Septembre 2016

AVENUE DE L’OPERA – Une très belle architecture se déploie entre le Palais Royal et l’Opéra. Le baron Haussmann, incontestablement, est passé par là… Au fond : l’Hôtel du Louvre, dont le toit colossal abrite plusieurs rangées de mansardes. (Dessin fait le 18 septembre 2016.)

Au pied de la butte, ce dessin est un adieu à l’été !


Ce soir, la nuit est tombée si vite… mais il faisait si doux vers 20 h 30. La basilique du Sacré Chœur est sacrément difficile à dessiner car elle a un style si particulier.

 


19 septembre 2016


 


Retour aux sources: à l’aube (en 2011/2012) de mes si nombreux parcours à travers Paris, je filais volontiers jusqu’à Montmartre pour y dessiner la basilique. En hiver, je prenais place à une table, dans un café en contrebas de la butte que surplombe le Sacré Chœur, et je m’exerçais à interpréter  - en noir et blanc -  cette église aux lignes si complexe. Elle semble avoir un pied en Orient avec ses coupoles d’aspect bouffi et ses baies en grappes.

Depuis, j’avais presque fait l’impasse sur cet espace, en partie parce que je m’efforce d’élaborer des dessins s’opposant aux clichés et aux cartes postales. Mais la tête d’un dessinateur est pleine de contradictions et de retours de balancier. Voilà que l’envie me prit, en cette toute fin d’été, d’aller croquer l’invraisemblable église.

Et force est de constater qu’il s’agit d’un très bel endroit. La blancheur mi ocrée mi rosée de la basilique contraste avec le vert opulent tout autour, aussi bien que les pelouses des jardins en pente à ses pieds que les arbres majestueux, principalement des conifères.

 

Coups de sifflet
 
Ce qui amusa mes crayons, ce furent ces trois petites grottes creusées dans un mur juste au dessous de l’esplanade de la basilique. Elles rappellent des décors propres aux parcs entourant certains châteaux.
Vers 20 h, quand je commençais le dessin, les touristes affluaient encore et il y avait une agitation plutôt joyeuse dans les jardins que surplombe la basilique. Des CRS veillaient sur la foule.

A 20 h 30, des coups de sifflets se multiplièrent : l’heure de la fermeture des jardins venait de sonner. La nuit était tombée à une vitesse déconcertante. Mais il faisait si doux, comme un soir d’été sur le pont Saint Louis quand un vent coquin atténue les relents de chaleur.

Cette soirée du 19 septembre faisait, à n’en point douter, le pont entre l’été et l’automne.

Le serveur en charge de la terrasse vint me féliciter: «Bravo pour votre dessin, vous avez fait vite.» Je lui demandai comment s’était passé l’été : «Il y a eu moins de monde que les autres années et cependant nous avons la chance de travailler dans un si bel endroit…»

Yann Le Houelleur 

 

Sur les traces de Joe Dassin

Sa chanson «le Jardin du Luxembourg» n’a pas pris une ride tant ce havre de paix demeure inchangé. C'est le lieu de prédilection, entre autres visiteurs, de retraités qui s’asseyent au soleil pour lire un roman.

 

12 septembre 2016


 

Belles paroles que celles en liminaire d’une chanson de Joe Dassin (éclose en 1976) intitulée «Le jardin du Luxembourg»: «Ca fait longtemps que je n’étais pas venu. Il y a des enfants qui courent et des feuilles qui tombent. Des étudiants qui rêvent qu’ils ont fini leurs études. Des professeurs qui rêvent qu’ils les commencent. Des amoureux qui remontent distraitement le tapis roux que l'automne a déroulé devant eux».

Cette chanson d’une vedette hélas disparue prématurément (en 1980) j’y songe inexorablement quand je retourne au Jardin du Luxembourg. Mais les enfants évoqués par Joe Dassin n’égayaient pas les allées du parc, ce lundi 12 septembre. L’heure de la rentrée des classes venait de sonner. Tout juste y avait-il des amoureux, des couples dont les pas faisaient crisser le sable et le gravier. Les allées quadrillant le Jardin du Luxembourg étaient presque désertes, sans doute à cause de la chaleur calamiteuse qui incitait les Parisiens à rester chez eux. Les 106 statues éparpillées à travers les 23 hectares que comptent le jardin s’ennuyaient plus que jamais : elles n’avait plus grand monde à épier.

Au rythme des chaises...
 
Toutefois, des personnes plutôt âgées avaient bravé une telle canicule pour lire un bouquin en toute quiétude. Même à l'heure de l'Internet triomphant et même tyrannique, les livres demeurent, pour beaucoup, un compagnon de presque tous les instants. Et comme chaque jour, le parc vivait avant tout au rythme des chaises que ses visiteurs déplacent en toute saison pour s’y asseoir dans un coin ou recoin leur plaisant. Il y a en a partout, de ces chaises en métal badigeonnées d’un vert gris austère. A disposition de quiconque, et c’est gratuit!

Revenons à Joe Dassin. Sa chanson dédiée au jardin du Luxembourg n’aurait-elle pas été composée en automne? Quand s’éteint l’été, le jardin tout entier s’enfonce dans la nostalgie. Regret d’un été trop vite évanoui, malgré l’éclat des couleurs dont se parent les marronniers.

A la mi-septembre, les lauriers plantés dans de grands bacs en bois se fanent. Ce sont eux, d’un rose enchanteur, qui m’ont incité à faire ce dessin ? C’est l’un des derniers croquis de cet été 2016 dont l’actualité fut encombrée de tant de tragédies et qui fut cependant (en ce qui me concerne) si fertile quant à l’inspiration.

 

C’est la rentrée: place à l’exotisme !

Dans les brasseries du boulevard Edgar Quinet (comme partout ailleurs à Paris) les riverains, de retour dans leur quartier, brassent les noms de pays lointains où ils ont passé leurs vacances. 

 

5 septembre 2016


 
Elle est d’une laideur telle que certains jours, comme pour en cacher l’absurde démesure, une écharpe de brume masque ses derniers étages: la tour Montparnasse. Héritage d’une époque sacrilège où même le musée d’Orsay  failli disparaître.

Paris ne cesse d’être menacée par les vandales en tout genre, fruits de l’inculture d’une société corrompue par l’argent: les kiosques à journaux d’inspiration haussmannienne alliant leur clocheton à ceux des colonnes Morris sont promis à une substitution par d’épouvantables «container». Merci la mairie de Paris!

Mais la capitale est semblable à une forêt qui malgré les plus absurde agression veut repousser toujours plus belle et charmante. Au pied de la tour Montparnasse, le boulevard Edgar Quinet s’avère plutôt joyeux avec un bouillonnement de brasseries et de commerces, entre autres quelques magasins dédiés aux beaux arts.
 
Pendant la journée, les riverains échangent des opinions sur tous les aspects de la vie en société.
La nuit, par contre, les conversations ont une teneur culturelle, notamment grâce à la proximité de la rue de la Gaieté truffée de salles de spectacles.

Boulevard Edgar Quinet, quand sonne l’heure de la rentrée, les uns et les autres brassent les noms de pays lointains où ils sont allés se changer les idées.


Crédit à la consommation

C’est l’occasion, aussi, de voir à quel point une société insatisfaite, frustrée va taquiner, si loin, des songes… le rêve d’une autre vie. L’exotisme, à des prix devenus facile pour qui peut s’offrir un crédit à la consommation. Question si souvent posée entre amis: «Combien tu l’as payé, ton billet d’avion?»

A la terrasse du café la Liberté, tout en dessinant, j’entendais deux jeunes femmes parler de loyers qu’elles n’avaient pas acquittés afin de s’évader l’une en Egypte l’autre en Thaïlande. Drôle de mentalité, ne pouvais-je m’empêcher de penser, moi qui n’ai pas gagné, pendant tout un été, de quoi prendre le large pendant quelques jours. Aucune jalousie dans mes propos: la capitale est ma perpétuelle destination, un monde dont je me délecte de toutes les facettes.

Yann Le Houelleur

Le Pont Neuf: l'art de couler de doux moments

Des générations de peintres se sont inspirés de ce pont comptant parmi les curiosités les plus prisées par les touristes. De cet endroit se dégage une atmosphère de paix…


30 août 2016 


 

C’est le plus vieux pont de Paris toujours debout. Le plus enchanteur, sans doute. Et très certainement celui qui a le plus souvent inspiré peintres et dessinateurs. Albert Marquet, Camille Pissarro, Johan Bartold Jongkind et Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet  - entre autres peintres -  ont restitué l’esthétique si particulière du Pont Neuf et l’atmosphère le long des quais.

Alors, chaque fois que je dessine les arches majestueuses du Pont Neuf, je songe à ces peintres, et je mesure combien Paris a évolué depuis la pose de la première pierre accomplie par le roi Henri III. Longtemps, la Seine fut encombrée par des bateaux lavoirs et une intense activité. Du linge séchait sous le regard des mascarons sculptés le long de la rambarde du pont.


Rafales (hélas) de voitures

Aujourd’hui, toutefois, une certaine douceur s’instaure autour du pont, plus particulièrement le tronçon reliant l’île de la Cité au quai Conti, tronçon comprenant à peine quatre arches. Le soleil, certains jours, donne une couleur de miel à la pierre ou le fait paraître de ouate tant son tracé se fait léger. De ce paysage se dégage une grande douceur, malgré la rafale de voitures rythmant la vie du Paris moderne.

Alors que je commençais mon dessin, je fus interrompu par le «bonjour» d’un garçon qui m’avait surpris en train de croquer deux mois auparavant, Régis. Se définissant comme un «artiste», il n’ose pas peindre ou dessiner, craignant que son désir de perfectionnisme n’anéantisse ses tentatives. Mais il parle, et de trop. Il y comme ça des gens, dans tout Paris (et ailleurs) en quête d’oreilles bienveillantes pour enregistrer impassiblement leurs complaintes et misères. Ce jeune homme, Régis, est plus que tout autre déprimant. Il n’arrive à rien faire, se complait dans une oisiveté inoxydable, mais parfois des paroles sensées sortent de sa bouche. Par exemple: «Paris, c’est un spectacle permanent qui me maintient en vie, et je m’y accroche!»


Il faut laisser du blanc 

Quels que soient leur état mental, leur humeur et leur condition sociale, j’accepte et même chéris les critiques et suggestions. J’en tiens compte dans la mesure du possible, et c’est l’une des raisons pour lesquelles travailler au contact du public s’avère valorisant. Les critiques d’art ne doivent pas être les seuls à prendre la parole! «Vous souvenez-vous, m’a dit Régis, la fois dernière je vous avais conseillé de laisser du blanc en évidence dans vos dessins et je crois que vous en avez tenu compte.»

Effectivement, il m’arrive de stopper net un dessin pour ne pas l’asphyxier avec le comblement d’espaces vierges près des marges ou même dans un périmètre central de la feuille. Voilà pourquoi la peinture ne m’attire pas trop, ne permettant pas autant de jouer avec les blancs.

Pour moi, même s’il est un art mineur, le dessin présente l’avantage de la spontanéité et de la fraîcheur d’âme. Je prends soin de bannir le recours à la gomme, sauf dans des circonstances exceptionnelles. Laisser le papier respirer, ne pas revenir sur ces décisions tantôt conscientes, tantôt inconscientes que sont les traits… des vertus auxquels je veux rester fidèle.

                                                                                                              Yann Le Houelleur

AVENUE DE L’OPERA – Pour un dessinateur de rue, Paris est une source d’inspiration inépuisable quant à son architecture, en particulier dans les quartiers submergés par la «vague haussmannienne». De très belles proportions, de la classe, de l’élégance et des matériaux nobles. On ne s’en lasse pas de ces déclinaisons d’immeubles si majestueux! (Dessin fait le 27 août 2016)

Au cœur d’un quartier vraiment élégant

L’avenue de l’Opéra correspond bien à l’idée que tant d’étrangers se font de Paris: une ville propre où flotte un esprit à la fois "classique" et moderne. Ces immeubles haussmanniens sont d’une majesté envoûtante.


27 août 2016


 


Les touristes s’en plaignent souvent: ce symbole de Paris qu’est la Tour Eiffel les déçoit. Pas du tout conforme à l’idée qu’ils se font de la capitale, une ville réputée élégante et raffinée. Les abords de la dame de fer s’assimilent à une cour des miracles géante où sévissent clochards, vendeurs à la sauvette (eau minérale, souvenirs, etc.) caricaturistes chinois, pickpockets et aigrefins de toute sorte. La police ferme les yeux sur une immigration illégale prospérant grâce à une pléthore d’emploi «au black».

Assurément, si Paris doit avoir encore un esprit, il n’est pas à chercher du côté des turbulences et turpitudes de la tour Eiffel. Sans doute faut-il le convoiter, cet esprit  - entre autres lieux –  dans un périmètre délimité par la rue de Rivoli et l’avenue de l’Opéra. Ce Paris là ne se lasse d’avoir de la classe; la chaussée y est propre, les graffitis infestant tant de quartiers y sont plutôt rares, et de belles vitrines côtoient des brasseries fort bien tenues. Pour un peu, on s’attendrait à voir des dames en robe longue déambuler le long de l’avenue de l’Opéra au bras de messieurs en redingote gratifiés d’un haut de forme, comme dans certains tableaux émanant des impressionnistes, en particulier Caillebotte.


En majorité des bureaux

 
Rien de plus propice à l’élégance que l’architecture haussmannienne. Les immeubles sont majestueux sans pour autant se montrer pompeux. Ils sont striés de colonnes, certaines en trompe l’œil, renvoyant à l’époque où le classicisme était de mise, une sorte de réminiscence du grand siècle. Bien entendu, les fenêtres au deuxième étage (par-dessus l’entresol) sont plus hautes qu’aux étages supérieurs car les propriétaires occupaient les appartements dits «nobles».

Or, quand tombe la nuit, un «détail» ne manque pas de capter l’attention des observateurs sensibles aux nuances de la ville: peu de fenêtres laissent apparaître une source de lumière, les façades sombrant dans une inébranlable obscurité. «Dans le quartier, il y a une majorité de bureaux», confirme Manu. Ce quinquagénaire d’origine portugaise se déplace en trottinette pour rallier les différents immeubles sous sa responsabilité, dont plusieurs se dressent avenue de l’Opéra. Il s’intéresse de près à l’histoire, au point de retracer les montages financiers auxquels Haussmann avait dû recourir pour transformer Paris de fond en comble.


Un mauvais exemple


Malgré tout, Paris que Napoléon III et Haussmann ont arraché au Moyen-âge pour en faire une capitale aérée et lumineuse menace de retomber dans la crasse et le chaos. Tout se détériore si vite, dans une ville où se pressent autant de voitures, autant de gens, et de surcroît les vandales redoublent d’audace comme on peut le constater en voyant des tags monter toujours plus haut à l’assaut des façades. Et le maire de Paris, Anne Hidalgo, donne le mauvais exemple en apportant sa bénédiction à la suppression des kiosques à journaux d’inspiration haussmannienne se caractérisant par une coupole émaillée d’écailles vertes. Ils seront remplacés par d’épouvantables «containers». 

Manu est intarissable sur les changements survenant dans son quartier. Il désigne un immeuble, le long de l’avenue de l’Opéra, blanc comme neige. Restauré de fraîche date, c’est un hôtel de luxe acquis par une grosse fortune d’un pays arabe. «Les propriétaires ont même offert aux autorités françaises de financer le déplacement de la station de métro Pyramides située au bas de l’immeuble, mais ils n’ont pas réussi à convaincre…»

LES HALLES / RUE RAMBUTEAU – Le Forum des Halles et sa toute nouvelle canopée risque fort de voler la vedette à ce très beau et fort amusant alignement de maisons, différentes les unes des autres, fenêtres d’inégale hauteur et garde-corps d’envergure variable. Les restaurants ont fait peau neuve, égayant la rue Rambuteau avec des stores et des parasols de couleurs vives, tels des sorbets aux saveurs exubérantes. (Dessin fait le 25 août 2016)

Un été pour nouer des contacts tout en rêvant…

 

Très agréable et rafraîchissante: la place Larue, sur le versant de la montagne Sainte Geneviève. Trois cafés partagent une même terrasse sous les déluges de feuillages, en l'occurence des prunus. On y fait de fructueuses rencontres, parfois, comme partout à Paris quand on sait prendre le temps de vivre.

 

 

26 août 2016


 

Paris n’est déjà plus la même ville. C’était un village, en plein mois d’août, tant l’atmosphère semblait conviviale dans des rues délestées de leurs flots de voitures coutumier. Il faisait bon s’asseoir à la terrasse d’un café, attendre que le soleil tempère ses ardeurs avant d’aller savourer un peu de fraîcheur le long des berges ou sur les ponts.

A la terrasse du Petit Café, sur le versant de la montagne Sainte Geneviève, je fis la connaissance de Wagner qui habite dans le voisinage. Ce professionnel du marketing a bifurqué, soudain, vers l’art et la culture, désireux de concrétiser ses aspirations davantage qu’un métier de routine. Son rêve? Une galerie d’art fonctionnant différemment de celles, clinquantes et parfois même futiles, dispersées dans le Marais et ailleurs. En réalité, il s’agit d’une Scop (société coopérative et participative), forme juridique peu connue du grand public.

Trouver un local

Wagner a remué ciel et terre pour obtenir des financements, des prêts, des dons. Il a su convaincre un important groupe bancaire et il s’est même endetté. Le projet, toutefois, risque d’achopper sur un «détail» incontournable: trouver un local dans un endroit bien fréquenté mais en vertu d’un bail raisonnable. «Il m’a été déconseillé de m’installer à proximité de galeries conventionnelles car cela engendrerait des susceptibilités…»
Malgré tout, Wagner, (père de deux enfants) garde le moral. Son projet serait à remodeler s’il ne trouvait pas un espace dans un délai de quelques mois. «Des solutions existent.»
 

Voilà donc un été pour faire son miel de contacts et de projets, quand on est «seul» à Paris et que presque tout le monde est parti en vacances.
Un été pour reprendre des forces, dans cette ville de Paris qui reste belle et prodigue en rencontres  malgré toutes les injures qui lui sont faites.

D’ailleurs, la place où le Petit Café déploie sa terrasse, en compagnie de deux autres cafés accolés à lui, engendre de bonnes énergies. Elle s’appelle, tout simplement, place Larue: s’y croisent la rue Descartes et la rue de la Montagne Sainte Geneviève.
Un trio de prunus, dont un fort épanoui, ombragent les terrasses des trois cafés, tandis que dans l’après-midi le soleil frappe contre la porte majestueuse qui fut pendant longtemps l’entrée de l’école Polytechnique, aujourd’hui ancrée à Palaiseau dans l’Essonne. 

En attendant Renoir…

Dessin fait vers 21 h, sur un nouveau bloc. Au premier plan, le pont de la Tournelle et au fond le pont Sully. Volontairement, j'ai éclairci le ciel comme si c'était un croquis élaboré par un après-midi estival... Oui, je l'avoue, j'aime bien dessiner la nuit et imaginer qu'il fait encore jour. Couleurs, donc, parfois en trompe l'œil.

Le long des berges, le soir venu, il fait bon se détendre entre amis tout en regardant glisser les bateaux. Le plus long d’entre eux (une centaine de mètres) est le Renoir, voué aux croisières.

  

21 août 2016


 

Après le vol de mon petit carnet de dessins (lire l’article daté du 20 août 2016), l’idée de tout laisser tomber s’est immiscée en moi. Pourquoi faudrait-il ainsi s’énerver pour gagner si peu au bout du compte? Pourquoi ne pas cesser de me prendre au sérieux ainsi que "tout le monde" l’exige de moi comme de tant d’autres et laisser mon imagination vagabonder, se substituer à la si dure réalité du monde?

Qu’on me pardonne: mais plus j’en fais, plus j’essaie de m’en sortir et plus je prends des coups. Un ami, Didier Arthaud, dont je parlais dans une chronique antérieure (18 août), m’a garanti que je dois rendre grâce à qui de droit pour être nanti d’un don et d’un caractère en acier trempé me permettant d’affronter les vicissitudes de la vie mieux que d’autres… car autour de nous, tant d’individus se fissurent, s'écroulent, se laissent déborder par le venin coulant en leur tréfonds.

Mais comme je lui ai expliqué, tant de «défavorisés» s’en tirent mieux que les anonymes se refusant à mendier sans cesse des faveurs. Ils font en sorte d'éviter les retours de bâton, basculent dans une sorte de folie narcissique, et la société française, si shotée à l'assistanat (lequel permet de contrôler et museler les masses, comme dans tout régime mâtiné de totalitarisme), les y encourage même. Par contre, quand on cherche de l'aide auprès de certains organismes pour se déployer professionnellement, on recueille de sérieuses vexations et même son lot d'humiliations, un comble! Je pourrais écrire un livre, avec tout ce que j'ai déjà enduré.
 

Grappes de noctambules

Alors, ce dimanche, le cœur encore lourd, en partie anéanti, je suis allé prendre le pouls d’une belle nuit mi estivale mi automnale sur les berges en contrebas du quai de la Tournelle. Les cracheurs de feu n’y sévissent plus. Mais il y a toujours des grappes de noctambules pique-niquant au bord de l’eau hélés par des vendeurs de bière à la sauvette agissant impunément. (Les policiers qui patrouillent ferment les yeux.)

Nombre des ces noctambules sont indifférents à un tel spectacle: un ballet incessant de vedettes, de péniches et de bateaux de grande ampleur tel le Renoir et ses 78 cabines. Il parcourt la Seine avec à son bord des touristes se régalant des paysages normands et franciliens.

Cet été, je le voyais s’aventurer sur ces eaux bien avant la tombée de la nuit. Maintenant, quand ce colosse d’une longueur de cent mètres, passe sous le pont Saint Louis, négociant un virage critique avant de se faufiler sous le pont de la Tournelle puis sous le pont Sully, il fait déjà nuit depuis longtemps.
Les lumières qui suintent à travers les baies de ce navire à deux ponts éclairent, soudain, les quais et elles font même apparaître les contours des gros pavés tapissant toute une partie des berges.

                                                                                                                                        Y/ 

ILE SAINT-LOUIS - Voilà un endroit bien parisien par son architecture et son atmosphère: la rue Jean de Bellay et (à gauche) celle de la rue Saint-Louis en l’Ile. Paris tel que les étrangers l’imaginent: des touristes et des riverains élégants, une certaine légèreté d’esprit, de la convivialité et de l’art (musiciens, peintres, etc.) tout autour du pont… (Dessin commencé le 1er août et terminé le 19 août)
Dessin fait, en réalité, un jour après «le drame», à l’extrémité du pont de l’Archevêché, côté quai de la Tournelle. Les arbres offusquant toute un pan de la cathédrale commencent à jaunir.

Pendant une séance de «crayonnage», un bloc m’a été volé, comprenant des croquis très spontanés (certains non scannés) fait pendant l’été. Le soir, sur le pont Saint-Louis, la cathédrale poignardait, de sa flèche, des nuages menaçants… et je la sentais tourner autour de moi, la main invisible de ce maudit vent!

 


20 août 2016

(texte dédié à Luc et Christophe, les animateurs du site http://www.store-us.net avec mes remerciements pour leur appui si bienveillant)


 

Samedi soir, après un après midi entrecoupé d’averses et d’éclaircies:  déjà la fin de l’été.

Un été qui se terminait fort mal puisqu’un bloc de dessin copieusement rempli (parmi les plus belles esquisses faite pendant l’été, d’une spontanéité désarmante) m’a été volé alors que je dessinais (sur un autre bloc). La plus horrible adversité que puisse endurer un dessinateur. Quelques jours auparavant, une voiture avait manqué de me broyer un genou.
Vue de l’extrémité du pont Saint Louis, côté Ile de la Cité, la cathédrale était d’autant plus étincelante que des nuages d’un mauve crasseux se cristallisaient autour de son élégant pourtour: assurément, un orage menaçait.

Oui, il me fallait tourner la page d’un été en clair-amer. Un été sans évasion autre (et c’est déjà pas mal !) que des échappées belles dans Paris.

Soudain, je l’ai perçue à nouveau, cette main invisible, vindicative et sans pitié qui me poursuit partout quand je dessine: le vent. Elle me fait très peur. Au printemps dernier, elle avait confisqué plusieurs dessins et les avait précipités dans la Seine.

Peut-être est-ce elle qui venait de me subtiliser mon bloc de dessin A4 dans une chemise en plastique disparue quelques quarts d’heure auparavant. Le bloc comprenait plusieurs de mes meilleurs dessins faits pendant le mois d’août.
En tout cas, la main invisible préparait un mauvais coup, à nouveau, ce samedi soir aux abords de la cathédrale. Un dessin se détacha de l’un des cartons me servant de cimaises, en l’occurrence posé contre un muret.


Une jeune femme en plein chagrin d’amour 

J’avais pris soin, pourtant, de bien attacher les dessins et esquisses offerts aux regards des passants avec des pincettes en métal made in Taiwan.
C’est alors qu’une jeune femme d’une douceur exquise surgit. Elle m’offrit son aide pour remettre les dessins dans leurs cartons car inexorablement le vent allait redoubler de violence et la flèche surplombant Notre Dame ne manquerait pas de poignarder les nuages, ourdissant une averse pour signifier la fin de l’été.

La jeune femme, plutôt belle, habitant du côté de Saint-Germain en Laye, avait les yeux mouillés de tristesse. Des larmes de pluie… Elle me confia qu’elle venait de «rompre». Pages d’amour qui tel mon bloc a dessin se voyaient emportées par des spirales de vents.
Coïncidence de deux destins contrariés unissant, de manière éphémère, une jeune fille au printemps de sa vie et un artiste à l’automne de son existence.

Alors qu’elle m’aidait à «replier bagages», je tentais d’apaiser son chagrin avec des mots évidemment si faciles. «Dites-vous qu’avec le temps les douleurs s’oublient et réveillez-vous demain en vous persuadant qu’une autre vie, qu’une autre personne commencent. Ce qui vous fait souffrir, il faut imaginer que dans quelques temps il n’en restera que des reliques en vous. D’ici là, d’autres choses auront fait de vous une personne dans une autre vie, avec des choses nouvelles…»

Même chose pour mon bloc à dessin. Ce dimanche, mon cœur est tourmenté, d’autant plus déchiré que je n’ai cessé, ces derniers mois, d’arracher de mes carnets à dessin des feuilles intensément crayonnées et colorées pour les vendre à des prix symboliques dans un but évident de survie. Je vais les refaire, ces croquis volatilisés.


Savoir faire abstraction

Il me faudra beaucoup d’énergie, et cette énergie où la puiserai-je sinon dans une sorte de folie domptée, car je ne crois pas dans la création zen, je ne pense pas qu’on puisse être un artiste stérilisé, formaté, édulcoré accumulant ses prétendues œuvres (je déteste ce mot, si prétentieux) dans une tour d’ivoire? Il faut se frotter à la réalité, vivre des exaltations et des turpitudes, oser la vie, la défier, se ramasser, se relever, trouver le salut dans une tornade de coups de crayon, de coups de pinceaux, et renaître sans cesse au gré de ces dessins et peintures qui s’en vont, qui sont une partie de nous et dont il faut apprendre à faire abstraction parce qu’en définitive l’artiste est la preuve même que rien en ce monde ne nous appartient, sinon quelques espoirs, en particulier l’illusion de ne pas trop souffrir avant de nous en aller ailleurs.

                                                                                                              Yann Le Houelleur 

 

P.S.: Me voyant dessiner la cathédrale, des curieux, très opportunément, m’ont dit que je lui faisais de gros yeux assez effarants tout en reproduisant les baies de son chevet. Quant aux arcs boutant, ils peuvent s’assimiler, avec un brin d’imagination, aux tentacules d’un gros insecte fouillant le sol. Douteuses interprétations, affreuses comparaisons, j’en conviens, alors qu’il s’agit d’une église en réalité si belle et si délicatement ciselée. Mais je me demande si Notre Dame n’a pas été bâtie sur un lieu quelque peu maudit quand je songe aux vents d’une violence inouïe balayant en tous sens le pont Saint-Louis et l’Ile Saint Louis. Malgré les apparences, malgré le prestige des lieux, c’est un territoire hostile. Pas une âme ne survivrait sans toutes ces belles constructions où il faut se réfugier quand se déchaînent de mini typhons et s’abattent de brutales averses… Puisse Notre Dame nous protéger de tous ces mauvais esprit rôdant.

 

Beaubourg: dialogue entre une église et une bicyclette

 

La plus grande roue d’une bicyclette ancrée dans le bassin de la fontaine Stravinsky fait écho à la rosace insérée dans la baie principale de Saint Merri.

 


 18 août 2016


 

Un ami, Didier, me convie à prendre une consommation à la terrasse d’un café sur le plateau de Beaubourg. Pourquoi ne pas choisir une terrasse dans un décor enchanteur. 

Au pied de la façade latérale de Saint Merri, hachurée de petits arcs-boutants encadrant les vitraux à l’étage supérieur, un bassin d’eau ovale offre un spectacle inédit. C’est la fontaine Stravinsky. Des «sculptures» fantasmagoriques entrecroisent leurs jets d’eau argentés. (Impossible de reproduire ces jets autrement qu’en bleu sur le dessin, une schématisation j’en conviens trop facile… mais pour les gens, en général, l’eau est bleue…)

Mélange des siècles. Mélange des genres. L’eau et le feu conjuguent leurs vertus, à l’heure où l’automne commence à grignoter la belle parure de l’été. Feuillages des marronniers prématurément roussis.

Une kyrielle de sujets complexes

Les créatures ludiques et bariolées de la fontaine Stravinsky ont pour figure de proue un exubérant oiseau de feu. Toutes sont issues de l’esprit fécond de l’artiste défunte Niki de Saint Phale. 

Didier et moi évoquions une kyrielle de sujets complexes tels que l’assistanat, l’aide aux plus démunis, l’atonie économique pénalisant tant d’entreprises, etc. Pas très poli de ma part, évidemment: mon regard se détournait du sien pour observer Saint-Merri, mi gothique, mi Renaissance. 

Cette église, par le passé, je l’ai dessinée à plusieurs reprises, avec bien sûr la fontaine symphonique attenante. Mais soudain, je me suis aperçu que la rosace insérée dans la baie principale (au dessus d’une petite porte rouge) avait pour écho un quatuor de roues formant une bicyclette, à une extrémité du miroir d’eau. Pas de doute: la plus grande de ces roues dialoguait avec la rosace. Les rayons de la première allaient de pair avec les lobes et pétales de la seconde.

Je n’y avais jamais pensé, comment se fait-il qu’on soit aveugle à ce point tout en croyant voir les choses? Les pages du grand livre des siècles se tournent et la roue du monde elle aussi ne cesse de tourner…

 

L’été aussi allait se détourner de nous, bientôt, à en juger par les nuages qui s’amoncelaient au-dessus de l’ample toit de Saint Merri. A un certain moment survint une averse fugace, mais un parasol nous protégeait.

Yann Le Houelleur 

 

PLACE LARUE, DANS LE 5ème - Il faut bien se résoudre à l’escalader, la Montagne Sainte Geneviève, par la rue portant son nom, si escarpée! Avant d’admirer la silhouette effilée du clocher de Saint-Etienne du Mont, une halte s’impose à la place Larue. S’y dresse une porte fort belle, dans un mur hachuré de refends… Elle constitua jadis l’entrée de Polytechnique, une grande école qui a déménagé à Palaiseau, dans l’Essonne. Ce dessin est à peine une esquisse, ce mardi 16 août, faite à la terrasse de l’Annexe, café appartenant au même propriétaire que le Petit Café (juste à côté). Ladite equisse a quand même exigé 2 heures d’attention! Plusieurs cerisiers du Japon suscitent un ruissellement de feuilles d’un vert sombre qui s’allie à la couleur même de l’imposante porte… hélas toujours fermée.

Sources de poésie dans la ville

A proximité d’une fontaine Wallace, rencontre avec deux «résistants» qui se refusent à adhérer à la vacuité de l’époque. A leur manière, ils font chacun de la poésie, ils enchantent la vie… Ali et Philippe.


16 août 2016 


 
L’important, quand je dessine, ce n'est pas le résultat des balafres de crayon(s) commises sur une feuille de papier mais les personnes rencontrées dans la rue. Nombre d’entre elles m’ouvrent des portes quant à la compréhension du monde et elles agrémentent d’optimisme la lucidité avec laquelle je décortique le monde.
Même si les dérives de la technologie et la tyrannie de la pub associée au marketing condamnent tant de nos contemporains à «une vie de chtarbé» il existe des résistants, tout autour de nous, qui se refusent à prôner la crétinerie.

Ali et Philippe s’apparente à un tel cercle de privilégiés. (Car c’est un privilège que de vivre en accord avec sa conscience.) Ce mardi 16 août, je dessinais une fontaine Wallace, rue de la Bûcherie, quand survint un inconnu gambadant tout en s’appuyant sur des béquilles : Ali. Fort curieusement, il me demanda si l’eau de la fontaine était potable. Un «truc» pour discuter avec moi? Atteint depuis la naissance d’une maladie indélébile, Ali montre l’exemple en disant que sa vie est une grâce.

Besoin d'amour

Franchise déroutante: «J’ai eu la chance d’avoir été beaucoup aimé mais je me suis aperçu que mon besoin d’amour était perçu par les autres comme une fêlure dans laquelle il s’engouffrait.» Ali dessine sans arrêt  - des arbres, des maisons, des silhouettes -  sur un carnet, avec des stylos feutre.

C’est alors qu’un ami dont le chemin passait par la rue de la Bûcherie le reconnut: Philippe Rovere. ( son site: http://www.philipperovere.fr ) Un mec d’apparence timide, vêtu simplement, et dont je me rendis compte qu’il s’est raccroché à la vie grâce à un talent fructueux. Tout porte à croire qu’il a connu une descente aux enfers. Il n’exerce plus son métier d’ingénieur, s’étant reconverti dans la poésie. Philippe a édité un petit ouvrage intitulé «Impromptu de Poésie».

Trois cent exemplaires, chacun vendu 10 euros. Un régal que son style concis, précis, fécond. De la profondeur sans chichi superflu. Par exemple, ce poème, «Le Cadeau»/
(…) A toutes ces choses que l’on consomme et consume / Sans sens et sans cesse, cadeaux qu’on accumule / Et qui fabriquent nos détresses / Et qui pourrissent nos tendresses / Et qui finissent pas faire de nos cœurs d’ordinaire béatitude / De fades et froides et tristes usines à solitudes.»

LE PONT MARIE – Un moment de détente (laborieux, toutefois), en plein pont… de l’Ascension. Voici, précisément, le pont Marie vue des berges à proximité de Sully-Morland. Ce jour-là, il y avait peu de monde à Paris Plage (cette opération a-t-elle encore une utilité ?) et j’ai pu dessiner en toute quiétude sous le regard de nombreux CRS et de policiers qui ne cessaient de patrouiller. (14 08 2016)
PARIS XXème - Dévalant (ou remontant) cette rue, Saint-Blaise, on peut se demander : «Cet endroit est-il vraiment à Paris?» L’église, tout au fond, est d’aspect champêtre… Saint Germain de Charonne. A gauche, le restaurant Le Magnolia dont les stores en partie orange apporte une note d’allégresse supplémentaire à la rue St-Blaise. (Dessin fait le 9 août 2016. Format A3. Stylos feutre et crayons de couleur.)

Un accident évité de peu. Merci Saint Germain!

 

Quelques heures après une visite de la délicieuse église de Charonne, une voiture a failli amocher sérieusement le dessinateur assis sur le trottoir. Un miracle de s’en sortir avec seulement des écorchures. Non loin de là, avant la tombée de la nuit, un autre dessin. Bel immeuble rose face à une maison d’aspect provincial.
 

 

9 août 2016

 



C’est peut-être avec l’idée d’échapper à la mort que les artistes chevauchent leur inspiration et la laissent se débrider avec toute la fougue requise. Mais il arrive que le malheur rôde et qu’il nous frôle de près. Ce mardi, j’aurais pu basculer dans la débâcle en quelques fractions de seconde. Assis sur un trottoir, j’avais entrepris une course contre la montre crayons en main, face à la rue Saint Blaise qui doucement rejoint Saint Germain de Charonne tout en décrivant des méandres. J’étais allé visiter cette délicieuse église, réouverte au public après des travaux de rénovation de longue haleine. Saint Germain m’aurait-il accordé sa protection ? (Cet évêque qui détint les clefs de Paris consacra sa vie secourir les pauvres…)

Effectivement, à 20 h 30 une voiture me frôla de si près que j’en ai presque eu le genou broyé. Mon carton à dessin, posé à terre, a sans doute contribué à me sauver. Comment ai-je pu si bien m’en sortir? «A peine» de grosses écorchures. Mais une peur bleue que j’ai essayé de surmonter en entreprenant une esquisse après avoir traversé la place de la Réunion.
 

Apprenti couvreur, en Bretagne

 
Non loin de ce rond-point, au croisement de la rue des Vignoles et de la rue de Buzenval un immeuble plutôt singulier étire ses façades d’un rose de barbe à papa dans les fêtes foraines… Il semble d’autant plus haut qu’il est étroit : de la belle architecture datant de 1905.

Face à l’immeuble s’étale de tout son long une maison plus âgée faisant un étage, dont le rez-de-chaussée comporte un restaurant signalé par des stores rouges. Elle a un petit air provincial, cette maison badigeonnée d’ocre, et en ce mois d’août le resto est fermé. Soudain, un jeune homme s’approcha de moi, et s’exclama : «Comme je vous plains, il fait froid ce soir… »

Kilian a cru que j’étais un SDF en train de passer le temps. Mais je l’ai vite rassuré : «J’ai un toit sous lequel dormir. J’aime dessiner tard en soirée.» Merci à ce jeune homme, de surcroît breton, dont le frère vit à la Porte de Vincennes et auquel il rend visite. Nous avons longuement parlé de la Bretagne, qu’il décrit comme sinistrée avec tant de jeunes sans trop d’avenir. Mais lui, Kiian, a un futur métier qui devrait lui permettre de vivre dignement : couvreur. Il suit sa première année d’apprentissage (deux ans en tout). Cela m’a fait plaisir de découvrir un jeune qui se lance dans la vie avec foi ; et je me suis souvenu des propos si pertinent qu’un «senior» m’avait tenus rue des Abbesses un mois plus tôt: «Les jeunes ont tellement plus de choses à nous apprendre que les vieux…»

Yann Le Houelleur


P.S. : Mes remerciements à «Coco», la jeune femme qui est venue me réconforter après l’incident survenu tout en dessinant. Elle a été si gentille… et je la connaissais puisque nous nous sommes connu dans une association (Basiliade). Heureuse coïncidence.

Les vraies couleurs de Paris sont aussi ici…

Ce dessin a été fait en une heure et demie assis à même le trottoir, boulevard Magenta. Format A3 et crayons de couleur, principalement Luminance de Caran d’Ache.


Pourquoi ai-je passé tant d’heures cet été sur les quais aux abords de la cathédrale alors qu’il y a de si vibrantes «choses» à dessiner à quelques stations de métro de Châtelet les Halles? Propice à l’inspiration: le tronçon aérien du métro à Barbès Rochechouart l'est assurément.

 

8 août 2016


 

La concentration est de mise, quand on dessine dans un tel endroit, alliée à une certaine vigilance en raison de l’atmosphère plutôt tumultueuse. A l’entrée de la station Barbès Rochechouart, des vendeurs à la sauvette harcèlent (pas toujours discrètement) les voyageurs. La contrebande de cigarettes bat son plein, et les autorités  - selon toute vraisemblance -  laissent faire.

Alors que je dessinais, assis à même un trottoir, une bagarre éclata juste à côté de moi. Des guetteurs réglaient à leur manière un différend à l’écart du point de vente. Des coups de point furent échangés. «Il ne faut pas vous en faire», vint me rassurer un choubani très attentionné. « Cela arrive tous les jours.»
 


Simplifier la jungle des signaux

Le choubani me posa une question : «Pourquoi vous ne faites-vous pas tous les signaux sur votre dessin?». «Le propre» d’une ville comme Paris, c’est d’abonder en matière de pollution visuelle, quels que soient les quartiers. Feux tricolores, signalisation (sens interdit, interdiction de stationner, etc.) mobilier urbain, éclairage public, poubelles...
L’œil du dessinateur, instinctivement, doit simplifier cette jungle et ne retenir qu’un nombre limité de ces traits pour la plupart verticaux.

A Barbès Rochechouart, la ville change d’aspect. Certes, les immeubles, bon nombre d’entre eux haussmanniens, sont tout aussi majestueux et robustes que dans les beaux quartiers. Mais une fébrilité accrue règne dans les rues et l’on n’y voit plus ces cadres, ces employés de bureaux bien sapés, ces touristes «fashion» quadrillant les avenues du centre de Paris.

Des femmes noires «remorquent» des poussettes avec des enfants. Passablement de femmes voilées aussi. Des gens habillés simplement font un détour par les magasins Tati dont les lettres en bleu, tutoyant le ciel, semblent régir tout un quartier.

 

Quai de la Tournelle, cet hôtel particulier fut défiguré par un fabricant d’absinthe

(Il arrive que l’auteur de ces dessins élabore deux versions successives d’un même endroit afin de voir à quel point l’inspiration et l’humeur du jour modifient la manière d’interpréter et influent sur l’aspect graphique… Ce jour, 7 août 2016, recours à des stylos feutres avant d’utiliser du pastel gras, alors que l’avant veille le dessinateur s’était contenté de crayons de couleur…)


Assurément l’une des plus belles demeures du quartier latin, face au pont de l’Archevêché. Sa porte cochère ne s’ouvre jamais… Un certain mystère flotte ici même.

 
7 août 2016


 
«Napoléon Bonaparte a bien habité cette maison, n’est-ce pas?» Alors que prenait forme un dessin estival upplémentaire, un passant posa cette question comme si j’étais sensé connaître une telle demeure. Non, l’empereur n’a jamais occupé la si belle demeure au 55-57 quai de la Tournelle. Assurément, cet hôtel particulier parmi les plus imposants de Paris est fort méconnu (en général) du public, divergeant sur ce point de maints hôtels situés dans le Marais. Pourtant, sa construction (sous sa forme actuelle) remonte au règne de Louis XIV, à l’instar de tant de joyaux architecturaux situés sur la rive droite.

S’il est appelé Hôtel de Nesmond, c’est en raison de François Théodore de Nesmond, président du Parlement de Paris, qui le fit réaménager en 1643. Le nom de cette famille est gravé sur le cartouche au dessous du fronton gratifiant la porte cochère, laquelle ne s’ouvre presque jamais. L’hôtel particulier macère dans un certain mystère. Il ne garde plus aucune trace de l’époque (à cheval sur les 19ème et 20ème siècle) où il abrita une entreprise vouée à la fabrication d’absinthe et de liqueurs. Distillerie, bureaux, entrepôts…
Une horloge occupait alors le fronton. «L’enceinte» séparant la cour d’honneur du quai ainsi que les façades étaient tapissées d’inscriptions signalant les spécialités élaborées par la maison, entre autres l’absinthe Joanne.

La prohibition de la «fée verte» en 1915 signa l’arrêt de mort de l’entreprise et l’un des bâtiments (selon le site «Des usines à Paris», http://lafabriquedeparis.blogspot.fr) fut transformé en garage.
Tant d’activités, on s’en doute, ne manquèrent pas de défigurer l’hôtel particulier entre autres injures la toiture fut en partie démolie pour installer un étage supplémentaire.

Reste à savoir qui vit derrière les superbes fenêtres rythmant la façade. Le soir, elles ne sont jamais éclairées Quel privilège de posséder un appartement en ces lieux… Et il est fortement conseillé aux amateurs d’architecture de s’intéresser à l’enfilade de bâtiments le long de la rue des Bernadins d’aspect plutôt médiéval…


Yann Le Houelleur

Pour le plaisir des yeux

Témoignage troublant recueilli tout en dessinant le café Louis-Philippe : «Depuis que j’ai une seconde vie je m’aperçois qu’au cours de la première je n’ai pas prêté suffisamment d’attention aux choses.» En fait, Roland vient de recevoir un nouveau coeur.

 

 29 juillet 2016


 

Rue des Barres, à proximité de la Seine, un café perpétue la mémoire d’une époque déjà lointaine: le Louis Philippe. Inauguré en 1810, il abrite, en terrasse, ses clients sous des stores roses pâle où le nom de ce souverain se décline en lettres élégantes, d’un vert turquoise éclatant. Des géraniums égaient les fenêtres au premier étage.

Tandis que je dessinais ce café, un inconnu me salua et me demanda s’il pouvait m’observer sans pour autant m’importuner. L’intuition me vint qu’il avait des choses à confier. «Moi aussi, je me promène dans Paris pour le plaisir des yeux. En réalité, je reviens de loin et depuis que j’ai une seconde vie je m’aperçois qu’au cours de la première je n’ai pas prêté suffisamment d’attention aux choses.» Cet homme de 50 ans (que nous appellerons Roland) a subi une greffe du cœur à la suite de complications dues à la consommation effrénée de drogue. Il lui fallait, dit-il, conjurer des angoisses enracinées dans son enfance. Roland reproche à ses parents de ne pas l’avoir suffisamment aimé.

Ce qui est troublant, dans son témoignage: il exerce une profession artistique. Or, les artistes, tout au moins bon nombre d’entre eux, croient aider le public à mieux comprendre la vie alors qu’eux-mêmes voient si peu, voient si mal.
J’en parle en connaissance de cause: souvent, quand je dessine, je ne m’aperçois de certains détails qu’après de longues minutes de «décryptage». J’aurais pu m’en rendre compte d’avance et ils se sont dérobés à mon premier coup d’œil.
Sans doute les ai-je perçu inconsciemment, mais toujours est-il que je dois veiller à éduquer mon regard, moi qui suis sensé «bien regarder».

Nos villes sont pleines de gens qui ne prennent jamais le temps de les scruter, de se poser des questions sur les édifices et les constructions qui les entourent. Que que soient notre métier et notre culture, nous avons tous tendance à être blasés et désenchantés.

Un tournant à négocier: début août…

La nuit tombe de plus en plus vite sur le pont Saint-Louis où les musiciens continuent à faire moisson de pièces de monnaie. En contrebas défilent des bateaux de toute sorte…

 1er août 2016


 

 

Pourquoi l’avoir tant dessiné, ce tronçon de la Seine, entre les ponts Saint Louis et la Tournelle ? Parce qu’il englobe tout ce qui fait d’un rêve une réalité. Paris dans toute sa quintessence, nouant telle une gerbe ce qu’il a récolté au fil des siècles.

C’est ici, aussi, que l’on prend conscience à quel point la Seine est la veine nourricière de la capitale. Tout au long de la journée et même tard le soir des péniches et des bateaux dit «mouche», mais aussi des canots, se faufilent sous les ponts. Depuis le pont Saint Louis, l’on peut s’extasier devant la trajectoire superbe que décrivent ces bateaux quand ils négocient, sans hésitation aucune et avec précision, leur virage. Comment certains ne se fracassent-ils pas contre les berges en raison d’un vent et d’un courant trop forts? Par la grâce de leur mobilité, ils contribuent au charme de Paris. Et tout cela va si vite…
 


Août, c’est un tournant qu’esquisse l’été: à 21 h 30, les artistes se produisant sur le pont St Louis sont déjà presque des fantômes tant la nuit s’habitue à tomber rapidement. Déjà lointain, le souvenir de ces soirées brûlantes d’envie, quand il faisait jour encore à 22 h 30. Et puis, la lumière change, un rien plus ouatée avec certains soirs de très légères brumes conférant aux rives de la Seine un rien de mystère.

Malgré tout, malgré en premier lieu une actualité oppressante, une bonne dose d’insouciance régit sur ce pont. Les musiciens s’y installent comme en terrain conquis et ne versent pas de taxes à la ville qui prend soin d’entretenir cette scène perpétuelle. Les dessinateurs, les caricaturistes se plaignent du manque de propension des passants à dépenser, mais les sébiles des musiciens continuent à se remplir à vue d’œil, les petites rivières formant les grands fleuves… 


Yann Le Houelleur

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Commentaires

06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

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21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

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18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

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30.12 | 10:55

Solidarité avec toi Yann ! Paris sans les artistes de rue n'est plus Paris ! Simona a tout à fait raison !

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