Eté 2014

(15 septembre 2014) - Ecaillée de bleu et de vert, balisée de reflets mouvants, la Seine rampe entre plaines et collines. Alternances de villes et de zones rurales. Ce dessin a été fait à Conflans Sainte Honorine. Depuis une terrasse attenante au château, un panorama grandiose se déploie. Au premier plan: un damier de toitures.

Triste spectacle, dans les trains (et ailleurs)

De retour de Conflans Sainte Honorine, où j'avais dessiné le long du Quais des Martyrs de la Résistance, j'ai pu assister à une scène désolante dans le RER... qui m'a inspiré le texte suivant.

Les transports publics sont le théâtre de scènes désolantes, dont je suis le témoin quand je voyage sur les lignes du Transilien. L'incivilité se développerait-elle à un train d'enfer? Ce lundi-là, un jeune éducateur, Xenar, a remis en place un camé qui voulait fumer dans le train. Et il a expliqué, ensuite, à quel point l’évolution des mentalités l’inquiète, notamment le laxisme vis-à-vis des stupéfiants dont font montre les pouvoirs publics.
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(15 septembre 2014) 
-  Prendre le train, tard le soir au retour d’une séance de dessin dans la région parisienne, c’est courir le risque d’assister à un triste spectacle. Celui d’une jeunesse mal élevée, dénuée de respect, qui génère de l’insécurité dans les rames du Transilien. Certes, la plupart des jeunes gens savent se conduire, mais depuis quelques années ils sont toujours plus nombreux à fumer sur les quais, à étendre leurs jambes démesurément jusqu’à poser les pieds sur le siège en face d’eux, à parler bruyamment. Le triomphe de l’incivilité.

Ce lundi-là, au retour de Conflans Sainte Honorine, je suis témoin d’une scène révélatrice de notre affligeante époque. Quelques gares plus loin, à mi-chemin entre Conflans et Paris, un passager blond, la mine fripée et le regard flou, se fait sermonner par un grand gaillard noir, un vrai colosse. Celui-ci l’incite à ne pas allumer sa cigarette et de loin je l’entends donner quelques conseils l’appelant à la raison. Indubitablement, «le blond» est un camé à la dérive. Mais qui est ce «colosse» s’exprimant fermement et pourtant calmement?


"Certains jeunes boivent jusqu'à en tomber malade"

A la sortie du train, gare Saint Lazare, je lui adresse quelques mots: «Vous ne seriez pas un éducateur?» J’avais vu juste. Xenar (son nom) se désole, d’emblée, de l’état catastrophique de tout un pan de notre jeunesse française. «Il y en a plein comme lui, et même de beaucoup plus jeunes qui boivent jusqu’à en tomber malade. Ce qu’ils voudraient, en général, c’est que des personnes sensées leur fassent prendre conscience de la réalité car ils ont besoin de garde-fou. Mais rares sont ceux qui osent affronter ces jeunes et et les remettre à leur place.» Xenar vit dans le 20ème et il observe, tout autour de lui, des dérives auxquelles succombent tant d’adolescents, en fin de semaine quand les alentours du parc de Belleville frémissent. Des flots de boissons dites énergétiques se mettent à couler, conjuguées avec toutes sortes de stupéfiants, dont le shit.


"Quand il s'agit de vice, l'argent est toujours pléthorique"


Le plus étonnant, constatons-nous d’un commun accord, c’est de voir à quel point il est facile de se procurer de l’alcool, de la came, des substances censées exacerber le sens de la fête. «Quand il s’agit de vice et de dévoiement, l’argent s’avère toujours pléthorique, affirme Xenar, alors que celui-ci manque pour ceux qui ont des projets constructifs à réaliser.» C’est bien à l’explosion d’une économie de l’autodestruction et de la fragmentation que nous assistons, prospère car fondée sur la massification des habitudes de consommation. Or, impossible de ne pas relever la complicité de l’Etat avec les marchands de stupéfiants et d’illusions dont bataillons de fourmis quadrillent les cités et les espaces publics.

Que fait l’Etat pour mettre fin à ce commerce si peu honorable, surtout quand la santé physique et psychique de tant d’adolescents est en jeu? Rien du tout, ou si peu. La plupart du temps, quand les policiers patrouillent, ils ferment les yeux, n’intervenant qu’en cas de fièvre trop vive dans les rues. Surtout, ne pas faire de vagues: telle est la lâcheté et l’aveuglement collectif dans lequel se vautrent nos dirigeants par nature veules et donc manipulateurs.

Xenar a bien raison de le dire: «Si l’Etat voulait interdire l’importation du canabis en provenance du Maroc, il aurait les moyens de fermer les frontières aux trafiquants. Ce serait si facile...»


Une spirale infernale tire les gens vers le bas

De toute évidence, cela fait quelques années, sous la pression d’une corruption dont il est aisé de deviner l’envergure, que les autorités laissent faire. La France est victime de cette spirale infernale, tirant tant de gens vers le bas, que constitue la disparition de valeurs telles que le travail, la culture, le bon goût, la solidarité, le souci du bien public et du patrimoine. Et les socialistes n’ont rien arrangé. Ils ont la manie d’analyser les choses à travers le prisme de la compassion. Ils sont enclins à abuser de cette tolérance dévoyée que sont si souvent l’assistanat et l’exacerbation des droits de l’homme (sans devoirs en contrepartie).

Nombre de jeunes se nourrissent d’une pseudo culture basée sur la violence, l’agressivité, la permissivité, comme en témoignent ces musiques que vomissent tant de chaînes de radio. Où sont passées les belles chansons de mon enfance qui privilégiaient (souvent) les sentiments et les mots joliment lapidés. Aujourd’hui, le «nique ta mère» fait partie des horreurs devenues banales scandées par des chanteurs prétendant éduquer les masses. Et ce sont les mass médias, les agences de communication, les soi-disant agents culturels qui se targuent de vouloir éduquer la jeunesse à la place de parents se sentant dépassés par les événements et sous la pression d’une logique économique devenue mortifère.

«Dans mon quartier, m’a dit Z, des parents ont été rappelés à l’ordre parce qu’ils avaient giflé leur enfant. Pourtant, ils croyaient bien faire… C’est le monde à l’envers!»

La France est en train de mourir, assassinée par des élites stupides, corrompues. Elites contaminées par le socialisme et le marxisme, qui laissent tout faire. Ces doctrines «à gauche» vont de pair avec un libéralisme culturel des plus brutaux où seul compte l’appât immédiat du gain, la destruction des critères esthétiques et l’aliénation de l’intelligence. Sous couvert de tolérance et de respect de la vie privée, notre époque est d’une brutalité inouïe.

Féerie automnale au Jardin du Luxembourg

Dessin au pastel et avec des crayons (de couleurs): «J’aime l’aspect spontané et enlevé que vous avez donné à cette végétation», s'exclama une dame qui pratiquait la sculpture sur bois.

(14 septembre 2014)  -  De toute évidence, il est le roi des parcs situés à Paris Intra Muros. Le plus somptueux, le plus distingué, le plus touristique, le plus convivial aussi. Bien que très fréquenté, le Jardin du Luxembourg offre à tous de quoi se régénérer et décompresser au milieu d’une ville devenue si fiévreuse et hostile. Tout semble y arrondir les angles de la vie, à commencer par les courbes douces des allées serpentant entre des pelouses qui sont autant de territoires avec, chacun, leur personnalité. Unique, le Jardin du Luxembourg est tout aussi éclectique par la variété des ambiances. A certains endroits, l’on peut imaginer s’immiscer dans des sous-bois, en particulier la fraction du parc à proximité des rues Guynemer et d’Assas. Des séquoias diffusent une lumière bleutée qui se conjugue avec les verts crus des marronniers d’Inde. De robustes hêtres pourpres alignent des troncs qui oscillent, selon l’ensoleillement, entre le rose et le violet.

Joueurs de pétanque

Non loin de là, une atmosphère toute différente: le dimanche après-midi, des joueurs de pétanque s’en donnent à cœur joie, le long d’une allée ombragée qui mène à l’esplanade autour de laquelle s’orchestre toute une partie du parc, vis-à-vis du Sénat qui fut jadis un château. La parenté de ce monument avec le château de Vaux-le-Vicomte est patente, de sorte que l’on pourrait se croire transporté dans une proche ou lointaine province.

L’une des spécificité du Jardin du Luxembourg, c’est la profusion de chaises à la disposition des visiteurs un peu partout. Lourdes chaises en métal, d’un gris vert un peu triste, que certains s’approprient, pendant quelques heures, pour discuter, lire ou rêver face à de tels paysages et perspectives. L’inspiration est sans doute exacerbée par la présence de maints écrivains dont le buste ou la sculpture se dresse au milieu des pelouses: Sainte Beuve, la Comtesse de Ségur, Stendhal, Stefan Zweig, Georges Sand, Ferdinand Fabre…

Déjà, des éclats d'or

Ce dimanche 14 septembre, le parc tout entier apparaissait transfiguré par l’automne qui affermissait son empire. Les canopées étaient écaillées de fragments de jaunes et d’ocre où se greffaient, déjà, des filaments d’orange et de roux et quelques éclats d’or. Alors que j’étais en train de dessiner une famille d’arbres (hêtres et marronniers) imbriqués les uns dans les autres, un monsieur s’exclama, à l’intention d’un jeune homme qui l’accompagnait: «Tu vois, ça c’est vraiment majestueux«J’aime l’aspect spontané et enlevé que vous avez donné à cette végétation», se mit à garantir une dame qui pratiquait la sculpture sur bois. Puis des touristes chiliennes s’enthousiasmèrent à la vue de cette symphonie de couleurs si lumineuses. «C’est donc ça l’automne chez vous, en France? Quelle beauté! En ce moment, au Chili, l’hiver se termine…»

Y. Le H.

Le «cèdre de Marengo» a vu l’ascension et la déroute de Napoléon 1er

Dessin fait sous les flots de branches du cèdre de Marengo, au crayon et au pastel gras. Légèrement retouche de retour à la maison avec un peu d'encre de Chine.

Planté en 1800, cet arbre se dresse à côté du château de Malmaison où Joséphine de Beauharnais, la première épouse de l’empereur, s’est éteinte en 1814.

 

(30 août 2014)  -  D’un aspect sévère, le château de Malmaison n’a rien de prétentieux. Il semble se dissimuler derrière un paravent de fleurs et d’arbustes. La plupart de ses volets, d’un bleu très pâle, restent clos. Depuis 1814, ce château est comme vidé de son sang impérial. Après la disparition de l’impératrice Joséphine (elle s’appelait, en réalité, Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie), le château n’a plus vraiment été occupé.

Certes, les appartements qu’avaient fait aménager Napoléon Bonaparte et Joséphine, sa première épouse, ont été scrupuleusement restaurés, de sorte que les visiteurs peuvent apprécier le fort bon goût qu’avait l’impératrice, réputée dépensière. Elle était soucieuse des moindres détails et elle recourait aux professionnels les plus chevronnés.
Mais une impression de tristesse se dégage sans doute de ces lieux voués aux souvenirs: n’y a plus personne pour s’asseoir sur les fauteuils tendus de tissus soyeux, plus personne pour feuilleter des livres dans la bibliothèque de l’empereur, plus personne pour utiliser les somptueuses assiettes à dessert  - fournies par la défunte manufacture Dihl et Guérard -  comportant des paysages...


Une victoire acquise de justesse


Quant aux 726 hectares d’espaces verts que possédait le couple impérial, il n’en subsiste que des miettes: un parc de six hectares dont le tour est assez vite fait. Pourtant, comme le relève l’un des gardiens du musée, «on ne peut pas concevoir une visite du château de Malmaison sans une promenade dans le parc». Certains arbres sont d’une envergure colossale, d’une indéniable majesté…
Le plus valeureux: un cèdre du Liban, appelé «cèdre de Marengo» en souvenir d’une bataille que l’armée française remporta de justesse sur les Autrichiens, en 1800. Le cèdre fut planté cette année là. Ses branches, décrivant des vaguelettes, se déploient au dessus d’un chemin s’éloignant de la façade arrière du château pour mener les promeneurs vers les «profondeurs» du parc.

Elle capte des messages en observant les arbres

Aux alentours de 17 h, ce samedi 30 août, une dame aux cheveux argentés, prenant des notes sur un cahier, vient observer de près le tronc du cèdre de Marengo, lui administrant une tape amicale. Elle respire à pleins poumons. Elle s’appelle Pascale. Praticienne et maître enseignante de Reiki, elle habite au Havre, venue suivre une formation à Paris.

Pascale possède un don singulier: capter l’énergie des arbres et palper les sensations que notre présence leur inspire. «Je vois des elfes, j’entends des murmures, j’intercepte des messages…» D’une voix douce, pleine de mansuétude, elle m’assure que l’arbre lui fait percevoir que j’accomplis mon destin et que je suis en quête de paix intérieure.

Personnellement, j’aime aller à la rencontre des arbres. Il m’est aussi agréable d’explorer un parc, une forêt qu’un monument historique ou un musée. La compagnie des arbres, quelle que soit leur essence, s’avère apaisante et stimulante. De grands hommes, aussi bien des écrivains que des artistes, les ont vénérés, à commencer par Chateaubriand qui en avait planté dans son domaine de la Vallée aux Loups (également dans les Hauts-de-Seine).

De surcroît, Pascale s’étonne de ce que l’énergie secrétée par le cèdre de Marengo soit plutôt joyeuse alors que Napoléon n’avait pas un caractère facile, soumis à de fréquents accès de mauvaise humeur. Mais ainsi qu’elle le relève, Napoléon, en 1800, n’était encore que Premier consul et l’avenir lui souriait.  Cet homme n’a pas eu le temps d’être vraiment heureux.

Il date du Moyen-âge : le Pont de Limay est toujours là !

En réalité, ce dessin a été réalisé il y a deux ans: j'attends d'avoir un peu de sou(s) pour effectuer un scan de celui fait le 8 septembre 2014.

(8 septembre 2014)  -  C’est l’un des plus anciens ponts de France encore «debout». Sa construction remonte au onzième siècle. Le vieux pont de Limay (une commune des Yvelines) enjambe un bras de la Seine dans un décor mi-urbain mi-rural. Des onze arches initiales, seules sept subsistent: au cours de la seconde guerre mondiale, des bombardements ont sérieusement endommagé le pont. Il manque toujours la partie du milieu, ce qui lui donne un aspect surréaliste. En fait, ce pont est un survivant. Un autre pont reliait, par-dessus l’autre bras de la Seine, l’Ile aux Dames à Mantes la Jolie: il fut détruit en 1765. Le pont de Limay a failli subir le même sort, sauvé grâce à un comité de citoyens qui le voulaient pérenne. (Tout au moins ai-je lui ceci sur un site : http://fr.wikipedia.org/wiki/Vieux_pont_de_Limay.)

A proximité du vieux pont, une petite cité a poussé, mêlée à d’anciens immeubles en brique. Le soir, les pelouses de promenade aménagée de ce côté ci de la Seine sont le théâtre d’un certain frémissement humain. Des mamans retournent à la maison avec leur progéniture qu’elles sont allées chercher à la sortie de classes. Plusieurs riverains sortent prendre l’air et que des jeunes comme des anciens se prélassent sur des bancs. Face à la Seine et au rideau d’arbres sur l’Ile aux Dames, que pensent-ils? Vraiment, ont-ils conscience de vivre dans un décor privilégié?

La collégiale Notre Dame et ses tours jumelles se dessinent au loin, rectangle rose et violacé en offusqué par la végétation. A la tombée de la nuit, les reflets des arbres s’impriment dans l’eau, le vert sombre tranchant avec des lambeaux de bleu. Des cygnes et de canards glissent en silence à la tombée de la nuit. Il se dégage de ce paysage une authentique sérénité.

«Il y a quelques mois, un peintre anglais est venu ici», m’a signalé un habitant qui auparavant avait parlé de sa prostate au téléphone (un portable, bien sûr). «Ce monsieur vend ses aquarelles très cher». A ce moment-là, deux jeunes mamans, accompagnées d’une nuée d’enfants, ont traversé la pelouse. Elle ont admis avoir la chance d’habiter ici-même, et pointant le doigt vers le pont moderne à quelques centaines de mètres du vieux pont, elles ont évoqué Les Mureaux, une cité à la périphérie de Mantes surpeuplée et réputée tumultueuse. «Je ne voulais pas vivre dans une cité, c’est pourquoi j’ai insisté pour avoir un appartement à Limay», a témoigné une mère de famille.

Mantes-la-Jolie: un avant-goût de la barbarie qui s’annonce

Reproduire sur une feuille de papier une aussi belle collégiale: un émerveillement en apparence. Tandis que je dessinais, de jeunes voyons sont venus fumer du shit en ma présence, en toute impunité. Leur grossièreté, leur nihilisme, la brutalité de leur pensée étaient déconcertantes. Elle est vraiment mal barrée, la France, avec une racaille pareille se croyant tout permis.

 

(05 09 2014)  - Voilà une cathédrale qui mériterait d’émouvoir davantage les foules, tant elle est belle par elle-même, tant elle se dresse dans un cadre incomparable. En fait, c’est une collégiale, Notre-Dame, mais elle rappelle tant les cathédrales de Paris et de Laon qu’on pourrait facilement la mettre dans la même sphère.
Elle comporte deux tours effilées, striées tout en haut de colonnades qui s’approprient, dans leurs interstices, le bleu du ciel. Ses arcs boutant, peu développés, soutiennent une nef éminemment gothique, où les vitraux se chevauchent sur plusieurs niveaux, dans un déferlement de sculptures et de gargouilles.

Derrière la cathédrale somnole le square du Château où se dressait, effectivement, un château dont Charles V fut le plus prestigieux des hôtes. Plus rien n’en subsiste. Arbres valeureux, plate-bande de fleurs, petits bancs ainsi qu’un très vieux puits désaffecté: cependant, l’endroit est avenant, charmant, et l’on envie la paix dont semblent bénéficier les habitants des maisons à colombages qui occupent une partie de cet espace.*

Agressifs et vulgaires

Hélas, il m’a été donné de dessiner dans un climat très tendu, le cœur battant. Je m’attendais pourtant à bénéficier d’une quiétude inoxydable pour interpréter, sur un bloc de papier de format A3, le jaillissement des deux tours de la collégiale. C’était au moment de la sortie des classes. Soudain, quatre jeunes vinrent discuter le coup à proximité de moi. Ils me donnèrent du «Bonjour Monsieur» mais ils n’étaient pas rassurants pour autant.
Ils employaient des mots agressifs, grotesques, une vulgarité exacerbée par les joints qu’ils se mirent à fumer, en toute impunité. Etait-ce l’effet du cannabis sur leurs neurones? Ils parlaient de la facilité avec laquelle ils effectuaient des délits de toute sorte, dont des braquages, pour se payer des fringues, des sorties en boîtes. Leur propos étaient ponctués de rires sordides, et ils n’avaient aucune pudeur à dévoiler, en ma présence, leurs vies de jeunes gens à la dérive. Et comme toute graine de voyou, ils cultivaient cette arrogance propre à ceux qui se croient tout permis. Des écoliers, passant à côté d’eux, déchaînèrent chez eux des propos acerbes, en particulier un grand roux sur lequel ils se défoulèrent verbalement. «Nique sa mère», s’accordèrent-ils à dire.
Ces jeunes parlaient tout le temps des «keufs» qu’ils avaient appris à déjouer. Autrement dit, les policiers. Curieusement, avant leur arrivée dans ce square, des voitures de la police nationale s’y étaient aventurées, rien à signaler. Mais pendant une heure et demie, ensuite, aucune patrouille ne vint perturber cette jeunesse turbulente.

Un penchant pour le vandalisme

Le plus petit d’entre eux était particulièrement teigneux, tout comme un garçon plus costaud portant un tee-shirt orange. Il se mit à donner des coups de pied rageurs contre la rampe d’un escalier, en fer forgé d’un bleu froid. C’était insupportable de voir un tel penchant au vandalisme, dans un tel endroit, de sorte que je lui fis la remarque: «Vous n’avez pas honte de vous en prendre au patrimoine public?» La réponse de ce jeune s’avéra brutale par sa spontanéité et le cynisme dont elle était imprégnée: «Ca donnera du taf aux employés de la mairie.»

Il est facile de percevoir la mentalité qui se tapit derrière une affirmation comme celle-ci, la démonstration d’un manque de respect pour la vie en société, le poids de cette arrogance barbare à laquelle conduit un manque de culture associé à un goût effréné pour le consumérisme. Ces jeunes ne lisaient pas, ne travaillaient pas, n’avaient de repères que la jouissance de leur pouvoir de nuisance, et ils étaient le fruit, d’une certaine manière, de cette société où tant de parents font des gosses pour le plaisir de satisfaire leur instinct de reproduction sans se soucier de l’avenir de la société où ils vivront.

Et peu m’importe si certaines âmes prétendues si bonnes n’apprécient pas des commentaires comme celui-ci. Ce fut une violente expérience que de dessiner les tours d’une collégiale aussi belle, à Mantes-la-Jolie, incarnation de toute une civilisation aujourd’hui piétinée, en présence de jeunes si violents et si nuisibles, qui fumaient et se droguaient sans être dérangés, qui de surcroît semblaient user d’une certaine influence sur certains adolescents, plus jeunes, venus les saluer.

"Je devais mettre en place des promenades vouées aux messages des arbres” au Havre

Dessin fait rapidement, sur les bords de Seine, à proximité de Corbeil-Essonnes (juillet 2014).

(2 septembre 2014) - Après que je lui ai transmis un courriel, avec un scan du dessin ci-joint, Pascale Boisseau (présentée dans le texte ci-avant, "le cèdre de Marengo...") a pris la peine de m’adresser une fort belle réponse, sous forme de mail également, que je me permets de reproduire en partie. Il est rare de recevoir des mots aussi joliment tournés, truffés de commentaires instructifs. (Y. Le H.)
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Bonjour Yann,

Un grand merci pour votre généreux message et le privilège que vous m’offrez de pouvoir contempler La Malmaison par vos yeux d’artiste et par le cèdre qui semble nous la présenter.

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Vous avez peut-être remarqué cet arbre aux toutes petites fleurs odorantes comparables à celles du jasmin ; je n’aurais jamais imaginé que ce fût un magnolia –on est plus habitué aux “grandiflora”ou aux “stellata”- si un gardien ne me l’avait précisé. Il existe un dépliant qui manquait samedi- sur les arbres remarquables du parc.

Sur les dialogues d’âmes à âmes avec les arbres, pas de livres exactement sur ce sujet.

Il y a 15 ans, le livre de Bouchardon donnait des pistes intéressantes ; j’ai vu la personne en conférence il y a deux ans et ai été très déçue.

A mon avis, il y a deux voies qui se rejoignent: celle du géobiologue quelque peu chaman, par exemple Yann Lipnick (voir site et livres complexes) qui collabore avec les êtres de la nature et celle du poète inspiré qui sait tout cela d’instinct (Ronsard, Hugo, Lamartine...).

Un beau livre sur tout ce que l’arbre inspire au créateur par le remarquable historien des mentalités Alain Corbin : La douceur de l’ombre, chez Fayard, 2013.

(...)
Je devais mettre en place des promenades “messages des arbres” dans ma ville, je n’en ai pas trouvé le temps. Et le temps atmosphérique est si variable...

Si vous avez envie d’un lieu très beau, en pleine nature (arbres architecture campagne) il y a l’abbaye du Bec Hellouin (voir site, hébergement simple dans l’enceinte de l’abbaye encore en activité ou à l’extérieur) entre Monfort sur Risle et Brionne en Normandie ; je n’y vais pas souvent mais l’énergie est bonne.

Belle poursuite dans votre parcours.

Mes meilleures pensées,

Pascale

(Août 2014) - Dans quelques mois, sans doute, cette enfilade de maisons n’existera plus. L’avenue Gabriel Péri, à cheval sur Asnières et Gennevilliers, est en plein chantier. Extirper les prétendus foyers d’insalubrité, tel est le prétexte à un surcroît de densification de la population. Pourtant, les vieilles pierres ont un charme que les nouvelles constructions n’auront jamais, surtout au crépuscule quand la diversité et l’éclectisme des matériaux, tuiles incluses, exacerbent un festival de couleurs. A force de vouloir rendre nos villes hygiéniques et uniformes, les promoteurs immobiliers (arrosant les pouvoirs publics) vont habituer nos regards à des environnements toujours plus médiocres, à l’instar de la télévision et de tant de produits prétendus culturels…

Le château de Champs: classique et féerique

A quelques minutes de Paris : un joyau de l’architecture classique surplombant un parc magnifique. Quelle chance avons-nous de vivre dans un si beau pays où la Révolution n’a pas réussi à extirper la fascination pour une époque  - la royauté -  si féconde d’un point de vue architectural et artistique!


(24 août)  -  «Citez-moi un château.» Il y a fort à parier qu’à cette question beaucoup de personnes répondraient: «Versailles!» Locomotive du tourisme de masse, impressionnant par l’envergure de sa construction et l’étendue de ses jardins, le palais construit pour héberger la cour du roi Soleil ferait presque de l’ombre à tant d’autres châteaux.
Pourtant, les environs de Paris abritent une nuée de châteaux qui méritent le détour et dont les murs comme l’ameublement furent le témoin de tout un pan de l’histoire de France. Champs-sur-Marne en fait partie. La marquise de Pompadour a contribué à forger le prestige de cette maison de plaisance. La maîtresse de Louis XV y a résidé pendant quelques années.

C’est à la fin du règne de Louis XIV qu’a été érigé le château de Champs, dont les propriétaires se sont succédés à un train d’enfer au cours des siècles. Les plus méritoires sont Louis Cahen d’Anvers et son épouse Louise de Morpurgo. En 1885, ils acquirent le château et sa propriété. Ils le remirent en l’état, tout comme les jardins, moyennant des investissements considérables. Champs avait terriblement souffert pendant la Révolution française.
De nationalité belge, le financier Louis Cahen d’Anvers appartenait au gratin de la société parisienne.


Le symbole de l'élégance

En 2013, à l’occasion de sa réouverture au public, après une restauration qui a pris sept ans, le château de Champs a été qualifié par de nombreux médias de «symbole de l’élégance à la française». Une élégance toute classique, un brin sévère même. D’un point de vue architectural, cette construction rectangulaire ne brille guère par son exubérance: les façades comportent peu d’ornements et le petit fronton, au dessus de l’entrée, est dénué de toute sculpture. L’un des charmes du château réside  - côté jardin -  dans l’aménagement d’un pavillon à péristyle (ou rotonde centrale) et dans ses fenêtres, fort hautes, en anse de panier,  encadrées par de fines moulures. Il se visite assez rapidement.

 «Champs-sur-Marne me fait penser à Vaux-le Vicomte et à bien d’autres châteaux de la même époque», fait valoir Lydia, une retraitée venue se changer les idées pendant un après-midi ensoleillé. Ce dimanche-ci, la billetterie avait enregistré près de mille visiteurs, précisait l’un des 30 employés des Monuments Nationaux affectés au château de Champs.
 

Lustres, horloges, chinoiseries

Au gré des salles, tant au rez-de-chaussée qu’au premier étage, des meubles, objets divers, bibelots, peintures, tapisseries et soieries reflètent le bon goût et le confort que ses occupants ont cultivé. Certaines salles sont parées de boiseries et tentures somptueuses; presque toutes comportant des lustres de grande ampleur et des cheminées où dansaient, jadis, des flammes. Il faut prêter, de même, une attention soutenue aux horloges, certaines fort sophistiquées. La fascination qu’exerçait l’Orient au 18ème siècle a fortement influencé les architectes et décorateurs: un peu partout, des dragons et des personnages aux yeux bridés voisinent avec des chérubins bien européens… Une merveille à dévorer des yeux : le salon chinois qu’à peint un paysagiste romantique, Paul Huet.


Dans les jardins, un rafraîchissant miroir


A travers les fenêtres se déploie le spectacle d’une nature mi-domptée mi-sauvage. Au premier plan, volutes et arabesques: ce sont des broderies de buis.  Au second plan, des bosquets en forme de drapeaux anglais. Scindant ces parures de vert, une allée en pente file vers les boucles de la Marne, en contrebas. Egayée par un jet d’eau, le bassin de Scylla, un miroir s’inspirant d’un dessin de Le Brun, s’avère le centre de gravitation de ce parc. Tout autour: des étendues immenses de pelouses délimitée par des rangées d’arbres scrupuleusement taillés, pelouses où se dressent quelques statues d’un blanc éclatant. Ce parc fait 85 hectares et il n’a presque pas changé d’aspect depuis la construction du château.

Une telle paix, une telle sérénité émanent de ces lieux qu’une envie doit probablement chatouiller les visiteurs: se métamorphoser en marquise ou encore en dignitaire de la cour afin d’y vivre autrement que dans une ville surpeuplée et polluée comme il y en a désormais tant en France. Mais qui accepterait de renoncer aux portables, aux ordinateurs, à la fée électricité et à tant d’autres commodités pour aller vivre dans un tel endroit au 18ème ou 19ème siècle?

(Y. Le Houelleur)

(23 août 2014) - Au gré des hasards: dans certaines rues, quand une porte s’ouvre pour laisser passer un riverain quittant ou regagnant son appartement, il faut savoir s’y faufiler discrètement. En effet, à Paris, maintes cours intérieures méritent une visite, pour qui s’intéresse aux secrets de la capitale. Cours où poussent des arbres, où s’épanouissent des fleurs, où de petits jardins sont même cultivés. Dans la rue des Martyrs, l’envie m’a pris de m’immiscer dans un havre de paix: nuée de volets bleutés mi-clos en partie cachés par des feuillages. Tout au fond, une maison, sorte d’hôtel particulier, protégée par une robuste grille. Un monsieur âgé s’est approché de moi: «Je vous ai vu dessiner depuis ma fenêtre. Figurez-vous que le peintre Géricault a vécu ici…»

Rêverie dans le parc du musée Rodin

(18 août 2014)  -  Les touristes y viennent pour admirer les imposantes œuvres du sculpteur le plus célèbre au monde: Auguste Rodin. Aussitôt après avoir acquitté leur droit d’entrée, ils se trouvent nez à nez avec une splendide demeure, si spacieuse qu’on pourrait la confondre avec un château.  En fait, l’hôtel Biron. Elle est plus belle encore vue du jardin s’étendant de l’autre côté. Aucun visiteur ne manque une flânerie dans cet espace si apaisant malgré la trop grande ville tout autour. Deux allées parallèles mènent à un bassin, tout au fond du jardin, où flotte la statue d’un homme nu à quatre pattes auquel s’accroche un enfant. Tout autour, bien d’autres sculptures de bronze.

De toute les nationalités, ils se déplacent d’un pas lent comme pour faire durer le plaisir. Car cet endroit est magique, régi par la beauté de la nature, le talent d’un sculpteur hors pair et par la grâce de cet hôtel de styles rocaille. Beaucoup d’enfants sont de la partie. Alors que je dessine, une mère de famille s’enthousiasme à la vue du croquis. L’un de ses deux fils, un blondinet aux yeux pervenche, s’étonne de m’avoir vu gonfler les joues pendant ce travail. Effectivement, il m’arrive de manquer d’air tant je me sens pressé de dévorer à grands coups de crayons les endroits qui m’ont subjugué. Voilà une mère de famille intelligente, qui a décidé de faire découvrir à ses enfants plusieurs lieux de Paris pendant les vacances, pour les éveiller à l’impérieuse nécessité de se cultiver et de se laisser apprivoiser par les muses des arts.

Une fois jeté dans les eaux tumultueuses et fangeuses de l’âge adulte, on ne peut que se souvenir, ému, de ces découvertes faites avec des parents à l’esprit ouvert. Cela m’émeut toujours de voir des enfants et des adolescents butiner la culture et les arts en compagnie de leurs géniteurs. Il faudrait que tous les gosses aient cette chance-là.

Et si c’était ici le paradis ?

Dessin au stylo feutre assorti de pastel gras.

Rue Réaumur, une rencontre étonnante avec deux promeneurs venus de Seine-et-Marne qui désiraient savoir comment pourrait se dessiner le paradis.


(20 août 2014)  - 
Faudrait-il un peu de rosé pour voir la vie en rose… ou en bleu? Ce mercredi, vers 15 h, la tête tournait et des envies de dessin libéré (plus de proportions à respecter sottement, plus de frontières entre les divers éléments, et des lignes décontractées jusqu’à en devenir tremblantes) frétillaient dans la tête.
Frédéric, un ami issu de ma promotion de l’école de journalisme, venait de m’inviter à un repas au restaurant, près de la Bourse. Comme d’habitude le moindre verre de rosé me monte vite à la tête. C’est vers les toits d’immeubles massés le long de la rue Réaumur que ma tête vint à Se tourner. Deux coupoles assez proches l’une de l’autres se faisaient intrigantes, à la fois bleutées et violacées, percés de lucarnes. Architecture digne des châteaux. L’un de ces immeubles, au pied duquel un café met quelques tâches de rouges (les stores), présente de grandes baies vitrées sur trois étages, un concept original qui réduit au strict minimum la pierre au profit de la lumière. Un peu une cathédrale, aussi.

Couché sur le trottoir, pour mieux observer ce spectacle architectural, je fus salué, soudain, par deux promeneurs, d’origine sans doute antillaise. Un homme, une femme, extrêmement sympathiques, au sourire d’ange. Ils me demandèrent pourquoi je dessinais et ils me posèrent une question inattendue : «Comment dessineriez-vous le paradis? Y mettriez-vous des cascades et des prairies vertes?» Vraiment, le type de question méritant un peu d’originalité dans la formulation de la réponse. «Je crois que le paradis, ce serait un peu ce que j’ai en face de moi. Quand je regarde ces immeubles, même s’il n’y a pas de végétation, je me sens en présence ce quelque chose de très beau, qui me fait rêver. Les architectes ont réalisé des prodiges…»

Je passais sous silence une obsession assez inavouable : quand je dessine, quand je baigne au milieu de choses qui me touchent, je me dis que toute vie après la vie ne pourrait être en définitive qu’ennuyeuse. Le paradis, cela n’existerait-il pas sur terre, uniquement, en tout cas pour certains rêveurs et pêcheurs d’illusions en eaux troubles? La dame émis la conviction – comme dans une chanson de Polnaref – que «nous irons tous au paradis». Ce à quoi je lui répondis: «Mais alors, le paradis sera surpeuplé et donc invivable!»

Tous deux habitent en Seine-et-Marne, un département magnifique : Fontainebleau, Vaux-le-Vicomte, Moret-sur-Loing, Milly-la-Forêt, et tant d’autres sites incontournables pour qui aime l’histoire, la nature et les arts. Ils entendaient, ce jour-là, découvrir un pan de Paris. Et ils avaient bien raison de choisir la rue Réaumur, l’une des rues à Paris les plus stimulantes pour l’inspiration.

(15.08.2014) - A la mi-août, un tournant s’amorce. L’été montre des signes d’essoufflement : certains arbres commencent à jaunir. En particulier, des marronniers, frappés - semble-t-il - par une épidémie. Ce dessin a été fait à Saint Pierre du Perray, commune jouxtant Corbeil-Essonnes. Il s’agit de l’entrée du parc du château Darblay, une famille d’industriels qui contribua à la prospérité de Corbeil. L’économie, elle aussi, accuse des saisons, aujourd’hui plongée dans un interminable automne…

Une maison intrigante, observée depuis Le Charlot

Jaune, (un peu) bouffie, rappelant l'époque médiévale, cette maison se dresse au croisement de la rue de Bretagne et de la rue Charlot, à laquelle un restaurant a emprunté son nom. Grâce à l’hospitalité d’un serveur, Eddy, le croquis prévu est devenu un trop long dessin...

 

(6 août 2014) - Vers 19 heures, certaines rues, dans des quartiers privilégiés, font leur mue. La circulation automobile s’apaise et d’autres formes d’effervescences gagnent le trottoir, là où s’étalent des terrasses de restaurants. Echanges de paroles, éclats de rires, tintements des couverts au rythme du va et vient des serveurs. C’est l’heure où Paris appartient vraiment à ceux qui peuvent s’offrir de quoi se restaurer tout en savourant la lumière vespérale, quand la ville bascule dans une aimable pénombre. L’heure où tant de terrasses, fonctionnant au ralenti l’après-midi, s’étoffent jusqu’à exploser à tel point qu’il faut refuser du monde.

Cet après-midi là, le ciel avait pleuré à chaudes larmes. Averses estivales, parfois ravageuses pour l’âme y décelant les prémisses d’un automne toujours plus proche. Aucun espoir quant à un dessin en extérieur. Soudain, alors que je débouchais sur la rue de Bretagne, après avoir parcouru toute une partie de la rue Charlot, le soleil se mit à caresser des façades intrigantes et contrastées. En particulier, une maison à trois étages coiffée d’un toit pentu (rue de Bretagne) truffée de lucarnes et dont le V renversé (rue Charlot). Elle abrite une fenêtre et juste au dessus un œil de bœuf.

Cette maison, par certaines de ses difformités et maladresses, évoque le Moyen-Age. Elle est empâtée vers le bas, comme si des bourrelets allaient apparaître. Ou aurait-elle été gondolée par un excès d’âge? Percée de hautes fenêtres, elle se pare de tons ocre joyeux, tandis que ses voisines, dans la rue Charlot, plus hautes, affichent un plâtre beige et blanc. Les immeubles qui lui tiennent compagnie, rue de Bretagne, sont plus «classiques» et anodins, d’ailleurs masqués, en partie, par des touffes d’arbres.

Au-dessus du triangle formé par le toit de l’ancienne maison se chevauchent des cheminées extravagantes, très parisiennes, découpant le ciel en paliers très irréguliers. A l’instar de mauvaises herbes, des antennes de télévision y ont poussé, montant à l’assaut des nuages.
Au ras des deux rues: un restaurant déploie des stores rouges. Mais c’est à la terrasse du restaurant Le Charlot (de l’autre côté de la rue de Bretagne) qu’un artiste itinérant s’est installé, vers 18 h. La chance lui a souri. Ce qui ne devait être qu’un croquis a pris trop de temps: pendant deux heures, le garçon chargé de la terrasse a toléré mon encombrante présence avec une exceptionnelle gentillesse, me rassurant à plusieurs reprises. Mon souci était de ne pas lui ravir une clientèle plus rentable. (Je n’avais pris qu’un café.) En fait, il me fallait occuper deux tables à cause du format de ce dessin et d’une grappe envahissante de plumiers à crayons.

Vers 19 h 30, la terrasse et la salle se sont remplies à une vitesse étourdissante. Des clients plutôt chic: très peu d’homos comme le quartier en regorge tant ; majoritairement des couples et quelques touristes. Un homme d’affaires espagnol, à proximité de «mes» tables, expliquait à deux jeunes femmes sont métier dans la mode haut de  gamme.
Personne, en fait, ne faisait attention à la si belle maison d’essence médiévale: c’est une habitude très parisienne que de dîner dans des décors auquel on est indifférent, comme par ingratitude à l’encontre des belles choses. Mentalité d’enfants gâtés.
D’autres consommateurs évoquaient des souvenirs, des projets de vacances. Et moi, le dessinateur toujours fauché, en proie à cette débâcle économique qui précarise tant de créateurs et d’artisans, je rêvais devant le spectacle architectural et historique de ma chère capitale.

Aucune frustration, aucune amertume dans de tels propos: savoir voir et cultiver son regard n’est-il pas devenu un luxe, dans un monde où presque tout se banalise?

 

P.S. - Un jour après avoir fait ce dessin, je suis tombé sur cette phrase, dans la biographie de Pierre Assouline consacrée à Paul Durand-Ruel («Grâces lui soient rendues») : «Renoir ne pardonnait pas à ceux qui lui avaient enlaidi la vue. Viollet-le-Duc, par exemple, coupable d’avoir esquinté Notre-Dame de Paris et la cathédrale de Rouen (…) Tout à sa détestation d’Haussmann, il avait la nostalgie des rues étroites, d’un temps où il y avait un jardin derrière chaque immeuble (…)»
(collection Folio)

Rencontres cosmopolites sous un soleil de plomb

Dessin fait rapidement vers 16 h (une heure et demie, toutefois!) adossé à un mur. Il a fallu un maximum de concentration en raison de la foule et de plusieurs voitures stationnées sporadiquement sur un passage piéton... Scan partiel.

Sans doute est-ce l’un des plaisirs les plus gratifiants que puisse s’offrir un dessinateur se consacrant (davantage pour tuer le temps que pour gagner sa vie) aux croquis en plein air: rencontrer des «gens de partout», nouer des conversations avec des personnes de tous horizons.


(2 août 2014) -
«L’été est presque fini, la rentrée ne va pas tarder.» Cet abrupt présage, de nature à gâcher une belle journée, émane d’un commerçant. Il a osé dire ceci en date du 3 août, alors qu’une averse apaisait les esprits, à la suite d’une semaine frôlant la canicule. Du coup, une conscience enfouie en moi s’est affolée: de ce dernier mois totalement estival qui démarrait, il faudrait bien tirer un bénéfice maximal. Rien de tel que ce genre de menaces pour booster l’inspiration, donner envie de dessiner sous un soleil qui a le mérite de découper à sa guise les paysages.

Direction dûment choisie, en ce dimanche: Montmartre. La rue Norvins, le Consulat, ses boutiques et le dôme du Sacré Chœur en arrière plan: cette vue fait partie des lieux mythiques de Paris, contribuant à allécher tant de touristes. Pourtant, l’enfilade de maisons au pied desquelles bouillonnent des flots de curieux revêt un charme authentique, un charme très français. Avec un peu d’imagination, l’on pourrait se croire transporté en province, dans un village typique et non pas au sommet de la ruche parisienne.

Surprise par ce dessinateur qu’elle découvre assis à même le trottoir, Elena, une jeune femme d’origine russe, se met à prendre des photos. Fait rare, elle me demande la permission de m’observer pendant quelques minutes. Elena précise que la photo est son hobby et que ses sujets de prédilections sont les mains d’artistes tout comme les portes anciennes à Paris. Sa promesse sera tenue : le lendemain, je découvre un courriel avec en pièce jointe des photos prouvant que ce jour-là j’était bel en bien sur la butte! Un grand «merci» à Elena.

Sans doute est-ce l’un des plaisirs les plus gratifiants que puisse s’offrir un dessinateur se consacrant (davantage pour tuer le temps que pour gagner sa vie) aux croquis en plein air: rencontrer des «gens de partout», nouer des conversations avec des personnes de tous horizons. En soirée, l’envie me prit d’aller «épier» une grappe d’immeubles stupéfiants par l’abondance de leurs toitures et mansardes ainsi que l’envolée de leurs cheminées. Ils surplombent la place Edmond Michelet, à côté du centre culturel Georges Pompidou. En été, c’est un paysage fabuleux car ces anciennes constructions émergent d’un bouquet d’arbres ancrés dans le bitume.

Alors que je terminais ce dessin, vers 21 heures, un jeune Chinois me prit en photo. Il s’appelle «John». «C’est mon nom occidental», se plait-il à spécifier. John est professeur de dessin à Pékin, et il visite Paris pour la première fois, désireux d’y retourner pour y étoffer ses connaissances artistiques. Je lui ai dévoilé un des secrets de Paris, qu’il ignorait à l’instar de tant de touristes: nombre d’immeubles ont été surélevés à plusieurs reprises, comme en témoignent les bizarreries de leurs façades. Par exemple, des fenêtres aux étages supérieurs en décalage par rapport à celles du bas, et de taille différente.

Quant aux toits de Paris, il sont mouvants, empiriques, imprévisibles, reflétant, par leurs multiples mansardes et lucarnes, ce drame qu’est la lutte perpétuelle pour conquérir de l’espace dans une ville toujours aussi surpeuplée au fil des siècles.
John n’en revenait pas, lui qui vient d’un pays où certaines villes se sont construites en quelques années.

Le thermomètre grimpe, rue de l’Echelle

( IL S'AGIT D'UNE PHOTO, ET CE DESSIN SERA BIENTOT SCANNé. ) - Dessin au crayon avec du pastel gras et quelques ajouts d'encre de Chine. Entamé à la mi-juillet, il a été achevé deux semaines plus tard. Environ 4 heures de boulot...

(1er août 2014)  -  Un dessin estival, à quoi cela devrait-il ressembler? Inéluctablement, on imagine des arbres, beaucoup d’arbres, ou alors des plages, voire les rives d’un fleuve. Sur ce dessin, curieusement, le vert manque à l’appel: aucun élément végétal. Mais c’est bel et bien l’été, dans toute sa splendeur. Plus de 30 degrés, et des touristes prenant le frais sur les terrasses des cafés.

Ce café-restaurant au croisement de la rue de l’Echelle et de la rue Saint-Honoré déploie ses stores mi-rouges mi-oranges sur trois pans d’une façade adaptée, comme souvent à Paris, à la configuration des rues.
«Café», peut-on lire au dessus de l’entrée. En réalité, l’établissement s’appelle Le Musset. Pas d’angle droit: c’est bien ce qui contribue au charme de cet immeuble faisant partie de l’entourage des si belles constructions s’élevant le long de la rue de Rivoli. De surcroît, un tel immeuble a accumulé une copieuse patine, encore non restauré. Avec ses tons ocre, beiges et rosacés, avec ses volets en bois presque jaunes, avec ses balustrades de fer forgé noircies, il fait songer aux cartes postales de Paris datant des années 60 et 70, un Paris au charme un peu suranné.

Les garde-corps au-dessus de l’entresol sont en partie masqués par de robustes lettres: « Installation Beautex Décoration». Rares sont les immeubles dans la capitale à conserver, ainsi, des enseignes. 

Montmartre : l’art de prendre de la hauteur (tout en prenant le frais)

Scan partiel, provisoire, d'un dessin réalisé en fin de journée le 25 juillet.

 

C’est l’une des maisons les plus délicieuses de Paris. En contrebas d’un pan de vigne, elle attire des flots de touristes et de badauds, dont plusieurs couples d’amoureux. Les peintres, poètes et comédiens qui ont fait ses beaux jours pendant la première moitié du 20ème siècle ont laissé se propager de bonnes ondes qui vibrent fort encore…

 

(25 juillet 2014)  -  En été, certains jours, quand la chaleur se fait insupportable, Montmartre s’avère une excellente destination pour bénéficier d’une fraîcheur providentielle. La butte offre des replis, des coins secrets, des petits parcs et des églises pour échapper aux exubérances du soleil.

Premières zones d’ombres: les escaliers qu’il convient d’affronter et qui semblent s’envoler par-dessus les toits pour rejoindre un pan de ciel bleu. Plusieurs d’entre eux, dissimulés sous les feuillages, laissent passer des courant d’air frais. Mais la contrepartie des plaisirs que procure Montmartre, c’est le déluge de touristes qui peut causer le tournis. Tant de consommateurs potentiels attirent les vendeurs à la sauvette, sur le parvis du Sacré Chœur. Insupportables vendeurs, nombre d’entre eux clandestins, donnant de Paris l’image d’une ville du tiers monde où tout est bon pour plumer les touristes. Quant aux caricaturistes interpelant les flâneurs, aux abords de la place du Tertre, ils sont pour la plupart étrangers. Certes, ils perpétuent une certaine tradition artistique mais quel dommage de ne pas voir davantage d’artistes croquant, en plein air, les maisons d’apparence provinciale essaimant le long des rues en pente!

UN APLAT DE VERT BIENVENU, LES VIGNES

Partons donc à l’assaut de Montmartre. Un dilemme se présente: quel angle d’attaque choisir? Le versant Sud de la butte face à la capitale (accessible depuis Pigalle) ou celui donnant sur les rues Ordener et Caulaincourt? Peut-être la seconde option est-elle préférable, en raison de l’atmosphère plus bucolique qu’exhale la rue des Saules, quand on débouche, après un escalier assez copieux, sur les fameuses vignes de Montmartre. Voilà un aplat de vert bienvenu. C’est là que se niche l’une des plus ravissantes maisons de Paris, devenue mythiques: le Lapin Agile.
Impossible de ne pas la dessiner. Mais le Lapin s’éjectant d’une casserole, peinture signée Gil au dessus de la porte d’entrée, passe inaperçu tant la végétation a prospéré: une guirlande de vigne vierge orne la maison et les arbres s’élevant juste à côté déploient d’abondantes crinières. En soirée, la façade étincelle comme un diamant, d’une couleur indéfinissable qui oscille entre l’orange et le rose. Le toit couvrant la partie basse de la maison revêt quant à lui un bleu gris évoquant une cascade.

Que de fraîcheur, ici-même, malgré l’âge si respectable du Lapin Agile dont la construction remonte à 1795 ! Par la suite, il a accueilli plusieurs générations d’artistes, aussi bien des peintres, des écrivains que des chanteurs et des comédiens.

DE JOLIES FEMMES PLEINE SEANCE DE TOURNAGE

Un square minuscule, en pente, aménagé au croisement de la rue des Saules et de la rue Saint Vincent permet d’épier le défilé des touristes dont c’est l’une des étapes clef du «pèlerinage parisien». Le soir, des grappes de visiteurs étrangers observent une pause tandis qu’un guide leur explique  - en anglais, en espagnol, etc. -  l’histoire époustouflante de ce cabaret qui s’appela d’abord «Cabaret des Assassins». Des voitures à la carrosserie rutilante s’arrêtent pendant quelques secondes, le temps pour les passagers de prendre une photo. Le plus surprenant, ce sont les jolies femmes qui s’aventurent en fin de journée le long de ces rues pavées.  Juchées sur des talons hauts, exhibant des jambes appétissantes, elles sont filmées par des hommes tout aussi excitants. Il n’est pas interdit de penser à une lune de miel sous le capricieux ciel parisien.

Pourquoi ne pas songer, ainsi, à une chanson écrite par Jean Renoir, intitulée la complainte de la Butte?

En haut de la rue St-Vincent
Un poète et une inconnue
S'aimèrent l'espace d'un instant
Mais il ne l'a jamais revue...


UNE NEW-YORKAISE AMOUREUSE DE PARIS

«Lovely, your drawing!», s’exclama une Américaine ultra maquillée et très extravertie alors que je m’apprêtais à terminer ce croquis. New Yorkaise, elle a peint le Lapin Agile deux ans auparavant, au même emplacement. Elle vend des tableaux représentant des sites parisiens dans des galeries à New York et il lui arrive de s’inspirer de photos prises par ses soins lors de fréquents séjours dans la capitale. Hélas, son mari, moins souriant, a interrompu notre conversation.

La dame s’en est allée. Et quelques minutes plus tard, c’est un jeune homme de 44 ans qui m’a salué. Je l’avais vu deux jours plus tôt, dans une rue sur l’autre versant de Montmartre. Tony sort d’une longue dépression et n’en revient pas d’avoir une énergie terrible pour composer de la musique à l’aide d’un ordinateur dans son appartement montmartrois. Les cheveux en chignon, légèrement grisonnants, il a une belle gueule mais des cernes alourdissent ses yeux. Il dit avoir visité 44 pays et mangé du riz sous plusieurs latitudes pour faire ce qu’il aime le plus: goûter à des cultures étrangères. Est-ce vrai? En tout cas, il est allocataire du RSA et il doit sacrément bien se débrouiller pour mener cette vie d’aventurier. La nature humaine est ainsi faite, si complexe, qu’il est difficile de prendre tout de suite un inconnu au sérieux: les mythomanes sont légion, prêts à échafauder des scénarios fabuleux auxquels ils finissent par croire.

Toujours est-il que Tony m’a surpris par son sens de l’observation : il a repéré un arbre minuscule poussant sur un muret longeant la rue Saint-Vincent. Platane ou vigne? «Mon plaisir favori, c’est de regarder la nature et d’en ressentir les énergies. La végétation pousse partout ici à Montmartre. Il y a même de l’herbe dans l’intervalle entre les pavés.» J’avoue que malgré sa volubilité et son caractère plutôt «speed», Tony ne m’a pas importuné. Pendant une heure, en sa compagnie, j’ai pu terminer mon dessin tout en discutant le coup…

Monsieur Patrice Leclerc, j’ai honte de vivre à Gennevilliers !

Vue de l'Eco Quartier en plein chantier, un des projets phares de la municipalité coco-socialo à Gennevilliers. Les autorités locales veulent densifier la population de la ville, ne se souciant pas du patrimoine historique et commettant des horreurs en matière d'urbanisme.

(lettre ouverte : diffusez-là, SVP. car il existe des citoyens qui ne se laissent pas intimider par les élus coco-socialo dans notre commune.)

Mesdames, Messieurs, 

Comme des milliers de personnes habitant à Gennevilliers, je suis excédé par l’instrumentalisation de certaines questions auxquelles la municipalité «coco-socialo (+ front de gauche)» nous soumet. Homme politique réputé habile et nécessairement opportuniste, Monsieur Patrice Leclerc essaie de retourner une situation déplorable à son avantage. Il incite la population à se dresser contre ceux qui, coupables d’actes de vandalisme, s’en prennent aux écoles de la République. En l’occurrence l’incendie survenu le 13 juillet à Joliot-Curie.

Mais ne faut-il pas se poser la question de savoir si la situation économique et morale catastrophique dans laquelle la France s’enfonce n’est pas la conséquence de ce que les communistes et leur quincaillerie idéologique (ajoutons-y leurs alliés) ont contribué à créer en radicalisant certains discours. Monsieur Patrice Leclerc, aux yeux d’un humble citoyen comme moi, fait partie de ceux qui soufflent sur la braise. Il a pris les rênes d’une commune où le chômage est un fléau et dont la mairie préfère défendre des causes se déroulant à l’étranger plutôt que d’encourager l’éclosion d’entreprises et de stimuler leurs administrés désireux de réaliser des choses concrètes. (La cause à laquelle je me réfère est la Palestine, et je me demande en vertu de quoi une municipalité peut investir autant d’argent émanant du contribuable sans lui demander son avis. C’est scandaleux, d’autant plus qu’après une manif à la Bastille deux synagogues ont été attaquées, ce qui prouve à quel point les hystériques pro Palestine de la trempe de Monsieur Leclerc créent en France un climat détestable.)

J’ai honte de vivre dans une commune dont le maire et ses adjoints développent des discours fallacieux ne visant qu’à aveugler, tromper et infantiliser davantage encore la population locale. Honte de vivre dans une commune où les pouvoirs publics n’arrêtent pas de critiquer certains partis politiques alors qu’ils ont remporté (en partie seulement) les élections en trompant les citoyens de manière éhontée et en leur imposant un urbanisme épouvantable. Honte de vivre dans une commune soi-disant communiste alors que ce parti politique plonge ses racines dans une idéologie responsable de millions de morts.
Honte de vivre dans une commune où certains habitants (j’en connais) victimes de violences frappent aux portes la mairie et ne suscitent que de l’indifférence. Honte de vivre dans une commune où l’on donne des appartements à toutes sortes de personnes pour des raisons clientélistes.

Les goulags, les camps d’extermination dans maints pays, les massacres de foules en quête de liberté, cela ne vous rappelle-t-il rien ? Les communistes ont excellé dans ce genre. Ils devraient se taire au lieu de nous donner constamment des leçons de morale et de se comporter en affairistes dans une commune comme celle où j’habite.

J’ai honte d’avoir assisté, le soir même de l’élection municipale (23 mars 2014), à une scène résumant les aspects les plus sordides de la mairie gennevilloise. A minuit et quart, des petits agitateurs, dans le quartier où je vis (quartier où l’école Joliot Curie a par ailleurs été incendiée) ont arraché les affiches électorales d’un candidat d’opposition. En réalité, des voyous, dont on peut imaginer la tolérance dont ils jouissent de la part des autorités, si aptes à pratiquer le laxisme. Ce après quoi des voitures ont fait un tour de la ville pour inspecter les panneaux d’affichage, avec à bord de l’une d’entre elle une dame membre du PCF local et chargée de plusieurs mandats.

Il se murmure, à Gennevilliers, que les occupants de la tour se dressant avenue Gabriel Péri sont fort peu regardants sur certaines «choses» et que leurs relations avec le commissariat permettent de mettre pas mal d’abus sous le tapis. D’ailleurs, si nous bénéficions de l’existence, sur notre commune, d’une police municipale, peut-être aurions-nous parfois l’impression de vivre davantage en sécurité.

Le drame survenu le 13 juillet augure mal des débuts d’une équipe municipale qui poursuit «l’œuvre» de la précédente, recourant à un double langage, bloquant la démocratie à travers des «seconds couteaux» et affidés qui manipulent des groupements et associations de manière à empêcher toute contestation, mairie dont l’organe d’information, GenMag, est une sorte de «Jours de France» gennevillois restituant les amusements et divertissements copieusement servis à une population en permanence bernée et manipulée.

Ceux qui répondent aux appels à manifester lancés par Monsieur Patrice Leclerc devraient y réfléchir à deux fois. Et d’autres élections nous donneront certainement l’occasion de montrer à la population le peu de cas, à maint égards, que cette municipalité fait de la population qu’elle est sensée administrer et épauler.
  

Yann(ick) Le Houelleur

 

Dans un autre courriel, daté du 27 juillet 2014, j'en ai rajouté une couche...

Monsieur le Maire,

Je me permets de vous transmettre cet article publié dans Le Figaro, un média que vous aurez tout lieu de considérer comme réactionnaire. A sa lecture, je mesure avec effroi combien les subventions versées par le contribuable gennevillois à la cause palestinienne sont sans doute inutiles. Monsieur Finkielkraut l’explique fort bien…
Et puis, j’en rajoute une couche en vous rappelant que la manif interdite à la République était organisée à l’initiative du NPA, un parti politique que vous avez aidé, dans l’ombre comme vous savez si bien le faire, lors de la campagne électorale. C’était une tactique à votre disposition pour barrer la route à l’UDI, évidemment.
Vous comprendrez, mais vous le savez déjà, pourquoi je voue à aux communistes et socialistes une aversion fondée. Hélas, votre pouvoir s’appuie sur l’achat que vous avez fait de voix qui vous sont soumises et dont vous êtes l’otage, comme j’ai pu le constater lors du dernier conseil municipal quand vous avez échangé de si vifs propos avec vos amis du NPA…
Ce ne sont hélas pas les journalistes du Parisien inféodés à votre cause qui relateraient de telles choses. Le Parisien, à Gennevilliers, s’est substitué à L’Humanité.
Je vous transmets mes sentiments nécessairement respectueux.

Y. Le Houelleur

A Montmartre, une femme en plein délire

Scan provisoire et partiel d'un dessin fait en pleine rue (sur les hauteurs d'un escalier plutôt raide).

(18 juillet 2014)  –  Montmartre ne se laisse pas découvrir facilement. Quel que soit le trajet choisi pour accéder aux Sacré Chœur ou à d’autres lieux sur la Butte, il faut s’attendre à gravir des escaliers, certains fort escarpés.

En provenance de la place Pigalle, la rue André Antoine se hisse jusqu’à la place des Abbesses. Juste avant d’atteindre celle-ci, une mise à l’épreuve: un empilement de marches au milieu desquelles se dressent deux lampadaires. Les maisons qui s’agglutinent tout autour ont un air plutôt provincial. Leurs fenêtres affichent des volets peints en bleu ou en vert pâle. Elles n’ont pas le même nombre d’étages: leur façades s’adaptent à la forte déclivité des escaliers, de sorte que les habitations situées en contrebas sont plus hautes.

Ce qui ne se voit pas d’emblée, c’est l’orchestration un peu compliquée des toits. Ils apportent des notes de couleur supplémentaires à ce paysage urbain. De hautes cheminées et des antennes chatouillent le ciel. Vue à rebrousse poil (quand on se tient tout en haut des escaliers le dos tourné à la place des Abbesses), cette rue est d’autant plus intéressantes et d’un charme si parisien.

Les tagueurs, dont les excès souillent si fréquemment la capitale, ont même réussi à couvrir de lettres majuscules géantes la partie supérieure d’une façade aveugle perpendiculaire à la rue. Cela ne pouvait qu’inspirer un dessin.

Or, quand on dessine dans la rue, il se présente souvent des personnes étonnantes voire déroutante, parfois même dangereuses…

Il faisait chaud, cet après-midi là, et les passants n’étaient pas légion. Une dame, assez belle, vint se pencher sur le dessin en cours. Cheveux longs teints en blond, peau encore lisse, chemisier à fleurs… Elle se répandit en compliments et je sentais qu’elle n’était pas vraiment «normale» tant elle parlait vite, comme un peu affolée, et tant son regard avait quelque chose de perçant. «J’aime bien les artistes et j’en connais plein.» Elle prétendait habiter à Suresnes, «la ville de Jaurès», et elle rendait visite à son frère qui habitait Montmartre. Un détail contredisait son «look plutôt chic»: une valise sur roulettes qui la suivait. Etait-elle une SDF élégante? Tout en dessinant, je l’entendais négocier la remise d’un chèque à un serveur, assise à une table du Saint Jean, un café-restaurant au croisement de la rue André Antoine et de la rue des Abbesses.

Et c’est une lettre émanant du Crédit Lyonnais qu’elle vint mettre sous mes yeux, sans prévenir, pour me dire qu’elle souffrait de problèmes bancaires, prétextes à vouloir me raconter sa vie. «J’ai tout raté dans ma vie. Et je n’ai pas eu d’enfants pour ne pas donner d’enfants à la France qui n’a rien fait pour m’aider.»

On peut raconter tout et n’importe quoi à quiconque, et je n’étais pas obligé de la croire. Elle disait avoir été abandonnée par un père qui la battait, placée dans un orphelinat et n’ayant jamais vraiment travaillé. En fait, elle était handicapée. Et comme elle se montrait bien trop volubile et envahissante, je finis par lui témoigner de l’exaspération. Je lui reprochai de mal parler de son pays qui avait la générosité de subvenir ainsi à ses besoins par le biais d’une pension.

Ce fut alors une harpie qui prit la relève de la gentille dame… Elle se mit à m’accuser de ne pas avoir de cœur et donc d’être un faux artiste. Le ton monta vite, et nous nous injuriâmes sous les yeux de consommateurs qui semblaient avoir remarqué à quel point elle était dingue. Des boîtes de médicaments tombèrent de ses poches. Puis un portable. D’une voix larmoyante, elle appela du secours : «Allo, je voudrais parler au commandement des pompiers de Paris. On m’a volé ma carte bancaire et mes papiers.» Evidemment, les personnes chargées de lui répondre devaient s’étonner de ce qu’elle avait appelé les pompiers. «Je n’ai aucune confiance dans la police française», s’écria-t-elle, hystérique.

Une dame qui s’apprêtait à descendre l’escalier vint me dire, à mi-voix : «Cette femme est certainement internée dans un asile psychiatrique. L’été, les asiles relâchent souvent les malades et on voit plein de dingues faire leur cinéma dans les rues…»

La rue Etienne Marcel, plus belle encore à la tombée de la nuit

(1er juillet 2014)  -  Quand Paris la nuit s’apprête à gommer les pourtours de ses constructions, Paris écarquille une dernière fois les yeux de ses fenêtres. Et celles-ci se teignent de reflets surprenants: tantôt bleus (turquoise ou plus sombre), tantôt mauves et souvent même vert pâle.
Pareil spectacle se produit avant tout dans les quartiers où triomphe l’architecture haussmannienne. Les immeubles érigés pendant le Second empire ont des fenêtres dont les dimensions n’ont rien de mesquin : ces ouvertures occupent une place prépondérante dans l’orchestration de la façade.

Certaines des rues traversant le boulevard de Sébastopol comptent des immeubles parmi les plus beaux de Paris, tout à la fois sévères et raffinés. Voilà pourquoi je cède assez souvent à la tentation de dessiner quand je passe dans ce quartier. De surcroît, en fin de journée, plus particulièrement à la belle saison, elle témoigne une certaine joie de vivre avec plusieurs cafés débordant de vie.

Toujours est-il que le 1er juillet 2014, j’avais éprouvé l’envie d’apprivoiser une enfilade d’immeubles dans la portion de la rue Etienne Marcel attenante au boulevard de Sébastopol. Cinq mois plus tôt, j’avais eu la même idée, et je m’étais calfeutré dans le restaurant Poulette. Mais cette fois-ci, je pouvais tout aussi bien dessiner assis sur le trottoir. Or, au bout de 10 minutes, un monsieur s’adressa à mois avec la meilleure courtoisie. «Vous ne voulez pas vous asseoir à une table ; ce sera plus confortable pour vous.»
Il m’offrit une carafe d’eau. C’était le patron de ce restaurant. Je retrouvais les sourires charmeurs de ses employés, tous éclatants de jeunesse et de santé, dont certains arrivent au boulot en bicyclette et en culotte courte, se métamorphosant en quelques instant pour se glisser dans des habits plus sérieux.

Un inconnu vint s’asseoir à une table voisine. Il avait l’air de bien connaître les serveurs. «Sans le vouloir, vous avez dessiné, tout en haut, une fenêtre à moi, là où il y a des géraniums.» Les immeubles se déployant le long de la rue Etienne Marcel possèdent des toitures d’une taille avantageuse perforées de mansardes et de hublots sur plusieurs niveaux. Mais je n’imaginais pas qu’il y avait là haut d’authentiques appartements et pas seulement d’anciennes chambres de bonne. Cet homme d’une quarantaine d’années, qui fut vite rejoint par une jeune femme, se montra fort vexé de mon ignorance. «Non, je n’habite pas une petite chambre. J’ai acheté mon appartement sur les toits et il fait même soixante mètres carrés…»

PRECISION - Le premier dessin fait depuis le restaurant Poulette est inséré dans les pages «Au fil des jours n° 2» (février 2014)

Les mouvantes fenêtres des immeubles haussmanniens…

(30 juin 2014)  -  Curieux dessin que celui-ci. Entamé un soir, à 21 h 45, poursuivi le lendemain en fin de journée, il se veut le résumé de toute une architecture parisienne: l’épopée haussmannienne. Au croisement de trois voies majeures  - rue Réaumur, rue de Turbigo, rue Beaubourg – des immeubles se tiennent impassibles au milieu de flots de voitures dont l’intensité s’exacerbe vers 17 h.

D’où l’intérêt de croquer ces façades à la fois rigoureuses et majestueuses au crépuscule, quand les rues se trouvent vidées de leur sang. A ce moment-là, les hautes fenêtres empilées sur cinq étages (auxquelles s’ajoutent les mansardes) oscillent entre plusieurs couleurs: gris, vert opale, bleu turquoise, mauve. Le soleil les nappes de ces reflets qui pendant quelques minutes semblent s’éterniser avant que la ville ne sombre dans la pénombre.

En définitive, un immeuble pourrait se résumer à des fenêtres ouvertes comme autant d’yeux sur la ville alentour. Une impression que l’on peut éprouver aussi face à des bâtiments issus de la Renaissance. Et puis, il faut accorder un pouvoir de métamorphose similaire aux façades qui selon les moments de la journée et la qualité de l’ensoleillement se teintent d’ocre, de jaune, de rose, de beige...
Claude Monet avait apprivoisé la mouvance de la luminosité sur la façade de la cathédrale de Rouen: il aurait pu le faire, également, en plantant son chevalet au pied des immeubles haussmanniens.  

Notre Dame, toujours aussi merveilleuse et pourtant dépassée par les événements

 

Grâce à des restaurations et liftings successifs, elle a retrouvé une seconde jeunesse. Mais n’est-elle pas reléguée au rôle d’une «pièce de musée» au milieu des flots de visiteurs qui déferlent sur la capitale?
Au pied de la cathédrale, des bateaux filent, débordant de touristes voués à se distraire et à s’amuser. Qu’il soit permis de songer à l’époque où Notre-Dame se dressait dans un tout autre décor, veillant sur le peuple de Paris…


(5 juillet 2014 - texte en cours d'étoffement et révision)  - Si Paris était une couronne, Notre-Dame en serait assurément le joyau, tout comme sa voisine la Sainte Chapelle. Par sa hardiesse et par l’élégance qu’elle manifeste, par la perfection des proportions qu’elle suggère, par les racines spirituelles qu’elle incarne, cette cathédrale ravit la vedette aux monuments se côtoyant le long de la Seine. Mais bien que présente sur toutes les brochures et les sites à l’intention des touristes, elle surprend chacun d’entre eux quand ils s’en approchent. Proportions colossales: la nef fait 43 mètres de hauteur et les tours atteignent 63 mètres.

Voilà un chef d'oeuvre de pierre et de verre comparable à un miracle qui s’accomplirait à tout instant. L'architecte Le Corbusier avait qualifié Notre-Dame de "pure création de l'esprit".

Pourtant, Notre Dame (dont la construction fut entreprise en 1163) a failli se flétrir et dépérir à jamais, mise à mal part tant d’événements, en particulier la Révolution française, quand les vingt-huit statues alignées le long de la galerie des rois, au-dessus des trois portails de la façade occidentale, ont volé en éclats.


DES VESTIGES ET DES CHAMBOULEMENTS

Celle qui a veillé sur la destinée des Parisiens pendant des siècles, témoin de tant de résistances à des vagues successives d'envahisseurs et de barbares, a subi de plein fouet l’ingratitude, la furie des hommes. De surcroît, elle s’est vue projetée dans un décor totalement différent de celui, au Moyen-âge, où elle s’était élancée. Il ne reste que des vestiges de l’époque médiévale autour d’elle. Les chamboulements urbains survenus pendant le Second empire l’obligent désormais à faire face à des bâtiments (l’Hôtel Dieu, la Préfecture, etc) d’une lourdeur esthétique effroyable. Une injure à la splendeur de ce chef d'oeuvre gothique.

Notre-Dame se trouve dépaysée, dépassée par l’évolution d’un monde qui la réduit, à bien des égards, à un rôle de musée ou même d’alibi. Certes, elle accueille encore des pèlerins et des fidèles mais la majeure partie des visiteurs viennent y chercher un peu de rêve et étancher la soif de distraction générée par la "société des loisirs" où tant de choses sont vouées à se muer en distractions. Tout autour, en été, se tisse une atmosphère plutôt festive et même insouciante.

Au pied de Notre-Dame, dans l’un des bras de la Seine enserrant l’Ile de la Cité, des bateaux débordant de touristes défilent à une cadence infernale, à raison d’un toutes les cinq minutes. Plus rien à voir avec les bateaux mouche d’antan: ce sont presque des navires, des paquebots, certains d’une telle envergure que les têtes des passagers agglutinés sur la plateforme supérieure effleurent presque les arches des ponts.

Plusieurs bateaux ont un «look» inattendu, voire exotique, à l’instar de celui comportant à sa poupe une roue à aube comme en Louisiane. Certains sont même conçus come des dancings, les passagers se trémoussant au rythme d’airs endiablés n’ayant rien à voir avec le Paris historique et même mythique incarné par la cathédrale.
Consolation, toutefois: le soir, en été, des spectacles parfois spontanés donnent un peu de vie au parvis d'un ennui mortel, fruit avarié d'un urbanisme aseptisé et dépourvu d'âme. Des troupes de comédiens attirent des grappes de badauds. Certains soir, des cracheurs de feu, par le jeu des reflets, badigeonnent d'orange et de rouge les saints, les prophètes, les apôtres et les monstres sculptés dans les ébrasements des trois portails. Quelques chanteurs essaient de mettre un peu d'ambiance. Peine perdue, hélas: la cathédrale transpire une certaine solitude, ses portes fermant bien trop tôt.


LE TOURISME EST DEVENU UNE INDUSTRIE


Faut-il s’en réjouir? Le tourisme est devenu une industrie. Un tourisme de masse où l’amusement est roi, ce qui contribue à faire perdre aux lieux chargés d’histoire une partie de leur charme. D’ailleurs, pendant que je dessinais la cathédrale, un couple d’Américains a déploré cette situation: «Paris n’est plus la même ville avec autant de touristes. C'est un peu artificiel maintenant. Il n’y a plus d'endroits tranquilles pour s’y retrouver à deux en amoureux…»
Décidément bien informés, ces Américains ont mentionné le chiffre de 100 millions de touristes. C’est effectivement l’objectif annuel fixé par les décideurs de notre pays. Les Français ne peuvent que se réjouir des devises générées par cet afflux de visiteurs étrangers et par les emplois créés dans l’hôtellerie et la restauration notamment.

Mais à trop vouloir tirer sur la corde du tourisme ne risque-t-on pas de défigurer davantage encore un Paris de moins en moins hospitalier pour ses habitants?

Gennevilliers: une ville dortoir mise en sommeil par les grandes vacances

Dessin fait depuis la cuisine d'un appartement au 7ème étage de "la grande barre" longeant la rue Victor Hugo.

(9 juillet 2014)  -  Curieuse journée d’été, gâchée par une pluie ininterrompue. L’encéphalogramme de cette ville dortoir est presque mort : Gennevilliers. Plus précisément, le quartier des Agnettes.

Presque personne au pied de l’immeuble où je perche (au 7ème étage). Grâce à l’Etat providence, des familles entières sont parties en vacances. Merci la CAF! Et les musulmans restés à Gennevilliers (leur communauté regroupe environ 7.000 personnes sur 42.000 habitants recensés dans cette commune) n’apparaissent qu’en soirée.

Le problème de la France, c’est qu’on n’y travaille pas tant que ça. On y cultive la paresse davantage que le travail à cause d’un calendrier plombé par de trop fréquents ponts, congés, célébrations et fêtes en tout genre. Sans doute cet excès de prétendu repos pèse-t-il lourd dans la déliquescence inexorable d’un pays où les vacances sont sacrées. Il faudrait revoir le calendrier, élaguer les jours fériés, arrêter de toujours se tourner vers le passé pour regarder le futur (sans pour autant oublier l’histoire).

Ce 9 juillet 2014, pas question d’aller dessiner dans Paris, notamment sur le parvis de Notre Dame devenu un endroit de prédilection. Trop de pluie. Alors, mes crayons ont dû se contenter d’interpréter un paysage urbain éclectique : au premier plan, des pavillons devenus fantômes, désertés par leurs occupants, promis à une démolition plutôt imminente, dans une commune où la municipalité rouge-rose ignore la diversité architecturale. Tout autour, des arbres à la chevelure abondante, parmi lesquels des marronniers mouchetés de rose. A l’arrière plan, un immeuble dont les fenêtres sont autant de destinées noyées dans l’anonymat.

«Le Café», rue Tiquetonne: un zeste de joie dans la solitude de la ville

(Juin 2014)  -  Son nom est d’une simplicité déconcertante : «Le Café». Mais il se voit de loin, grâce au jaune vif de ses stores, une sorte de dais flottant par-dessus les têtes des clients attablé en terrasse. Ce «troquet» ouvre ses portes tard en soirée, à l’endroit où la rue Tiquetonne rejoint la longue rue Marcel.

En soirée, Le Café regorge de consommateurs, tout comme ses concurrents situés dans la rue Tiquetonne et celle de Montorgueil. Des rires, des éclats de voix se répandent. Ce zeste de jaune vif fait du bien aux prunelles et chaque fois que je passe à proximité j’éprouve une certaine joie. C’est comme une présence humaine réconfortante dans une ville de plus en plus vouée à l’anonymat et à la solitude où les passants s’ignorent et se sentent agressés de toutes parts notamment par la densité croissante de la circulation.

Le café est pris en tenaille entre des enfilades de vitrines où des mannequins accusent la même solitude: la rue Etienne Marcel comme celle du Louvre et bien d’autres accueille des boutiques de fripes et de mode que fréquentent avant tout des jeunes gens. Très belles architecture, dans la grande tradition haussmannienne, que celle de cette rue, mais il se dégage une étouffante superficialité, la superficialité de la société de consommation fondée sur la quête des apparences.

Un commerce illégal de mini tours au pied de la Tour Eiffel

Les autorités, souvent si laxistes en France, tolèrent tout un trafic dans plusieurs lieux très fréquentés par les touristes. Vraiment scandaleux…


(21 06 2014)  -  Elle a fait l’objet d’innombrables dessins, peintures, interprétations. Pourtant, elle est insaisissable et indescriptible, bien que massive et majestueuse: la Tour Eiffel. Il serait illusoire de la considérer comme un simple «a» majuscule. Elle a cette particularité de changer indéfiniment d’apparence et de forme. C’est une perpétuelle métamorphose suscitée par la luminosité et l’ensoleillement. Tantôt trapue, tantôt légère. Tantôt filiforme tantôt exorbitante. Tantôt couverte de stries, tantôt constituée de losange emboîtés les uns dans les autres.

Il a fallu un jour de grand soleil, en l’occurrence le plus long de l’année, pour redécouvrir la Tour Eiffel et l’apprivoiser avec des crayons. Aux alentours de 21 heures, de très nombreux touristes et badauds foulent le gravier rosacé des allées contournant des buissons, des massifs de fleurs et des fragments de gazon. Certains s’asseyent pour contempler ce symbole de Paris tout en pique-niquant. Ils sont guettés par toute une «faune»: des Africains, la plupart élancés, les bras chargés de mini-tours Eiffel dorées et argentées. Au pied de ce géant d’acier s’épanouit tout un trafic, un commerce illégal comme en attirent tant de lieux touristiques. En toute impunité, ces vendeurs à la sauvette planquent des sacs à dos dans des buissons et partent «taquiner» les touristes dans les parages. Certains font appel à des «guetteurs», en fait des SDF et paumés ayant élu domicile sur les pelouses du Champs de Mars. «Ce commerce est toléré», fait valoir un fonctionnaire de la préfecture de Paris patrouillant avec deux collègues. Il croit savoir que certains de ses vendeurs gagnent bien leur vie.

Les mêmes scènes se déroulent aux  abords de la Cour Napoléon, au Louvre, où il y a aussi maints buissons et recoins pour échapper, dans le pire des cas, aux forces de l’ordre.

Voilà où mène le laxisme: un marché au noir à ciel ouvert, dans une ville où les touristes, loin d’être rois, sont si souvent plumés en raison de la cherté de la vie et de services pas toujours à la hauteur de leurs légitimes exigences. La police pourrait agir davantage afin de mettre fin à ce trafic dont on devine qu’il met en scène des immigrés clandestins. Triste image d’une France qui n’arrive pas à filtrer les entrées aux frontières et dont les intellectuels continuent à faire croire qu’elle peut accueillir toute la misère du monde au mépris de la loi.

Un groupe de jeunes, s’adressant à un vendeur sur le ton de la plaisanterie, lui ont fait croire qu’ils allaient lui acheter une tour Eiffel. Ce fut l’occasion de connaître le montant d’un tel achat : «Quinze euros». Et le vendeur, sûr de lui, a rétorqué qu’il est «un businessman». Drôle de business que celui-ci, sur lesquels les autorités semblent fermer passablement les yeux…

Yerres, une ville où il fait (vraiment) bon vivre

Dessin fait sur l'Ile Panchout, à 20 heures alors que la végétation s'assombrissait. Un peuplier, argenté et bleuté, continuait à scintiller, mais ce ne serait pas pour longtemps... Une très belle nuit d'été s'annonçait.


Le long de l’Yerres, petite rivière paisible, des coins merveilleux sont à découvrir. Outre la propriété Caillebotte, la plaine et l’Ile Panchout. Des peupliers noirs et argentés règnent sur une végétation diversifiée : aucun bâtiment tout en hauteur dans les parages…


YERRES, LE 9 JUIN 2014
 - Voilà qui est malaisé à comprendre. Paris est devenue la plus densément peuplée des capitales du continent. Pourtant, la France bénéficie d’une étendue territoriale supérieure aux autres états européens.

Natalité excessivement galopante, importation exacerbée de main d’œuvre, poursuite des flux migratoires de la province vers la capitale (en raison du manque d’attractivité de plusieurs régions françaises, vidée de leur substance industrielle), incapacité des autorités à planifier l’occupation du territoire, propension de la gauche à «entasser les gens»: voilà les causes de l’hypertrophie de Paris et des départements voisins, une surpopulation devenue intolérable.
Curieusement, à quelques kilomètres de Paris, il existe des communes, des endroits qui échappent à ce sentiment d’étouffement voire d’asphyxie générant de l’agressivité, du stress, de la frustration.

A 20 minutes en train de la gare de Lyon, avec halte obligée à Villeneuve-Saint-Georges : une ville exceptionnelle par son cadre de vie. En l’occurrence Yerres, dans l’Essonne. La végétation, les parcs sont d’une telle prépondérance que l’on peut s’aventurer dans les rues de cette ville sans percevoir que sa population frôle les 30.000 habitants. D’emblée, un «détail» frappe le nouveau venu: l’absence de ces bâtiments verticaux qui partout ailleurs raturent l’horizon.

Yerres se targue d’être «l’autre capitale des impressionnistes». Certains des paysages tels que les ont retracés Gustave Caillebotte et Claude Monet n’ont que modérément changé : les bords de l’Yerres sont toujours aussi paisibles et propices à la détente. Des canots, tels ceux immortalisés par Caillebotte dans plusieurs de ses toiles, s’aventurent le long d’une rivière presque invisible tant la végétation est abondante sur ces rives. Quelques maisons surgissent, séparées de la rivière par de petits jardins en pente, soigneusement entretenues.
A un certain endroit, le chemin qui longe l’Yerres s’en écarte un peu et traverse la plaine Panchout, un vaste pré que surplombent des rangées de peupliers noirs et argentés ainsi que des mélèzes quant à eux dispersés.

Dans un petit parc, des enfants jouent sous le regard de leurs parents. Des passants se dirigent, d’un pas affirmé, vers l’Ile Panchout, toute proche. Des jeunes se sont assis en grappe sur l’herbe. Aucun excès de langage, aucune dérive de comportement ne vient égratigner l’harmonie nouée avec la nature. Ce n’est pas ici, en principe, qu’on entendra les «Nique ta M…» si fréquents en d’autres lieux.

De toute évidence, Yerres fait partie de ces villes qui défendent leur droit à la tranquillité, à un développement respectueux de l’environnement, à une mise en valeur de leur patrimoine, et c’est tant mieux.

Dans le 18ème, un square abrite un jardin potager


Une atmosphère très parisienne dont les impressionnistes se seraient volontiers inspirés: des enfants jouent sous l’égide d’arbres splendides, avec tout autour de belle façades, certaines colorées. Tout au fond poussent des fleurs et des légumes.

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PARIS, LE 14 AVRIL 2014  -
  Le long de l’avenue de Clichy, à la fois commerçante et triste, des maisons font des balafres colorées par-dessus les cimes d’arbres touffus. (La plupart sont des bouleaux et des tilleuls). En fait, il s’agit du square des Deux Nèthes, un espace inattendu propice au délassement dans un quartier pourtant si fébrile. Le square est encadré par des maisons et des immeubles de tous les styles, certains simples, d’autres d’apparence plutôt bourgeoise.

Nul doute: l’atmosphère est si parisienne qu’on peut songer à des toiles peintes par les impressionnistes qui aimaient tant restituer les parcs, lieux de réconciliation et complicité entre la nature et la ville.

Les immeubles qui se dressent tout au fond du square paraissent constituer un rempart tant ils sont élancés. L’un d’eux, à droite, décrit un rectangle orange, une façade aveugle qui par son envergure écrase ses voisines.


EN TRAIN DE CUEILLIR DES ROSES

Au premier abord, le square des Deux Nèthes paraît exigu. Or, le chemin qui le scinde mène à un espace surprenant dissimulé derrière des arbres. En l’occurrence, un jardin potager situé à côté d’une aire de jeux où gazouillent des enfants courant en tous sens. «Les choses ont bien changé ici», rapporte un père de famille, Djamel. Cet homme au visage buriné est en train de cueillir, sécateur à la main, des roses trémières qu’il tend à sa fille, désireux de lui en faire découvrir les fragrances. «Avant c’était un squat et la municipalité a réaménagé les lieux après que des associations de riverains aient lancé des pétitions.»

Ce jardin partagé est divisé en plusieurs parcelles dont la plupart font à peine deux mètres carrés. Une vingtaine de familles peuvent ainsi cultiver leur petit lopin tandis que plusieurs écoles se sont vues octroyer chacune un «brin de terrain». Ainsi poussent, au milieu du béton parisien, des légumes et des simples. Certains gadgets et détails s’avèrent touchants, telle cette paire de bottes empalées sur des pieux. Djamel explique que le jardin potager et la petite cabane en bois servant de buanderie ont déjà été la cible d’actes de vandalisme commis par des malfrats qui avaient fait intrusion dans le square après avoir sauté par-dessus les grilles l’encerclant.

A proximité d’une cascade de lierre qui orne la façade (dépourvue de fenêtres) d’un immeuble: une fresque de grande ampleur a été peinte, s’apparentant à un bourdonnement de mots peints en noir. Djamel appelle ceci «la fresque de l’Abbé Pierre».

 

(avril 2014) - Dans le fin fond de l’Essonne, la Juine décrit des zigzags au milieu de champs et au détour de petits villages. Dans la commune d’Ormoy-la-Rivière, la Juine se faufile sous les arches d’un adorable petit pont auquel un lavoir tient compagnie. Très ancien, ce pont ne peut être franchi que par des voitures et, bien sûr, des piétons. Des tourbillons rident le visage du cours d’eau : se sont autant de poissons qui prospèrent ici-même. Parfois, l’on voit s’aventurer des canards…

L’inspiration s’épanouit au Jardin du Luxembourg

Ceci est une esquisse d'un dessin grand format plus détaillé qu'il reste à scanner et qui sera inséré sur le blog "Paris en tous Sens" prochainement.

Il suffit d’un peu de soleil et les allées quadrillant les 125 hectares de ce sont prises d’assaut par la foule. Un palais (devenu le Sénat), un étang où glissent des voiliers miniatures, des statues, des pelouses soigneusement entretenues et des arbres magnifiques : un havre de paix où l’on peut voir nombre d’artistes à l’œuvre.


PARIS, LE 14 AVRIL 2014 -
 Dessiner, interpréter les formes et les couleurs, transcrire les vibrations, apprivoiser les variations de la lumière: cela ne rapporte presque rien d’un point de vue pécuniaire. C’est du temps apparemment filant trop vite, comme tant de distractions. Mais les artistes bénéficient d’une rémunération sans comparaison: le plaisir de susciter la curiosité, celui aussi de rencontrer des personnes désireuses de partager davantage qu’un coup d’œil. Ce qu’on appelle des œuvres (personnellement, je déteste ce mot, si vaniteux) sont des portes ouvertes vers des horizons imprévisibles.

Le jardin du Luxembourg est un endroit de prédilection pour se détendre et pour se reposer. La disposition des lieux, la sensation conjuguée d’espace et de liberté, l’illusion de protection que répandent les arbres entourant ce parc de 25 hectares incitent à une certaine disponibilité vis-à-vis d’autrui. Un endroit divin, sous les regards croisés des 106 statues des reines de France et de femmes illustres. Le palais - devenu le siège du Sénat - construit à l’initiative de Marie de Médicis s’avère un peu empâté, d’une symétrie bien trop rigoureuse. Mais la présence d’un étang, à ses pieds, où voguent des mini-voiliers, tout comme l’abondance de verdure autour contribue à le rendre somptueux !

C’est ici que viennent se reposer et se ressourcer tant de riverains, de Parisiens et de touristes, subjugués par l’atmosphère féérique faisant oublier la touffeur et la densité malsaine de la ville.
C’est ici, aussi, que peintres et dessinateurs viennent taquiner l’inspiration. Où imaginer, autrement qu’ici, des peintres en extase devant un fragment de pelouse, un parterre de fleurs ou un bouquet d’arbres?


ARNAUD ET ALICE, DEUX ETUDIANTS TALENTUEUX

Arnaud et Alice, quant à eux, ont choisi de peindre la vue du château et du bassin attenant avec la nuée de frondaisons tout autour. Accoudés à une balustrade, ces deux étudiants avaient étalé leur matériel, aussi bien des boîtes de godets d’aquarelle que des fusains, des bâtons de pastel et une ribambelle de crayons.

A chacun son style : Arnaud témoignait sa passion pour l’architecture à travers une reproduction minutieuse du palais et ses hautes fenêtres, dont il avait rendu les façades plutôt orangées. Comme tout aquarelliste, il laissait son œuvre respirer à travers de nombreuses trouées de blanc. Sur le coup de 19 h, alors que les bâtiments n’étaient plus mouchetés d’ombres et d’éclats de lumière, il éprouvait une hésitation: fallait-il ajouter les promeneurs, le long des allées?

Alice, elle, avait choisi un cadrage insolite : une colonne s’élevant au milieu d’une rotonde en gazon, avec un faisceau d’allées sablonneuse tout autour. Inconsciemment, elle avait exagéré la hauteur de la colonne, ce qui conférait au dessin une certaine naïveté, et les tonalités avaient elles aussi accusé les élans de son inspiration: ce dessin était magnifique par la luminosité de la pelouse rendue presque diaphane.

Scène assez fabuleuse que celle de ces deux étudiants plongés dans leur travail de création: ils semblaient incarner la patience et la quiétude. Ils étaient heureux peut-être sans même le savoir. 

MARIO, CAMERA AU POING

Tout aussi rassérénant: l’esprit d’entreprise de Mario Schiniotakis, un jeune homme qui m’avait surpris, auparavant, en train de dessiner. Très aimablement, caméra à la main, il me demanda si je l’autorisais à me filmer. Pendant vingt minutes, il suivit l’évolution de mes crayons sur une ample feuille de papier et quand il eut épuisé ses bobines une discussion s’engagea entre nous.
Mario semble ne vivre que pour sa passion, celle de filmer dans les rues de Paris. Il réalise lui-même les montages. Pour ce faire, il a choisi le statut d’auto entrepreneur. Et il a tout l’avenir devant lui puisque Paris est plein d’histoires et de trajectoires à décrire…
Moi qui suis déjà «un peu» vieux, j’ai apprécié qu’il glisse cette phrase:  «Il n’y a pas d’âge pour réussir. On peut devenir fameux à cinquante ans ou davantage…»

Y. Le Houelleur

Le printemps, source d’émerveillement

C’est une saison féérique, pleine de belles choses, et les gosses  - en particulier -  l’adorent.
Dans la Cité Jardin, à Gennevilliers, une petite fille et deux garçons m’ont encouragé quand
je dessinais des arbres en fleurs…

 

 LE 6 AVRIL 2014  -  Il ne faudrait jamais dépasser dix ans. C’est après que les choses s’aggravent, se dégradent, que l’entrée dans le monde des adultes par le sas de l’adolescence abime et même corrompt cette propension à s’émerveiller animant les enfants.

Voilà, en gros, l’idée qui m’est venue après avoir dessiné un zeste de jardin au bord de la rue des Chevrins, à Gennevilliers. Un quartier, la Cité Jardin, à l’écart de la vague de béton qui a submergé cette commune située à trois kilomètres de Paris. En réalité, la rue des Chevrins est bordée de maisons rose saumon presque toutes pareilles, chacune possédant un petit jardin à l’avant comme à l’arrière.

Trois enfants vinrent me tenir compagnie alors que je dessinais un jaillissement de plantes et un moutonnement d’arbustes en plein refleurissement.
Une fille, Eva, et deux garçons: ils avaient obtenu de leurs parents l’autorisation de jouer dans cette rue calme où les voitures circulent lentement. «Nous avons appris à faire attention», me dit Eva, avec une pointe de fierté.
Ces trois enfants s’extasièrent à la vue du dessin… «C’est beau ce que vous faites, Monsieur! Vous avez appris à dessiner où?»


TRAVERSER LA RUE,  CUEILLIR UNE FLEUR…

En fait, une fois de plus, je n’étais pas content de la tournure que prenaient les choses sur ma feuille, mais ces gosses étaient si cléments! Ils aimaient, eux aussi, le spectacle de la nature. Soudain, j’hésitai sur le choix d’une couleur (jaune ou orange?): ils eurent l’idée de traverser la rue et de cueillir une fleur, dans le jardinet d’en face, pour m’aider à mieux percevoir cette couleur. Alors, ils multiplièrent les allées et venues entre les deux trottoirs, pour déposer à coté de moi des pétales et fleurs toujours plus nombreuses. Certains pétales étaient fort beaux, voire somptueux, comme des peintures miniatures exécutées par un artiste anonyme. L’un d’entre eux s’apparentait à l’aile d’un papillon, zébré de rouge, de jaune et d’orange avec, en sa partie inférieure, une zone de mauve sombre.

Ces enfants avaient l’air très calmes et sereins, et nous avions noué une amitié éphémère mais qui paraissait dater de plusieurs années tant il y avait du respect et de la confiance. Ils ne paraissaient pas contaminés, encore, par la laideur et les périls que multiplie la société contemporaine.

DES CONCEPTS FRELATES

Du haut de mes 50 ans, je le clame: c’est une société assez ignoble que la nôtre, en 2014: nous sommes soumis à des pressions insupportables, principalement administrées à travers les médias, pour nous condamner à ingurgiter des concepts frelatés, des valeurs vermoulues et témoigner des goûts esthétiques douteux.
La notion même de beauté, comme celle du bien et du mal, s’est évaporée.

Or, ces enfants rencontrés le long de la rue des Chevrins me donnaient vraiment l’impression d’avoir une parfaite notion de ce qui était juste et beau, mélange d’innocence et de certitudes.

 

Montparnasse: le printemps, éphémère, s’enracine dans l’éternité

Dessin au crayon fait entre 15 h et 17 h, assis sur une tombe.

Léger comme un tas de plumes, un cerisier se déploie par-dessus un damier de tombes, à proximité d’un vieux moulin.
Tout autour règne la paix : c’est à se demander si les défunts ne donnent pas de la vigueur à la nature…



PARIS, LE 2 AVRIL 2014  -  La mort se rapproche et cette sensation d’un temps avalé trop vite incite à prendre le temps d’observer, comme pour la dernière fois, ces événements qui jalonnent la vie. Par exemple, le retour du printemps.


Après la grisaille hivernale, interminable et gluante, voici un jaillissement de couleurs vives qui égaient la campagne et, avec davantage de parcimonie, les villes. Jaune (parfois doré), rose, violet, mauve, vert… sans oublier le blanc des cerisiers bouillonnant de fleurs cotonneuses. D’ailleurs, ce blanc n’est jamais intégral, se maquillant, très légèrement, de rose ou de jaune pâle. Les impressionnistes savaient si bien interpréter les arbres en fleurs, exercice périlleux car la légèreté, en peinture, s’avère difficile à restituer.

Rien de plus troublant que la délicate beauté d’un cerisier en train de retrouver sa vigueur au milieu d’un cimetière: ce mercredi 2 avril, par hasard, je me suis aventuré dans les allées (appelées «divisions») du cimetière Montparnasse. Les défunts auraient-ils pour vocation d’aider la nature à s’épanouir? Celle-ci se nourrirait-elle de leurs cadavres et de leurs souvenirs? L’idée m’a souvent effleuré que la seule finalité de mon «après vie» sera de me dissoudre dans le végétal que j’aurais tellement aimé, de mon vivant, observer et restituer sous forme de dessins. Le privilège me sera peut-être donné de contribuer à la croissance d’un cerisier ou d’autres arbres…


DES OEUVRES D'ART

En tout cas, ce mercredi 2 avril, le cimetière de Montparnasse n’avait rien de rédhibitoire ou d’inquiétant. Outre le blanc manteau de quelques cerisiers, des taches de couleurs s’alliaient au parement tantôt gris tantôt argenté des tombes, dont certaines s’apparentent à des œuvres d’art tant elles furent conçues avec soin. Selon un texte découvert sur le Net, le cimetière Montparnasse accueille de très nombreuses essences: tilleuls, sophoras, thuyas, érables, frênes, conifères…


Quelques Parisiens avaient choisi de se promener à travers les 19 hectares de ce cimetière qui par sa superficie est la seconde plus vaste nécropole de la capitale (juste après le cimetière du Père Lachaise). De rares personnes arrosaient les pots de fleurs sur les dalles. Trois professionnels du «business funéraire» inspectaient des sépultures et elles s’interrogeaient sur la qualité de la pierre employée, jugée par l’un d’entre eux «souvent trop poreuse».
Mais en vérité, n’est-elle pas inéluctablement poreuse la frontière entre la vie et la mort?


LE CHRIST DESCENDU DE LA CROIX

Maintes personnalités sont inhumées dans le cimetière Montparnasse, à commencer par Beaudelaire et Maupassant.

En se promenant dans les allées, les passants peuvent découvrir les noms d’artistes moins connus, dont certains ont dû laisser tant d’admirateurs et amis désespérément orphelins. Au pied du moulin de la Charité qui se dresse au milieu du cimetière (1), une émouvante stèle, plutôt originale: la reproduction d’une de ses toiles rappelle le talent de Thérèse Amiouny, artiste libanaise décédée en 2003 qui fut amenée à s’exiler en France à cause de la guerre dans son pays. Souffrance témoignée avec des tons sublimes: cette toile représente un Christ descendu de sa croix et prenant la main d’une femme tandis qu’une autre femme, agenouillée, semble pousser un cri d’effroi.

                                                                                                                Y. Le H.


(1)  Ce moulin est le seul survivant de la trentaine de moulins qui se dressaient à travers la plaine de Montrouge. Après la révolution, il servit de goguette.

 

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Détour par la politique. Retour à la réalité en passant par le dessin

(26 mars 2014)  -  Voici un dessin réalisé sur un trottoir à Gennevilliers, à l’intersection de la rue Henri Barbusse et de la rue Louis Calmel, en fin d’après-midi. Des élèves en provenance du Lycée Galilée et des passants à peine sortis de la station de métro Gabriel Péri m’ont posé des questions sur mon travail de dessinateur. «Ca me rappelle les impressionnistes», a même réagi une jeune fille, légèrement voilée, à la voix très douce.
Un moment vraiment sympa! Le contraste entre ce vénérable immeuble en briques et des bâtiments modernes tout autour avait excité mon inspiration.



Que faut-il entreprendre pour changer le monde, ou plutôt faire évoluer soi-même (ce qui permet de voir le monde par une autre lorgnette) quand la distance entre son existence et la mort se réduit à toute vitesse?

Je ne conseille à personne, en vérité, la politique, s’il n’est pas animé d’une pugnacité inébranlable et si les coups bas ne lui font ni chaud ni froid. Pendant plusieurs mois, j’ai donné une partie de mon temps, de ma créativité (si relative) à une liste citoyenne dans la commune où je vis. En l'occurrence les Indem, à Gennevilliers.
Ce fut l’occasion de faire de belles découvertes, de sympathiser avec des personnes merveilleuses et authentiques. Nous avons vécu des moments forts, dans un respect mutuel inébranlable malgré des points de vue parfois divergents sur plusieurs questions.

L’envie nous démangeait de vouloir changer le monde où nous vivons, à savoir une ville croulant sous le fardeau des problèmes qui en définitive ravagent la France entière : le chômage, la dérive pour tant de gens, la pléthore de cas sociaux, l’abus d’assistanat permettant de compenser l’absence d’actions aspirant à la réintégration des personnes en marge de la société, l’instrumentalisation des populations locales à des fins idéologiques, etc. (La municipalité socialo-communiste de Gennevilliers excelle dans l'art de manipuler les masses...) Et la progression de la solitude qui condamne tant de jeunes à n’avoir plus aucun repère, tant de personnes âgées à mourir à petit feu entre quatre murs avec pour seule compagnie leur télévision voire leur toutou. Les pouvoirs publics ne savent pas traiter ces problèmes hors le recours à certains expédients.

Le rêve a perdu des plumes dans les urnes : un résultat mitigé malgré une campagne électorale intense mise en œuvre par un groupe de personnes  - des amis, en fait -  brillantes, dynamiques et lucides. Malgré tout, la tête de liste pour laquelle je me suis battu, Brice NKonda, a pu obtenir un siège bien mérité.

Le lendemain du 23 mars, premier tour des élections municipales, il fallait retrouver une raison de vivre et d’espérer. Impossible, donc, d’améliorer le monde d’un coup de baguette magique. Beaucoup de mes amis font valoir que j’ai de la chance: mon prétendu statut d’artiste (si abusif, je trouve, car tant d’artistes manquent terriblement d’humilité et de sincérité) me permet de faire plaisir autour de moi et d’aider les citoyens à mieux percevoir maintes réalités.

Je suis trop vieux, trop à la dérive, trop vulnérable financièrement pour avoir la prétention d’influer raisonnablement sur le destin du fragment de monde où je vis. 

Alors, si mon travail (qui ne me rapporte presque rien car un dessin n’a que si peu de valeur marchande dans un monde où seuls les produits technologiques paraissent justifier des dépenses) peut servir à quelque chose, je vais continuer à dessiner dans les rues, à l’air libre, en présence des gens. Je vais continuer à alimenter ce blog et continuer à offrir des dessins à des amis, des connaissances. Et peut-être sera-t-il possible, un jour prochain ou lointain, de réaliser une expo comme celle qui a égayé, pendant plusieurs mois à cheval sur 2013 et 2014, les murs d’un restaurant le long du boulevard Arago. (Sept dessins vendus, un record pour moi, une sacrée bouffée d'oxygène.)

Une brève incursion dans le 18ème

Un détour par la station Max Dormoy est l’occasion de découvrir une facette méconnue de Paris. Un quartier encore populaire où les difficultés ne manquent pas. Rien à voir avec Montmartre qui se trouve à deux pas d’ici.

 

(3 mars 2014)  -  Quand on songe aux clichés qu’évoque Paris (luxe, élégance, romantisme, culture, gastronomie, etc.), on ne se sent pas forcément dans la capitale française ici-même. C’est-à-dire dans ce coin un peu agité du 18ème arrondissement où s’étirent et s’entrecroisent des rues annonçant déjà la banlieue. La rue de la Chapelle pourrait s’octroyer le statut de boulevard, tant elle est longue et bourdonnante de voitures. Les immeubles n’y sont pas aussi majestueux que dans bien d’autres quartiers, et surtout leur façade enduite de suie mériterait un ravalement.

Dans le café où je me suis arrêté pour dessiner un peu, au croisement de la rue Ordener et de celle de la Chapelle, le mot «poussière» revient souvent dans la discussion qu’ont nouée des riverains, d’origine marocaine. Un monsieur débordant de sagesse conseille une femme discrètement voilée en ces termes: «Tu fais bien de vouloir habiter un autre endroit. Le dix-huitième est trop pollué et les loyers atteignent déjà des sommets. Quand on pense à ses vieux jours, on préfère acquérir un appartement en banlieue plutôt qu’avoir à payer 700 euros par moi pour vivre dans un espace minuscule.»

Paris, ce n’est pas la plus belle ville du monde pour nombre de ses habitants. C’est une ville trépidante, usante, voire hostile, où il faut lutter pour conserver ses quelques mètres carrés de bonheur illusoire. C’est une ville où beaucoup de gens s’entassent dans des immeubles conçus pour garantir à leur propriétaire un maximum de rentabilité…» Aussi est-il surprenant de découvrir certains pans de rue encore bordés de maisons possédant un ou deux étages, comme celles figurant sur ce dessin. La houpe métallique surmontant la colonne Morris frôle un toit de tuiles orangé et se confond avec des fenêtres aux volets verts comme s’il s’agissait d’une maison provinciale. Quelques lettres oscillant entre l’orange et le rose annoncent une boutique spécialisée dans la mode féminine.

Il y a tellement de constructions d’envergure modeste dans le 18ème que les promoteurs immobiliers et les bétonneurs n’auront aucun mal à y découvrir des relais de croissance! Ce quartier possède encore des voies, des impasses, des arrière-cours où il fait bon respirer. «Notre arrondissement est passionnant grâce aux contrastes qu’on peut y rencontrer», fait valoir une habitante en train de distribuer des tracts. La campagne électorale bat son plein. Les militants d’une liste citoyenne conduite par Roxane Decorte brisent l’élan de passants sortant de la station de métro Max Dormoy impatients de regagner leur appartement avant la tombée de la nuit. «Le 18ème que vous avez sous les yeux n’est pas le même que celui situé de l’autre côté de la Butte Montmartre où vivent tant de bobos. Ici, beaucoup de familles ne savent pas de quoi sera fait le lendemain…»

Parmi les chiffres et les données que brasse le tract de la liste conduite par Roxane : plus de 12.000 demandes de logements sociaux dans le 18ème

    

Bd de Sébastopol: un "paquebot haussmannien" flottant sur un océan de voitures...

(28 janvier 2014)  -  Fascinantes et éblouissantes : les façades des immeubles haussmanniens dégagent un sentiment d’harmonie et de grâce architecturale malgré leur grande envergure. En hiver, quand les arbres le long des avenues se résument à leurs troncs et branches, ces bâtiments s’avancent tels des paquebots sur une mer de voitures…
Ici : le croisement entre le boulevard de Sébastopol et la rue aux Ours. Un tel dessin a été fait à deux reprises, les 26 et 28 janvier, puis retouché dans l’appartement que j’occupe en banlieue. A la tombée de la nuit, les fenêtres se parent de couleurs assez inattendues : bleu foncé, vert pâle, voire mauve, avant de refléter de beaux intérieurs que des lustres et lampes mettent en valeur. Heureux sont ceux vivant ici-même…  

Une Thaïlandaise sur les traces des grands peintres

En train de dessiner dans le froid: Sisi, épiée par moi-même (Yann) alors que j'étais réfugié, si confortablement, dans le restaurant le Véronèse.

Montparnasse a laissé le souvenir d’une profusion de peintres. Cette époque glorieuse n’est pas totalement révolue. Sur un bout de trottoir, "Siri" interprète, à l’huile, les lumières et l’agitation des boulevards se déroulant sous ses yeux.

(11 12 2013) - Elle arrache à la ville à la fois si figée et si mouvante des tâches d’ombres et de lumière qu’elle étale sur une toile. Les jambes de son chevalet sont si frêles que l’œuvre en  gestation pourrait s’écrouler au moindre souffle de vent. Elle-même s’avère bien menue : une femme minuscule par sa taille, mais immense par son talent. Comme un froid acide sévit tout autour, elle s’est habillée de manière à conjurer ses morsures, comme enveloppée dans une armure. Cheveux noués dans un fichu rose. Et pourtant, cette artiste peintre, connue dans son quartier comme "Siri", vient d’un pays chaud, la Thaïlande.

Que fait donc Siri, dans le quartier du Montparnasse, sur un bout de trottoir depuis lequel on aperçoit un florilège de brasseries  - le Dôme, la Rotonde, la Coupole -  évoquant une époque réputée prodigieuse, l’âge d’or de la peinture?

Tout simplement, Siri peint les couleurs, les vibrations, le bouillon de lumières de Montparnasse. Elle n’hésite pas à greffer, sur la toile, des voitures et des passants qui donnent une idée de l’agitation et de la fébrilité régissant ces artères si parisienne. De temps à autre, elle vient se réchauffer au comptoir du Véronèse, une brasserie au croisement du boulevard de Montparnasse et du boulevard Raspail. Elle laisse sur le trottoir son chevalet, ses tubes de peinture à l’huile.

Siri a accroché, sur les murs du Véronèse, des toiles qu’elle a élaborées au fil des mois écoulés. «C’est la première exposition que nous accueillons dans notre restaurant, relève une dame affable, sans doute la patronne du café. Nous avons voulu lui donner un coup de pouce.» Et voici la plus étonnante nouvelle, dans ce monde de brutes où l’art s’est tellement banalisé à force de voir des artistes tromper leur monde : Siri a pu vendre des toiles, et même passablement…
«Je peins ce que je ressens uniquement, et je me laisse pénétrer par la lumière, résume-t-elle. Je suis une autodidacte. J’ai l’habitude de peindre dans ce quartier et au parc du Luxembourg.» Assez justement, elle dit que le dessin ce n’est pas son truc car dessiner s’apparente à un exercice intellectuel.

Sa voix reflète une douceur d’âme exceptionnelle, une humilité bouleversante car pas un instant elle ne trahit la moindre vanité, sentiment hélas si répandu dans le milieu artistique. D’après ce que j’ai compris, Siri s’est mise à peindre sur le tard, et elle avoue chercher son style. C’est bien le propre des peintres que d’être ainsi voués à filer constamment vers de nouveaux horizons comme pour remettre en cause leur acquis et convictions. Violence inéluctable faite à leur personne…

La Thaïlandaise Siri transmet vraiment à travers ses paysages à l’huile son amour de Paris, qu’elle restitue avec un brio saisissant. Et maints consommateurs qui ont fait une halte au Véronèse lui témoignent leur gratitude, leur admiration en laissant des mots sincères sur les pages d’un cahier servant de livre d’or. Un témoignage parmi d’autres : «Vous nous faites redécouvrir ma ville natale, tous mes encouragements.»

A Meudon, musée hélas peu connu et pourtant nanti de splendides collections

La Vila Molière (appelée aussi Maison d'Armande Bréjart) vue depuis le jardin où se dressent de nombreuses sculptures. Dessin fait le 23 octobre 2013 en fin d'après-midi.

Ce ravissant petit château, naguère une humble maison, a appartenu à la veuve de Molière. Il s’est métamorphosé, au 20ème siècle, en un musée d’Art et d’Histoire. Surprise: dans un espace hélas aussi peu connu sont regroupées des sculptures, des peintures et des gravures émanant d’artistes talentueux. Certains fameux, à l’instar d’Arp, le Moal, Delacroix, Courbet, Boudin. D’autres moins connus, tels Pape, Tauzin, Schuffenecker…

 

(Musée d'art et d'histoire - 11 rue des Pierres, 92190 Meudon - Tél.: 01 46 23 87 13 - Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 18h, sauf les jours fériés - Fermé en août)


Quel fabuleux destin que celui d’une petite maison construite au début du seizième siècle, à Meudon, alors un hameau ! En 1541, elle fut acquise par le père de la chirurgie moderne, Ambroise Paré. Au fil des décades, au fil des siècles, la petite maison fut agrandie et devint un petit château à deux ailes agrémentées de deux tours carrées se faisant face.
Elle est aujourd’hui connue sous le nom de «la maison d’Armande Bréjart» ou «Vila Molière». En effet, la veuve de Molière en fit l’acquisition en 1676. Par la suite, la belle demeure a accusé des hauts et des bas. Elle a connu sa consécration en 1941, quand elle fut achetée par la ville de Meudon pour héberger des collections d’histoire locale, administrée en réalité par la Société des Amis de Meudon.

Visiter cet endroit exceptionnel et pourtant si peu connu présente un «double intérêt». Le jardin qui s’étend sur un hectare derrière l’ex-maison d’Armande Bréjart est un havre de paix, ombragé par des arbres robustes d’essences variées et semé de rosiers qui voisinent avec pléthore de sculptures non figuratives, certaines plutôt exubérantes.
Le musée d’Art et d’Histoire de Meudon a un pied dans la modernité, un autre pied dans une tradition picturale beaucoup plus «classique». Dans une partie des salles ouvertes au public, à l’intérieur, ce déferlement d’art contemporain se poursuit, avec des collections offertes à la ville de Meudon tout au long du 20ème siècle.

Première surprise: des œuvres d’artistes de renom tels que Jean Moal et Jean Arp.

Mais le visiteur réticent à la peinture et à la sculpture modernes peut alors éprouver davantage de plaisir en s’aventurant dans un dédale de salles consacrées à des perceptions et descriptions de Meudon faites par divers peintres aussi bien romantiques que réalistes et impressionnistes. Des explications, à même les murs, font valoir qu’«avides de plein air, de lumière et de nature, ils parcouraient inlassablement les rives de la Seine aux abords de Meudon». Et ces rives, à l’époque, étaient encore en partie vouées à l’agriculture et à la vigne, de sorte que nombre de ces peintures s’avèrent bucoliques et délicieusement surannées.

C’est l’occasion d’attirer l’attention des amateurs de peinture sur un point hélas peu mis en exergue: les 19ème et le début du 20ème siècle ont vu s’épanouir d’excellents artistes hélas peu connus du grand public, à l’ombre de paysagistes fameux tels que Corot, d’Aubigny, Sisley, Théodore Rousseau, et tant d’autres dont les œuvres valent une fortune.

Au musée de Meudon, l’on peut se laisser subjuguer par des artistes talentueux et minutieux qui ont puisé leur inspiration dans ces paysages séquanais, tels que Constant Pape, Louis Tauzin, Jean Latour Bellot, Claude Emile Schuffenecker dans le "Bateau lavoir au Bas Meudon"  est d’une facture saisissante.

Parmi les découvertes inattendues et envoûtantes proposées dans ce musée : celle d’un graveur et illustrateur né à Sceaux en 1796, Jean-Jacques Champin. Aventurier, dévoreur de chemins, il a publié de nombreux albums de voyage. Il ne faut pas manquer d’admirer un très beau lavis de lui montrant le viaduc de Meudon…

Et ce n’est pas fini : ce musée si discret détient plusieurs tableaux, sur des sujets autres que les paysages des bords de Seine, émanant de virtuoses du pinceau, que l’on s’attendrait plutôt à découvrir dans des musées parisiens: Eugène Delacroix, Eugène Boudin, Gustave Courbet, Albert Marquet, Armand Guillaumin, Charles Lapique, etc.

La maison d’Armande Bréjart vaut largement le détour et, pour dire la vérité, elle ne se situe qu’à moins d’une heure (RER et une petite marche dans les rue de Meudon) de la gare des Invalides…

Y. Le H. 

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www.lestoilesdeluce.fr | Réponse 19.04.2014 23.00

Ca faisait bien longtemps que je n'avais pas fait un tour sur votre blog...toujours aussi sympas et pleins de spontanéité vos dessins!

Jeanne Monique - São Paulo | Réponse 26.12.2013 00.03

Bonjour Yann,

C'est un grand plaisir d'avoir de vos nouvelles.
Je vous présente mes meilleurs voeux pour 2014 , surtout une bonne santé.

Amitié

Prof. Jeanne

Grégory | Réponse 25.06.2013 16.16

Bonjour Yann, nous nous sommes rencontré par hasard à Puteaux. Je découvre tes oeuvres et tes textes avec bonheur. A très bientôt.
Grégory

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Commentaires

22.10 | 23:40

Bonjour on c'est parle pour venir dessiner la devanture de ma boutique
Merci et bravo pour votre talent
Votre travail me fait penser à dessins Tobiasse
Cecile

...
06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

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21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

...
18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

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