JuinJuillet2020

Atmosphère particulière à la place de la Contrescarpe

Pour gravir la Montagne Sainte Geneviève, il faut en avoir du souffle. Mais on est vite « soufflé » par la beauté, le charme de cette place où des jeunes gens se donnent rendez-vous, où des enfants courent dans tous les sens en soirée.

 

19 juillet 2020


Y accéder, quand on vient du métro Maubert-Mutualité, exige un certain effort. Pour avoir le plaisir de revoir la place de la Contrescarpe, il faut emprunter la rue de la Montagne Sainte Geneviève qui grimpe sec.

Chemin faisant, une escale s’impose sur la placette Jacqueline de Romilly, où trois restaurants, cote a cote, ont planté des parasols verts au pied d’un pâté de maisons élancées et maigres. D’aspect médiéval, elles brandissent des cheminées qui chatouillent allègrement le ciel. Sur la gauche, on aperçoit une tour s’élançant encore plus haut : l’église Saint Etienne Du Mont où s’entremêlent style gothique et style Renaissance. Mais c’est en empruntant la rue Descartes, tout à droite, que le passant peut rejoindre la délicieuse place de la Contrescarpe en partie masquée par la crinière d’arbres qui forment une sorte de sous-bois protégeant une fontaine publique. Ce qui frappe, d’emblée, est la profusion de restaurants qui gravitent autour de la place : Café Delmas, la Contrescarpe, le Bar des Arts et un glacier Amorino tels qu’en hébergent les lieux fréquentés par les touristes.

Double vocation

Surprise : ce dimanche en soirée, la place était noire de monde : presque tous des Parisiens et des Franciliens en quête de fraîcheur.

Aux abords de la fontaine, des jeunes gens bavardaient et des enfants couraient en tous sens sous le regard de leurs parents. Après avoir bénéficié d’un réaménagement en 2017, la place de la Contrescarpe s’est vue assignée une double vocation dont si peu d’endroits, à Paris, peuvent s’enorgueillir : destination à la fois touristique et atmosphère populaire. On y prend le temps de vivre et de tisser des amitiés.
A une table voisine de celle où j’ai fait une pause pour un dessin rapide, Lorenzo et son amie Sarah ont engagé la conversation.

Aucune illusion

Aspirant à découvrir le monde et très au fait de l’actualité, Lorenzo, dans les veines duquel se mélangent du sang italien et algérien, ne se fait plus aucune illusion sur la mauvaise foi de la classe politique. Préparant un master, il sembler prêt à s’exiler, à titre professionnel, dans un pays de type émergent. Mais il sait qu’obtenir un titre de séjour en Chine ou au Brésil est infiniment plus difficile que de se faire une place au soleil en France quand on vient d’un état en voie de développement. « Si vous voulez travailler sur des marchés lointains, il faut prouver que vous avez des compétences très pointues dans votre domaine pour obtenir un visa. Et une fois que votre contrat de travail est terminé, vous devez en principe retourner en France. Ce sont des marchés effectivement très protégés. Et n’oublions pas que la Chine est un pays toujours communiste.» Il a entièrement raison, Lorenzo. J’ai vécu cela au Brésil.

Le jeune homme qui s’occupait de la clientèle en terrasse, serveur dans cette maison depuis sept ans, ne s’embarrassait d’aucune illusion. « L’année dernière, à pareille époque la terrasse était pleine à craquer. Maintenant, il y a beaucoup de tables vacantes. A mon avis, la situation est si grave que les touristes ne reviendront qu’en 2022. Nous allons devoir nous blinder pour prendre notre mal en patience… »

Yann Le Houelleur

Les Deux Magots ont toujours pignon sur boulevard

Les deux figures chinoises, symboles de cet établissement, veillent sur une clientèle moins étoffée. Mais les serveurs n’ont rien perdu de leur courtoisie légendaire. Hélas, juste à côté, la kiosquière Nelly voit son chiffre d’affaires dégringoler.

 

12 juillet 2020



Il fait partie de ces institutions que la pire des crises ne saurait effacer, tant il incarne un appétissant morceau de notre histoire. Qu and on revoit, sur le site même des Deux Magots, une photo en noir et blanc prise en des temps immémoriaux, on se rend compte à quel point ce café dit littéraire a fait se croiser des destins, petits et grands, qui ont laissé une trace. A l’époque, il était de coutume de porter des pardessus encombrants et des chapeaux. Les deux figures chinoises qui ont donné leur nom à ce qui fut jadis un « simple café liquoriste » occupaient davantage d’espaces sur les stores qui ont depuis verdi, et dont on s’aperçoit qu’ils portaient un nom à peine différent de l’actuelle appellation : « Au Deux Magots » puis « Café des Deux Magots ».


Terrasse moins bondée

Fort heureusement, les Deux Magots font partie de ces restaurants qui rouvert leurs portes, tout naturellement, quelques semaines après le déconfinement. Ses serveurs, impeccablement vêtus (blouse blanche nouée par derrière et pantalons noirs) n’ont rien perdu de leur amabilité coutumière, et en sous sol officie toujours une dame pipi  - mais oui ! -  à laquelle on peut laisser quelques pièces en guise de pourboire.
Toutefois, quand j’ai fait ce dessin de format A 4, la terrasse était bien moins bondée que l’an dernier à pareille époque. Une jeune femme qui accueille et place la clientèle m’a fait remarquer : « Nous avons eu la chance de récupérer des clients français qui nous avaient oubliés et qui ont retrouvé le plaisir de fréquenter les Deux Magots. »  Casse limitée, donc.


Imperturbable majesté

Quand au prend place sur la terrasse, aujourd’hui comme hier, on est autant un consommateur qu’un spectateur privilégié. Non seulement parce qu’on est sous la protection d’un clocher si ancien à la physionomie un peu maladroite (l’unique tour de l’église Saint Germain qui a survécu) mais parce que les façades des immeubles alentours témoignent une imperturbable majesté. Et puis, un peu plus loin on entrevoit la terrasse d’un café tout aussi prestigieux, le Flore.

Entre les deux établissements : l’interminable vitrine d’un magasin Vuiton, devant laquelle s’inclinent tant de personnes qui rêveraient de croquer dans ce morceau choisi de luxe… Mais il existe encore des personnes capables d’emporter, sur le champ, le produit convoité.

Cela épate un peu Nelly, la gérante d’un kiosque à journaux qui a fait sa mue récemment (perdant son… clocheton tressé d’écailles). « Eh oui, il en existe encore beaucoup, des personnes capables de s’acheter ce dont elles veulent. Vous êtes ici dans la citadelle de belles fortunes. » Malgré tout, Nelly ne brasse plus autant d’argent que l’an dernier : son chiffre d’affaires, garantit-elle, a fondu de plus de 50 % depuis sa réouverture à la suite du confinement. Elle a bien reçu des aides de l’Etat, mais elle sont passées avant tout dans le versement des salaires d’un employé qui la seconde, et elle n’a plus que la peau sur les eaux, financièrement parlant. « Pour la première fois, je vais fermer mon kiosque pendant tout l’été, faute d’une clientèle suffisante… »


Un voleur de pourboires

Quelques minutes plus tard, alors que je dessine la terrasse du Flore, un incident éclate. Scandale retentissant. Un wagabond à la peau sombre se fait expulser du café pour avoir cherché à ramasser les pourboires laissés sur les tables. « Sales cons de blancs, enc… » hurle-t-il à la mort tandis que les serveurs tentent de la maîtriser, car il a pété les plombs et il devient très menaçant. Aucun racisme dans cette affaire : quelle que soit sa couleur de peau, cela ne se fait pas !

Le malfrat ne décolère pas, et quand il passe devant la terrasse des Deux Magots il se fait attraper par trois policiers en civil qui fouillent son sac à dos et l’incitent au calme, tout en le relâchant. L’un d’entre eux me dit : « On en a marre de se faire traiter de flics racistes. »

La nuit a déjà enseveli dans son manteau impénétrable le clocher de Saint Germain, mais un peu partout rôdent des SDF, des clochards, qui  n’ont d’autre « souci » que de raser de trop près les terrasses des cafés. Et pour dire vrai, ils « terrorisent » les serveurs chargés de veiller à la sécurité de leurs clients. Ce soir, étrangement, pas une voiture de police ne sera passée dans la rue de Buci, pourtant étroitement surveillée en raison de l’affluence habituelle. Une effervescence quelque peu hallucinante dans un Paris qui, la nuit venue, a perdu tant de ses frémissements habituels. L’année dernière, à pareille époque, il y avait, partout, un monde fou dans les rues…

Yann Le Houelleur

 
 
 
 

Une mine d’or que ces belles rencontres…

Le Covid a tué en grande partie mon petit métier de dessinateur de rue. Mais pour autant, je fais confiance aux rayons de soleil qui éclairent notre route dans ce monde devenu soudain si sombre.

 

Bonjour, je reprends avec joie le fil de ces chroniques accompagnées de dessins, après une période à la fois très déstabilisatrice et triste : le Covid-19 .

Je ne savais pas si l’énergie dont j’ai besoin pour dessiner reviendrait vraiment. Pourtant, pendant toute la période du Covid, ce confinement qui fut d’une violence inimaginable, j’ai tenté de prendre un autre chemin, créant un journal, Le Nouveau Franc-Parler. Un épisode tragique m’a incité à cette ‘folie créatrice » : une publication que j’avais élaborée, gratuitement, à l’intention d’un groupe de militants….

Mais ce fut une hécatombe, d’autant plus que la tête de liste n’en fit qu’à sa tête, trahissant bien des accords, se servant des compétences des uns et des autres pour compenser ses propres failles, et j’ai pu découvrir ainsi le côté grotesque de la politique. Une sale expérience qui m’a permis de comprendre pourquoi la démocratie, en définitive, est un « concept » fort en péril, car c’est davantage de vanité que d’idées qu’il est question lors des campagnes électorale.

Expérience d’autant plus cruelle que la candidate m’avait supplié : « Yann, j’ai besoin d’un artiste sur ma liste ». Un artiste, ça vaut de l’or pour donner de la crédibilité à une liste. Mais un vrai artiste ne vent pas son âme, ne se laisse pas soumettre à des chantages, essaie de casser les code du formatage des esprits. La politique et l’art : incompatibles ? Je me pose des questions : tout le monde aimerait avoir la sympathie d’un artiste, mais peu de gens ambitieux supporte la sincérité que l’art implique.

Alors, j’ai très mal vécu ce genre d’irréalités. Ma loyauté à cette personne a été « récompensée » par des accusations, après la campagne, selon lesquelles j’aurai saboté les résultats pitoyables de la liste en question. Faussement aimé, exploité jusqu’à renoncer à produire des dessins pour faire du tractage, j’ai soudain vu se propager la haine et le mépris autour de moi.

Dès lors, chaque dessin que je fais est un petit miracle, d’autant plus que tant de mes connaissances ont péri des conséquences du Covid, et que j’ai moi-même perdu cette joie qui consistait à vendre, de temps en temps, un dessin dans les rues.
Mais quand il reste un rayon de lumière en soi, c’est forcément que subsiste un soleil quelque part, un soleil en soi, prêt à éclairer davantage notre chemin. Beaucoup d’entre nous ne le comprennent pas, et ils font le choix d’assombrir la vie des autres par négation de leurs propres compétences.

A vous toutes et à vous tous qui suivez mon modeste travail au fil de ces pages virtuelle, j’adresse un grande MERCI. Je fais triste mine, souvent, mais rien ne me semble plus enrichissant, d’un point de vie humain, que les mines de mes crayons car lorsque je dessine, je fais des rencontres épatantes. Des rencontres qui me permettent d’oublier combien une certaine médiocrité s’est emparée d’un monde en perdition.

Yann

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Retrouvailles avec le Pont des Arts... et celui du Pont Neuf

La tragérie du Covid-19 a brisé mon « petit métier » de dessinateur de rue. Sans la présence d’Américains, de Chinois, etc, à Paris : difficile de vendre des dessins faits sur place. Mais je continue, comme si de rien n’était. Il me reste une « richesse » : des rencontres imprévues avec des personnes désireuses d’échanger… 

 

25 juin 2020


 

 

Observateur attentif et amoureux du Pont des Arts, dont il réalise de fréquentes vidéos, Claude Boher m’avait prévenu, au sortir du confinement : « Il reviendra, le jour où le Pont des Arts se remettra à vivre… » Mon cahier de dessins posé sur la rambarde de ce qui fut « le pont des cadenas de l’amour », j’en ai fait par dizaines, des croquis, la tête tournée de préférence vers le Pont Neuf, formidable source d’inspiration, endroit insolite, car feignant d’être spacieux dans une capitale toujours plus bétonnée et densément occupée. La Seine y offre des nuances de bleus de vert si précieux. Et sous les arches du pont se faufilent des bateaux d’une envergure telle qu’on se demande comment ils s’y prennent pour ne pas égratigner les piles

Mais j’appréhendais ces retrouvailles avec le pont des Arts et son voisin en amont. J’y avais passé de si fécondes soirées, à discuter en anglais avec des touristes venus du monde entier, leur expliquant, souvent, l’histoire de l’Institut de France dont on me demandait, à cause de son dôme, s’il n’avait pas été une église. Puis un soir de juin, le 25, j’ai brisé cette psychose… revoir un pont des Arts déserté par les touristes, dans ce Paris dont le coronavirus avait démembré le cosmopolitisme.

SOCIOLOGUE SOUDANAIS - Malgré tout, j’ai quand même passé un moment délicieux sur ce pont que je n’avais pas vu depuis d’interminables mois. Une petite foule, insouciante, déferlait sur les lattes de ce pont dont la singularité est de n’accueillir aucune voiture… Mais seule la langue française avait droit de cité. Les Américains, les Chinois, les Mexicains, etc. avaient déserté cet endroit magique et pluriel. Toutefois, je fis quelques rencontres intéressantes, en particulier avec Addoya, qui me pria de m’exprimer en français ! De nationalité soudanaise, il était venu à Paris pour étudier la sociologie, discipline qu’il résumait ainsi : « Nourrir un esprit critique sur la société en s’imprégnant de matières telles que la géographie, l’histoire… » Addoya se réjouissait de constater, non sans raison, que les sociologues occupaient une place prépondérante dans les émissions de télévision en France. Puis un beau jeune homme vint admirer mes dessins, et il me dit : « C’est magnifique tes couleurs.

PHOTOGRAPHE ESPAGNOL - D’origine espagnole, Samuel Vasquez Garcia a vécu dans le Valais, canton suisse dont il a conservé l’accent, et il veut creuser son sillon dans la photographie. Un créneau très particulier que le sien puisqu’il restitue des scènes érotiques, mais sans vulgarité aucune. Une phrase, dans la présentation de son travail qu’il faut sur son website m’a intrigué : plusieurs questions me sont parvenues... « (…) Pourquoi ne pas regarder plus bas?  Pourquoi ne pas découvrir ce qu'il se cache sous cet amas de tissus? Pourquoi couvrir toutes les épreuves que celui-ci a enduré, pourquoi ne pas dévoiler toute son histoire, pourquoi ne vouloir qu'en sortir la perfection alors que celle-ci n'existe pas et surtout pourquoi catégoriser alors que nous sommes tous pareils. »

Samuel ne veut retourner ni en Suisse ni en Espagne où, confirme-t-il, la crise économique est encore plus féroce qu’ailleurs. « Je vais me lancer dans l’auto-entreprenariat », proclame-t-il, plein d’espoir.

Yann Le Houelleur

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Un parfum de Bretagne au pied du Moulin Rouge

« Cet été, nous n’aurons presque plus d’événements folkloriques chez nous, à commencer par les Vieilles Charrues», déploraient des Bretonnes à la terrasse du Rouge Bis. »

 

26 juin 2020



Grâce à la bienveillance de Joseph, le patron du Rouge Bis, j’ai le privilège de pouvoir transformer une table, sur la terrasse de son restaurant, en atelier de dessin. De l’autre côté du boulevard de Clichy, le Moulin Rouge met une note de fantaisie dans un Paris souvent tristounet. Sa couleur rouge vif trouve un écho dans les framboises surplomblant les monticules de crème fouettée cachant de moelleux biscuits servis, en guise de dessert, aux consommateur de cette basserie nappée de décontraction.

Les années précédentes, à 17 heures, à pareille époque, les tables étaient prises d’assaut. Mais ce jour-là, seule une sur trois était occupée. « Yann, prenez votre temps, vraiment », me rassura Olga, une robuste serveuse ukrainienne qui traite chacun des clients tels des amis. Olga était tout contente de me retrouver après des mois d’absence, mais j’avais la larme à l’œil, ému de revoir « mon » moulin dont les ailes ne se mirent à tourner, zébrées de rouge et de jaune, qu’à 21 h L’idée m’était venue qu’en deux mois, la Covid-19 avait détruit l’économie française avec davantage de férocité qu’une « vraie guerre ».

A une table voisine, trois dames, charmantes, évoquaient le même sujet. Deux d’entre elles étaient venues du Finistère rejoindre une amie habitant l’Essonne. « Le plus cruel, c’est qu’on nous a interdit de fréquenter nos plages, qui sont indispensables pour nous ressourcer en fin de semaine », relevaient les deux Bretonnes. Elles évoquèrent le drame que représentait l’annulation, cette saison, des festivals qui foisonnent en été à travers toute la Bretagne , à commencer par les Vieilles Charrues, le plus important festival de musique en France. Située dans la péninsule armoricaine, cette ville dynamique compte 8000 habitants.

Yann Le Houelleur 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 

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Commentaires

19.06 | 07:03

Bonjour Yann, pas de nouvelles depuis mars 2020 ! Comment vas-tu ?

...
17.11 | 04:01

Bonjour Bruno! Merci, nous sommes voisins... Je n'arrive pas à "voir qui vous êtes" si toutefois vous habitez aussi la grande barre Victor Hugo à Gennevilliers!

...
14.11 | 18:55

Coucou Yann c'est bruno
Un ptit coucou que je trouve super ton site
Bonjour a sheriff
A bientôt
Bruno de Henri MUSLER toujours a VH

...
18.07 | 04:10

You can send me your email address too. Thanks

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