pour draguer une vieillerie telle que moi… Non, elle veut en savoir davantage sur mes dessins. Elle commande un café, verse la moitié de sa tasse dans la mienne. Une gentillesse exquise. Elle me demande de rédiger, sur son portable en mauvais état, un texto pour son petit ami. Je le fais volontiers.

Puis elle me raconte qu’elle adore discuter avec les gens, et qu’en France  - elle est née en Guinée -  il est facile de parler avec des inconnus. Je lui dis que moi aussi, j’adore parler à « n’importe qui » et que je n’ai peur de personne.


Vivre dans la rue

Si je le pouvais, je vivrai dans la rue en permanence. Non pour devenir SDF mais parce que lorsqu’on se détourne de son maudit portable pour se connecter au monde réel, celui-ci prend alors une toute autre saveur et surgissent sur notre route des gens qu’on a envie de prendre dans nos bras et d’embrasser pour les remercier d’avoir illuminé notre ciel.


Merci, Lisa, de m’avoir tenu compagnie. C’était une nuit d’une douceur réconfortante, après une journée s’assimilant à une fournaise. Une légèreté inexplicable flottait dans l’air. Les gens s’affirmaient détendus et souriant. C’était le mois d’août qui démarrait, mois splendide car gorgé de belles surprises avant les premiers coups de griffes de l’automne à la rentrée…

Lisa m’a dit qu’elle travaille dans un salon de coiffure à proximité de l’Etoile. J’espère la revoir un jour. Elle me rappelle beaucoup, je ne sais trop pourquoi, le Brésil et la spontanéité touchante de ses habitants.

BOULEVARD SAINT GERMAIN – Soudain, une vive colère céleste éclate… Il faut abandonner mon dessin du Mondrian (article ci-dessous) fait à même le trottoir et me réfugier à la terrasse de celui-ci. Beaux immeubles que ceux se succédant le long du fameux boulevard. (29 juillet 2018)
IMPASSE DE LA GAITE - En été, il faut savoir s’éloigner des endroits trop fréquentés, tout au moins pendant la journée quand le soleil redouble d’agressivité. Voilà une voie bien agréable, plongée dans l’ombre : l’Impasse de la Gaîté, dans un quartier truffé de théâtres et de… restaurants. (13 juin 2018)

La paix entre une Iranienne et un Saoudien, au pied de l’Arc de Triomphe

Il arrive qu’autour de mes dessins se nouent des dialogues très émouvants, comme ce fut le cas un soir alors que j’interprétais ce monument plutôt hallucinant par ses proportions, qu’est l’Arc de Triomphe.

 

fin juillet 2018



La canicule est à son paroxysme et si ce blog ne s’étoffe pas suffisamment, malgré toutes les aventures qu’il m’arrive de vivre dans les rues de Paris, c’est à cause du manque d’inspiration causé par une certaine asphyxie des neurones.

Quant sévissent de trop fortes chaleurs, les gens (en général) se referment sur eux et la moindre parole semble coûter d’incroyables efforts.


Mais il faut quand même que je rende compte d’une très belle rencontre, au pied de l’Arc de Triomphe, que je suis obligé de dessiner à plusieurs reprises car les touristes, en définitive, adorent ce symbole de Paris, ignorant qu’il a fallu des décades pour achever sa construction.

Il est beau, notre arc de Triomphe, disons plutôt « il est super majestueux… » Mais je n’aime pas trop son architecture « lourdingue » et ses proportions en trompe l’œil : curieusement, l’entablement semble exagérément ample par rapport à la partie inférieure.

Toujours est-il qu’un soir, récemment, je fus abordé par une femme blonde, d’une grande délicatesse, qui repéra un dessin fait à la rue de Buci, représentant un pâté de maisons surmontées d’une forêt de cheminées. Ah, Paris et se toits si empiriques et poétiques !!!

Je pensais qu’elle était d’origine slave : mais non, elle était iranienne, elle parlait un français excellant. Cette femme m’expliqua qu’elle avait fui son pays à cause de « l’intransigeance des mollah et de la religion au pouvoir qui pourrit tout ». Elle est artiste, elle aussi, et sa maîtrise des formes et des couleurs s’avère étourdissante tant elle est douée. Mais me voyant dessiner, ainsi, à ciel ouvert, elle eut la gentillesse de me dire : « Je serais incapable de faire ce que vous faites… Vous êtes un vrai artiste ! »
 

Corruption et manipulation

J’ai souvent croisé des Iraniens dans les rues de Paris : il m’arrive assez peu, dois-je l’admettre, de discuter politique, mais je les plains tout naturellement de subir les persécution d’un régime dont l’ineptie ne reflète pas du tout leur gentillesse et délicatesse légendaires.

En fait, quels que soient les peuples, ce ne sont pas les gens qui sont à mettre en cause, mais la corruption et la manipulation généralisée des pouvoirs en particulier économiques, en ce monde au bord de l’explosion, qui favorise, un peu partout, l’éclosion de régimes fondés sur la maltraitance et l’autoritarisme forcené.

En France aussi, nous avons nos problèmes, avec un président qui se place au dessus des lois, un succédané bien pâle du génial Louis XIV.

Toujours est-il que pendant notre conversation, un touriste en provenance d’Arabie Saoudite vint me saluer, et quand il découvrit que je parlais avec une Iranienne, une certaine tension se manifesta, car on connaît les dissensions entre ces pays… Mais cet étudiant en médecine sut faire abstraction de telles rivalités et nous eûmes, à trois, une superbe conversation notamment autour de l’art et des bienfaits qu’il apporte au monde.

L’art authentique, bien sûr : fait avec le cœur, de manière vraiment artisanale, sans la volonté d’imposer des concepts mais tout simplement pour créer des liens.

Ainsi, avec mes petits dessins, j’avais fait en sorte qu’une Iranienne et un Saoudien se parlent en toute sérénité et échangent même leurs adresses mail, si j’ai bonne mémoire.

Je gagne très mal ma vie, « tout le monde le sait », comme tant d’artistes par ailleurs. Mais quant je rentre chez moi, fourbu et épuisé, je me dis qu’au moins j’ai réussi à semer un peu de bonheur autour de moi et que lorsque je serais mort, il y aura des dessins signés «Yann » vibrant sur les murs de salles à manger et de chambres, dans toutes sortes de pays. Cela m’amuse beaucoup, même si de tels propos paraissent immodestes.

Yann Le Houelleur

 

Au milieu d’un raz de marée d’excités…

Alors que les supporters des Bleus se déchaînaient dans les rues de Paris, je me suis amusé à dessiner. On m’a quand même craché à la figure !

 

(Texte écrit le 18 juillet 2018)


 

Ces dessins, je me suis amusé à les faire au milieu d’une foule en délire. C’était dimanche en fin d’après-midi, du côté de la Madeleine. Boulevard des Capucines puis boulevard Haussmann.
J’observais à la fois mes sujets, les beaux immeubles de Paris, et les supporters massés à la terrasse de cafés.

Et malgré sa victoire, la France m’a inspire de la honte. Paris s’est transformé en un asile de fous à ciel ouvert. Les gens, en tout cas une grande partie d’entre eux, faisaient n’importe quoi, mettant la vie des autres en danger, notamment « les petits branleurs » qui chevauchant des motos fonçaient au milieu de la foule.

Le peuple se défonçait, buvait, criait des insanité, maltraitait les équipements publics (certains tout au moins) et il y avait dans cette liesse une violence refoulée qui avait trouvé le jour idéal pour s’exprimer. Je me suis dit que cette colère aurait dû se manifester à d’autres occasions, en cette époque où la Macronie est à l’œuvre pour détricoter tant de chose en France, où le Canard Enchaîné publie des papiers hallucinants sur une ministre de la Culture si malhonnête qu’elle devrait avoir démissionner, où le couple Macron renouvelle à grand frais sa vaisselle en faïence, une époque où le gouvernement fait passer des lois dont les conséquences ne tarderont pas à se faire sentir.

J’ai eu honte qu’un peuple sombre ainsi dans la beuverie et l’ineptie pour soutenir une équipe de foot, les Bleus, certes brillante mais dont les joueurs perçoivent des salaires mirifiques : à ce prix là, la moindre des choses c’est qu’ils obtiennent une victoire, quant tant de gens tirent la langue pour acquitter leur facture dans ce monde hyper capitaliste où seul semble compter le fric.

Je me suis fait jeter des bières à la gueule, un petit connard (une vingtaine d’années) m’a craché dessus. On a le droit de ne pas se mêler à cette folie collective.

Mais la France de Macron est en si mauvais état qu’elle avait besoin d’un trophée comme celui-ci pour se défouler, pour « éjaculer » les mauvaises énergies accumulée, un grand exutoire qui s’assimilait à un orgasme de masse.

Et bien sûr, aucun policier dans les rues pour rappeler certains éléments à l’ordre. Notre ministre de l’Intérieur aurait dû plonger, à son tour, dans la foule, et voir à quel point le service d’ordre, en tout cas là où je me trouvais, était invisible.

 

Soudain, tout est redevenu "normal"

Le lendemain, lundi, c’était encore la folie dans les rues… Mais soudain, mardi, tout est redevenu « normal ». Les gens se remettaient à se parler normalement. Il y avait une légèreté retrouvée flottant dans un air pourtant trop chaud.

Des touristes m’ont raconté leur effroi face à un tel déchaînement de violences et exubérances. La plupart n’imaginaient pas que de tels débordements puissent se passer en France. Mais quand on a un président qui célèbre la fête de la Musique au milieu d’un zoo, avec Mme Brigitte jouant les stars d’un télénovela à l’américaine, on ne saurait s’étonner de rien.

Pauvre France, dont la langue est souvent si mal parlée, où les bonnes manières s’effilochent, où l’on se trouve de plus en plus confronté à une nébuleuse administrative sans visage, parce que grâce à sa Majesté Macron, soit disant soucieux d’en finir avec une partie des fonctionnaires, nous nous adresserons bientôt à des robots qui n’entendront parler que leur aveugle cruauté.

J’aimerais qu’un intello du calibre de Michel Onfray, que j’admire beaucoup, s’exprime sur les raisons de ces manifestations passablement débiles et indécentes.

Il y aurait tant de choses à analyser sur l’état actuel de la France, pays en pleine déliquescence, pays où tout devient si cher. Mais heureusement, j’ai la chance, quand je dessine dans les rues, de rencontrer tant de personnes merveilleuses et m’inoculant de l’énergie positive. Cela me fait chaud au cœur et me fait penser que tout n’est quand même pas perdu…

Un dessin pour fêter un an de mariage

Belle histoire vécue un soir, très tard, à la place de la Contrescarpe. Il arrive parfois qu’un dessin à peine terminé s’en aille aussitôt, tout simplement parce que des inconnus veulent emporter, ainsi, un souvenir personnalisé… 

 

4 juillet 2018



Ma vie, je la gagne si mal ! Et si durement. Mais au moins, j’ai appris que l’argent ne tombe pas forcément du ciel, qu’un euro gagné par ses moyens est  - d’une certaine manière -  un cadeau émanant de la providence.

Les artistes, mis à part quelques exceptions, tirent un peu tous le diable par la queue. Mais il faut savoir compenser ces étroitesses financières par la richesse infinie des formes et des couleurs ainsi que par la richesse des sentiments et des expériences partagées.

Quand je vais à la place de la Contrescarpe, un de mes endroits de prédilection, je fait toujours des rencontres fructueuses, parfois mêmes amusantes.
Juillet venait à peine de commencer, avec des journées encore à rallonge, et je me régalais de l’atmosphère qu’offre cet espace, nanti d’innombrables restaurants à la terrasse desquels autochtones et touristes se côtoient dans la bonne humeur.

Les serveurs du restaurant La Contrescarpe, il est vrai, savent traiter leurs clients avec toute la classe requise, aux petits soins pour eux. Il m’a été facile de nouer, avec eux, des relations amicales… « Vous en vendez tout de même, quelques dessins ?», m’a demandé l’un d’entre eux.

Ce soir-là, un couple attablé à la terrasse de la Contrescarpe m’observait en train de dessiner ce restaurant, dont le store jaune épouse les tons clairs d’une façade comprenant trois étages, criblée d’étroites fenêtres. Ouvertes, elles laissent entrevoir des plafonds comportant des solives.

 

Au milieu d’un raz de marée d’excités…

Alors que les supporters des Bleus se déchaînaient dans les rues de Paris, je me suis amusé à dessiner. On m’a quand même craché à la figure !

(Texte écrit le 18 juillet 2018, bientôt mis en ligne sur le site « parisentoussens »

Ces dessins, je me suis amusé à les faire au milieu d’une foule en délire. C’était dimanche en fin d’après-midi, du côté de la Madeleine. Boulevard des Capucines puis boulevard Haussmann.
J’observais à la fois mes sujets, les beaux immeubles de Paris, et les supporters massés à la terrasse de cafés.

Et malgré sa victoire, la France m’a inspire de la honte. Paris s’est transformé en un asile de fous à ciel ouvert. Les gens, en tout cas une grande partie d’entre eux, faisaient n’importe quoi, mettant la vie des autres en danger, notamment « les petits branleurs » qui chevauchant des motos fonçaient au milieu de la foule.

Le peuple se défonçait, buvait, criait des insanité, maltraitait les équipements publics (certains tout au moins) et il y avait dans cette liesse une violence refoulée qui avait trouvé le jour idéal pour s’exprimer. Je me suis dit que cette colère aurait dû se manifester à d’autres occasions, en cette époque où la Macronie est à l’œuvre pour détricoter tant de chose en France, où le Canard Enchaîné publie des papiers hallucinants sur une ministre de la Culture si malhonnête qu’elle devrait avoir démissionner, où le couple Macron renouvelle à grand frais sa vaisselle en faïence, une époque où le gouvernement fait passer des lois dont les conséquences ne tarderont pas à se faire sentir.
J’ai eu honte qu’un peuple sombre ainsi dans la beuverie et l’ineptie pour soutenir une équipe de foot, les Bleus, certes brillante mais dont les joueurs perçoivent des salaires mirifiques : à ce prix là, la moindre des choses c’est qu’ils obtiennent une victoire, quant tant de gens tirent la langue pour acquitter leur facture dans ce monde hyper capitaliste où seul semble compter le fric.

Je me suis fait jeter des bières à la gueule, un petit connard (une vingtaine d’années) m’a craché dessus. On a le droit de ne pas se mêler à cette folie collective.

Mais la France de Macron est en si mauvais état qu’elle avait besoin d’un trophée comme celui-ci pour se défouler, pour « éjaculer » les mauvaises énergies accumulée, un grand exutoire qui s’assimilait à un orgasme de masse.

Et bien sûr, aucun policier dans les rues pour rappeler certains éléments à l’ordre. Notre ministre de l’Intérieur aurait dû plonger, à son tour, dans la foule, et voir à quel point le service d’ordre, en tout cas là où je me trouvais, était invisible.

Le lendemain, lundi, c’était encore la folie dans les rues… Mais soudain, mardi, tout est redevenu « normal ». Les gens se remettaient à se parler normalement. Il y avait une légèreté retrouvée flottant dans un air pourtant trop chaud.

Des touristes m’ont raconté leur effroi face à un tel déchaînement de violences et exubérances. La plupart n’imaginaient pas que de tels débordements puissent se passer en France. Mais quand on a un président qui célèbre la fête de la Musique au milieu d’un zoo, avec Mme Brigitte jouant les stars d’un télénovela à l’américaine, on ne saurait s’étonner de rien.

Pauvre France, dont la langue est souvent si mal parlée, où les bonnes manières s’effilochent, où l’on se trouve de plus en plus confronté à une nébuleuse administrative sans visage, parce que grâce à sa Majesté Macron, soit disant soucieux d’en finir avec une partie des fonctionnaires, nous nous adresserons bientôt à des robots qui n’entendront parler que leur aveugle cruauté.

J’aimerais qu’un intello du calibre de Michel Onfray, que j’admire beaucoup, s’exprime sur les raisons de ces manifestations passablement débiles et indécentes.

Il y aurait tant de choses à analyser sur l’état actuel de la France, pays en pleine déliquescence, pays où tout devient si cher. Mais heureusement, j’ai la chance, quand je dessine dans les rues, de rencontrer tant de personnes merveilleuses et m’inoculant de l’énergie positive. Cela me fait chaud au cœur et me fait penser que tout n’est quand même pas perdu…



Soudain, une dame, toute pimpante et joyeuse, accompagnée d’un monsieur portant un chapeau melon, vint me voir. C’était le couple qui m’avait regardé… et tous deux voulaient acquérir le dessin que je venais de terminer pour passer le temps. J’ai oublié leur nom : elle était grecque et lui était un gentleman anglais. Ce soir-là, ils fêtaient leur un an de mariage. Ils vivaient à Londres, et ils avaient attendu dix ans avant de convoler en justes noces. Jolie histoire.

Je leur fis (comme à l’accoutumée) un prix d’ami : 25 euros, car franchement, le dessin (que j’ai refais par la suite) n’était pas génial, quelque peu bâclé… et cet été les touristes exigent des prix plus tassés que jamais, invoquant la cherté de la vie à Paris.

J’étais ravi de pouvoir prendre part, ainsi, à cette si belle nuit qu’ils passaient dans la capitale. Le lendemain, je suis retourné à la place de la Contrescarpe, et je n’y ai vendu aucun dessin ; pourtant il y avait du monde à la terrasse des cafés mais sans doute la chaleur exubérante ne donnait-elle pas envie aux vacanciers de s’approcher d’un artiste de rue.

Il y a des jours avec et des jours sans. Mais chaque jour, je repars chez moi avec un plusieurs dessins nouveaux qui finiront bien par trouver preneur, un jour proche ou lointain…

 

Yann Le Houelleur

 

A bientôt, pour de nouvelles aventures et rencontres...

Toutes mes excuses : il fait une chaleur exubérante, que je ne supporte pas vraiment, de sorte que je dors mal la nuit, attaqué par les moustiques qui pullulent dans tout Paris et en banlieue.

Souvent, la nuit, j’essaie de vendre mes dessins jusqu’à des heures indues… quand les consommateurs, l’esprit pétillant à la suite de drinks revigorants, s’intéressent à ma petite personne et me gratifient d’un achat bienvenu.

Alors, il m’arrive de rentrer dans mon bout de banlieue vers 3 heures et demi, après avoir pris le Noctanbus.

Je suis si fatigué que je me lève aux alentours de… midi ! Trop peu de temps, après, pour dessiner autant que je souhaiterais.

J’ai fait, toutefois, de magnifiques rencontres ces jours-ci, et je me remettrai bientôt à mon ordinateur pour les relater, même brièvement, avec de nouveaux dessins.

Comme tout artiste, je vis d’abord d’espoir. L’espoir que les jours suivants seront meilleurs que les jours présent. Je ne suis qu’un rayon de soleil, à ma manière, dans cette grande obscurité humaine où fort heureusement volent encore beaucoup de lucioles.

A bientôt donc, mes ami(e)s.

Yann

LE PONT NEUF - Presque la canicule dans Paris… Il fait plus frais sur les ponts enjambant la Seine car le vent y souffle énergiquement à tout moment. Pour célébrer l’avènement du jour le plus long, il me fallait céder à la tentation de dessiner cette merveille qu’est le Pont Neuf, aux alentours de 21 heures, un pont sous les arches duquel se faufilent pléthore de bateaux. (20 juin 2018)

Rencontre fort émouvante, place de la Contrescarpe

Des policiers, j’en rencontre peu. Mais celui, en civil, dont j’ai fait la connaissance sur cette place où règne une atmosphère bon enfant m’a « ébranlé » par son caractère si humain et le courage avec lequel il affronte la vie… Père d’un petit garçon atteint d’un cancer.

 

19 juin 2016


 

Tout d’abord, une précision qui s’impose : l’ex-journaliste que je suis se réserve le droit d’évoquer certaines rencontres « frappantes » dans Paris tout en masquant l’identité de personnes qui ont parlé à un dessinateur… La personne que je vais évoquer ne s’appelle pas André, mais elle existe vraiment. Je n’ai pas à dire, non plus, le département où elle vit.

Trop réelle, à la fois trop belle et trop poignante cette discussion survenue à la place de la Contrescarpe, alors que je dessinais en soirée. Une heure avant, une bouffée d’angoisse m’avait perturbé. Je me disais que le solstice d’été était sur le point de se produire et qu’il faudrait, alors, se résigner à voir les jours rétrécir avec, à l’horizon, la menace d’un hiver ruineux pour le moral.

Un monsieur costaud, crâne rasé, teint halé, s’approcha de moi, tenant par le bras un petit garçon atteint de strabisme. Cet enfant me fixait avec attention, mais il cessait de gesticuler, et quand je m’adressais à lui, il semblait ne pas m’entendre. Son grand gaillard de papa me dit, d’emblée, que son fils était atteint d’un cancer à l’œil ; et il n’avait pas deux ans ! La veille, j’avais appris qu’un ami, à 40 ans, était persécuté par un cancer, détecté depuis peu, à l’estomac. Le cancer frappe aveuglément « un peu tout le monde » sans discrimination quant à l’âge.
 
«La raison pour laquelle mon fils ne vous entend pas bien, ce sont les remèdes qu’il prend », me précisa le père. Habitant loin de Paris, il amenait, régulièrement, son fils dans un hôpital parisien réputé pour y suivre un traitement de choc.

Vision plutôt sombre

Mais pourquoi la vie n’épargne à certains presque rien ? Cet homme, en réalité, était un policier, et il confiait ne pas aimer son métier tant que ça, amené à rencontrer des personnes peu recommandables, ce qui lui conférait une vision assez sombre du monde. Toutefois, il était croyant, catholique assumé. Comment avait-il choisi cette profession ? « Je voulais aider les autres.»

C’est très rare (en ce qui me concerne, toutefois) de pouvoir discuter ainsi, en toute décontraction, avec un policier qui s’avère un homme semblable aux autres, laissant sourdre des opinions et des sentiments. Ce qui me gêne parfois, quand je rencontre des flics dans l’exercice de leur fonction : leur manque d’humour et leur politesse quelque peu froide, dont je comprends les raisons.
Je n’émets pas d’autres critiques contre la police, car franchement voilà une profession des plus compliquées amenant à connaître, vite, toutes les strates de la société et les absurdités de son fonctionnement.

 « Quand vous serez décédé… »

De bon cœur, je lui donnais un dessin fait sur la place de la Contrescarpe une semaine plus tôt : « Il vous portera bonheur.» André, fort ému, m’embrassa spontanément et me dit… « Vous êtes un mec bien. » Il n’avait qu’à moitié raison car nous sommes tous, quel que soit notre parcours, en proie à des démons mais aussi habilités à croiser des anges.

André semblait conquis par mon trait de crayon et il m’encouragea en ces termes : « Vos œuvres vaudront très cher quand vous serez décédé ! » Jolie formule, observation pertinente qui m’est souvent faite lorsque des inconnus engagent une conversation. J’adore !


Mais ce qui me plait davantage que l’acte de dessiner, l’ai-je souvent avoué, c’est la qualité des rencontres que je noue grâce à ce « vecteur de communication ». Hélas, la plupart des artistes se réfugient derrière un écran de mythologie et de nombrilisme pour se refuser à jouer pleinement ce rôle de « témoin et d’acteur de leur époque ». Ils n’existent qu’à travers leurs œuvres, et ils restent invisibles aux yeux du peuple.
Mais si je développe une telle idée trop longuement je vais m’attirer les foudres de certains. Alors, je m’arrête là !

En tout cas, mes rencontres inopinées dans les rues de la capitale me permettent de me forger une idée plutôt optimiste de la société : dans ce magma de souffrances, de pleurs et de plaies à vif où nous nous débattons, il existe beaucoup d’âmes nobles et généreuses. J’ai de la chance, parce que j’en croise passablement !

Yann Le Houelleur

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Alain ( l'agent secret ) | Réponse 06.07.2018 17.58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

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Commentaires

22.10 | 23:40

Bonjour on c'est parle pour venir dessiner la devanture de ma boutique
Merci et bravo pour votre talent
Votre travail me fait penser à dessins Tobiasse
Cecile

...
06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

...
21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

...
18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

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