Juillet 2018 (suite)

Un dessin pour fêter un an de mariage

Belle histoire vécue un soir, très tard, à la place de la Contrescarpe. Il arrive parfois qu’un dessin à peine terminé s’en aille aussitôt, tout simplement parce que des inconnus veulent emporter, ainsi, un souvenir personnalisé… 

 

4 juillet 2018



Ma vie, je la gagne si mal ! Et si durement. Mais au moins, j’ai appris que l’argent ne tombe pas forcément du ciel, qu’un euro gagné par ses moyens est  - d’une certaine manière -  un cadeau émanant de la providence.

Les artistes, mis à part quelques exceptions, tirent un peu tous le diable par la queue. Mais il faut savoir compenser ces étroitesses financières par la richesse infinie des formes et des couleurs ainsi que par la richesse des sentiments et des expériences partagées.

Quand je vais à la place de la Contrescarpe, un de mes endroits de prédilection, je fait toujours des rencontres fructueuses, parfois mêmes amusantes.
Juillet venait à peine de commencer, avec des journées encore à rallonge, et je me régalais de l’atmosphère qu’offre cet espace, nanti d’innombrables restaurants à la terrasse desquels autochtones et touristes se côtoient dans la bonne humeur.

Les serveurs du restaurant La Contrescarpe, il est vrai, savent traiter leurs clients avec toute la classe requise, aux petits soins pour eux. Il m’a été facile de nouer, avec eux, des relations amicales… « Vous en vendez tout de même, quelques dessins ?», m’a demandé l’un d’entre eux.

Ce soir-là, un couple attablé à la terrasse de la Contrescarpe m’observait en train de dessiner ce restaurant, dont le store jaune épouse les tons clairs d’une façade comprenant trois étages, criblée d’étroites fenêtres. Ouvertes, elles laissent entrevoir des plafonds comportant des solives.

 

Grèce et Angleterre

Soudain, une dame, toute pimpante et joyeuse, accompagnée d’un monsieur portant un chapeau melon, vint me voir. C’était le couple qui m’avait regardé… et tous deux voulaient acquérir le dessin que je venais de terminer pour passer le temps. J’ai oublié leur nom : elle était grecque et lui était un gentleman anglais. Ce soir-là, ils fêtaient leur un an de mariage. Ils vivaient à Londres, et ils avaient attendu dix ans avant de convoler en justes noces. Jolie histoire.

Je leur fis (comme à l’accoutumée) un prix d’ami : 25 euros, car franchement, le dessin (que j’ai refais par la suite) n’était pas génial, quelque peu bâclé… et cet été les touristes exigent des prix plus tassés que jamais, invoquant la cherté de la vie à Paris.

J’étais ravi de pouvoir prendre part, ainsi, à cette si belle nuit qu’ils passaient dans la capitale. Le lendemain, je suis retourné à la place de la Contrescarpe, et je n’y ai vendu aucun dessin ; pourtant il y avait du monde à la terrasse des cafés mais sans doute la chaleur exubérante ne donnait-elle pas envie aux vacanciers de s’approcher d’un artiste de rue.

Il y a des jours avec et des jours sans. Mais chaque jour, je repars chez moi avec un plusieurs dessins nouveaux qui finiront bien par trouver preneur, un jour proche ou lointain…

 

Yann Le Houelleur

 

A bientôt, pour de nouvelles aventures et rencontres...

Toutes mes excuses : il fait une chaleur exubérante, que je ne supporte pas vraiment, de sorte que je dors mal la nuit, attaqué par les moustiques qui pullulent dans tout Paris et en banlieue.

Souvent, la nuit, j’essaie de vendre mes dessins jusqu’à des heures indues… quand les consommateurs, l’esprit pétillant à la suite de drinks revigorants, s’intéressent à ma petite personne et me gratifient d’un achat bienvenu.

Alors, il m’arrive de rentrer dans mon bout de banlieue vers 3 heures et demi, après avoir pris le Noctanbus.

Je suis si fatigué que je me lève aux alentours de… midi ! Trop peu de temps, après, pour dessiner autant que je souhaiterais.

J’ai fait, toutefois, de magnifiques rencontres ces jours-ci, et je me remettrai bientôt à mon ordinateur pour les relater, même brièvement, avec de nouveaux dessins.

Comme tout artiste, je vis d’abord d’espoir. L’espoir que les jours suivants seront meilleurs que les jours présent. Je ne suis qu’un rayon de soleil, à ma manière, dans cette grande obscurité humaine où fort heureusement volent encore beaucoup de lucioles.

A bientôt donc, mes ami(e)s.

Yann

LE PONT NEUF - Presque la canicule dans Paris… Il fait plus frais sur les ponts enjambant la Seine car le vent y souffle énergiquement à tout moment. Pour célébrer l’avènement du jour le plus long, il me fallait céder à la tentation de dessiner cette merveille qu’est le Pont Neuf, aux alentours de 21 heures, un pont sous les arches duquel se faufilent pléthore de bateaux. (20 juin 2018)

Rencontre fort émouvante, place de la Contrescarpe

Des policiers, j’en rencontre peu. Mais celui, en civil, dont j’ai fait la connaissance sur cette place où règne une atmosphère bon enfant m’a « ébranlé » par son caractère si humain et le courage avec lequel il affronte la vie… Père d’un petit garçon atteint d’un cancer.

 

19 juin 2016


 

Tout d’abord, une précision qui s’impose : l’ex-journaliste que je suis se réserve le droit d’évoquer certaines rencontres « frappantes » dans Paris tout en masquant l’identité de personnes qui ont parlé à un dessinateur… La personne que je vais évoquer ne s’appelle pas André, mais elle existe vraiment. Je n’ai pas à dire, non plus, le département où elle vit.

Trop réelle, à la fois trop belle et trop poignante cette discussion survenue à la place de la Contrescarpe, alors que je dessinais en soirée. Une heure avant, une bouffée d’angoisse m’avait perturbé. Je me disais que le solstice d’été était sur le point de se produire et qu’il faudrait, alors, se résigner à voir les jours rétrécir avec, à l’horizon, la menace d’un hiver ruineux pour le moral.

Un monsieur costaud, crâne rasé, teint halé, s’approcha de moi, tenant par le bras un petit garçon atteint de strabisme. Cet enfant me fixait avec attention, mais il cessait de gesticuler, et quand je m’adressais à lui, il semblait ne pas m’entendre. Son grand gaillard de papa me dit, d’emblée, que son fils était atteint d’un cancer à l’œil ; et il n’avait pas deux ans ! La veille, j’avais appris qu’un ami, à 40 ans, était persécuté par un cancer, détecté depuis peu, à l’estomac. Le cancer frappe aveuglément « un peu tout le monde » sans discrimination quant à l’âge.
 
«La raison pour laquelle mon fils ne vous entend pas bien, ce sont les remèdes qu’il prend », me précisa le père. Habitant loin de Paris, il amenait, régulièrement, son fils dans un hôpital parisien réputé pour y suivre un traitement de choc.

Vision plutôt sombre

Mais pourquoi la vie n’épargne à certains presque rien ? Cet homme, en réalité, était un policier, et il confiait ne pas aimer son métier tant que ça, amené à rencontrer des personnes peu recommandables, ce qui lui conférait une vision assez sombre du monde. Toutefois, il était croyant, catholique assumé. Comment avait-il choisi cette profession ? « Je voulais aider les autres.»

C’est très rare (en ce qui me concerne, toutefois) de pouvoir discuter ainsi, en toute décontraction, avec un policier qui s’avère un homme semblable aux autres, laissant sourdre des opinions et des sentiments. Ce qui me gêne parfois, quand je rencontre des flics dans l’exercice de leur fonction : leur manque d’humour et leur politesse quelque peu froide, dont je comprends les raisons.
Je n’émets pas d’autres critiques contre la police, car franchement voilà une profession des plus compliquées amenant à connaître, vite, toutes les strates de la société et les absurdités de son fonctionnement.

 « Quand vous serez décédé… »

De bon cœur, je lui donnais un dessin fait sur la place de la Contrescarpe une semaine plus tôt : « Il vous portera bonheur.» André, fort ému, m’embrassa spontanément et me dit… « Vous êtes un mec bien. » Il n’avait qu’à moitié raison car nous sommes tous, quel que soit notre parcours, en proie à des démons mais aussi habilités à croiser des anges.

André semblait conquis par mon trait de crayon et il m’encouragea en ces termes : « Vos œuvres vaudront très cher quand vous serez décédé ! » Jolie formule, observation pertinente qui m’est souvent faite lorsque des inconnus engagent une conversation. J’adore !


Mais ce qui me plait davantage que l’acte de dessiner, l’ai-je souvent avoué, c’est la qualité des rencontres que je noue grâce à ce « vecteur de communication ». Hélas, la plupart des artistes se réfugient derrière un écran de mythologie et de nombrilisme pour se refuser à jouer pleinement ce rôle de « témoin et d’acteur de leur époque ». Ils n’existent qu’à travers leurs œuvres, et ils restent invisibles aux yeux du peuple.
Mais si je développe une telle idée trop longuement je vais m’attirer les foudres de certains. Alors, je m’arrête là !

En tout cas, mes rencontres inopinées dans les rues de la capitale me permettent de me forger une idée plutôt optimiste de la société : dans ce magma de souffrances, de pleurs et de plaies à vif où nous nous débattons, il existe beaucoup d’âmes nobles et généreuses. J’ai de la chance, parce que j’en croise passablement !

Yann Le Houelleur

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...

Alain ( l'agent secret ) | Réponse 06.07.2018 17.58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

Voir tous les commentaires

Commentaires

06.07 | 17:58

Salut , je suis l'un de tes nombreux admirateurs , je tai croisés plusieur fois dans Paris , notament surr le pont de la megisserie prés de Notre Dame .
Bravo

...
21.03 | 20:48

rès beau travail Yann !!! le texte va bien avec tes dessins , tu fais vivre Paris comme dans un carnet de voyage ! en fait tu nous fais partager tes voyages

...
18.03 | 23:18

Je ne saurais dire ce que j'apprécie le plus : les textes ou les dessins ? Un choix difficile les deux étant d'une excellente qualité ! Merci pour ces pages !

...
30.12 | 10:55

Solidarité avec toi Yann ! Paris sans les artistes de rue n'est plus Paris ! Simona a tout à fait raison !

...
Vous aimez cette page