Aux Portes de Paris

Gennevilliers : une usine encore en fonctionnement, appartenant cependant au patrimoine historique

Dessin entamé sur place en mars, quand les arbres étaient encore nus. Puis en raison du froid et de certains hésitations, il a été repris à l’aquarelle et à la craie à la toute fin de l’hiver puis au début du printemps, hélas à des moments différents de la journée, d’où nécessité de trouver une luminosité propre. Terminé, enfin, le 7 mai et retouché entre quatre murs, au petit matin, le lendemain. 

(8 mai 2013)  -  Une usine en pleine ville, c’est le prétexte à bien des conversations. A Gennevilliers, «Le Carbone Lorraine», comme le disent encore nombre d’habitants, est un vestige encore vivant d’un âge d’or industriel dont la page s’est tournée presque définitivement à la fin du siècle dernier.

En fait, Carbone Lorraine s’appelle officiellement Mersen depuis 2010. Ce groupe possède des usines éparpillées dans une quarantaine de pays, qui produisent et offrent des solutions sur des marché aussi diversifiés que l’énergie, la chimie, les transports, l’électronique, etc. En longeant les murs de briques encerclant le site de Mersen à Gennevilliers, aussi élevés que des remparts, les passants et les riverains auraient quelques difficultés (sans doute) à imaginer que l’ex-Carbone Lorraine pesait, en 2012, l’équivalent de 810 millions d’euros quant à son chiffre d’affaires. Or, ce «géant» se résume, pour les Gennevillois, à une cheminée rejoignant le ciel, désormais désaffectée, et se voyant de fort loin tout comme la tour proche de la mairie.

UNE MEMOIRE COLLECTIVE EN PARTIE INOXYDABLE

Le dessinateur qui écarquille les yeux face à un tel symbole historique et urbain, assis sur un pan de trottoir, ne s’en prend pas seulement plein la figure avec les vibrations et ondoiements des briques employées pour la construction des façades. Il reçoit des témoignages émanant d’autochtones indiquant la persistance d’une mémoire collective en partie inoxydable. «Quand je suis venu à Gennevilliers dans les années 70, il y avait plusieurs milliers de personnes travaillant dans l’usine, et je crois bien qu’il en reste seulement quelques dizaines», fait valoir un grand père se promenant avec sa petite fille. Il habite un assez bel immeuble résidentiel situé de l’autre côté du Boulevard Camélinat, et les occupants de ces appartements peuvent apercevoir, de leurs fenêtres, tout un pan de l’usine: une sorte de peinture cubiste, faite de rectangles empilés les uns sur les autres qui dégagent des tonalités tantôt chaleureuses, tantôt attristante, une ambiguïté esthétique propre aux constructions de briques.

S’y ajoutent des bandeaux de verre, oscillant entre la grisaille et le bleu froid, derrière lesquels tremblent, certains jours, des lumières jaunes. «Elle fonctionne encore, cette usine, et même la nuit», s’exclame une dame d’un âge plutôt avancé, dont l’habillement et l’élocution reflètent une évidente distinction. Mais la dame n’éprouve pour une telle esthétique industrielle aucune sympathie: «Il faudrait qu’on rase tout ça, tant c’est sinistre en hiver, et la nuit je vous assure qu’on jurerait entendre des ronflements dans cette carcasse de briques…»

Sans doute le sommeil de la dame est-il plus sensible que la moyenne des riverains, dont la plupart semblent fiers d’habiter à proximité d’une telle usine, même s’ils n’ont pas oublié  - et c’est un enfant de douze ans qui le rappelle ! -  une explosion survenue en 2010 ayant coûté la vie à deux ouvriers. «On y fabrique du graphite, un matériau largement utilisé dans la construction de train, d’avions, et servant à beaucoup de choses», croit savoir un père de famille avec un porte-bébé sur sa bicyclette, venu habiter l’immeuble résidentiel et travaillant dans une entreprise de restauration collective à Suresnes.


UN SORT SI DIFFERENT DE CHAUSSON


Nombre de riverains savent et garantissent que l’usine Carbone Lorraine fait partie du patrimoine historique, ses façades ne pouvant se volatiliser sous la pression des bétonneurs si actifs et même affamés à Gennevilliers comme dans toutes les communes en bordure de l’agglomération parisienne. Parmi les dernières usines encore en fonctionnement à Gennevilliers, Carbone Lorraine a connu un sort bien différent de celui des usines Chausson jadis situées à 500 mètres de là, qui auront cédé la place à un éco-quartier incarnant la nouvelle vocation de la commune : accueillir des bureaux, densifier et diversifier son parc de logements tout en promouvant  - mot si cher aux autorités locales -  de la mixité sociale. «Il ne faut pas regretter la disparition de certaines usines et friches industrielles», avance un retraité  - 75 ans, ne paraissant pas du tout son âge -  qui fait partie du conseil de quartier. «En effaçant les usines Chausson du paysage, on a évité à la population de côtoyer des souvenirs qui auraient généré de la souffrance morale, puisqu’il faut bien s’habituer à l’avènement de nouvelles activités.»

La rançon d’un tel progrès, défendue par la municipalité communiste, c’est qu’elle finira bien par scier la branche sur laquelle celle-ci est assise. Venus d’autres villes, les nouveaux arrivants ne manqueront pas d’exprimer d’autres revendications, à imposer d’autres points de vue, à raisonner autrement qu’en jardiniers de la nostalgie. Et ils ne voteront plus nécessairement pour ces gens de gauche obligés de prendre en compte la désindustrialisation. Autrefois, les ouvriers de Chausson, de Carbone Lorraine et de tant d’autres usines travaillaient et habitaient à Gennevilliers.
«J’aime cette commune, et pourtant je bosse à Suresnes, dans une entreprise de restauration collective», ajoute le jeune père de famille mentionné quelques lignes plus haut…

YleH

(8 mai 2013) - Une usine en pleine ville, c’est le prétexte à bien des conversations. A Gennevilliers, «Le Carbone Lorraine», comme le disent encore nombre d’habitants, est un vestige encore vivant d’un âge d’or industriel dont la page s’est tournée presque définitivement à la fin du siècle dernier. Le dessinateur qui écarquille les yeux face à un tel symbole historique et urbain, assis sur un pan de trottoir, ne s’en prend pas seulement plein la figure avec les vibrations et ondoiements des briques employées pour la construction des façades. Il reçoit des témoignages émanant d’autochtones témoignant la persistance d’une mémoire collective en partie inoxydable. «Quand je suis venu à Gennevilliers dans les années 70, il y avait plusieurs milliers de personnes travaillant dans l’usine, et je crois bien qu’il en reste seulement quelques dizaines», fait valoir un grand père se promenant avec sa petite fille. «On y fabrique du graphite, un matériau largement utilisé dans la construction de train, d’avions, et servant à beaucoup de choses», croit savoir un père de famille avec un porte-bébé sur sa bicyclette, venu habiter l’immeuble résidentiel et travaillant dans une entreprise de restauration collective à Suresnes.

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Commentaires

22.10 | 23:40

Bonjour on c'est parle pour venir dessiner la devanture de ma boutique
Merci et bravo pour votre talent
Votre travail me fait penser à dessins Tobiasse
Cecile

...
06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

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21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

...
18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

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